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Critique : « Beetlejuice, Beetlejuice » Le serpent de sable se mord la queue

Beetlejuice Beetlejuice
Beetlejuice Beetlejuice 2024

Trente cinq ans après les événements de Beetlejuice, Beetlejuice, le revenant farceur (Michael Keaton) revient perturber la vie de Lydia (Winona Ryder) et de toute la famille Deetz, en proie au deuil suite à la mort tragique de l’homme de la famille. Ajoutez un petit ami profiteur (Justin Theroux) et une ex morte-vivante en vadrouille (Monica Bellucci). Il y a aussi une demi-douzaine de persos secondaires inutiles, un Danny Elfman fatigué, un Tim Burton en pilotage automatique et… Attendez une minute ! J’ai déjà fini de raconter le film ?!

Ah ben oui. Mais peut-être aussi parce que, quelque part, le film s’est perdu en chemin. Certes, ça fait plaisir de retrouver la majeure partie du casting de l’original, et un peu de son univers. Mais le reste n’est pas fou. Beetlejuice, Beetlejuice s’articule autour de quinze sous-intrigues et rebondissements. Ce ne serait pas un crime si ces histoires n’étaient pas oubliées ou résolues d’une façon expédiée et ô combien commode. Pendant ce temps, le public tourne en rond.

What the juice ?!

La mère de Lydia a des problèmes avec la mort de son mari, qui entraîne des problèmes avec sa fille, qui est étouffée par son copain Rory (Justin Theroux) pressé de l’épouser pour sa fortune, alors qu’elle a déjà des emmerdes avec sa propre fille Astrid (Jenna Ortega), qui a un problème avec la mort de son père à elle, alors que Lydia a un problème avec Beetlejuice, qui revient fraîchement la hanter depuis qu’il a des soucis avec son ex, Dolores, qui lui a amené des tracas avec la police de l’au-delà.

La Ghoul Patrol, justement, menée par Wolf Jackson (Willem Dafoe) a un problème avec le fait que la revenante peut tuer les morts (?!), ce qui contrarie Beetlejuice qui ne veut pas mourir-mourir, et qui harcèle donc Lydia pour qu’elle l’épouse, afin de rendre son précédent mariage caduc, tandis qu’Astrid a un problème tout frais avec un jeune qu’elle vient de rencontrer, qui a un lourd secret qui va entraîner tout le monde dans l’au-delà, et ainsi de suite, et caetera. Et ce n’est même pas la première heure du film.

Beetlejuice Beetlejuice 2024

Voir « Beetlejuice, Beetlejuice » n’est pas revoir « Beetlejuice »

On va pas se mentir, les règles du premier épisode étaient complètement foutraques. C’était à tel point qu’aujourd’hui, on ne peut pas s’empêcher de le pointer du doigt. « C’est n’importe quoi, cet au-delà ! » balance Astrid. C’est vrai. Mais au moins, le premier film se servait d’un manuel pour expliquer l’essentiel (ici, il est réduit à un deus ex machina bidon). Ajoutez que le Tim Burton des années 1980, on n’avait jamais vu ça. Ah, cette noirceur et cette esthétique gothique, ces emprunts autant aux cartoons qu’aux cauchemars persos du réalisateur…

Enfin, Beetlejuice avait le mérite d’avoir une pêche et un rythme qui ne retombaient jamais. Beetlejuice, Beetlejuice est à peine plus long, et pourtant, on les sent passer, ses 100 mn. On ne compte plus les scènes embarrassantes qui s’éternisent pour meubler. Le pire : quand Rory essaie péniblement de se justifier ou de monopoliser l’attention pendant 2 MINUTES ENTIERES, PLUSIEURS FOIS !

Ce nouvel opus, resté 20 ans dans l’enfer du développement, est finalement sorti des cartons pour être écrit et tourné afin de surfer sur la vague trop bien connue du « vite, une franchise qu’on a pas encore ramenée ! ». Après avoir tué Star Wars, SOS Fantômes et Indiana Jones, pour ne citer qu’eux, c’est cette fois Tim Burton qui revient en personne pour couler son propre héritage. Ceux qui crieront à l’objection et trouvent qu’il est « revenu » après son déclin des années 2000-2010 (La Planète des Singes, Charlie et la Chocolaterie, Big Fish, Dark Shadows, et surtout Dumbo) ont sûrement des raisons personnelles d’aimer. C’est le principal.

Beetlejuice Beetlejuice 2024

Maison, Maison, MAISON !

On a bien le droit d’être réconforté quand on nous apporte un plat réchauffé sorti du micro-ondes, même quand c’est légèrement cramé et caoutchouteux. Quoique l’analogie qui convient le mieux ici, c’est que le film nous jette des paillettes à la figure pour masquer son manque d’intérêt, d’ambition, de sincérité, pour ne pas parler d’amour. Ce n’est pas forcément mal de changer, d’évoluer, voire de se remettre en question, mais c’est autre chose de se singer et de laisser tomber, et c’est le cas ici.

Burton ne fait plus du cinoche comme avant, et certainement pas comme en 1988. On dit qu’il a fait une vraie dépression bien sévère après Dumbo. Mais visiblement, il a vite retrouvé la joie de vivre et abandonné ses vieilles obsessions. Obsessions qui, certes, le torturaient, mais elles transpiraient à l’écran, et ça, ça nous fascinait et nous faisait l’aimer ou détester bien plus (revoyez Edward aux Mains d’Argent et Batman Returns). A XXIème siècle, le réalisateur fait son travail, mais il n’a plus rien à nous faire réellement partager. Et ça se sent.

Qui se souvient que Lydia était profondément dépressive et attirée par le suicide dans le premier film ? On vous rassure, ce Beetlejuice 2.0 est un divertissement familial ou tout est propre et rien ne dépasse. Oui, Burton filme du Tim Burton, mais il ne fait plus du Tim Burton. Le « Soul train » est un exemple flagrant. Que vous ayez ou pas la référence, c’est drôle, oui, mais … What the f*** ?!

Beetlejuice Beetlejuice 2024

Le même avec un coup de Baygon

C’est l’époque qui veut ça. Vous êtes les bienvenus si vous aimez les citations de répliques de l’original, les mêmes plans, les mêmes personnages, même des transfuges d’une autre burtonerie (Dolores s’inspire autant des Noces Funèbres que de L’Etrange Noël de Monsieur Jack). Tim va même jusqu’à reproduire des effets spéciaux à l’ancienne, dont un ver de sable dégueulasse en pâte à modeler. Je n’ai rien contre, mais soyons honnête : les plus vieux seront à peine émus, et les plus jeunes ne pigeront pas pourquoi il est si « mal fait ».

Et les sous-intrigues ne sont présentes, là encore, que pour meubler. Dolores vagabonde dans l’au-delà et Delia fait des trucs absurdes dans son coin. Wolf s’agite pour rien et les deux petits amis profiteurs sont punis d’un claquement de doigts. Beetlejuice, lui, fait trois petits tours et puis s’en va, même si le dernier acte lui donne enfin la scène pour lui tout seul. Mieux vaut tard que jamais.

Beetlejuice Beetlejuice 2024

Une triste der des der

Beetlejuice, Beetlejuice ressemble à un téléfilm friqué tourné par une équipe fatiguée. Ça inclut la plupart des acteurs. Keaton et Winona Ryder sont à peine plus en éveil, et Catherine O’Hara est, de base, complètement à l’ouest. Mais ça vaut aussi pour Burton. Il n’a clairement plus de jus, seulement des références à citer, même chez Mario Bava. Quant au mythique compositeur Danny Elfman, on sent l’agonie. Toutefois, il est vieux, et il nous a déjà offert une pelletée de thèmes formidables (Batman, Beetlejuice, Pee-Wee, Men In Black, Spider-Man, etc.). On peut comprendre qu’à un moment, il a fait le tour.

Beetlejuice, Beetlejuice ne capitalise vraiment que sur la nostalgie qu’il est censé susciter. La salle où je l’ai vu était pleine d’un public divers, jeunes et vieux (moi, je suis encore au milieu). Pourtant, ils étaient tous constamment silencieux comme à un enterrement, même dans les moments supposés les plus drôles, comme le bébé (dangereusement reminiscent du Braindead de Peter Jackson) ou, encore une fois, le final qui singe celui du premier film.

Rappelons pour finir que, contrairement à sa suite, le Beetlejuice original n’avait pas cinquante sous-intrigues. Il y avait seulement deux histoires principales : celle des Deetz, bien vivants, et des Maitland, bien morts, avec Beetlejuice au milieu. La conclusion était satisfaisante, et on n’avait pas l’impression de faire traîner les choses tant bien que mal. Entre regarder Beetlejuice, Beetlejuice ou regarder Beetlejuice deux fois, je vous laisse deviner ce qui est le mieux…

LES + :

  • Revoir cet univers et ces personnages.

LES – :

  • C’est long.
  • C’est mou.
  • Après 35 ans d’attente, c’est triste d’en arriver là.
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Analyse : 5 films qui ne sont pas adaptés d’un jeu vidéo, et pourtant…

Pas besoin de licence pour faire une bonne adaptation de jeu vidéo au cinéma. En tout cas, tout dépend de ce qu’on s’imagine. En reprenant des modes de représentation et des motifs au cinoche, le monde vidéoludique s’est forgé des mythologies, des récits et des héros aussi populaires aujourd’hui, sinon plus que leurs ancêtres ciné (Solid Snake de Metal Gear Solid, Nathan Drake dans Uncharted, Kratos avec God of War, etc.).

Pourtant, il existe des codes et des idées typiques du jeu vidéo que le cinéma « live action » a encore du mal à faire siennes. Quelque part, c’est normal. Le jeu vidéo, dixième art, est plus jeune que le cinéma, qui n’est « que » le septième. Théoriquement, il permet une implication supérieure. Or, à cause de cela, le cinéma ne peut pas emprunter ses astuces au jeu vidéo sans essuyer moult revers. Dès qu’on retire sa participation au joueur pour en (re)faire un simple spectateur, le souvenir de son expérience manette en mains se met en travers du chemin.

Quand on transpose les jeux vidéo au cinéma en retirant ce qui en fait le sel, à savoir le jeu, justement, ont-ils encore un intérêt en tant qu’œuvres d’art, produits de divertissement, ou même objets de réflexion ? Je n’en sais rien et je n’ai pas la réponse. Cependant, voici 5 films qui ne sont pas des adaptations, mais des copies de leurs visuels ou de leurs concepts, avouées ou non. Jusqu’où ont-ils tenu leur pari de marier jeux vidéo et cinéma ?

