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Analyse : Indiana Jones et l’aveu d’échec du cinéma face aux jeux vidéo

Il y a peu a été annoncé pour 2024 le jeu vidéo Indiana Jones et le Cercle Ancien. L’archéologue au chapeau y reprend les traits de son interprète ciné, Harrison Ford… mais pas sa voix, confiée à Troy Baker (Uncharted 4, The Last of Us). Un bien pour un mal, ou un mal contre un autre ?

L’année dernière sortait le dernier film de la franchise, Indiana Jones et le Cadran de la Destinée. Le prologue montrait déjà Indy quadra tabassant comme à la belle époque. Sauf que cette fois, le gros de l’action était laissé à des doublures. Le vrai Harrison Ford apparaissait dans une poignée de plans pépères, où trottiner semblait déjà un calvaire (et c’est normal, à plus de quatre-vingts ans). Leur point commun, c’est d’arborer un masque numérique du héros jeune, le fameux procédé du « deepfake« , et de l’affubler de la voix abîmée par le temps du comédien.

Il y a deux similitudes entre ces projets séparés d’une petite année. La première, c’est la vallée de l’étrange. La seconde, c’est le rapprochement de la licence avec le jeu vidéo. Au passage, ce dernier affirme sa domination sur le cinéma de divertissement populaire.

La malédiction de la vallée de l’étrange

« La vallée de l’étrange », ou vallée dérangeante, c’est une théorie qui veut que plus la technologie reproduit fidèlement l’être humain, plus nous voyons les failles du procédé. En conséquence, nous ne croyons pas à ce qu’on nous montre, et même pire, nous le rejetons si c’est trop perturbant. Si nous sommes familier d’une chose, donc, s’en écarter nous paraît tout de suite louche. C’est ce qui se passe dans l’introduction d’Indiana Jones 5, et dans une moindre mesure, dans le prochain jeu de Machine Games.

Dans Indiana Jones et le Cadran de la Destinée, avouons qu’il y a des moments où le masque est bluffant. Mais trop souvent, la supercherie est criante. Quand c’est l’acteur authentique qui l’arbore, sa voix abîmée et ses gestes hésitants trahissent davantage le procédé.

Quelque part, même pour un jeu vidéo, Indiana Jones et le Cercle Ancien dérange doublement. On a déjà connu des titres où le héros était joué par un autre, mais c’est le premier à s’approcher si fidèlement du modèle. Et aussi bien copié soit-il, il sonne faux. Ce n’est pas dû à son interprète, mais à une familiarité encore plus grande du public auquel le titre s’adresse, à la fois fan de jeux et de la licence. D’une part, ce n’est pas la voix de Harrison Ford. D’autre part, elle est assurée par Troy Baker, star du doublage de jeux vidéo. Les gamers l’ont entendu partout, surtout dans des rôles et/ou œuvres cultes (Far Cry 4, Bioshock Infinite, The Last of Us 2). Son timbre est donc reconnaissable, malgré son investissement et ses efforts.

Dans le film comme dans le jeu, Indy n’est plus vraiment « lui ». C’est une composition, un agrégat, un rafistolage qui ne trompe pas. Maintenant, à quel point cela fait-il tache dans le monde au sein duquel il évolue ?

Indiana Jones et le Cercle Ancien

Le numérique : trop pratique et pas assez à la fois

Le Cercle Ancien d’un côté et le prologue du Cadran de l’autre essaient d’émuler la formule de la trilogie des eighties : des nazis, de l’action, des temples anciens, jusqu’à rajeunir le visage emblématique de la saga. Mais ça gratte quelque part. Certes, on peut pardonner qu’un personnage de jeu vidéo ne soit pas 100% réaliste, puisque automatiquement synthétique. Mais dans Le Cadran de la Destinée, c’est l’inverse. Le jeune Indy a l’air « fake » alors qu’il ne devrait pas, et le monde autour de lui a l’air plus faux que jamais.

Pourtant, la majeure partie des cascades sont « pratiques », filmées pour de vrai. Mais l’abus de fonds verts et de retouches numériques est trop évident, qu’il s’agisse des explosions ou des arrière-plans. C’était déjà le même problème au temps du Royaume du Crâne de Cristal (le frigo volant, la poursuite en pleine jungle, etc.). Pourtant, c’est encore plus flagrant ici, alors que le film sort quinze ans après, doté d’un budget mirobolant.

Après les révolutions Terminator 2 (1991) et Jurassic Park (1993), on s’imaginait que le numérique allait abolir les frontières et rendre l’invraisembable vraisemblable. Trente ans plus tard, l’effet spécial par ordinateur est surexploité et crève davantage les yeux. En conséquence, il vole l’attention. Trop commode à employer, le numérique supplante les effets pratiques.

Note : quand on compare Le Cadran de la Destinée à la trilogie de l’époque, les effets spéciaux des années 1980 sont tout aussi visibles. Mais ils ont l’excuse de l’âge et des limitations techniques d’alors (quoique les incrustations de La Dernière Croisade étaient déjà hideuses pour l’époque).

Il est vrai que les effets spéciaux bâclés constituent la nouvelle norme, merci aux blockbusters produits à la chaîne par Marvel. Mais dans le cas d’Indiana Jones, une question vient à l’esprit. Est-ce que, cette fois, faire évoluer un faux Indy dans un monde clairement factice ne serait pas un choix esthétique ? Ou plutôt, cet échec au réalisme peut-il passer pour une démarche artistique ? En tout cas, ce serait on ne peut plus pertinent.

Indiana Jones et le Cadran de la Destinée

Le visage de la discorde

Déjà, il y a le visage rajeuni du personnage. Cent personnes auraient travaillé des mois sur la tronche de Harrison Ford pour un résultat si bancal ? Depuis, des petits malins sur Youtube s’amusent à corriger son masque, et même sa voix, pour les améliorer. Même en tenant compte de délais serrés, difficile de gober un tel ratage. Y aurait-il une limite, non pas à la technologie, mais à ce que Hollywood s’autorise ?

Comment une industrie basée sur la matérialisation du rêve pourrait-elle, paradoxalement, produire des images ultra réalistes ? Un rajeunissement irréprochable était-il impossible, ou était-ce dangereux à concrétiser ? Le public n’allait-il pas trop s’interroger sur les images qu’on lui jette en pâture quotidiennement ?

La pub et les infos sont une affaire d’apparences. Si la technologie à but de divertissement se montrait aussi efficace pour manipuler les images, le message véhiculé massivement ne deviendrait-il pas dangereux pour Disney & Cie ? La firme au grandes oreilles, immense machine capitaliste, peut-elle se permettre de nous faire douter du monde ?

