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Test Xbox Series : Indiana Jones et le Cercle Ancien « Le jeu qu’on voulait en 2005 et qu’on mérite en 2025 »

Indiana Jones et le Cercle Ancien prend place en 1937. Le Pr Jones décroche à nouveau le fouet après qu’un gigantesque enf*** l’a tabassé avant de voler dans son école un artefact égyptien. Son investigation va le mener au Vatican, puis autour du monde sur la piste du « Cercle Ancien ». Cette ligne fictive fait le tour du globe en reliant entre eux plusieurs fameux sites archéologiques de l’Histoire. Dans ses recherches, Indy va s’allier à Gina, une journaliste italienne, et combattre Voss, un concurrent nazi à la recherche du grand pouvoir que cache le Cercle…

En 2023, Indiana Jones et le Cadran de la Destinée avait déçu beaucoup de monde, fans, critiques, mais aussi le box-office. Pour certains, la raison serait la qualité du film et de son scénario. Pour d’autres, le projet a pris trop de temps et la licence n’attirait plus. Disney avait payé des milliards pour acheter le catalogue Lucasfilm, mais contrairement à Star Wars, les projets liés à l’archéologue ne se bousculent pas. On croyait même qu’après l’échec du cinquième opus, on ne le reverrait pas de sitôt.

À la poursuite de la recette perdue

Quoi de plus logique que de poursuivre l’aventure en jeu vidéo ? Après tout, le dernier film ressemblait parfois à une cinématique PS5. En quarante ans, le personnage a progressivement délaissé les grands écrans pour s’illustrer en pixels. Aujourd’hui, la fusion est actée. C’était le seul moyen pour continuer ses aventures au pic de sa gloire, dans les années 1930 face à des nazis, après l’accueil plus que tiède des exploits grabataires du Cadran de la Destinée.

Indiana Jones et le Cercle Ancien

Ça tombe bien. Voilà vingt ans que moult licences de jeux ont changé la donne. Certaines ont émulé Indy, mettant l’accent sur l’action cinématique (Uncharted) ou sur l’exploration (Tomb Raider). D’autres ont créé des open worlds massifs récompensant les esprits aventureux par des découvertes et des upgrades (Assassin’s Creed, Far Cry, même les récents Zelda). Personne ne s’attendait à une révolution de gameplay, mais si Jones revenait en jeu aujourd’hui, il ne manquait pas d’inspiration. Il n’avait qu’à piocher dans les meilleurs ingrédients parmi la concurrence, respecter le lore de la franchise et soigner l’écriture, pour s’épargner les critiques subies par les derniers épisodes ciné.

J’ai poncé le jeu pendant plus de 30h, histoire d’en voir le bout. Pourtant, honnêtement, j’ai souffert 85% du temps que j’ai mis à jouer au Cercle Ancien ou à regarder ses cinématiques. Alors que je n’avais pas d’attentes particulières, et que je m’attendais à faire partie du public auquel ce titre plairait. Je ne fais pas de mon cas une généralité, mais apparemment, je suis carrément à contre-courant. Je me suis donc sincèrement demandé : qu’est-ce qui séduit les autres, et pourquoi ça n’a pas pris chez moi ?

Indiana Jones et le Cercle Ancien fait le buzz bzzzzz

Indiana Jones et le Cercle Ancien a été développé par Machine Games, à qui l’on doit le reboot de la série Wolfenstein entamé en 2014. Des jeux d’action violents et cinématiques où le joueur défouraille des nazis. Logique de leur confier le retour de Jones sur PC et consoles. Si Le Cercle Ancien avait été un re-skin de Wolfenstein, beaucoup s’en seraient contentés. Mais Indiana Jones et le Cercle Ancien est également un pseudo open world blindé de quêtes annexes. Il veut aussi s’insérer dans la chronologie officielle de la série, particulièrement durant la « bonne » décennie, entre Les Aventuriers de l’Arche Perdue (1981) et La Dernière Croisade (1988).

Indiana Jones et le Cercle Ancien

À l’arrivée, malgré toutes ses promesses, Le Cercle Ancien n’est qu’un jeu comme un autre, malgré sa licence. Mais dans notre culture de « l’instant événement », tout le monde a publié cinquante contenus enthousiastes à sa sortie. Un mois après, il était si génial qu’on n’en parle quasiment plus. Le vrai problème n’est pas qu’il est mauvais, c’est juste qu’il n’est pas fou.

Quant à savoir si c’est vraiment un « jeu Indiana Jones », ça dépend des joueurs. Apparemment, pour la plupart, il suffit d’affubler le personnage d’une skin d’Indy et de multiplier les citations plus ou moins évidentes pour que l’aventure en soit digne. Pourtant, le jeu lui-même a vingt ans de retard, tout en cumulant des défauts bien d’actualité. Bref, c’est ce qu’on aurait voulu avoir en 2005. Mais c’est aussi un titre qui, techniquement et sur le papier, coche toutes les cases d’un projet opportuniste typique en 2025.

Techniquement, on fait vite le tour du Cercle Ancien

Sur le plan technique, le jeu n’est pas révolutionnaire. Graphiquement, sur Xbox Series avec le pack de textures HD améliorant l’ensemble, c’est surtout beau de loin. Les animations sont rigides à en pleurer de rire. L’IA piteuse rend l’infiltration risible, et la plupart des combats plus brouillons que stratégiques. Le premier jour, le titre était évidemment truffé de bugs et n’a pas hésité à tous me les faire : lévitation ou surplace des PNJ, avatar coincé dans un coin de mur ou à cause d’une pierre à ses pieds, dialogues bloqués se répétant en boucle, chute au travers du sol, etc.

Le Cercle Ancien est typique des jeux AAA(A) sortis à date fixe, en disant : « c’est pas grave, on le patchera demain ». Les mauvaises langues se croiront malins en disant que c’est normal, et qu’il ne faut plus jouer à un gros titre Day One. T’es mignon, mais aussi de mauvaise foi. Quand tu achètes des godasses sur-mesure chez le cordonnier, s’il te dit « revenez plus tard que je mette les semelles », tu ne vas pas lui sourire et repartir avec ça aux pieds ! C’est pas correct de sa part, et c’est sûrement pas confortable. Entre le confort de jeu et le confort de marche, il ne devrait pas y avoir de différence.

Concernant le déroulement du jeu, il est fonctionnel, à défaut de faire des miracles. Il est même souvent contradictoire avec le gameplay suggéré et le personnage qu’on incarne.

Un gameplay d’une autre époque

Le jeu est partagé entre phases linéaires et mondes ouverts (Vatican, Gizeh et Sukhothaï), où l’accent est mis sur la furtivité et le corps-à-corps. Pour la furtivité, les références ne manquent pas (Thief, Assassin’s Creed ou Far Cry). Pour la baston, le combat est à la première personne. Les mécaniques proviennent de Les Chroniques de Riddick (2004) pour la bagarre et Condemned : Criminal Origins (2005) pour la possibilité de ramasser n’importe quoi comme arme de poing. Ces deux jeux ont vingt ans, et dans Le Cercle Ancien, on a à peine l’impression que le système a évolué. Pour l’anecdote, Machine Games a été fondé par des anciens de Starbreeze studio, les devs du jeu Riddick, sur lequel le réalisateur Jerk Gustafsson a lui-même travaillé.

Indiana Jones et le Cercle Ancien

Le jeu est très peu poussé en ce qui concerne la furtivité, mais les armes à feu sont aussi peu maniables ou limitatives, comme dans Condemned. Sauf que ce dernier était linéaire, dans des environnements étroits. Quand on évolue souvent à ciel ouvert, ça change beaucoup de choses. Dans Le Cercle Ancien, en plus d’ennemis buffés qui peuvent chopper quatre balles avec les dents sans broncher, il faut du temps pour encaisser de l’XP, afin d’upgrader la taille des chargeurs ou la puissance de feu ! Le jeu vous décourage donc sciemment à utiliser la force et l’attaque frontale, sur des maps étendues évoquant pourtant Far Cry. En plus, Indy n’est pas rapide pour agir ou courir. Il n’a jamais été un athlète, mais en 1937, il était quand même au top de sa forme.

Si vous devez engager le combat, fuyez et cachez-vous. Les ennemis étant aussi cons que leurs ancêtres de 2004, soit ils abandonnent vite, soit ils font la queue dans un couloir pour se faire étaler. Vive l’immersion.

Indiana Jones, édition 2025

Vous rêviez de jouer Indiana Jones, mais quel Indiana Jones ? Si vous pensez à un cosplay du personnage, à des décors inspirés des films, à des bruitages qui pètent (les coups de poing et le claquement du fouet sont fidèlement reproduits) et à des refs gratuites en pagaille, bienvenue. De ce côté-là, le jeu suinte la franchise.

Mais si vous pensiez à l’aventure avec un grand A, à des scènes d’action d’anthologie à la poursuite d’un artefact qui fait rêver, Le Cercle Ancien la joue petit bras, malgré de grands environnements. Quand vous ne vous bagarrez pas plus que de raison, vous allez oublier la (maigre) intrigue principale, à force de voler de l’argent, prendre des photos, chercher des notes, explorer des tombes linéaires au contenu anecdotique, et résoudre des puzzles dont la réponse est soufflée dans les cinq secondes après être entré dans la pièce. Les options vous permettent peut-être de la mettre en sourdine, mais à ce stade, j’étais déjà complètement blasé.

Quant à l’action, la vraie… J’espère que ceux qui ont adoré la physique de la chute du bateau dans l’Himalaya, ou la poursuite en avion à Shanghaï, ne sont pas du genre à cracher sur le frigo volant du Royaume du Crâne de Cristal. Sinon, ce sont de sacrés hypocrites, vu qu’on touche au même degré de suspension d’incrédulité. Lorsque même Uncharted 3 a l’air plus vraisemblable, il y a peut-être un souci. Pas de panique si les bras vous en tombent, tous les gros setpieces sont posés sur des rails.

Toutes ces distractions sont sûrement nécessaires pour éviter de penser à l’écriture éparpillée de la trame principale.

La réintroduction d’Indiana Jones dans le Cercle Ancien

Le Cercle Ancien voudrait faire oublier les dérives du Cadran de la Destinée. Il les poursuit pourtant d’une façon fascinante, et l’introduction du jeu en dit long sur ce qui nous attend.

On a déjà parlé de la migration lente mais inéluctable du personnage vers le jeu vidéo (dans cet article). Le Cercle Ancien met un point final au processus. Le Cadran de la Destinée s’ouvrait sur une scène d’action originale reproduisant Indy jeune, pour un résultat digne d’un jeu vidéo. Un an plus tard, Le Cercle Ancien, un vrai jeu, reproduit au plan près l’introduction du premier film de la série. Le cercle est complet. En rejouant la première apparition du personnage, Indiana Jones et toute son histoire deviennent la propriété du monde vidéoludique, pour le meilleur comme pour le pire.

