Critique : Mission:Impossible – Rogue Nation “Tom Cruise voit rogue !”

Mission:Impossible - Rogue NationEnfin ! ENFIN ! Dans Mission:Impossible – Rogue Nation, Ethan Hunt (Tom Cruise) n’a PAS été piégé pour un crime qu’il n’a pas commis. En revanche, il s’est engagé seul contre tous dans une croisade contre le Syndicat, une organisation terroriste dont tout le monde doute de l’existence à part lui. Tandis que le chef de la CIA Hunley (Alec Baldwin) obtient la fermeture de l’IMF et ordonne son rappel, Ethan mène son enquête, croisant la route de la belle et troublante Ilsa Faust (Rebecca Ferguson), agent double désireuse autant que lui de mettre un terme au Syndicat… ou pas ? Ils seront rejoints par Benji (Simon Pegg), Luther (un gros Ving Rhames) et le réticent Brandt (Jeremy Renner) dans ce qui pourrait bien être leur dernière et plus périlleuse mission : faire tomber le Syndicat.

Musique classique

Disons-le tout de suite, Mission:Impossible – Rogue Nation est probablement le meilleur épisode de la franchise, en particulier parce qu’il est un pot-pourri d’influences multiples bien assimilées, à commencer par ce qui marchait le mieux dans les précédents volets. Après vingt ans et quatre expérimentations (autant de recherches d’identité), M:I 5 combine habilement le style et l’élégance de Brian De Palma (auteur du mythique premier opus) à l’énergie et l’inventivité dans l’action qui faisaient le succès de Protocole Fantôme de Brad Bird. A cela s’ajoutent le retour au casting des têtes les plus aimées de la franchise (Simon Pegg, Ving Rhames, Jeremy Renner), une poursuite à moto bigger que celle de Mission:Impossible 2 et une infiltration tendue et silencieuse (mais sous-marine cette fois) d’un bunker ultra-sécurisé comme à l’époque du film séminal.

En guise de petit plaisir sucré, le réalisateur a en plus gentiment twitté il y a un mois de cela un clin d’œil au game director du jeu Uncharted 3, sous-entendant que la scène où Tom Cruise s’accroche, s’infiltre puis descend d’un avion en vol avait été inspirée du hit de Naughty Dog. On appréciera la référence, même si, avouons-le, la séquence dans le film ne détrône pas celle démentielle de son cousin de pixels.

Mission:Impossible - Rogue NationLa classe éco coûtait encore trop cher…

Inspiration du meilleur de la franchise donc, au moins tout autant que du jeu vidéo, passage obligé pour dynamiser et révolutionner le genre action aujourd’hui (Brad Bird, issu de l’animation, avait déjà tenté des plans fous et en apesanteur pour le volet précédent). Cela dit, on peut imputer le succès artistique de cette dernière mission au nouveau réalisateur Christopher McQuarrie. On connaissait déjà depuis Jack Reacher (son précédent film) son amour pour le cinéma de genre des 70s, à l’ambiance parfaitement retranscrite dans le film-véhicule de Tom Cruise. Un style nostalgique qui faisait l’intérêt d’un métrage pas si nerveux que ça, à la différence du cas présent.

Mission:Impossible – Rogue Nation se permet d’avoir de la gueule lors des scènes d’action tout autant qu’en dehors. Si le grain et l’austérité des décors de Jack Reacher renvoyaient volontiers aux polars sordides dans la lignée de l’Inspecteur Harry, M:I 5 assume complètement sa parenté avec l’élégance insufflée par Brian De Palma à l’opus 1 (nuit dans des ruelles européennes embrumées à la clef). Une filiation assumée dès le générique, reproduisant quasiment celui de 1996, et même à travers une claire et très brève citation, lorsqu’un personnage principal reconstitue mentalement un événement auquel il n’a pas assisté (comme lorsque Tom Cruise, dans le film de De Palma, « revoit » l’attentat de début de film en y intégrant cette fois le traître qu’il n’avait pu voir).

Mais au-delà du simple style, McQuarrie nous livre également un vrai récit d’espionnage où tout est faux-semblants et trahison. Un scénario plus touffu permettant de dépasser la simple allusion à un McGuffin fumeux (comme la Patte de Lapin ou la Chimère), d’autant que cette fois, une véritable et (soi-disant) puissante organisation est tapie dans l’ombre.

Mission:Impossible - Rogue NationLes agents du Syndicat vont devoir repasser leur permis moto.

Parlez-en au Syndicat !

Les doubles jeux sont articulés autour du personnage d’Ilsa Faust (superbe Rebecca Ferguson) agent double, triple ou quadruple dont les véritables intentions ne manqueront pas de faire douter et cogiter le pauvre Ethan Hunt. Là encore, on retrouve une femme fatale que n’aurait pas renié Brian, à la sexualité constamment sublimée, qu’il s’agisse de dévoiler son corps ou un simple regard. Avec une combativité digne d’une amazone, rompue au corps-à-corps acrobatique et au pilotage extrême, Ilsa Faust est un personnage perturbant pouvant assumer aussi bien le rôle d’héroïne comme d’antagoniste majeur. Problème : le rôle de ce dernier est avant tout tenu par le Syndicat, et c’est peut-être là où le bât blesse.