En clair, si Ford avait retrouvé ses quarante ans sans défaut, que faudrait-il penser des visages sur tous nos écrans, qui nous vendent non plus du rêve mais la réalité ? Des délires comme Running Man (1987) ne seraient plus de simples satires. Nous vivons peut-être déjà dans cette ère. Indiana Jones 5 avait-il le droit de nous y faire penser ? Sûrement pas.

Supposons que ce soit la raison pour laquelle le visage n’est pas parfait. Cela expliquerait pourquoi l’introduction du film ressemble visuellement à un jeu. Il fallait se mettre au diapason du héros, dont le visage rajeuni a l’air artificiel. Ça tombe bien, en trente ans, Indy s’était davantage illustré sur consoles et PC que sur grand écran.

Docteur Jones, star de jeux vidéo

Entre La Dernière Croisade (1989) et Le Cadran de la Destinée (2023), Indiana Jones n’est apparu au cinéma que dans Le Royaume du Crâne de Cristal (2008). Ça fait un seul long métrage en trente-cinq ans ! Entre-temps, il a fait son chemin dans d’autres médias : série, romans, bandes dessinées, et surtout, déclinaisons vidéoludiques.

Indiana Jones et le Mystère de l'Atlantide (1992)

Il y a eu plusieurs aventures originales d’Indiana Jones en jeu vidéo, notamment Le Mystère de l’Atlantide (1992), La Machine Infernale (1999), Le Tombeau de l’Empereur (2003), ou encore Le Sceptre des rois (2009). Mais la qualité et le succès déclinèrent progressivement, et l’archéologue se fit voler la vedette par Lara Croft (Tomb Raider) et Nathan Drake (Uncharted), ses enfants spirituels. Leurs jeux ont prouvé que la formule des films, leur écriture et leurs mécaniques s’adaptent facilement au support. Combats, poursuites, exploration et résolution d’énigmes sont plus excitants quand on y participe activement. D’autant plus que notre avatar appartient vraiment au monde dans lequel il évolue, fait de pixels comme lui.elle.

Ironiquement, les JV ont leur équivalent à l’intro du Cadran de la Destinée. Bons Baisers de Russie (2005), adaptation du film de 1963, fit revenir Sean Connery, 75 ans, dans la peau de 007, ou plutôt, au micro. Jeune visage, vieille voix, comme dans Indy 5. Le décalage s’entendait aussi, mais ce « jeune » Bond choquait moins, humanoïde de pixels dans un monde aussi factice que lui. Et puis, Bons Baisers de Russie n’est qu’un produit dérivé, ce qui rend encore plus facile de l’accepter.

Bons baisers de Russie (2005)

Le jeu vidéo étant tout entier un effet spécial, ses personnages ne font pas tache avec leur environnement. Même quand Nathan Drake est éjecté d’un avion sans parachute ou prend d’assaut un train entier, on vit à fond ses aventures hyperboliques, surréalistes. D’autant plus que les rôles sont inversés par rapport à Indiana Jones. Uncharted est une saga de jeux vidéo originale. Le Drake authentique est apparu et a grandi dans les jeux, en version « dématérialisée », alors que le film constitue un produit dérivé.

Le jeu vidéo est la seule échappatoire

Indiana Jones 5 est le dernier opus canonique d’une franchise créée au cinéma en 1981, connue pour ses effets pratiques. Son introduction noyée sous une tonne de CGI est l’antithèse de ce qui a popularisé la saga, à savoir une action, des paysages, des héros concrets. Les premières minutes du film représentent en fait l’étape finale d’une mutation du personnage, opérée sur des décennies à travers ses déclinaisons vidéoludiques.

Indiana Jones et le Tombeau de l'Empereur (2003)

Le média qui a le plus popularisé Indiana Jones après le cinoche, c’est bien le jeu vidéo. Il y a peut-être eu davantage de comics et de livres, mais qui veut partir à l’aventure au plus près du héros se tournera vers ses jeux. Or, qu’est-ce qu’on attend d’Indiana Jones ? La routine : de l’action, de l’aventure, du charme, et un bon gros tabassage de fascistes en uniformes. Si l’on veut continuer à voir ce spectacle familier, il ne faut pas compter sur un acteur octogénaire. La série ne peut pas survivre sur grand écran, étant acté que Jones n’est pas James Bond, et que Harrison Ford en reste le visage.

Après avoir repris les codes des films, le monde vidéoludique s’est approprié leur icône petit à petit. Entre Le Royaume du Crâne de Cristal et Le Cadran de la Destinée, Indy est devenu pleinement un transfuge du cinéma vers les jeux, et ça se voit. Le quatrième opus ressemblait par endroits à un jeu vidéo. Dans le prologue du cinquième, le héros est contaminé à son tour. Désormais, il ressemble lui-même à un personnage de jeu, évoluant dans un monde digne d’une cinématique PS5. Le point de non-retour est franchi quand le bonhomme grimpe sur le train des nazis, exhibe l’un des plans sur son visage les plus ratés du film, avant que sa doublure ne trottine sur le toit à la grâce d’une animation moins convaincante que celle de son ersatz vidéoludique dans Uncharted 2 quinze ans plus tôt.

Indiana Jones et le Cadran de la Destinée

Le Cercle Ancien répète le cycle

Le message est clair, même s’il n’est pas intentionnel. Le jeu vidéo est la seule inspiration possible, et désormais, le seul refuge pour prolonger les exploits de l’archéologue sans les remettre en question. Un nouveau soft était logique, surtout qu’il n’y avait plus eu d’aventure originale depuis le jeu vidéo Indiana Jones et le Sceptre des Rois.

Mais il faut faire son deuil du Pr Jones, car il ne sera plus jamais le même. Nous l’avons déjà vécu avec Le Cadran de la Destinée, et nous le revivrons avec Le Cercle Ancien. Le visage d’Indy est plus que fidèlement reproduit, et il paraît à sa place, héros de jeu vidéo dans un jeu vidéo. Mais même si Troy Baker l’imite du mieux qu’il peut, on sentira toujours la différence, et c’est normal.

Indiana Jones et le Cercle Ancien

L’ultime question est donc : à quoi bon ? Faudrait-il laisser tranquille le personnage et oublier pour toujours la poule aux œufs d’or ? « NON » dit Mickey. Faudrait-il alors prendre des risques et oser trouver un nouvel interprète, un nouveau visage pour le rôle, dans l’espoir de le faire perdurer quelques décennies de plus ? Pourtant, l’insuccès du dernier film a prouvé que les jeunes générations ont des idoles plus fraîches à vénérer (hélas).

