Critique : Sahara “Injustement enterré”

Sahara

Dirk Pitt (Matthew Mc Conaughey) est un ancien de la Navy devenu chercheur de trésors. Son obsession : retrouver le CSS Texas, un cuirassée disparu pendant la Guerre de Sécession. Sa théorie a du mal à convaincre : selon lui, le navire a tellement voyagé qu’il a coulé très loin des côtes US. Une nouvelle et ultime piste va lui souffler que le CSS Texas s’est échoué quelque part dans le désert du Sahara (!). Dirk se lance dans l’aventure, mais il est tellement beau, fort et compétent que le film va lui inventer quelques galères, histoire de corser le jeu. Lui et ses amis se coltinent donc une jolie médecin de l’OMS (Pénélope Cruz), dont l’enquête sur une étrange épidémie met sa vie en danger. Car les responsables, une corporation véreuse en cheville avec un dictateur, ont leurs intérêts à défendre…

Sahara est une adaptation d’un roman de Clive Cussler, appartenant à la série des aventures de Dirk Pitt. Apparu en 1973, Pitt est l’alter ego papier de son auteur, à savoir un explorateur sous-marin, membre de la National Underwater and Marine Agency (la NUMA, que créera réellement Cussler en 1979). Ses histoires mélangent espionnage et fantaisies exotiques, quelque part entre James Bond et Indiana Jones, dépendant des circonstances. Il faut avouer que si certaines sont aujourd’hui datées ou trop absurdes, il y avait de la matière à une grande série de films d’aventures, moyennant un petit travail d’adaptation.

Sahara

Mal connu et mal vendu

Une des escapades de Pitt avait déjà été portée à l’écran dans La Guerre des Abîmes en 1980 (d’après Renflouez le Titanic !, publié en 1976). Mais plutôt que d’ouvrir une nouvelle saga de divertissements populaires, la porte s’était refermée pendant vingt-cinq ans, jusqu’à la sortie de Sahara en 2005. Malheureusement, les planètes ne se sont pas alignées et le film s’est ramassé au box office. On en parle encore comme d’un des flops les plus catastrophiques de récente mémoire.

Le réalisateur, Breck Eisner, est une énigme. Avec lui, on peut avoir l’excellent The Crazies, mais aussi le navrant Dernier Chasseur de Sorcières. Avec Sahara, il est bon sans avoir la vision nécessaire pour élever son film. On reste dans la catégorie « grosse série B qui fait le job ». Et malgré son casting, Sahara n’a pas attiré grand monde, la faute à la promo, loin de motiver les gens. À l’époque, je me souviens d’une bande-annonce de quelques secondes passant vite fait dans les UGC. Une BA si bof que je flairais le navet sur cette seule base. La preuve que, des fois, on passe à côté de quelque chose. Merci à l’équipe marketing.

Enfin, la plupart des critiques l’ayant vu à l’époque accusaient Sahara d’être raciste (mouais) et benêt (ben ouais). Sa vision de l’Afrique se limitait à des plans pour carte postale, et à ses héros blancs, forts et valeureux qui traversaient ces terres opprimées en mode « touriste ». J’avoue, pour moi, cette scène où nos copains font de la voile sur une épave d’avion va un peu loin… Mais Sahara conserve l’esprit d’un film hollywoodien “à l’ancienne”, pré-Jason Bourne. Le dépaysement et un peu de dérision font partie du contrat.

Welcome to Sahara

À présent qu’il est disponible sur Netflix chez nous, l’occasion était belle de reparler de Sahara et de le conseiller. Que vous soyez sceptique ou en mal d’aventures, le film de Breck Eisner devrait vous surprendre agréablement. La photographie et les décors sont magnifiques (même si l’équipe a filmé au Maroc, c’est plus joli). L’humour fonctionne sans sombrer dans les blagouzes à la Marvel pullulant aujourd’hui. Le casting a du mérite là-dedans, notamment Steve Zahn en comic relief.

On ne présente plus Matthew McConaughey ni Pénélope Cruz. Mais l’interprète d’Al Giordino, meilleur ami de Pitt, n’en fait jamais trop au point de mériter des baffes. Il se révèle même attachant. Ce trio d’aventuriers atypique fonctionne très bien, et leurs péripéties, même filmées sans grande inspiration, sont bien écrites et jamais forcées. Comme lorsque les deux quêtes parallèles, la chasse au trésor de Pitt et l’enquête de l’OMS, trouvent leur résolution ensemble au cours d’un final plus que satisfaisant. Ceci même si la magouille environnemento-industrielle finit par s’accaparer le gros du film, transformant Pitt en John McClane aventurier, se trouvant là où il ne devait pas.

Sahara

Uncharted territory

Il y a un paquet de choses changées ou omises dans le film (dont une conspiration mise au jour sur l’assassinat de Lincoln, flirtant dangereusement avec les Benjamin Gates). L’auteur du livre en personne a même fait un procès aux producteurs pour ça. Cela ne fait pas de Sahara un film raté pour autant. Déjà, le film ne s’éparpille pas en sous-intrigues. Ensuite, invraisemblances ou facilités font aussi le charme des Indiana Jones, et il faut parfois faire un réel effort d’adaptation pour transformer un divertissement littéraire en spectacle cinématographique (c’est toi que je regarde, Ron).

Mais en fait de cinéma, Sahara ressemble ÉNORMÉMENT à une adaptation réussie de jeu vidéo, un certain Uncharted… Ceci, avant même qu’Uncharted n’existe (le premier jeu est sorti en 2008, trois ans après le film). Quand on voit l’arlésienne qu’est devenue la version ciné des aventures de Nathan Drake, je ne peux que chaudement recommander ce film à tous ceux qui n’en peuvent plus d’attendre. Nos trois aventuriers sont un excellent équivalent aux désormais célèbres Nate-Elena-Sully, et les méchants et péripéties sont tout à fait dans le ton des blockbusters de Naughty Dog (la mort spectaculaire et second degré du vilain Kazim aurait sa place dans les jeux).

Sahara

Alors que la vraie adaptation du jeu vidéo est programmée pour sortir l’année prochaine (enfin ?), voici mon conseil : regardez Sahara. Si le futur film Uncharted vous déçoit, ce sera votre lot de consolation.

LES + :

  • Bon casting.
  • Plutôt bien écrit.
  • Humour qui marche.
  • Peut-être le meilleur film Uncharted qu’on n’aura jamais.

LES – :

  • Manque d’inventivité dans la mise en scène, qui n’élève pas le film au-delà d’une série B friquée.
  • Encore une preuve qu’un bon film peut se planter s’il est mal vendu et si personne n’y croit.

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