Hardcore Henry (Ilya Naishuller, 2016)

Henry se réveille amnésique, la moitié de son corps remplacée par des prothèses mécaniques. Il n’a pas le temps de tout comprendre. Estelle (Haley Bennett), qui se présente comme étant sa femme, l’aide à s’échapper des griffes du terrifiant Akan (Danila Kozlovski), un mutant aux pouvoirs télékinésiques. Lâché dans la nature avec les sbires d’Akan aux fesses, Henry cherche à retrouver Estelle. Il va être aidé par Jimmy (Sharlto Copley), personnage aux corps interchangeables, dont les intentions sont aussi obscures que celles de ses poursuivants…

Vous êtes-vous demandé ce que donnerait Metal Gear Solid en « boomer shooter » ? Ilya Naishuller l’a fait pour vous. Hardcore Henry mérite son titre. Du début jusqu’à la fin, vous êtes projeté dans la tête du susnommé, et vous voyez tout à travers ses yeux, comme dans un FPS, pour le meilleur et pour le pire.

Le film va jusqu’au bout de son concept, sans (presque) jamais sacrifier la lisibilité de l’action. Pourtant, c’était pas gagné, vu le dynamisme de l’ensemble. Henry, aussi mutique que Doom Guy, multiplie les cabrioles impossibles, subit moult chutes mortelles, et affronte des boss échappés des jeux de Hideo Kojima.

Metal Gear sordide

On attend toujours de voir au cinéma le jeu vidéo Metal Gear Solid. Si vous n’en pouvez plus, Hardcore Henry se pose là. N’allez pas dire qu’on ne voit pas le rapport, entre un sbire armé d’un lance-flammes, un tank en rase campagne, une armée de clones dans un gratte-ciel, et un mutant aux pouvoirs psychiques gonflés à mort. C’est normal, puisque l’intrigue est repiquée aux aventures de Solid Snake, mais c’est plus violent, gore et sordide.

cinéma et jeu vidéo - Hardcore Henry

Akan, Psycho Mantis version Lidl, veut dominer le monde avec son armée de clones au cerveau lavé. Les actes de Henry, improvisés et imprévisibles, ne seraient-ils pas en réalité contrôlés, dans le but d’assouvir un sombre dessein ? En plus, il ne peut se fier à personne, entre la belle scientifique prise en otage, jurant qu’elle l’aime, et le mystérieux Jimmy, dont on ne sait pas pendant longtemps s’il est un allié ou un ennemi.

Marier cinéma et jeu vidéo : oui, mais pas comme ça

Avec son parti-pris radical et son jusqu’auboutisme, Hardcore Henry est difficile à regarder sans avoir mal au crâne ni saigner du nez. C’est peut-être parce que, l’émulation étant si réussie, nous n’avons pas l’habitude de voir ça sans un pad entre les mains. Le résultat est irréprochable, mais l’expérience bancale. Face à un jeu, une vue à la première personne et le mutisme du protagoniste principal permettent au joueur de se projeter dans sa peau. Mais dans un film, ce sont des barrages à l’identification du spectateur. Un tel personnage demeure une coquille creuse, et entre lui et nous, il y a toujours l’écran, ce mur infranchissable.

L’action est généreuse, mais finalement, Henry, on sait pas qui c’est et on s’en fout de ce qui lui arrive. Il manquera toujours quelque chose pour nous impliquer, c’est-à-dire une manette. Mais pour le savoir, il fallait essayer.

Hyper Tension (Mark Neveldine & Brian Taylor, 2006)

Chev Chelios (Jason Statham) se réveille avec la gueule de bois et une mauvaise nouvelle. Son pire ennemi lui a inoculé un poison mortel, qui va l’affaiblir jusqu’à en mourir… à moins de stimuler en permanence sa production d’adrénaline. Mort en sursis, Chev n’a plus qu’une idée en tête : retrouver le nabot qui lui a fait ça, et buter tous ceux qui le ralentiront. En chemin, il va constamment devoir faire preuve d’ingéniosité pour se mettre la pression et rester en forme.

En 2006, Grand Theft Auto 4 n’était pas encore sorti. Les références pour la licence étaient Vice City et San Andreas. Que celui qui n’a jamais fait tout et n’importe quoi dans ce monde merveilleux lève la main ! Les réalisateurs, sûrement, et ils ont dû se dire que ça ferait un super film. Hyper tension est leur prétexte pour ça, partant d’un postulat simple pour l’exploiter jusqu’au trognon. Il est fidèle à son titre original, « Crank », qui veut dire malade, excentrique, délirant. Tu m’étonnes !

« GT là avant ! »

À l’instar des personnages de pixels Tommy Vercetti et Carl Johnson, Chev Chelios est une figure de la pègre locale, plutôt loin du sommet. Il va très vite remonter la chaîne alimentaire pour se venger. L’ennui, c’est qu’il n’a pas 20 h de jeu pour ça, mais à peine 80 mn de film. Il en profite donc pour se lâcher et faire comme tous les joueurs occasionnels à sa place : provoquer une baston dans un bar, braquer des ambulanciers, se soigner à gros coups de piquouzes, traverser un centre commercial en voiture, voler sa bécane à un flic, faire l’amour à sa copine, etc.

cinéma et jeu vidéo - Hyper tension

Mais attention ! Poison oblige, Chevy doit se donner un coup de fouet en plus. Il remplit à ras la seringue d’adrénaline, quitte à avoir un priapisme historique. Il demande à l’ambulancier de l’envoyer voler à coup de défibrillateur. Quand il chevauche sa moto, il se met carrément debout sur la selle. La scène de sexe a lieu en plein jour, au milieu de la rue. Etc. Remplissez les blancs avec moult fusillades, un sadisme gratuit (la main dans le gaufrier, rien de tel pour se réveiller), et des effets de style entre David Fincher et Tony Scott pour dynamiser le tout. Dommage que ce soit toujours cheap, et que les effets spéciaux soient au rabais.

Hyper Tension est vulgaire, imprévisible, permissif et jamais trop long pour lui faire du tort… comme une partie rapide de GTA. C’est la preuve que, quelque part, Neveldine et Taylor ont compris l’esprit des jeux de l’époque. À défaut d’avoir une adaptation au cinéma d’un jeu vidéo de la franchise, au moins, les fans ont eu ça.

john wick 3

John Wick 3 (Chad Stahelski, 2019)

John Wick (Keanu Reeves), c’est le meilleur tueur du milieu. Mais depuis qu’on a tué son chien, il s’est mis à tuer tout le monde. Parce que sa petite vengeance est allée trop loin, maintenant, le monde entier cherche à le tuer. Et cette fois, on lâche les chiens !

Depuis le début, la franchise John Wick descend du jeu vidéo. Peut-être même un peu trop, puisque recyclant ad nauseam les mêmes mécaniques, héritées notamment de Call of Duty. Dans les deux premiers volets, tout se résume à la formule « clé de bras, headshot, rebelote ». Derrière les prouesses physiques d’acteurs et de cascadeurs impliqués, une esthétique de poseur et une maîtrise technique indéniable, la routine s’était vite installée. Dieu merci, John Wick 3 embrasse enfin, non plus les motifs d’un jeu vidéo, mais bien sa logique.

Innovations de « gameplay »

On ne peut pas faire une suite sans faire mieux. Mais le monde du jeu vidéo est plus impitoyable que celui du cinéma. Il n’y a pas que le budget, le spectacle et les effets spéciaux. Le gameplay a son importance. Si vous n’étoffez pas votre proposition de jeu, les gamers se sentiront floués. On n’a peut-être pas de pad entre les mains devant un film d’action, mais on est là pour ladite action. Et en la matière, John Wick 2 tournait en rond. C’était la même chose que le 1, la même énergie, les décors, les chorés, sans vraiment aller plus loin.

John Wick 3 explose les compteurs. Chaque scène propose une idée ou un décor pour se démarquer. John tue désormais avec tout et n’importe quoi : des livres, un présentoir de couteaux, un cheval (!), sur deux roues armé d’un katana, etc. Quand ce n’est pas lui, c’est l’environnement qui change la donne : une poursuite avec des ninjas à moto, un gunfight avec des partenaires canins, ou un assaut par des adversaires blindés, empêchant les fameux headshots. N’oublions pas cette mythologie absurde que seul un jeu vidéo peut nous faire gober. Le grand manitou se cache au milieu du désert, et le monde « souterrain » n’a rien de secret, New York n’étant qu’un décor peuplé de PNJ aveugles. Mais bien sûr !

Une progression par niveaux

John Wick 3 est bête, mais dans son déroulement, aucune scène ne ressemble à la précédente. C’est grâce au renouvellement malin de leurs mécaniques, de leurs enjeux et de leurs décors. Un découpage « par niveaux » et une inventivité plus flagrante qu’avant. C’est typique d’une bonne suite de jeu vidéo et salvateur pour la franchise. Dommage que cette logique n’ait pas été reprise dans John Wick 4, préférant revenir sur le rails de la routine et de la surenchère.

Ready Player One (Steven Spielberg, 2018)

En 2045, la pollution et la surpopulation font des ravages. La plupart des gens préfèrent fuir dans l’OASIS, un monde virtuel. Il permet de concrétiser ses rêves en devenant n’importe qui et en jouant à n’importe quoi. Ils sont toujours plus nombreux à se jeter dans l’aventure depuis que James Halliday, son créateur, a révélé sur son lit de mort y avoir caché trois clés. Une fois réunies, elles permettront au détenteur d’être le propriétaire légal et absolu de l’OASIS. Le jeune Wade Watts (Tye Sheridan) va tenter sa chance, talonné par IOI, la compagnie détenant l’OASIS…

L’homme de la situation

Qui mieux que Steven Spielberg pour faire un film populaire, feu nourricier du jeu vidéo ? Certes, il a davantage alimenté la pop culture en général, qu’il n’a grandi avec les jeux. Son nom est associé à moult licences ayant marqué les esprits durablement, en tant que réalisateur (Indiana Jones, Les Dents de la Mer, Jurassic Park, ET) ou producteur (Gremlins, Retour vers le Futur, Men in Black, Transformers). N’oublions pas non plus qu’il a déjà un pied dans le monde des pixels en tant que producteur, notamment via la société Dreamworks et les premiers Medal of Honor. Steven sait ce qu’il fait et, dans une certaine mesure, de quoi il parle… même si ce n’est pas toujours ce que l’on croit.