Indiana Jones et le jeu vidéo, c’est une union entièrement consommée. De toute façon, on nous l’a clamé haut et fort, Indy ne reviendra plus au cinéma, en tout cas, jusqu’à l’inévitable retournement de veste du détenteur des droits. Et quand on le reverra, ce ne sera sûrement pas sous les traits de Harrison Ford. Sinon, il s’agira cette fois d’un masque mortuaire. Là encore, il existe un précédent vidéoludique. Dans Onimusha 2 sorti sur PS2 en 2002, le héros se parait du visage de Yusaku Matsuda, acteur japonais décédé en…1989. Gageons que dans le cas de Ford/Jones, si la chose arrivait, le débat serait plus brûlant que jamais !

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Critique : Indiana Jones et le Cadran de la Destinée « La Malédiction de la Redondance »

Indiana Jones et le Cadran de la Destinée
Indiana Jones et le Cadran de la Destinée

Indiana Jones et le Cadran de la Destinée débute dans les Alpes, en 1944. Indiana Jones (Harrison Ford) et son comparse Basil (Tobey Jones) affrontent des nazis en fuite à bord d’un train, pour sauver tous les trésors culturels qu’ils ont dérobés. Dans la bagarre, nos héros récupèrent la moitié de l’Anticythère, un cadran conçu il y a 2000 ans par le savant grec Archymède.

New York, 1969. Helena (Phoebe Waller-Bridge), la fille de Basil, contacte Indy fraîchement retraité pour qu’il l’aide à mettre la main sur le cadran entier. Mais les sbires de Voller (Mads Mikkelsen) convoitent aussi l’objet, convaincus qu’il a le pouvoir de détecter les failles dans l’espace-temps…

Le cinquième tour de piste d’Indiana Jones n’est pas mauvais. C’est un film d’aventures soigné, respectueux des codes, pour ne pas parler de clichés. Il a de quoi ravir les amateurs de chasse au trésor et d’aventure un tant soit peu dépaysante. Pourtant, même si c’est pas nul, nombreux sont ceux à trouver que ce n’est pas « bien ». Peut-être parce que c’est un miroir aux alouettes ? Car Indiana Jones et le Cadran de la Destinée est victime d’une malédiction des temps modernes, celle de la redondance.

Les Aventuriers du Succès perdu

Pour aboutir à Indiana Jones et le Royaume du Crâne de Cristal en 2008, George Lucas avait mis des années à convaincre Steven Spielberg de remettre ça, insistant beaucoup sur un McGuffin à base de SF désuète et d’aliens. Suite à l’accueil tiède du film, l’on était réticent à retrouver l’archéologue. Et puis, comment allaient-ils se mettre d’accord pour un numéro cinq ?

Après avoir gâché Star Wars, on accusait Lucas d’avoir aussi ruiné Indiana Jones, que ce soit le scénario, l’orgie de CGI ou le casting en roue libre. En 2015, il vendit son âme au Diable Lucasfilm à Disney, fatigué de se faire vomir dessus. Les fans ont alors crié « hourra ». Selon eux, plus de George, plus de problème.

Aujourd’hui arrive Indiana Jones et le Cadran de la Destinée. Le discours assassin des fans reste inchangé, sauf que maintenant, c’est Disney qui trinque. Après avoir lessivé la galaxie très lointaine, et brièvement sorti Willow d’un tiroir, Indy était le dernier joker de Lucasfilm pour revenir en grâce.

Mais Disney-Marvel a redéfini la formule des blockbusters, sur le papier comme à l’écran. Désormais, tous leurs gros films se ressemblent, peu importe les talents impliqués : CGI et scénario de plus en plus bâclés, priorité à l’inclusivité, et saisir toutes les opportunités de prolonger la franchise. La Guerre des Étoiles en a fait les frais. À quel point cela impacte-t-il le dernier coup de fouet de l’archéologue au chapeau ?

Le Royaume du Cadran de la Destinée

De l’aveu de Disney, promo oblige, ils comptent nous faire oublier Le Crâne de Cristal et « corriger » les erreurs passées. Bref, ils vont « cancel » ce que la majorité non silencieuse n’a pas aimé. Une démarche typique de notre époque.

Alors que Jason Bourne et les Transformers sont passés par là, quand les réalisateurs les plus « hype » sont au mieux académiques, au pire analphabètes de l’image, et où le cynisme de leurs entreprises n’a plus aucune limite, c’est presque un rêve éveillé de faire revenir Indiana Jones, un monument du serial insouciant et parfois campy. C’est oublier l’objectif premier de cet épisode tardif : maintenir la propriété intellectuelle en vie.

On nous le promet, Indy ne reviendra plus au ciné. Mais des jeux vidéo, comics et autres produits dérivés sont prévus. Et Disney a déjà sa formule, rodée avec Star Wars. Dans une mythologie où la galaxie est pourtant vaste et offre toutes les possibilités, ils ont déjà ressorti plus que de raison les vieilles gloires. On en revient toujours à Luke, Solo, Dark Vador, Obi Wan, etc.

Indiana Jones et le Cadran de la Destinée

Les nouveaux personnages n’ont d’aura que s’ils croisent, et potentiellement, supplantent ou tuent les héros du passé. Leur fantôme ne cesse pourtant de les hanter, comme il poursuit les fans ou des producteurs trop peureux d’aller de l’avant. Pour calmer le jeu, on rejoue les mêmes scènes ou on recycle les mêmes ficelles. Exemple édifiant, Le Réveil de la Force fut un décalque sans subtilité de Un Nouvel Espoir. C’est la raison pour laquelle il est aimé par la moitié du monde (« Vous savez si bien ce qu’on aime ! ») et détesté par l’autre (« Bande de feignasses opportunistes ! »).

Bis repetita

Est-ce vraiment une coïncidence si Indiana Jones et le Cadran de la Destinée commence exactement comme Le Royaume du Crâne de Cristal ? Saluons l’effort de la firme aux grandes oreilles. Cette fois, au lieu de refaire un film adoré comme avec l’épisode VII de Star Wars en 2015, ils tentent de réécrire le plus polémique de la série.

