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Critique : Indiana Jones et le Cadran de la Destinée « La Malédiction de la Redondance »

Indiana Jones et le Cadran de la Destinée
Indiana Jones et le Cadran de la Destinée

Indiana Jones et le Cadran de la Destinée débute dans les Alpes, en 1944. Indiana Jones (Harrison Ford) et son comparse Basil (Tobey Jones) affrontent des nazis en fuite à bord d’un train, pour sauver tous les trésors culturels qu’ils ont dérobés. Dans la bagarre, nos héros récupèrent la moitié de l’Anticythère, un cadran conçu il y a 2000 ans par le savant grec Archymède.

New York, 1969. Helena (Phoebe Waller-Bridge), la fille de Basil, contacte Indy fraîchement retraité pour qu’il l’aide à mettre la main sur le cadran entier. Mais les sbires de Voller (Mads Mikkelsen) convoitent aussi l’objet, convaincus qu’il a le pouvoir de détecter les failles dans l’espace-temps…

Le cinquième tour de piste d’Indiana Jones n’est pas mauvais. C’est un film d’aventures soigné, respectueux des codes, pour ne pas parler de clichés. Il a de quoi ravir les amateurs de chasse au trésor et d’aventure un tant soit peu dépaysante. Pourtant, même si c’est pas nul, nombreux sont ceux à trouver que ce n’est pas « bien ». Peut-être parce que c’est un miroir aux alouettes ? Car Indiana Jones et le Cadran de la Destinée est victime d’une malédiction des temps modernes, celle de la redondance.

Les Aventuriers du Succès perdu

Pour aboutir à Indiana Jones et le Royaume du Crâne de Cristal en 2008, George Lucas avait mis des années à convaincre Steven Spielberg de remettre ça, insistant beaucoup sur un McGuffin à base de SF désuète et d’aliens. Suite à l’accueil tiède du film, l’on était réticent à retrouver l’archéologue. Et puis, comment allaient-ils se mettre d’accord pour un numéro cinq ?

Après avoir gâché Star Wars, on accusait Lucas d’avoir aussi ruiné Indiana Jones, que ce soit le scénario, l’orgie de CGI ou le casting en roue libre. En 2015, il vendit son âme au Diable Lucasfilm à Disney, fatigué de se faire vomir dessus. Les fans ont alors crié « hourra ». Selon eux, plus de George, plus de problème.

Aujourd’hui arrive Indiana Jones et le Cadran de la Destinée. Le discours assassin des fans reste inchangé, sauf que maintenant, c’est Disney qui trinque. Après avoir lessivé la galaxie très lointaine, et brièvement sorti Willow d’un tiroir, Indy était le dernier joker de Lucasfilm pour revenir en grâce.

Mais Disney-Marvel a redéfini la formule des blockbusters, sur le papier comme à l’écran. Désormais, tous leurs gros films se ressemblent, peu importe les talents impliqués : CGI et scénario de plus en plus bâclés, priorité à l’inclusivité, et saisir toutes les opportunités de prolonger la franchise. La Guerre des Étoiles en a fait les frais. À quel point cela impacte-t-il le dernier coup de fouet de l’archéologue au chapeau ?

Le Royaume du Cadran de la Destinée

De l’aveu de Disney, promo oblige, ils comptent nous faire oublier Le Crâne de Cristal et « corriger » les erreurs passées. Bref, ils vont « cancel » ce que la majorité non silencieuse n’a pas aimé. Une démarche typique de notre époque.

Alors que Jason Bourne et les Transformers sont passés par là, quand les réalisateurs les plus « hype » sont au mieux académiques, au pire analphabètes de l’image, et où le cynisme de leurs entreprises n’a plus aucune limite, c’est presque un rêve éveillé de faire revenir Indiana Jones, un monument du serial insouciant et parfois campy. C’est oublier l’objectif premier de cet épisode tardif : maintenir la propriété intellectuelle en vie.

On nous le promet, Indy ne reviendra plus au ciné. Mais des jeux vidéo, comics et autres produits dérivés sont prévus. Et Disney a déjà sa formule, rodée avec Star Wars. Dans une mythologie où la galaxie est pourtant vaste et offre toutes les possibilités, ils ont déjà ressorti plus que de raison les vieilles gloires. On en revient toujours à Luke, Solo, Dark Vador, Obi Wan, etc.

Indiana Jones et le Cadran de la Destinée

Les nouveaux personnages n’ont d’aura que s’ils croisent, et potentiellement, supplantent ou tuent les héros du passé. Leur fantôme ne cesse pourtant de les hanter, comme il poursuit les fans ou des producteurs trop peureux d’aller de l’avant. Pour calmer le jeu, on rejoue les mêmes scènes ou on recycle les mêmes ficelles. Exemple édifiant, Le Réveil de la Force fut un décalque sans subtilité de Un Nouvel Espoir. C’est la raison pour laquelle il est aimé par la moitié du monde (« Vous savez si bien ce qu’on aime ! ») et détesté par l’autre (« Bande de feignasses opportunistes ! »).

Bis repetita

Est-ce vraiment une coïncidence si Indiana Jones et le Cadran de la Destinée commence exactement comme Le Royaume du Crâne de Cristal ? Saluons l’effort de la firme aux grandes oreilles. Cette fois, au lieu de refaire un film adoré comme avec l’épisode VII de Star Wars en 2015, ils tentent de réécrire le plus polémique de la série.

À une époque où Indy fait face à sa fin symbolique suite à une révolution scientifique (le nucléaire hier, la conquête spatiale aujourd’hui), un.e jeune gaillard.e lié.e à un vieil ami lui propose une quête basée sur les gribouillis du disparu. Ensemble, ils trouvent un McGuffin (le Crâne de Cristal/la moitié de l’Anticythère), puis se lancent dans une course-poursuite contre des méchants Russes/Néo-nazis. Entre-temps, le Docteur Jones est recherché pour trahison/meurtre par les autorités. Le temps que le film soit terminé, on aura pourtant complètement oublié cette sous-intrigue.

Sur le papier, le film est déjà grandement redondant avec celui qui l’a précédé. Il fallait au moins une approche, une réalisation et des effets convaincants pour ne pas vendre la mèche.

Quand Mangold manie Indiana Jones et le Cadran de la Destinée

Steven Spielberg ne rempile pas. Avec la bénédiction de ce dernier, Disney choisit un remplaçant pour sa capacité à s’adapter plutôt qu’à surprendre.

Il s’agit de James Mangold, réalisateur acclamé de Logan et Le Mans 66. Il a déjà prouvé être plus doué et inventif avec une caméra que JJ Abrams, l’homme qui avait ressuscité Star Wars. Toutefois, on devine qu’il est convié avec la même idée en tête. Abrams devait apporter la même énergie que celle insufflée à ses reboot de Star Trek. On attend de Mangold qu’il traite l’archéologue comme le mutant griffu dans le film éponyme. Ajoutez une nomination à l’Oscar du meilleur film pour Le Mans 66, et vous avez un point de plus pour la future reconnaissance critique.

En conséquence, le film sent moins l’amour et l’envie des précédents opus (oui, même le 4). Par contre, on décèle la frilosité de son meneur, ainsi qu’un cahier des charges typiquement disneyien depuis dix ans. Il s’agit de rester dans les clous et d’assurer le fan service, tout en y apportant plus de pep’s grâce à une louche de jeunisme et d’inclusivité. Malgré l’application du cuistot suppléant, la « recette Indy » n’est plus vraiment la même, et le goût a quelque peu changé.

« Du Spielberg » sans Spielberg ?

Mangold a promis deux choses. Il s’appliquerait à « faire du Spielberg » de son mieux, et il ne chercherait pas à « déconstruire » le héros.

Pour la première, c’était perdu d’avance. Personne ne peut remplacer le réalisateur des Dents de la Mer et E.T. Au découpage ultra lisible et à la précision du maître succèdent des scènes d’action classiques, à la visibilité parfois limite. C’est soit à cause d’une obscurité censée cacher des CGI imparfaits (quoique le de-aging du héros s’avère souvent convaincant), soit la faute à un montage précipité. Au moins, la photographie nous rappelle-t-elle, occasionnellement, les belles heures de la saga.

Indiana Jones et le Cadran de la Destinée

On serait quand même faux-cul de dire que c’est mauvais. Le film a le mérite de trancher esthétiquement avec tous les Marvel génériques, et sa cinématographie les domine sans peine. On est juste deux crans en dessous de ce dont on avait l’habitude. De Spielberg, Mangold n’a pas l’humour, la richesse, le dynamisme, ou encore le souci du détail. C’est encore plus flagrant lorsqu’il refait malgré lui des passages déjà vus, dont certains il n’y a pas si longtemps.

Il n’y a qu’à comparer la scène du bar avec celle du quatrième opus, entre Indy et le.la petit.e jeune. Dans le film de 2008, l’image parle. Le cadre est constamment rempli. Il se passe toujours quelque chose au premier plan comme à l’arrière plan. Les gestes de Mutt et Indy en disent long sur leurs caractères respectifs, tandis qu’ils livrent l’exposition de l’intrigue par le dialogue. Cinématographiquement, c’est extrêmement généreux, plus que ça n’est en droit de l’être. Dans Le Cadran de la Destinée, le bar est désert, et Mangold enchaîne exclusivement des champs/contre-champs pour filmer la conversation. À ce stade, la mise en scène n’est plus seulement classique, mais carrément mortifère.

Le manque d’enthousiasme se ressent jusque dans la BO de John Williams. Si le compositeur nous gratifie encore de jolies compositions, c’est la première fois qu’il recycle autant son travail. La redite se cantonnait à quelques notes liées à des personnages ou à des motifs (Marion, Henri Jones, l’arche d’alliance, etc.). Plus maintenant.

Détruire, une tradition hollywoodienne

Indiana Jones et le Cadran de la Destinée est également redondant avec tous les gros films surfant sur l’héritage de leurs franchises. Star Wars, Jurassic World, SOS Fantômes ou Terminator Dark Fate, pour ne citer qu’eux… À partir des années 2010, la consigne semble avoir été « détruire pour ne rien construire derrière ».

Quand Mangold dit qu’il ne voulait pas déconstruire le mythe, on veut bien le croire. Malgré l’humiliation de l’âge (ce qui est naturel), il filme Jones avec tendresse. Et à l’instar du film précédent, le fedora ne change pas de mains. Toutefois, Le Cadran de la Destinée s’évertue à « détruire » son héros. Indy est vieux, grincheux, rincé, seul et amer. Il passe les dernières années de sa vie dans un monde dont la modernité le dépasse, voire le déprime complètement. Pas sûr que les fans avaient envie de voir cette morosité, pour ne pas dire cette noirceur. Mais si c’est bien fait, pourquoi pas ?

C’est oublier que c’est un film de commande, et qu’encore une fois, Disney a des cases à cocher. La franchise doit survivre, mais le pari est compliqué. D’un côté, les post millenials s’en foutent vraiment d’Indiana Jones, quand Fast and Furious a dominé le box office pendant dix ans. De l’autre, les vieux ne veulent voir personne d’autre que Ford dans la peau de l’aventurier. La solution ? Plutôt que de le remettre inutilement sur pieds, il faut introduire un successeur spirituel, susceptible de plaire aux spectateurs d’hier comme d’aujourd’hui.

La fille(ule) d’Indiana Jones

Le fils légitime du personnage, Mutt Williams (Shia LaBeouf), n’avait pas convaincu en héritier. Mais comme le soulignait le dernier plan du Crâne de Cristal, remplacer son père n’avait jamais été l’idée. C’était une bonne chose. Malgré les (grosses) faiblesses d’écriture du précédent film, Mutt était un sidekick, un personnage haut en couleur, qui tranchait avec la personnalité et les talents de son géniteur. Leur association était inoffensive, sans conflit ni ambiguïté.

Certes, on était loin de la relation père-fils de La Dernière Croisade, vingt ans auparavant. Mais cette dernière était différente, riche en opposition. Henri Jones Senior (Sean Connery) était un binôme adéquat, un contrepoids à son fils, puisqu’il n’était que prof de fac et pas du tout un homme d’action. Il amenait des pistes dans la quête du Graal, mais aussi le recul et la philosophie qui manquaient à Indy dans la vie. Chacun contribuait autant à l’intrigue qu’au cheminement personnel de l’autre.

L’idée du Cadran de la Destinée est clairement d’imposer un personnage pour lui confier l’avenir de la saga. Le souci, c’est que sa mise en valeur prévaut sur la logique d’écriture et une certaine pertinence.

Helena Shaw déplaît à tellement de monde qu’ils lui reprochent de promouvoir agressivement le « female empowerment », la femme forte selon Lucasfilm et sa présidente, Kathleen Kennedy (comme avec Rey dans la postlogie Star Wars). En retour, cette dernière les traite de rabat-joie et d’anti-féministes, comme on agite la carte « sortie de prison » au Monopoly. Une manière de détourner l’attention du vrai problème.