Avec The Fabelmans en 2023, le réalisateur signait une œuvre pseudo autobiographique dans laquelle il revisitait le petit garçon rêveur qu’il était. Ready Player One ressemble à un état des lieux par l’homme. Pas besoin de chercher trop loin pour voir Spielberg sous les traits de James Halliday. Le réalisateur semble faire ici le bilan de son rêve, jusqu’où ce dernier l’a mené, et le chaos que cet héritage culturel a engendré. RPO parle ainsi plus de cinéma qu’on ne le croit, prenant même des libertés personnelles par rapport au livre, comme la citation de Shining.

Un pot-pourri prophétique

Ready Player One est un hybride pertinent entre film et jeu vidéo à cause de sa nature prophétique. L’OASIS deviendra réalité quand Fortnite aura franchi toutes les limites de la décence, et lorsque le metaverse ne sera plus seulement la vague définition d’un concept. « Rien de néfaste » répondra-t-on. Après tout, RPO est le testament du rêveur naïf en Spielberg, et un hommage épique à la pop culture. Mais cette générosité est une arme à double tranchant.

Le film ne réunit pas seulement cinéma et jeu vidéo. C’est une surcharge visuelle blindée ras la gueule de références, tenant facilement du plaisir coupable. À un moment ou un autre, toutes les figures célèbres ou obscures font une apparition, qu’elles viennent de films, de jeux ou de comics, y compris leurs déclinaisons d’un média à un autre. Ceux qui ont l’œil perçant ne comptent plus les Batman, Gundam, Tortues Ninjas, Terminator et autres Freddy qui fourmillent dans le décor, les véhicules d’Akira ou de Retour vers le Futur, les dinosaures de Jurassic Park, le géant de fer de Brad Bird, les armes des jeux Castlevania et Worms, les personnages de Halo, Street Fighter, Overwatch, StarCraft, etc. On n’a pas la place !

Le piège, c’est que cet excès est un ustensile de la méchante corporation, heureuse d’exploiter notre nostalgie pour nous faire raquer. Or, c’est déjà le cas dans la réalité, comme nous l’ont prouvé les derniers SOS Fantômes, Terminator, Indiana Jones, Marvel et DC Comics au cinéma… et bien sûr Fortnite, avec des skins en veux-tu, en voilà, des saisons « événements », et des promotions cross média (on se souvient tous du « prologue » à Star Wars Episode IX). Si ça continue, ils finiront par tous être là, comme dans Ready Player One.

jeu vidéo et cinéma

Resident Evil : Retribution (Paul W.S. Anderson, 2012)

Après les événements des films précédents, Alice (Milla Jovovich) a été capturée puis torturée sans relâche par Umbrella. Finalement, elle est délivrée par Ada Wong (Li Bing Bing) pour le compte de l’increvable Albert Wesker (Shawn Roberts). Elles doivent traverser le complexe jusqu’au point d’extraction. Une équipe de choc doit les y retrouver, constituée notamment de Luther West, Leon Kennedy et Barry Burton. Bien entendu, de cette opération dépend l’avenir du monde.

« Mais c’est une adaptation ! » vont crier en choeur les plus observateurs. En vérité, non. Ce film n’adapte nullement un jeu, et n’a plus de Resident Evil que le titre et le nom de ses personnages. Leurs caractères et leurs rôles n’ont plus rien à voir, et leur design est digne d’un cosplay au rabais. Malgré tout, ce cinquième volet de la trop longue série de films est celui qui a tout compris au fonctionnement d’un jeu vidéo. Quitte à en faire un bon film, par contre…

« Jeu » fait ce que je veux

Cela fait belle lurette que Paul W.S. Anderson n’emprunte à Resident Evil que son titre. Il préfère partir dans ses propres délires, et fétichiser sa femme à mort dans le rôle principal. Dommage qu’il ne sache pas comment réaliser ni écrire un film intéressant, autrement, Retribution serait le mariage absolu entre jeu vidéo et cinéma.

Le scénario reprend complètement les mécaniques, les idées et la narration d’un jeu, même s’il pousse plus loin la bêtise. Cette installation sous-marine, le gouffre financier qu’elle représente, et la logique commerciale défaillante d’Umbrella sont à mourir de rire. Pourtant, le découpage est typique d’un jeu. Le lieu de l’action est partagé en « niveaux » distincts, avec leurs propres décors, menaces et objectifs à remplir. La banlieue a ses zombies, New York, ses Exécuteurs, Moscou, ses ganados armés jusqu’aux dents, etc. Sans oublier le boss récurrent, un licker dopé aux hormones.

Il y a plus ! En appliquant littéralement les règles du jeu vidéo au monde « réel », Anderson défie certes la logique, mais il suscite quand même la réflexion. Sous une grosse couche de c#nnerie, il réveille nos craintes existentielles façon Matrix. On pense à cette immense chaîne de production de clones, véritables PNJ produits pour être programmés et sacrifiés à chaque nouvelle « partie ». En soi, c’est bel et bien une vision d’horreur. Si le réalisateur n’a sûrement rien pigé aux enjeux identitaires et aux doutes vertigineux que cette révélation entraîne, cette dernière a le mérite d’exister.

C’était pas sa der, mais ça vaut mieux que le reste

Quand il a une idée de scène, Paulo l’emprunte aux jeux, à James Cameron ou à Tsui Hark, parfois au plan près. Le reste est pauvre, enchaînement de cadres américains fourmillant d’effets numériques, au point que les acteurs ont l’air d’évoluer eux-mêmes dans un monde virtuel. Bref, Paul W.S. Anderson a tout oublié sur l’art de faire du cinéma.

Il faut néanmoins reconnaître qu’il a bien assimilé la narration typique d’un jeu de cette génération. Retribution donne furieusement l’impression de regarder un « speedrun » du prochain RE sur PS6. On ressentirait presque de la frustration pour ne pas pouvoir y jouer nous-même.

Connaissiez vous ces 5 films ? Que pensez-vous de leur mariage du cinéma et du jeu vidéo, de leur fidélité et/ou de leur originalité ? Avec leurs qualités et leurs défauts, pour la survie de l’art, il vaut peut-être mieux un film raté mais original ayant tout compris aux jeux, plutôt qu’une pelleté d’adaptations littérales produites sans la moindre envie ni ambition (Max Payne, Resident Evil : Bienvenue à Raccoon City, Uncharted…).

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Critique rétro : Highlander II « Mort et résurrection d’un film (de) malade »

highlander II
Highlander II

Nous sommes presque en 2024. Depuis quinze ans, Marvel et son « Cinematic Universe » ont toujours plus compliqué la vie de ses spectateurs, à grands coups de nœuds temporels et de cross-over inter dimensionnels davantage tordus et contradictoires (en commençant avec Avengers : Endgame). Ils sont surtout prétextes à faire tout et n’importe quoi pour que leur franchise à milliards de dollars survive. Afin de ne pas foncer droit dans le mur, ils auraient dû dès le début prendre des notes à propos du cas Highlander II.

Cette suite d’il y a trente ans mettait directement les pieds dans le plat. Elle partait loin dans le délire en chamboulant tout, quitte à contredire le long métrage original. Ce n’était que le début, puisqu’au fil du temps, le film a été remonté, redoublé, et ses effets spéciaux refaits pour proposer une vision un peu plus cohérente, mais aussi très différente.

Aujourd’hui, on peut dire qu’il y a deux versions de la chose. La première (version a), c’est la version ciné sortie en 1991. Elle transformait Connor McLeod en alien venu d’une autre planète, peu importe les contradictions avec le premier épisode. La dernière (version b) offre un autre regard sur les origines de ce personnage et de ses semblables, ainsi qu’une cure de jouvence artistique et esthétique. Le bond est tellement gigantesque que même Marvel n’y serait pas parvenu. Jugez plutôt.

Highlander 2, « it’s a kind of magic »

Jadis, un peuple d’immortels vivait a/ sur la lointaine planète Zeist, ou b/ à l’aube des Temps. Après avoir mené une révolte contre les armées du cruel général Katana (Michael Ironside), Connor McLeod (Christophe Lambert) fut condamné à l’exil en compagnie de son mentor Ramirez (Sean Connery). Afin de ne pas pourrir a/ leur planète, b/ le présent, leurs semblables ont pris l’habitude d’envoyer leurs rebuts a/ sur Terre, ou b/ dans le futur. Là, les exilés devront s’entretuer jusqu’au dernier, lequel aura ensuite le choix : vivre et mourir de vieillesse sur place ou rentrer enfin chez lui…

Highlander II

En 1999, la Terre est menacée par la disparition de la couche d’ozone. Pour protéger la race humaine des rayons meurtriers du soleil, McLeod, désormais mortel, participe à la création d’un bouclier d’énergie planétaire. Le soulagement fut immédiat mais de courte durée. Privée de soleil, la planète bleue devint un monde d’humidité et de ténèbres perpétuelles…

En 2024, à New York, la belle Karen Johnson (Virginia Madsen) retrouve McLeod à l’automne de sa vie. La jeune femme cherche son aide pour détruire le bouclier, qu’une corporation cupide s’obstine à maintenir. Au même moment a/ sur Zeist, ou b/ dans le passé, le général Katana, inquiet que McLeod puisse encore choisir de rentrer, décide d’envoyer des assassins pour l’achever. Mauvaise idée. Deux têtes tranchées plus tard, Connor retrouve toute sa jeunesse et sa vigueur. Comme on n’est jamais mieux servi que par soi-même, le général débarque et s’allie à la corporation pour contrer les efforts de Karen et McLeod…

La citation qui tue (version ciné)

(Karen : ) Bon, voyons si j’ai tout compris. Tu viens d’une planète très lointaine. Tu es mortel là-bas, mais immortel ici, jusqu’à ce que tu aies tranché la tête de tous les autres comme toi. Alors tu redeviens mortel. A moins que d’autres types débarquent de là-bas, auquel cas tu redeviens immortel. Jusqu’à ce que tu leur coupes à nouveau la tête, alors tu redeviens mortel. C’est ça ?
(McLeod : ) Approximativement.
(Karen : ) Bien sûr, oui. Approximativement.