À une époque où Indy fait face à sa fin symbolique suite à une révolution scientifique (le nucléaire hier, la conquête spatiale aujourd’hui), un.e jeune gaillard.e lié.e à un vieil ami lui propose une quête basée sur les gribouillis du disparu. Ensemble, ils trouvent un McGuffin (le Crâne de Cristal/la moitié de l’Anticythère), puis se lancent dans une course-poursuite contre des méchants Russes/Néo-nazis. Entre-temps, le Docteur Jones est recherché pour trahison/meurtre par les autorités. Le temps que le film soit terminé, on aura pourtant complètement oublié cette sous-intrigue.

Sur le papier, le film est déjà grandement redondant avec celui qui l’a précédé. Il fallait au moins une approche, une réalisation et des effets convaincants pour ne pas vendre la mèche.

Quand Mangold manie Indiana Jones et le Cadran de la Destinée

Steven Spielberg ne rempile pas. Avec la bénédiction de ce dernier, Disney choisit un remplaçant pour sa capacité à s’adapter plutôt qu’à surprendre.

Il s’agit de James Mangold, réalisateur acclamé de Logan et Le Mans 66. Il a déjà prouvé être plus doué et inventif avec une caméra que JJ Abrams, l’homme qui avait ressuscité Star Wars. Toutefois, on devine qu’il est convié avec la même idée en tête. Abrams devait apporter la même énergie que celle insufflée à ses reboot de Star Trek. On attend de Mangold qu’il traite l’archéologue comme le mutant griffu dans le film éponyme. Ajoutez une nomination à l’Oscar du meilleur film pour Le Mans 66, et vous avez un point de plus pour la future reconnaissance critique.

En conséquence, le film sent moins l’amour et l’envie des précédents opus (oui, même le 4). Par contre, on décèle la frilosité de son meneur, ainsi qu’un cahier des charges typiquement disneyien depuis dix ans. Il s’agit de rester dans les clous et d’assurer le fan service, tout en y apportant plus de pep’s grâce à une louche de jeunisme et d’inclusivité. Malgré l’application du cuistot suppléant, la « recette Indy » n’est plus vraiment la même, et le goût a quelque peu changé.

« Du Spielberg » sans Spielberg ?

Mangold a promis deux choses. Il s’appliquerait à « faire du Spielberg » de son mieux, et il ne chercherait pas à « déconstruire » le héros.

Pour la première, c’était perdu d’avance. Personne ne peut remplacer le réalisateur des Dents de la Mer et E.T. Au découpage ultra lisible et à la précision du maître succèdent des scènes d’action classiques, à la visibilité parfois limite. C’est soit à cause d’une obscurité censée cacher des CGI imparfaits (quoique le de-aging du héros s’avère souvent convaincant), soit la faute à un montage précipité. Au moins, la photographie nous rappelle-t-elle, occasionnellement, les belles heures de la saga.

Indiana Jones et le Cadran de la Destinée

On serait quand même faux-cul de dire que c’est mauvais. Le film a le mérite de trancher esthétiquement avec tous les Marvel génériques, et sa cinématographie les domine sans peine. On est juste deux crans en dessous de ce dont on avait l’habitude. De Spielberg, Mangold n’a pas l’humour, la richesse, le dynamisme, ou encore le souci du détail. C’est encore plus flagrant lorsqu’il refait malgré lui des passages déjà vus, dont certains il n’y a pas si longtemps.

Il n’y a qu’à comparer la scène du bar avec celle du quatrième opus, entre Indy et le.la petit.e jeune. Dans le film de 2008, l’image parle. Le cadre est constamment rempli. Il se passe toujours quelque chose au premier plan comme à l’arrière plan. Les gestes de Mutt et Indy en disent long sur leurs caractères respectifs, tandis qu’ils livrent l’exposition de l’intrigue par le dialogue. Cinématographiquement, c’est extrêmement généreux, plus que ça n’est en droit de l’être. Dans Le Cadran de la Destinée, le bar est désert, et Mangold enchaîne exclusivement des champs/contre-champs pour filmer la conversation. À ce stade, la mise en scène n’est plus seulement classique, mais carrément mortifère.

Le manque d’enthousiasme se ressent jusque dans la BO de John Williams. Si le compositeur nous gratifie encore de jolies compositions, c’est la première fois qu’il recycle autant son travail. La redite se cantonnait à quelques notes liées à des personnages ou à des motifs (Marion, Henri Jones, l’arche d’alliance, etc.). Plus maintenant.

Détruire, une tradition hollywoodienne

Indiana Jones et le Cadran de la Destinée est également redondant avec tous les gros films surfant sur l’héritage de leurs franchises. Star Wars, Jurassic World, SOS Fantômes ou Terminator Dark Fate, pour ne citer qu’eux… À partir des années 2010, la consigne semble avoir été « détruire pour ne rien construire derrière ».

Quand Mangold dit qu’il ne voulait pas déconstruire le mythe, on veut bien le croire. Malgré l’humiliation de l’âge (ce qui est naturel), il filme Jones avec tendresse. Et à l’instar du film précédent, le fedora ne change pas de mains. Toutefois, Le Cadran de la Destinée s’évertue à « détruire » son héros. Indy est vieux, grincheux, rincé, seul et amer. Il passe les dernières années de sa vie dans un monde dont la modernité le dépasse, voire le déprime complètement. Pas sûr que les fans avaient envie de voir cette morosité, pour ne pas dire cette noirceur. Mais si c’est bien fait, pourquoi pas ?

C’est oublier que c’est un film de commande, et qu’encore une fois, Disney a des cases à cocher. La franchise doit survivre, mais le pari est compliqué. D’un côté, les post millenials s’en foutent vraiment d’Indiana Jones, quand Fast and Furious a dominé le box office pendant dix ans. De l’autre, les vieux ne veulent voir personne d’autre que Ford dans la peau de l’aventurier. La solution ? Plutôt que de le remettre inutilement sur pieds, il faut introduire un successeur spirituel, susceptible de plaire aux spectateurs d’hier comme d’aujourd’hui.

La fille(ule) d’Indiana Jones

Le fils légitime du personnage, Mutt Williams (Shia LaBeouf), n’avait pas convaincu en héritier. Mais comme le soulignait le dernier plan du Crâne de Cristal, remplacer son père n’avait jamais été l’idée. C’était une bonne chose. Malgré les (grosses) faiblesses d’écriture du précédent film, Mutt était un sidekick, un personnage haut en couleur, qui tranchait avec la personnalité et les talents de son géniteur. Leur association était inoffensive, sans conflit ni ambiguïté.