« Le monde est trop petit pour nous deux. »

Si Helena avait été une gosse de 13 ans ou un autre fils caché d’Indy, cela aurait-il changé l’indignation suscitée chez les puristes ? Probablement pas. Le vrai souci vient de la redondance que son écriture entraîne.

Le personnage n’est pas plus insupportable qu’on pouvait le craindre, étant donné le CV de son interprète. Il ne faut pas s’étonner si Phoebe Waller-Bridge rejoue Fleebag. L’actrice n’a décidément qu’une corde à son arc, et va s’en servir jusqu’à ce qu’elle pète. Ce n’est pas différent de Schwarzenegger ou Louis de Funès. Ce qui compte, c’est dans quoi on les jette.

Ne pas aimer Helena parce qu’on est sexiste, c’est vraiment être un conn@rd. Mais critiquer le personnage ne veut pas dire qu’on est anti-féministe ! Dans le cas de Indiana Jones et le Cadran de la Destinée, il y a un réel problème d’écriture. Ce n’est même pas un « problème », puisque conséquence d’un choix volontaire et sans concession : remplacer le héros en titre, quitte à le faire trop vite.

Helena n’est pas seulement supérieure physiquement à Indy, grâce à ses 40 ans de moins. Elle en sait constamment plus que lui sur ce fameux cadran (grâce aux recherches de son père), mais elle a aussi plus de jugeote. Si Indy était capable de briller en retour, les sarcasmes de la demoiselle ne seraient que de l’humour. Sauf qu’elle n’est ni un sidekick comme Mutt, ni un buddy comme Henri. Ils ne sont nullement complémentaires l’un l’autre.

Indiana Jones ne contrebalance rien qui fasse défaut à sa filleule, ni ne lui apporte quoi que ce soit. Le caractère et les agissements de cette dernière ne sont d’ailleurs jamais clairs, et semblent changer selon les besoins du scénario. Elle est égoïste, mais finalement sensible ? Cupide, mais en réalité, altruiste ? Exaltée, mais au bout du compte, consciente du poids de ses actes ? Etc.

C’est la même en « moins »

La virulence des retours sur Internet est, comme toujours, disproportionnée. Mais l’on peut comprendre l’aigreur saisissant la plupart des fans. Ici, Indiana Jones n’est pas obsolète, à savoir, encore capable d’accomplir sa fonction, même moins efficacement. Il devient carrément superflu, inutile dans le film portant son nom.

Helena, c’est la même avec des cheveux longs, une caractérisation marquante en moins (elle n’a aucun attribut propre et iconique, comme le chapeau ou le fouet). Ce qu’Indy sait, elle le sait. Ce qu’il ferait, elle le fait à sa place. Elle a même son propre Demi-Lune en la personne de Teddy (Ethann Isidore) qu’elle a rencontré de la même manière. C’est toujours elle qui les sort d’une situation compliquée, sinon par l’entremise de Teddy, ou qui étale sa science. Quand Papy résout un puzzle, elle pourrait le faire à sa place, puisqu’elle lui souffle la réponse.

Indiana Jones et le Cadran de la Destinée

Indy ne justifie sa présence qu’en tant que « type qui connaît un type ». Or, c’est une pirouette scénaristique qu’on aurait pu attribuer à Helena. « Objection ! Dans le tombeau en Sicile, Indy résout pourtant l’énigme ! » Oui, mais vu le niveau Journal de Mickey de la chose, on voit mal Miss Je-sais-tout ne pas en venir à bout, si le scénariste lui avait laissé une minute de plus.

Dans un film appelé Indiana Jones et le Cadran de la Destinée, Helena Shaw rend redondant le héros éponyme, au point qu’il ne sert plus à rien. On ne le cache même plus dans le dernier acte, Indy devenant simple spectateur des événements fantastiques se déroulant autour de lui. Son dernier morceau de bravoure au cinéma sera de… sauter en parachute, ce que Helena, encore, aurait très bien pu faire.

À imposer d’emblée la demoiselle comme figure héroïque et héritière forcée, on passe peut-être à côté d’une belle opportunité. Avec son attitude de jeune louve ouverte à la confrontation, plus dynamique que le héros, s’opposant à sa stature et à sa pertinence dans cette course au trésor, Helena n’a pas tant le profil d’une partenaire que celui d’une… antagoniste. Elle aurait pu en être une très bonne, avant de faire front commun contre les nazis et de justifier beaucoup mieux son changement de priorités.

Mais bon. Tout ceci est-il vraiment un problème, du moment que le divertissement est là ?

Indiana Jones et le Cadran de la Destinée

Nostalgie, ce doux poison

C’est là que la nostalgie est brillamment, et sournoisement, exploitée par Lucasfilm et Mangold. En tout cas, mieux que dans la postlogie Star Wars. Ici, les figures emblématiques ne sont pas ramenées au compte-goutte après la longue introduction de jeunots à l’intérêt discutable. Nous commençons en compagnie d’Indy, la vedette, pour peu à peu le voir relégué au rang de second couteau.

Durant les trente premières minutes, le prologue montre le héros titulaire au pic de sa gloire, affrontant des centaines de nazis avec la niaque qu’on lui connaît. Puis, nous subissons le choc de son existence misérable au présent. L’amertume et la mélancolie qu’il dégage parviennent à nous toucher. Surtout, on attend impatiemment qu’il sorte de cette torpeur et retrouve un peu le feu sacré. Ça n’arrivera jamais.

Dès l’arrivée d’Helena, il n’est plus qu’un témoin passif bringuebalé au fil de l’eau, même si ses initiatives et ses premières scènes d’action veulent nous convaincre du contraire (la course à cheval en pleine parade, la poursuite en tuk-tuk à Tanger).

Bercés par nos souvenirs, nous croyons qu’Indiana a encore une place centrale et légitime dans cette histoire. Après tout, même dans le quatrième film, il prenait part à une quête dont il ne voulait jamais. Mais il restait un héros d’action et élucidait des mystères. Il était encore actif, à défaut de proactif. Il réagissait à ce qui lui arrivait, à défaut d’aller spontanément de l’avant.

Trop vieux pour ces c#nneries

Aujourd’hui, Henri Jones Jr a quatre-vingt piges et le corps en miettes. Il ne peut plus s’adapter aussi facilement, sauter d’une falaise ni affronter des tanks. C’est donc sa dernière aventure qui s’adapte à cette réalité. Le rythme, et surtout, les dangers se calment considérablement. Petit à petit, on abandonne les exploits physiques pour caser tant bien que mal le héros dans la suite des événements.

La scène sur le train en 1944 est la plus over-the-top. Par la suite, la poursuite à cheval est brève et linéaire. Puis le chassé-croisé à Tanger, l’occasion de rester surtout derrière un guidon, malgré le bordel environnant. Après ça, nous ne verrons plus de scène aussi énergique.

Indiana Jones et le Cadran de la Destinée

Dans Indiana Jones et le Cadran de la Destinée, c’est le contexte qui assure le spectacle, et non l’exécution à l’écran : la parade et ses milliers de figurants et confettis, le chaos à Tanger, et bien sûr, le dernier acte grandiloquent. En réalité, la course à cheval est expédiée et sans relief, le chassé-croisé en tuk-tuk multiplie les intervenants pour noyer le poisson, et le final se déroule sans que personne n’ait à lever le petit doigt. L’aventure est à l’image de son héros, c’est-à-dire gériatrique.

Durant le prologue, Voller révèle que la relique convoitée par les nazis est une copie dénuée de pouvoirs. Quelque part, c’est un aveu de ce qui attend le spectateur. Un peu à la manière du fondu enchaîné au début du Crâne de Cristal, quand la montagne Paramount devenait une motte de terre, comme pour nous dire de revoir nos attentes à la baisse.

Belle contrefaçon, mais contrefaçon quand même

La saga Indiana Jones a déjà entraîné des déclinaisons (Benjamin Gates et le Trésor des Templiers) ou des comparaisons faciles (A la poursuite du Diamant Vert, Sahara). Il faut bien avouer que dernièrement, quand on est fan de la formule, on se retrouve à la diète. Or, Le Cadran de Destinée, s’il déçoit beaucoup de monde, fait mieux que sa pitoyable concurrence (Uncharted).

Même si l’aventure suit des rails, ils sont solides. Le trésor est original (= jamais exploité avant) et le périple se laisse suivre. C’est juste que, sans l’apport de Spielberg, avec le minimum syndical proposé par John Williams, à cause d’intentions d’écriture douteuses et de CGI envahissants, et souffrant d’une bonne demi-heure en trop (un autre fléau des blockbusters modernes), Indiana Jones et le Cadran de la Destinée ressemble à une copie des films précédents. Ce faisant, il devient redondant avec les imitateurs l’ayant précédé.

Cela se ressent jusque dans de petits détails, susceptibles de faire tiquer consciemment ou non. Avec le fondu enchaîné ouvrant le film, désormais basé sur le logo de Lucasfilm, au lieu de celui de Paramount. Dans le manque de plans vraiment iconiques. Dans le de-aging de Harrison Ford, presque parfait, mais dont le jeune visage contraste avec la vieille voix. Avec des changements cosmétiques, comme le nouveau design de la mappemonde, plan signature de la série. Peut-être même dans les méchants, les plus fades de la franchise, malgré le talent de leurs interprètes (Mikkelsen, Holbrook, Wilson).

Le film bénéficie du minimum de soin attendu, et il s’applique à reproduire tout ce qu’on aime. Rien que ça, ça le rend unique dans le paysage ciné de cet été, et le distingue du tout-venant super-héroïque. Cela étant, une contrefaçon, même de qualité, demeure une contrefaçon. La présence de Harrison Ford ne peut rien y faire. Le Cadran de la Destinée, c’est sympa, mais c’est juste Indiana Jones en moins frais, moins excitant et moins amusant. (« N’essayez pas d’être drôle », rétorque d’ailleurs le héros après une vaine tentative d’humour.)

Indiana Jones et le Cadran de la Destinée

Pour ceux chez qui la nostalgie agit comme une dose de morphine, recycler l’imagerie familière de la saga suffit à faire passer la pilule. Honnêtement, il n’y a pas de honte à ça, ni de raison de bouder son plaisir. L’exécution est honorable. Dommage qu’il n’y ait pas de scène ni de motif aussi marquants que dans les originaux. Aucune folie ni audace ne se dégage de ses pourtant nombreuses opportunités (comme le délire qu’offre le cadran dans le dernier acte, plus radical que ce que la série a offert avant, et pourtant, si sage).

En résumé : un adieu dans l’air du temps

Indiana Jones et le Cadran de la Destinée est trop symptomatique de son époque. Il détruit comme d’autres avant lui une mythologie et ses personnages, sans rien bâtir derrière. Une impasse commerciale et créative pour Disney, mais une logique thématique pour la série.

Pourtant, Mangold fait les choses « bien ». Le poison agit insidieusement, la nostalgie étant censée anesthésier les esprits prisonniers du passé. Heureusement qu’il y a ça, car suite à un prologue 100 % Indy, ce dernier n’est plus le personnage central. Face à sa filleule, il ne devient pas seulement obsolète ou archaïque. Helena le rend carrément redondant, caduc au sein du film qui porte pourtant son nom.

Ceci explique sûrement l’accueil tiédasse du métrage. Ceux qui aiment « aiment bien », saluant un divertissement efficace et un ou deux passages touchants. Ceux qui détestent tirent à vue sans hésitation, refusant d’en voir les indéniables qualités. C’est un blockbuster à l’ancienne et soigné, certes un peu trop radical dans ses intentions. Mais il a la décence de ne pas bâcler le travail comme les derniers Star Wars.

Indiana Jones et le Cadran de la Destinée

On est quand même forcé malgré nous à dire adieu à la magie et aux étoiles dans les yeux. Elles ont été remplacées par des tours de passe-passe et des paillettes. Ce n’est pas « si » grave. Ce qui compte, c’est d’y trouver du plaisir. Qu’il tienne à nos souvenirs ravivés une dernière fois, ou à nos exigences sérieusement revues à la baisse depuis quelques années.

Indy est mort. Ç’aurait dû être mieux, mais ç’aurait pu être pire. C’est déjà ça.

LES + :

  • Revoir Indiana Jones sur grand écran une dernière fois.
  • Un film aux qualités artistiques et esthétiques indéniables.
  • De nos jours, on a droit à trop peu de films d’aventures et chasses au trésor de qualité pour bouder notre plaisir.

LES – :

  • Revoir Indy comme ça, si ça doit être la dernière fois.
  • Mangold n’est pas Spielberg. Du coup, on dirait une contrefaçon d’un film de la franchise.
  • Les intentions du studio court-circuitent trop les intentions d’écriture.