Au cinéma, on a eu le requel (Halloween) et le legacyquel (Terminator Dark Fate, Scream 6). Ils prolongeaient l’univers en tuant ses motifs et ses figures majeures, soi-disant avec respect, mais pour un piètre résultat. Ce qui comptait, c’était de garder la licence d’actualité. Maintenant, place à l’intersequel, la suite s’insérant entre deux opus préférés des fans pour s’attirer leurs faveurs. Au cinéma, on a eu Alien Romulus en 2024, situé entre Alien et Aliens.

Oubliez ce que vous saviez, acceptez ce que vous (re)voyez

Indiana Jones et le Cercle Ancien se glisse entre Les Aventuriers de l’Arche perdue et La Dernière Croisade. Il se désigne ainsi comme un opus légitime, voire canonique. Ce n’est ni nouveau ni problématique. D’autres jeux l’ont très bien fait avant (Alien Isolation, Terminator Resistance). Mais commencer par la recréation plan par plan de l’intro historique du héros n’est pas qu’un appel facile à la nostalgie. Cette démarche véhicule un message problématique.

Les développeurs voudraient nous faire croire qu’il s’agit d’une mise à niveau de la scène originale. Mais en VO, Troy Baker imite Harrison Ford de son mieux ; en VF, Richard Darbois a 82 ans et ça s’entend. Visuellement aussi, cette mise en bouche cloche. Forcément, elle est en décalage par rapport à la scène originale. Elle est moins détaillée, moins belle et moins crédible. Avec tout ça, elle devient malgré elle une note d’intention de ce qui va suivre. Le reste du jeu, de sa qualité technique à son manque d’innovation, en passant par son écriture, ne sera jamais à la hauteur des films. Heureusement, notre souvenir de l’original vient juste d’être réécrit, actualisé. D’ailleurs, tout n’était qu’un rêve. Ça devrait nous permettre de ne pas trop faire la fine bouche, le temps de boucler l’aventure.

L‘intrigue du Cercle Ancien part dans tous les sens

Bien sûr, Indiana Jones et le Cercle Ancien foisonne de références aux films, mais aussi aux comics et aux romans. Ils n’ont aucune incidence sur rien. Passe encore que les dizaines de quêtes annexes diluent notre intérêt quant à la résolution du mystère du Cercle Ancien. De toute façon, la révélation de la dernière demi-heure ne fera sursauter personne, pas plus que son boss final et une résolution paresseuse. Mais ça gratte un peu plus quand l’histoire reprend et prolonge d’autres travers du dernier opus ciné.

Indiana Jones et le Cercle Ancien

La mise en place d’une sous-intrigue non résolue sur le renvoi d’Indy du lycée (comme celles de la trahison et du meurtre dans les deux derniers films, évacuées en douce). La continuité historique de plus en plus malmenée, avec les chemises noires occupant le Vatican (avant la parade du 5e opus, la série, du moins en films, n’avait jamais perturbé le cours de l’Histoire). L’écriture du héros, dont les motivations dans sa quête sont nébuleuses, et qui prend beaucoup de décisions en dépit du bon sens (à ne pas confondre avec de mauvaises décisions et leurs répercussions). 2025 oblige, Indy est aussi moins viril, et souvent mis en retrait ou moqué au profit de Gina (le running gag de la peur des serpents finit d’ailleurs par lasser). Quant à l’humour, laissons-le à l’appréciation de chacun (« Tchou-tchou ! »).

Une fan fiction de plus, et sans plus

La compagnie de Gina est louable, mais l’exécution paraît douteuse. La belle demeure une PNJ de luxe, sa présence étant souvent la seule motivation d’Indy et une source de frustration pour le joueur (lorsqu’elle est là, elle nous dit toujours quoi faire et où aller).

Tout ça tiendrait du détail si Le Cercle Ancien ne comprenait pas des heures de longues cinématiques. Ce faisant, il se compare inévitablement aux films, tout en donnant le sentiment qu’il a accordé finalement moins se soin au côté « jeu » de l’aventure. Il s’agit bien d’un retour en arrière pour le genre et le support, vingt ans après les excès de Metal Gear Solid 4 en la matière (2008). Surtout, entre-temps, Naughty Dog a fait des avancées considérables pour mêler progression narrative et gameplay (Uncharted, The Last of Us 1).

Le réalisateur du jeu aurait eu cette idée d’histoire autour du Cercle Ancien en tête depuis plus de dix ans. Après l’avoir voulue pendant des années, il a finalement pu la concrétiser. On a ce qu’on mérite : une fan fiction rêvée par un fan boy. Certes, écrire un jeu vidéo est une gageure, mais le résultat est là. Jerk a l’air de mettre surtout ce qu’il veut, avant de se demander ce qu’il faudrait pour que tout ça tienne ensemble. Au pire, si ça se casse la gueule, pas de problème. C’est toujours un jeu, et les jeux, même quand ils affichent de si grandes ambitions, ont l’excuse d’être cons.

Bilan qui complète le cercle

En alternant de longues phases de jeux avec de longues cinématiques, on finit par se demander. Indiana Jones et le Cercle Ancien veut-il être un jeu ou un film digne de la franchise ? Espérait-il être meilleur dans une catégorie plutôt que l’autre, ou croyait-il qu’on le féliciterait pour tout ce qu’il entreprend ? Parce que tel quel, avec le recul et en faisant abstraction de la licence, il fait un peu tout sans exceller dans rien. On a le droit de l’aimer pour un aspect ou un autre. C’est plus difficile de crier au chef-d’œuvre face à la somme de ses parties.

Dans quelques années, indépendamment de sa date de sortie, cela n’aura plus d’importance. Le Cercle Ancien reste un jeu compétent, si ce n’est qu’il s’avère plus linéaire et doté d’une durée de vie plus artificielle qu’il ne veut nous le faire croire. Techniquement, le titre doit faire face à la concurrence, et du point de vue de l’écriture, le fan service écrase souvent la pertinence du jeu et/ou la cohérence du « film ».

Au niveau du gameplay, il s’agit du titre Indiana Jones qu’on aurait voulu avoir vingt ans plus tôt. À l’époque, même sans des graphismes de compète et malgré un scénar aux fraises, il aurait fait sensation. Aujourd’hui, c’est juste un jeu de plus, générique, fonctionnel et sympa, qui satisfera la plupart des fans et des joueurs occasionnels. C’est un titre parmi d’autres, flottant quelques instants dans un océan de sorties rapidement oubliées par la presse et les influenceurs. Ils nous l’auront pourtant vendu comme un phénomène.

LES + :

  • Il ne fait rien de mal par rapport à tous les jeux sortis ces vingt dernières années. Le combat est brutal, les cartes sont grandes, c’est plutôt joli…
  • Il émule correctement la franchise et ses attraits. Les décors, les sons et les références font leur effet.

LES – :

  • On est en 2025. L’IA dans les choux, les mécaniques rigides, les bugs de lancement et l’abondance de quêtes pour meubler sont de rigueur…
  • C’est du niveau d’une fan fiction écrite par un gosse de douze ans (ou du dernier film, au choix).

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Critique : Wolfs « Divertissement correct, système douteux »

Wolfs

Wolfs débute après qu’une procureure a levé un ado dans un hôtel de luxe, et que ce blaireau claque en slip au pied du lit. « Détournement de mineur » et « mort d’un gamin », ça le ferait pas trop sur son CV. Elle appelle donc « [ ] » (George Clooney), un nettoyeur anonyme, qu’un ami lui avait recommandé d’avoir sur son tel le jour où elle aurait des ennuis. Le monsieur n’est pas là depuis cinq minutes qu’un deuxième « fixeur » (Brad Pitt) arrive sur les lieux. Il a été dépêché par la patronne de l’établissement, désireuse d’éviter un scandale. Pour honorer le contrat de leurs clientes respectives, les deux loups solitaires vont être forcés de travailler ensemble. Mais la situation va se compliquer progressivement

« Wolfs » est le pluriel de « wolf » (loup) mal orthographié. C’est censé traduire la collaboration maladroite entre les deux nettoyeurs stars, très doués séparément mais absolument pas habitués au travail d’équipe. Ça peut aussi facilement traduire la simplicité d’esprit du projet, digne d’un gamin de seize ans qui a veillé toute la nuit pour l’écrire, dopé aux Smarties et à la Red Bull.

Wolfs, ou l’éternel recommencement

Commençons par clarifier ce qu’est Wolfs. Ce n’est pas un film d’action mettant en avant l’ego de deux stars imbues d’elles-mêmes, cf. Hobbs & Shaw. Ce n’est pas non plus un gloubi-boulga de tous les films d’action des trente dernières années, sans aucune envie ni plus-value, à la The Gray Man. Pourtant, les ingrédients sont là.

Wolfs 2024

Du premier, on retrouve l’association et les chamailleries entre ses deux acteurs vedettes. Certes, ils sont sexagénaires et moins bankables auprès des djeunz, puisqu’ils ne sont pas apparus dans Fast & Furious. Mais Pitt et Clooney sont quand même les têtes d’affiche et crédités comme producteurs. Du second, on retrouve aux manettes un réalisateur ayant bien profité à (et de) l’écurie Marvel, aux commandes d’un de leurs plus gros succès. The Gray Man avait été réalisé par Joe et Anthony Russo, responsables de Captain America 2 & 3, et Avengers 3 & 4. Jon Watts a été derrière la trilogie Spider-Man avec Tom Holland. (Avant ça, on lui devait Clown, film d’horreur sur un type possédé par un costume de clown maudit. Si, si…)

En gros, un faiseur et un technicien ayant connu la gloire dans le sillage d’une entreprise qui n’avait rien de personnel. Son génie s’exprime dans sa capacité à ne jamais prendre de risque et à rester dans les clous. En l’occurrence, ça ne pose pas de problème. Wolfs est une comédie noire terre-à-terre, sans exploits réalisés en CGI dégueu. Elle est réglée comme un métronome, avec sa succession de moments de suspense, de comédie, d’action, d’émotion et rebelote.

La routine habituelle, quoi

Montré initialement à la Mostra 2024, et prévu pour une sortie en salles, Wolfs apparaît finalement sur Apple TV+, après, si j’ai bien compris, une sortie sur les grands écrans US expédiée en une semaine pour la forme. C’est n’importe quoi, mais on ne va pas détailler le processus complexe caché derrière. Les plateformes de streaming continuent à claquer des sommes folles dans des projets casse-gueule, peu importe qui est à la barre. Killers of the Flower Moon de Scorsese (mouais) et Argylle de Matthew Vaugn (pouah) sont bien sortis au ciné chez nous, et ils se sont plus ou moins cassé la figure, pour de bonnes ou de mauvaises raisons.