Highlander II

Quand ton film atteint le fond, tu ne peux que le re-monter

En vérité, nous allons vite faire le tour du cut original. Outre des idées de scénario catastrophiques, une production cauchemardesque en Argentine a fait exploser le budget, n’autorisant pas la grande fresque de SF épique qu’on était en droit d’attendre. Pour ne rien arranger, un couac dans la gestion des effets spéciaux en post prod a rendu le ciel rouge, ce qui contraste avec la photographie sombre et bleutée du film. À cause de tout ça, plus un montage déjà bordélique, Highlander II était pénible à regarder, pour ne pas dire douloureux. Si personne n’y avait rien fait, ce serait resté un gâchis intégral.

C’est donc surtout de la Renegade Version dont nous allons parler. Elle n’est pas si récente, puisqu’elle était sortie en 1996 sur support Laser Disc. Le film y était remonté et affublé de scènes supplémentaires changeant la donne. En 2009, grâce aux joies du numérique, cette version ressortit en DVD avec de nouveaux effets spéciaux. Le ciel troquait ainsi son rouge agressif et ses textures dégueulasses contre un bleu glacial, plus esthétique et propre, en accord avec la lumière d’origine. Grâce à ces ajustements, le nanar vieillot ressemblait dorénavant à un DTV prestigieux, et le visionnage s’avérait bien plus confortable.

Highlander II
AVANT / APRES

La chronique immortelle

L’histoire s’avère tout de même intrigante. Highlander II avait un caractère fichtrement prémonitoire. En plus de se dérouler demain, en 2024, tous les germes d’un grand succès populaire d’aujourd’hui s’y concentraient en un maelström d’idées folles. Le souci, c’est qu’elles étaient difficiles à concrétiser à l’époque.

Sur le papier, on a une fresque épique mâtinée de SF à la fois fantaisiste et d’anticipation (façon New York 1997 de John Carpenter). Le héros solitaire et torturé est venu d’un monde lointain et opprimé, et entrevoit une possible rédemption pour sauver à la fois son peuple et le nôtre. De vieilles amitiés renaissent, et un vieil ennemi ultra méchant réapparaît pour tout foutre en l’air. Combats à l’épée, poursuite aérienne, explosions, etc. Une formule qui préfigure 90% des blockbusters actuels.

L’univers urbain pourrissant et le cynisme sont bien plus présents que dans la version ciné, et rappellent beaucoup la filmographie de Paul Verhoeven (Robocop, Starship Troopers). Et il faut compter avec un message écolo qui s’avère toujours plus d’actualité aujourd’hui. Tout ça dans une ambiance gothique, sous une photographie contrastée et au milieu de décors baroques, empruntant à la fois au steam punk, à l’expressionnisme allemand, au film noir et aux comic books ! New York en 2024 rappelle Gotham City, emprunte une partie de son design futuriste à Blade Runner, et préfigure même la future « Dark City » du film culte d’Alex Proyas. Bref, niveau comparaisons, que du bon ! Sauf que…

Et là, c’est le drame

Dépassé par ses ambitions et/ou trop en avance sur son temps, Highlander II souffrit d’une production cauchemardesque. Suite à une crise économique en Argentine, lieu du tournage, les coûts se sont envolés, et avec eux, les capacités de l’équipe à bosser proprement. Les monteurs ont ensuite fait au mieux avec ce qu’ils avaient, pour un résultat violant la continuité géographique ou les lois de la physique (cf. cette fin alternative, franchement « magique »).

Le film ne fut pas gâté non plus par son scénario, transformant notre Totof des hautes terres d’Ecosse en Lawrence d’Arabie interstellaire. Pourquoi pas, si les faits ne contredisaient pas complètement ceux du film précédent. Il s’appelle déjà McLeod avant de dégager de sa planète ? Et que reste-t-il du rapport aux Highlands écossais ? Est-ce que ce monde est sérieux ?!

Highlander II

Une sacrée différence !

Après presque vingt ans de remontage, reshoot, redoublage et lifting numérique, la Renegade Version offre la vision la plus positive du film. L’histoire et ses enjeux s’en retrouvent subtilement modifiés, et même si Russell Mulcahy ne veut plus en entendre parler, ce Highlander 2.1 contient en lui des parcelles de majesté.

Il faut voir l’introduction à l’opéra, où McLeod se remémore son passé guerrier parallèlement au spectacle sur scène. Tandis que se joue « Le Crépuscule des Dieux », un long plan de grue survole la salle pour finir sur notre héros vieux et affaibli. On sent tout de suite l’ambition d’une authentique épopée, confirmée à intervalles réguliers par des scènes épiques et/ou artistiquement travaillées.

Par rapport au montage ciné, les flashbacks sur le passé de McLeod sont adroitement réorganisés, et la planète Zeist a donc été troquée contre des voyages temporels. Cela permet de combler certaines incohérences (mais pas toutes). Les immortels ne sont plus des extraterrestres, mais des espèces d’Atlantes issus d’un lointain passé, qui préfèrent ne pas polluer leur présent en envoyant leurs criminels dans le futur. Pour renforcer cette proposition, le doublage a été refait, et quelques bidouillages digitaux ont servi à masquer les preuves d’un monde trop alien, comme l’épave d’un vaisseau spatial devenue une cité du désert, faisant fortement penser à Dune/Arakis.

Ce correctif tardif s’avère plus intéressant et à propos. Après tout, la saga parle de gens qui traversent les âges. Et ces déplacements dans le temps répondent indirectement à d’autres questions fâcheuses, comme pourquoi le général Katana attendrait 500 ans avant de venir faire la peau à McLeod. Par contre, la VF, pourtant elle aussi flambant neuve, n’a supprimé aucun rapport à Zeist… Il vaut donc mieux l’ignorer.

Highlander II

Du progrès, mais pas de miracle

Malgré tous ces heureux changements, Highlander II reste un coup manqué. En cause : trop d’incohérences scénaristiques, un personnage féminin « facile » (malgré sa fabuleuse interprète, Virginia Madsen), des costumes dignes de la série télé Stargate SG-1, la coupe de cheveux de Christophe Lambert, Michael Ironside singeant le Kurgan du film précédent, l’absence du thème mythique par Queen… 

Globalement, certaines scènes restent mémorables et gardent un impact certain. Mais d’autres sont plombées par une mise en scène plate et peu inspirée, souvent due aux conditions de tournage. On pense notamment à un pitoyable combat à mains nues sur une jeep, tourné des années plus tard pour cette version, ou au retour saugrenu de Ramirez, aka Sean Connery, au beau milieu d’une représentation de Hamlet !

Que reste-t-il à voir dans Highlander II ?

On ne peut franchement pas critiquer les intentions. Highlander II était un pari gonflé, la refonte de toute sa mythologie pour la rendre encore plus épique et grandiose, avec une atmosphère et des enjeux dignes d’un formidable manga japonais. Hélas, le résultat ignore presque complètement le film précédent. Certaines scènes sensibles versent dans le comique involontaire, et la mise en image figée des scènes d’action ne peut sortir le métrage du carcan réducteur des années 1980 et de leurs clichés esthétiques. Un problème duquel se serait bien mieux sorti James Cameron, mais on ne mélange pas visionneurs et visionnaires.

Par rapport au film original, on ne peut que recommander la Renegade version de Highlander II, même si ça reste entre guillemets. Par la magie du bidouillage, la série Z nanardeuse est certes devenue un petit B sympathique, mais on est loin du blockbuster épique qu’il aurait dû être. Ce recut rend au moins justice à une épopée tombée en disgrâce aux yeux des fans, à cause de suites insipides comme l’inutile Highlander III, le honteux Endgame, le minable The Source et la passable série télé avec Adrian Paul en vedette. Seul le film animé réalisé par Yoshiaki Kawajiri en 2007 redressa un tantinet le niveau, en attendant que des producteurs courageux relancent la série sur de nouvelles bases.

Pourquoi ne pas justement s’inspirer de ce director’s cut, et ainsi exhumer les restes d’une grande saga de SF trop rapidement tuée dans l’œuf ?

Highlander II

La scène immortelle

On se souvient toujours du tout premier quickening du film, et le premier pour McLeod depuis 25 ans. Après avoir été attaqué par deux tueurs envoyés par le général Katana, la momie de Christophe Lambert mène un duel mollasson qui le conduit à arpenter les passerelles surplombant les rues. Au passage d’un train de marchandises (au milieu de la rue, oui oui), les deux adversaires tombent sur la chaussée. Le méchant se fait décapiter sous les roues du véhicule, effet saisissant à l’appui.

McLeod recule d’un air effrayé. Il anticipe ce qui va se passer. Nous aussi. Un arc électrique s’extirpe lentement par le cou tranché du défunt, puis se met à ramper telle une araignée en quête de proie. Elle saisit le vieillard affaibli et le pénètre entièrement, provoquant un long et déchirant cri de douleur. Des chœurs s’intensifient peu à peu… Puis l’Apocalypse se déchaîne.

Quand McLeod surgit des flammes, rajeuni, il échange un regard avec son prochain adversaire, lui coupant l’envie de rire. Ça va barder !

Une envolée spectaculaire et presque lyrique, comme il y en a d’autres dans le film, immédiatement gâchée par un moment de pure zéderie, comme les autres. Cricri bondit tel Marty McFly sur le hoverboard de sa première victime, pour se lancer dans un duel aérien avec l’autre lascar qui, pour l’occasion, s’est fait pousser des ailes dans le dos. Sans commentaire…

Highlander II

En résumé pour l’éternité

Voilà comment décrire le mieux Highlander II, tous montages confondus : poissard dans sa confection, généreux dans ses intentions, mais perpétuellement sur le fil à l’écran. On y trouve au moins cent raisons de le détester, mais tout autant de prendre plaisir à le redécouvrir. Surtout, pour peu qu’on ait l’imagination fertile, on peut entrevoir le film formidable qu’il aurait pu être, et la saga spectaculaire et populaire qu’il aurait pu engendrer. À la place, on a a eu le MCU…

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Critique : Indiana Jones et le Cadran de la Destinée « La Malédiction de la Redondance »

Indiana Jones et le Cadran de la Destinée
Indiana Jones et le Cadran de la Destinée

Indiana Jones et le Cadran de la Destinée débute dans les Alpes, en 1944. Indiana Jones (Harrison Ford) et son comparse Basil (Tobey Jones) affrontent des nazis en fuite à bord d’un train, pour sauver tous les trésors culturels qu’ils ont dérobés. Dans la bagarre, nos héros récupèrent la moitié de l’Anticythère, un cadran conçu il y a 2000 ans par le savant grec Archymède.