Certes, on était loin de la relation père-fils de La Dernière Croisade, vingt ans auparavant. Mais cette dernière était différente, riche en opposition. Henri Jones Senior (Sean Connery) était un binôme adéquat, un contrepoids à son fils, puisqu’il n’était que prof de fac et pas du tout un homme d’action. Il amenait des pistes dans la quête du Graal, mais aussi le recul et la philosophie qui manquaient à Indy dans la vie. Chacun contribuait autant à l’intrigue qu’au cheminement personnel de l’autre.

L’idée du Cadran de la Destinée est clairement d’imposer un personnage pour lui confier l’avenir de la saga. Le souci, c’est que sa mise en valeur prévaut sur la logique d’écriture et une certaine pertinence.

Helena Shaw déplaît à tellement de monde qu’ils lui reprochent de promouvoir agressivement le « female empowerment », la femme forte selon Lucasfilm et sa présidente, Kathleen Kennedy (comme avec Rey dans la postlogie Star Wars). En retour, cette dernière les traite de rabat-joie et d’anti-féministes, comme on agite la carte « sortie de prison » au Monopoly. Une manière de détourner l’attention du vrai problème.

« Le monde est trop petit pour nous deux. »

Si Helena avait été une gosse de 13 ans ou un autre fils caché d’Indy, cela aurait-il changé l’indignation suscitée chez les puristes ? Probablement pas. Le vrai souci vient de la redondance que son écriture entraîne.

Le personnage n’est pas plus insupportable qu’on pouvait le craindre, étant donné le CV de son interprète. Il ne faut pas s’étonner si Phoebe Waller-Bridge rejoue Fleebag. L’actrice n’a décidément qu’une corde à son arc, et va s’en servir jusqu’à ce qu’elle pète. Ce n’est pas différent de Schwarzenegger ou Louis de Funès. Ce qui compte, c’est dans quoi on les jette.

Ne pas aimer Helena parce qu’on est sexiste, c’est vraiment être un conn@rd. Mais critiquer le personnage ne veut pas dire qu’on est anti-féministe ! Dans le cas de Indiana Jones et le Cadran de la Destinée, il y a un réel problème d’écriture. Ce n’est même pas un « problème », puisque conséquence d’un choix volontaire et sans concession : remplacer le héros en titre, quitte à le faire trop vite.

Helena n’est pas seulement supérieure physiquement à Indy, grâce à ses 40 ans de moins. Elle en sait constamment plus que lui sur ce fameux cadran (grâce aux recherches de son père), mais elle a aussi plus de jugeote. Si Indy était capable de briller en retour, les sarcasmes de la demoiselle ne seraient que de l’humour. Sauf qu’elle n’est ni un sidekick comme Mutt, ni un buddy comme Henri. Ils ne sont nullement complémentaires l’un l’autre.

Indiana Jones ne contrebalance rien qui fasse défaut à sa filleule, ni ne lui apporte quoi que ce soit. Le caractère et les agissements de cette dernière ne sont d’ailleurs jamais clairs, et semblent changer selon les besoins du scénario. Elle est égoïste, mais finalement sensible ? Cupide, mais en réalité, altruiste ? Exaltée, mais au bout du compte, consciente du poids de ses actes ? Etc.

C’est la même en « moins »

La virulence des retours sur Internet est, comme toujours, disproportionnée. Mais l’on peut comprendre l’aigreur saisissant la plupart des fans. Ici, Indiana Jones n’est pas obsolète, à savoir, encore capable d’accomplir sa fonction, même moins efficacement. Il devient carrément superflu, inutile dans le film portant son nom.

Helena, c’est la même avec des cheveux longs, une caractérisation marquante en moins (elle n’a aucun attribut propre et iconique, comme le chapeau ou le fouet). Ce qu’Indy sait, elle le sait. Ce qu’il ferait, elle le fait à sa place. Elle a même son propre Demi-Lune en la personne de Teddy (Ethann Isidore) qu’elle a rencontré de la même manière. C’est toujours elle qui les sort d’une situation compliquée, sinon par l’entremise de Teddy, ou qui étale sa science. Quand Papy résout un puzzle, elle pourrait le faire à sa place, puisqu’elle lui souffle la réponse.

Indiana Jones et le Cadran de la Destinée

Indy ne justifie sa présence qu’en tant que « type qui connaît un type ». Or, c’est une pirouette scénaristique qu’on aurait pu attribuer à Helena. « Objection ! Dans le tombeau en Sicile, Indy résout pourtant l’énigme ! » Oui, mais vu le niveau Journal de Mickey de la chose, on voit mal Miss Je-sais-tout ne pas en venir à bout, si le scénariste lui avait laissé une minute de plus.

Dans un film appelé Indiana Jones et le Cadran de la Destinée, Helena Shaw rend redondant le héros éponyme, au point qu’il ne sert plus à rien. On ne le cache même plus dans le dernier acte, Indy devenant simple spectateur des événements fantastiques se déroulant autour de lui. Son dernier morceau de bravoure au cinéma sera de… sauter en parachute, ce que Helena, encore, aurait très bien pu faire.

À imposer d’emblée la demoiselle comme figure héroïque et héritière forcée, on passe peut-être à côté d’une belle opportunité. Avec son attitude de jeune louve ouverte à la confrontation, plus dynamique que le héros, s’opposant à sa stature et à sa pertinence dans cette course au trésor, Helena n’a pas tant le profil d’une partenaire que celui d’une… antagoniste. Elle aurait pu en être une très bonne, avant de faire front commun contre les nazis et de justifier beaucoup mieux son changement de priorités.

Mais bon. Tout ceci est-il vraiment un problème, du moment que le divertissement est là ?

Indiana Jones et le Cadran de la Destinée

Nostalgie, ce doux poison

C’est là que la nostalgie est brillamment, et sournoisement, exploitée par Lucasfilm et Mangold. En tout cas, mieux que dans la postlogie Star Wars. Ici, les figures emblématiques ne sont pas ramenées au compte-goutte après la longue introduction de jeunots à l’intérêt discutable. Nous commençons en compagnie d’Indy, la vedette, pour peu à peu le voir relégué au rang de second couteau.

Durant les trente premières minutes, le prologue montre le héros titulaire au pic de sa gloire, affrontant des centaines de nazis avec la niaque qu’on lui connaît. Puis, nous subissons le choc de son existence misérable au présent. L’amertume et la mélancolie qu’il dégage parviennent à nous toucher. Surtout, on attend impatiemment qu’il sorte de cette torpeur et retrouve un peu le feu sacré. Ça n’arrivera jamais.