Wolfs 2024

Wolfs a de la chance d’échapper à la chronologie des médias. Ça m’aurait fait mal de me déplacer et de payer plein pot. Il a tous les attributs d’un film de vidéo club, si ces derniers existaient encore. À voir dans son salon, ça passe crème. Jon Watts emballe une comédie noire divertissante juste ce qu’il faut. Son intrigue sait retenir l’attention en compliquant toujours un peu plus les choses. Ses deux stars sont toujours aussi sympathiques, et savent rester mesurées dans leur jeu, au lieu d’en faire des tonnes à la première occasion. Et quand action il y a, elle n’est pas folle, mais bien réglée et parfois prenante.

Il y a des moments à retenir, comme la poursuite à rallonge après le gamin shooté à l’adrénaline, ou le discours touchant de ce dernier (Austin Abrams) lorsqu’il se confie aux deux « fixeurs ». Il y a quelques plans travaillés et deux-trois mouvements de grue, histoire de dire qu’on a les moyens. J’ai même parfois ri de bon cœur, ce qui ne m’arrive plus très souvent. Cependant, on est loin des réactions en chaîne délirantes que ce type d’histoire est capable de dérouler (comme Hard Day, de Seong Hun Kim , pour citer le premier qui me passe par la tête). Et rayon scénario, si le twist final n’est pas dur à comprendre, Watts (crédité comme seul scénariste) le rend pourtant dur à suivre, puisque tout passe par les déductions à voix haute des deux protagonistes.

À deux, Wolfs, c’est mieux deux fois plus cher

Wolfs ne se moque pas du client, mais ne le régale pas non plus. Et quand on apprend que, pour un tel résultat, Apple a flambé (encore) 200M$, ça fait réfléchir. Le film a l’air d’en avoir coûté 80 maximum. Alors où est passé le reste ? Moi aussi je peux faire des déductions à voix haute. « Blanchiment d’argent ? Détournement de fonds ? Trafic de drogue ? »

Si la fin vous laisse en suspens quant à l’avenir des deux Wolfs, pas d’inquiétude. La suite est déjà prévue pour 2026, avec le même réalisateur. Je trépigne de patience.

LES + :

  • Un divertissement moins frustrant que la concurrence dans le genre.
  • Deux têtes d’affiche toujours sympas.
  • Un film noir indé amusant, c’est toujours ça de pris…

LES – :

  • … et puis après, on rit jaune quand on se dit qu’il n’est pas indé et qu’il a coûté 200M$.
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Critique rétro : L’Effaceur (1996) « Le baroud d’honneur du futur gouverneur »

L'Effaceur

John Kruger (Arnold Schwarzenegger) est L’Effaceur, meilleur agent de Witsec, le programme de protection des témoins. Il est célibataire et sans histoire, patriote et plein de moralité. Il travaille seul et réussit toujours sa mission, même dans l’improvisation. Lorsqu’il accepte de prendre en charge Lee Cullen (Vanessa Williams), John découvre vite que la jeune femme est la cible d’agents corrompus du gouvernement, à la tête desquels opère son mentor DeGuerin (James Caan). L’enjeu est le témoignage de la belle dans une affaire de trafic d’armes futuristes, des fusils EM capables de tirer à la vitesse de la lumière. Seul contre tous, trahi et très remonté, Kruger va tout faire pour garder en vie sa « love interest ». Fort heureusement, en plus de ses muscles et de son talent, il pourra compter sur l’aide bénévole de quelques-uns de ses anciens protégés…

Avant son mandat de gouverneur de Californie en 2003, Arnold Schwarzenegger, c’était Conan le Barbare et Terminator. C’était aussi des métrages cultes à l’épreuve du temps. Les succès de Total Recall, Predator et True Lies sont autant dus à sa présence qu’à leurs réalisateurs talentueux. Mais si le mythe Schwarzy est né de chefs-d’œuvre, la carrière de l’homme est pleine de projets allant de « honnêtes et bien dans leur époque » (Le Contrat, Commando) à « salement opportunistes et/ou anachroniques » (La Fin des Temps, Dommage Collatéral, Terminator 3).

Sur son CV, L’Effaceur apparaît comme le titre charnière entre son passé glorieux et un futur obscur, soit l’inverse de ce que promet l’accroche du film (« Il effacera votre passé pour protéger votre avenir »). La formule de l’actioner bourrin a certes fait ses preuves, tout comme le concept indémodable qu’est l’acteur. Hélas, ce film est un blockbuster boiteux, ainsi qu’une première esquisse de l’idéologie qui parasitera une part de la filmo de la star au début des années 2000.

L'Effaceur (1996)

La citation qui tue

(Arnold, après avoir flingué un alligator : ) Sac à main !

La chronique à effacer

L’Effaceur est un film de Charles Russell, affectueusement surnommé « Chuck » à ses débuts. Sa carrière est un peu le décalque de celle d’un autre oublié du box-office, Renny Harlin. Comme le réalisateur de Cliffhanger, Charles commit un épisode des Griffes de la Nuit dans les années 1980 (Les Griffes du Cauchemar). Après quelques cartons notables (The Blob, The Mask), il fut propulsé au rang de jeune espoir du divertissement musclé et efficace. En fait, il fit plus ou moins adieu à la gloire après un ratage. Renny Harlin avait entamé son déclin à cause de L’Île aux Pirates en 1995. Pour Russell, le début de la fin s’appela L’Effaceur. Mais si le blockbuster du bourrin finlandais mérite d’être redécouvert aujourd’hui, les aventures de John Kruger divisent un peu plus.

Arnold Schwarzenegger est avant tout, et il le sera toujours, un concept sur lequel se sont basés tous ses projets depuis au moins Predator : le principe du « Schwarzy contre (remplir le blanc) ». Tout au long de sa filmographie, le Chêne autrichien dut régulièrement trouver un adversaire à sa mesure, pour une excitation et une qualité toujours déclinante avec les années. « Schwarzy contre le T-1000 ». « Schwarzy contre la classe de maternelle ». « Schwarzy contre les fêtes de Noël ». « Schwarzy contre Satan ». « Schwarzy contre lui-même ». Etc. Aujourd’hui, hélas, ce serait plutôt « Schwarzy contre le temps » (cf. Fubar, la récente série Netflix, réminiscence de True Lies où il peine à lever le cigare).

Vieille soupe, pas de pot

L’Effaceur suit la formule consacrée. Cette fois, il s’agit de « Schwarzy contre les fusils du futur » (une idée apportée par le scénariste Walon Green). Techniquement parlant, le film a tout pour être un gros bis rigolo dans la lignée du mythique Commando. Sur une BO guerrière d’Alan Silvestri (Predator, Judge Dredd), égayée de riffs de guitare électrique un brin parodiques, la star enchaîne les fusillades farfelues. En particulier lorsqu’interviennent les fameux fusils laser, dont il esquive les tirs en courant. Ces armes n’étaient donc qu’un gouffre financier.

Les rebondissements sont lamentablement drôles, avec une agence gouvernementale plus forte que la CIA. Les méchants ont des « gueules » et peuvent tomber le masque devant témoins sans griller leur couverture. Les dialogues manichéens sont taillés au burin. James Caan, dans le rôle du méchant DeGuerin, grimace avec un bonheur non dissimulé. Quant aux effets spéciaux, ils sont presque tous bons à jeter. À l’arrivée, on ne sait plus trop si Le Contrat rencontre James Bond, ou si True Lies percute Austin Powers. Déjà anachronique à sa sortie, L’Effaceur était tellement B qu’il en devenait drôle. Aujourd’hui, ses SFX font tellement cheap qu’il ressemble à un DTV tendance Z. Avec un budget de 100M$ de l’époque, ça fait un peu mal.

Pour sa défense, on dit que pendant le tournage, un clash permanent opposait producteur et réalisateur, et qu’Arnold fit office de tampon entre eux pour permettre au film de se terminer. Ceci explique peut-être l’influence très forte de la star et de ses futures aspirations politiques, qui crève d’autant plus les yeux après revisionnage de la chose.

Moralisator

Avec le recul, on ne peut subir L’Effaceur sans songer que Schwarzy est devenu politicard. Intentionnellement ou non, le métrage suintait déjà les ambitions de l’acteur, dont la candidature de gouverneur de Californie n’arriverait qu’au début du nouveau millénaire. On ne fait pas ici la critique de l’homme politique ni de son travail, mais de la façon dont les projets de la star ont taché ce qui aurait dû n’être qu’un divertissement calibré de plus (ce sera encore plus flagrant avec Collateral Damage en 2002). En clair : L’Effaceur est l’occasion d’une bonne grosse louche de propagande pour Arnold.

En sa qualité de meilleur agent du service de protection de témoins, John Kruger a aidé à cacher, reloger et réhabiliter avec succès moult représentants des minorités américaines (latinos, italiens, asiatiques). Il négocie même gentiment avec des enfants de la classe afro sur le prix d’un 4×4, lesquels, en revanche, il a bien arnaqués. Arnold, lui-même immigrant, se fait porte-étendard et défenseur de toutes les classes baratinées ou oubliées par le gouvernement, quitte à verser dans le cliché le plus ringard. Sans surprise, l’exilée chinoise est concierge, l’ex-narco colombien est devenu curé, et l’Italien se fait passer pour un livreur de pizza… N’espérez pas le salut du côté des élus. Ils sont presque tous pourris jusqu’à la moelle, avec un trio de vilains opérant depuis les hautes sphères du pouvoir.

L'Effaceur (1996)

C’est d’autant plus dérangeant que, conséquence soûlante, l’ami Kruger est moralisateur à donf ! « Vous êtes un meurtrier », « il est plus facile de risquer sa peau que la vôtre », « ce que vous êtes est dans votre cœur », « il a retiré un trafiquant de drogue et son poison de nos rues ». Etc. Un vrai boyscout, le mec.

Faux-cul à mort

S’il ne s’en tenait qu’à ça, ce serait seulement niais. Mais ces poncifs passent carrément pour de la mauvaise foi quand on compare les paroles du monsieur avec ses actes. L’Effaceur est un divertissement rated R, gore et violent comme on n’en fait plus. Il met en scène un héros à l’impassibilité et au sadisme extrêmes. Le sang gicle. Les os craquent. Les exécutions sommaires abondent. En surface, c’est rigolo. Mais ces qualités (hem) sont incompatibles avec la morale affichée.

L'Effaceur (1996)

On pourrait sourire du fait que John Kruger soit un proto-Sam Fisher, le futur héros des jeux vidéo à succès Splinter Cell. Malgré sa sauvagerie et sa carrure d’haltérophile, il est absurdement doué pour l’infiltration et l’évasion, merci les coupes au montage. En plus, cette espèce de Terminator humanisé, vaguement réceptif au concept de douleur, n’existe que pour sa mission, bien qu’il connaisse à peine la femme qu’il protège. En vrai saint, il s’avère prêt à mourir pour elle… mais surtout, à tuer n’importe qui d’autre !

Dans sa guéguerre contre agents et sénateurs corrompus, le Schwarz ne fait pas de concession. Certes, le bourrin en chacun de nous se réjouit de voir des ripoux déchiquetés par des alligators en toc. Mais quand notre héros dégomme de l’agent de sécurité par dizaine, alors que lesdits agents sont, à l’évidence, des types hors du coup qui ne font que leur travail, on commence à se poser des questions.

