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Critique rétro : Street Fighter « L’ultime coup bas ? »

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Street Fighter 1994

Street Fighter : L’Ultime Combat se passe à Shadaloo, une province d’Asie. Le terrible général M. Bison impose une dictature armée depuis un petit moment. Mégalo, il prend en otages une soixantaine d’envoyés humanitaires et réclame vingt milliards de dollars pour leur libération. Payables en 3 jours, sinon, c’est l’exécution. Le colonel américain Guile (Jean-Claude Van Damme) ne l’entend pas de cette oreille. Il prépare l’assaut à la tête d’un bataillon de l’Organisation des Nations Alliées, l’équivalent des casques bleus de l’ONU, mais avec des flingues. Fier comme la bannière étoilée, Guile vient libérer un copain, mais aussi se taper en « un contre un » avec le tyran pour prouver qu’il a les plus grosses. Mais il lui faut des alliés dans la place. Il se tourne alors vers Ryu (Byron Mann) et Ken (Damian Chapa), deux escrocs, pour gagner la confiance du fournisseur de Bison, Sagat (Wes Studi)…

Pas de panique, les autres street fighter sont là pour le show. Même sans bonne raison, le film introduit Chun-Li, Vega, Honda, Balrog, Cammy, T-Hawk (qui a sacrément maigri), DeeJay, Dhalsim, et même Blanka, ou plutôt, un cosplay du personnage. Ils sont tous là… Quitte à ce que certains ne se battent même pas ! Ce n’est pas la seule chose qu’on reproche à ce film dans la catégorie « adaptations de jeux vidéo ratées ». Mais c’est quand même la plus importante. Après Super Mario Bros. un an auparavant, Street Fighter : L’Ultime Combat commet la même erreur. Certes, on a un film qui reprend des motifs et des personnages, jusqu’à absurdement reproduire leurs accoutrements. Mais on oublie trop souvent d’intégrer, et de soigner le moment venu, ce qui fait l’intérêt du produit adapté : la baston.

La citation qui tue :

(Un bureaucrate : ) Colonel Guile ! Vous vous oubliez, je crois.

(Guile : ) Non. C’est vous qui avez oublié vos c****** !

Street Fighter 1994

Street Fighter : l’origine

L’origine du film est assez surréaliste. Un jour, Steven E. De Souza, scénariste derrière Piège de Cristal, Commando ou encore 48 heures, reçoit un coup de fil. C’est le producteur Edward R. Pressman qui appelle. Des pontes de Capcom sont là pour affaires mais repartent le lendemain à midi. Si, avant leur départ, De Souza parvient à leur pitcher une idée de film tirée du jeu Street Fighter II, et si les Japonais sont impressionnés, ils leur cèderont les droits pour le faire. De Souza accepte, à condition que si la combine marche, en plus d’écrire le scénario, il réalisera le film. Son premier film.

Steven fait comme tout bon scénariste dans ce cas. Il passe une nuit blanche à enchaîner les cafés, écrire ses idées et regarder les infos. Nous sommes alors en plein conflit en Bosnie, et l’actualité lui donne l’idée de situer l’action dans une dictature, qu’essaie de renverser les forces armées de l’ONU, pardon, l’ONA. Il n’y a plus qu’à intégrer les personnages suivant les besoins de l’histoire.

Mission accomplie. De Souza rend un traitement de dix pages seulement, mais les Japonais disent oui. Ils ne sont pas inquiets des retours critiques. En même temps que ce film américain, ils ont aussi prévu un long métrage animé basé sur Street Figther II, qui sera bien plus fidèle au matériau de base (et mieux reçu sur le plan critique).

Où est passé le street fighting ?

Ce n’est pas pour pinailler, mais j’aime bien quand le titre d’un film est adéquat. Street Fighter : L’Ultime Combat est un cas fascinant. Certes, il reprend personnages, looks, et parfois coups spéciaux. Mais on se demande bien où est passé l’esprit du jeu et, littéralement, le street fighting. De Souza disait qu’il avait voulu faire un film entre Star Wars, James Bond et le film de guerre, et… Il a réussi, en fait.

Street Fighter 1994

C’est juste que de tels ingrédients, 1) n’ont pas grand-chose à voir avec le sujet du jeu, et 2) il faut savoir les doser pour que le miracle se produise. Mais le tournage local est pavé de problèmes et les producteurs nippons ont leurs exigences (comme de caser TOUS les personnages du jeu). Certaines idées sont absurdes (le bateau furtif de Guile), et le planning de production archi serré. Van Damme est noyé sous la cocaïne, et Raul Julia (M. Bison) atteint d’un cancer bien avancé de l’estomac. Difficile d’en faire, des miracles, surtout pour un réalisateur dont c’est le tout premier fait d’armes.

Dommage que la trahison au matériau de base soit ce que l’on retient le plus. Malgré la déception, Street Fighter : L’Ultime Combat est un film assez généreux à l’esprit bon enfant. Bison et son repaire sont dignes des meilleurs/pires Bond cuvée Roger Moore. Raul Julia en Bison y va à fond malgré son état de santé, et rien que pour ça, il faut le voir. La musique guerrière du compositeur Graeme Revell donne de l’élan aux scènes les plus molles ou les plus drôles (même en vo). L’humour saugrenu ou enfantin véhiculé par des personnages, Zangief en tête, et certaines références qu’on ne voit pas venir font mouche, comme la recréation d’un combat de kaiju devant deux Japonais médusés.

Basta, la baston

Mais voilà. Le tout ressemble à une comédie débile dans la lignée de Hot Shots 1 & 2. La réalisation est fade, les costumes kitschs, et les quelques coups spéciaux employés semblent totalement hors contexte. C’est quand même Street Figther, le film. Avant les fusillades, les explosions et les poursuites, on attend des sonic boom, des hadoken, bref, de la bagarre qui en jette ! Mais les adaptations hollywoodiennes d’alors en étaient à leurs balbutiements, et côté baston, Street Fighter : L’Ultime Combat rationnalise un peu trop les choses (Mortal Kombat n’arrivera que l’année suivante). Quand rixes il y a, au mieux, elles déçoivent, au pire, elles consternent.

Pourtant, caster Van Damme en Guile semblait judicieux. Certes, le plus belge des karatékas joue un ricain pur jus malgré son accent à couper au rasoir. Mais avant Street Fighter : L’Ultime Combat, JCVD a émergé à Hollywood grâce à Bloodpsort et Full Contact, deux films de tournoi et de combat de rue dans la lignée du jeu de Capcom (la preuve). Avec la licence, le spectacle ne pouvait que monter d’un cran, non ? Non ?

Non. Contrairement aux métrages cités, le studio engage d’abord des acteurs avant d’être des combattants. Raison invoquée : il est plus facile de leur apprendre des chorégraphies que d’enseigner la comédie à des vrais warriors. Ajoutez à cela le cancer de Raul Julia, le boss final en personne. On comprend que quand ça cogne, c’est souvent entrecoupé ou surdécoupé pour masquer les faiblesses de tous. Dommage pour le combat final entre Guile et sa Némésis. Au final, popularité du jeu aidant, Street Fighter : L’Ultime Combat a tout de même été un carton.

Le poing sur le film

Pour résumer, le film a tout de la comédie d’action neuneu des années 90. Vu sous cet angle, il remplit grandement son pari, que ce soit l’humour, l’esthétique et la réalisation. Mais c’est un beau plantage en tant qu’adaptation vidéoludique. Que cela ne nous empêche pas de rire devant la bêtise de Zangief, les gags et références dans la lignée des Y a-t-il un flic… ?, mais surtout, la performance au taquet de Raul Julia. Je le dis avec un immense respect, quand on sait que le cancer l’a emporté juste après.

D’autant que, avec un recul de vingt ans, le résultat n’est finalement pas si honteux. On peut même le savourer avec nostalgie parce que, depuis, en matière de trahison comme de mauvais cinéma, on s’est quand même farci les horribles films de Uwe Boll (Postal, Far Cry, House of the Dead, Alone in the Dark, BloodRayne, King Rising, pitié, arrêtez !), un autre Street Fighter minable (La Légende de Chun-Li), la saga Resident Evil de Paul W.S. Anderson, deux Tomb Raider hilarants et un anecdotique, Assassin’s Creed, Max Payne, deux Hitman foireux… Et qu’aucun n’est aussi amusant à regarder que le premier film du scénariste de Commando.

Street Fighter : l’héritage

Au début des 90s, les jeux vidéo donnaient souvent plus dans le style que dans l’histoire. Après tout, on s’en fichait un peu. Ils prolongeaient même souvent une expérience ciné. Des jeux comme Contra, Streets of Rage et Final Fight satisfaisaient les appétits des fans de ciné bourrin des années 80. Les amateurs de Van Damme et Full Contact lançaient des parties de SFII entre deux visionnages de VHS. Puis une révolution s’est amorcée dans le sillage de la Playstation de Sony. Resident Evil et Tomb Raider ont prouvé, 3D aidant, qu’on pouvait davantage s’approcher de l’idéal ciné de vivre une aventure, avec des icônes originales de surcroît (Lara Croft en tête).

Depuis Street Fighter : L’Ultime Combat et son curieux mélange de comédie volontaire/involontaire, de l’eau a coulé sous les ponts. On est quand même passé de la Super Nintendo et de la Megadrive à la PS5 et aux Xbox Séries. Les moyens ont pris de l’ampleur. Les grosses licences ne se sont pas privées pour injecter plus de narration et de sérieux dans leurs jeux, en s’inspirant des codes du Cinéma. Mais depuis tout ce temps, le Cinéma semble toujours à la peine pour prendre au sérieux les JV et en tirer de vraies œuvres filmiques, y compris les plus récents, tout en gardant leur attrait. Les adaptations les plus libres ont l’air de mieux s’en tirer dans le genre, comme Détective Pikachu ou Sonic, le film.

