Action, thriller, science-fiction, horreur ou aventure : le cinéma possède son propre langage narratif, repris par la Collection 120 au service du rythme, de l’immersion et de la tension dramatique. Cette rubrique rassemble critiques de cinéma, analyses et réflexions autour des films nourrissant l’univers de nos romans.
Evelyn Wang (Michelle Yeoh) tient une blanchisserie en compagnie de son gentil mari Waymond (Ke Huy Quan), sa fille Joy (Stephanie Hsu) et son irascible père (James Hong). Son quotidien pas formidable va basculer quand elle découvre que le multivers, c’est pas des blagues. Dans un autre monde, elle aurait pu devenir maître queux ou super star de films d’action, au lieu de s’enterrer dans cette vie à la c**. Encore pire, une entité maléfique aux pouvoirs absolus, Jobu Tupaki, traverse les univers à la recherche de « LA » Evelyn. Cette Evelyn hypothétique serait capable d’obtenir les mêmes capacités qu’elle, et de la contrecarrer avant qu’elle ne détruise le multivers. Guidée par une version de son mari venue d’ailleurs, Evelyn va apprendre à l’arrache comment voyager dans la peau de ses alter egos, ou leur piquer leurs dons au gré de rebondissements toujours plus rocambolesques…
Cette critique va être très courte. Impossible de parler de Everything Everywhere All At Once sans spoiler tout ce qui le rend extraordinaire, spectaculaire, fou, hilarant, touchant et bouleversant. Parfois, tout ça dans une même scène !
Tout, tout de suite et maintenant
Durant le visionnage de cet ovni, on ne peut que penser à d’autres métrages tarés devenus cultes avec le temps, comme au hasard Les aventures de Buckaroo Banzaï à travers la Huitième Dimension (trailer d’époque), ou celles de Jack Burton dans les griffes du Mandarin. Mais si l’esprit timbré est bien là, Everything Everywhere All At Once n’est pas que pour de rire. L’émotion atteint une tout autre ampleur dans le film de Dan Kwan et Daniel Scheinert.
Les péripéties de Buckaroo étaient sans queue ni tête. Jack Burton entretenait une distance permanente avec les élucubrations de cinéma hongkongais secouant le film de Carpenter. Ici, Evelyn est le cœur du récit, tantôt dur, tantôt tendre. Elle traverse une crise personnelle qui s’étend sur l’ensemble des univers. Elle a l’occasion de remettre en perspective sa vie, ses choix et leurs conséquences. (Quel a été l’impact de son mariage, son job, l’éducation de sa fille, l’influence de son père ?) Le tout dans un enchevêtrement de situations tout bonnement incroyables. Ajoutez-y un humour absurde lorgnant parfois sur le trash, sans franchir la limite. Fans de Rick et Morty, vous serez servis.
Mais la cinéphilie des réalisateurs s’exprime aussi largement à travers des séquences entières. Les textures et les formats changent pour accompagner les sauts fréquents d’un univers à un autre. Quant auxdits univers, ils citent brillamment et pêle-mêle Matrix, les films de Pixar, le cinéma de Wong Kar-wai ou celui de Tarantino. Sans parler des comédies fantastiques citées plus haut.
C’est à tel point que la frontière entre fiction et réalité peut être remise en question. Evelyn ne délire-t-elle pas, tout simplement ? Est-ce qu’elle ne craque pas sous la pression d’une vie trop exigeante ? Ses « aventures » ne seraient influencées que par ses rêves brisés, nourris d’une overdose médiatique déformée par sa subjectivité (« Ratontouille » !). Exit, alors, l’imminence d’une destruction cosmique, et bonjour la camisole ! Qu’importe, à vrai dire. Réalité ou folie, cela ne change rien. Le spectacle est fun, la quête de l’héroïne est forte, et sa résolution émouvante.
Everything Everywhere All At Once : à voir absolument
Le casting compte aussi beaucoup dans cette réussite. Michelle Yeoh est tour à tour hilarante et touchante, dans un rôle pourtant si casse-gueule. Coincée entre un business en danger, un mari fatigué et sa fille frustrée, elle fait tout pour garder la tête hors de l’eau. Son drame familial ne se noie jamais dans les délires à base de multivers, mais leur sert au contraire de fil rouge.
Stéphanie Hsu n’est pas en reste, et il est impossible de ne pas se laisser gagner par la nostalgie, avec les retours de visages bien connus des amateurs de cinéma de genre (l’ancien membre des Goonies Ke Huy Quan, mais aussi James Hong et Jamie Lee Curtis). Everything Everywhere All At Once est une comédie fantastique zinzin autant qu’une tragédie qui fonctionne.
Que ce soit pour se marrer, pour être épaté ou pour être touché, Everything Everywhere All At Once vaut le coup d’être vu et vécu. Après la taylorisation et la vulgarisation du multivers par Marvel, ça fait du bien de voir un film ambitieux, maîtrisé et complètement fou… et en plus, produit pour dix fois moins cher.
LES + :
Dingue et cohérent à la fois. C’est trop rare pour ne pas le saluer.
Un humour efficace parfaitement assorti à son histoire, jamais bouffon ni trop trash.
Des têtes d’affiche qui s’éclatent, qui surprennent et/ou qui font plaisir à (re)voir.
Oui, oui, il y a bien de l’émotion dans ce foutoir.
LES – :
Cela reste un film très idiot dans sa forme, et partiellement idiot dans le fond, malgré sa sincérité. Les plus cartésiens risquent de râler.
Carter (Joo Won) se réveille amnésique près d’une mare de sang, dans une chambre d’hôtel en Corée du Sud. Il est braqué par un escadron de la CIA, il a une bombe dans la bouche, un implant dans la tête, et il est nu ! En plus, les deux Corée se font des doigts, suite à l’irruption d’un virus « à la 28 jours plus tard » menaçant de sortir de Corée du Nord. Il s’avère que Carter a pour mission de ramener la seule fillette immunisée du monde. Son papa, un scientifique hébergé chez les Nord-coréens, a créé un vaccin. Et si Carter ne la ramène pas dans 24h, sa propre fille va succomber du virus (lui dit-on). Forcément, il y a du monde sur le chemin. Dommage pour eux, en plus d’être contrarié, il se bat comme John Wick s’il avait fait un stage à l’IMF…
Carter est un truc de malade. Ce film n’a pas froid aux yeux. Jamais. Dès son point de départ, d’ailleurs. Croiser Jason Bourne et Mission Impossible avec World War Z, il fallait oser. En plus, en y injectant un petit peu de critique politique sur la stabilité des deux Corée et l’ingérence des USA. Le tout, en filmant entièrement en (faux) plan séquence. Ce pari technique fait écho aussi bien à des blockbusters d’auteur (Gravity d’Alfonso Cuaron) qu’à des trips sous acide comme Hardcore Henry. Sans parler de l’influence forte des jeux vidéo, auxquels Carter emprunte à 150 % les procédés et tics de narration. Mais est-ce que ce cocktail fonctionne ?