L’Effaceur : premier ou second degré ?

Le sous-texte douteux n’est pas aussi extrême que dans le mythique Rambo III avec Stallone, tout aussi violent et rigolo. Mais la réception de L’Effaceur dépend quand même de l’état d’esprit du spectateur. Pris indépendamment de son contexte de sortie, le véhicule de Sly demeure un film d’action correctement emballé, qui coche des cases et met le paquet. L’Effaceur a l’air d’avoir été monté en kit, avec des effets visuels souvent foireux, des scènes d’action qui ont l’air bricolées, et un scénario remanié qui perd souvent de vue ce qu’il veut vraiment raconter. Un quart de siècle plus tard, une chose reste évidente : Schwarzy était déjà en campagne.

L'Effaceur (1996)

Paradoxal, L’Effaceur l’est autant dans son enrobage que dans ses intentions. En tant que pur produit filmique, c’est un rejeton tardif des opus ayant fait la gloire de la star dans les années 1980, avec une production value datée, voir discutable. Vu qu’il arrive après True Lies, qui monta les ambitions d’un cran, et Last Action Hero, qui avait déconstruit le mythe et s’était moqué de ses clichés, on se situe en deçà des attentes. Normal qu’aujourd’hui, on voit surtout un spot pour « Schwarzy président ! » maquillé en blockbuster schizophrène. Il se veut défenseur de belles valeurs, mais il promeut, au nom de l’Entertainment, une justice aveugle et la loi du Talion.

Le tout se termine sur l’exécution, sans une once de pitié, du trio de méchants trop puissants pour s’inquiéter des tribunaux. En cela, le film de Charles Russell précède la filmographie complexe et décomplexée d’Antoine Fuqua, le réalisateur de Shooter (2007), dont la vengeance et la violence préventive constituent une bonne part. De Schwarzenegger, peut-être qu’Antoine est un lointain cousin germain.

L'Effaceur (1996)

La scène qui efface tout

Le money shot emblématique du film, c’est bien évidemment Schwarzy armé de ses deux gros fusils laser. Mais si l’on n’y avait pas eu droit, il faut reconnaître qu’une autre scène valait à elle seule le prix de l’admission.

À bord d’un avion en vol, Kruger se fait droguer et désarmer par l’infâme traître DeGuerin. À son réveil, notre héros se voit offrir un pot-de-vin par son mentor. Une proposition que décline poliment l’Effaceur en lui plantant dans le bras une dague cachée.

Malin, John bondit vers la trappe d’urgence et la fait sauter, provoquant la dépressurisation de la cabine. Il assomme un lascar, récupère son pétard, et tient en respect les autres assaillants. Problème : le réacteur est situé juste à l’arrière de l’avion. Si Kruger saute, il passera dedans « comme de la merde dans un cul d’oie » (dixit James Caan). Comment va-t-il s’en sortir ?

La suite est digne des élucubrations du James Bond de GoldenEye (1995), et surpasse avec vingt ans d’avance les singeries de Tom Cruise dans Mission : Impossible 5. Bien sûr, on n’a pas vraiment balancé Arnold dans le vide, mais en a-t-on besoin pour se gondoler ?

Dans un film normal, à un moment ou un autre, on essaie toujours de se débarrasser du héros en l’écrasant en voiture ou en camion. Mais quand il a la carrure de Conan le Barbare, on emploie forcément les grands moyens.

Malgré ses défauts évidents et son idéologie discutable, L’Effaceur reste recommandable pour les fans du « bon vieux Schwarzy ». C’est la dernière fois qu’on l’a vu éclater des bad guys , enchaîner des vannes foireuses, et accomplir des exploits physiques que lui seul, avec sa carrure, pouvait nous faire gober.

L’Effaceur est disponible en dvd et bluray chez Warner Home Video.

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Critique : Fast X « Circulez, y a plus rien à voir ! » 

Fast X

Fast X commence avec Dominic Toretto (Jésus Vin Diesel) apprenant à son gamin de six ans à faire des drifts, contant fleurette à sa dulcinée Letty (Michelle Rodriguez) et enchaînant les barbecues avec sa « Fast Family ». Jusqu’au jour où Dante (Jason Momoa), fils du méchant atomisé dans Fast 5, revient pour se venger. Il ne jure pas de tuer Dom, mais de « tout lui prendre ». Et il est allé à bonne école pour ça, celle du Joker. Un peu de celui de The Dark Knight, mais beaucoup, hélas, de celui du Suicide Squad de 2016. Comprendre que ses plans sont absurdement tordus comme chez le premier, mais que, comme le second, on dirait « Priscilla, Folle du désert » après une overdose d’ecsta…

On entamait le début de la fin avec Fast and Furious 9. Pourtant, on n’avait aucune idée des tréfonds que Vin Diesel et ses producteurs étaient encore capables d’atteindre. Le film précédent repoussait les frontières de la crédibilité (et il y avait du level !) jusqu’à envoyer ses héros dans l’espace. Cette fois, Fast X repousse les limites de la décence. Votre serviteur trouvait déjà que le 7ème opus était un doigt d’honneur à l’intelligence, et le spin-off Hobbs & Shaw, un ego trip infect à la gloire de The Rock. Fast X cumule ces deux tares (l’ego de Diesel remplaçant celui de Johnson). Malheureusement, il ajoute encore de nouvelles infamies à sa checklist déjà longue.

Flashback of the Furious

C’est curieux de voir cette série alterner un coup sur deux entre un prétexte acceptable et un foutage de gueule total. Le numéro 7 promettait la vengeance burnée de Jason Statham, pour finalement nous servir une intrigue de vol technologique bidon. Le 9ème film sortait d’un chapeau le frère disparu de Dom, pour finalement… nous servir une intrigue de vol technologique bidon. Même Hobbs & Shaw nous promettait le Tango & Cash du XXIème siècle pour, à l’arrivée… nous servir une intrigue de vol technologique bidon. Vous voyez le pattern ?

Fast X semble vouloir revenir en arrière pour tenir tardivement ses promesses. En fait de Deckard Shaw (Jason Statham), c’est la vengeance de Dante, revenant du cinquième film, qui, pour une fois, représente un réel danger pour la Fast Family. Oui, mais voilà, la saga ne cesse de faire des spins depuis Fast and Furious 7. Elle ne sait plus se réinventer et aller de l’avant. Du coup, on retrouve absolument tous les ressorts employés précédemment pour dérouler l’intrigue (la quoi ?), développer les personnages (haha !) et créer la surprise (bâillement).

Fast food

Le réalisateur français Louis Leterrier (L’Incroyable Hulk, Insaisissables) est arrivé en catastrophe sur le projet, après le départ de Justin Lin pour « différends artistiques » (ben tiens). Il aurait soi-disant réécrit tout le 3ème acte dans son avion pour Los Angeles. N’a-t-il vraiment réécrit que ça ? Parce que ce tome dix tient du n’importe quoi du début à la fin. Tout va aussi bien ensemble qu’un collage de vignettes sur un pendule avec du scotch réalisé par un gamin de quatre ans. Comme tel, c’est marrant. Le marmot y a passé du temps, et il a forcément mis tout ce qu’il aimait avec ce qu’il pouvait. Mais c’est pas de l’art contemporain, et à cet âge, c’est normal !

L’âge mental est justement le problème, ici. Avec Fast X, tout le monde, du public à la star principale, sait très bien dans quoi il s’engage : du divertissement bête et méchant. Ce qui est angoissant, c’est comment la définition de l’expression a changé. Dans les années 1980, on avait des films bêtes racontés intelligemment par des professionnels au sens noble. Ils n’étaient pas toujours engagés pour l’amour de l’art, et souvent cravachés par leurs producteurs/stars. Mais ils connaissaient leur travail et le faisaient bien. Ils livraient UN FILM, qui serait ensuite vendu comme un produit par ses exploitants.

Quitte à regarder des films idiots remarquablement dirigés, peu importe votre âge, autant revoir (en vrac) tous les Indiana Jones, True Lies, A toute Epreuve, Une Journée en Enfer : Die Hard 3, Mission Impossible 5, Time and Tide, Mad Max : Fury Road, The Dark Knight, Skyfall… Pas besoin d’être vieux ni cinéphile pour apprécier l’amour du cinéma de Spielberg, la méticulosité de James Cameron, les expérimentations de Tsui Hark, la mise en scène de John McTiernan ou le découpage de John Woo, pour ne citer qu’eux. Leterrier n’est d’ailleurs pas un mauvais faiseur. Hélas, à chaque nouveau film de commande, la machine hollywoodienne le broie toujours un peu plus. Ici, complètement.

Faire semblant de bien faire

Curieusement, beaucoup de franchises de jadis ont, pour la plupart, fini par s’enliser (Die Hard) ou s’égarer (James Bond). C’est la faute d’un changement des mentalités, merci notamment au streaming et aux réseaux sociaux. Dorénavant, à moins que ce ne soit plus que jamais, les blockbusters et autres films d’exploitation sont pensés dès leur conception, avant même leur mise en chantier, comme de purs et simples produits. Produits mercantiles montés uniquement par une tête d’affiche pour alimenter sa propre aura (tous les projets avec de Dwayne « The Rock » Johnson depuis dix ans) ou produits dérivés (Uncharted et moult adaptations de jeux vidéo). Ce qui compte, c’est d’entretenir la notoriété de la star ou de la marque.

Le résultat importe moins que le produit. On s’inquiète de faire du « contenu » avant d’obtenir un « film ». Le savoir-faire vaut moins que de simplement faire. Même un enfant en bas âge peut créer une vidéo et faire sensation sur les réseaux sociaux. Du moment que ça engrange de la thune, dix secondes sur TikTok ou 2h de blockbuster à 350M$, c’est pareil (non).

Si la saga suit cette logique, c’est son problème. Mais qu’elle parvienne encore à survivre et cartonner avec une telle ligne de conduite, en feignant toute forme d’exigence, c’est juste une honte. Il y avait de quoi rire gentiment des opus précédents, à différents degrés, sans prendre de haut ceux qui aiment, ou au moins, sans que ça ne les dérange. Mais le succès appelle l’excès.

A retourner voir ces films, on autorise leurs instigateurs à tirer sur la corde. Cela leur donne toujours plus de raisons de croire qu’ils peuvent se permettre n’importe quoi. Eh oui, même s’en foutre de ce que vous pensez. De toute façon, ils vous diront eux-mêmes, sourire Colgate en prime, que c’est le film le plus génial de tous les temps, fait avec le cœur, l’envie, un esprit de famille. Mais aussi, c’est quand même un peu pour le pognon, parce que faire du cinéma, c’est avant tout une profession.