New York, 1969. Helena (Phoebe Waller-Bridge), la fille de Basil, contacte Indy fraîchement retraité pour qu’il l’aide à mettre la main sur le cadran entier. Mais les sbires de Voller (Mads Mikkelsen) convoitent aussi l’objet, convaincus qu’il a le pouvoir de détecter les failles dans l’espace-temps…

Le cinquième tour de piste d’Indiana Jones n’est pas mauvais. C’est un film d’aventures soigné, respectueux des codes, pour ne pas parler de clichés. Il a de quoi ravir les amateurs de chasse au trésor et d’aventure un tant soit peu dépaysante. Pourtant, même si c’est pas nul, nombreux sont ceux à trouver que ce n’est pas « bien ». Peut-être parce que c’est un miroir aux alouettes ? Car Indiana Jones et le Cadran de la Destinée est victime d’une malédiction des temps modernes, celle de la redondance.

Les Aventuriers du Succès perdu

Pour aboutir à Indiana Jones et le Royaume du Crâne de Cristal en 2008, George Lucas avait mis des années à convaincre Steven Spielberg de remettre ça, insistant beaucoup sur un McGuffin à base de SF désuète et d’aliens. Suite à l’accueil tiède du film, l’on était réticent à retrouver l’archéologue. Et puis, comment allaient-ils se mettre d’accord pour un numéro cinq ?

Après avoir gâché Star Wars, on accusait Lucas d’avoir aussi ruiné Indiana Jones, que ce soit le scénario, l’orgie de CGI ou le casting en roue libre. En 2015, il vendit son âme au Diable Lucasfilm à Disney, fatigué de se faire vomir dessus. Les fans ont alors crié « hourra ». Selon eux, plus de George, plus de problème.

Aujourd’hui arrive Indiana Jones et le Cadran de la Destinée. Le discours assassin des fans reste inchangé, sauf que maintenant, c’est Disney qui trinque. Après avoir lessivé la galaxie très lointaine, et brièvement sorti Willow d’un tiroir, Indy était le dernier joker de Lucasfilm pour revenir en grâce.

Mais Disney-Marvel a redéfini la formule des blockbusters, sur le papier comme à l’écran. Désormais, tous leurs gros films se ressemblent, peu importe les talents impliqués : CGI et scénario de plus en plus bâclés, priorité à l’inclusivité, et saisir toutes les opportunités de prolonger la franchise. La Guerre des Étoiles en a fait les frais. À quel point cela impacte-t-il le dernier coup de fouet de l’archéologue au chapeau ?

Le Royaume du Cadran de la Destinée

De l’aveu de Disney, promo oblige, ils comptent nous faire oublier Le Crâne de Cristal et « corriger » les erreurs passées. Bref, ils vont « cancel » ce que la majorité non silencieuse n’a pas aimé. Une démarche typique de notre époque.

Alors que Jason Bourne et les Transformers sont passés par là, quand les réalisateurs les plus « hype » sont au mieux académiques, au pire analphabètes de l’image, et où le cynisme de leurs entreprises n’a plus aucune limite, c’est presque un rêve éveillé de faire revenir Indiana Jones, un monument du serial insouciant et parfois campy. C’est oublier l’objectif premier de cet épisode tardif : maintenir la propriété intellectuelle en vie.

On nous le promet, Indy ne reviendra plus au ciné. Mais des jeux vidéo, comics et autres produits dérivés sont prévus. Et Disney a déjà sa formule, rodée avec Star Wars. Dans une mythologie où la galaxie est pourtant vaste et offre toutes les possibilités, ils ont déjà ressorti plus que de raison les vieilles gloires. On en revient toujours à Luke, Solo, Dark Vador, Obi Wan, etc.

Indiana Jones et le Cadran de la Destinée

Les nouveaux personnages n’ont d’aura que s’ils croisent, et potentiellement, supplantent ou tuent les héros du passé. Leur fantôme ne cesse pourtant de les hanter, comme il poursuit les fans ou des producteurs trop peureux d’aller de l’avant. Pour calmer le jeu, on rejoue les mêmes scènes ou on recycle les mêmes ficelles. Exemple édifiant, Le Réveil de la Force fut un décalque sans subtilité de Un Nouvel Espoir. C’est la raison pour laquelle il est aimé par la moitié du monde (« Vous savez si bien ce qu’on aime ! ») et détesté par l’autre (« Bande de feignasses opportunistes ! »).

Bis repetita

Est-ce vraiment une coïncidence si Indiana Jones et le Cadran de la Destinée commence exactement comme Le Royaume du Crâne de Cristal ? Saluons l’effort de la firme aux grandes oreilles. Cette fois, au lieu de refaire un film adoré comme avec l’épisode VII de Star Wars en 2015, ils tentent de réécrire le plus polémique de la série.

À une époque où Indy fait face à sa fin symbolique suite à une révolution scientifique (le nucléaire hier, la conquête spatiale aujourd’hui), un.e jeune gaillard.e lié.e à un vieil ami lui propose une quête basée sur les gribouillis du disparu. Ensemble, ils trouvent un McGuffin (le Crâne de Cristal/la moitié de l’Anticythère), puis se lancent dans une course-poursuite contre des méchants Russes/Néo-nazis. Entre-temps, le Docteur Jones est recherché pour trahison/meurtre par les autorités. Le temps que le film soit terminé, on aura pourtant complètement oublié cette sous-intrigue.

Sur le papier, le film est déjà grandement redondant avec celui qui l’a précédé. Il fallait au moins une approche, une réalisation et des effets convaincants pour ne pas vendre la mèche.

Quand Mangold manie Indiana Jones et le Cadran de la Destinée

Steven Spielberg ne rempile pas. Avec la bénédiction de ce dernier, Disney choisit un remplaçant pour sa capacité à s’adapter plutôt qu’à surprendre.

Il s’agit de James Mangold, réalisateur acclamé de Logan et Le Mans 66. Il a déjà prouvé être plus doué et inventif avec une caméra que JJ Abrams, l’homme qui avait ressuscité Star Wars. Toutefois, on devine qu’il est convié avec la même idée en tête. Abrams devait apporter la même énergie que celle insufflée à ses reboot de Star Trek. On attend de Mangold qu’il traite l’archéologue comme le mutant griffu dans le film éponyme. Ajoutez une nomination à l’Oscar du meilleur film pour Le Mans 66, et vous avez un point de plus pour la future reconnaissance critique.

En conséquence, le film sent moins l’amour et l’envie des précédents opus (oui, même le 4). Par contre, on décèle la frilosité de son meneur, ainsi qu’un cahier des charges typiquement disneyien depuis dix ans. Il s’agit de rester dans les clous et d’assurer le fan service, tout en y apportant plus de pep’s grâce à une louche de jeunisme et d’inclusivité. Malgré l’application du cuistot suppléant, la « recette Indy » n’est plus vraiment la même, et le goût a quelque peu changé.

« Du Spielberg » sans Spielberg ?

Mangold a promis deux choses. Il s’appliquerait à « faire du Spielberg » de son mieux, et il ne chercherait pas à « déconstruire » le héros.

Pour la première, c’était perdu d’avance. Personne ne peut remplacer le réalisateur des Dents de la Mer et E.T. Au découpage ultra lisible et à la précision du maître succèdent des scènes d’action classiques, à la visibilité parfois limite. C’est soit à cause d’une obscurité censée cacher des CGI imparfaits (quoique le de-aging du héros s’avère souvent convaincant), soit la faute à un montage précipité. Au moins, la photographie nous rappelle-t-elle, occasionnellement, les belles heures de la saga.

Indiana Jones et le Cadran de la Destinée

On serait quand même faux-cul de dire que c’est mauvais. Le film a le mérite de trancher esthétiquement avec tous les Marvel génériques, et sa cinématographie les domine sans peine. On est juste deux crans en dessous de ce dont on avait l’habitude. De Spielberg, Mangold n’a pas l’humour, la richesse, le dynamisme, ou encore le souci du détail. C’est encore plus flagrant lorsqu’il refait malgré lui des passages déjà vus, dont certains il n’y a pas si longtemps.

Il n’y a qu’à comparer la scène du bar avec celle du quatrième opus, entre Indy et le.la petit.e jeune. Dans le film de 2008, l’image parle. Le cadre est constamment rempli. Il se passe toujours quelque chose au premier plan comme à l’arrière plan. Les gestes de Mutt et Indy en disent long sur leurs caractères respectifs, tandis qu’ils livrent l’exposition de l’intrigue par le dialogue. Cinématographiquement, c’est extrêmement généreux, plus que ça n’est en droit de l’être. Dans Le Cadran de la Destinée, le bar est désert, et Mangold enchaîne exclusivement des champs/contre-champs pour filmer la conversation. À ce stade, la mise en scène n’est plus seulement classique, mais carrément mortifère.

Le manque d’enthousiasme se ressent jusque dans la BO de John Williams. Si le compositeur nous gratifie encore de jolies compositions, c’est la première fois qu’il recycle autant son travail. La redite se cantonnait à quelques notes liées à des personnages ou à des motifs (Marion, Henri Jones, l’arche d’alliance, etc.). Plus maintenant.

Détruire, une tradition hollywoodienne

Indiana Jones et le Cadran de la Destinée est également redondant avec tous les gros films surfant sur l’héritage de leurs franchises. Star Wars, Jurassic World, SOS Fantômes ou Terminator Dark Fate, pour ne citer qu’eux… À partir des années 2010, la consigne semble avoir été « détruire pour ne rien construire derrière ».

Quand Mangold dit qu’il ne voulait pas déconstruire le mythe, on veut bien le croire. Malgré l’humiliation de l’âge (ce qui est naturel), il filme Jones avec tendresse. Et à l’instar du film précédent, le fedora ne change pas de mains. Toutefois, Le Cadran de la Destinée s’évertue à « détruire » son héros. Indy est vieux, grincheux, rincé, seul et amer. Il passe les dernières années de sa vie dans un monde dont la modernité le dépasse, voire le déprime complètement. Pas sûr que les fans avaient envie de voir cette morosité, pour ne pas dire cette noirceur. Mais si c’est bien fait, pourquoi pas ?

C’est oublier que c’est un film de commande, et qu’encore une fois, Disney a des cases à cocher. La franchise doit survivre, mais le pari est compliqué. D’un côté, les post millenials s’en foutent vraiment d’Indiana Jones, quand Fast and Furious a dominé le box office pendant dix ans. De l’autre, les vieux ne veulent voir personne d’autre que Ford dans la peau de l’aventurier. La solution ? Plutôt que de le remettre inutilement sur pieds, il faut introduire un successeur spirituel, susceptible de plaire aux spectateurs d’hier comme d’aujourd’hui.