Carter : une vraie journée en enfer
Le film est réalisé par Jeong Byeong-gil, coupable notamment de Confession of Murder, mais surtout de The Villainess, qui partage davantage la patate et les délires de Carter. Mais le nouveau long-métrage de Jéjé va plus loin. On bat ici des records en matière d’action débridée.
Sans en dévoiler trop, on a droit au charcutage d’une armée de mafieux dans des bains-douches, à moult sauts depuis des fenêtres ou des toits, à une course entre motos à faire pleurer Tom Cruise, et à une séquence aérienne, puis deux, puis trois courses poursuites rappelant furieusement les morceaux de bravoure d’Indiana Jones et d’Uncharted ! Enfin, imaginez lesdites scènes si leurs créateurs avaient fumé le papier peint fraîchement collé dans leur salon, une fois arrivés à court de détergent à sniffer. Oui, c’est grave à ce point-là.
En fait, sur le plan de l’inventivité et de la niaque, Carter est le film d’action le plus frais et décoiffant que j’aie vu depuis le début de l’année. Et pourtant, c’est ma troisième séquence aérienne dégénérant dans des proportions épiques, après celles d’Uncharted et The Gray Man. Sur le papier, Carter est le film d’action ultime. Vraiment. En tant que pur concentré de testostérone et de bastos, il file droit et donne tout ce qu’il a. Mais il donne aussi sa chemise et les clés de sa bagnole, et après ça, il ne lui reste plus rien pour financer les effets spéciaux.
C’est môche
Je ne savais pas comment le dire autrement. Si les SFX n’étaient pas impeccables, on comprendrait. Mais là, ce n’est même pas passable. Un souci qu’on devine imputable à deux choses.
La première, Carter est TROP généreux. Le film fait tout de même 2h15. Il pourrait facilement se passer de deux, voire trois morceaux de bravoure, tellement il y en a. Mais à force d’enchaîner les massacres et les explosions, avec une caméra sans cesse virevoltante, le spectateur a la tête qui tourne, ou le cœur qui lâche, ou l’attention qui dérive. Moi, c’était les trois. J’avoue que son intrigue d’espionnage politique sous amphétamines m’a maintenu impliqué jusqu’au bout, et que sa réjouissante séquence finale m’a fait sautiller de plaisir. Mais trop, c’est trop.
La seconde raison, c’est bien la gageure de faire un film d’action bourrin de 2h15 en plan séquence. Carter n’avait pas besoin de ça pour épater. Ses scènes d’action spectaculaires et ses rebondissements suffisaient amplement. Mais puisque de tels délires coûtent une blinde, que le film en compte une dizaine, et qu’il dure plus de 120 mn, une partie du budget effets spéciaux (presque tout ?) sert à masquer les coupes et collages entre deux séquences tournées séparément.
Un film à é-Carter ?
Du coup, Carter devient hideux. Les transitions sont visibles comme des pastèques, la faute à des effets numériques qui auraient déjà eu l’air cheap dans un DTV de 2010. Et plus les scènes d’action cherchent à en faire (ce qui arrive quasiment tout le temps), plus elles ont l’air misérable. Mention spéciale à une chute libre aussi laide que bordélique. Certes, la caméra est 100 % free, mais à quel prix ? Moi, c’était celui de me sortir trop souvent du film.
Dire que je crachais sur les destructions numériques de Fast and Furious 9et The Gray Man ! Je ne vais pas changer d’avis pour autant. Trop de numérique voyant tue bel et bien le spectacle. Avec Carter, c’est d’autant plus flagrant. C’est aussi d’autant plus dommage. Avec le budget des derniers Mission : Impossible et une réalisation plus posée, Carter aurait été le film d’action de l’année.
LES + :
Un scénario prétexte, mais dont les twists et les trahisons réussissent à nous intriguer jusqu’à la fin.
Des scènes d’action qui reprennent le codes des films et jeux vidéo les plus efficaces dans le genre. Carter est complètement fou, et il ne se retient au nom de rien.
LES – :
Un film d’action spectaculaire et sans temps mort de 2h15 tourné en plan séquence n’est même pas une fausse bonne idée. C’est une très mauvaise idée.
Carter en fait trop, au point qu’il ne lui reste pas une cacahuète pour des effets spéciaux décents. Cela impacte ses deux arguments principaux: ses scènes d’action démesurées et la tenue de son faux plan séquence. Du coup, il échoue sur ces deux points. C’est dommage, sans le plan séquence, les scènes d’action auraient sûrement été bien meilleures.
Coccinelle (Brad Pitt) est un voleur à la tire. On l’a engagé pour monter à bord du Shinkansen, le bullet train japonais reliant Tokyo à Osaka, et dérober une mallette pleine de flouze. Le pauvre traverse déjà une crise existentielle, mais le trajet va carrément lui faire regretter d’être né. Il y a plus d’un tueur à bord du train, chacun avec une mission précise. Que ce soient les jumeaux Citron et Clémentine (Aaron Taylor-Johnson et Brian Tyree Henry), le mystérieux Frelon, le Loup (Bad Bunny), ou encore la gamine qui se surnomme Le Prince (Joey King), ce joli monde va constamment se croiser, se doubler et s’étriper. Mais tout ceci arrive-t-il vraiment par hasard ?
Bullet Train est un blockbuster parfaitement équilibré entre les bons côtés et les mauvais. Ou disons plutôt qu’il fait très bien tout ce qu’il y a de mal chez les autres gros films d’action du XXIème siècle. Mais au moins, il compense par une énergie et de l’humour qui fonctionnent souvent. Explications.
La « bullet » de Leitch
Il s’en est fallu de peu que BulletTrain ressemble à Uncharted, à savoir lisse et fade, sans être « mauvais » à proprement parler. Heureusement, David Leitch n’est pas Ruben Fleischer. Sauf qu’après Deadpool 2, puis Hobbs & Shaw, on a compris où se situe le bonhomme. On n’a pas affaire au nouveau pape du film d’action, ni même à son comparse Chad Stahelski (auteur du très fun John Wick 3). Il s’agit plutôt du successeur de Robert Rodriguez (Desperado, Une Nuit en Enfer, Spy Kids, Alita). Il se croit cool, aime les films cons et en fait des caisses, mais ça lui suffit.
La bonne nouvelle, c’est que le coupable d’Atomic Blonde a cette fois un casting plus doué, plus divers et moins égocentrique que sur le spinoff de Fast and Furious. Il peut aussi compter sur un scénario hystérique mais efficace. S’il ne révolutionne pas vraiment le genre, on a ponctuellement droit à une bonne dose de peps et d’incongruité. Entre les états d’âmes de Coccinelle et la courte vie d’une bouteille d’eau, Bullet Train nous sort des fois de nulle part de vraies surprises bienvenues.
Là où ça déraille
Les vraies faiblesses de Bullet Train se situent à deux niveaux : son réalisateur et les influences qu’il subit.