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Critique : Fast X « Circulez, y a plus rien à voir ! » 

Fast X

Fast X commence avec Dominic Toretto (Jésus Vin Diesel) apprenant à son gamin de six ans à faire des drifts, contant fleurette à sa dulcinée Letty (Michelle Rodriguez) et enchaînant les barbecues avec sa « Fast Family ». Jusqu’au jour où Dante (Jason Momoa), fils du méchant atomisé dans Fast 5, revient pour se venger. Il ne jure pas de tuer Dom, mais de « tout lui prendre ». Et il est allé à bonne école pour ça, celle du Joker. Un peu de celui de The Dark Knight, mais beaucoup, hélas, de celui du Suicide Squad de 2016. Comprendre que ses plans sont absurdement tordus comme chez le premier, mais que, comme le second, on dirait « Priscilla, Folle du désert » après une overdose d’ecsta…

On entamait le début de la fin avec Fast and Furious 9. Pourtant, on n’avait aucune idée des tréfonds que Vin Diesel et ses producteurs étaient encore capables d’atteindre. Le film précédent repoussait les frontières de la crédibilité (et il y avait du level !) jusqu’à envoyer ses héros dans l’espace. Cette fois, Fast X repousse les limites de la décence. Votre serviteur trouvait déjà que le 7ème opus était un doigt d’honneur à l’intelligence, et le spin-off Hobbs & Shaw, un ego trip infect à la gloire de The Rock. Fast X cumule ces deux tares (l’ego de Diesel remplaçant celui de Johnson). Malheureusement, il ajoute encore de nouvelles infamies à sa checklist déjà longue.

Flashback of the Furious

C’est curieux de voir cette série alterner un coup sur deux entre un prétexte acceptable et un foutage de gueule total. Le numéro 7 promettait la vengeance burnée de Jason Statham, pour finalement nous servir une intrigue de vol technologique bidon. Le 9ème film sortait d’un chapeau le frère disparu de Dom, pour finalement… nous servir une intrigue de vol technologique bidon. Même Hobbs & Shaw nous promettait le Tango & Cash du XXIème siècle pour, à l’arrivée… nous servir une intrigue de vol technologique bidon. Vous voyez le pattern ?

Fast X semble vouloir revenir en arrière pour tenir tardivement ses promesses. En fait de Deckard Shaw (Jason Statham), c’est la vengeance de Dante, revenant du cinquième film, qui, pour une fois, représente un réel danger pour la Fast Family. Oui, mais voilà, la saga ne cesse de faire des spins depuis Fast and Furious 7. Elle ne sait plus se réinventer et aller de l’avant. Du coup, on retrouve absolument tous les ressorts employés précédemment pour dérouler l’intrigue (la quoi ?), développer les personnages (haha !) et créer la surprise (bâillement).

Fast food

Le réalisateur français Louis Leterrier (L’Incroyable Hulk, Insaisissables) est arrivé en catastrophe sur le projet, après le départ de Justin Lin pour « différends artistiques » (ben tiens). Il aurait soi-disant réécrit tout le 3ème acte dans son avion pour Los Angeles. N’a-t-il vraiment réécrit que ça ? Parce que ce tome dix tient du n’importe quoi du début à la fin. Tout va aussi bien ensemble qu’un collage de vignettes sur un pendule avec du scotch réalisé par un gamin de quatre ans. Comme tel, c’est marrant. Le marmot y a passé du temps, et il a forcément mis tout ce qu’il aimait avec ce qu’il pouvait. Mais c’est pas de l’art contemporain, et à cet âge, c’est normal !

L’âge mental est justement le problème, ici. Avec Fast X, tout le monde, du public à la star principale, sait très bien dans quoi il s’engage : du divertissement bête et méchant. Ce qui est angoissant, c’est comment la définition de l’expression a changé. Dans les années 1980, on avait des films bêtes racontés intelligemment par des professionnels au sens noble. Ils n’étaient pas toujours engagés pour l’amour de l’art, et souvent cravachés par leurs producteurs/stars. Mais ils connaissaient leur travail et le faisaient bien. Ils livraient UN FILM, qui serait ensuite vendu comme un produit par ses exploitants.

Quitte à regarder des films idiots remarquablement dirigés, peu importe votre âge, autant revoir (en vrac) tous les Indiana Jones, True Lies, A toute Epreuve, Une Journée en Enfer : Die Hard 3, Mission Impossible 5, Time and Tide, Mad Max : Fury Road, The Dark Knight, Skyfall… Pas besoin d’être vieux ni cinéphile pour apprécier l’amour du cinéma de Spielberg, la méticulosité de James Cameron, les expérimentations de Tsui Hark, la mise en scène de John McTiernan ou le découpage de John Woo, pour ne citer qu’eux. Leterrier n’est d’ailleurs pas un mauvais faiseur. Hélas, à chaque nouveau film de commande, la machine hollywoodienne le broie toujours un peu plus. Ici, complètement.

Faire semblant de bien faire

Curieusement, beaucoup de franchises de jadis ont, pour la plupart, fini par s’enliser (Die Hard) ou s’égarer (James Bond). C’est la faute d’un changement des mentalités, merci notamment au streaming et aux réseaux sociaux. Dorénavant, à moins que ce ne soit plus que jamais, les blockbusters et autres films d’exploitation sont pensés dès leur conception, avant même leur mise en chantier, comme de purs et simples produits. Produits mercantiles montés uniquement par une tête d’affiche pour alimenter sa propre aura (tous les projets avec de Dwayne « The Rock » Johnson depuis dix ans) ou produits dérivés (Uncharted et moult adaptations de jeux vidéo). Ce qui compte, c’est d’entretenir la notoriété de la star ou de la marque.

Le résultat importe moins que le produit. On s’inquiète de faire du « contenu » avant d’obtenir un « film ». Le savoir-faire vaut moins que de simplement faire. Même un enfant en bas âge peut créer une vidéo et faire sensation sur les réseaux sociaux. Du moment que ça engrange de la thune, dix secondes sur TikTok ou 2h de blockbuster à 350M$, c’est pareil (non).

Si la saga suit cette logique, c’est son problème. Mais qu’elle parvienne encore à survivre et cartonner avec une telle ligne de conduite, en feignant toute forme d’exigence, c’est juste une honte. Il y avait de quoi rire gentiment des opus précédents, à différents degrés, sans prendre de haut ceux qui aiment, ou au moins, sans que ça ne les dérange. Mais le succès appelle l’excès.

A retourner voir ces films, on autorise leurs instigateurs à tirer sur la corde. Cela leur donne toujours plus de raisons de croire qu’ils peuvent se permettre n’importe quoi. Eh oui, même s’en foutre de ce que vous pensez. De toute façon, ils vous diront eux-mêmes, sourire Colgate en prime, que c’est le film le plus génial de tous les temps, fait avec le cœur, l’envie, un esprit de famille. Mais aussi, c’est quand même un peu pour le pognon, parce que faire du cinéma, c’est avant tout une profession.

Une petite pensée pour Paul Walker, dont on continue à ignorer la mort dans les films, et paradoxalement, à l’exploiter malgré tout à chaque nouvelle itération (ici, avec la fille de l’acteur dans un rôle de figuration). Un hommage sans fin, c’est toujours plus fédérateur qu’un chef-d’œuvre du cinéma. Allez, fi de leur cynisme et, peut-être, de ma mauvaise foi. Revenons à la saga.

Déclin par déclinaison

Fast and Furious est sorti au début des années 2000, un moment charnière à partir duquel les tendances, les technologies et la communication se sont accélérées exponentiellement. C’est notamment grâce à cela que la marque a survécu à deux décennies, et à presque autant de mutations du cinéma d’action.

Elle est parvenue à s’adapter jusqu’à maintenant, mais au prix de son intégrité artistique, laquelle était minuscule pour commencer. Le premier film était déjà opportuniste, déclinaison de Point Break à la sauce « courses clandestines ». Que fallait-il attendre après vingt ans et neuf films ? Des déclinaisons de déclinaisons, et un appauvrissement quasiment consanguin.

Au milieu des années 2010, la série s’était réinventée en s’inspirant du film de casse (Fast 5), puis en marchant sur les plates-bandes de Mission : Impossible (Furious 6). C’étaient des films bêtes, mais racontés encore avec une certaine ingéniosité, le sens du rythme, de l’inventivité et une générosité sincère.

Dix ans après, à l’image de John Wick 4 ou de Spectre, la Fast Saga copie Marvel. Chaque nouvelle sortie doit être un micro événement au méga budget, autant qu’une référence dans l’excès et l’autocitation. Elle se nourrit maintenant d’elle-même, puisant son inspiration dans son propre passé, recrachant jusqu’à l’absurde les mêmes visages, les mêmes motifs, les mêmes scènes. Ce n’est même plus pour se faire plaisir. C’est clairement une obligation contractuelle. D’un rencard entre potes pour se gondoler, Fast and Furious est devenu un rendez-vous forcé, aussi divertissant qu’un entretien de 2h30 avec son patron d’entreprise.

Fast X, ou l’enfer de Dante

Quitte à citer Dante avec son méchant grandiloquent, autant aller dans le sens de Fast X et faire grossièrement l’analogie avec les neuf cercles de l’Enfer.

Voici neuf raisons de se révolter contre la voie prise par la série :

  1. Le film recycle ad nauseam des idées déjà vues. Encore un méchant qui veut se venger. Encore des flashbacks réécrivant le passé de la franchise pour introduire des nouveaux visages au forceps. Etc.
  2. On viole toujours plus les lois de la physique, ainsi que du bon goût. Les cascades sont aussi absurdes que leurs CGI dégueu.
  3. Les scènes d’action en images de synthèse sont lisibles, mais les fusillades et les bastons sont plus brouillonnes que jamais, et souvent dénuées de tout enjeu.
  4. On désamorce une bonne idée, ou on ne l’exploite pas jusqu’au bout. (Coucou la voiture-canon de Jakob, qui fait trois petits tours et puis s’en va.)
  5. Tout le monde est là, mais personne n’existe. Fast X suit trois, voire quatre sous-intrigues impliquant tous les personnages. Sauf qu’ils déambulent sans but, et pire, sans résolution, parce que deux suites arrivent, coco !
  6. Toujours plus éclaté entre toutes ses stars, le film se perd en palabres plutôt qu’en castagne. Quand, en plus, ça implique l’insupportable Tyrese Gibson, aïe aïe aïe !
  7. On réécrit les personnages pour les rendre toujours plus « family friendly » . (John Cena devient un clown, alors que rien n’y prédisposait son personnage auparavant.)
  8. Dominic Toretto est littéralement sanctifié par des dialogues in-the-nose. De voleur de radiocassettes dans la banlieue de LA, propulsé espion par la force des choses, le monsieur se vend maintenant en sauveur christique. Et la star principale assène chacune de ses répliques avec un sérieux papal désarçonnant. Dans sa course à la popularité à tout prix, après que la franchise ait penché du côté de Tom Cruise avec Mission : Impossible, on dirait que Vin Diesel lorgne maintenant sur le statut messianique de John Wick/Keanu Reeves. Mais n’est pas l’Élu qui veut !
  9. Pour le teaser dessert, vous prendrez bien un caméo foireux, suivi d’un deuxième en digestif à mi-générique. Avec tous ces morts qui ressuscitent et ces stars qui (re)veulent leur part, qui peut encore prendre au sérieux les aventures de Babar et ses tutures ?

Les vivats dans la salle en voyant revenir (biiiip) et (biiiip) confirment que les gens ne s’intéressent qu’à la hype. On savait depuis longtemps que ce n’était pas pour l’histoire et les personnages. Mais ce n’est même plus pour l’inventivité ou la qualité du spectacle, ni même pour rigoler de son absurdité. C’est juste pour rester dans le coup. Comme ça, on peut en parler sur Insta, à la machine à café du boulot ou dans la cour de récré.

Vite fait, bien fait pour ma gu****

Comble du manque d’idées, la bande n’a même pas concocté un énième titre débile dans la lignée des précédents. Une occasion en or leur pendait pourtant au nez : Fast X Furious. Au moins ont-ils gardé le symbole de la multiplication, excellente allusion au bordel ambiant.

Pour enfoncer le clou, Fast X fait ce qu’aucun épisode n’avait fait auparavant : conclure sur un gros cliffhanger de p***. Toute cette aventure n’est qu’un interminable préambule. Forts de leur aberrant succès, Diesel & Cie annoncent maintenant à la dernière minute qu’il s’agit du premier volet d’une trilogie. Un triptyque annoncé comme épique, façon Le Seigneur des Anneaux. J’ai tellement hâte de voir la communauté de Dom se reformer, franchir le multivers, traverser Jurassic Park puis Waterworld, affronter le requin des Dents de la mer, et finalement s’associer à Tom Cruise et la Momie pour attaquer le château de Dracula, à bord d’une armée de monster trucks.