La fille(ule) d’Indiana Jones

Le fils légitime du personnage, Mutt Williams (Shia LaBeouf), n’avait pas convaincu en héritier. Mais comme le soulignait le dernier plan du Crâne de Cristal, remplacer son père n’avait jamais été l’idée. C’était une bonne chose. Malgré les (grosses) faiblesses d’écriture du précédent film, Mutt était un sidekick, un personnage haut en couleur, qui tranchait avec la personnalité et les talents de son géniteur. Leur association était inoffensive, sans conflit ni ambiguïté.

Certes, on était loin de la relation père-fils de La Dernière Croisade, vingt ans auparavant. Mais cette dernière était différente, riche en opposition. Henri Jones Senior (Sean Connery) était un binôme adéquat, un contrepoids à son fils, puisqu’il n’était que prof de fac et pas du tout un homme d’action. Il amenait des pistes dans la quête du Graal, mais aussi le recul et la philosophie qui manquaient à Indy dans la vie. Chacun contribuait autant à l’intrigue qu’au cheminement personnel de l’autre.

L’idée du Cadran de la Destinée est clairement d’imposer un personnage pour lui confier l’avenir de la saga. Le souci, c’est que sa mise en valeur prévaut sur la logique d’écriture et une certaine pertinence.

Helena Shaw déplaît à tellement de monde qu’ils lui reprochent de promouvoir agressivement le « female empowerment », la femme forte selon Lucasfilm et sa présidente, Kathleen Kennedy (comme avec Rey dans la postlogie Star Wars). En retour, cette dernière les traite de rabat-joie et d’anti-féministes, comme on agite la carte « sortie de prison » au Monopoly. Une manière de détourner l’attention du vrai problème.

« Le monde est trop petit pour nous deux. »

Si Helena avait été une gosse de 13 ans ou un autre fils caché d’Indy, cela aurait-il changé l’indignation suscitée chez les puristes ? Probablement pas. Le vrai souci vient de la redondance que son écriture entraîne.

Le personnage n’est pas plus insupportable qu’on pouvait le craindre, étant donné le CV de son interprète. Il ne faut pas s’étonner si Phoebe Waller-Bridge rejoue Fleebag. L’actrice n’a décidément qu’une corde à son arc, et va s’en servir jusqu’à ce qu’elle pète. Ce n’est pas différent de Schwarzenegger ou Louis de Funès. Ce qui compte, c’est dans quoi on les jette.

Ne pas aimer Helena parce qu’on est sexiste, c’est vraiment être un conn@rd. Mais critiquer le personnage ne veut pas dire qu’on est anti-féministe ! Dans le cas de Indiana Jones et le Cadran de la Destinée, il y a un réel problème d’écriture. Ce n’est même pas un « problème », puisque conséquence d’un choix volontaire et sans concession : remplacer le héros en titre, quitte à le faire trop vite.

Helena n’est pas seulement supérieure physiquement à Indy, grâce à ses 40 ans de moins. Elle en sait constamment plus que lui sur ce fameux cadran (grâce aux recherches de son père), mais elle a aussi plus de jugeote. Si Indy était capable de briller en retour, les sarcasmes de la demoiselle ne seraient que de l’humour. Sauf qu’elle n’est ni un sidekick comme Mutt, ni un buddy comme Henri. Ils ne sont nullement complémentaires l’un l’autre.

Indiana Jones ne contrebalance rien qui fasse défaut à sa filleule, ni ne lui apporte quoi que ce soit. Le caractère et les agissements de cette dernière ne sont d’ailleurs jamais clairs, et semblent changer selon les besoins du scénario. Elle est égoïste, mais finalement sensible ? Cupide, mais en réalité, altruiste ? Exaltée, mais au bout du compte, consciente du poids de ses actes ? Etc.

C’est la même en « moins »

La virulence des retours sur Internet est, comme toujours, disproportionnée. Mais l’on peut comprendre l’aigreur saisissant la plupart des fans. Ici, Indiana Jones n’est pas obsolète, à savoir, encore capable d’accomplir sa fonction, même moins efficacement. Il devient carrément superflu, inutile dans le film portant son nom.

Helena, c’est la même avec des cheveux longs, une caractérisation marquante en moins (elle n’a aucun attribut propre et iconique, comme le chapeau ou le fouet). Ce qu’Indy sait, elle le sait. Ce qu’il ferait, elle le fait à sa place. Elle a même son propre Demi-Lune en la personne de Teddy (Ethann Isidore) qu’elle a rencontré de la même manière. C’est toujours elle qui les sort d’une situation compliquée, sinon par l’entremise de Teddy, ou qui étale sa science. Quand Papy résout un puzzle, elle pourrait le faire à sa place, puisqu’elle lui souffle la réponse.

Indiana Jones et le Cadran de la Destinée

Indy ne justifie sa présence qu’en tant que « type qui connaît un type ». Or, c’est une pirouette scénaristique qu’on aurait pu attribuer à Helena. « Objection ! Dans le tombeau en Sicile, Indy résout pourtant l’énigme ! » Oui, mais vu le niveau Journal de Mickey de la chose, on voit mal Miss Je-sais-tout ne pas en venir à bout, si le scénariste lui avait laissé une minute de plus.

Dans un film appelé Indiana Jones et le Cadran de la Destinée, Helena Shaw rend redondant le héros éponyme, au point qu’il ne sert plus à rien. On ne le cache même plus dans le dernier acte, Indy devenant simple spectateur des événements fantastiques se déroulant autour de lui. Son dernier morceau de bravoure au cinéma sera de… sauter en parachute, ce que Helena, encore, aurait très bien pu faire.

À imposer d’emblée la demoiselle comme figure héroïque et héritière forcée, on passe peut-être à côté d’une belle opportunité. Avec son attitude de jeune louve ouverte à la confrontation, plus dynamique que le héros, s’opposant à sa stature et à sa pertinence dans cette course au trésor, Helena n’a pas tant le profil d’une partenaire que celui d’une… antagoniste. Elle aurait pu en être une très bonne, avant de faire front commun contre les nazis et de justifier beaucoup mieux son changement de priorités.

Mais bon. Tout ceci est-il vraiment un problème, du moment que le divertissement est là ?

Indiana Jones et le Cadran de la Destinée

Nostalgie, ce doux poison

C’est là que la nostalgie est brillamment, et sournoisement, exploitée par Lucasfilm et Mangold. En tout cas, mieux que dans la postlogie Star Wars. Ici, les figures emblématiques ne sont pas ramenées au compte-goutte après la longue introduction de jeunots à l’intérêt discutable. Nous commençons en compagnie d’Indy, la vedette, pour peu à peu le voir relégué au rang de second couteau.

Durant les trente premières minutes, le prologue montre le héros titulaire au pic de sa gloire, affrontant des centaines de nazis avec la niaque qu’on lui connaît. Puis, nous subissons le choc de son existence misérable au présent. L’amertume et la mélancolie qu’il dégage parviennent à nous toucher. Surtout, on attend impatiemment qu’il sorte de cette torpeur et retrouve un peu le feu sacré. Ça n’arrivera jamais.

Dès l’arrivée d’Helena, il n’est plus qu’un témoin passif bringuebalé au fil de l’eau, même si ses initiatives et ses premières scènes d’action veulent nous convaincre du contraire (la course à cheval en pleine parade, la poursuite en tuk-tuk à Tanger).

Bercés par nos souvenirs, nous croyons qu’Indiana a encore une place centrale et légitime dans cette histoire. Après tout, même dans le quatrième film, il prenait part à une quête dont il ne voulait jamais. Mais il restait un héros d’action et élucidait des mystères. Il était encore actif, à défaut de proactif. Il réagissait à ce qui lui arrivait, à défaut d’aller spontanément de l’avant.

Trop vieux pour ces c#nneries

Aujourd’hui, Henri Jones Jr a quatre-vingt piges et le corps en miettes. Il ne peut plus s’adapter aussi facilement, sauter d’une falaise ni affronter des tanks. C’est donc sa dernière aventure qui s’adapte à cette réalité. Le rythme, et surtout, les dangers se calment considérablement. Petit à petit, on abandonne les exploits physiques pour caser tant bien que mal le héros dans la suite des événements.

La scène sur le train en 1944 est la plus over-the-top. Par la suite, la poursuite à cheval est brève et linéaire. Puis le chassé-croisé à Tanger, l’occasion de rester surtout derrière un guidon, malgré le bordel environnant. Après ça, nous ne verrons plus de scène aussi énergique.

Indiana Jones et le Cadran de la Destinée

Dans Indiana Jones et le Cadran de la Destinée, c’est le contexte qui assure le spectacle, et non l’exécution à l’écran : la parade et ses milliers de figurants et confettis, le chaos à Tanger, et bien sûr, le dernier acte grandiloquent. En réalité, la course à cheval est expédiée et sans relief, le chassé-croisé en tuk-tuk multiplie les intervenants pour noyer le poisson, et le final se déroule sans que personne n’ait à lever le petit doigt. L’aventure est à l’image de son héros, c’est-à-dire gériatrique.

Durant le prologue, Voller révèle que la relique convoitée par les nazis est une copie dénuée de pouvoirs. Quelque part, c’est un aveu de ce qui attend le spectateur. Un peu à la manière du fondu enchaîné au début du Crâne de Cristal, quand la montagne Paramount devenait une motte de terre, comme pour nous dire de revoir nos attentes à la baisse.

Belle contrefaçon, mais contrefaçon quand même

La saga Indiana Jones a déjà entraîné des déclinaisons (Benjamin Gates et le Trésor des Templiers) ou des comparaisons faciles (A la poursuite du Diamant Vert, Sahara). Il faut bien avouer que dernièrement, quand on est fan de la formule, on se retrouve à la diète. Or, Le Cadran de Destinée, s’il déçoit beaucoup de monde, fait mieux que sa pitoyable concurrence (Uncharted).

Même si l’aventure suit des rails, ils sont solides. Le trésor est original (= jamais exploité avant) et le périple se laisse suivre. C’est juste que, sans l’apport de Spielberg, avec le minimum syndical proposé par John Williams, à cause d’intentions d’écriture douteuses et de CGI envahissants, et souffrant d’une bonne demi-heure en trop (un autre fléau des blockbusters modernes), Indiana Jones et le Cadran de la Destinée ressemble à une copie des films précédents. Ce faisant, il devient redondant avec les imitateurs l’ayant précédé.