Déjà, David Leitch n’est ni Chad Stahelski (pour une action inventive) ni John McTiernan (pour se repérer dans l’espace). Heureusement qu’un train est un décor linéaire avec des « niveaux » facilement identifiables. Mais quand il s’agit de s’y retrouver ou de s’y taper au corps-à-corps, caméra et monteur se mettent ensemble pour nous paumer complètement. Et lorsque c’est lisible, c’est souvent au détriment d’un concept pourtant excitant. Comme, par exemple, une baston dans une voiture où le silence est exigé. La discrétion devrait être l’enjeu premier, mais ça, le chorégraphe et le sound designer s’en fichent complètement.
L’occasion de glisser un petit mot sur le montage. Bullet Train, malgré sa violence, veut être un spectacle enfantin (et infantile). On a ainsi droit à des tonnes de flashbacks, et même des flashbacks dans des flashbacks, pour illustrer ce qu’a dit untel ou ce dont se souvient machin. Tantôt, ça sert à des fins de comédie, tantôt, c’est pour nous prendre par la main. Si vous décrochez à un moment ou à un autre, c’est pas grave. Un petit rappel vous ramènera aussitôt dans la course. Le procédé n’est pas honteux, mais parfois, c’est bien de ne pas en abuser autant. Il faut faire confiance à son public, des fois…
Mes yeux !
L’autre problème, ce sont les influences. David Leitch est un sale môme. Difficile de dire s’il fait ce qu’il aime ou ce qu’on lui dit de faire. Esthétiquement parlant, Bullet Train sent le néon et les CGI à tous les étages, à peu près comme 80 % des films d’action depuis John Wick. On a donc droit à moult travellings rapides en images de synthèse tape-à-l’œil, et plus d’un exploit sur fond vert tellement abusés qu’ils en sont cartoonesques.
Le film garde évidemment le « meilleur » pour son climax, un bordel général à bord du train, où tous nos repères se brouillent. Il se conclut par une bouillie de CGI qui, à ce stade, est aussi réaliste que le crash d’Air Force One dans le film éponyme (pour voir combien je suis méchant, cliquez ici).
Et pourtant, Bullet Train file droit
Pourtant, hélas, Bullet Train assure le service… comme une œuvre de Robert Rodriguez. C’est un film bouffon, bouffi et facile, s’autorisant par ailleurs plus d’un caméo de la part de stars copines avec le réal. Toutefois, tout ceci repose sur des bases solides.
Son scénario est carré et réserve son lot de surprises, malgré des dialogues confondant parfois génie comique et bêtise profonde. Le casting fait plaisir, et la sympathie qu’on éprouve déjà pour telle ou telle tête permet de mieux apprécier les caricateuuuh, les personnages qu’ils incarnent (l’interprète de la Mort Blanche était une vraie bonne surprise, pour moi). Enfin, on a tout de même un artisan qui assure le taf, même si ça fait déjà quelques films qu’il préfère tourner des cartoons live plutôt que de nous ancrer dans une action un tantinet crédible. Dommage. À cause de ça, Bullet Train nous amuse, alors qu’il aurait pu nous décoiffer.
Ce que j’essaie de dire, c’est qu’en définitive, Bullet Train est marrant. J’ai passé un bon moment, et honnêtement, c’est déjà important. Mais c’est peut-être pour tout un tas de mauvaises raisons. À vous de juger. :-p
LES + :
Tour à tour intriguant, décapant et amusant. Parfois les trois en même temps.
Un casting qui inspire la sympathie.
LES – :
David Leitch prouve un peu plus qu’il tient davantage de Robert Rodriguez que d’un maître du film d’action.
Le scénario fournit des pistes ou des idées ludiques que la mise en scène et le montage (même le montage son) n’exploitent presque jamais.
Aïe ! Mes yeux ! Les couleurs criardes ! Les CGI dégueu ! Ça brûle ! Y en a partout !
Six (Ryan Gosling) est un super assassin d’une branche archi secrète de la CIA. Vient le jour où il élimine Quatre, sans savoir que c’était un collègue. Ce dernier, avant de mourir, lui remet la preuve que l’Agence est corrompue – quelle surprise ! – et qu’elle est prête à éliminer n’importe qui pour faire du profit et couvrir ses fesses. Naturellement, avec cette preuve en poche, Six est le suivant sur la liste. Ses patrons ripoux décident alors d’envoyer Lloyd Hansen (Chris Evans), un sociopathe, à sa poursuite…
The Gray Man n’est pas à proprement parler un mauvais film d’action-espionnage. Mais cette nouvelle production tape-à-l’oeil fait véritablement du surplace dans le contexte actuel. On parle ici autant du système de production de Netflix que de l’avancée du genre en général.
Gros yeux, gros bras, petite b*** ?
Puisque je n’ai pas lu le livre, on évitera de juger de la qualité du matériau de base, ou de la fidélité de son adaptation. Ce qui compte, ici, c’est notre impression. Et le mot qui la résume le mieux est… « générique ».
The Gray Man est l’histoire du meilleur de sa profession, traqué par tous les autres (moins bons, donc) pour lui faire la peau, afin de protéger les fesses du patron. « Bateau » ne voulant pas dire « piteux », on s’attendait quand même à ce que ça dépote. Et c’est le cas, mais… Sur le papier, The Gray Man ressemble à Jason Bourne, à défaut d’être original. À l’écran, ses influences stylistiques crèvent les yeux, et ce n’est pas forcément une bonne chose.
Malgré sa maîtrise totale, ou à cause d’elle, le film crie « sécurité » à tous les niveaux. Le résultat a l’air de sortir d’un superordinateur, qui aurait calculé les proportions nécessaires de telle et telle recette populaire pour l’intégrer au dernier projet de Netflix. The Gray Man rejoint ainsi Red Notice dans la catégorie « cher payé, vite vu, vite zappé ». C’est dommage, et aussi un peu inquiétant.
Le Gray Man de Frankenstein
On avait un budget de 200M$, entre les mains des réalisateurs des meilleures scènes d’action de films Marvel. Ajoutez par-dessus un casting trois étoiles, et on avait hâte de voir ça : Gosling et Evans, mais aussi Ana de Armas, Billy Bob Thornton, Regé-Jean Page et Jessica Henwick.
Au visionnage, le film des frères Russo passe par toutes les couleurs de l’arc-en-ciel. Les boîtes de nuit, châteaux et costumes colorés rappellentJohn Wick. Idem pour les chorégraphies classes et énervées d’une précision chirurgicale. On a droit à deux, puis trois scènes de destruction massive, dont une à bord d’un tram, dont l’excès de CGI et les cascades bien fake renvoient à Fast & Furious, une autre recette qui cartonne (hélas).
Et que dire des dizaines de plans aériens pris depuis des drones. C’est tantôt gracieux et immersif, tantôt gratuit et saugrenu. Mais ce n’est jamais aussi impressionnant que les plongées et contre-plongées totalement folles aperçues cette année dans Ambulance de Michael Bay.
On s’amuse avant tout
Pour finir, le casting est sans surprise. Tout le monde est impeccable, mais fait ce qui est attendu. Gosling tire la gueule, Evans s’éclate comme un fou (dans la continuité de À couteaux tirés), Billy Bob et Ana font surtout de la figu à rallonge, etc.