C’est drôle. Ils semblent croire qu’ils ont encore beaucoup de choses à dire. Pourtant, quand vient le générique de fin, on a l’impression qu’il ne s’est rien passé. À 350M$ l’addition, jusqu’où le gâchis s’arrêtera-t-il ? Si vous voulez en parler, rendez-vous à la machine à café…

LES + :

  • C’est bon, on a fait le tour. J’aurai pas besoin envie d’aller voir Fast and Fur11ous.
  • Jason Momoa est si ridicule qu’il en devient marrant.
  • Ah non, ça va, hein ! J’ai mieux à faire, maintenant.

LES – :

  • J’ai payé pour le voir. Mon argent servira partiellement à financer les quatorze suites qui viendront à partir de là. Je me sens si coupable.
  • Tout le reste !
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Double critique : John Wick 4 vs Evil Dead Rise « C’est mort »

john wick 4 evil dead rise

J’ai enfin vu John Wick 4 un mois après sa sortie, pile pour découvrir du même coup la suite des films d’horreur/comédies slapstick cultes de Sam Raimi, Evil Dead Rise. À chaque fois, je fus victime d’un certain agacement, doublé d’un ennui profond. Suis-je devenu un vieux c** ? Peut-être. Est-ce que les responsables de ces films, malgré leurs moyens et leur savoir-faire, ne se sont pas foulés ? Certainement. En tout cas, pour moi, c’est mort.

John Wick 4 : le meilleur n’était pas pour la fin

John Wick 4

John Wick (Keanu Reeves) est retapé et décidé à se venger de la Grande Table. Après avoir tué le grand patron, il est cependant traqué par tout le monde (encore), notamment le Marquis, un dandy pétochard et tête-à-claque auquel on a donné carte blanche. John va devoir se battre contre tout le monde (encore) enchaîner les clés de bras et les headshot (encore) et survivre à moult chutes et carambolages improbables (encore). Mmmmm… « Déjà-vu », comme dirait l’Elu.

Après deux films bien réglés, mais à l’action répétitive, la bande avait enfin pété un câble avec John Wick 3. Ils dynamisaient la formule en y intégrant avec succès des mécaniques de pur jeu vidéo. Chaque scène d’action se renouvelait avec une idée (des chevaux, des couteaux, des motos, des chiens, des boss blindés, etc.). Le tout dans un univers idiot entièrement peuplé de mafieux, les personnes normales n’étant plus que des PNJ aveugles. C’était con, mais très bon, un volet délirant et énergique plaçant la barre très haut. Le réal, sa star et ses cascadeurs ne semblaient plus s’imposer de limite.

Hélas, John Wick 4 se perd dans sa fausse générosité, avec presque trois heures au compteur et des scènes d’action étirées ad nauseam. La surenchère plutôt que le renouvellement, la sécurité plutôt que l’audace. C’est le drame Mission : Impossible 6 qui recommence. Le film rejoue un air déjà connu, mais plus long que précédemment. Déjà, dans l’exposition et les états d’âme de personnages fonctions, autour d’enjeux fumeux (dont le Marquis, jamais menaçant). Mais surtout, c’est plus grave, dans l’action.

John Weak

John Wick 4 revient à la formule « clé de bras, headshot, rebelote », que le troisième opus avait brillamment contournée. Le spectateur n’est surpris ou excité qu’à de rares occasions, à condition de ne pas cligner des yeux (John démonte un pistolet en pleine rixe pour faire des pièces un poignard de fortune, John défouraille au shotgun à balles incendiaires dans une scène en mode « arcade shooter »).

Certes, on a un casting de kickers 4 étoiles, dont Donnie Yen (toujours classe) et Scott Adkins (absolument génial), et les cascades sont toujours plus burlesques. Le héros survit à encore plus de maltraitances que ceux de Scream 6, et c’est dire ! Mais rien n’y fait. Mon cerveau a fini par s’assoupir devant des scènes d’action interminables, constamment construites de la même manière que dans les premiers films (quitte à les reproduire, comme la fusillade du Continental Tokyo, « refaisage » de celle concluant John Wick 3). Pire, elles sont toutes bâties sur la même intensité. Oubliez la notion de climax. Votre électroencéphalogramme n’oscillera presque jamais, en particulier à la fin du métrage.

Convaincus qu’ils ne peuvent pas se surpasser, le réalisateur et son équipe se focalisent sur le mélodrame et le suspense. Hélas, ils n’en maîtrisent pas les nuances. Du coup, les moments les plus mémorables ne le sont pas pour de bonnes raisons. Une partie de poker truquée fait monter la tension pour n’aboutir qu’à des combats routiniers et compartimentés. John Wick et son ennemi font un tirage au sort attablés en plein Trocadéro, pour le coup vidé de touristes (mais bien sûr). L’intrigue se résout avec un duel à l’ancienne qui n’en finit plus. Etc.

La mort de l’envie

La franchise s’achève à l’image du dernier tiers du film, avec ce Paris complètement vidé de gens normaux, et tourné sur les fonds verts les plus laids vus depuis 20 ans. On n’y croit plus. Peut-être que l’équipe et ses stars font tous les efforts du monde pour partir en beauté. Pourtant, on sent un peu, quelque part, qu’ils ne savent plus quoi faire, et qu’ils ont envie de passer à autre chose. Du coup, nous aussi.

Ce n’est pas le cas des producteurs, qui pensent déjà en termes d’univers étendu avec une scène post-générique, un spin-off déjà prévu (Ballerina, situé entre John Wick 3 & 4) et, qui sait, un éventuel John Wick 5. Ajoutez Fast & Furious qui n’en finit plus de faire nawak, et Tom Cruise bien décidé à ne pas lâcher l’affaire Mission Impossible, avec le 7 et le 8 tournés coup sur coup. On n’a pas fini de soupirer.

Evil Dead Rise : le même en moins

Ellie (Alyssa Sutherland), une mère célibataire, vit avec ses trois mouflets dans les étages d’un immeuble de banlieue miteux. Sa sœur (Lily Sullivan) débarque à l’improviste, enceinte, pour chercher conseil. Manque de bol, le même soir, le fils d’Ellie découvre le Livre des Morts dans les sous-sols du parking, suite à un tremblement de terre. On s’en doute, les incantations maudites sont lues rapidement, réveillant des démons vicieux et sadiques. Ils prennent possession d’Ellie et le cauchemar commence…

Evil Dead Rise a les mêmes défauts que John Wick 4. Même si la franchise est ici bien plus ancienne, sa dernière itération ne se distingue par aucune vraie direction ni inspiration qui lui soit propre. Le film se veut dans la continuité du remake de 2013, déjà contesté par une partie des fans de la franchise originale. Sauf qu’il n’en reproduit pas la déviance ni le jusqu’au-boutisme malsain faisant, sinon son intérêt, au moins sa singularité.

Evil Dead Naze

Evil Dead Rise est à l’image de son abomination finale, même pas si impressionnante que ça. C’est un patchwork, un amalgame, une tentative bâtarde de séduire les blancs-becs dont ce serait le premier film d’horreur, et les fans faciles à flatter, qui ne jurent que par la redite et les easter eggs.

Du coup, on peut cracher sur :

  • Un concept, et une promesse sous-jacente, pas du tout exploré. Passer d’une cabane isolée à un immeuble de quartier aurait dû entraîner (enfin) un carnage d’une autre ampleur. Sauf qu’on reste évidemment enfermé dans les limites d’un seul appart, le couloir adjacent et les sous-sols du building.
  • Corollaire du premier point, le scénario est une belle redite des premiers films. Des thématiques intéressantes (peur de la maternité, douleur de l’enfantement) et deux-trois bidouilles scénaristiques ne suffisent pas à le masquer. Oui, ce n’est pas le même Necronomicon. Mais bon, il fait la même chose et contient les mêmes incantations. Elles ne sont plus enregistrées non plus sur une bande, mais sur disque vinyle. Mais le procédé et le résultat sont les mêmes.
  • Des références en veux-tu, en voilà (la shaky cam, « Come get some ! », Henrietta, le gag de l’œil volant, etc.).
  • Des violences augmentées par des CGI souvent visibles, ce qui tue la nature organique des sévices subis.

Enfin, l’intro et la conclusion sont inutiles. Elles n’existent que pour citer le décor des films précédents, comme si on ne pouvait décidément pas s’en passer.

Un exploit, mais pas celui qu’on croit

Il faut reconnaître qu’Alyssa Sutherland en deadite est réussie, et que les interprétations du casting principal sont généralement bonnes.

Mais comme les vomissements excessifs de ses héros possédés, Evil Dead Rise est une régurgitation totale. Déjà, de tout ce que la franchise a fait avant, mais en moins. Moins d’excès, moins de peur, moins d’idées, moins d’audace, etc. Ensuite, il ressemble visuellement à tous les remakes de films d’horreur des 15 dernières années. Photographie, cadrages et CGI ne choqueront pas ceux qui ont déjà vu Les Griffes de la Nuit, Vendredi 13 ou Child’s Play, pour ne citer qu’eux.

Evil Dead Rise réalise une sacrée prouesse. La trilogie originale est devenue culte, sa suite canonique en série télé était bien accueillie et dans le ton, et le remake était peut-être inutile, mais pas fainéant. Aujourd’hui, l’effort du réalisateur Lee Cronin est un film d’horreur générique, exsangue de toute créativité, qui accomplit l’exploit de tuer une saga fondée sur les cadavres ambulants et l’absence de limites. Bravo, coco !

En conclusion, c’est mort

Qu’il s’agisse d’une franchise récente (John Wick) ou bien plus ancienne et vivace (Evil Dead), le problème aujourd’hui semble double. D’une part, l’évolution des mentalités, à une époque où la référence évidente et la répétition de motifs ad nauseam satisfont tout le monde, public et créateurs.

D’autre part, la perte d’un savoir-faire, de véritable recul sur le résultat final et son impact. On a tout de même un film d’action qui finit par ennuyer, et un film d’horreur qui ne choque pas ni ne fait peur. Chad Stahelski sur John Wick 4 semble convaincu que savoir régler ses cascades et en faire des caisses suffit à produire toujours le même effet. Même chose dans Evil Dead Rise, dans lequel Lee Cronin a l’air de penser qu’en empilant les jumpscares et les reprises, il a toutes les clés en main pour satisfaire son audience.

Peut-être aussi parce qu’avec les services de streaming et l’explosion de contenus, on s’imagine que le public ne regarde plus que d’un œil distrait les productions qu’on lui soumet. Il n’y a plus qu’à souhaiter à ces personnages et à leurs univers de finalement reposer en paix. Si ça se trouve, de leurs cadavres en décomposition naîtraient véritablement de nouvelles icônes, ainsi que l’envie de bien faire des personnes aux commandes.

LES + :

  • Cela donne envie de revoir les films précédents, ou de les conseiller à qui ne les a pas vus.

LES – :

  • S’ennuyer devant un film d’action, et soupirer devant un film d’horreur, c’est tout de même un comble !
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Critique : Scream 6 « La belle mort d’une franchise »

Scream 6
Scream 6

Dans Scream 6, les sœurs Sam et Tara Carpenter (Melissa Barrera et Jenna Ortega) ont déménagé à New York depuis la tragédie de Woodsboro l’an passé. Sam est depuis victime d’une campagne d’intox visant à la faire passer pour le vrai meurtrier. Tara aimerait bien s’éloigner un peu pour respirer, mais sa frangine est tellement protectrice que ça devient gênant. C’est toutefois fort pratique quand un nouveau « Ghostface » se met à les harceler et à décimer leur entourage. Il annonce clairement avoir une affaire personnelle à régler avec elles, et surtout, n’en avoir rien à f**tre des films. Avec leurs amis, survivants du précédent comme petits nouveaux, elles vont s’organiser pour résister aux assauts de ce nouveau cinglé. Mais cette fois, il n’y a plus de règles…

La saga Scream est un drôle d’objet étonnamment durable dans l’histoire du cinéma. Pas comme l’ont été les increvables franchises d’autres tueurs masqués, comme Halloween ou Vendredi 13. À part un détour par la case « petit écran », la marque n’a jamais opté pour le reboot pur et dur. Après tout, le concept est que, à l’inverse des stars suscitées du slasher, tout le monde peut revêtir le masque iconique pour se transformer en boogeyman… À condition d’avoir les bonnes motivations, histoire que le reveal du troisième acte ne soit pas paresseux, tiré par les cheveux, voire complètement à côté de la plaque.