Cela se ressent jusque dans de petits détails, susceptibles de faire tiquer consciemment ou non. Avec le fondu enchaîné ouvrant le film, désormais basé sur le logo de Lucasfilm, au lieu de celui de Paramount. Dans le manque de plans vraiment iconiques. Dans le de-aging de Harrison Ford, presque parfait, mais dont le jeune visage contraste avec la vieille voix. Avec des changements cosmétiques, comme le nouveau design de la mappemonde, plan signature de la série. Peut-être même dans les méchants, les plus fades de la franchise, malgré le talent de leurs interprètes (Mikkelsen, Holbrook, Wilson).

Le film bénéficie du minimum de soin attendu, et il s’applique à reproduire tout ce qu’on aime. Rien que ça, ça le rend unique dans le paysage ciné de cet été, et le distingue du tout-venant super-héroïque. Cela étant, une contrefaçon, même de qualité, demeure une contrefaçon. La présence de Harrison Ford ne peut rien y faire. Le Cadran de la Destinée, c’est sympa, mais c’est juste Indiana Jones en moins frais, moins excitant et moins amusant. (« N’essayez pas d’être drôle », rétorque d’ailleurs le héros après une vaine tentative d’humour.)

Indiana Jones et le Cadran de la Destinée

Pour ceux chez qui la nostalgie agit comme une dose de morphine, recycler l’imagerie familière de la saga suffit à faire passer la pilule. Honnêtement, il n’y a pas de honte à ça, ni de raison de bouder son plaisir. L’exécution est honorable. Dommage qu’il n’y ait pas de scène ni de motif aussi marquants que dans les originaux. Aucune folie ni audace ne se dégage de ses pourtant nombreuses opportunités (comme le délire qu’offre le cadran dans le dernier acte, plus radical que ce que la série a offert avant, et pourtant, si sage).

En résumé : un adieu dans l’air du temps

Indiana Jones et le Cadran de la Destinée est trop symptomatique de son époque. Il détruit comme d’autres avant lui une mythologie et ses personnages, sans rien bâtir derrière. Une impasse commerciale et créative pour Disney, mais une logique thématique pour la série.

Pourtant, Mangold fait les choses « bien ». Le poison agit insidieusement, la nostalgie étant censée anesthésier les esprits prisonniers du passé. Heureusement qu’il y a ça, car suite à un prologue 100 % Indy, ce dernier n’est plus le personnage central. Face à sa filleule, il ne devient pas seulement obsolète ou archaïque. Helena le rend carrément redondant, caduc au sein du film qui porte pourtant son nom.

Ceci explique sûrement l’accueil tiédasse du métrage. Ceux qui aiment « aiment bien », saluant un divertissement efficace et un ou deux passages touchants. Ceux qui détestent tirent à vue sans hésitation, refusant d’en voir les indéniables qualités. C’est un blockbuster à l’ancienne et soigné, certes un peu trop radical dans ses intentions. Mais il a la décence de ne pas bâcler le travail comme les derniers Star Wars.

Indiana Jones et le Cadran de la Destinée

On est quand même forcé malgré nous à dire adieu à la magie et aux étoiles dans les yeux. Elles ont été remplacées par des tours de passe-passe et des paillettes. Ce n’est pas « si » grave. Ce qui compte, c’est d’y trouver du plaisir. Qu’il tienne à nos souvenirs ravivés une dernière fois, ou à nos exigences sérieusement revues à la baisse depuis quelques années.

Indy est mort. Ç’aurait dû être mieux, mais ç’aurait pu être pire. C’est déjà ça.

LES + :

  • Revoir Indiana Jones sur grand écran une dernière fois.
  • Un film aux qualités artistiques et esthétiques indéniables.
  • De nos jours, on a droit à trop peu de films d’aventures et chasses au trésor de qualité pour bouder notre plaisir.

LES – :

  • Revoir Indy comme ça, si ça doit être la dernière fois.
  • Mangold n’est pas Spielberg. Du coup, on dirait une contrefaçon d’un film de la franchise.
  • Les intentions du studio court-circuitent trop les intentions d’écriture.

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Critique rétro : L’Effaceur (1996) « Le baroud d’honneur du futur gouverneur »

L'Effaceur

John Kruger (Arnold Schwarzenegger) est L’Effaceur, meilleur agent de Witsec, le programme de protection des témoins. Il est célibataire et sans histoire, patriote et plein de moralité. Il travaille seul et réussit toujours sa mission, même dans l’improvisation. Lorsqu’il accepte de prendre en charge Lee Cullen (Vanessa Williams), John découvre vite que la jeune femme est la cible d’agents corrompus du gouvernement, à la tête desquels opère son mentor DeGuerin (James Caan). L’enjeu est le témoignage de la belle dans une affaire de trafic d’armes futuristes, des fusils EM capables de tirer à la vitesse de la lumière. Seul contre tous, trahi et très remonté, Kruger va tout faire pour garder en vie sa « love interest ». Fort heureusement, en plus de ses muscles et de son talent, il pourra compter sur l’aide bénévole de quelques-uns de ses anciens protégés…

Avant son mandat de gouverneur de Californie en 2003, Arnold Schwarzenegger, c’était Conan le Barbare et Terminator. C’était aussi des métrages cultes à l’épreuve du temps. Les succès de Total Recall, Predator et True Lies sont autant dus à sa présence qu’à leurs réalisateurs talentueux. Mais si le mythe Schwarzy est né de chefs-d’œuvre, la carrière de l’homme est pleine de projets allant de « honnêtes et bien dans leur époque » (Le Contrat, Commando) à « salement opportunistes et/ou anachroniques » (La Fin des Temps, Dommage Collatéral, Terminator 3).

Sur son CV, L’Effaceur apparaît comme le titre charnière entre son passé glorieux et un futur obscur, soit l’inverse de ce que promet l’accroche du film (« Il effacera votre passé pour protéger votre avenir »). La formule de l’actioner bourrin a certes fait ses preuves, tout comme le concept indémodable qu’est l’acteur. Hélas, ce film est un blockbuster boiteux, ainsi qu’une première esquisse de l’idéologie qui parasitera une part de la filmo de la star au début des années 2000.

L'Effaceur (1996)

La citation qui tue

(Arnold, après avoir flingué un alligator : ) Sac à main !

La chronique à effacer

L’Effaceur est un film de Charles Russell, affectueusement surnommé « Chuck » à ses débuts. Sa carrière est un peu le décalque de celle d’un autre oublié du box-office, Renny Harlin. Comme le réalisateur de Cliffhanger, Charles commit un épisode des Griffes de la Nuit dans les années 1980 (Les Griffes du Cauchemar). Après quelques cartons notables (The Blob, The Mask), il fut propulsé au rang de jeune espoir du divertissement musclé et efficace. En fait, il fit plus ou moins adieu à la gloire après un ratage. Renny Harlin avait entamé son déclin à cause de L’Île aux Pirates en 1995. Pour Russell, le début de la fin s’appela L’Effaceur. Mais si le blockbuster du bourrin finlandais mérite d’être redécouvert aujourd’hui, les aventures de John Kruger divisent un peu plus.

Arnold Schwarzenegger est avant tout, et il le sera toujours, un concept sur lequel se sont basés tous ses projets depuis au moins Predator : le principe du « Schwarzy contre (remplir le blanc) ». Tout au long de sa filmographie, le Chêne autrichien dut régulièrement trouver un adversaire à sa mesure, pour une excitation et une qualité toujours déclinante avec les années. « Schwarzy contre le T-1000 ». « Schwarzy contre la classe de maternelle ». « Schwarzy contre les fêtes de Noël ». « Schwarzy contre Satan ». « Schwarzy contre lui-même ». Etc. Aujourd’hui, hélas, ce serait plutôt « Schwarzy contre le temps » (cf. Fubar, la récente série Netflix, réminiscence de True Lies où il peine à lever le cigare).

Vieille soupe, pas de pot

L’Effaceur suit la formule consacrée. Cette fois, il s’agit de « Schwarzy contre les fusils du futur » (une idée apportée par le scénariste Walon Green). Techniquement parlant, le film a tout pour être un gros bis rigolo dans la lignée du mythique Commando. Sur une BO guerrière d’Alan Silvestri (Predator, Judge Dredd), égayée de riffs de guitare électrique un brin parodiques, la star enchaîne les fusillades farfelues. En particulier lorsqu’interviennent les fameux fusils laser, dont il esquive les tirs en courant. Ces armes n’étaient donc qu’un gouffre financier.

Les rebondissements sont lamentablement drôles, avec une agence gouvernementale plus forte que la CIA. Les méchants ont des « gueules » et peuvent tomber le masque devant témoins sans griller leur couverture. Les dialogues manichéens sont taillés au burin. James Caan, dans le rôle du méchant DeGuerin, grimace avec un bonheur non dissimulé. Quant aux effets spéciaux, ils sont presque tous bons à jeter. À l’arrivée, on ne sait plus trop si Le Contrat rencontre James Bond, ou si True Lies percute Austin Powers. Déjà anachronique à sa sortie, L’Effaceur était tellement B qu’il en devenait drôle. Aujourd’hui, ses SFX font tellement cheap qu’il ressemble à un DTV tendance Z. Avec un budget de 100M$ de l’époque, ça fait un peu mal.

Pour sa défense, on dit que pendant le tournage, un clash permanent opposait producteur et réalisateur, et qu’Arnold fit office de tampon entre eux pour permettre au film de se terminer. Ceci explique peut-être l’influence très forte de la star et de ses futures aspirations politiques, qui crève d’autant plus les yeux après revisionnage de la chose.

Moralisator

Avec le recul, on ne peut subir L’Effaceur sans songer que Schwarzy est devenu politicard. Intentionnellement ou non, le métrage suintait déjà les ambitions de l’acteur, dont la candidature de gouverneur de Californie n’arriverait qu’au début du nouveau millénaire. On ne fait pas ici la critique de l’homme politique ni de son travail, mais de la façon dont les projets de la star ont taché ce qui aurait dû n’être qu’un divertissement calibré de plus (ce sera encore plus flagrant avec Collateral Damage en 2002). En clair : L’Effaceur est l’occasion d’une bonne grosse louche de propagande pour Arnold.