Finalement, la bande-annonce colorée et bourrée de clins d’oeils du prochain reboot de Resident Evil rappelle plus que jamais l’époque tâtonnante du Street Fighter de 1994. Est-ce l’hommage ultime du réalisateur de cette chose envers la pub japonaise que Romero tourna en 1998 pour RE2 ? (Jugez par vous-même.) Ou est-ce que l’adaptation de jeux vidéo n’aura jamais droit qu’à l’incompréhension, voire l’inconscience, des studios et des réalisateurs choisis ? On verra en novembre, puis l’année prochaine dans les salles avec la sortie de l’arlésienne Uncharted. Pour le reste, ce sont les services de streaming qui récupèrent tout ce qui traîne en la matière, que ce soit décliné en film (Mortal Kombat 2021, le futur The Division) ou en série (live comme The Last of Us, ou animée avec – encore – Tomb Raider, pour ne citer qu’elles).

Street Fighter 1994

Le poing dans l’édition

Vu sa réputation, il faut vraiment le vouloir pour se payer un collector de Street Fighter : L’Ultime Combat. C’est pourtant la nouvelle initiative d’ESC. L’édition est aussi réussie que ses grandes sœurs, dans son magnifique écrin en forme de VHS.

Le film est présent en bluray mais aussi en DVD, évidemment. Il constitue le plus gros bonus, étant donné qu’une édition digne de ce nom n’existait pas vraiment chez nous. Sauf un steelbook « meh » honteusement coté jusqu’à maintenant. Petit bémol : la scène post-générique façon Marvel (ou Les Maîtres de l’Univers) n’est pas doublée en français, apparemment pour une question de droits sur la copie utilisée. Si vous êtes pointilleux à ce point-là, gardez votre enregistrement sur K7 datant d’une vieille diffusion sur M6.

Le reste est toujours aussi bienvenu, mais sent la routine depuis les premières box dédiées à Van Damme : un magnet assez classe, un petit poster double-face, et un mini KO Mag avec rétrospective sur les jeux vidéo au ciné, et interviews de De Souza et Van Damme. Charmante attention, on trouve aussi un jeu de 10 mini cartes « style Pokemon » dédiées aux personnages du jeu dans le film.

Enfin, rayon suppléments, Steven E. De Souza a droit à son commentaire audio. Alexis Blanchet nous raconte la genèse du projet, tandis que Maître Arthur Cauras poursuit sa rétro sur la carrière de JCVD. Plus anecdotique, mais non moins sympathique, le régisseur des cascades Manu Lanzi, avec qui on aimerait bien boire une bière, décortique avec passion l’évolution des chorégraphies de Van Damme. Pour le dessert, il reste quelques scènes coupées, sans grand intérêt, et une featurette d’époque de 5 mn en très basse qualité.

Encore une fois, hormis l’habituel manque de chapitrage dans les menus (grrrrrrr), c’est un nouveau coup d’éclat de la part d’ESC. Surtout pour un film qui, plus que les précédents, n’en méritait peut-être pas tant. Oui, même avec toute la bonne volonté et la meilleure nostalgie du monde.

Street Fighter : L’Ultime Combat est disponible depuis le 8 septembre 2021 chez ESC éditions, en boîtier collector VHS, en combo Blu-ray + DVD et Blu-ray simple.

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Critique : Mourir peut attendre « Le temps, ça tue »

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007 Mourir peut attendre

Blofeld sous les verrous, Spectre n’existe soi-disant plus. Mais étant donné ses problèmes de confiance, après une ixième tentative de meurtre sur sa personne, James Bond (Daniel Craig) envoie balader Madeleine Swann (Léa Seydoux). Cinq ans plus tard, Felix Leiter rend visite à son pote british, à la retraite, pour lui demander un service : exfiltrer un scientifique russe planqué à Cuba. Les restes de Spectre veulent le récupérer ainsi qu’une arme biologique en sa possession, Héraklès. Mais très vite, un autre joueur apparaît, Lyutsifer Safin (Rami Malek). Ce mystérieux personnage semble très désireux d’éradiquer Spectre pour de bon, de s’approprier Héraklès et… de renouer des liens avec Madeleine.

Il serait peut-être temps de mourir

Quoi qu’on en pense (fascinant, déroutant, chi***), Mourir peut attendre est très long. Parfois trop, par rapport à ce qui se passe à l’écran. Même si Sam Mendes a jarté, depuis le succès de Skyfall, l’ère Craig de Bond est devenue irrémédiablement esthétisée, bavarde et un brin prétentieuse. Pour contrecarrer cela, cet opus a été pensé comme le champ du cygne, le départ en fanfare de Daniel Craig dans la peau de l’agent, hem, secret.

Après 18 mois de retard à cause de la pandémie de Covid, l’attente était grande. Il serait facile de dire qu’à cause de ça, Mourir peut attendre se montre en deçà des espérances. Et il semble que le film déçoive ou déconcerte. Certes, c’est à cause de choses encore jamais tentées au bout de soixante ans et vingt-cinq films. Mais on peut difficilement parler de révolution ou de choc. Surtout dans le cycle de Daniel Craig, si ancré dans son époque.

C’est vrai, dans la grande histoire bondienne, on n’a jamais (censuré) ni (censuré aussi). Pourtant, l’ère Craig s’inscrivait dès Casino Royale dans une volonté de moderniser, d’aller de l’avant. On avait, par exemple, M toujours jouée par Judi Dench, un Bond badass mais encore assez (fleur) bleu(e), et un exotisme, une mise en scène et une violence sèche venant de Jason Bourne. À partir de Skyfall, pourtant, ç’a été « marche arrière, toute ! ». Réinsertion de toutes les figures bondiennes (le retour du « vrai » M, Miss Moneypenny, Q), ambiance surannée et références appuyées (on ne peut vraiment pas oublier, un jour, cette p*** d’Aston Martin DB5 ?).

Mourir peut attendre, mais le reboot ne peut pas

On a quand même beau regarder le tableau dans son ensemble (les films James Bond existent depuis 1962), en 2006, la saga avait vraiment changé. À partir de Casino Royale, tout ce qui allait se dérouler pendant la période Craig était symptomatique de son époque. Or, les années 2000-2010 ont évolué vite.

Symptomatique, ce besoin de rattraper la concurrence en matière d’espionnage et d’action (Jason Bourne, puis les Mission : Impossible, et maintenant, Fast & Furious !). Symptomatique aussi, ce besoin de constamment regarder vers le passé. La nostalgie fait vendre, et le retour de vieilles gloires à la fin des 2000s l’a bien fait comprendre. Pas seulement les personnages (Indiana Jones, Rambo, John McClane, etc.), mais aussi les franchises, pour le meilleur comme pour le pire (Star Wars, Terminator, Alien, etc.). Le drame étant que le fan service, ou pire, le bashing l’emporte sur le vrai progrès.

Après la réussite de Skyfall, exercice de funambule en la matière, Spectre avait finalement confirmé que, oui, Bond était trop vieux pour ces conneries. Abus de références, de longueur, de stylisation, le 24ème Bond se croyait intelligent et pensait se moquer des clichés ayant forgé la légende. Mais au final, il se moquait surtout ouvertement de son public, peu importe sa génération. (Perso, une blague à 250M $, ça ne me fait pas rire.)

007 Mourir peut attendre

Faux Bond en avant et vrai surplace

Finalement, il y a plus à dire sur l’époque que le film. Vous connaissez ce sketch de Coluche, où l’humoriste met dix minutes à raconter la blague la plus courte du monde ? Mourir peut attendre ressemble à ça. Dans le fond, il a si peu à dire, et nous, si peu à en dire, qu’on va aller droit au but à partir de maintenant.

Dans sa forme, il est (obligé d’être) dans la continuité de Spectre. Cary Joji Fukunaga égaye des fois l’aventure de jolis plans marquants, mais cela n’arrive pas tant. L’action et les empoignades sont souvent génériques, et seules une ou deux cascades resteront en tête. Le scientifique à l’accent russe est rapidement énervant à force de vouloir être drôle. La nouvelle 007 (Lashana Lynch) est bien le second rôle, et la bise forcée au MeToo, qu’on craignait. Rami Malek serait génial s’il n’avait pas un nom digne des pires Roger Moore (Lyutsifer ? Vraiment ?!), si son plan ou sa mentalité étaient plus clairs, et s’il apparaissait plus de 25mn. Ajoutez presque 3h au compteur, une agente cubaine hypersexualisée, des gadgets à la loufoquerie jamais vue chez Craig, une méga base secrète, deux Aston Martin (nan, mais sérieux, là !)… Mourir peut attendre, c’est l’overdose de James Bond, passé et présent.

Pourtant, beaucoup de choses tranchent avec les habitudes : la séquence pré-pré-générique (vous avez bien lu), le remplacement de l’agent favori de sa Majesté par une femme, la relation « stable » de Bond avec Madeleine, ou encore l’ombre de la Mort planant sur les figures majeures du mythe (ça se sent notamment via le personnage de Felix Leiter, disparu depuis Quantum of Solace mais qu’on nous vend ici comme s’il avait fait les 400 coups avec Bond-Craig). Et encore, on tait le meilleur, ou le pire pour les vrais nostalgiques. Dans la grande histoire bondienne, tout ceci est vraiment une (r)évolution. Sauf que nous faisons face au dernier opus avec Daniel Craig. C’est donc la fin d’un cycle qui n’aura pas de réelles conséquences pour la suite. On sait qu’à nouveau visage, nouvelle recette, nouvelles aspirations et, pourquoi pas, nouvelles trahisons.

Bon(d) voyage

Reflet de son époque, ce 25ème film est comme beaucoup de méga productions tirant parti d’une licence forte. Il fait beaucoup de bruit pour rien, que ce soit sur l’écran comme en dehors. Il se donne surtout des airs et tente vaguement des trucs pour répondre aux problématiques éphémères secouant essentiellement l’Internet. Parce que quand on y réfléchit, les femmes sont faussement flattées, ici. Ou plutôt, elles restent au seuil d’un changement qui n’arrivera pas encore (jamais ?) à l’écran, puisque le prochain épisode fera table rase.