Chacun voit midi à sa porte, alors laissons les spectateurs décider quel opus est le meilleur, selon leurs goûts et leurs capacités d’analyse. Perso, je considère Scream 2 comme l’une des pires suites du cinéma, alors qu’il est porté aux nues par le reste du monde… Je ne cherche plus à comprendre. J’ai peut-être tort, mais je n’ai pas envie de savoir. ^^

Petits films, grandes ambitions

C’est le paradoxe et l’intérêt de la saga dans son entièreté. Ce sont de petits films en terme de genre (le slasher est un sous-genre davantage réservé à un public de niche), mais aussi de budget et d’ambitions scéniques. Sauf à de rares occasions (comme la scène du cinéma ouvrant Scream 2, par exemple ), ça se passe quasiment toujours dans des pièces fermées, des banlieues tard le soir, ou des studios/bureaux/salles de classes pendant les heures creuses. Relativement facile à produire et à tourner, donc.

Mais c’est aussi une série ambitieuse par sa dimension méta. Scream, l’original, jouait avec les slashers en particulier, mais aussi les clichés des films d’horreur en général. Ses deux suites exploitaient le concept de trilogie au cinéma, avec ce qu’elles avaient de bon, de mauvais, et carrément d’idiot (qu’elles détournent ce piège ou le mettent malgré elles en lumière). Dix ans, puis vingt ans plus tard, le cinéma de genre a évolué. D’abord rebooté par les studios, le slasher a ensuite été délaissé par la nouvelle vague de cinéma d’horreur, plus psychologique et prétendument « intelligente ».

Scream 4, puis Scream 2022 exploitèrent fort à propos cette évolution des mœurs, même s’ils ne le faisaient pas forcément avec finesse ni inventivité. Cela restait des slashers classiques et nostalgiques, raccrochés au passé plus que de raison. Ils ramenaient en plus inlassablement les mêmes figures de proue (Sidney, Gale, Dewey), même si la raison était de plus en plus suspecte.

Désévolution des évolutions

Pour résumer, l’existence de deux suites en dehors du contexte initial de « trilogie » restait cohérent et pertinent. Ceci même si les idées égrainées tout le long ne l’étaient pas forcément. On saluera les motivations des tueurs, toujours dans l’air du temps, même si traitées de manière assez réac’ quand on y pense. (SPOILER) Une ado voulant devenir star médiatique au lieu de bosser, puis des fans toxiques qui n’aiment pas qu’on flingue leur franchise. Hem. Ça sent un peu le film de vieux réalisateurs grincheux et cyniques, tout ça. (FIN DU SPOILER)

Scream 2022 ne sentait plus le réchauffé, mais carrément le cramé, malgré quelques « nouveautés » intéressantes quoique discutables dans leur exécution (un fantôme deepfaké douteux, la mort de *biiiiip*). Mais Paramount n’a pas racheté la licence pour se regarder le nombril. Comme avec les relances de Halloween, qui les a clairement motivés, il s’agit de traire la vache tant qu’elle a du jus. Mais que restait-il à raconter ? Surtout une seule petite année après le précédent.

Eh bien justement : rien. Suite du requel qui rebootait la série en faisant déjà suite aux précédents, Scream 6 est juste… une suite du précédent. Elle coche toutes les cases introduites depuis le premier volet, si ce n’est celle impliquant Sidney Prescott, puisqu’elle a eu l’intelligence (l’actrice comme son personnage) de ne pas rempiler.

Bizarrement, Scream 6 semble se faire étriller par beaucoup de monde pour n’être « que ça ». Pourtant, il a bien sa place dans la série, surtout après les deux épisodes d’avant.

Scream 6

On connaît la musique

Quelque part, Scream 4 puis 5 ont réussi dans leur approche méta autant qu’ils ont échoué à transcender leurs idées. Dans les années 2000, l’ère des reboot et des remake avait échoué à ressusciter avec succès Freddy ou Jason (sans parler de la dizaine de franchises pillées par les studios à l’époque). Maintenant, dans les années 2020, deux écoles de l’horreur s’affrontent : les requel contre les représentants de l’elevated horror, l’horreur intelligente.

Les premiers recyclent souvent de vieilles gloires du genre, revenant aux sources, à l’opus orignal, en prétendant que les quarante ans d’exploitation entre les deux n’existent pas (coucou Halloween). Mais ça reste du recyclage sans focus qui ne parvient à rien transcender (re-coucou Halloween). Les seconds représentent la vraie nouveauté, ou plutôt, un besoin de revenir à un cinéma plus viscéral, fonctionnant à l’économie et à l’émotion, plutôt qu’à l’excès de moyens et d’horreur graphique (Mister Babadook, les films d’Ari Aster, etc.).

Scream 5 refusait la mort de son sous-genre, ce que le tueur revendiquait ouvertement dès son introduction. « C’était bien, avant, alors pourquoi changer ? » Peut-être parce que quand on s’adresse à un public de fans, on finit par ne plus savoir surprendre. La violence reste la violence, mais la peur reste à la porte. Un peu comme Ghostface si tout le monde avait l’intelligence de s’armer d’un pompeux, de s’enfermer à clé et de ne jamais se séparer.

Il était temps d’en finir

Scream 5 niait l’évolution du genre détourné, parce qu’à la base, la saga pastiche les slashers. Or, les slashers sont bel et bien démodés avec leurs ficelles archi usées, surtout pour un fan de Scream qui les a vus se faire démonter et vider en cinq opus.

De quoi pouvait donc bien parler Scream 6 pour être encore pertinent ? De la mort elle-même, de la fin avec un grand F. Ça tombe bien, tous les signes sont là pour faire du film un opus terminal. De bonnes choses, mais aussi des moins bonnes.

Commençons par ce qui dérange :

  • Le re-retour de vieilles têtes et de jeunes survivants, toujours plus artificiel et cynique.
  • New York comme nouveau décor, immense et plein de possibilités, mais qui ne sert finalement que le temps d’une scène.
  • C’est la cinquième suite où l’intrigue fait référence encore et toujours au film original. Il serait temps de passer à autre chose.
  • Des indices si grossiers qu’on grille l’identité du ou des tueurs dans les vingt premières minutes.
  • L’inévitable et fatigante leçon sur les règles du genre, exagérément enjouée et sourire aux lèvres. Lesquelles, logiquement, n’ont plus cours, puisque le tueur assène un beau « je m’en fous des films » dès le début.
  • Des meurtres à la mise en scène et à l’inventivité réduite, surtout quand on se rend compte que tous les morceaux de bravoure sont dans la bande-annonce.
  • Un ou des tueurs aux motivations bateau, qui grimacent comme Al Bundy sitôt démasqués. Parce qu’en 2023, les tueurs psychopathes, c’est plus drôle que flippant (ah ?).

Pour se réinventer et exciter à nouveau, Scream 6 aurait dû explorer de nouvelles terres, pas géographiquement (surtout pour ne rien faire avec), mais thématiquement et narrativement. Les problèmes psychologiques de Sam, mis en lumière dans le 5, donnaient une piste maladroite mais fascinante à explorer. Hélas, ils sont mis en sourdine ici.

Ça fait du bien de mourir

C’est peut-être normal. Avant de se renouveler véritablement, Scream avait besoin de vraiment mourir. Il y a plus de redites que de nouveautés dans ce sixième opus, mais peut-être que quelque part, ça joue en faveur du concept.

Certes, le film réutilise tous les clichés au-delà de l’absurde. Une intro choc et maligne. Des chouchous qui ont la peau dure (on ne compte plus les gens qui survivent à plus de trente coups de couteau, et j’ai compté !). Une violence paroxystique, paradoxalement moins choquante à cause des CGI. Quelques easter eggs pas très finauds. Une ou deux scènes en hommage aux précédents volets. Etc. Attendue aussi, une louche de wokisme toujours plus assumé (cf. notamment les t-shirts de Mindy, dont on ne sait plus s’ils sont ironiques ou cyniques). Mais surtout, un message in-the-nose souvent contradictoire. (En gros, les femmes ont le droit de se faire abuser ou de tuer si elles en ont envie ! Euh, si tu le dis… Mais ne me cancel pas si je ne cautionne pas. ^^’)

Scream 6

Scream 6 assure le fan service, et s’il ne fait pas peur, il amuse plus souvent qu’il n’ennuie. Il veut n’être qu’un plaisir coupable plutôt qu’un uppercut au foie des fans. C’est décevant sans être un défaut. Sans vouloir être méchant, la série a toujours été maligne dans le fond et ringarde dans sa forme. Et contrairement aux derniers Halloween, Scream 6 ne pète pas plus haut que son cul. Il n’y a pas tromperie sur la marchandise. Ce n’est qu’un slasher recyclant les grands hits de la saga, jusqu’à un tirage de masque à la Scooby-Doo, des explications fumeuses et un règlement de compte cathartique.

Scream a droit à une belle mort

Qu’est-ce qui donne à ce nouveau bourrelet une légitimité dans cette hexalogie ? Son décor. Attention, pas New York, évolution de façade qui ne perturbe rien. La Grosse Pomme cache en son sein un lieu qui change tout.

Le mode opératoire du tueur, sorte de compte-à-rebours nostalgique, mène à un endroit grillé dans la bande-annonce : un mémorial à la gloire de la franchise, établi dans un cinéma condamné et décrépit. Soit une relique abritée au sein d’une autre. La saga Scream, imprégnée de l’odeur de naphtaline, trouve sanctuaire dans un cinéma fermé et oublié. Le lieu où ses films ont connu leurs heures de gloire, avant que les services de streaming, lentement mais sûrement, n’accueillent plus volontiers les derniers rejetons du genre. À l’heure actuelle, pouvait-on faire plus méta que ça ?

L’ultime combat a donc lieu dans ce théâtre de l’image, ancienne boutique de rêves devenue usine à fantasmes. Fantasmes avortés, car rien n’a jamais lieu qui ne surpasse les attentes. Il y avait pourtant matière à ce que Scream 6 soit enfin un « gros » film, avec un vaste terrain de chasse, des ambitions revues à la hausse et un Ghostface d’une nouvelle ampleur.

En définitive

Même si l’on n’en veut pas, à l’instar de Rambo 5, Scream 6 fait bien office de point final à son histoire. En l’état, nous assistons à une projection fort appropriée, une espèce de crépuscule de la saga, du slasher, et quelque part, du cinéma de genre tel qu’on l’a connu. Pas un film parfait, mais un divertissement routinier, au fond plus malin que la forme. Une conclusion idéale pour cette franchise ayant trop duré.

Hélas, avec un gros studio derrière, on se doute que Ghostface reviendra vite. Espérons que cette fois, ce sera sous le signe d’un renouveau aussi justifié que salutaire. Dommage qu’on en doute, vu comme les auteurs sèment depuis le 5 des indices sur le possible retour d’une figure emblématique… de Scream 1.

LES + :

  • À l’image de la série entière, Scream 6 est malin dans le fond. Il trouve thématiquement et symboliquement sa place comme opus final d’une hexalogie imparfaite, mais toujours distrayante.

LES – :

  • À l’image de la saga, Scream 6 est ringard dans la forme. Malgré une ou deux fulgurances, c’est un slasher qui respecte à la lettre son cahier des charges, et dont les promesses de renouveau sont trahies au nom du fan service… et dans l’éventualité d’une suite.
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Critique : Shotgun Wedding « Mariés à bout portant »

Shotgun Wedding

Darcy (Jennifer Lopez) et Tom (Josh Duhamel) s’aiment tellement qu’ils vont se marier sur une micro île des Philippines. Leurs familles sont de parfaits opposés. Le père de la mariée (Cheech Marin) est riche. La mère du futur mari (Jennifer Coolidge) est une vraie bouseuse. Forcément, les répétitions la veille font des étincelles. Ça se passe si mal que le jour J, les tourtereaux renoncent à s’unir. Les convives n’auront pas le temps d’être déçus, car une troupe de pirates déboule pour prendre tout le monde en otage. Ils veulent que le père de Darcy crache des millions, sinon, ils la tueront. Oui, mais où est-elle ?! Le couple s’étant disputé à l’écart, il ne reste qu’eux pour agir. Ironiquement, ils vont devoir apprendre à travailler ensemble, tuer en état de légitime défense, et peut-être, sauver leur mariage.

On n’a pas grand chose à dire sur Shotgun Wedding, en fait. Il est tout à fait typique des productions d’action/comédie auxquelles les plateformes de streaming, et l’industrie en général, nous abreuvent ces dix dernières années. Si vous avez vu Hitman & Bodyguard ou Le Secret de la Cité Perdue, on retrouve la même configuration. Ce film a le cul entre deux chaises. Ni grand film d’action, ni comédie aboutie, il ne se vend que sur son concept et ses têtes d’affiche, sans l’imagination ni les moyens pour en tirer vraiment profit.

Shotgun Wedding ne compte que sur son concept

Eh oui, dans Shotgun Wedding, à l’instar des suscités, tout se résume au titre. Le reste ne tient que sur les improvisations de ses comédiens, au charisme variable et à l’alchimie toute relative.