The Gray Man a suffisamment de maîtrise et de patate pour ne pas ennuyer. Mais il n’a pas l’envergure ni la plastique des derniers Mission : Impossible. Il faut croire qu’il manquera toujours quelque chose aux productions Netflix pour avoir vraiment l’impression d’être au cinéma chez soi.
Ce film est évidemment conçu comme un passe-temps, pour occuper ses soirées avant d’aller se coucher. Mais pour ce qui est de marquer durablement son audience, il faudra repasser. Or, l’addition commence à devenir salée pour la firme au N rouge. Même si ça ne nous ruine pas, je trouve que 200M$, c’est quand même cher payé rien que pour nous faire cliquer…
LES + :
On ne s’ennuie jamais vraiment.
Les têtes d’affiche s’éclatent et c’est communicatif.
Les frères Russo ont appris à filmer l’action en s’inspirant des meilleurs.
LES – :
Le casting est fidèle à lui-même, Gosling en tête.
On a l’impression de voir le multivers du film d’action se clasher méchamment : ça commence comme John Wick, ça continue comme Jason Bourne puis Fast & Furious, pour finir carrément comme Commando. Et tout ça filmé parfois avec des drones piqués à Michael Bay. Marrant, mais difficile de trouver au film une identité propre.
Les scènes d’action les plus spectaculaires sont aussi les plus dégoulinantes d’images de synthèse bien voyantes.
Le capitaine Winfield (Andrew Divoff) s’est crashé lors du vol de test d’un F-117 expérimental, équipé d’une technologie de réalité augmentée. Afin d’expliquer cette foirade à ses supérieurs, on le flanque dans un avion cargo pour Washington, accompagné des deux derniers prototypes de l’engin. Manque de pot, l’ignoble Phillips (Jürgen Prochnow) a prévu de voler la cargaison. Avec son gang, il s’infiltre à bord de l’appareil en plein vol et prend le poste de pilotage. Mais Winfield n’a pas l’intention de le laisser dérober une technologie si dangereuse…
Comme son homologue de 2022, Interceptor de Michael Cohn est bête et c’est un Die Hard-like. Mais c’est un vrai film du genre qui coche toutes les cases, et qui sait se montrer marrant et généreux. Pour l’anecdote, sa première diffusion date du 15 octobre 1992, alors que Passager 57 (avec Wesley Snipes dans un avion de ligne) ne sortait que le 6 novembre de la même année. Ça veut dire qu’Interceptor se paie le luxe, à ma connaissance, d’être le premier « Die Hard dans un avion ».
Note : qu’on aime ou pas 58 Minutes pour vivre, la « vraie » suite à Piège de Cristal, il faut reconnaître qu’elle battait déjà en 1990 tous ses futurs plagiaires. Les méchants n’y détournaient pas un avion, mais carrément tout un aéroport !
Premier de la classe
Malgré son âge et un budget limité, on peut pardonner à Interceptor sa primeur, puisqu’il n’est sorti que quatre ans après Piège de Cristal. Mais dans ces circonstances, sa générosité et son inventivité méritent le respect. En plus de cela, il ne dure que quatre-vingt minutes. On ne risque pas de trouver le temps long.
Au rayon des bonnes idées, citons notamment celles-ci :
Les terroristes veulent voler deux appareils furtifs équipés d’un casque VR du futur. Rappelons qu’on était en 1992. Aujourd’hui, la réalité augmentée fait presque partie du quotidien. Interceptor peut donc se vanter d’être vraiment visionnaire.
Cette sale gueule de Jürgen Prochnow nous fait l’honneur d’une scène de torture psychologique de choix, se concluant par un twist malsain.
L’abordage par les méchants d’un avion à un autre est improbable, voire carrément impossible. Mais il est au moins aussi classe que dans Cliffhanger, sorti un an plus tard.
Enfin, si le film se déroule surtout à bord d’un gros transporteur, il se conclut par un duel aérien où, fort judicieusement, la technologie convoitée par les méchants se retourne ultimement contre eux.
Sur le papier, Interceptor n’a donc rien à se reprocher. Quelqu’un, quelque part, de nos jours, pourrait sûrement lui reprocher de ne défendre aucune cause. Il ne s’agit que d’un film d’action reposant sur un concept enrobé de clichés (des gentils et des méchants dans un avion). Michael Cohn ne nous sert qu’un divertissement, mais il le fait bien.
Casting de haute volée
À l’écran non plus, le film n’a pas à rougir avec son casting impeccable. Andrew Divoff, abonné aux rôles de méchant (Wishmaster, Air Force One, 48h de plus) campe ici un héros sympathique. Jürgen Prochnow joue un salaud délicieux, et Elisabeth Morehead, la cheffe de bord, garde toujours la tête haute. Quant aux seconds couteaux, ils n’ont vraiment pas des gueules de porte-bonheur. La preuve, ils se les font bien démonter, et pas deux fois de la même manière. On retiendra surtout « M. Elliot », un nerd absolument tordant avec les culs de bouteilles montés sur son nez.
Pour finir, petit film oblige, les effets spéciaux sont plutôt voyants. On hésite sur ce qu’il y a de plus drôle, entre la 3D préhistorique, les incrustations dégueu, les maquettes d’avion qui font « fshiouuuu », les lunettes de M. Elliot (décidément !) et les stocks shots de l’US Air Force. Mais si on rit, c’est plutôt de bon cœur, les limites techniques étant ce qu’elles sont. En 1992, pour le prix d’un Big Mac, on ne pouvait pas concurrencer Terminator 2.
En résumé, bien que daté, Interceptor 1992 est un must pour les fans de Die Hard-like qui ont tout vu, tout fait, et qui désespèrent de se mettre autre chose sous la dent. Pas convaincu ? Voilà le trailer.
Interceptor : cherche pas, t’as tort !
Interceptor 2022 est lent, mou, vu et revu, et sa modernité se sent surtout dans ses décors cheap et une overdose de CGI dégueu. Tout le contraire d’Interceptor 1992, si l’on excepte les maquettes remplaçant les images de synthèse. À part ça, le casting, les idées et les motifs du film de Michael Cohn font encore mouche trente ans plus tard. Pas mal pour le tout premier « Die Hard dans un avion ». Enfin, rappelons que sa durée n’excède pas 1h20. Ce n’est ni trop, ni trop peu pour exploiter son concept avec justesse et sans débordement.
LES + :
Le tout premier « Die Hard dans un avion ».
Des idées plein les poches.
Un casting sympathique.
Aussi court qu’efficace.
Ce qui est réussi est aussi rigolo que ce qui est raté.
LES – :
Des effets spéciaux vraiment datés (maquettes, 3D, incrustations).