Mission:Impossible - Rogue NationRebecca Ferguson en train de jouer Faust à l’opéra…

Le Syndicat était l’antagoniste principal dans la série d’origine. Équivalent du SPECTRE pour James Bond, il s’agissait d’une entité à la nature assez changeante au fil des saisons, mais pas moins tentaculaire et puissante que l’organisation de Blofeld. Il aura fallu cinq films à la franchise pour sortir de la naphtaline un ennemi au potentiel digne de justifier à nouveau le mot « impossible ». Malgré la pêche du film de Brad Bird, cela faisait un peu de peine à votre serviteur de voir qu’il fallait une équipe d’agents taxés de « Mission Impossible » pour seulement traquer deux gus avec une mallette nucléaire sous le bras. Une armée de dissidents voués à manipuler l’ordre mondial comme on joue aux échecs avait davantage de quoi susciter l’excitation.

C’est oublier que le Syndicat était une sorte d’easter egg balancé à l’arrache à la fin de M:I 4. La continuité est brisée d’emblée dès les prémices de Mission:Impossible – Rogue Nation. Alors qu’on lui demandait de combattre le Syndicat dans les dernières secondes de Ghost Protocol, Ethan se retrouve un an après seul contre tous, l’IMF ayant visiblement oublié la mission qu’elle lui avait confié ! Mais ne boudons pas notre plaisir si le spectacle est bien là (revoir la formidable poursuite à moto).

Ce qui fâche un peu en revanche, c’est que le Syndicat n’est finalement réduit ici qu’à une simple organisation terroriste aux motivations nébuleuses mais trouvant un visage en la personne de l’impassible Solomon Lane (Sean Harris), un enroué au calme glaçant rappelant fortement Michael Nyqvist dans Protocole Fantôme. Encore un arrière-goût de déjà-vu dans un film qui ne manque pourtant jamais de panache. On regrettera enfin un final anticlimactique quoique cohérent dans le match opposant Hunt à son alter ego maléfique.

La séquence sous-marine va vraiment vous faire retenir votre souffle… comme à la belle époque du braquage de la CIA.

Ça continue encore et encore

En résumé, Mission:Impossible – Rogue Nation marche du tonnerre. Mais il lui manque quelque chose malgré ses passages de tension brillamment retranscrite. La tentative d’assassinat à l’opéra de Vienne ne laisse pas le temps de réfléchir à son dénouement, l’infiltration sous-marine parvient à plonger le spectateur en apnée en même temps que Tom Cruise, la chasse à moto établit un nouveau standard en la matière…

Pourtant tout ce qu’on voit n’est que du recyclage, certes parmi le plus intelligent observé dans un blockbuster depuis des années (cf. les ballots Len Wiseman ou Alan Taylor) mais telle scène ou telle idée donnera, malgré la pertinence du choix ou le dynamisme redoutable de son style, la sensation de déjà-vu : la traque de Hunt dupant la CIA comme Jason Bourne, Brandt se chamaillant avec Ethan, la poursuite à moto rappelant fatalement celle de l’épisode 2, Benji en passager affolé imitant le Zeus d’Une Journée en Enfer, un combat au couteau dans la lignée de Jack Reacher… jusqu’à une vague impression de Benjamin Gates – ! – lorsque Tom Cruise déclare le plus sérieusement du monde qu’il va kidnapper une figure politique majeure.

Petit coup de gueule personnel pour finir : si l’on accueille volontiers le retour de Simon Pegg en informaticien nerveux, il semble qu’on ait encore donné les restes à ce pauvre Jeremy Renner, qui se contente de jouer à nouveau le contestataire gueulard de la bande, dupliquant ainsi le schéma de M:I 4. Après Avengers et Jason Bourne : l’Héritage, l’acteur se fait pour la troisième fois carotter dans une franchise dans laquelle il aurait pu s’imposer si on ne lui avait pas coupé l’herbe sous le pied. Peut-être dans le numéro 6 ?

Mission:Impossible – Rogue Nation en cinq secondes

Grâce à son concept et à son style, Mission:Impossible au cinéma possède désormais tout ce qu’il faut pour devenir une grande et vivace saga dans la lignée de l’inoxydable James Bond. Cependant, pour le sixième chapitre déjà programmé, on est en droit de se demander si la série saura se réinventer. Se vautrera-t-elle plutôt dans une redite maladroite comme Fast & Furious, revenue de loin pour replonger dans les méandres de la médiocrité avec son calamiteux opus 7 ? Ce sera la mission impossible du prochain réalisateur… s’il décide de l’accepter.

LES + :

  • La série se bonifie avec le temps… Arrivé au cinquième épisode, c’est un phénomène rare au cinéma, encore plus dans le monde des blockbusters d’aujourd’hui !
  • Mission:Impossible – Rogue Nation est un vrai flm d’artisan, qui sait divertir avec intelligence.
  • Une beauté plastique qui fait plaisir.
  • Des scènes d’action incroyables de maîtrise.

LES – :

  • Il ne reste plus qu’à se fouler un peu plus au scénario, et peut-être que M:I 6 fera date dans l’histoire du cinéma.

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