007 Mourir peut attendre

Avec Daniel Craig, la saga n’a jamais vraiment su où elle allait, en plus d’avoir connu de grosses complications dans la production de trois opus sur cinq (Quantum of Solace, Spectre et celui-ci). Mourir peut attendre a l’intelligence de vouloir conclure avec justesse ce bordel. Même s’il le fait avec un peu de maladresse, l’effort mérite d’être salué. Aucun opus avant lui n’avait été aussi définitif. Dommage qu’il ne s’agisse « que » de la fin de l’arc avec Daniel Craig. Après tout, on le sait bien…

JAMES BOND REVIENDRA

PS : puisque la franchise a l’air acculée quand il s’agit de regarder vers l’avenir, et si le prochain Bond avait l’audace folle (= non, pas du tout) de revenir dans les années soixante ? Je vais parier là-dessus, tiens. Si ça arrive, je la ressortirai pour avoir l’air trop fort. Et si c’est non, personne ne se souviendra de ce que j’avais dit… 😛

LES + :

  • L’effort louable de boucler l’arc Daniel Craig comme aucun autre avant lui.
  • Le spectacle est bien là, même si ça peut parfois sembler long.
  • La chanson de Billie Eilish.

LES – :

  • Ca semble long parce que CA L’EST.
  • Rami Malek est gaspillé en Lyutsifer Safin. S’il s’impose comme un méchant aussi pertinent qu’important dans toute l’histoire de la saga, l’acteur manque de moments pour exister. Son personnage est surtout installé dans un troisième acte qui semble improvisé. (Apparemment, le réalisateur a depuis avoué que… c’était un peu le cas ! Bravo, l’artiste.)
  • Les fausses ambitions de secouer l’arbre en répondant au sexisme du personnage se retournent contre les auteurs. Avec l’arrivée du changement vient la fin de l’époque Craig. Les producteurs peuvent tout rebooter sans stresser…

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Critique expresse : Free Guy « Il est libre un max »

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Bienvenue à Free City, une ville où, tous les jours, des milliers de gus armés mettent le boxon en toute impunité. Braquage, démolition, floss, tout est permis pour ceux possédant les lunettes spéciales que n’ont pas les habitants. Guy fait partie de ces gens ordinaires, employé de banque pour qui un café le matin et treize vols à main armée par jour font partie de la routine. Mais il aspire secrètement à autre chose, et c’est de rencontrer la fille de ses rêves. Quand la mystérieuse Molotov Girl croise son chemin, il sort de son pattern et finit, bien malgré lui, par tuer un possesseur de ces fameuses lunettes. En les chaussant, il va découvrir les secrets de son monde, en réalité un jeu vidéo. Il va aussi lancer une petite révolution sans s’en rendre compte…

À l’heure actuelle, malgré une accumulation d’aberrations et incidents en tous genres (dont les derniers sont encore frais, comme Sonic, le film et Mortal kombat), le jeu vidéo au cinéma a le vent en poupe. Suite à une brouette d’adaptations de sinistre mémoire, on attend davantage des films inspirés du jeu vidéo plutôt qu’un nouveau transfuge sans âme (coucou Tomb Raider). Free Guy faisait peur, mais curieusement, il s’avère assez réussi pour offrir un divertissement honorable, à défaut de devenir une référence de la culture cross média.

Une âme dans Fortnite ?

Le film de Shawn Levy est clairement pensé comme une adaptation officieuse de Fortnite et GTA (brrrrrr). Dieu merci, il se permet pas mal de dérision, ainsi qu’un petit aspect méta lui permettant de péter plus haut que son c**.

Dans l’ensemble, le monde de Free City se tient, même si des choses font lever les sourcils. Déjà, une chance pour les créateurs du film : ils n’ont pas besoin de présenter les règles et l’intérêt d’un jeu multijoueur porté sur le défouloir. Les modèles cités plus haut sont si populaires que même un non-gamer reconnaîtra vaguement à quoi on fait allusion. Et pour les plus geeks (âgés ?), les références vont du subtil au maousse, des super sauts façon Mario Bros. à des armes célèbres du monde vidéoludique.

Du côté de l’argument, un PNJ éveillé à la conscience de lui-même et du monde qui l’entoure (soit La Grande Aventure LEGO, mais avec Deadpool), on oscille entre « c’est malin », notamment via l’explication au libre arbitre de Guy, et « c’est pas grave ». On se demande beaucoup comment un PNJ peut voler à un joueur son accès (matérialisé sous forme de lunettes), puis s’en servir pour user des items de soin ou renflouer son compte bancaire avec des crédits du jeu. Logique purement technique mise à part, cela fait sens dans l’histoire et autorise quelques jolis décrochages et références qui font sourire.

Pendant une heure environ, le rythme est soutenu, grâce à des enjeux multiples entremêlés. Outre l’éveil de Guy, Free Guy raconte la quête d’une programmeuse pour revendiquer ses droits sur ceux ayant volé sa création (exactement comme Flynn dans Tron, il y a 40 ans). Certains caméos sont tordants, et Ryan Reynolds rayonne en Candide virtuel décidé à péter les scores pour impressionner sa chérie.

Free Guy : très bien à défaut d’être top

Malheureusement, tout cela s’essouffle tandis que, paradoxalement, les enjeux grandissent (Free City va « fermer » avec la sortie d’un nouveau jeu). Le film devient progressivement plus caricatural et niais. S’ils ne sont pas légion, certains dialogues sur l’amour et le déterminisme font moralisateur et tâche. Le personnage de mogul campé par Taïka Waïtiti est marrant cinq minutes avant que son surjeu ne devienne rapidement exaspérant. Et puis, évidemment, impossible de faire un film sur les médias modernes sans convier à la fête quelques têtes connues de la communauté Internet, histoire de donner de la « crédibilité » à l’ensemble. Or, plus une référence est actuelle, plus le film est périssable. Free Guy s’interdit d’emblée toute place pour la postérité. Bien sûr, tout film n’a pas besoin d’être un chef-d’œuvre. Mais le potentiel était réellement là, et dater ainsi l’œuvre s’avère bien dommage.

Enfin, la logique assez maîtrisée des débuts, malgré ses incohérences et non-dits, commence à déraper. Les interactions entre Free City et le monde réel, par exemple, font moins penser à Matrix sous LSD et davantage aux Mondes de Ralph de Disney. Ici, les personnages fuient d’un serveur à un autre comme les habitants de la salle d’arcade changeaient de borne via les prises électriques. Pas sûr que le « vrai monde » fonctionne comme ça. (C’est drôle : Free Guy est distribué par Fox 20th Century Studios, qui appartient maintenant à Disney… Coïncidence ?).

Résumé en free fall

Free Guy, c’est l’amalgame de récits qui marchent comme Tron, La Grande Aventure LEGO ou Matrix, mariés habilement aux codes du jeu vidéo moderne (Ready Player One de Spielbeg s’élargissait à toute la pop culture). Mais s’il démarre efficacement, le film de Shawn Levy ne tient pas la note sur deux heures. Il ressort petit à petit des facilités et des messages qui font grincer des dents.

D’abord miroir tendu, quoique inoffensif, face à nos déviances de joueurs, et même de consommateurs au sens large, Free Guy finit par céder. Il cède à une facilité narrative éculée, des discours bien-pensants « in the nose », et un message un poil faux-derche sur l’accomplissement de soi, le triomphe de la bonne volonté, et la Justice pour ceux qui sont prêts à changer les choses. Servi bien frais et sans cynisme, s’il vous plaît.

Ah oui. Et à part les héros, la communauté des gamers est ici exclusivement constituée de gosses en bas âge ou de vieux ados squattant chez leur mère. Ce n’est pas aussi insultant que dans Ultimate game (2011), mais révélateur du niveau de réflexion de Levy et sa bande.

En résumé, Free Guy est une bonne comédie prenant place dans un univers de jeu vidéo. Ce qui est dommage, c’est simplement qu’il ne veut pas être davantage, en rentrant finalement dans le moule des blockbusters formatés et frileux. Tant pis. Après tout, on mange bien du poisson même quand il y a des arêtes.

LES + :

  • Ryan Reynolds fait ce qu’il fait mieux : le naïf attachant à grande gu****, et ça marche très bien ici.
  • Un monde de jeu vidéo bien retranscrit dans une non-adaptation de jeu vidéo, c’est surprenant et je prends.
  • La plupart des blagues et références fonctionnent très bien.

LES – :

  • On ne s’en souviendra pas sur le long terme.
  • Taïka Waïtiti est vite insupportable.
  • On sent la mayonnaise tourner à la sauce Disney à mesure que le film avance. Et pas pour le meilleur (logique interne malmenée, morale un brin cynique).
  • On parle déjà d’une suite. Evidemment…

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Critique : Fast and Furious 9 « Suite et fin du début de la fin »

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Fast and Furious 9

Dans Fast and Furious 9, la bande à Dominic Toretto (Babar Vin Diesel) part en mission en Amérique centrale, pour voler un McGuffin techno-débile. Hélas, ils se font doubler par Jakob (John Cena), le frère de Dom, qui s’était enfui il y a longtemps suite à un drame familial. Évidemment, la série ne peut pas revenir en arrière depuis ses exagérations à la Mission : Impossible. Jakob n’est pas devenu chef de gang et champion de tuning en Seine Saint-Denis, mais le plus grand agent secret de la planète. Et il a très envie de bouleverser l’ordre mondial sitôt qu’il aura réuni toutes les pièces d’Arès, le fameux McGuffin (si l’Œil de Dieu du septième opus voyait tout, ce machin contrôle tout, ce qui est encore mieux). Est-ce que l’esprit de famille l’emportera sur la rancœur de Jakob envers son frère ? (bâillement)

C’est assez rare, une saga qui arrive au neuvième film et au-delà. À part Star Wars, James Bond, Zatoïchi, Star Trek, Godzilla, Saw ou encore Vendredi 13 (!), je ne vois pas trop. C’est encore plus surprenant quand c’est une franchise de films d’action, qui a gagné en spectaculaire et en popularité ce qu’elle a perdu en intelligence (et à ce niveau, on a commencé bien bas). Fast and Furious 9 est donc là, et avec lui la promesse que la c#nnerie atteint littéralement la stratosphère. Pari gagné, malheureusement.

