Dans Le Secret de la Cité Perdue, Loretta Sage (Sandra Bullock) est une romancière à l’eau de rose, fortement déprimée depuis la mort de son mari archéologue. Alan (Channing Tatum) est un modèle aussi beau gosse que niais, figurant sur toutes les couvertures des romans de Loretta. Elle ne peut pas le sentir. Il n’aime pas la voir triste. Après avoir fait foirer leur dernière tournée promo, l’autrice est kidnappée par le richissime Abigail Fairfax (Daniel Radcliffe). Il a flashé sur le dernier livre de la belle, en particulier ses références à la Cité perdue et à son trésor, une alléchante « couronne de feu ». Manifestement, la romancière sait des choses, et puisqu’il est prêt à tout, il l’emmène sur une île pour déchiffrer des parchemins. Alan y voit l’occasion de briller, part la secourir, et bien sûr, le sauvetage dérape. Tous deux se retrouvent perdus dans la jungle, coincés entre un trésor hypothétique et les mercenaires d’Abigail…

Est-il nécessaire de parler du Secret de la Cité Perdue ? Franchement, non, tant on devine tout ce qu’il y à en dire. Mais un film d’aventure « vieille école », ça me tentait, bon ou mauvais. Et il y avait la parenté possible avec Veines Rouges, qui m’inquiétait un peu (un romancier kidnappé sur la base d’un livre, pour finir en poursuite dans la jungle, hmmmmm…).

Finalement, s’il était impératif de le voir, il sera aussi facile de l’oublier. Dans sa médiocrité, tout est bon à jeter. Mais il est possible, paradoxalement, que sa médiocrité soit une qualité.

Bullock s’en ballec

Le Secret de la Cité Perdue sort au cinéma deux mois après Uncharted. Les aventures de Nathan Drake avaient l’air de faire du surplace, puisque recopiant sans vergogne des jeux vidéo encore frais dans les mémoires. Celles de Loretta et Alan ont l’air de revenir quarante ans en arrière, puisque repompant dans les grandes lignes le bien meilleur À la poursuite du Diamant vert (1984). Mais pas seulement.

Vous vous souvenez de Bienvenue dans la Jungle (2003), où the Rock et Sean William Scott, deux stars aux registres spécifiques, n’étaient là que pour faire leur numéro et cachetonner ? Check. (D’ailleurs, les deux films partagent un humour souvent à ras de braguette.) Vous voyez la réalisation fadasse typique de la comédie américaine des années 2010, avec plans et photographie en pilotage automatique ? Check. Vous vous souvenez du récent Jungle Cruise, avec 50 % de jungle sous cloche et 50 % de fonds numériques pas toujours joyeux ? Check.

Vous connaissez le syndrome du méchant richissime et mégalo sans charisme et complètement interchangeable ? Double check, avec ici Daniel Radcliffe dont on pense que ç’aurait été plus drôle et méta s’il avait kidnappé J.K. Rowling pour lui apprendre la magie. Et n’oubliez pas d’emballer le tout avec une musique insipide. La fois dernière, je critiquais Uncharted en disant qu’il aurait fait meilleur effet sur Netflix. J’aurais dû garder cette réflexion pour le présent objet filmique.

Le Secret de la Cité Perdue, c’est le rire retrouvé ?

Le Secret de la Cité perdue est tout sauf original. Il n’est jamais novateur dans ce qu’il propose ni inspiré dans ce qu’il reprend. De plus, le rythme est souvent plombé. Tantôt, c’est à cause de la sous-intrigue de l’agente littéraire cherchant désespérément un avion. Sinon, c’est la faute à des saillies verbales dignes de Marvel. Nos héros ont souvent tendance à perdre du temps à se chamailler posément lors de moments de « réelle » tension ou de danger imminent, désamorçant des scènes pourtant prometteuses. On se croirait plus en visite guidée aux Maldives ou en balade à Disneyland que perdus dans une forêt tropicale avec des tueurs aux fesses.

Pourtant, je me suis souvent retrouvé à sourire. J’ai même parfois ri franchement devant une situation incongrue, ou suite à une réplique nulle (« Mais c’est Ken en pétrolette ! »). C’est dû à tout une palette d’émotions souvent contradictoires. On rit complice des bêtises de Channing Tatum, qui ne surprend pas dans un registre qu’il maîtrise toutefois parfaitement (le M. Muscles benêt au cœur d’or). À l’opposé, on ricane de gêne face à Sandra Bullock, refaite et la peau sur les os, exhibant les trois quarts du temps un décolleté plongeant sur sa cage thoracique.

On exulte le temps d’un caméo de luxe (spoilé par la bande-annonce). Mais on soupire face à son absence le reste du métrage, en réalisant ce que cette énergie aurait apporté au film. Et bien sûr, on rit au nez d’une inutile scène post-credits. Même si, clairement, l’idée est de se moquer du procédé, elle nous rappelle tout de même l’époque miteuse dans laquelle nous vivons.

Juste pour rire

Le Secret de la Cité Perdue n’est pas plus sincère ni original que la concurrence, mais il n’en a pas la prétention. Quelque part, cela le sauve. Est-ce que ce film est navrant ? Oui. Est-ce que c’est marrant ? Ça lui arrive aussi, plus souvent que je ne l’aurais souhaité. C’est pour ça que sa médiocrité mérite d’être autant critiquée qu’appréciée.

Le Secret de la Cité Perdue est anachronique, un gros trip régressif. Il fera marrer les gosses, ainsi que certains parents ayant connu les belles heures de la série B fauchée « made in Cannon Group ». Des productions opportunistes et sans prise de tête, où la nullité côtoie l’insouciance. Or, de nos jours, un peu d’insouciance ne peut pas faire de mal. Cela peut même nous faire du bien.

LES + :

  • Channing Tatum, toujours à sa place.
  • Un caméo de luxe qui fait bien marrer.
  • Un film « original » qui n’est ni un Marvel ni une suite tardive, ni une tentative minable de lancer un univers étendu ? Chic.

LES – :

  • Sandra Bullock semble bien fatiguée.
  • Un caméo qui fâche après avoir été dégagé de l’histoire (mais pourquoi ?!).
  • Un film « original » qui n’a aucun os ni aucun organe frais sous la peau.

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