Dès l’arrivée d’Helena, il n’est plus qu’un témoin passif bringuebalé au fil de l’eau, même si ses initiatives et ses premières scènes d’action veulent nous convaincre du contraire (la course à cheval en pleine parade, la poursuite en tuk-tuk à Tanger).

Bercés par nos souvenirs, nous croyons qu’Indiana a encore une place centrale et légitime dans cette histoire. Après tout, même dans le quatrième film, il prenait part à une quête dont il ne voulait jamais. Mais il restait un héros d’action et élucidait des mystères. Il était encore actif, à défaut de proactif. Il réagissait à ce qui lui arrivait, à défaut d’aller spontanément de l’avant.

Trop vieux pour ces c#nneries

Aujourd’hui, Henri Jones Jr a quatre-vingt piges et le corps en miettes. Il ne peut plus s’adapter aussi facilement, sauter d’une falaise ni affronter des tanks. C’est donc sa dernière aventure qui s’adapte à cette réalité. Le rythme, et surtout, les dangers se calment considérablement. Petit à petit, on abandonne les exploits physiques pour caser tant bien que mal le héros dans la suite des événements.

La scène sur le train en 1944 est la plus over-the-top. Par la suite, la poursuite à cheval est brève et linéaire. Puis le chassé-croisé à Tanger, l’occasion de rester surtout derrière un guidon, malgré le bordel environnant. Après ça, nous ne verrons plus de scène aussi énergique.

Indiana Jones et le Cadran de la Destinée

Dans Indiana Jones et le Cadran de la Destinée, c’est le contexte qui assure le spectacle, et non l’exécution à l’écran : la parade et ses milliers de figurants et confettis, le chaos à Tanger, et bien sûr, le dernier acte grandiloquent. En réalité, la course à cheval est expédiée et sans relief, le chassé-croisé en tuk-tuk multiplie les intervenants pour noyer le poisson, et le final se déroule sans que personne n’ait à lever le petit doigt. L’aventure est à l’image de son héros, c’est-à-dire gériatrique.

Durant le prologue, Voller révèle que la relique convoitée par les nazis est une copie dénuée de pouvoirs. Quelque part, c’est un aveu de ce qui attend le spectateur. Un peu à la manière du fondu enchaîné au début du Crâne de Cristal, quand la montagne Paramount devenait une motte de terre, comme pour nous dire de revoir nos attentes à la baisse.

Belle contrefaçon, mais contrefaçon quand même

La saga Indiana Jones a déjà entraîné des déclinaisons (Benjamin Gates et le Trésor des Templiers) ou des comparaisons faciles (A la poursuite du Diamant Vert, Sahara). Il faut bien avouer que dernièrement, quand on est fan de la formule, on se retrouve à la diète. Or, Le Cadran de Destinée, s’il déçoit beaucoup de monde, fait mieux que sa pitoyable concurrence (Uncharted).

Même si l’aventure suit des rails, ils sont solides. Le trésor est original (= jamais exploité avant) et le périple se laisse suivre. C’est juste que, sans l’apport de Spielberg, avec le minimum syndical proposé par John Williams, à cause d’intentions d’écriture douteuses et de CGI envahissants, et souffrant d’une bonne demi-heure en trop (un autre fléau des blockbusters modernes), Indiana Jones et le Cadran de la Destinée ressemble à une copie des films précédents. Ce faisant, il devient redondant avec les imitateurs l’ayant précédé.

Cela se ressent jusque dans de petits détails, susceptibles de faire tiquer consciemment ou non. Avec le fondu enchaîné ouvrant le film, désormais basé sur le logo de Lucasfilm, au lieu de celui de Paramount. Dans le manque de plans vraiment iconiques. Dans le de-aging de Harrison Ford, presque parfait, mais dont le jeune visage contraste avec la vieille voix. Avec des changements cosmétiques, comme le nouveau design de la mappemonde, plan signature de la série. Peut-être même dans les méchants, les plus fades de la franchise, malgré le talent de leurs interprètes (Mikkelsen, Holbrook, Wilson).

Le film bénéficie du minimum de soin attendu, et il s’applique à reproduire tout ce qu’on aime. Rien que ça, ça le rend unique dans le paysage ciné de cet été, et le distingue du tout-venant super-héroïque. Cela étant, une contrefaçon, même de qualité, demeure une contrefaçon. La présence de Harrison Ford ne peut rien y faire. Le Cadran de la Destinée, c’est sympa, mais c’est juste Indiana Jones en moins frais, moins excitant et moins amusant. (« N’essayez pas d’être drôle », rétorque d’ailleurs le héros après une vaine tentative d’humour.)

Indiana Jones et le Cadran de la Destinée

Pour ceux chez qui la nostalgie agit comme une dose de morphine, recycler l’imagerie familière de la saga suffit à faire passer la pilule. Honnêtement, il n’y a pas de honte à ça, ni de raison de bouder son plaisir. L’exécution est honorable. Dommage qu’il n’y ait pas de scène ni de motif aussi marquants que dans les originaux. Aucune folie ni audace ne se dégage de ses pourtant nombreuses opportunités (comme le délire qu’offre le cadran dans le dernier acte, plus radical que ce que la série a offert avant, et pourtant, si sage).

En résumé : un adieu dans l’air du temps

Indiana Jones et le Cadran de la Destinée est trop symptomatique de son époque. Il détruit comme d’autres avant lui une mythologie et ses personnages, sans rien bâtir derrière. Une impasse commerciale et créative pour Disney, mais une logique thématique pour la série.

Pourtant, Mangold fait les choses « bien ». Le poison agit insidieusement, la nostalgie étant censée anesthésier les esprits prisonniers du passé. Heureusement qu’il y a ça, car suite à un prologue 100 % Indy, ce dernier n’est plus le personnage central. Face à sa filleule, il ne devient pas seulement obsolète ou archaïque. Helena le rend carrément redondant, caduc au sein du film qui porte pourtant son nom.

Ceci explique sûrement l’accueil tiédasse du métrage. Ceux qui aiment « aiment bien », saluant un divertissement efficace et un ou deux passages touchants. Ceux qui détestent tirent à vue sans hésitation, refusant d’en voir les indéniables qualités. C’est un blockbuster à l’ancienne et soigné, certes un peu trop radical dans ses intentions. Mais il a la décence de ne pas bâcler le travail comme les derniers Star Wars.

Indiana Jones et le Cadran de la Destinée

On est quand même forcé malgré nous à dire adieu à la magie et aux étoiles dans les yeux. Elles ont été remplacées par des tours de passe-passe et des paillettes. Ce n’est pas « si » grave. Ce qui compte, c’est d’y trouver du plaisir. Qu’il tienne à nos souvenirs ravivés une dernière fois, ou à nos exigences sérieusement revues à la baisse depuis quelques années.