Pitié, arrêtez !

Ma relation avec Fast and Furious évolue en dents de scie. Pas fan au début, le virage amorcé avec le cinquième m’a plu. Comme un bon actioner débile des années 80, l’équipe y croyait à fond, faisait le taf avec talent et ne se prenait pas la tête. Le 6ème opus réitérait avec un petit effort, les dealers pétés de thunes cédant la place à des mercenaires tunés, pour des scènes d’action inventives et réjouissantes.

Par contre, malgré le carton du septième, difficile de se réjouir du doigt d’honneur fait aux spectateurs comme à la cohérence, même sous couvert de cool attitude (plus de détails ici). Pourtant, ç’a tellement bien marché que le 8 a poursuivi la tendance, avec plus de constance cette fois. La série est tellement populaire aujourd’hui qu’elle génère des spin-off et programme des suites en rafale (FF 10 et 11). Mais après Hobbs & Shaw, je vais dorénavant à reculons découvrir les prochaines bêtises de Toto et sa bande.

Certes, on peut apprécier ces aventures en posant son cerveau. Mais même un réalisateur encensé dans l’action (David Leitch, responsable d’Atomic Blonde et John Wick) et des acteurs charismatiques ne peuvent sauver Hobbs & Shaw, une campagne de pub à la formule 100 % recyclée. Cela pourrait s’appeler Fast and Furious, The Rock : le film animé. Il n’y en a que pour l’ex-catcheur bandant les muscles sur fond de CGI, tandis que lui et son pote chauve s’envoient des vannes pas drôles à la poursuite d’un nouveau joujou technologique. Et bien sûr, ces deux asociaux badass ont maintenant une famille et feraient tout pour elle, même vomir des dialogues lourdingues. Attention, Vin Diesel ! Je crois qu’on t’a piqué ton goûter !

Le même, mais en neuf

On va commencer par ce que Fast and Furious 9 fait d’intéressant. Une part du film est consacrée à des flashbacks justifiant l’existence de Jakob alors qu’il n’en a jamais été fait mention. Un exercice périlleux qu’on a déjà vu faire avant (par exemple, le jeu vidéo Uncharted 4). Force est de reconnaître que ce nouveau drame familial est acceptable. Il serait même vecteur d’émotions s’il n’y avait pas deux soucis.

Même si les acteurs prêtant leurs traits aux jeunes Dom et Jakob sont bons, il faut déjà passer outre le peu de ressemblance avec Diesel (on peut péter le budget pour Paul Walker dans FF 7, mais visiblement pas ici). Et les retours au présent nous rappellent constamment que le sérieux n’est pas de mise quand ledit Jakob est devenu John Cena, super agent secret à la recherche d’un énième outil pour contrôler le monde. Dommage.

Pour ceux qui ne se déplacent que pour tout voir péter, ces flashbacks ralentissent le film. Pourtant, c’était la seule chose intéressante depuis longtemps dans la saga. Il faut avouer que même John Cena dégage une classe et une retenue qui font du bien, après que la franchise ait subi l’écrasante personnalité de The Rock.

Ce serait « nouveau » s’il ne s’agissait pas d’un truc assez commun et efficace, que les scénaristes hollywoodiens ont simplement bazardé depuis longtemps : le développement d’un univers et de ses personnages. Il ne suffit pas de (r)amener plus de monde comme dans les films précédents, il faut aussi le faire bien. On y était presque, mais la relation entre Dom et Jakob fait tapisserie, toute l’attention revenant à cette intrigue autour d’Arès.

Fast and Furious 9, l’édition des champions

On retient surtout des Fast and Furious leurs scènes d’action pensées pour se marrer et impressionner. Qu’il s’agisse d’un avion au décollage sur la plus longue piste du monde (FF 6), un double saut en longueur à travers une série de gratte-ciel (FF 7), ou une course-poursuite avec un sous-marin sur la banquise (FF 8), difficile de dire qu’à un moment, on n’est pas surpris. Du moins, c’était le cas avant Hobbs & Shaw, et maintenant, Fast and Furious 9.

Il faut saluer le réalisateur Justin Lin, de retour, capable de belles idées de mise en scène comme de réinventer la poursuite motorisée. Après les voitures armées d’un harpon ou d’une IEM dans FF 8, Fast and Furious 9 utilise des aimants surpuissants. Avec moult conséquences absurdes, mais ils renouvellent réellement l’action. Dommage qu’ils soient réutilisés ad nauseam comme si l’inspiration s’arrêtait là. Pire, les scénaristes tiennent parole en envoyant leurs protagonistes… dans l’espace. Déjà, sur un prétexte fumeux, mais en plus, aussi bien protégés qu’un hamster dans un gant de cuisine avant de le plonger dans ma baignoire (il va bien, merci).

Du Vin, du bœuf et du Vin

Producteur sur la franchise, Vin Diesel n’a plus personne pour lui faire de l’ombre. Paul Walker nous a quittés, The Rock l’envoie bouler et Statham s’en bat les tétés. Après Fast and Furious 8, l’épisode 9 est une nouvelle occasion de centrer (soi-disant) l’intrigue sur Dom. Pour ceux qui aiment se moquer, l’interprète de Riddick et Xxx leur donne du grain à moudre : un physique d’andouillette loin du prédateur de Pitch Black, des dialogues toujours aussi insipides sur la famille, des moments d’introspection quasi parodiques, et des cascades bouffies aux CGI où le bonhomme accomplit des exploits dignes d’un Avenger (il casse du béton à mains nues !).

Hobbs & Shaw était à la gloire du Rocher ? Fast and Furious sert l’ego de Vin Diesel. Mâle alpha, Toretto ne donne que peu de temps ou d’utilité à son supporting cast. Toujours avec ce besoin absurde de continuité, le héros de Tokyo Drift fabrique dorénavant des roquettes, davantage parce que ça tombe bien que parce que c’est logique. Les méchants sont franchement inexistants. Quant au « retour du pote mort » de cet épisode, Han, c’est gratuit et sans bonne explication car les scénaristes n’en ont pas. Ne parlons pas du casting féminin, très bien fourni en talents (Rodriguez, Mirren, Emmanuel), mais que personne n’a le temps ni l’occasion de montrer, sauf dans les clichés.

Assaisonnez d’une histoire copiée sur les deux derniers films, un final mollasson et prévisible, et enfin, surtout, hélas, Tyrese Gibson. Déjà lourd et pas drôle avant, il a maintenant droit à quelques répliques solennelles se voulant méta, mais finalement sans gravité et embarrassantes.

Bilan furieux

Il faut arrêter. Fast and Furious 9 roule sur les vapeurs d’une saga qui s’est réinventée il y a déjà 10 ans avec le cinquième film. Depuis, elle a roulé inlassablement dans la même direction. Fast and Furious 10 et 11 semblant prendre la même voie, il est trop tard pour freiner. Le mur ou le gouffre n’est plus très loin. Ils sont déterminés à s’y jeter coûte que coûte avec ce qu’il leur reste.

Bien sûr, comme tout ce qui rapporte un milliard au box office, on ne vas pas changer la formule. Pourtant, fatigue et absence de direction ont tué d’autres franchises plus emblématiques (Star Wars et Terminator sont des victimes récentes). La saga s’enlise entre suites et univers étendu. Elle refait la même chose à défaut de vraiment s’étendre et ouvrir de nouvelles voies. Dommage.

Mais on connaît le vide créatif abyssal d’Hollywood. Dans vingt ans, quand tout le monde l’aura oublié, Dominic reviendra. Il sera peut-être vieux, barbu et grincheux. Et à bord de sa Charger, il se lancera dans un road trip sauvage et réellement personnel. Cette renaissance sera alors plus proche de Mad Max, et loin des pitreries d’espionnage focalisant l’attention aujourd’hui. En attendant, il reste encore deux films à subir.

Cours, Tyrese, parce que si je t’attrape…

LES + :

  • Le film offre encore un ou deux beaux moments, avec des poursuites inventives et dingues (surtout à base d’aimants).
  • On explore invente un peu plus du passé de la franchise, et ce n’est pas si raté que ça.
  • La série va encore plus servir de réservoir à mèmes, et j’ai hâte de voir le résultat.

LES – :

  • On recycle les mêmes choses depuis Fast and Furious 7.
  • Tellement de CGI qu’on ne s’inquiète pour personne, qu’on n’y croit plus, et que ça ressemble au dernier dessin animé Dreamworks.
  • Vin Diesel, qu’est-ce qui t’est arrivé ? Tu étais vraiment cool avant de faire semblant.
  • Tyrese Gibson…

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Critique rétro : Programmé pour tuer (1995) « Critique réellement virtuelle »

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Programmé pour tuer

2000 et des bananes. Un simulateur d’entraînement pour les policiers du futur utilise la réalité virtuelle pour immerger ses cobayes dans le vif du sujet. Encore à l’essai, on préfère y jeter des ex-flics prisonniers et consentants, dont Parker Barnes (Denzel Washington). But du jeu : neutraliser SID 6.7 (Russell Crowe). Il est le dernier d’une longue lignée de bâtards numériques créés à partir des pires psychos de l’histoire, y compris l’assassin de la famille de Parker. Hélas, programmé pour tuer, l’IA provoque la vraie mort de ses derniers adversaires. Les mécènes paniqués ordonnent la fin du programme. Mais son créateur décide que SID mérite de vivre. Il le fusionne avec un silicone futuriste capable de prendre forme humaine et de se reconstituer indéfiniment. Barnes connaissant la créature, on lui propose un marché : sa liberté contre la peau du détraqué synthétique. SID sera facile à trouver. La question est de savoir comment l’arrêter…

La Collection 120 aime la SF (Total Medley). Or, à l’heure où sont disponibles les Playstation VR et autres casques de réalité virtuelle, c’est la larme à l’œil que je me remémore le film du jour, assez justement oublié pour cause de médiocrité stylistique. Pourtant, Programmé pour tuer contenait tout ce qui s’est fait avant et après, en matière de cyber SF comme de divertissement ciné. Il exploite à fond son sujet et ses possibilités sur le papier… à défaut d’en avoir les moyens à l’écran.