Une petite pensée pour Paul Walker, dont on continue à ignorer la mort dans les films, et paradoxalement, à l’exploiter malgré tout à chaque nouvelle itération (ici, avec la fille de l’acteur dans un rôle de figuration). Un hommage sans fin, c’est toujours plus fédérateur qu’un chef-d’œuvre du cinéma. Allez, fi de leur cynisme et, peut-être, de ma mauvaise foi. Revenons à la saga.

Déclin par déclinaison

Fast and Furious est sorti au début des années 2000, un moment charnière à partir duquel les tendances, les technologies et la communication se sont accélérées exponentiellement. C’est notamment grâce à cela que la marque a survécu à deux décennies, et à presque autant de mutations du cinéma d’action.

Elle est parvenue à s’adapter jusqu’à maintenant, mais au prix de son intégrité artistique, laquelle était minuscule pour commencer. Le premier film était déjà opportuniste, déclinaison de Point Break à la sauce « courses clandestines ». Que fallait-il attendre après vingt ans et neuf films ? Des déclinaisons de déclinaisons, et un appauvrissement quasiment consanguin.

Au milieu des années 2010, la série s’était réinventée en s’inspirant du film de casse (Fast 5), puis en marchant sur les plates-bandes de Mission : Impossible (Furious 6). C’étaient des films bêtes, mais racontés encore avec une certaine ingéniosité, le sens du rythme, de l’inventivité et une générosité sincère.

Dix ans après, à l’image de John Wick 4 ou de Spectre, la Fast Saga copie Marvel. Chaque nouvelle sortie doit être un micro événement au méga budget, autant qu’une référence dans l’excès et l’autocitation. Elle se nourrit maintenant d’elle-même, puisant son inspiration dans son propre passé, recrachant jusqu’à l’absurde les mêmes visages, les mêmes motifs, les mêmes scènes. Ce n’est même plus pour se faire plaisir. C’est clairement une obligation contractuelle. D’un rencard entre potes pour se gondoler, Fast and Furious est devenu un rendez-vous forcé, aussi divertissant qu’un entretien de 2h30 avec son patron d’entreprise.

Fast X, ou l’enfer de Dante

Quitte à citer Dante avec son méchant grandiloquent, autant aller dans le sens de Fast X et faire grossièrement l’analogie avec les neuf cercles de l’Enfer.

Voici neuf raisons de se révolter contre la voie prise par la série :

  1. Le film recycle ad nauseam des idées déjà vues. Encore un méchant qui veut se venger. Encore des flashbacks réécrivant le passé de la franchise pour introduire des nouveaux visages au forceps. Etc.
  2. On viole toujours plus les lois de la physique, ainsi que du bon goût. Les cascades sont aussi absurdes que leurs CGI dégueu.
  3. Les scènes d’action en images de synthèse sont lisibles, mais les fusillades et les bastons sont plus brouillonnes que jamais, et souvent dénuées de tout enjeu.
  4. On désamorce une bonne idée, ou on ne l’exploite pas jusqu’au bout. (Coucou la voiture-canon de Jakob, qui fait trois petits tours et puis s’en va.)
  5. Tout le monde est là, mais personne n’existe. Fast X suit trois, voire quatre sous-intrigues impliquant tous les personnages. Sauf qu’ils déambulent sans but, et pire, sans résolution, parce que deux suites arrivent, coco !
  6. Toujours plus éclaté entre toutes ses stars, le film se perd en palabres plutôt qu’en castagne. Quand, en plus, ça implique l’insupportable Tyrese Gibson, aïe aïe aïe !
  7. On réécrit les personnages pour les rendre toujours plus « family friendly » . (John Cena devient un clown, alors que rien n’y prédisposait son personnage auparavant.)
  8. Dominic Toretto est littéralement sanctifié par des dialogues in-the-nose. De voleur de radiocassettes dans la banlieue de LA, propulsé espion par la force des choses, le monsieur se vend maintenant en sauveur christique. Et la star principale assène chacune de ses répliques avec un sérieux papal désarçonnant. Dans sa course à la popularité à tout prix, après que la franchise ait penché du côté de Tom Cruise avec Mission : Impossible, on dirait que Vin Diesel lorgne maintenant sur le statut messianique de John Wick/Keanu Reeves. Mais n’est pas l’Élu qui veut !
  9. Pour le teaser dessert, vous prendrez bien un caméo foireux, suivi d’un deuxième en digestif à mi-générique. Avec tous ces morts qui ressuscitent et ces stars qui (re)veulent leur part, qui peut encore prendre au sérieux les aventures de Babar et ses tutures ?

Les vivats dans la salle en voyant revenir (biiiip) et (biiiip) confirment que les gens ne s’intéressent qu’à la hype. On savait depuis longtemps que ce n’était pas pour l’histoire et les personnages. Mais ce n’est même plus pour l’inventivité ou la qualité du spectacle, ni même pour rigoler de son absurdité. C’est juste pour rester dans le coup. Comme ça, on peut en parler sur Insta, à la machine à café du boulot ou dans la cour de récré.

Vite fait, bien fait pour ma gu****

Comble du manque d’idées, la bande n’a même pas concocté un énième titre débile dans la lignée des précédents. Une occasion en or leur pendait pourtant au nez : Fast X Furious. Au moins ont-ils gardé le symbole de la multiplication, excellente allusion au bordel ambiant.

Pour enfoncer le clou, Fast X fait ce qu’aucun épisode n’avait fait auparavant : conclure sur un gros cliffhanger de p***. Toute cette aventure n’est qu’un interminable préambule. Forts de leur aberrant succès, Diesel & Cie annoncent maintenant à la dernière minute qu’il s’agit du premier volet d’une trilogie. Un triptyque annoncé comme épique, façon Le Seigneur des Anneaux. J’ai tellement hâte de voir la communauté de Dom se reformer, franchir le multivers, traverser Jurassic Park puis Waterworld, affronter le requin des Dents de la mer, et finalement s’associer à Tom Cruise et la Momie pour attaquer le château de Dracula, à bord d’une armée de monster trucks.

C’est drôle. Ils semblent croire qu’ils ont encore beaucoup de choses à dire. Pourtant, quand vient le générique de fin, on a l’impression qu’il ne s’est rien passé. À 350M$ l’addition, jusqu’où le gâchis s’arrêtera-t-il ? Si vous voulez en parler, rendez-vous à la machine à café…

LES + :

  • C’est bon, on a fait le tour. J’aurai pas besoin envie d’aller voir Fast and Fur11ous.
  • Jason Momoa est si ridicule qu’il en devient marrant.
  • Ah non, ça va, hein ! J’ai mieux à faire, maintenant.

LES – :

  • J’ai payé pour le voir. Mon argent servira partiellement à financer les quatorze suites qui viendront à partir de là. Je me sens si coupable.
  • Tout le reste !
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Double critique : John Wick 4 vs Evil Dead Rise « C’est mort »

john wick 4 evil dead rise

J’ai enfin vu John Wick 4 un mois après sa sortie, pile pour découvrir du même coup la suite des films d’horreur/comédies slapstick cultes de Sam Raimi, Evil Dead Rise. À chaque fois, je fus victime d’un certain agacement, doublé d’un ennui profond. Suis-je devenu un vieux c** ? Peut-être. Est-ce que les responsables de ces films, malgré leurs moyens et leur savoir-faire, ne se sont pas foulés ? Certainement. En tout cas, pour moi, c’est mort.

John Wick 4 : le meilleur n’était pas pour la fin

John Wick 4

John Wick (Keanu Reeves) est retapé et décidé à se venger de la Grande Table. Après avoir tué le grand patron, il est cependant traqué par tout le monde (encore), notamment le Marquis, un dandy pétochard et tête-à-claque auquel on a donné carte blanche. John va devoir se battre contre tout le monde (encore) enchaîner les clés de bras et les headshot (encore) et survivre à moult chutes et carambolages improbables (encore). Mmmmm… « Déjà-vu », comme dirait l’Elu.

Après deux films bien réglés, mais à l’action répétitive, la bande avait enfin pété un câble avec John Wick 3. Ils dynamisaient la formule en y intégrant avec succès des mécaniques de pur jeu vidéo. Chaque scène d’action se renouvelait avec une idée (des chevaux, des couteaux, des motos, des chiens, des boss blindés, etc.). Le tout dans un univers idiot entièrement peuplé de mafieux, les personnes normales n’étant plus que des PNJ aveugles. C’était con, mais très bon, un volet délirant et énergique plaçant la barre très haut. Le réal, sa star et ses cascadeurs ne semblaient plus s’imposer de limite.

Hélas, John Wick 4 se perd dans sa fausse générosité, avec presque trois heures au compteur et des scènes d’action étirées ad nauseam. La surenchère plutôt que le renouvellement, la sécurité plutôt que l’audace. C’est le drame Mission : Impossible 6 qui recommence. Le film rejoue un air déjà connu, mais plus long que précédemment. Déjà, dans l’exposition et les états d’âme de personnages fonctions, autour d’enjeux fumeux (dont le Marquis, jamais menaçant). Mais surtout, c’est plus grave, dans l’action.

John Weak

John Wick 4 revient à la formule « clé de bras, headshot, rebelote », que le troisième opus avait brillamment contournée. Le spectateur n’est surpris ou excité qu’à de rares occasions, à condition de ne pas cligner des yeux (John démonte un pistolet en pleine rixe pour faire des pièces un poignard de fortune, John défouraille au shotgun à balles incendiaires dans une scène en mode « arcade shooter »).

Certes, on a un casting de kickers 4 étoiles, dont Donnie Yen (toujours classe) et Scott Adkins (absolument génial), et les cascades sont toujours plus burlesques. Le héros survit à encore plus de maltraitances que ceux de Scream 6, et c’est dire ! Mais rien n’y fait. Mon cerveau a fini par s’assoupir devant des scènes d’action interminables, constamment construites de la même manière que dans les premiers films (quitte à les reproduire, comme la fusillade du Continental Tokyo, « refaisage » de celle concluant John Wick 3). Pire, elles sont toutes bâties sur la même intensité. Oubliez la notion de climax. Votre électroencéphalogramme n’oscillera presque jamais, en particulier à la fin du métrage.

Convaincus qu’ils ne peuvent pas se surpasser, le réalisateur et son équipe se focalisent sur le mélodrame et le suspense. Hélas, ils n’en maîtrisent pas les nuances. Du coup, les moments les plus mémorables ne le sont pas pour de bonnes raisons. Une partie de poker truquée fait monter la tension pour n’aboutir qu’à des combats routiniers et compartimentés. John Wick et son ennemi font un tirage au sort attablés en plein Trocadéro, pour le coup vidé de touristes (mais bien sûr). L’intrigue se résout avec un duel à l’ancienne qui n’en finit plus. Etc.

La mort de l’envie

La franchise s’achève à l’image du dernier tiers du film, avec ce Paris complètement vidé de gens normaux, et tourné sur les fonds verts les plus laids vus depuis 20 ans. On n’y croit plus. Peut-être que l’équipe et ses stars font tous les efforts du monde pour partir en beauté. Pourtant, on sent un peu, quelque part, qu’ils ne savent plus quoi faire, et qu’ils ont envie de passer à autre chose. Du coup, nous aussi.