Si J-Lo fait sourire en se transformant en mariée badass, Josh Duhamel épouse trop bien, du début à la fin, le rôle du mâle des années 2020, sensible, fade et futur mari lambda. Quand on ne se focalise pas sur eux, le film repose uniquement sur des sketchs mettant en vedette les rôles secondaires, entre des pirates incapables et des invités crétins, trop souvent obsédés par leur nombril (voire même, ce qu’ils ont plus bas). La moitié du temps, on en rit franchement, grâce à des interprètes à l’aise dans leur partition, Jennifer Coolidge et D’Arcy Carden en tête. Le reste du temps, c’est embarrassant.

L’action se passe autour d’un hôtel de luxe sur une île paradisiaque. À l’image d’un bon vieux Die Hard-like, le concept permet d’exploiter les clichés associés au lieu et à ses activités de plaisance. L’inventivité se limite à ça, mais c’est déjà pas mal. Cuisines, tyrolienne, ou encore kitesurf nous sortent des sentiers battus. Ils servent de prétexte à une action qui prête à sourire, à défaut de vraiment emballer.

CG-Aïe

Il faut dire que la qualité technique ne sort pas des standards auxquels on s’est habitués. Outre les chamailleries de ses héros, parfois interminables (car improvisées ?), Shotgun Wedding distille un faux parfum d’aventure, à cause de CGI bien visibles. Ils ne le sont pas plus qu’ailleurs, mais seulement moins jolis à voir.

Au final, Shotgun Wedding est un passe-temps ni génial ni honteux. Puisqu’il n’a que son idée de départ à nous vendre, il le fait en s’embarrassant du minimum, que ce soit le jeu d’acteurs, la réalisation, la qualité technique ou la qualité d’écriture.

Ce film, vous l’avez déjà vu avant. Si vous aimez la formule, pas de raison de refuser l’invitation. Mais comme un vrai mariage auquel vos cousins au troisième degré vous auraient invité, vous n’en garderez sans doute aucun souvenir.

LES + :

  • Le film a au moins la gentillesse d’exploiter les spécificités de son terrain de jeu.
  • Un humour qui marche 50 % du temps quand même.
  • Il faut reconnaître, J-Lo ici, et une mariée vénère en général, ça a toujours la classe dans n’importe quel film.

LES – :

  • Pas beaucoup de vraies surprises.
  • Qualité technique générique.
  • Un humour foireux 50 % du temps.
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Critique rétro : 58 Minutes pour Vivre, Die Hard 2 (1990) « Un vrai film de Noël »

58 Minutes pour Vivre Die Hard 2

58 Minutes pour Vivre, Die Hard 2 se passe la veille de Noël. Washington et sa région subissent un blizzard sans précédent. Pas de chance pour John McClane (Bruce Willis), c’est le jour où il vient accueillir sa femme à l’aéroport. Puisque Dieu le déteste vraiment, au même moment, des soldats renégats piratent à distance la tour de contrôle, prenant en otage les appareils en vol. Les centaines de passagers n’auront le droit d’atterrir qu’en échange de la libération du général Esperanza (Franco Nero), baron de la drogue censé arriver dans cinquante-huit minutes. Les contrôleurs du ciel sont incapacités, le chef de la police incapable, et la tempête fait rage. McClane va donc tenter de débusquer lui-même les terroristes, avant que l’avion de sa femme ne s’écrase…

58 Minutes pour Vivre, Die Hard 2 est considéré par beaucoup comme le moins bon des quatre films. (Le cinquième, Belle Journée pour Mourir, est si mauvais qu’il n’existe pas.) Quand on voit le quatrième, faut pas déconner, mais admettons… Pourtant, avec du recul, ce second opus opportuniste, au parfum trop évident de redite, est cohérent artistiquement et scénaristiquement. Il est autant une extension des thèmes du film original qu’un contrepoids parfait à ses intentions. Enfin, oubliez la théorie contestée comme quoi Piège de Cristal serait ou non un film de Noël. Le prix revient sans conteste à sa suite.

La citation qui tue

(Général Esperanza, quittant son avion d’un air triomphal : ) Liberté !

(McClane, surgi de nulle part pour lui coller un marron : ) Pas encore !

58 Minutes pour Vivre… et pour écrire la suite

Quand donc est né 58 Minutes pour Vivre, Die Hard 2 ? Dès les résultats du premier weekend d’exploitation de Piège de Cristal. Voyant le succès du film, le producteur Lawrence Gordon commande un scénario pour une suite, en secret. Il sent que les costards-cravates vont demander à poursuivre la franchise. Il sera prêt à lancer la machine.

Un scénariste débutant, Doug Richardson, a pour instruction d’adapter comme une suite le roman 58 Minutes de Walter Wager. Seuls les noms des personnages changeront, le temps que le projet devienne officiellement Die Hard 2. Sa copie sera révisée par Steven de Souza, déjà à l’œuvre sur le premier, et habitué de l’écurie Silver (Commando).

Dans le roman, le policier Frank Malone pourchassait un maître-chanteur ayant déréglé les instruments de l’aéroport JFK de New York, un soir de tempête de neige. Ce sociopathe exigeait la libération de prisonniers en échange des appareils bloqués en vol. Malone devait réussir en moins de cinquante-huit minutes, avant que l’avion de sa fille ne s’écrase, à court de carburant.

58 Minutes pour Vivre, Die hard 2 ne conserve que l’aéroport sous la neige et les avions en sursis (ainsi que l’échéance donnant son titre au livre, ici anecdotique). Blockbuster oblige, il y aura plus de méchants, de cascades et d’explosions. Hélas, John McTiernan ne put revenir derrière la caméra, occupé par À la poursuite d’Octobre Rouge. C’est au finlandais Renny Harlin de prendre la relève, quittant le projet Alien 3 pour la suite des aventures de McClane.

Une suite plus grande

Harlin n’est pas manchot, mais pas un intello non plus. Il n’y a qu’à voir ses plus grandes réussites (Prison et Freddy 4 avant, Cliffhanger après). Elles tirent leur efficacité d’une réalisation et d’un découpage « cash », mais aussi dans les tripes et le sang. Puisqu’une partie de l’équipe technique rempile, il est moins distrait par l’esthétique générale.

Renny ne cherche jamais non plus à singer la réalisation de McTiernan. Pas bête, il a conscience de réaliser une commande, un actioner américain, blockbuster d’exploitation, de surcroît. Il porte donc un regard « extérieur » sur ce que le divertissement yankee a fait de mieux avant son arrivée… et celle de Piège de Cristal. Il s’applique en bon élève, réalisant un film d’action typique de sa patrie d’accueil, empruntant même quelques ralentis au cinéma hongkongais.

Le scénario lui donne matière dans ce sens. McClane n’affronte plus quelques eurofripouilles classes et cultivées, mais une armée de militaires bas du front. 58 Minutes pour Vivre, Die Hard 2 abandonne le huis-clos vertical pour une course-poursuite dans des espaces horizontaux, où la neige est un personnage à part entière. Enfin, gros budget aidant, il jouit de décors et maquettes d’une démesure incroyable. Il suffit de voir l’intérieur de la tour de contrôle, ou l’explosion finale, parfaitement réglée et mise en scène.

« Et en plus, c’est Noël ! » pour citer le héros dès sa première minute à l’écran. Du coup, est-ce qu’on n’en fait pas un peu trop ?

Une suite abusée ?

Des terroristes, un lieu délimité, Noël… « Comment la même chose peut-elle m’arriver deux fois ? » s’interroge notre anti-héros. Effectivement, c’est gros. Le marketing se focalise donc sur l’invraisemblance de la situation. Elle est adressée frontalement dans les bandes annonces et les dialogues du film. C’est en partie ce qui vaut au métrage sa réputation de remake, de copier-coller honteux. Rien n’est plus faux. Dans les faits, 58 Minutes pour Vivre suit un scénario original servi dans le même écrin que Die Hard, sur un budget assurant le spectacle.

En revanche, cette modernité de façade cache une formule datée depuis son prédécesseur. Piège de Cristal ouvrait l’avenir du genre, presque tous les films d’action des années 90 adaptant son idée à leur sauce (Mort Subite, Piège à Grande Vitesse, etc.). Sa suite fait deux pas en arrière, préférant faire le bilan d’une ère fraîchement passée. Cette fois, l’originalité se limite à s’enfermer de nouveau dans un lieu spécifique. Le reste recycle les codes et les travers du film d’action musclé des années 80.

58 Minutes pour vivre die hard 2

John McClane, « l’homme normal » du premier film, devient un macho à grande gueule, rentre-dedans et parfois odieux. Les facilités au nom de l’efficacité sont légion, et pour les besoins du scénario, l’aéroport ressemble à un parc d’attractions. Le terrain de jeu est exploité à fond, même en dépit du bon sens, du moment que les morts et les explosions se renouvellent. McClane en visite les moindres recoins, dont certains qui n’existent pas. À ce titre, il use de raccourcis dignes d’un jeu vidéo, permettant de traverser des kilomètres en quelques minutes.

L’art de la bêtise intelligente

58 Minutes pour Vivre, Die Hard 2 est un film bête. Toutefois, contrairement aux suites des années 2000 ou aux derniers Fast and Furious, c’est un film bête conçu intelligemment. On l’a vu, toute l’équipe, du scénariste au réalisateur, sait ce qu’elle doit livrer et comment. Le savoir-faire est évident.

Surtout, toutes les absurdités et entorses à la réalité sont justifiées dans la diégèse. « Des warp zones dignes de Super Mario ? Un siège éjectable sur un C-130 ?! Des avions qui ne peuvent atterrir qu’à Dulles, alors qu’ils sont à portée d’une dizaine d’autres sur toute la côte ?!? » Pourquoi pas, s’il y a toujours une ligne de dialogue ou un plan de coupe pour expliquer ce qui doit l’être.

Quant aux erreurs factuelles, elles se pardonnent aisément avec l’époque de sortie. En 1990, Google n’existait pas. Un aéroport était encore un lieu fascinant et mystérieux. Puisqu’on n’en connaissait pas facilement les rouages, il était plus ouvert à l’imagination. La suspension d’incrédulité est relativement préservée. L’aérogare et ses avions deviennent un microcosme et des outils, dont la réalité se tord au service du film. Du moment que cet « autre espace-temps » est explicité d’une façon ou d’une autre.

Qu’importe si McClane débouche le réservoir d’un Boeing à mains nues, et si le kérosène s’enflamme plus vite que Dwayne Johnson sur Twitter. Dans la vraie vie, c’est impossible, comme beaucoup d’autres choses au cinéma. Dans le film, c’est la fin la plus spectaculaire et logique, l’un des moments les plus mémorables de la franchise, et l’occasion de sacraliser la célèbre catchphrase : « Yippee-ki-yay ».

Si c’est pas logique, c’est logique

Par contre, il faut éviter de trop réfléchir au plan des terroristes, de peur de mettre en lumière ses absurdités logistiques. Tous s’installent à l’hôtel de l’aéroport, alors que leur QG se trouve en banlieue. Ils planquent des micros dans la tour, mais l’enregistreur en zone de fret. Ils tendent une embuscade pour empêcher qu’on atteigne une antenne, qu’ils ont de toute façon prévu de saboter. Etc. Et puis, évidemment, rien ne serait possible si le transfert du général n’avait pas lieu pendant la tempête du siècle. Mais tout est bon pour justifier l’action.

Les méchants font une chose et son contraire dans le seul but d’entraîner un rebondissement ou une fusillade. Curieusement, c’est une belle analogie au film justifiant son existence. Non seulement en tant que suite au métrage qui a révolutionné le genre à l’époque, mais également comme jalon du genre en question.

58 Minutes pour vivre die hard 2

58 Minutes pour Vivre, Die Hard 2 est une suite décevante. Pourtant, suivant des standards pas si vieux que ça, c’est vraiment un bon film. Il suffit de le prendre pour ce qu’il est : le chant du cygne de l’actioner bovin des années 80. Piège de Cristal annonçait ce qui allait suivre. Avec un pied-de-nez formidable, sa suite, justement, fait le bilan de ce qui a précédé : c’est violent, excessif et tire toutes les ficelles pour garantir le spectacle.

Dans un monde normal, le rejeton ultime de L’Arme Fatale et Rambo aurait dû sortir avant Piège de Cristal, pour ensuite permettre la révolution. Mais comme personne n’attendait ce dernier, John McTiernan a pu le tourner avec une relative liberté et offrir quelque chose de neuf. Le succès étant ce qu’il est, une suite commerciale et plus convenue a vu le jour. Pourtant, elle ressemble toujours au premier et en conserve des ingrédients. C’est juste une autre recette.