La citation qui tue

(SID, à Parker : ) Il faudrait pas que parce que je porte en moi la joie d’avoir fait exploser ta famille, on puisse pas être amis.

Programmé pour tuer

Chronique réellement virtuelle

Contraction franchement subtile de « virtual monstruosity », Virtuosity est le troisième film de Brett Leonard, réalisateur de Le Cobaye trois ans plus tôt, déjà un film sur la réalité virtuelle et ses dangers. Ou plutôt, un film avec de la réalité virtuelle dedans. Comme son film précédent, cette technologie novatrice, balbutiante et encore énormément fantasmée, sert uniquement de contexte et non de propos à un type d’histoire autrement plus traditionnelle : le film de monstre. Monstre difforme dans Le Cobaye, monstre à forme humaine dans Programmé pour tuer.

Programmé pour tuer

C’est amusant de constater l’exacte inversion de procédé d’une histoire à l’autre. Job, le cobaye du film éponyme, abandonnait peu à peu forme et pensée humaine pour aspirer à devenir une entité purement informatique. SID est un monstre virtuel que son créateur dote d’un corps pour aller tâter le terrain dans la vraie vie, découvrir la gravité, les rave party, la télé réalité et le sang chaud.

Mais quand Job perdait peu à peu le sens des réalités et sa joie de vivre, SID est un jouisseur. C’est un taré qui kiffe la life, une espèce d’hystérique habillé de couleurs pétantes et surjoué par un Russell Crowe en orbite sur Saturne (Gladiator ne viendra que cinq ans plus tard). Programmé pour tuer, c’est Le Cobaye x Le Silence des Agneaux x Terminator, avec un récit rondement mené aux influences clairement comics (en plus d’avoir littéralement du sang bleu, SID est aussi taré que le Joker dans Batman).

Programmé pour tuer

Seulement voilà, Brett Leonard n’est pas James Cameron, et ça se voit. Le Cobaye a déjà l’air d’avoir pris quarante ans dans la tronche (en cause, sa patte de téléfilm et ses CGI bon marché). Cet opus/déclinaison a pris facilement le double ! Ce n’est pas surprenant si, depuis, le réalisateur s’est rendu coupable de bouses aux titres aussi évocateurs que T-Rex 3D, Man-Thing et Highlander : The Source. C’était il y a quinze ans déjà. S’il n’est pas mort depuis, il a en tout cas arrêté de faire du « vrai » cinéma. C’est déjà ça.

Programmé pour tuer fait vraiment daté

En 1995, la réalité virtuelle était magique pour les gamins élevés à la Game Boy et aux lecteurs K7. A la fin des années 2010, les lunettes VR sont devenues réalité. Avec le recul, on rigole de voir ces harnais suspendus où gesticulent les acteurs. On pisse de rire devant un Russell Crowe en apesanteur sur fond d’incrustations psychédéliques dégueu. Et on pouffe devant ces conversations IA-humains par écran interposé, sans capteur ni webcam. De nos jours, la fiction se retrouve largement dépassée, et Programmé pour tuer ne fait pas preuve d’inventivité. Il ne s’embarrasse pas davantage de vraisemblance, et encore moins de réflexion.

Programmé pour tuer

Son fantasme hi-tech bluffe clairement son réalisateur. Il se contente de mettre platement en scène la technologie de l’époque mais maquillée. Quant au scénariste, il utilise fréquemment des raccourcis. Il faut voir la même facilité avec laquelle SID pirate des serveurs dans le monde virtuel et dans la réalité. Et dire que quatre ans plus tard débarquait Matrix… Seul le corps fait de nano-silicone de SID ressemble moins à de la blague aujourd’hui. On se doute qu’il n’aurait jamais existé si le T-1000 de Terminator 2 n’était pas déjà passé par là.

Le plus heureux semble être Russell Crowe en mode LSD. Denzel Washington se contente de toucher son chèque, heureusement à une époque où il jouait encore la comédie. Le reste du casting ressemble à un quiz ciné fendard. S’y côtoient William Fichtner, William Forsythe, Kevin O’Connor, Costas Mandylor et la toute jeune Kaley Cuoco (future petite amie de Leonard dans la sitcom The Big Bang Theory).

Programmé pour tuer, c’est bien ou bien… ?

Programmé pour tuer est-il un mauvais film ? Sur le papier, non. Hélas, comme toutes les œuvres de son réalisateur, il accuse rapidement le poids des ans. Bien plus que s’il avait été donné à un artisan solide, ou pourquoi pas, à un vrai visionnaire. Heureusement, le divertissement est là, et pas seulement.

On a des têtes qui font sourire, le cabotinage de Maximus et une histoire qui se permet tout. Mais surtout, les thèmes sont toujours férocement d’actualité : réalité virtuelle, IA, nanotechnologie, fascination pour les médias déviants… En plus, Virtuosity nous permet de mesurer non seulement l’évolution technologique, mais aussi le parcours de ses têtes d’affiche. Regarder ce film, c’est revenir à une époque où la RV faisait rêver, Denzel était svelte et Russell désespéré.

Allez, retour à la réalité…

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Critique : Sans aucun remords « Sans aucun intérêt ? »

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Des méchants russes entrent par effraction chez le vétéran John Kelly (Michael B. Jordan). Comme tous les bons tueurs professionnels au cinéma, ils butent sa femme enceinte, mais lui, ils le ratent. Forcément, si ça suffit à Jason Bourne et Jack Bauer pour déclarer la guerre au système, pourquoi pas lui ? Il va rapidement se faire aider de son amie Karen Greer (Jodie Turner-Smith), et chapeauter par le Secrétaire à la Défense Clay (Guy Pearce). Mission : officiellement, empêcher la Troisième Guerre mondiale ; officieusement, venger la mort de sa famille. Forcément, tout ne se passe pas comme prévu…

Quelle joie. Une nouvelle production d’action estampillée Skydance (Jack Reacher, Terminator Dark Fate), exploitant le Ryan-verse. Après nous avoir bien fait rire avec Jack Ryan, le film (en 2014), les productions « danse du ciel » continuent d’exploiter Tom Clancy de manière peu inspirée avec Sans aucun remords. Si le film est certes tiré d’un roman de feu l’auteur, rien n’a vraiment survécu du matériau de base à part le titre et son personnage, John Kelly, futur John Clark bossant au noir pour la CIA. Je veux bien croire que quelques décennies plus tard, il fallait adapter l’histoire au monde contemporain, mais quand même. Étant l’un des rares romans de l’auteur que j’ai lus, il y avait quelques idées et moments, souvent sordides, qui auraient fait des ravages. Mais jugeons donc la bête pour ce qu’elle est, et pas ce qu’elle aurait pu être.

Sans aucun remords

Sans aucun scrupule

L’exploitation sans honte du titre et du nom de l’auteur sont du niveau de The Lawnmower Man (le Cobaye, 1992), film d’anticipation et de SF qui n’avait rien à voir avec la nouvelle de Stephen King. L’exemple n’est pas anodin, car Sans aucun remords, le film, cherchait à se monter depuis les années 90. Pas de scrupules, donc, à mentir sur la marchandise. On a autant affaire à une adaptation fidèle d’une histoire de l’auteur que les derniers jeux Ghost Recon.

L’action non plus ne fait pas grimper au plafond, ersatz de ce que le genre fait de mieux, et de plus commun, en ce début d’années 2020. Le spectateur friand du genre saura s’occuper pendant une heure cinquante, mais il aura du mal à se souvenir de péripéties déjà vues cent fois ailleurs : une rixe dans un escalier atomisée par celle d’Atomic Blonde, une fuite déguisée reprise – entre autres – à Léon, etc. Avoir la présence et la baraka de Michael B. Jordan n’y change hélas rien. Il est cool et impressionnant, ça oui, mais il l’est tout autant dans un autre film.

Seules exceptions, un interrogatoire dans une voiture en flammes (ç’a pas l’air intelligent, quand on y repense), et un crash aérien suivi d’une plongée en apnée efficace. Ça collerait des sueurs froides si on n’en était pas à la moitié du métrage, alors que le héros a encore beaucoup de boulot à abattre.

Sans aucun remords

Sans aucun jus

Rayon histoire, Sans aucun remords « devrait » être un revenge movie sordide et rentre-dans-le-lard, mais il ne l’est jamais autant que le matériau de base (ceux qui ont lu le bouquin savent que, finalement, la femme de ce pauvre John a eu de la chance de se faire tuer dans son sommeil). Hormis les morceaux de bravoure cités plus haut, le film a souvent l’air privé de cojones. Son rythme souffre d’autant plus quand Kelly prend une minute pour se lamenter dans des dialogues poussifs que la musique survend inutilement.

Sans aucun remords fait partie de ces produits calibrés qui ont un agenda à remplir et des spectateurs à tenir par la main (« Au cas où tu ne peux pas imaginer ce que ça ferait de voir mourir ta femme enceinte, écoute le héros te le répéter trois fois »). C’est probablement pour ça aussi que le twist aux deux tiers du film paraît si simpliste, voire carrément invraisemblable.