Pas de bluray remasterisé ?! On se demande pourquoi…
JJ (Elsa Pataky) est une soldate ricaine qui a défendu son honneur et ses droits face aux avances d’un général pervers, soutenu par une hiérarchie sexiste. C’est donc tout naturellement qu’elle est mutée au fin fond de l’océan Pacifique. Il s’y trouve l’une des deux seules bases d’interception de missiles ballistiques US. Si elles ne fonctionnent pas, en cas d’attaque nucléaire, kaboum ! Comme c’est un film, le premier jour de JJ coïncide avec une attaque simultanée sur les deux bases Interceptor. Tandis qu’on apprend la chute du complexe situé en Alaska, les agents d’entretien de la base dégainent des flingues et prennent le PC d’assaut. JJ s’enferme juste à temps à l’intérieur. Si ses ennemis parviennent à entrer, ils saboteront la station, permettant à des terroristes russes de raser entièrement l’Amérique…
Interceptor de Matthew Reilly appartient à un genre essoré depuis vingt ans, auxquels reviennent ponctuellement certaines productions anachroniques : le « Die Hard-like ». Si vous vous demandez ce que c’est, voilà le topo. Des terroristes ou pseudo terroristes prennent en otage ou investissent un lieu clairement délimité, clos ou non, dont l’isolement empêche les autorités d’y pénétrer et/ou d’y appliquer la loi. Il revient à un ou plusieurs héros de serrer ce qu’il a entre les jambes et de foncer dans le tas, l’objectif étant de sauver sa vie/sa femme/sa famille/ses amis/le pays/le monde/tout ça à la fois. Si en chemin, il peut se montrer inventif dans le démastiquage de truands, c’est tout bénef’.
« Die Hard dans (remplir le blanc) »
Tout a commencé en 1988 avec Piège de Cristal (Die Hard en VO). Les suites officielles ont eu la bonne idée d’innover en ouvrant toujours plus le terrain de chasse. Mais dans les années 1990, tous les petits malins du business ont voulu surfer sur le succès d’un film au concept simplissime. Pour être original, il suffisait de changer de décor (même si le succès de Die Hard venait autant de son pitch que d’une réalisation efficace et d’un casting impeccable).
Note : à chaque époque son modèle. Dans les années 2000, on a copié n’importe comment la réalisation de Paul Greengrass après le second film sur Jason Bourne. Et aujourd’hui, depuis l’émergence de John Wick, on voit surtout se multiplier les actioners colorés et stylés.
Pendant dix ans, on a donc eu droit notamment à Passager 57 (dans un avion), Piège en Haute Mer (sur un navire de guerre), Piège à Grande Vitesse (dans un train), Cliffhanger (à la montagne), Broken Arrow (dans le désert), The Rock (à Alcatraz), Mort Subite (dans une patinoire), ou encore Air Force One (dans le gros avion du président). On ne cite ici que les films cinéma les plus fidèles à la définition. Speed (un bus), Speed 2 (un bateau de croisière) et Ultime Décision (encore un gros avion) sont des déclinaisons intéressantes.
Des années plus tard, quelques retardataires prennent régulièrement la température, probablement parce que nous vivons à une époque aussi nostalgique que dénuée d’imagination : La Chute de la Maison Blanche (dans la maison du président), White House Down (idem) ou encore Skyscraper (dans un immeuble… haha). Puisqu’on parle de Netflix, La Terre et le Sang appartient bien à la définition, ainsi que SAS : Rise of the Black Swan sorti l’année dernière.
Interceptor, ou la mort du genre
Depuis Piège de Cristal, on en a vu des navetons, particulièrement en DTV. À bien des égards, Interceptor rappelle un autre nanar d’époque, Etat d’urgence avec Dolph Lundgren (1997). On y passait toute la deuxième partie en huis-clos dans un simulacre bon marché d’abri anti-atomique. Mais bien qu’Etat d’Urgence affiche 15 ans au compteur, il est plus dynamique, ambitieux et amusant que le nouvel actioner de Netflix.
Interceptor s’enferme presque tout le temps dans une salle de contrôle en plastique ? Etat d’Urgence commençait sur les chapeaux de roue, avec une course en voiture frappadinque (et hors propos) sur les toits de la ville ! Interceptor met en vedette Elsa Pataky, que le grand public connaît surtout pour être la femme de Thor ? Dans Etat d’Urgence, la tête d’affiche était quand même la légende Dolph Lundgren. Un acteur limité, certes, mais qui retient l’attention quand cette tare est associée à son écrasante présence physique. (« Est-ce que ce type existe ?! » est une question qui revient fréquemment à l’esprit.)
Qu’on ne s’y trompe pas, les deux films sont miteux. Mais Interceptor a perdu ce qui faisait le sel des productions auxquelles il rend hommage. Dans les années 1990, on était capable de filmer une dinguerie presque je-m’enfoutiste, s’autorisant les pires excès et blagues débiles. Regardez Etat d’Urgence aujourd’hui, il provoquera toujours moult éclats de rire, moqueurs ou complices.
En 2022, la façon de faire a changé, et surtout, la mentalité de toutes les parties impliquées. Le film de Matthew Reilly reprend peut-être un concept vieux de trente ans. Mais il s’agit bien d’un film des années 2020, avec les normes artistiques et qualitatives, et un peu de la charge politique auxquelles il faut s’attendre.
Ouvertement opportuniste et un peu malsain
JJ est une femme combattant pour son droit à être un soldat avant tout, alors qu’elle a lourdement subi le harcèlement et les violences psychologiques d’un entourage masculin, militaire de surcroît, extrêmement toxique. Oui, ces choses existent. Oui, elles sont dégueulasses, et elles ne touchent pas que l’armée et la politique. Ce qui est également vrai, c’est qu’en 2022, pointer ces problèmes du doigt revient à enfoncer une porte ouverte. Une thématique de moins en moins contestataire et de plus en plus opportuniste à Hollywood. Et le faire sans subtilité, ça craint. C’est sans doute pourquoi Matthew Reilly, réalisateur/scénariste, va plus loin. Il dégonde la porte et surfe carrément avec, sur une vague de complaisance.
Avoir quelqu’un à défendre, à protéger ou à sauver, ça facilite toujours l’identification. C’est peut-être cousu de fil blanc, mais c’est un truc qui marche. Pour JJ, la sécurité de son père, sa seule famille, est rapidement écartée après une scène expédiée. Puisque ça, c’est fait, il reste logiquement le devoir pour la motiver. Mais le film insiste particulièrement sur le traumatisme et les mauvais traitements de l’héroïne (et elle en a bien bavé). Son parcours ressemble alors à une vengeance, une thérapie de fortune doublée d’un ego trip malsain. La miss énervée a l’air de vouloir prouver aux autres qu’elle vaut bien un mec, et qu’elle est une héroïne, une vraie. Le plan final lui donnera raison.
Honnêtement, s’ériger contre la masculinité toxique, c’est bien. Mais ce n’est pas le message que j’en ai tiré. Curieusement, j’ai surtout eu l’impression qu’Interceptor m’a crié dans l’oreille qu’égocentrisme et autosatisfaction étaient les valeurs à défendre en 2022. Je suppose que ça passe, puisque le message est glissé sous couvert d’une cause juste, même si très souvent enfoncée dans la gorge du spectateur (comme dans un autre film).