58 Minutes pour vivre die hard 2

Un vrai film de Noël

Piège de Cristal est-il un film de réveillon ? À vous de voir. Mais 58 Minutes pour Vivre l’est assurément, un beau cadeau autant qu’un conte de Noël. Non, ce n’est pas une blague.

Déjà, il y a la générosité de cette suite. C’est normal, quand on dispose d’un plus gros budget, d’enjeux plus importants et d’un terrain de chasse ouvert aux possibilités. Ensuite, il y a le contexte. Qu’on aime ou non, c’est re-Noël, et en plus, sous la neige ! Cette fois, on est davantage dans le ton des fêtes de fin d’année que sous la moiteur californienne. Par ailleurs, ce climat polaire n’est pas purement gratuit. C’est un élément clé de l’intrigue, paralysant l’aéroport et permettant le chantage des terroristes.

Enfin, volontairement ou non, 58 Minutes pour Vivre, Die Hard 2 offre à son personnage central un arc d’évolution/rédemption. Ici, McClane débute sans gêne, frimeur et méprisant, croisement bâtard de Scrooge avec l’inspecteur Harry. On est plus proche de Bruce Willis, mais loin de l’homme normal du précédent film. Cela ne fait qu’un an depuis la prise d’otages au Nakatomi Plaza, et ses « quinze minutes de gloire » ne sont pas encore oubliées. Du coup, Johnny surfe sur une notoriété qui lui est montée à la tête. Il ne se prend pas pour de la m***, prend tout le monde de haut, et vanne à tour de bras ceux ayant l’audace de lui répondre.

58 Minutes pour vivre die hard 2

Il aurait pu continuer comme ça… Si son ingérence n’avait pas, malgré sa bonne foi, provoqué le crash d’un avion en représailles. À partir de ce moment charnière, notre héros redevient fragile, est choqué et pleure face à son impuissance. Il ouvre alors les yeux sur son arrogance. Sa conduite ne change pas, mais sa motivation à trouver les coupables prend un nouveau sens. Il ne s’agit plus seulement de sauver sa femme, et encore moins de se faire mousser. Il a quelque chose à se reprocher, et il est prêt à tout pour se racheter. On a eu chaud. Remis à sa place, le personnage a abandonné cette nonchalance toxique, qui ressurgira vingt ans plus tard dans Belle Journée pour Mourir (sans rédemption, cette fois).

La magie des fêtes

Dans 58 Minutes pour Vivre, Die Hard 2, magie du cinéma et magie de Noël se confondent vraiment, de la façon la plus saugrenue qui soit. Exit Al Powell en tant que soutien moral par radio. Cette fois, John est aidé en personne par Marvin le concierge (Tom Bower). Il rencontre le bonhomme dans les sous-sols de l’aéroport, où il crèche manifestement, ce qui est même clairement dit dans une scène coupée.

Mais puisque la vie est bien faite, Marvin assiste le héros de façon providentielle. Il connaît tous les raccourcis à travers l’aéroport (logique ?), et il a même trouvé une radio égarée par un méchant (pratique !). Ajoutons qu’il est aussi sympa que zélé, et qu’il a l’esprit clairement resté prisonnier du passé, en l’occurrence, la guerre du Pacifique.

Si l’on résume bien, on a un autochtone zinzin rencontré dans un monde souterrain, que le bon Dieu a placé sur le chemin du héros pour l’aider dans sa quête, avec des conseils et des artefacts. C’est pas un lutin du Père Noël, mais cette rencontre a tout de même quelque chose de magique.

Pour enfoncer le clou, les cinq dernières minutes sont complètement miraculeuses, absurdement commodes et extrêmement joyeuses. La superbe explosion du 747 au décollage est digne d’une étoile de Noël. Les avions atterrissent à la queue-leu-leu en suivant sa lumière (sans se rentrer dedans !). Puis, tout le casting se retrouve sur les pistes pour les embrassades et sourires de rigueur. Le générique de fin défile alors, accompagné de l’inévitable chanson de fête. « Let it snow, let it snow, let it snoooow… »

58 Minutes pour vivre die hard 2

Joyeux Noël !

Ils ont raison de se réjouir. Il vaut mieux ne pas penser aux trois cents personnes tuées, ni aux dizaines de millions de dollars de dégâts. On va surtout faire l’impasse sur le procès à rallonge que le gouvernement intentera sûrement à John McClane. Il a tout de même éparpillé un prisonnier politique et ses barbouzes dans le ciel de Washington, la capitale du pays des droits et de la liberté. Pas d’inquiétude, l’esprit de Noël va tout effacer.

Si Piège de Cristal a révolutionné le cinéma d’action, il n’est pas réellement le film idéal pour les célébrations de fin d’année. En revanche, sa suite enneigée est un actioner nostalgique et généreux, dont le contexte et les facilités renvoient beaucoup plus au merveilleux d’un conte de Noël. Un conte R-rated, gore, explosif et sans concessions.

58 Minutes pour vivre die hard 2

Davantage qu’avec les épisodes suivants, le diptyque Die Hard/Die Hard 2 constitue les deux faces d’une même pièce. L’une n’existerait pas sans l’autre. Alors arrêtons d’hésiter. Quitte à se caler dans son fauteuil, autant mater les deux d’affilée.

Ho – Ho – Ho ! Joyeux Noël à tous !

58 Minutes pour vivre, Die Hard 2 est disponible en dvd et bluray chez 20th Century Studios.

58 Minutes pour vivre die hard 2

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Critique rétro : Running Man (1987) « Meurtres en direct »

2017. Le monde va mal. Trump devient président, l’art est censuré, la téléréalité fait la loi, et un État policier tyrannise les masses tout en leur faisant gober les pires couleuvres. Curieusement, c’est aussi le point de départ du film. Ben Richards (Schwarzenegger) est un flic envoyé en prison pour avoir refusé de tuer des manifestants désarmés. Huit mois plus tard, il s’évade mais se fait reprendre comme un bleu par la police. Cette fois, il est contraint de participer à l’émission de Damon Killian (Richard Dawson). Ce méprisable enf**ré est le visage préféré de l’Amérique, présentateur de l’émission la plus regardée du pays, « Running Man ». Dans cette espèce de « Fort Boyard » sanglant, Richards va devoir courir d’un point A à un point B, poursuivi par des tueurs bovins surarmés. S’il gagne, il sera libre. Dommage pour Killian, Richards se montre bien plus fort que prévu à ce jeu. Au point de risquer de faire réfléchir le peuple, lancer une révolution et menacer le système…

Running Man fait tout à la fois. Certes, c’est un pur produit des années 1980 et un plaisir coupable. Mais c’est aussi une véritable anticipation des dérives de notre société, où divertissement et politique font bon ménage. Trente-cinq ans après, on est bluffé de voir que, à part la résolution de nos télés, pas grand chose n’a changé.

La (double) citation qui tue

(Richards, sur le départ : ) Killian… Je reviendrai !

(Killian, narquois : ) Alors dans une rediffusion.

À vos marques !

Initialement, Running Man est un roman de Richard Bachman publié en 1982. Sauf qu’il s’agit en réalité du pseudonyme d’un certain Stephen King. Tout de suite, quand les producteurs l’ont su, ça leur a plu.

Dans le livre, « Running Man » est un jeu à l’ampleur nationale, qui dure trente jours. Trente jours pendant lesquels le participant doit fuir et se cacher de tout et tout le monde : l’intégralité des médias (télé, radio, journaux) mais aussi le peuple américain (celui qui dénonce Richards gagne un prix). Aujourd’hui, on se dit que la conception du jeu par King serait encore plus pertinente, et flippante, depuis l’émergence des réseaux sociaux.

Dommage qu’en 1987, date de sortie du métrage, la technologie (et l’imagination) se limitait aux écrans cathodiques et aux bandes magnétiques. Pourtant, il y a d’autres choses sur lesquelles cet actioner d’anticipation avait vu juste, mais nous y reviendrons.

En attendant, il faut tourner le film. Il fut d’abord confié à Andrew Davis, futur réalisateur de Piège en Haute Mer et du Fugitif. Mais à cause de retards de planning, il fut dégagé et remplacé par… Paul Michael Glaser, alias Starsky dans la série Starsky et Hutch ! Ce n’est pas franchement pertinent de le savoir, mais Running Man est sans conteste son meilleur film (quand on sait qu’on lui devra plus tard Kazaam avec Shaquille O’Neil).

Prêt ? Partez !

Dans la forme, Running Man ne casse pas des briques. Il jouit portant d’un rythme impeccable, dû à un scénario et un découpage sans temps mort. On le doit à Steven de Souza, qui a retravaillé le roman de Bachman/King au point que, finalement, le scénario n’en conserve plus grand chose. Sur le papier, Richards était un type banal, candidat par désespoir, traqué par tout le monde dans les rues et les campagnes d’une Amérique pervertie. À l’écran, il devient un ex-flic joué par M. Univers, candidat à contrecœur, poursuivi par des GrosBill dans une aire de jeu délimitée, les ruines du vieux Los Angeles.

Pas grave. On devait déjà au scénariste 48 heures et Commando, et plus tard, Piège de Cristal (avant de réaliser le médiocrement drôle Street Fighter). L’action pour hommes, les jeux de mots pourris et les facilités scénaristiques, c’est sa spécialité. Running Man a donc l’esprit de déconnade typique de son époque. Comme Total Recall un peu plus tard, il traite de thématiques sérieuses qui font réfléchir, mais les enrobe d’une violence et d’une dérision efficaces.

« C’était la mode, à l’époque ! »

Comme c’est commode de découvrir que les résistants (des musiciens/chanteurs dans leur propre rôle) ont leur QG en pleine zone de jeu. Qu’il est drôle de voir la sécurité dérisoire mise en place à l’aéroport de Los Angeles. Et forcément, toutes les infos sensibles (vidéos non retouchées, codes du satellite de la chaîne) sont faciles à atteindre, voire carrément libres d’accès ! Sans parler des blagues de Richards, dignes de James Bond, lâchées systématiquement à chaque nouvelle exécution adulée par les foules (« Eh, Sexe à piles ! », « Il fallait qu’il s’arrache. », « Quelle tête brûlée ! », etc.).

Et bien sûr, il suffit d’une seule émission et de Schwarzenegger pour révéler la perversion du système et mettre tout le monde d’accord. Paradoxalement, le réveil des masses se fait autour de l’exécution en direct du méchant présentateur… Quel message hilarant, aussi rentre-dedans que contradictoire !

Mais le Diable se cache aussi dans les détails. Il n’y a qu’à voir les affiches ornant les murs de la chaîne, détournant des titres célèbres (« The Hate Boat »). Ou encore, le générique de fin de « Running Man », l’émission, déroulé sur une télé en arrière-plan, dont les crédits ne sont qu’un énorme gag. Sans parler du Coca à 6$, qui nous fait encore relativiser le problème de l’inflation… mais pour combien de temps ? « Mieux vaut en rire qu’en pleurer » aurait pu être l’accroche du film.

Schwarzy contre le monde

En 1987, on avait déjà vu Terminator et Commando. On sait déjà que Schwarzenegger survit aux tirs d’un commissariat entier et arrache des cabines téléphoniques à mains nus. C’est pourquoi on lui colle au train des adversaires à sa taille, littéralement.

Les « Traqueurs » à sa recherche sont des bœufs au moins aussi balèzes, sinon plus que le Chêne autrichien. Ils sont les véritables stars du film, non seulement armés et attifés comme des boss de jeux vidéo, mais en plus, incarnés par de vraies vedettes du sport (lutteur, « power lifter », catcheur ou joueur de football américain). Bref, que du sensationnel.

Quiconque a vu le film de souvient de la carrure et des prestations de Sub-Zero (Pr. Toru Tanaka), Buzzsaw (Gus Rethwisch) et l’inénarrable Dynamo (Erland van Lidth). Si Richards est un 4×4, ces types sont des tanks, armés en plus de tronçonneuses ou de canons électriques ! Et ce que certains perdent en tour de taille, ils le gagnent en humour (Captain Freedom/Jesse Ventura) ou en puissance de feu (Fireball/Jim Brown).

En fait, la même année que Predator, Running Man amorce la tendance au « versus » dans la carrière de l’acteur, amené régulièrement à trouver un opposant à sa mesure (ledit Predator, le T-1000, le T-X, Satan, etc.). Mais rarement il en aura retrouvé d’aussi impressionnants et savoureux.

Que cela ne nous empêche pas de tirer notre chapeau à Killian, celui qui tient réellement les rênes. Richard Dawson, qui fut un vrai présentateur, compose un formidable sac à m****, aussi mielleux que méprisant en VO. Son doubleur VF (Serge Bourrier) accomplit l’exploit de le rendre encore plus détestable, aboyant systématiquement à chacune de ses répliques, ce qui contraste avec son flegme permanent.