Sans aucun remords a beau avoir été réalisé par Stefano Sollima (Sicario 2, Suburra, ZeroZeroZero) et avoir de temps en temps la patte de son réalisateur, ce dernier ne peut pas sauver le projet sur la base d’un scénario aussi bateau. Sur Imdb, les deux auteurs mentionnés sont celui de Sicario et Comancheria, et un habitué des jeux vidéo et shows télé peu subtils. Ce n’est peut-être pas si étonnant que l’entreprise ait l’air si bicéphale, hésitant entre avoir l’air intelligent et l’être véritablement.

Sans aucun remords

Sans aucun remords, c’est bien, ou bien… ?

Sans lien aucun avec les autres œuvres en cours comme la série Jack Ryan, Sans aucun remords ne peut pourtant pas s’empêcher de lâcher des miettes aux fans, notamment via les noms de ses personnages (Greer, Ritter, etc.). Il se permet aussi, sans honte, l’appel gratuit à une suite inspirée des futures activités de John Clark. Les fans de Rainbow Six apprécieront… peut-être. Ceux qui n’en ont rien à secouer lanceront la prochaine suggestion sur leur liste Amazon Prime. Pour tous les autres, Jason Bourne et 24h Chrono sont toujours aussi prenants et réussis dans le genre.

LES + :

  • Le parfait véhicule pour les abdos huilés de Michael B. Jordan, toujours classe dans l’action.
  • Ça reste vaguement inspiré de Tom Clancy, alors entendre les références à gauche, à droite, ça fait toujours sourire.
  • Un ou deux moments sont quand même susceptibles de retenir l’attention.

LES – :

  • Adieu mon rêve de voir vraiment adapté le roman de Tom Clancy.
  • Hahaha ! Cette main inutile tendue à une suite pour les cinq du fond que ça intéresse…
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Critique rétro : Mort Subite (1995) « Critique qui joue les prolongations »

Mort Subite

Darren McCord (Jean-Claude Van Damme) est un ancien pompier de Pittsburgh traumatisé par la mort d’une fillette dans ses bras. Aujourd’hui, il n’est plus qu’un technicien de maintenance en charge de la sécurité incendie du grand stade de la ville. Le soir du match de fin de saison, auquel assiste le vice-président en personne, il emprunte ses deux enfants à son ex-femme en croyant faire plaisir à tout le monde. Mal joué. Le terrifiant Joshua Foss (Powers Boothe) a recruté les plus sales gueules du comté pour investir la loge présidentielle, piéger les lieux avec des bombes, et réclamer une colossale rançon de 1,7 milliards de dollars ! A la fin de la rencontre, si l’argent n’est toujours pas transféré, Foss n’hésitera pas à tout faire sauter. S’il y a une chose que McCord n’a plus envie d’être, c’est un héros. Malheureusement, s’il veut sauver ses enfants, il n’a pas vraiment le choix…

La citation qui tue

(McCord : ) Pourquoi vous ne me croyez pas ?! Le pingouin avait un flingue !
(Un sceptique : ) Oui, tous les pingouins en ont un…

Mort Subite

Die Hard à la chaîne

Durant la deuxième moitié des 90s, tout ou presque avait été fait dans le repompage de Piège de Cristal. Certains exploitèrent encore le filon tel The Rock en 1996, tandis que la franchise de Bruce Willis avait déjà changé d’orientation avec le jouissif Une Journée en Enfer en 1995. Nanars de tous poils continuèrent pourtant de fleurir dans les vidéoclubs, et leurs affiches d’orner les halls d’entrée des cinémas. Même Steven Seagal s’y était collé deux fois, pour un résultat plus ou moins savoureux (le diptyque Under Siege). Ne manquait plus que JCVD, et c’est en 1995 que débarqua Mort Subite, son Die Hard à lui.

Une sortie déjà tardive pour le genre. La même année, Une Journée en Enfer, seconde suite à Piège de Cristal, prophétisait la prochaine grande mutation du film d’action avec ses expérimentations « cinéma vérité », que Paul Greengrass sacraliserait plus tard avec Jason Bourne et La Mort dans la Peau (2004). Quant à Piège à Grande Vitesse, deuxième Under Siege avec Steven Seagal, il ne se cache pas d’être parodique. Second degré et pétage de plombs sont généralement la direction logique pour une formule approchant son dixième anniversaire.

Mort Subite

Coincé entre les deux, Mort Subite tient tout entier sur un prétexte sentant le fond de gamelle. Imaginez les execs à Hollywood, en réunion avec leurs scénaristes : « On a fait l’avion, le bus, le bateau, la montagne… Il reste quoi ? – Alcatraz ? – Mais non, débile, ça marchera jamais (jusqu’à The Rock). – Une patinoire ? – Banco ! » (On rigole, la vraie genèse du film étant dévoilée dans les bonus). Mort Subite s’en tient à ça avec un sérieux imperturbable. Ce n’est pas un tort. Mais le Die Hard-like étant déjà un sous-genre éculé, et la franchise initiatrice ayant révisé sa formule dans Die Hard 3, comment le réalisateur et sa star allaient-ils nous épater ?

Peter Hyams et l’ousider

Peter Hyams n’a, hélas, jamais autant marqué les spectateurs que dans le sillage d’autres œuvres. Il est très talentueux et sa filmographie est à (re)découvrir d’urgence. Mais les gens semblent se souvenir surtout de Outland, 2010 et Timecop. Soit un western spatial emprunt de l’ADN d’Alien, la suite tardive de 2001 et sa première collaboration avec le karatéka belge. Naturellement, si on se rappelle Mort Subite, c’est avant tout pour sa déclinaison de Die Hard 1 & 2.

Mort Subite se prend très au sérieux malgré des pointes d’humour de-ci de-là. C’est drôle quand on pense que la première mouture du script livrait une comédie d’action. Peter Hyams favorise la gravité, y compris visuellement puisque, directeur photo ici, il privilégie les noirs profonds et les éclairages oppressants. Cette esthétique donne, faussement, l’impression que le film est dépourvu d’humour ou de recul sur sa propre bêtise (ce qu’une scène évoquée plus bas contredit totalement). Une autre raison, peut-être, serait justement ce qui a attiré Jean-Claude là-dedans. Il a ici l’occasion de jouer un type ordinaire « façon John McClane ». Un père aimant et dévoué, traumatisé par ses échecs, et qui doit les surmonter pour sauver ses enfants.

Cette intention a des conséquences également sur le spectacle. On est loin du surhomme monté sur ressorts vu dans Chasse à l’Homme deux ans plus tôt. Jean-Claude adapte sa chorégraphie en faveur de coups plus bruts et moins gracieux, reléguant au placard son fameux grand écart. L’homme normal a ses limites. Toutefois, parce qu’il faut se distinguer, McCord tient autant de McClane que de McGyver. Il est capable de se suspendre dans le vide et de tuer des méchants aussi bien que de bricoler des gadgets à usage unique. Quand même, le pompier qui fabrique des bombes et des lance-flammes artisanaux, moi, ça m’inquiète un peu…

On ne s’ennuie pas

Récapitulons :

  • Méchants trucidés méthodiquement avec sadisme et inventivité > check.
  • Environnement singulier exploité à fond > check.
  • Scène de foule en panique > check.
  • Famille à sauver > double check.

Mort Subite coche toutes les cases. Son point de départ est assez débile et il ne fait pas preuve d’une imagination débordante. Mais il a le mérite d’exploiter à fond son décor et d’offrir quelques plans spectaculaires. Le film est solide, tout comme son méchant, à placer en haut de la pile des émules de Hans Gruber.

Si les blagues et la légèreté ont l’air de manquer, c’est que le bad guy a tout gardé pour lui. Plus réussi est le méchant, meilleur est le film, et alors là, rayon c#nn@rds haut-de-gamme, le regretté Powers Boothe nous livre un portrait inestimable de salaud gravé à l’or fin, du genre à faire pleurer des malfaisants de légende comme John Lithgow et Ron Silver. Chacune de ses répliques est tour à tour un régal de méchanceté, de sadisme et d’ironie piquante.

Avec un cynisme et une dérision non-stop, Joshua Foss (dont le spectateur n’entend jamais le nom de tout le film) semble le seul à avoir conscience que son monde n’est qu’une farce méritant qu’on s’en moque gentiment. Mort Subite vaut le coup d’être vu pour lui.

La scène à voir

À la poursuite de sa fille, enlevée par la mascotte de l’équipe locale, McCord aboutit dans les cuisines désertées face à la kidnappeuse. Mais c’est en réalité une tueuse d’élite qui porte le costume rembourré du pingouin géant. Elle lui monte un bateau pour tenter de l’abattre au pistolet, mais le cave se rebiffe en utilisant tout les équipements présents : friteuse, ventilo, lave-vaisselle, assaisonnements… Et c’est drôle. Une vidéo vaut mieux qu’un long discours.

ASTUCE DU CHEF : Ne jetez pas vos restes ! Si un faux agent de sécurité veut vous attaquer, tuez-le avec un os de poulet !

Quelques minutes d’auto-dérision empruntées aux Looney Tunes, dont Peter Hyams était fan. Comme quoi, le réalisateur est lucide et sait faire preuve d’humour quand c’est nécessaire.

Beaucoup considèrent Mort Subite comme l’un des meilleurs films de JCVD. On le doit à trois choses : sa bonne tenue artistique, un Jean-Claude qui a l’occasion d’explorer davantage sa facette d’acteur, et bien sûr, le fait qu’il descende d’une référence du genre. C’est comme Alien. Malgré des suites de moins en moins bonnes ou bien reçues, Piège de Cristal reste un gage de qualité. C’est toujours flatteur d’y être comparé.

Le point sur l’édition

La présente édition semble légère par rapport aux précédentes, dont Chasse à l’Homme, et surtout Cyborg. Ce collector de Mort Subite est très complet, mais il n’y a finalement pas grand chose à révéler sur le film.