Ce n’est pas le cas des producteurs, qui pensent déjà en termes d’univers étendu avec une scène post-générique, un spin-off déjà prévu (Ballerina, situé entre John Wick 3 & 4) et, qui sait, un éventuel John Wick 5. Ajoutez Fast & Furious qui n’en finit plus de faire nawak, et Tom Cruise bien décidé à ne pas lâcher l’affaire Mission Impossible, avec le 7 et le 8 tournés coup sur coup. On n’a pas fini de soupirer.

Evil Dead Rise : le même en moins

Ellie (Alyssa Sutherland), une mère célibataire, vit avec ses trois mouflets dans les étages d’un immeuble de banlieue miteux. Sa sœur (Lily Sullivan) débarque à l’improviste, enceinte, pour chercher conseil. Manque de bol, le même soir, le fils d’Ellie découvre le Livre des Morts dans les sous-sols du parking, suite à un tremblement de terre. On s’en doute, les incantations maudites sont lues rapidement, réveillant des démons vicieux et sadiques. Ils prennent possession d’Ellie et le cauchemar commence…

Evil Dead Rise a les mêmes défauts que John Wick 4. Même si la franchise est ici bien plus ancienne, sa dernière itération ne se distingue par aucune vraie direction ni inspiration qui lui soit propre. Le film se veut dans la continuité du remake de 2013, déjà contesté par une partie des fans de la franchise originale. Sauf qu’il n’en reproduit pas la déviance ni le jusqu’au-boutisme malsain faisant, sinon son intérêt, au moins sa singularité.

Evil Dead Naze

Evil Dead Rise est à l’image de son abomination finale, même pas si impressionnante que ça. C’est un patchwork, un amalgame, une tentative bâtarde de séduire les blancs-becs dont ce serait le premier film d’horreur, et les fans faciles à flatter, qui ne jurent que par la redite et les easter eggs.

Du coup, on peut cracher sur :

  • Un concept, et une promesse sous-jacente, pas du tout exploré. Passer d’une cabane isolée à un immeuble de quartier aurait dû entraîner (enfin) un carnage d’une autre ampleur. Sauf qu’on reste évidemment enfermé dans les limites d’un seul appart, le couloir adjacent et les sous-sols du building.
  • Corollaire du premier point, le scénario est une belle redite des premiers films. Des thématiques intéressantes (peur de la maternité, douleur de l’enfantement) et deux-trois bidouilles scénaristiques ne suffisent pas à le masquer. Oui, ce n’est pas le même Necronomicon. Mais bon, il fait la même chose et contient les mêmes incantations. Elles ne sont plus enregistrées non plus sur une bande, mais sur disque vinyle. Mais le procédé et le résultat sont les mêmes.
  • Des références en veux-tu, en voilà (la shaky cam, « Come get some ! », Henrietta, le gag de l’œil volant, etc.).
  • Des violences augmentées par des CGI souvent visibles, ce qui tue la nature organique des sévices subis.

Enfin, l’intro et la conclusion sont inutiles. Elles n’existent que pour citer le décor des films précédents, comme si on ne pouvait décidément pas s’en passer.

Un exploit, mais pas celui qu’on croit

Il faut reconnaître qu’Alyssa Sutherland en deadite est réussie, et que les interprétations du casting principal sont généralement bonnes.

Mais comme les vomissements excessifs de ses héros possédés, Evil Dead Rise est une régurgitation totale. Déjà, de tout ce que la franchise a fait avant, mais en moins. Moins d’excès, moins de peur, moins d’idées, moins d’audace, etc. Ensuite, il ressemble visuellement à tous les remakes de films d’horreur des 15 dernières années. Photographie, cadrages et CGI ne choqueront pas ceux qui ont déjà vu Les Griffes de la Nuit, Vendredi 13 ou Child’s Play, pour ne citer qu’eux.

Evil Dead Rise réalise une sacrée prouesse. La trilogie originale est devenue culte, sa suite canonique en série télé était bien accueillie et dans le ton, et le remake était peut-être inutile, mais pas fainéant. Aujourd’hui, l’effort du réalisateur Lee Cronin est un film d’horreur générique, exsangue de toute créativité, qui accomplit l’exploit de tuer une saga fondée sur les cadavres ambulants et l’absence de limites. Bravo, coco !

En conclusion, c’est mort

Qu’il s’agisse d’une franchise récente (John Wick) ou bien plus ancienne et vivace (Evil Dead), le problème aujourd’hui semble double. D’une part, l’évolution des mentalités, à une époque où la référence évidente et la répétition de motifs ad nauseam satisfont tout le monde, public et créateurs.

D’autre part, la perte d’un savoir-faire, de véritable recul sur le résultat final et son impact. On a tout de même un film d’action qui finit par ennuyer, et un film d’horreur qui ne choque pas ni ne fait peur. Chad Stahelski sur John Wick 4 semble convaincu que savoir régler ses cascades et en faire des caisses suffit à produire toujours le même effet. Même chose dans Evil Dead Rise, dans lequel Lee Cronin a l’air de penser qu’en empilant les jumpscares et les reprises, il a toutes les clés en main pour satisfaire son audience.

Peut-être aussi parce qu’avec les services de streaming et l’explosion de contenus, on s’imagine que le public ne regarde plus que d’un œil distrait les productions qu’on lui soumet. Il n’y a plus qu’à souhaiter à ces personnages et à leurs univers de finalement reposer en paix. Si ça se trouve, de leurs cadavres en décomposition naîtraient véritablement de nouvelles icônes, ainsi que l’envie de bien faire des personnes aux commandes.

LES + :

  • Cela donne envie de revoir les films précédents, ou de les conseiller à qui ne les a pas vus.

LES – :

  • S’ennuyer devant un film d’action, et soupirer devant un film d’horreur, c’est tout de même un comble !
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Critique : Shotgun Wedding « Mariés à bout portant »

Shotgun Wedding

Darcy (Jennifer Lopez) et Tom (Josh Duhamel) s’aiment tellement qu’ils vont se marier sur une micro île des Philippines. Leurs familles sont de parfaits opposés. Le père de la mariée (Cheech Marin) est riche. La mère du futur mari (Jennifer Coolidge) est une vraie bouseuse. Forcément, les répétitions la veille font des étincelles. Ça se passe si mal que le jour J, les tourtereaux renoncent à s’unir. Les convives n’auront pas le temps d’être déçus, car une troupe de pirates déboule pour prendre tout le monde en otage. Ils veulent que le père de Darcy crache des millions, sinon, ils la tueront. Oui, mais où est-elle ?! Le couple s’étant disputé à l’écart, il ne reste qu’eux pour agir. Ironiquement, ils vont devoir apprendre à travailler ensemble, tuer en état de légitime défense, et peut-être, sauver leur mariage.

On n’a pas grand chose à dire sur Shotgun Wedding, en fait. Il est tout à fait typique des productions d’action/comédie auxquelles les plateformes de streaming, et l’industrie en général, nous abreuvent ces dix dernières années. Si vous avez vu Hitman & Bodyguard ou Le Secret de la Cité Perdue, on retrouve la même configuration. Ce film a le cul entre deux chaises. Ni grand film d’action, ni comédie aboutie, il ne se vend que sur son concept et ses têtes d’affiche, sans l’imagination ni les moyens pour en tirer vraiment profit.

Shotgun Wedding ne compte que sur son concept

Eh oui, dans Shotgun Wedding, à l’instar des suscités, tout se résume au titre. Le reste ne tient que sur les improvisations de ses comédiens, au charisme variable et à l’alchimie toute relative.

Si J-Lo fait sourire en se transformant en mariée badass, Josh Duhamel épouse trop bien, du début à la fin, le rôle du mâle des années 2020, sensible, fade et futur mari lambda. Quand on ne se focalise pas sur eux, le film repose uniquement sur des sketchs mettant en vedette les rôles secondaires, entre des pirates incapables et des invités crétins, trop souvent obsédés par leur nombril (voire même, ce qu’ils ont plus bas). La moitié du temps, on en rit franchement, grâce à des interprètes à l’aise dans leur partition, Jennifer Coolidge et D’Arcy Carden en tête. Le reste du temps, c’est embarrassant.

L’action se passe autour d’un hôtel de luxe sur une île paradisiaque. À l’image d’un bon vieux Die Hard-like, le concept permet d’exploiter les clichés associés au lieu et à ses activités de plaisance. L’inventivité se limite à ça, mais c’est déjà pas mal. Cuisines, tyrolienne, ou encore kitesurf nous sortent des sentiers battus. Ils servent de prétexte à une action qui prête à sourire, à défaut de vraiment emballer.

CG-Aïe

Il faut dire que la qualité technique ne sort pas des standards auxquels on s’est habitués. Outre les chamailleries de ses héros, parfois interminables (car improvisées ?), Shotgun Wedding distille un faux parfum d’aventure, à cause de CGI bien visibles. Ils ne le sont pas plus qu’ailleurs, mais seulement moins jolis à voir.

Au final, Shotgun Wedding est un passe-temps ni génial ni honteux. Puisqu’il n’a que son idée de départ à nous vendre, il le fait en s’embarrassant du minimum, que ce soit le jeu d’acteurs, la réalisation, la qualité technique ou la qualité d’écriture.

Ce film, vous l’avez déjà vu avant. Si vous aimez la formule, pas de raison de refuser l’invitation. Mais comme un vrai mariage auquel vos cousins au troisième degré vous auraient invité, vous n’en garderez sans doute aucun souvenir.

LES + :

  • Le film a au moins la gentillesse d’exploiter les spécificités de son terrain de jeu.
  • Un humour qui marche 50 % du temps quand même.
  • Il faut reconnaître, J-Lo ici, et une mariée vénère en général, ça a toujours la classe dans n’importe quel film.

LES – :

  • Pas beaucoup de vraies surprises.
  • Qualité technique générique.
  • Un humour foireux 50 % du temps.
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Test Xbox Series : Dead Space remake « La renaissance de l’horreur cosmique »

Dead Space 2023
Dead Space remake

Dans Dead Space remake, l’ingénieur Isaac Clarke arrive avec une équipe de secours à bord du vaisseau de forage spatial USG Ishimura. Toute communication a cessé peu de temps après l’entrée du « brise-surface » dans l’orbite de la planète Aegis VII. Ils ne sont pas là depuis cinq minutes que des hordes de monstres hargneux leur sautent dessus pour les étriper. Isaac s’enfuit de son côté. En contact radio avec ses camarades survivants, il va visiter les moindres recoins de l’Ishimura, réparant ce qui peut l’être et démembrant ce qui doit l’être. Il espère également retrouver sa compagne Nicole, en service à bord, et dont il est sans nouvelles. Les révélations vont mettre en lumière ce qui est arrivé à Nicole et à l’équipage. Les horreurs se tramant sur l’Ishimura seraient liées à une découverte inattendue sur Aegis VII, un monolithe d’origine alien…

Quinze ans, ça paraît court pour sortir le remake d’un jeu, surtout un aussi réputé et bien fichu que Dead Space. Pourtant, beaucoup attendaient la résurrection de la franchise depuis Dead Space 3 et les plaisanteries d’Electronic Arts avec le coop, les micro transactions et un gameplay solo déséquilibré. Ces mêmes fans en manque attendaient donc énormément The Callisto Protocol, sorti il y a un mois seulement. Bien qu’issu de l’esprit de Glen Schofield, le créateur même de Dead Space, ce nouveau jeu fut pour beaucoup une douche froide.