Indy est mort. Ç’aurait dû être mieux, mais ç’aurait pu être pire. C’est déjà ça.

LES + :

  • Revoir Indiana Jones sur grand écran une dernière fois.
  • Un film aux qualités artistiques et esthétiques indéniables.
  • De nos jours, on a droit à trop peu de films d’aventures et chasses au trésor de qualité pour bouder notre plaisir.

LES – :

  • Revoir Indy comme ça, si ça doit être la dernière fois.
  • Mangold n’est pas Spielberg. Du coup, on dirait une contrefaçon d’un film de la franchise.
  • Les intentions du studio court-circuitent trop les intentions d’écriture.

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Critique : Jack Mimoun et les secrets de Val Verde « Indiana low cost »

Jack Mimoun (Malik Bentalha), c’est le Bear Grylls du pauvre. Devenu célèbre après avoir survécu seul sur l’île de Val Verde, il est aujourd’hui la star d’une émission de survie où il mouille à peine la chemise. Il se voit alors proposer une expédition par une belle historienne, Aurélie (Joséphine Japy). Problème : à son insu, elle le ramène sur l’île maudite. Grâce au talent de Jack pour la survie et à sa connaissance des lieux, la miss espère retrouver la trace de son père disparu des années plus tôt, à la recherche du trésor du pirate La Buse. Jack a beau être un bras cassé, il n’a pas le choix. Il va devoir guider la demoiselle, entrainant dans son sillage son manager (Jérôme Commandeur), ainsi que le mercenaire Bastos (François Damiens). Mais les secrets de Val Verde cachent de nombreux dangers…

On y croyait, quand Malik Bentalha annonçait vouloir rendre hommage à tous ces films ayant bercé notre enfance. Ses inspirations vont des Goonies aux jeux Uncharted, en passant par Indiana Jones et À la poursuite du Diamant Vert, pour ne citer que les plus évidents. (Notons au passage que le Val Verde est à la base un pays fictif, patrie des méchants de Commando et 58 Minutes pour vivre. Je suis forcément sensible à une si douce attention.)

Il faut reconnaître que le comédien/co-réalisateur et ses scénaristes sont bons élèves. Jack Mimoun et les secrets de Val Verde sent bon la nostalgie, mêlée à un humour de stand-up plutôt bien intégré… la moitié du temps. Au moins, on évite le piège de la simple comédie française prenant place dans un cadre exotique. Mais au lieu d’une comédie d’aventure dans la lignée des modèles américains du genre, le mélange a encore du mal à prendre. Le film alterne plus souvent comédie et aventure, au lieu de mixer efficacement les deux au fil de son intrigue.

On est là pour rire

Jack Mimoun et les secrets de Val Verde est humble, sincère et ne se prend pas la tête. Il ne nous vend rien de plus que ce qu’il promettait. Le casting en dit long sur ce qui nous attend. Dans leurs registres respectifs, on ne s’étonne pas que celui qui tire le mieux son épingle du jeu soit François Damiens. Jean-Marc Bastos est aussi bas du front que son nom le laisse supposer. Ses réflexions, ses maladresses et son attitude transpirent la bêtise avec un naturel bluffant.

Joséphine Japy est également très convaincante en idéaliste volontaire. Commandeur fait son numéro, ce qui n’est pas une critique, et j’avoue avoir eu du mal à reconnaître Malik Bantalha (« pourquoi t’es gros ? » lui balance un gosse dans les premières minutes). N’en oublions pas Benoît Magimel, lui aussi crédible en aventurier arriviste.

Dommage que Jack Mimoun et les secrets de Val Verde ait surtout les moyens de faire dans la comédie. Il est moins convaincant dans le registre du cinéma d’aventure.

Jack Mimoun et les secrets de Val Verde : chacun de son côté

Pour le côté « comédie française », on est bien servi, surtout en Bastos. Par contre, les vraies bastos manquent parfois un peu. Dès que la troupe arrive sur l’île de Val Verde, leurs aventures se résument à un trek en pleine nature, sans véritable antagoniste, ponctué de saynètes se voulant drôles mais peu passionnantes.

Le rythme du film en pâtit sévèrement dans son deuxième tiers. Pendant que la comédie se taille la part du lion, l’aventure se fait petite. On a souvent tantôt l’aventure, tantôt la comédie, mais rarement la combinaison harmonieuse des deux (contrairement à À la poursuite du Diamant Vert, par exemple). On rigole quand même vraiment, parfois, comme lors de la scène des champignons, ou la chute de celle avec l’avion.

Mais ceux qui veulent des galions pirates et des courses-poursuites démentielles, revoyez vos ambitions à la baisse. Ici, on a surtout un pont suspendu en polystyrène, et une grotte en plâtre décorée comme un escape game. Malgré cela, on peut éprouver un plaisir enfantin à découvrir (enfin !) le repaire du pirate La Buse, d’autant que tout le monde joue ce moment avec une sincérité et un plaisir communicatifs.

Redite, pour voir ?

Enfin, il y a le piège de l’hommage appuyé. Quand on disait que Bantalha était bon élève, il n’est pas seulement cela. Les érudits remarqueront que chaque scène n’est pas juste empruntée, mais réellement reprise de telle ou telle œuvre majeure du genre (Jurassic Park, Benjamin Gates, encore les jeux Uncharted, etc.).

Jack Mimoun et les secrets de Val Verde est si gorgé de références qu’il menace toujours de perdre son charme, pour se résumer à un jeu de devinettes filmiques. Cela dépend probablement de la cinéphilie de chacun, et de votre degré de tolérance à la redite. Le piège est de finir par tourner le genre en dérision au lieu de lui rendre hommage. Votre serviteur trouve que ça passe de justesse.

Tout de même, l’esprit bon enfant et l’envie de bien faire m’ont procuré du plaisir. Regarder Jack Mimoun et les secrets de Val Verde m’a davantage intéressé que Le Secret de la Cité Perdue ou Uncharted. Au point d’être assez curieux pour voir une suite, teasée à la fin de l’aventure. Espérons-la plus ambitieuse. À supposer qu’elle arrive vraiment un jour…

LES + :

  • Une comédie d’aventure française qui fait des efforts dans l’aventure.
  • Un casting qui fait plaisir.
  • Des gags qui marchent souvent.