Les goodies suivent la même formule depuis Double Impact. Cette box VHS contient un mini magazine KO Mag instructif et dix photos de tournage. Curieusement, quatre sont consacrées à des explosions. Cela laisse songeur quant aux clichés exploitables ou pertinents que l’équipe a pu trouver. Pas grave, ils se rattrapent avec… un magnet. Il est heureusement moins maousse que celui de Cyborg, reproduisant un ticket pour le match du film. Pour info, lors de tous les autres unboxing vus sur le net, le chiffre dessus reste inchangé. Il ne s’agit donc pas du numéro de série de l’édition. Désolé, les gars. Enfin, on a droit à un mini poster sympa.

Mort Subite

Dans le Bluray, outre la BA, on a la suite de la rétrospective JCVD par Arthur Cauras, initiée sur Chasse à l’Homme. On a ensuite une intervention de dix minutes par Hélène Merrick, journaliste de cinéma, venue parler du film. Enfin, un documentaire commenté par Alexandre Jousse résume pendant vingt minutes la carrière de Peter Hyams. Un hommage sympa à ce réalisateur touche-à-tout, mésestimé à cause d’une fin de carrière qui tâche (La Fin des Temps, D’Artagnan, A Sound of Thunder). Le DVD ne contient que les bonus par Arthur Cauras et Hélène Merrick.

Prolongations

Difficile de critiquer ce collector. ESC a prouvé que leur format VHS accueillait vraiment les éditions les plus complètes des opus de JCVD, et on sait que d’autres titres alléchants vont arriver dans les prochains mois. Il est simplement dommage que Mort Subite n’ait finalement pas grand chose à offrir en dehors du film lui-même.

Bon, le chapitrage est encore et toujours absent des menus, mais chez ESC, c’est comme ça, alors on va pas se plaindre à chaque fois. Et l’illustrateur fait toujours un super boulot, mais… S’il te plaît, Monsieur, décide-toi enfin sur la disposition des logos. J’aime bien que mes films aient la même tête sur l’étagère. 😉

Mort Subite

Mort Subite sera disponible le 21 avril 2021 chez ESC éditions, en boîtier collector VHS, en combo Blu-ray + DVD ou DVD simple.

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Critique : Zack Snyder’s Justice League : « Imparfait ni à refaire »

Zack Snyder's Justice League
Zack Snyder's Justice League

Superman est mort. Mais le dernier cri du Kryptonien sonne le départ pour une menace venue des étoiles. Steppenwolf (Ciaran Hind) fait son apparition et récupère l’une après l’autre les Boîtes Mères, artefacts alien capables d’anéantir la planète. Ni les Amazones, ni les Atlantes ne semblent capables de l’arrêter. Peut-être que si Bruce Wayne, alias Batman (Ben Affleck) rassemble les meilleurs guerriers de la Terre, l’invasion sera stoppée. Il part donc recruter Wonder Woman (Gal Gadot), Aquaman (Jason Momoa), Cyborg (Ray Fisher) et The Flash (Ezra Miller), en espérant que créer une Justice League suffira. La victoire serait certaine si Superman (Henri Cavill) était là. Mais à moins d’un twist scénaristique d’un miracle…

Après que la fan base ait chouiné pendant trois ans, Zack Snyder’s Justice League est une réalité. Film de super-héros ultime ou aberration ? Ça va encore diviser, mais le présent film est véritablement unique, et il s’inscrit d’emblée comme une œuvre de référence du genre. Sa durée inimaginable, son format (un blockbuster en 1:33 ?!), la patte de Snyder et son contenu orgiaque sont des raisons légitimes à cette affirmation. Mais en plus de cela, il faut reconnaître que Justice League réussit là où Batman v Superman échouait.

Zack Snyder's Justice League

Avertissement

On juge ici le film comme œuvre cinématographique. Concernant sa place sur le marché et la pratique dégueulasse de Warner, on ne va pas se priver pour gueuler ici et tout de suite. Ils ont été les premiers à commettre des erreurs à tous les niveaux, et à nous en faire payer les pots cassés :

  • Laisser Zack Snyder en roue libre sans possibilité d’encadrer son travail par la suite.
  • Financer à perte les reshoots de 80 % du film en les confiant à Joss Whedon, soit celui qui a brillé chez la concurrence (imaginez si on confiait Star Wars à J.J. Abrams après son reboot de Star Trek, haha… Oups).
  • Enfin, lâcher encore plus de fric pour sortir le film prévu à l’origine, en nous faisant re-payer derrière, et pas qu’une fois ! D’abord en streaming plein pot (et en VF, argh), puis en location à venir, et enfin en vidéo plus tard dans l’année.

Bref. Merci, Warner, pour ton hypocrisie, ton manque de stratégie et ton entêtement adorable à nous prendre pour des truffes. Quant à savoir pourquoi, moi, j’ai cédé à cette sirène malfaisante… Disons que j’ai la chance d’avoir un projo à la maison, que c’était probablement ma première occasion en un an de voir un nouveau, vrai et ambitieux blockbuster de cinéma, et pour quasiment le prix d’une place en salle. Mais je ne crois pas que tout le monde a 13,99 € à claquer là-dedans, ni que ça les vaut dans le contexte actuel, malgré tout le bien que j’ai pu tirer de l’expérience.

Maintenant, parlons du film.

Le cas Zack Snyder

Pour comprendre où on en est aujourd’hui, il faut parler du réalisateur, et évoquer son approche du DCEU. Après, promis, on parle de Justice League.

Une âme d’artiste

Quoi qu’on dise, Zack Snyder est bien un artiste au sens noble. Le souci, c’est que le Cinéma est un art du mouvement. Snyder n’est jamais aussi percutant que quand l’action ralentit, parfois à deux doigts de se figer. Or, quand le temps s’arrête presque comme dans une peinture, il ne reste de sens que dans l’image, et non dans le grand tout auquel elle appartient.

Le Cinéma reste un art du récit. Certes, il existe des procédés à la pelle, pour jouer sur la manipulation du temps, la vitesse du déroulement, la continuité dans la narration, etc. Mais Zack Snyder est meilleur faiseur d’images que conteur. 300, Watchmen, Sucker Punch, même Man of Steel sont graphiquement léchés avec un vrai sens artistique. Hélas, ils ne démontrent pas un vrai talent de conteur, ne véhiculent jamais d’émotion à travers le mouvement, l’action filmée, le cinéma à proprement parler.

C’est d’autant plus curieux, et frustrant, que Snyder ait été parrainé dans le DCEU par Christopher Nolan, son exact contraire. Un conteur hors pair, mais dont la mise en images constitue le talon d’Achille dans le domaine super-héroïque. Nolan est doué pour raconter, Snyder pour montrer. Le premier sait nous faire avaler n’importe quoi grâce à son découpage et sa mise en scène. Le second créée et surcharge des images à but d’en mettre plein la vue. Mais au lieu de combiner leurs talents respectifs, dès Man of Steel, Snyder s’est approprié le DCEU. Ce faisant, il avait perdu un peu de lui-même.

Une âme torturée

Man of Steel faisait un peu le grand écart. Un pied dans le désir de réalisme et la narration complexe de Nolan, l’autre dans l’exagération visuelle habituelle de Snyder, avec allusions bibliques, poses christiques et plans graphiques. Mais Nolan sait se montrer subtil dans ce qu’il met en scène et prudent dans ce qu’il écarte, cf. The Dark Knight Rises. Snyder est un pachyderme de la démonstration (malgré un sens du détail, de l’indice caché qui font parfois mouche). Bien des passages de Man of Steel, et par la suite Batman v Superman, semblent déconnectés du message ou du sens véhiculés par la trame. En entrant dans le DCEU, Snyder s’est heurté à deux choses qui créent légitimement le clivage parmi les spectateurs.

D’une part, son désir de fan boy à recréer des planches iconiques de ses bédés préférées. Cela faisait la force de 300 et Watchmen, mais Sucker Punch a confirmé ensuite la difficulté du réalisateur à avoir une vision originale et personnelle (Le Royaume de Ga’hoole est franchement un cas spécial, étant une adaptation de roman, mais pas graphique). Quand il adapte un comic book avec début, milieu et fin, il a déjà un storyboard pour son futur délire. Quand il écrit un scénario, ce dernier sert de prétexte à un gloubi-boulga de décors et motifs issus de la pop culture, avec une pointe de fétichisme histoire de faire b**der les geeks. Marrant, oui, visuellement riche, certes, mais cet enrobage apparaît complètement superficiel dans l’histoire qu’il veut soi-disant raconter. Ses délires ressemblent alors à des saynètes intercalées histoire de se changer les idées en plein film.

La logique est accessoire

En adaptant les riches et complexes mythologies de Batman et Superman sans œuvre précise, Snyder s’est perdu dans sa propre entreprise. Visuellement, il reproduit de-ci de-là avec brio des cases de ses bédés préférées (The Dark Knight Returns en tête). Mais la majeure partie de BvS est tout de même peu inspirée, ressemblant beaucoup à ce que produirait un tâcheron comme Len Wiseman ou John Moore (ouille). Au lieu d’associer la patte visuelle de Snyder à un récit 100 % Nolan pour accoucher d’un chef d’œuvre du genre, Man of Steel puis BvS ne font éclat que par moments, parfois sans s’encombrer d’une justification.

Ce qui mène à l’autre gros reproche fait aux opus de Snyder, celui d’ignorer souvent la logique interne du récit, voire la logique tout court, pour pouvoir caser un plan qui claque. Pour les défenseurs, Man of Steel et BvS sont géniaux et incompris, car ils sont graves, sombres, violents, posent de vrais questions sur la responsabilité des hommes et celle de leurs gardiens, et les non-dits sont brillamment laissés à l’interprétation. Des arguments qui se valent vraiment, mais c’est aussi une manière de dire que c’est l’intention qui compte. Il y a une grande différence entre dire et faire. Or, Snyder fait souvent ce qu’il veut, tout simplement, cela au prix d’une certaine émotion.

Un univers sans âme(s) ?

Snyder aime ses images, mais elles ne rendent pas forcément justice aux personnages. Dans Man of Steel, Henri Cavill bande les muscles, mais semble atteint d’un autisme émotionnel gênant. Dans Batman v Superman, un lien fort est établi d’entrée avec Bruce Wayne/Batman et sa colère, vouée à changer. Mais on sait comment ça s’est passé : un « Martha ! » et puis s’en va.