Le cas Callisto

Je n’attendais rien de The Callisto Protocol. La déception fut pourtant énorme. Le jeu de Striking Distance ressemblait à Dead Space s’il voulait être The Last of Us II. Il n’avait hélas rien de ces deux références, parce qu’il ne reprenait jamais ce qui faisait leur intérêt.

Techniquement, ça impressionnait, mais ce n’était pas transcendant, surtout sans aucune proposition esthétique marquante. Entre les performances qui chutaient à la première occasion, et des rideaux de douche rigides comme un mur de béton, on ne peut pas dire que l’immersion était top, sinon pour l’ambiance sonore.

On étrillait quatre variétés du même ennemi, des infectés copiés-collés de The Last of Us, avec de trèèèèès grosses repompes à Alien et The Thing. Sauf qu’on le faisait dans des couloirs étroits, pas aidé par un design répétitif. Dans les traces de The Evil Within, The Callisto Protocol voulait surtout faire peur aux hématophobes via un gore excessif, et confondait frissons et frustration. « Réalisme » oblige, votre personnage mettait une éternité à bouger, lever son arme, se soigner… Intentionnel, mais mal calculé. Les reproches des joueurs ont forcé le studio à patcher le jeu pour accélérer maladroitement certaines animations, et même ajouter un mode New Game +.

Rayon castagne, ce n’était justement que ça : des mécaniques de jeu de baston, la stratégie en moins. Le tout handicapé par des couloirs étroits et des chargements déguisés (glisser dans un interstice, ramper dans un conduit, et rebelote ad nauseam). La variété des armes et les possibilités tactiques permises dans Dead Space se faisaient également la malle. Et le « grip », qui remplaçait la stase, permettait moins d’interactivité que cette dernière quinze ans plus tôt.

Enfin, un mot sur l’histoire : néant. The Callisto Protocol ne racontait rien et restait sans surprise. On avait droit aux inévitables clichés, à des incohérences ou raccourcis, à des pistes jamais exploitées, et à une menace biologique plus du tout originale depuis Resident Evil en 1996.

Mauvais timing pour Dead Space remake ?

Cela ne veut pas dire que c’est idiot d’aimer The Callisto Protocol pour ce qu’il est. Mais on peut comprendre ceux qui ne l’ont pas aimé, justement à cause de ce qu’il n’est pas. Il n’est ni Dead Space ni The Last of Us. Seulement une œuvre assez pauvre et simpliste, érigée sur les bases posées par ces deux références. Sans le gampelay, le design et l’ambiance du premier, ni l’attention dans l’écriture du second, comment espérer se démarquer ?

Une impression aggravée quand on savait que le remake de Dead Space allait sortir un petit mois après. Le maître était de retour. Pour ceux qui avaient arpenté les corridors de l’USG Ishimura en 2008, ça émoustillait grandement, malgré des inquiétudes légitimes.

Il y avait trois issues possibles :

  • Dead Space remake allait bêtement refaire l’original au plan près, avec un nouveau moteur et juste 2-3 améliorations de gameplay reprises à ses suites (façon The Last of Us Part I).
  • On allait avoir droit à un remake prenant un peu trop ses libertés avec le design et l’histoire d’origine (à la Resident Evil remake 2 & 3).
  • Les développeurs allaient recréer l’original de leur mieux, mais en étoffant l’environnement, le gameplay et le lore grâce à tout ce que la série avait généré depuis (on pense ici à RE 1 remake, considéré comme le meilleur et plus fidèle du genre).

Surprise ! C’est la dernière option qui vient le plus à l’esprit. En 2023, Dead Space remake est probablement, objectivement, la meilleure refonte d’un classique depuis Resident Evil en 2002.

« Meilleur » = « parfait » ?

Attention, ça ne veut pas dire que Dead Space remake ravira tout le monde. Mais difficile de dire qu’il est mauvais. Il est même génial, nostalgie mise à part. Je serais curieux de voir comment un parfait néophyte s’en sortirait.

Ceux qui ont le plus matière à y redire sont ceux qui ont un souvenir bien particulier de l’aventure, qui l’ont faite à un certain âge et l’ont rejouée dans tous les sens. Ceux qui, on ne peut pas leur en vouloir, préfèrent l’original parce qu’il a tout inventé, et rejettent le remake parce qu’il a « tout » changé de ce qui faisait son charme.

C’est vrai. En modifiant de subtiles petites choses, même intelligemment, Dead Space 1 a muté :

  • Isaac parle.
  • Les zones antigravité permettent un déplacement totalement libre.
  • Le vaisseau peut se parcourir de long en large et sans interruption.
  • Des quêtes annexes font leur apparition (dont l’une mène à une fin alternative).
  • L’Ishimura se déverrouille petit à petit, encourageant le backtracking pour dénicher des upgrades.
  • Vous pouvez utiliser des fusibles pour activer au choix une porte ou un ascenseur, couper la lumière ou l’oxygène, influençant légèrement votre progression.
  • Enfin, certaines zones ont été raccourcies pour un rythme plus soutenu, ou repensées pour l’ère « moderne » (boss et puzzles remaniés, scripts aléatoires, cinématiques in-game).

Tout ça fait jaser les adeptes de la fidélité à tout prix. Mais il faut le prendre avec le recul approprié.

Le goût du sang au goût du jour

Évacuons ce qui n’est pas sujet à débat. Côté ambiance, nos yeux sont aussi gâtés que nos oreilles. Le Frostbyte Engine (FIFA, Battlefield) est utilisé à bon escient. Le métal brille, le soleil nous aveugle, le sang tâche… Tout au plus peut-on regretter que l’obscurité est un peu trop exagérée. Mais cela renforce la peur de voir surgir n’importe quoi dans le faible halo de ma lampe, comme à l’époque de Doom 3.

Le design de l’Ishimura n’a pas changé. Mais la réorganisation de certaines zones et leur interconnexion, ainsi que le souci du détail le rendent encore plus crédible. Les signes d’activité passée, les détritus, les corps et les scènes de carnage témoignent des événements tragiques précédant notre arrivée. Sans parler des journaux holographiques, où la vie à bord se rejoue devant nous. Les membres de l’équipage apparaissent alors tels des fantômes du passé, revenus pour nous hanter ou nous mettre en garde.

Pour un jeu entièrement recréé, les développeurs ont remarquablement copié la physique de leur modèle. La gravité, les ralentis en stase, le pas lourd d’Isaac écrabouillant ses ennemis, quasiment tout est là. Ça fait plaisir à une époque où SEGA a encore du mal à reproduire l’inertie d’un Sonic 2D, et où les remaster sortent complètement buggés (atchoumGTATrilogyhem).

Quant à l’ambiance sonore, heureusement, elle demeure le meilleur point du titre. Dead Space remake est si fidèle qu’un joueur averti peut prévoir la plupart des jumpscares scriptés, repris de l’original. Mais pas tous. J’ai honte d’avouer que j’ai authentiquement sursauté plus d’une fois, et souvent pour rien.

Dead Space remake : un changement dans la continuité

Pourquoi les changements seraient-ils si décriés ? Ils sont dans la continuité de ce qu’est devenu la saga.

Isaac parle, mais pas tant que ça. Surtout que depuis l’opus 2, Clarke n’est plus un réceptacle sans identité. Il est devenu un personnage doté d’un background et d’une personnalité. Des aspects adressés par les nouveaux journaux audio et textuels (le passé familial d’Isaac, sa séparation d’avec Nicole, son dégoût pour l’Unitologie).

Quant au scénario, il n’est pas tronqué, mais étoffé. Le monolithe n’est plus ce mystère total dont il restait à préciser les pouvoirs et l’origine. Depuis, il y a eu moult produits dérivés étendant la mythologie : films, comics ou jeux mobile. Globalement, ce remake trouve un bon équilibre entre le non-dit et le trop-en-dire.

Côté bagarre, les ennemis sont plus résistants et nerveux, mais la stase permet de retourner leurs membres contre eux, comme dans les suites. Et notre armement est mieux équilibré. Même les tirs secondaires ont été repensés dans certains cas, ce qui permet à TOUTES nos armes d’avoir une utilité en attaque ou en défense, à distance ou au corps-à-corps.

Jadis, je délaissais complètement la moitié des guns de l’original, les trouvant peu efficaces. Le remake ouvre beaucoup plus la voie à l’expérimentation. Le trancheur, le Mega-PK, le laser, et surtout, le lance-flammes sont désormais bien utiles et jouissifs. Je ne suis pas de ceux qui râlent sur l’absence d’un demi-tour rapide. Vu les tonnes de ferraille que notre ami a sur le dos, je mets ça sur le compte de ma propre suspension d’incrédulité. Et ce n’est pas comme s’il était démuni face au danger.

Note : dès mon premier run, j’ai parcouru le jeu en mode Difficile, ce que je recommande. Il me paraît équilibré juste ce qu’il faut, entre le danger de la menace et l’efficacité de nos moyens pour l’écarter.

Objectivement, le meilleur remake depuis RE 2002

Ce que fait Dead Space remake n’est pas très différent de ce que faisait déjà Resident Evil remake en 2002. Il était plus beau mais se jouait toujours de la même manière. Il étendait le monde du jeu, ajoutait des notes et des personnages, se référait à la mythologie que les suites avaient bâtie entre-temps. Un nouveau type de zombie plus résistant avait fait son apparition, et notre arsenal comprenait dorénavant des armes d’autodéfense pour compenser. Etc. RE remake n’était sorti « que » 6 ans après l’original, mais l’on continue à le considérer comme le meilleur remake à ce jour.

Malgré une attente de quinze ans, bien qu’avec la même approche, le remake de Dead Space donne l’impression à certains d’être inutile, qu’il arrive trop tôt. À cela, on n’y peut rien. C’est le ralentissement technologique. REmake avait pour lui de passer à une nouvelle génération de console, de la PS One à la Game Cube. C’était une époque où les améliorations étaient encore significatives, surtout graphiquement. Depuis l’avènement de la HD et la génération PS3, chaque saut à la next gen est toujours un peu moins marquant.