Faisons fi de ces déductions absurdes. On regarde surtout Interceptor pour le spectacle et pour se marrer. On va bien en profiter, non ? Non ?!
Interceptor, une production au rabais
C’est vrai qu’Interceptor est con. On a droit à tout : premices absurdes, rebondissements faciles, exploits physiques parodiques, compte-à-rebours stoppés à la dernière seconde et non-sens complètement assumés. Les méchants sont pressés d’entrer dans le PC pour le détruire ? Aux trois quarts du film, ils décident de couler la base par défaut… Ce qu’ils pouvaient faire depuis le début, puisqu’on découvre qu’ils ont un bouton pour ça ! On pourrait écrire un poème, mais je ne suis pas Boileau.
La c#nnerie n’est pas le vrai problème. Un film bête, ça se savoure toujours, surtout que l’auteur s’y connaît. Il s’agit du premier film de Matthew Reilly, écrivain australien à succès, spécialisé dans les romans de genre façon blockbuster (oh merde, un collègue !). Sauf que le monsieur donne souvent dans le détournement farfelu et opportuniste. Par exemple, son roman The Great Zoo of China est un décalque de Jurassic Park… avec des dragons.
Fan de gros films hollywoodiens, Reilly a visiblement une affection naturelle pour le B tendance Z. Certains de ses romans avaient d’ailleurs été optionnés par des studios, mais sans jamais qu’un projet se concrétise. Aujourd’hui, grâce à Netflix, il peut enfin voir une de ses histoires à l’écran. D’une part, il a écrit un scénario « original » pour l’occasion. D’autre part, il réalise en personne. Il faut bien commencer un jour, mais…
Interceptor ne cache pas sa misère. Décors en toc, action molle surdécoupée et overdose de CGI évidents sont de la fête. Mais surtout, ce manque de moyens trahit l’une des règles fondamentales du « Die Hard-like » : exploiter l’environnement. On a une plateforme entière comme lieu de l’action, mais on s’enferme dans un PC de vingt mètres carrés pendant les trois quarts du film. Et quand on sort à l’air libre, on ne va pas bien loin. Appelons un chat un chat : Interceptor est fauché. C’est sûrement ce qui lui a permis de trouver son financement. Mais c’est aussi comme ça qu’il se tire une balle dans le pied.
Casting à la mer
Pour qu’Interceptor soit vraiment marrant, il faudrait au moins que la croisière s’amuse. Pourtant, rayon casting, ça ricane plus que ça ne rigole.
Elsa Pataky se serait entraînée des mois pour avoir l’air badass, et on veut bien le croire. Elle ne fait pas tache quand il s’agit de bander les muscles. Mais l’action est très souvent mollassonne. La belle balance bien quelques punchlines dignes d’Arnold et Willis, mais curieusement pas drôles, tellement elles sont convenues.
Et les méchants, alors ? Parmi les représentants du genre, les plus mémorables le sont grâce à des bad guys bien caractérisés, joués par une gueule qui s’amuse un max. On se souvient d’Alan Rickman dans Piège de Cristal, John Lithgow dans Cliffhanger, Powers Boothe dans Mort Subite, Gary Oldman dans Air Force One, Dennis Hopper dans Speed…
Quid de Luke Bracey, alias Kessel dans Interceptor ? Le personnage est aussi fade que son interprète. Il est motivé par des raisons que le film s’amuse à rendre confuses ou contradictoires, pour masquer des révélations forcément banales. Monsieur fait semblant d’être motivé politiquement, alors qu’in fine, tout s’avère être une question de pognon (coucou, Piège de Cristal). Et pour ce qui est du charisme et de l’énergie, il représente autant une menace dans le film qu’une moule le serait pour une mouette. Comble de l’arnaque : il est tellement indigne que ce n’est même pas l’héroïne qui l’achève !
Ses hommes de main sont au diapason. Certains prennent la pose, d’autres passent leur temps à chouiner avec un accent redneck. À cause de tout cela, ils ont surtout l’air ridicule et incompétent. Pour achever le tout, rappelons que Chris Hemsworth fait un caméo à répétition pour soutenir sa chérie. Sa présence nous rappelle d’autres productions pas plus subtiles, mais mieux réglées, comme Tyler Rake dont il était la vedette.
Intercepté et abattu en vol
Interceptor pue le bricolage, l’opportunisme et l’indifférence. Si le film jouait sur la bêtise archaïque de son scénario, et s’il n’était pas si fauché, on passerait un bon moment. Ce n’est même pas du bon cinéma d’artisan, et d’ailleurs, ce n’est même pas du cinéma. C’est bel et bien du contenu. Son ambition à ras de pâquerettes, sa propreté clinique et ses décors en toc donnent souvent l’impression de voir un épisode filler de Star Trek.
C’est peut-être moi qui suis vieux et con. Si ça se trouve, ces pépites valent en fait de l’or, alors que ma bouche ne sent que le goût du charbon… Si vous voulez voir un Die Hard-like titré « Interceptor », regardez donc celui sorti en 1992. Ça n’a l’air de rien, mais vous aurez l’exact contraire : aucune promesse, et pourtant, elles sont toutes tenues.
LES + :
Si Matthew Reilly écrit des trucs pareils et peut finir par réaliser des films Netflix, rien n’est perdu pour Bibi. :p
Dans Le Secret de la Cité Perdue, Loretta Sage (Sandra Bullock) est une romancière à l’eau de rose, fortement déprimée depuis la mort de son mari archéologue. Alan (Channing Tatum) est un modèle aussi beau gosse que niais, figurant sur toutes les couvertures des romans de Loretta. Elle ne peut pas le sentir. Il n’aime pas la voir triste. Après avoir fait foirer leur dernière tournée promo, l’autrice est kidnappée par le richissime Abigail Fairfax (Daniel Radcliffe). Il a flashé sur le dernier livre de la belle, en particulier ses références à la Cité perdue et à son trésor, une alléchante « couronne de feu ». Manifestement, la romancière sait des choses, et puisqu’il est prêt à tout, il l’emmène sur une île pour déchiffrer des parchemins. Alan y voit l’occasion de briller, part la secourir, et bien sûr, le sauvetage dérape. Tous deux se retrouvent perdus dans la jungle, coincés entre un trésor hypothétique et les mercenaires d’Abigail…
Est-il nécessaire de parler du Secret de la Cité Perdue ? Franchement, non, tant on devine tout ce qu’il y à en dire. Mais un film d’aventure « vieille école », ça me tentait, bon ou mauvais. Et il y avait la parenté possible avec Veines Rouges, qui m’inquiétait un peu (un romancier kidnappé sur la base d’un livre, pour finir en poursuite dans la jungle, hmmmmm…).
Finalement, s’il était impératif de le voir, il sera aussi facile de l’oublier. Dans sa médiocrité, tout est bon à jeter. Mais il est possible, paradoxalement, que sa médiocrité soit une qualité.