Snyder n’a jamais compris ce qu’on lui reprochait. Pour lui (dans une interview il y a quelques années), Star Wars Episode VII a tué des milliards de gens de plus que le final de Man of Steel, et il ignore pourquoi son film se fait critiquer pour ça. Probablement parce que pendant cette orgie destructrice, son héros semble n’avoir rien à cirer du chaos autour et des morts à la pelle, quand les dialogues lourds qui ont précédé pendant deux heures veulent nous faire croire le contraire. Dans le film de J.J. Abrams, les personnages lèvent les yeux au ciel et ont conscience du drame qui s’est produit et de leur impuissance. Et une telle réaction se comprend.

Dans BvS, ce n’est pas tant « Martha ! » qui pose problème. Tout le foreshadowing possible ne prépare pas à ce revirement expédié à la grâce de dialogues absurdes (« Sauve Maman Martha ! »). Snyder a toujours défendu le principe. Il a raison. Le problème, c’est qu’un instant ou concept ne parle pas pour lui-même, encore moins s’il est platement assené via des dialogues lourds et redondants. En un sens, c’est pratique, Zack s’épargnant des efforts d’imagination et de direction d’acteurs pour convaincre.

Du bruit, des gestes, des dialogues à but d’exposition, des acteurs souvent perdus, voilà la marque Snyder quand on touche, non pas à son aura d’artiste, réelle, mais à celle de cinéaste. Son sens du détail sert le sens dans la composition, et non, sinon rarement, l’enjeu dans le récit. C’est oublier qu’un film fonctionne généralement suivant l’idée de diégèse, d’univers vivant au sein de l’œuvre, de chaînes d’événements justifiant ce qui s’y produit.

Zack Snyder's Justice League

Zack Snyder’s Justice League : le temps du renouveau

On en arrive (enfin !) à Justice League cuvée 2021, et attention. À la surprise générale, quelque chose a changé dans la façon dont Snyder fait son cinéma.

C’est nouveau, ça vient de sortir

À sa sortie en salle, BvS faisait deux heures trente, et il ne semblait franchement pas fini. Une Ultimate edition plus tard, le film faisait trois heures. Il devenait curieusement plus digeste, mais les aspects sur lesquels Snyder était attendu n’étaient pas les plus réussis. Une Gotham jamais présente ni présentée, comme ce nouveau Batman et sa mythologie, une course en batmobile quelconque, beaucoup de non-dits fâcheux, le combat en titre relativement mou, un dernier acte over the top entièrement tourné sur fond vert avec une abomination de synthèse… Même avec 180 mn, on avait le sentiment qu’il manquait des choses pour que BvS raconte correctement ce qu’il voulait (avis sur la version longue ici). Dans Zack Snyder’s Justice League, ces problèmes ne se reproduisent pas.

On peut se demander si ce Justice League est le film que voulait initialement Snyder. Peut-être a-t-il fait plus de concessions, ou entendu raison avec les studios. Ou peut-être a-t-il eu le temps de repenser son montage et sa progression, pour en faire cette espèce d’opéra super-héroïque en six actes. Peut-être est-ce dû aux années de lente gestation du projet. Cette version de Justice League n’est peut-être pas « la vraie » que nous aurions eue à l’époque, mais le résultat est là.

Trois heures ne suffisaient pas à compléter tous les trous de Batman v Superman. Ici, on a deux fois plus de super-monde à gérer, mais un fil rouge simple, ainsi qu’une durée de quatre heures a priori absurde, mais nécessaire. Grâce à cela, Justice League tient vraiment du récit épique, et non d’un simple collage de vignettes des bédés favorites du réal.

Snyder s’intéresse enfin à ce qu’il raconte

Déjà, visuellement, Justice League 2021 opère à un autre niveau que Batman v Superman. On a droit à une profusion de plans léchés et travaillés mettant en valeur une grande majorité du métrage. Les plans iconiques ont l’air beaucoup moins gratuits que dans les précédentes œuvres DC de Snyder. Il met un peu à part son côté fan boy désireux de reproduire ses œuvres favorites, et parvient à rendre plus significatif l’instant filmé, par rapport au destin de ses personnages mais aussi dans le canevas général. Cyborg est le plus avantagé par cette évolution. Même si la lourdeur reste de mise (voix off à l’appui), ses moments comme bien d’autres sont largement réussis.

Si Batman n’avait droit à aucune exposition dans BvS, l’erreur n’est pas répétée ici. Certes, on ne fera pas davantage connaissance avec le Chevalier noir de Ben Affleck. Mais au moins, Justice League fait les présentations avec Flash, Cyborg et Aquaman. Elles sont courtes mais livrent le minimum à savoir sur leurs mythologies respectives. Si Gotham n’était même pas visualisée dans BvS, les Atlantes ont droit à plus d’égards ici. Idem pour les Amazones, même si Wonder Woman était déjà passé par là. Cyborg jouit de sa propre origin story, et Barry/The Flash bénéficie d’explications par l’exemple de ses capacités (ENFIN, Snyder se sert de ce qu’il fait le mieux pour montrer et raconter en même temps). Quant à Steppenwolf, il n’est pas juste un peu plus menaçant physiquement. Il est clair dans ses ambitions et a des échanges à distance avec la clique d’Apokolips façon l’Empire contre-attaque.

Même si on ne doute pas de la préparation en amont, BvS donnait le sentiment d’avoir été pensé et écrit un peu n’importe comment, la faute à tout ce qui manquait encore dans son montage « ultimate ». Le Justice League de Joss Whedon avait un air de produit de consommation courante digne des années 90. C’était bête et inoffensif, quoiqu’un peu offensant. Quelle surprise, donc, que Zack Snyder’s Justice League soit si cohérent et droit dans son écriture. Certes, la bête est plus longue qu’une adaptation en film du regretté catalogue de La Redoute. Mais il n’omet aucun détail, aucune scène ni information livrée au détour d’un dialogue, pour justifier telle ou telle évolution dans son intrigue.

Bref, les ambitions sont visibles, sous nos yeux. Même si, forcément, il y a des défauts.

Personne n’est parfait

Au rayon « peut mieux faire, quand même », il y a ce qui était prévisible. On commence par les effets spéciaux finalisés sur certaines scènes ou remplacés sur d’autres. C’est parfois bluffant (comme le lifting de Steppenwolf), parfois moins convaincant (Luthor pataugeant dans l’eau au tout début du film). Ensuite, Snyder reste Snyder, et sa balourdise ou l’incongruité de sa sensibilité ressurgissent par endroits. Que ce soit le chant nordique d’une blonde sniffant le pull d’Aquaman, les rituels ancestraux des Amazones ou la saucisse de Barry, il y a beaucoup de trucs a priori saugrenus ou inutiles dans ce montage, par rapport à la progression de son histoire. Et ne parlons pas de la nouvelle scène tournée pour l’occasion. Cette incursion dans le « Knightmare » est visuellement cheap, trop longue et dénuée d’enjeux.

Il y a aussi la présence superflue de Martian Manhunter l’espace de deux scènes très brèves. On déplore enfin l’absence très, très prolongée de Martha et Loïs et, par extension logique, de Superman, encore moins présent que dans le cut de Whedon. Le film parfait n’existe pas, et malgré sa maniaquerie, Zack Snyder n’y arrivera jamais. Cependant, sur quatre heures, ces remarques s’apparentent à des sorties de route ne gâchant pas le spectacle général.

Une durée à double tranchant

Justice League est délivré de l’obligation de sortir en salle et de rentabiliser sur le nombre de séances par jour. Il a le droit de durer quatre heures, et de les justifier ou presque. Ce n’est pas une première dans l’histoire du Cinéma, alors pas besoin de se formaliser uniquement sur ça. Le Cléopâtre de Joseph Mankiewicz durait tout aussi longtemps.

Mais on comprend mieux pourquoi Snyder n’a pas pu faire deux films de deux heures. Malgré sa richesse et deux cent quarante minutes, Justice League reste structuré comme un récit classique en trois actes. Difficile de conclure une première partie après deux heures d’exposition et l’absence de vrai cliffhanger ! Une nouvelle preuve, hélas, que ce projet était trop ambitieux, voire insensé, dès le départ.

Avoir six parties de quarante minutes ressemble autant à l’ambition d’une saga opératique qu’à un reliquat de l’idée de série en six épisodes. Le format 4:3 ferait pencher en faveur de la seconde option, mais… Snyder avait en tête les séances en Imax, et il faut reconnaître que le cadre est souvent correctement rempli et exploité, et l’analogie avec une case de bédé se fait facilement. Tout ceci n’est peut-être qu’un vaste compromis dû au contexte mondial actuel, la majorité des spectateurs ne pouvant pas découvrir le film en grand, même s’ils le voulaient. Qu’on le voie d’une traite ou en « épisodes », la forme se prête sans souci aux deux exercices.

Zack Snyder's Justice League

Conclusion : Justice League, meilleur film de Snyder ?

Au final, toutes ces choses donnent plus de caractère et de singularité à l’ensemble. D’une part, dans la filmographie de Zack Snyder, en tant qu’œuvre la plus légère, la plus lumineuse visuellement, mais aussi la plus ambitieuse et aboutie du réalisateur. D’autre part, en tant que film de super-héros dans un paysage complètement dominé par Marvel, à la formule répétée ad nauseam. Ici, chaque scène ou presque a son caractère, son but, son identité, bref, son sens, même minuscule, dans ce grand tout et fourre-tout qu’est Justice League cuvée 2021.

Et il y a le fait que ce film met en place une suite qui ne viendra jamais… ou pas ? Tout est possible maintenant que Zack Snyder a obtenu gain de cause. Toutefois, en ce qui me concerne, cela me va très bien. Je préfère des promesses sans lendemain à des promesses non-tenues.