Du coup, Dead Space remake semble juste « un peu » plus beau et plus souple que l’original. Mais c’est peut-être aussi parce qu’il retranscrit trop bien le souvenir que nous avait laissé l’Ishimura jadis. Exactement comme la première moitié de RE 2 remake au sein du commissariat, altéré mais si reconnaissable. Mais quand RE 2 puis RE 3 remake empruntent ensuite la voie du changement à 100 %, le titre de Motive reste fidèle à son modèle du début à la fin… comme RE remake, soit le meilleur remake connu.

Une question de character

Reste LE point sur lequel tout le monde ne sera pas d’accord. La réinterprétation propre à un remake. C’est le plus gros écart avec un remaster. En fait de dépoussiérage, les développeurs refont le contenu entier. Nouvelles mocap, nouveaux doublages, certains nouveaux acteurs (mais Isaac/Gunner Wright garde sa place). En ajoutant des personnages, en réécrivant certains traits de caractères, en modifiant certaines choses, l’équipe de Motive prend le risque de dénaturer plus en profondeur l’œuvre originale.

Ces ajustements, hélas, sont à l’appréciation de chacun. Concrètement, ils n’enlèvent rien dans Dead Space remake, mais pour certains, ce genre de détail peut tout changer. « Les réactions d’Isaac sont différentes. » « Nicole semble trop âgée et blasée. » Etc. Au mieux, cela n’affecte pas l’histoire, comme par exemple, les états d’âme de Hammond, ou un léger remaniement du twist du dernier chapitre. Au pire, ils ôtent un peu de tension, comme avec la vidéo de Nicole, troquant l’angoisse pour une fatigue évidente, ou la méfiance de Daniels à l’égard de la CEC et Hammond, jadis pleine d’agressivité et désormais plus nuancée. D’autres instants risquent même de perdre inexplicablement leur impact (pourquoi Diable avoir changé la mort de Mercer ?).

C’est peut-être ici que résidera le plus gros point de divergence autour de cette refonte, peut-être inutile, mais certainement pas ratée. Sinon, Dead Space remake reproduit la formule RE remake et s’en tire avec mention « très bien ». C’est forcément un cash grab opportuniste pour EA, mais réellement une lettre d’amour de la part de l’équipe de développement. Elle s’est réapproprié le matériau et l’ensemble de la série, sans les trahir une seconde. Pas au nom d’un but marketing quelconque.

Convergence

À l’image de ce que fait le monolithe dans cette franchise trépassée, Motive a accompli un miracle de recombinaison de chairs mortes. Tout ce qui faisait la force de Dead Space a été rassemblé, ranimé et peaufiné dans ce remake : direction artistique, idées de gameplay et pistes scénaristiques. L’on ne parle pas seulement du jeu original. Dans ce nouvel opus converge tout ce que la série a généré à travers toutes ses formes, dans tous les médias qu’elle s’est appropriée (comme la mise en avant de Harris, tiré des comics, ou les rappels à Downfall et Extraction, pour les plus évidents).

Dead Space remake est bien une œuvre somme, l’épisode ultime de la franchise. Il se réapproprie tout ce qu’elle a fait depuis sa création, et souvent en mieux. À partir de là, quid d’un remake de l’épisode 2 ? Attention à ce que l’on souhaite, car ce serait ouvrir la boîte de Pandore. Dead Space 2 est considéré par beaucoup comme une suite parfaite. Mais après tout, on pensait déjà que le remake de Dead Space ne serait jamais aussi bon que l’original. Si c’est le minimum à attendre de Dead Space 2 remake, je suis prêt à prendre le risque… Quitte à rêver d’une nouvelle version de l’opus 3 lequel, pour le coup, aurait vraiment besoin d’une petite révision.

ADDENDUM :

À l’heure où j’écris ces lignes, Dead Space remake ne réalise pas les chiffres de vente espérés par EA. Entre autres, à cause de The Callisto Protocol, qui a déjà épuisé les porte-monnaie des joueurs avant les fêtes. On risque donc de voir l’histoire se répéter. Sommes-nous déjà au seuil de la nouvelle mort de la franchise, délaissée par son éditeur comme à l’époque de « l’échec » de Dead Space 3 ?

Cela fait une raison de plus pour vraiment apprécier ce titre pour ce qu’il est. Nous faisons peut-être face à un testament, au dernier soubresaut d’une des meilleures séries de jeux d’horreur des vingt-cinq dernières années. Pour le plaisir de la (re)découverte, ce serait dommage de ne pas tenter l’aventure.

LES + :

  • Une mise à niveau graphique et sonore visible.
  • Ambiance et cœur de jeu intacts.
  • Gameplay profitant de toutes les améliorations apportées par la série, en ne reproduisant pas ses erreurs.
  • Lore utilisé à bon escient, ajoutant à l’histoire sans la dénaturer ni la changer en profondeur.

LES – :

  • La réinterprétation des personnages et du jeu de leurs acteurs risque de déplaire aux puristes.
  • Isaac peut sembler un peu rigide par rapport aux derniers jeux d’action-aventure du moment (mais les développeurs ont plutôt bien équilibré la difficulté en fonction).
  • C’est peut-être la dernière fois que Dead Space nous fera trembler (si son succès commercial s’avère trop mitigé).
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Critique : Mayday « Simple mais pas bête »

Mayday

Brodie Torrence (Gerard Butler) est commandant de bord pour une compagnie aérienne. La nuit du nouvel an, il embarque une quinzaine de passagers, dont le prisonnier Louis Gaspare (Mike Colter), au-dessus de la mer des Philippines. À cause d’une tempête, l’avion se pose en catastrophe sur une île paumée. Pas si paumée que ça, mais disons que même l’armée l’évite comme la peste. C’est le repaire de séparatistes, des pirates et des tortionnaires qui adorent les touristes étrangers. Avec eux, ils peuvent toujours demander une plus grosse rançon. Et si ça ne marche pas, et bien, tuer ne les dérange pas. (Mais si ça marche, on se doute que c’est kif-kif.) Quand les passagers de Brodie sont faits prisonniers, il ne reste que lui et Gaspare pour sauver la situation. Ça tombe bien, ils en ont dans le pantalon…

Simplicité n’est pas synonyme de bêtise. Pourtant, on pouvait craindre le pire rien qu’à l’affiche, arborant en VO le titre plus nul du monde : « Plane », soit « Avion » en français, le comble de la flemme. Imaginez si « Piège en Haute Mer » s’intitulait « Bateau », ou si « Speed » s’appelait « Bus ». Bien sûr, ça ne fait pas tout. Mais il y avait aussi cette bonne trogne de Gerard Butler, dont la carrière demeure toujours à mi distance entre le film d’action aux petits oignons et le nanar volontaire. Pourtant…

L’effet Ri(co)chet

Pourtant, Mayday a plusieurs atouts dans sa manche. La première, c’est un réalisateur qui sait y faire, et surtout, pas trop en faire. Jean-François Richet, français, a un beau palmarès à son actif. Mais le grand public se souvient davantage de ses pélloches d’action carrées et un peu rugueuses sur les angles : Assaut sur le central 13 (remake du film de John Carpenter), Mesrine, ou plus récemment, Blood Father avec Mel Gibson.

Au vu des frasques de Butler dans la peau de Mike Banning (La Chute du Président), on pouvait craindre que Mayday soit un ersatz de Commando, avec un duo de gros bras à la vanne facile. Finalement, non. Richet prend son temps à planter des personnages crédibles, puis la situation, et enfin, le décor… Avant que les choses sérieuses ne commencent.

Mayday !

Autant prévenir. Si on ne s’ennuie pas, Mayday préfère faire monter la pression plutôt que faire tout péter à un rythme de métronome. Il faut attendre la moitié du film pour que la confrontation avec les pirates ne fasse ses premières victimes. Des pirates qui n’ont de cliché que leurs foulards et coupes de cheveux, puisque ce sont de beaux salauds sans morale ni pitié. On est donc soulagé de les voir crever. Dommage que les méthodes employées ne soient pas si cathartiques que dans les derniers Rambo.

On apprécie toutefois quelques fulgurances. La première empoignade de Butler, en plan séquence exténuant. La mort du chef des pirates, aussi méritée que cartoonesque. Et surtout, cette brute de Luke Cage fracassant des crânes à coups de masse, comme s’il était Serious Sam. Et quitte à faire la comparaison avec les jeux vidéo, l’intrigue rappelle plus d’une fois le cultissime Far Cry 3. Il ne manque qu’un antagoniste digne de Vaas Montenegro pour faire monter l’angoisse d’un cran.

Bovin d’origine contrôlée

Il faut reconnaître au film sa paire de défauts. D’une part, ça fait plaisir de voir les gérants d’une compagnie aérienne faire des pieds et des mains en salle de crise, espérant retrouver rapidement les victimes. Mais on les voit un peu trop souvent. Cela donne l’impression d’artificialiser légèrement le rythme du film. Si l’odyssée de Brodie et Gaspare était intense comme un marathon, ça tomberait davantage sous le sens. Cette distraction de l’action principale sur l’île nous permettrait de souffler, tout en casant un peu d’exposition.

Mayday

Mais les choses ont besoin d’un moment pour vraiment remuer. On a alors plutôt l’impression qu’on nous éloigne de ce qu’on est vraiment venu voir : un survival d’action avec des brutes épaisses. Allez, ce serait dommage de râler, parce que c’est justement une bonne surprise de la part de Jean-François Richet. Oui, ses personnages sont pétris de clichés (le gentil capitaine courageux, le prisonnier pas si méchant que ça, le British antipathique, etc.). Mais ils ont le droit d’exister, et donc, il leur en laisse le temps. On aime bien Brodie et Gaspare, et on se soucie vaguement du sort d’un ou plusieurs passagers et membres d’équipage.

L’autre défaut, qui tombe un peu sous le sens de nos jours, ce sont des CGI parfois un peu trop évidents. Surtout lors d’un abus de plans virevoltants autour de l’appareil en vol dans la première partie. Mais si même Marvel, malgré des centaines de millions de dollars, continue à bâcler les siens, j’imagine qu’on n’y peut rien.

Mayday

« Avion », euh, Mayday, en conclusion

Quoique sans surprise, Mayday demeure décent à regarder, et parfois franchement marrant. C’est là la seule promesse qu’un amateur espère voir tenue, quand il se rend en salle assister à la projection d’un film appelé « Avion » (arf) mettant en scène Léonidas et Luke Cage sur une île infestée de vauriens.

Pélloche humble appartenant à un genre des plus populaires, Mayday est une vraie bonne série B, ni plus ni moins. Comme les films de Jaume-Collet Serra avec Liam Neeson (Night Run, Non-Stop, The Passenger), c’est un bon petit film, pensé comme un divertissement passager, bien fait, honnête et sans prise de tête.

LES + :

  • Léonidas et Luke Cage font équipe ? J’achète.
  • Série B bien troussée, ni plus ni moins.
  • Des personnages certes clichés, mais plus humanisés et attachants qu’on ne s’y attend.

LES – :

  • Forcément, ça ne réinvente pas la roue.
  • Une action peut -être un peu trop mesurée et retenue.
  • Quelques CGI bien cheap.