Bullock s’en ballec
Le Secret de la Cité Perdue sort au cinéma deux mois après Uncharted. Les aventures de Nathan Drake avaient l’air de faire du surplace, puisque recopiant sans vergogne des jeux vidéo encore frais dans les mémoires. Celles de Loretta et Alan ont l’air de revenir quarante ans en arrière, puisque repompant dans les grandes lignes le bien meilleur À la poursuite du Diamant vert (1984). Mais pas seulement.
Vous vous souvenez de Bienvenue dans la Jungle (2003), où the Rock et Sean William Scott, deux stars aux registres spécifiques, n’étaient là que pour faire leur numéro et cachetonner ? Check. (D’ailleurs, les deux films partagent un humour souvent à ras de braguette.) Vous voyez la réalisation fadasse typique de la comédie américaine des années 2010, avec plans et photographie en pilotage automatique ? Check. Vous vous souvenez du récent Jungle Cruise, avec 50 % de jungle sous cloche et 50 % de fonds numériques pas toujours joyeux ? Check.
Vous connaissez le syndrome du méchant richissime et mégalo sans charisme et complètement interchangeable ? Double check, avec ici Daniel Radcliffe dont on pense que ç’aurait été plus drôle et méta s’il avait kidnappé J.K. Rowling pour lui apprendre la magie. Et n’oubliez pas d’emballer le tout avec une musique insipide. La fois dernière, je critiquais Uncharted en disant qu’il aurait fait meilleur effet sur Netflix. J’aurais dû garder cette réflexion pour le présent objet filmique.
Le Secret de la Cité Perdue, c’est le rire retrouvé ?
Le Secret de la Cité perdue est tout sauf original. Il n’est jamais novateur dans ce qu’il propose ni inspiré dans ce qu’il reprend. De plus, le rythme est souvent plombé. Tantôt, c’est à cause de la sous-intrigue de l’agente littéraire cherchant désespérément un avion. Sinon, c’est la faute à des saillies verbales dignes de Marvel. Nos héros ont souvent tendance à perdre du temps à se chamailler posément lors de moments de « réelle » tension ou de danger imminent, désamorçant des scènes pourtant prometteuses. On se croirait plus en visite guidée aux Maldives ou en balade à Disneyland que perdus dans une forêt tropicale avec des tueurs aux fesses.
Pourtant, je me suis souvent retrouvé à sourire. J’ai même parfois ri franchement devant une situation incongrue, ou suite à une réplique nulle (« Mais c’est Ken en pétrolette ! »). C’est dû à tout une palette d’émotions souvent contradictoires. On rit complice des bêtises de Channing Tatum, qui ne surprend pas dans un registre qu’il maîtrise toutefois parfaitement (le M. Muscles benêt au cœur d’or). À l’opposé, on ricane de gêne face à Sandra Bullock, refaite et la peau sur les os, exhibant les trois quarts du temps un décolleté plongeant sur sa cage thoracique.
On exulte le temps d’un caméo de luxe (spoilé par la bande-annonce). Mais on soupire face à son absence le reste du métrage, en réalisant ce que cette énergie aurait apporté au film. Et bien sûr, on rit au nez d’une inutile scène post-credits. Même si, clairement, l’idée est de se moquer du procédé, elle nous rappelle tout de même l’époque miteuse dans laquelle nous vivons.
Juste pour rire
Le Secret de la Cité Perdue n’est pas plus sincère ni plus original que la concurrence, mais il n’en a pas la prétention. Quelque part, cela le sauve. Est-ce que ce film est navrant ? Oui. Est-ce que c’est marrant ? Ça lui arrive aussi, plus souvent que je ne l’aurais souhaité. C’est pour ça que sa médiocrité mérite d’être autant critiquée qu’appréciée.
Le Secret de la Cité Perdue est anachronique, un gros trip régressif. Il fera marrer les gosses, ainsi que certains parents ayant connu les belles heures de la série B fauchée « made in Cannon Group ». Des productions opportunistes et sans prise de tête, où la nullité côtoie l’insouciance. Or, de nos jours, un peu d’insouciance ne peut pas faire de mal. Cela peut même nous faire du bien.
LES + :
Channing Tatum, toujours à sa place.
Un caméo de luxe qui fait bien marrer.
Un film « original » qui n’est ni un Marvel ni une suite tardive, ni une tentative minable de lancer un univers étendu ? Chic.
LES – :
Sandra Bullock semble bien fatiguée.
Un caméo qui fâche après avoir été dégagé de l’histoire (mais pourquoi ?!).
Un film « original » qui n’a aucun os ni aucun organe frais sous la peau.
Nathan Drake (Tom Holland) est un jeune filou qui gagne sa vie en préparant des cocktails, et occasionnellement, en tirant en douce les bracelets des clientes fortunées croisant son chemin. Il est repéré par Sullivan (Mark Whalberg) qui lui propose une alliance. Il doit l’aider à dérober une croix en or censée permettre de remonter la piste de Magellan jusqu’à son fabuleux trésor. Les choses se compliquent quand Chloé Frazer (Sophia Ali), le richissime Moncada (le Chat botté Antonio Banderas) et la mercenaire Braddock (Tati Gabrielle) se révèlent tous intéressés. La ronde des coups de couteau dans le dos peut commencer. Nate va apprendre que la vie de chasseur de trésor, ce n’est pas de la rigolade…
Alors qu’en fait, si. Uncharted, le film prend tout à la rigolade. La licence dont il s’inspire, la cinématographie, la caractérisation des personnages et la physique élémentaire vont gentiment aller se faire voir dans ce qui est, finalement, un bien curieux résultat. Le film se regarde sans honte ni déplaisir, mais les jeux et les talents les ayant créés se font gentiment insulter.
Un projet fainéant
Tout le monde peut voir Uncharted et apprécier le spectacle sans se prendre la tête. Mais vous savez qui d’autre ne s’est pas pris la tête ? Les gens derrière cette adaptation.
Pour leur défense, il y avait de quoi être fatigué par l’arlésienne Uncharted, projet qui stagnait depuis 15 ans. Ce n’était pas pour rien. Si le premier jeu avait de quoi faire un super film d’action-aventure, ses suites ont toujours fait mieux, que ce soit dans le spectacle comme dans l’écriture. Au point que la saga de Naughty Dog a fini par faire du divertissement cinématographique mieux que l’actuel cinéma, englué dans une redite et une flemme qui resteront dans l’Histoire. Une fainéantise tant artistique que créative, avec des suites à rallonge et des réalisations de plus en plus formatées pour une diffusion à la télé.
On pouvait peut-être faire un meilleur film que ne l’était Uncharted : Drake’s Fortune en 2007. Mais aujourd’hui, il y a Uncharted 4etLost Legacy. Aussi, les projets cross media se multiplient et les talents font la navette d’une industrie à une autre. Rivaliser devient compliqué. Sauf que pour Hollywood et les producteurs en général, la leçon ne passe toujours pas. Les joueurs sont des consommateurs et ils sont traités comme tels. Pas besoin d’un travail d’artisan quand on peut leur refourguer un produit générique tout droit sorti de l’usine. Mais pour sortir du lot, il faut les talents et l’envie, et c’est ce qui fait défaut à Uncharted en 2022.