LES – :

  • Comédie et aventure préfèrent souvent faire chambre à part.
  • Sans surprise, rayon aventure, le film n’a pas (encore ?) les moyens de ses ambitions. Peut-être dans une suite ?

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Critique : Le Secret de la Cité Perdue « Bête, daté, inoffensif, peut-être amusant »

Dans Le Secret de la Cité Perdue, Loretta Sage (Sandra Bullock) est une romancière à l’eau de rose, fortement déprimée depuis la mort de son mari archéologue. Alan (Channing Tatum) est un modèle aussi beau gosse que niais, figurant sur toutes les couvertures des romans de Loretta. Elle ne peut pas le sentir. Il n’aime pas la voir triste. Après avoir fait foirer leur dernière tournée promo, l’autrice est kidnappée par le richissime Abigail Fairfax (Daniel Radcliffe). Il a flashé sur le dernier livre de la belle, en particulier ses références à la Cité perdue et à son trésor, une alléchante « couronne de feu ». Manifestement, la romancière sait des choses, et puisqu’il est prêt à tout, il l’emmène sur une île pour déchiffrer des parchemins. Alan y voit l’occasion de briller, part la secourir, et bien sûr, le sauvetage dérape. Tous deux se retrouvent perdus dans la jungle, coincés entre un trésor hypothétique et les mercenaires d’Abigail…

Est-il nécessaire de parler du Secret de la Cité Perdue ? Franchement, non, tant on devine tout ce qu’il y à en dire. Mais un film d’aventure « vieille école », ça me tentait, bon ou mauvais. Et il y avait la parenté possible avec Veines Rouges, qui m’inquiétait un peu (un romancier kidnappé sur la base d’un livre, pour finir en poursuite dans la jungle, hmmmmm…).

Finalement, s’il était impératif de le voir, il sera aussi facile de l’oublier. Dans sa médiocrité, tout est bon à jeter. Mais il est possible, paradoxalement, que sa médiocrité soit une qualité.

Bullock s’en ballec

Le Secret de la Cité Perdue sort au cinéma deux mois après Uncharted. Les aventures de Nathan Drake avaient l’air de faire du surplace, puisque recopiant sans vergogne des jeux vidéo encore frais dans les mémoires. Celles de Loretta et Alan ont l’air de revenir quarante ans en arrière, puisque repompant dans les grandes lignes le bien meilleur À la poursuite du Diamant vert (1984). Mais pas seulement.

Vous vous souvenez de Bienvenue dans la Jungle (2003), où the Rock et Sean William Scott, deux stars aux registres spécifiques, n’étaient là que pour faire leur numéro et cachetonner ? Check. (D’ailleurs, les deux films partagent un humour souvent à ras de braguette.) Vous voyez la réalisation fadasse typique de la comédie américaine des années 2010, avec plans et photographie en pilotage automatique ? Check. Vous vous souvenez du récent Jungle Cruise, avec 50 % de jungle sous cloche et 50 % de fonds numériques pas toujours joyeux ? Check.

Vous connaissez le syndrome du méchant richissime et mégalo sans charisme et complètement interchangeable ? Double check, avec ici Daniel Radcliffe dont on pense que ç’aurait été plus drôle et méta s’il avait kidnappé J.K. Rowling pour lui apprendre la magie. Et n’oubliez pas d’emballer le tout avec une musique insipide. La fois dernière, je critiquais Uncharted en disant qu’il aurait fait meilleur effet sur Netflix. J’aurais dû garder cette réflexion pour le présent objet filmique.

Le Secret de la Cité Perdue, c’est le rire retrouvé ?

Le Secret de la Cité perdue est tout sauf original. Il n’est jamais novateur dans ce qu’il propose ni inspiré dans ce qu’il reprend. De plus, le rythme est souvent plombé. Tantôt, c’est à cause de la sous-intrigue de l’agente littéraire cherchant désespérément un avion. Sinon, c’est la faute à des saillies verbales dignes de Marvel. Nos héros ont souvent tendance à perdre du temps à se chamailler posément lors de moments de « réelle » tension ou de danger imminent, désamorçant des scènes pourtant prometteuses. On se croirait plus en visite guidée aux Maldives ou en balade à Disneyland que perdus dans une forêt tropicale avec des tueurs aux fesses.

Pourtant, je me suis souvent retrouvé à sourire. J’ai même parfois ri franchement devant une situation incongrue, ou suite à une réplique nulle (« Mais c’est Ken en pétrolette ! »). C’est dû à tout une palette d’émotions souvent contradictoires. On rit complice des bêtises de Channing Tatum, qui ne surprend pas dans un registre qu’il maîtrise toutefois parfaitement (le M. Muscles benêt au cœur d’or). À l’opposé, on ricane de gêne face à Sandra Bullock, refaite et la peau sur les os, exhibant les trois quarts du temps un décolleté plongeant sur sa cage thoracique.

On exulte le temps d’un caméo de luxe (spoilé par la bande-annonce). Mais on soupire face à son absence le reste du métrage, en réalisant ce que cette énergie aurait apporté au film. Et bien sûr, on rit au nez d’une inutile scène post-credits. Même si, clairement, l’idée est de se moquer du procédé, elle nous rappelle tout de même l’époque miteuse dans laquelle nous vivons.

Juste pour rire

Le Secret de la Cité Perdue n’est pas plus sincère ni plus original que la concurrence, mais il n’en a pas la prétention. Quelque part, cela le sauve. Est-ce que ce film est navrant ? Oui. Est-ce que c’est marrant ? Ça lui arrive aussi, plus souvent que je ne l’aurais souhaité. C’est pour ça que sa médiocrité mérite d’être autant critiquée qu’appréciée.

Le Secret de la Cité Perdue est anachronique, un gros trip régressif. Il fera marrer les gosses, ainsi que certains parents ayant connu les belles heures de la série B fauchée « made in Cannon Group ». Des productions opportunistes et sans prise de tête, où la nullité côtoie l’insouciance. Or, de nos jours, un peu d’insouciance ne peut pas faire de mal. Cela peut même nous faire du bien.

LES + :

  • Channing Tatum, toujours à sa place.
  • Un caméo de luxe qui fait bien marrer.
  • Un film « original » qui n’est ni un Marvel ni une suite tardive, ni une tentative minable de lancer un univers étendu ? Chic.

LES – :

  • Sandra Bullock semble bien fatiguée.
  • Un caméo qui fâche après avoir été dégagé de l’histoire (mais pourquoi ?!).
  • Un film « original » qui n’a aucun os ni aucun organe frais sous la peau.