Running Man : futur d’hier, réalité d’aujourd’hui

Spectacle fun et esthétiquement daté (merci aux écrans à tubes cathodiques), Running Man demeure férocement d’actualité trente-cinq ans plus tard. En tant que film d’anticipation, il faisait mouche sur bien des points et, honnêtement, ça fait un peu peur.

On commence par le plus évident : le rapport entre télévision et contrôle politique, alors que le monde est régi par un État policier qui ne dit pas son nom, mais fait tout pour qu’on le sache. Les manifestations anti-régime contrées à coups de violences policières, en raid aérien !, ont aujourd’hui une résonnance internationale (aux USA comme à Hong Kong, et récemment en Chine… pour ne citer que ceux dont les médias parlent le plus, justement).

Il y a ensuite le show lui-même, « Running Man », tout à fait crédible dans sa représentation. Entre le jeu fictif d’hier et les émissions d’aujourd’hui, on aurait du mal à faire la distinction. Le plateau et l’aire de jeu, la musique et les danseuses, la présentation des « Traqueurs », sans parler des drames en coulisse…

On se croirait vraiment en train de regarder la dernière variété de TF1 en deuxième partie de soirée, juste après « The Voice » (où on enverrait se faire tuer les perdants, pourquoi pas…). Pour l’anecdote, deux ans après le film, la télé américaine monta un show, « American Gladiators », lequel, de l’aveu des producteurs, était exactement « Running Man », le meurtre en moins.

L’anticipation, la vraie

Enfin, stupeur, effarement et ravissement, pour une fois, la SF au cinéma a eu raison en anticipant les années 2010. Non, pas avec l’avènement des Réplicants, mais avec celui du… Deepfake !

On était quand même 30 ans avant que les IA ne permettent de coller la tête de n’importe qui n’importe comment, ou de rajeunir les acteurs (dont bientôt Harrison Ford dans Indiana Jones 5). (SPOIL : ) Or, puisque Killian ne parvient pas à se débarrasser de Richards dans les règles, il filme un combat truqué avec une doublure « portant » son masque numérique. (FIN DU SPOIL) La technologie n’existant absolument pas à l’époque, il fallait oser l’imaginer.

On est quand même au niveau de l’anticipation de la tablette tactile dans 2001 : l’Odyssée de l’Espace. Très peu de films de SF, surtout les plus connus, sont allés plus loin que de simplement transposer la technologie de l’époque dans le futur, au lieu d’imaginer à quoi elle ressemblerait vraiment. Les Alien originaux, par exemple, regorgent de boutons gros comme le poing, d’écrans cathodiques et de bandes magnétiques. C’est aussi le cas de Running Man, puisqu’hormis ce coup de génie, et éventuellement, un écran plasma gigantesque érigé dans la banlieue, on utilise toujours les K7 audio et vidéo.

Ce qu’il faut retenir

Tout film de science-fiction et d’anticipation finit un jour par se dater lui-même. Running Man n’en souffre qu’un peu. En dehors de détails surtout cosmétiques, il demeure toujours aussi fun et pertinent grâce à ses qualités.

Sachant que l’action prend place après 2017, on est d’autant plus choqué que tous ces éléments se soient montrés si prémonitoires. À quand les exécutions sommaires dans « Koh-Lanta » ou « Ninja Warrior » ? Le pire, c’est que je crois que je serais assez curieux et sadique pour regarder… Pas vous ?

Running Man est disponible en plusieurs éditions en DVD et Blu-ray. Il est disponible depuis le 8 novembre en Blu-ray 4K Ultra HD chez Paramount (VF et STF inclus, sans restriction de zone… et sans bonus non plus).

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Critique : Halloween Ends « La mort (temporaire) du mythe »

Halloween Ends

Quatre ans après Halloween Kills, Michael Myers s’est évaporé dans la nature. Pas de panique, les péquenots ont trouvé une nouvelle tête de turc l’année suivante : Corey (Rohan Campbell), un babysitter dont le sale môme qu’il gardait a mal fini. Depuis, Coco est sorti de l’asile, mais on le regarde de travers. La seule qui soit gentille avec lui est Allyson (Andi Matichak), la petite fille de Laurie Strode (Jamie Lee Curtis). Au début, cela ne déplaît pas à Laurie, qui a tourné la page et commencé à écrire ses mémoires. Mais l’ex-final girl sent petit à petit le mal grandir en Corey. On a envie de dire qu’elle psychote un peu, mais non. Le gosse est clairement instable, il en a marre d’être un punching ball, et il rencontre fortuitement Myers, planqué depuis tout ce temps dans les égouts. Parce que « Tête-de-plâtre » le laisse vivre, Corey développe une affinité avec lui. Le croque-mitaine devient alors muse, mentor et complice du garçon, qui a besoin de déchaîner ses pulsions meurtrières. Cette fois, c’est sûr, « Halloween ends ».

Halloween Ends clôt la trilogie initiée par David Gordon Green avec son opus de 2018. Mais ce n’est pas « vraiment » la fin d’une trilogie. Le présent film se situe à cheval entre suite directe et « legacyquel ». Si trilogie il y a, elle est constituée du film original de John Carpenter, puis Halloween 2018, et enfin, Halloween Kills. Halloween Ends est un autre bestiau. On dirait un épisode +1 faisant office « d’après Halloween », l’équivalent pour les férus de Myers à ce qu’a été, quelque part, Indiana Jones 4 aux fans de l’archéologue. C’est bien une suite, mais la tonalité, les thématiques, ainsi que l’approche détonent par rapport à ce qui a précédé, jusque dans la police de titre du générique d’ouverture.

Halloween back

Les trois films de David Grodon Green manquent de liant et de focus. On dirait que le réalisateur a improvisé et expérimenté au fil des épisodes, au lieu de planifier une succession vraiment cohérente. Certes, la continuité n’a jamais été le point fort de la saga. On en est tout de même à la quatrième ou cinquième timeline, à ce stade, avec Laurie Strode revenant pour la troisième fois dans l’équation ! Mais justement, pour une fois, on aurait pu s’attendre à une vraie continuité et conclusion (temporaire, parce que les remake et les reboot sont éternels).

Au lieu de cela, chaque épisode a fait son propre truc, au risque d’en faire trop. Halloween 2018 se voulait une suite directe à l’œuvre séminale et donc, il refaisait souvent le même film. Mêmes personnages ou types de personnages, mêmes plans, mêmes citations, etc. Le second exploitait le stress post traumatique d’Haddonfield et condamnait l’hystérie collective. Sauf qu’il se focalisait sur des personnages creux et la bêtise scénaristique. On ne compte plus les guignols qui décident de confronter Myers seuls au lieu d’appeler la police ou de l’achever au shotgun. Même si, pour ça, il faudrait savoir viser. D’ailleurs, une victime se flingue carrément elle-même !

Halloween Kills répète sans honte le drame d’Alien Covenant. À savoir, l’abus de ficelles usées du slasher bas de gamme, où la bêtise des protagonistes le dispute à l’incompétence. Sur le seul argument que « sinon, il n’y aurait pas de film » !

Halloween claque

Autre point qui fâche : soi-disant, la confrontation entre Michael et Laurie était le point central de cette nouvelle série de films. Pipeau. Si Laurie a passé 40 ans à se transformer en Sarah Connor, Michael s’en battait volontiers le cocotier dans Halloween 2018. Il a fallu littéralement l’intervention d’un fan pour le conduire chez elle tel un Uber, parce que comme nous, il voulait voir ce qui allait se passer. On ne fait pas plus méta quant à la raison d’être de ce « requel ». Mais on ne fait pas plus creux non plus. Si les figures de proue de la franchise n’ont aucun cheminement ni effort à fournir, où va le monde ?

C’était encore pire dans Halloween Kills. Ce festival de violence à la gloire de Myers a ravi bien des fans (même Bibi, par moment). Mais encore une fois, la proie supposée du tueur tournait en rond à l’hôpital sans qu’il ne cherche à la retrouver (il a cependant droit à un lot de consolation dans les dernières minutes) . Pendant ce temps, Grand-mère soliloquait sur la nature transcendantale du meurtre chez le monstre masqué… sur la base d’une seule rencontre, une nuit, il y a 40 ans ! Ne paraît-il pas un peu incongru de disserter autant sur la force et la résistance surnaturelles du personnage, même son rapport fusionnel au masque, quand Thanos Blumhouse a effacé les dix œuvres précédentes de l’existence ?

Ici, tout le monde craint Myers avec la même terreur que s’il avait quarante ans de tueries à son actif, alors qu’elles ne sont plus canoniques. (C’est dommage pour le sous-estimé Halloween 4.) C’est la vraie faiblesse des épisodes réalisés par David Gordon Green. Ce sont des fan fictions, réalisées avec un regard de fan pour parler aux fans. Peu importe si cela contredit la logique. Le fan service « in the nose » court-circuite donc souvent l’intention, aussi opportuniste que géniale, de refaire et conclure la série.

Arrive Halloween Ends, qui surprend enfin. Pas toujours en bien, mais il a quelques bonnes idées. Et il fait un pari unique qui, pour une fois, est tenu.

Attention, une proposition !

Ce n’est plus un spoiler. Dans ce nouvel épisode, le tueur au masque occupe l’arrière-plan. Le vrai anti-héros de l’histoire est Corey, et le film se concentre grandement sur sa transformation d’une victime frustrée à un bourreau inventif. Le jeunot reprend le flambeau d’un Myers amoindri, vieux et faible, une momie que le meurtre revigore l’espace de quelques escapades sanglantes. L’idée que le mal est transmissible, et même « bénéfique » pour le corps, est d’ailleurs suggérée sans être lourdement évoquée comme dans le film précédent.

Ce twist arrive cependant bien trop tard dans les reboot de David Gordon Green. On en ressent d’autant plus le manque de planification de ces suites. Le basculement de Corey aurait eu plus d’impact et de sens si le personnage avait été présent plus tôt dans les films, subissant progressivement l’influence toxique de la ville et du tueur qui l’obsède. Au lieu de cela, il est introduit dans le prologue, certes diablement efficace.

Tant pis. Au moins, Halloween Ends se tient, mieux que ses prédécesseurs, en équilibre sur le fil mince séparant ce qu’il réussit de ce qu’il manque. Ou plutôt, de ce qu’il choisit de ne pas faire. Sur le plan de la réussite, on retient la métamorphose de Corey. Elle est certes simple et jalonnée de clichés (les jeunes cons qui le chahutent, le DJ arrogant, le flic qui le harcèle, etc.). Mais elle est acceptable et facile à comprendre. Plus, en tout cas, que les décisions des trois quarts du casting des films précédents.

Et puis, globalement, le film fleure bon les années 80 (photographie, mise en scène, et même la musique, produite par Carpenter himself). On a l’impression de retourner dans le passé, à l’époque typique de ce genre de productions, où ces poncifs étaient mieux à leur place. Sans parler des mises à mort, où le petit jeune rivalise de sadisme avec les meilleurs tubes de son modèle.

Halloween ends, my only friend

Dommage que ce qu’on retienne vraiment de Halloween Ends, au final, ce soit la déception. On gagne en intérêt pour Corey ce qu’on perd en fascination pour le « tueur au masque ». Il est intéressant de voir un homme devenir monstre (une thématique qui fascine toujours, cf. Joker). Pendant ce temps, Myers, qui a toujours été un monstre à forme humaine, est démasqué. Ce n’est finalement qu’un vieil homme (dixit Laurie), rincé et tabassé. Il est même littéralement saigné, soit vidé symboliquement de sa substance. La fascination s’est envolée.

Au terme de ce bref passage de flambeau, l’aventure se termine bel et bien, mais pas de la manière attendue. Il faut dire qu’on nous avait vendu un « 1 contre 1 » entre Laurie et Myers, et que jusqu’au bout, on y a cru. Mais leur affrontement arrive dans les dernières minutes, comme un cheveu sur la soupe, expédié et nullement mémorable. Halloween s’achève dans un chuchotement plutôt qu’avec un cri.

Il fallait bien que ça arrive un jour. Les légendes meurent. « Halloween Ends », mais qu’on se rassure. Le mal ne disparaît jamais vraiment. Il change juste de forme. Même si, on s’en doute, « The Shape » reviendra en personne dans un nouveau reboot ou remake.

LES + :

  • Une direction différente des précédents.
  • Des clichés de slasher movies moins frappants et plus à leur place.
  • Une ambiance délicieusement nostalgique des années 80.

LES – :

  • Le focus sur un nouveau personnage intéressant, mais qui arrive trop tard dans l’équation.
  • La fin d’une trilogie qui nous a vendu du vent, avec une confrontation Laurie/Myers qui n’en valait pas la peine.
  • On sait très bien que ce n’est pas la fin et que tel James Bond, « Halloween » reviendra…