Ruben Fleischer a peut-être réalisé Bienvenue à Zombieland, mais il a prouvé depuis qu’il était un faiseur heureux et dénué d’imagination (Venom, Zombieland 2). Les derniers scénaristes amenés sur le projet ont surtout bossé pour Marvel, Transformers et MIB International, soit le bas de gamme en matière d’écriture de blockbusters. En plus, ils ont eu la tâche ingrate de seulement copier-coller les intrigues et moments les plus mémorables des jeux, qu’on retrouve depuis des années sur Youtube.
Un reboot cupide
Enfin, il y avait l’idée géniale, évidemment une fausse piste, de raconter une période pre-games de la vie de Drake. Cela aurait dû être une invitation à inventer, une occasion de prolonger l’expérience des jeux sans la singer, de modifier la formule, avec Nathan et son frère jeunes ouvrant la voie à des aventures moins violentes et plus familiales. Les fans du jeu auraient eu du neuf, et les néophytes, une porte d’entrée sur le lore. Oui, là, je pense comme un producteur. Mais ce qui est curieux, c’est que des producteurs n’aient pas raisonné comme ça.
Uncharted 2022 est un reboot. Comme ça, les acteurs engagés dans des rôles connus de longue date auront l’excuse de le faire à leur sauce. Il faut juste faire son deuil du fantasme habituel de voir son jeu favori adapté. Tom Holland fait son numéro, idem pour Mark Whalberg, dont il fallait au moins la moustache pour croire qu’il s’agit de Sully. Je les adore, y compris ici, et leurs échanges sont amusants. Mais ce n’est pas le Uncharted qu’on a connu et aimé. Même pas en refaisant si grossièrement la chasse au trésor pirate d’Uncharted 4, réécrite et aseptisée, dans laquelle ledit trésor ne fascine personne, ni sur l’écran ni dans la salle. Un comble.
Sully, Chloé, Moncada, tout le monde a des dollars dans les yeux comme Sony, à défaut d’avoir des rêves plein la tête. Indiana Jones bavait sur l’arche d’alliance, même Benjamin Gates rêvait de mettre la main sur le magot des Templiers… Ici, tout le monde veut le trésor par principe. Sauf Nate qui cherche son frère, mais on sait très bien ce que le studio veut faire de cette quête : un appât à suite.
Des débuts pires que modestes
Ruben Fleischer, ses scénaristes et Sony font ce qu’il faut pour ne froisser personne. Au final, le film met tout le monde d’accord. S’il n’est pas vraiment mauvais, il n’est nullement mémorable. Les fans du jeu le trouvent anecdotique, puisque tout ce qui arrive a déjà eu lieu en mieux sur Playstation. Les néophytes ne le trouvent pas meilleur que le tout-venant du film d’aventure avec jeu de piste comme Benjamin Gates et Da Vinci Code. Et mon vieux, ça vole pas haut.
La fainéantise et l’absence TOTALE de créativité donnent envie de cogner. Il faut en plus composer avec un sens du spectaculaire hérité de Marvel. Ici, il est tout à fait possible de tailler le bout de gras en restant accroupi sur une caisse en chute libre, sans stress, ou de jouer aux pirates dans un décor en apesanteur hérité d’une attraction Disney.
Enfin, impossible de ne pas grincer des dents devant un caméo facile, une ou deux répliques in-the-nose, la version pimp de la carte de vol d’Indiana Jones, un flashback d’ouverture aux dialogues embarrassants de platitude, et deux scènes post-générique. Parce que ma grande, il faut la vendre, cette future franchise au cinéma ! Mettre la charrue avant les bœufs avait tellement bien marché en 2017 avec La Momie et son Dark Universe, n’est-ce pas ?
Dans la Collection 120, on aime Uncharted et on ne se prive pas pour le montrer (cf. Max Force ou Veines Rouges). Mais les professionnels de la profession ne font aucun effort d’imagination malgré le trésor qu’ils avaient dans les mains. On se demande où va le monde.
Uncharted, un film juste correct
Pourtant (malheureusement ?), Uncharted est un film correct. Il tient son unique véritable promesse, qui est de passer un moment amusant. Holland et Whalberg font souvent des étincelles. Un ou deux rebondissements font leur petit effet. Les morceaux de bravoure sont bien réglés, à défaut de ménager la suspension d’incrédulité. L’action constitue le vrai spectacle ici, la chasse au trésor étant téléphonée et sans inspiration. Aberrant quand on pense que chaque nouveau jeu parvenait à renouveler cet aspect avec intelligence. Enfin, le film fait un peu mieux que la dernière adaptation de Tomb Raider, qui se sabordait toute seule.
Uncharted sur Playstation avait réussi à rendre Nathan Drake, personnage de pixels, plus vivant que jamais. Uncharted, le film, fait de son Drake un action hero post-Marvel assez lunatique et anecdotique. Que retenir, au final ? Que c’est un pur produit calibré pour la future distribution sur disques et en streaming. C’est triste de se dire que s’il était directement passé par cette case, on aurait pu se montrer moins regardant. D’ailleurs, un budget de 120M$ hors frais marketing, ce n’est plus ce qu’on appelle un blockbuster à notre époque d’exagération constante.
Cela explique peut-être pourquoi Uncharted ressemble à un petit joueur se donnant de grands airs, juste parce qu’il a hérité du nom prestigieux de son Papa… Alors que ses cousins éloignés, même s’ils sont vieux et on ne les appelle plus très souvent (comme À la poursuite du Diamant Vert ou Sahara) sont restés élégants, se la pètent moins et demeurent plus fréquentables.
Pour finir, notons que le générique de clôture s’ouvre sur une chanson intitulée « Take the money and run » (« prends l’oseille et tire-toi ») ! Un point final qui résume très bien l’arnaque du film et le cynisme de ses responsables. Ceux qui n’ont pas aimé auraient dû sortir depuis longtemps et demander un remboursement. Ceux qui sont restés parce qu’ils ont aimé ne sont même pas respectés.
LES + :
Ce n’est pas vraiment un mauvais film.
Holland et Wahlberg sont amusants ensemble.
Certains choix de casting font mouche.
Il y au moins un ou deux trucs originaux ou surprenants (un rebondissement, une idée). Mais bon, ils ne mènent pas vraiment quelque part, ni ne sont exploités à fond.
LES – :
Ce n’est pas vraiment Uncharted au cinéma.
Antonio Banderas s’ennuie et on comprend pourquoi (surtout arrivé aux deux tiers du film).
Si cette chronique a fait l’impasse sur l’exotisme, c’est parce qu’il n’y en pratiquement pas de tout le film.
Tu aimes le fan service facile et embarrassant ? T’inquiète pas, tu vas en bouffer.
Quand on voit le résultat, on a l’impression qu’hormis les acteurs, personne ne semblait vraiment y croire.
Même le mythique thème musical d’Uncharted se fait petit dans ce reboot. C’est dire.
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