En sa qualité de meilleur agent du service de protection de témoins, John Kruger a aidé à cacher, reloger et réhabiliter avec succès moult représentants des minorités américaines (latinos, italiens, asiatiques). Il négocie même gentiment avec des enfants de la classe afro sur le prix d’un 4×4, lesquels, en revanche, il a bien arnaqués. Arnold, lui-même immigrant, se fait porte-étendard et défenseur de toutes les classes baratinées ou oubliées par le gouvernement, quitte à verser dans le cliché le plus ringard. Sans surprise, l’exilée chinoise est concierge, l’ex-narco colombien est devenu curé, et l’Italien se fait passer pour un livreur de pizza… N’espérez pas le salut du côté des élus. Ils sont presque tous pourris jusqu’à la moelle, avec un trio de vilains opérant depuis les hautes sphères du pouvoir.

L'Effaceur (1996)

C’est d’autant plus dérangeant que, conséquence soûlante, l’ami Kruger est moralisateur à donf ! « Vous êtes un meurtrier », « il est plus facile de risquer sa peau que la vôtre », « ce que vous êtes est dans votre cœur », « il a retiré un trafiquant de drogue et son poison de nos rues ». Etc. Un vrai boyscout, le mec.

Faux-cul à mort

S’il ne s’en tenait qu’à ça, ce serait seulement niais. Mais ces poncifs passent carrément pour de la mauvaise foi quand on compare les paroles du monsieur avec ses actes. L’Effaceur est un divertissement rated R, gore et violent comme on n’en fait plus. Il met en scène un héros à l’impassibilité et au sadisme extrêmes. Le sang gicle. Les os craquent. Les exécutions sommaires abondent. En surface, c’est rigolo. Mais ces qualités (hem) sont incompatibles avec la morale affichée.

L'Effaceur (1996)

On pourrait sourire du fait que John Kruger soit un proto-Sam Fisher, le futur héros des jeux vidéo à succès Splinter Cell. Malgré sa sauvagerie et sa carrure d’haltérophile, il est absurdement doué pour l’infiltration et l’évasion, merci les coupes au montage. En plus, cette espèce de Terminator humanisé, vaguement réceptif au concept de douleur, n’existe que pour sa mission, bien qu’il connaisse à peine la femme qu’il protège. En vrai saint, il s’avère prêt à mourir pour elle… mais surtout, à tuer n’importe qui d’autre !

Dans sa guéguerre contre agents et sénateurs corrompus, le Schwarz ne fait pas de concession. Certes, le bourrin en chacun de nous se réjouit de voir des ripoux déchiquetés par des alligators en toc. Mais quand notre héros dégomme de l’agent de sécurité par dizaine, alors que lesdits agents sont, à l’évidence, des types hors du coup qui ne font que leur travail, on commence à se poser des questions.

L’Effaceur : premier ou second degré ?

Le sous-texte douteux n’est pas aussi extrême que dans le mythique Rambo III avec Stallone, tout aussi violent et rigolo. Mais la réception de L’Effaceur dépend quand même de l’état d’esprit du spectateur. Pris indépendamment de son contexte de sortie, le véhicule de Sly demeure un film d’action correctement emballé, qui coche des cases et met le paquet. L’Effaceur a l’air d’avoir été monté en kit, avec des effets visuels souvent foireux, des scènes d’action qui ont l’air bricolées, et un scénario remanié qui perd souvent de vue ce qu’il veut vraiment raconter. Un quart de siècle plus tard, une chose reste évidente : Schwarzy était déjà en campagne.

L'Effaceur (1996)

Paradoxal, L’Effaceur l’est autant dans son enrobage que dans ses intentions. En tant que pur produit filmique, c’est un rejeton tardif des opus ayant fait la gloire de la star dans les années 1980, avec une production value datée, voir discutable. Vu qu’il arrive après True Lies, qui monta les ambitions d’un cran, et Last Action Hero, qui avait déconstruit le mythe et s’était moqué de ses clichés, on se situe en deçà des attentes. Normal qu’aujourd’hui, on voit surtout un spot pour « Schwarzy président ! » maquillé en blockbuster schizophrène. Il se veut défenseur de belles valeurs, mais il promeut, au nom de l’Entertainment, une justice aveugle et la loi du Talion.

Le tout se termine sur l’exécution, sans une once de pitié, du trio de méchants trop puissants pour s’inquiéter des tribunaux. En cela, le film de Charles Russell précède la filmographie complexe et décomplexée d’Antoine Fuqua, le réalisateur de Shooter (2007), dont la vengeance et la violence préventive constituent une bonne part. De Schwarzenegger, peut-être qu’Antoine est un lointain cousin germain.

L'Effaceur (1996)

La scène qui efface tout

Le money shot emblématique du film, c’est bien évidemment Schwarzy armé de ses deux gros fusils laser. Mais si l’on n’y avait pas eu droit, il faut reconnaître qu’une autre scène valait à elle seule le prix de l’admission.

À bord d’un avion en vol, Kruger se fait droguer et désarmer par l’infâme traître DeGuerin. À son réveil, notre héros se voit offrir un pot-de-vin par son mentor. Une proposition que décline poliment l’Effaceur en lui plantant dans le bras une dague cachée.

Malin, John bondit vers la trappe d’urgence et la fait sauter, provoquant la dépressurisation de la cabine. Il assomme un lascar, récupère son pétard, et tient en respect les autres assaillants. Problème : le réacteur est situé juste à l’arrière de l’avion. Si Kruger saute, il passera dedans « comme de la merde dans un cul d’oie » (dixit James Caan). Comment va-t-il s’en sortir ?

La suite est digne des élucubrations du James Bond de GoldenEye (1995), et surpasse avec vingt ans d’avance les singeries de Tom Cruise dans Mission : Impossible 5. Bien sûr, on n’a pas vraiment balancé Arnold dans le vide, mais en a-t-on besoin pour se gondoler ?

Dans un film normal, à un moment ou un autre, on essaie toujours de se débarrasser du héros en l’écrasant en voiture ou en camion. Mais quand il a la carrure de Conan le Barbare, on emploie forcément les grands moyens.

Malgré ses défauts évidents et son idéologie discutable, L’Effaceur reste recommandable pour les fans du « bon vieux Schwarzy ». C’est la dernière fois qu’on l’a vu éclater des bad guys , enchaîner des vannes foireuses, et accomplir des exploits physiques que lui seul, avec sa carrure, pouvait nous faire gober.

L’Effaceur est disponible en dvd et bluray chez Warner Home Video.

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Critique : Fast X « Circulez, y a plus rien à voir ! » 

Fast X

Fast X commence avec Dominic Toretto (Jésus Vin Diesel) apprenant à son gamin de six ans à faire des drifts, contant fleurette à sa dulcinée Letty (Michelle Rodriguez) et enchaînant les barbecues avec sa « Fast Family ». Jusqu’au jour où Dante (Jason Momoa), fils du méchant atomisé dans Fast 5, revient pour se venger. Il ne jure pas de tuer Dom, mais de « tout lui prendre ». Et il est allé à bonne école pour ça, celle du Joker. Un peu de celui de The Dark Knight, mais beaucoup, hélas, de celui du Suicide Squad de 2016. Comprendre que ses plans sont absurdement tordus comme chez le premier, mais que, comme le second, on dirait « Priscilla, Folle du désert » après une overdose d’ecsta…

On entamait le début de la fin avec Fast and Furious 9. Pourtant, on n’avait aucune idée des tréfonds que Vin Diesel et ses producteurs étaient encore capables d’atteindre. Le film précédent repoussait les frontières de la crédibilité (et il y avait du level !) jusqu’à envoyer ses héros dans l’espace. Cette fois, Fast X repousse les limites de la décence. Votre serviteur trouvait déjà que le 7ème opus était un doigt d’honneur à l’intelligence, et le spin-off Hobbs & Shaw, un ego trip infect à la gloire de The Rock. Fast X cumule ces deux tares (l’ego de Diesel remplaçant celui de Johnson). Malheureusement, il ajoute encore de nouvelles infamies à sa checklist déjà longue.

Flashback of the Furious

C’est curieux de voir cette série alterner un coup sur deux entre un prétexte acceptable et un foutage de gueule total. Le numéro 7 promettait la vengeance burnée de Jason Statham, pour finalement nous servir une intrigue de vol technologique bidon. Le 9ème film sortait d’un chapeau le frère disparu de Dom, pour finalement… nous servir une intrigue de vol technologique bidon. Même Hobbs & Shaw nous promettait le Tango & Cash du XXIème siècle pour, à l’arrivée… nous servir une intrigue de vol technologique bidon. Vous voyez le pattern ?

Fast X semble vouloir revenir en arrière pour tenir tardivement ses promesses. En fait de Deckard Shaw (Jason Statham), c’est la vengeance de Dante, revenant du cinquième film, qui, pour une fois, représente un réel danger pour la Fast Family. Oui, mais voilà, la saga ne cesse de faire des spins depuis Fast and Furious 7. Elle ne sait plus se réinventer et aller de l’avant. Du coup, on retrouve absolument tous les ressorts employés précédemment pour dérouler l’intrigue (la quoi ?), développer les personnages (haha !) et créer la surprise (bâillement).

Fast food

Le réalisateur français Louis Leterrier (L’Incroyable Hulk, Insaisissables) est arrivé en catastrophe sur le projet, après le départ de Justin Lin pour « différends artistiques » (ben tiens). Il aurait soi-disant réécrit tout le 3ème acte dans son avion pour Los Angeles. N’a-t-il vraiment réécrit que ça ? Parce que ce tome dix tient du n’importe quoi du début à la fin. Tout va aussi bien ensemble qu’un collage de vignettes sur un pendule avec du scotch réalisé par un gamin de quatre ans. Comme tel, c’est marrant. Le marmot y a passé du temps, et il a forcément mis tout ce qu’il aimait avec ce qu’il pouvait. Mais c’est pas de l’art contemporain, et à cet âge, c’est normal !

L’âge mental est justement le problème, ici. Avec Fast X, tout le monde, du public à la star principale, sait très bien dans quoi il s’engage : du divertissement bête et méchant. Ce qui est angoissant, c’est comment la définition de l’expression a changé. Dans les années 1980, on avait des films bêtes racontés intelligemment par des professionnels au sens noble. Ils n’étaient pas toujours engagés pour l’amour de l’art, et souvent cravachés par leurs producteurs/stars. Mais ils connaissaient leur travail et le faisaient bien. Ils livraient UN FILM, qui serait ensuite vendu comme un produit par ses exploitants.

Quitte à regarder des films idiots remarquablement dirigés, peu importe votre âge, autant revoir (en vrac) tous les Indiana Jones, True Lies, A toute Epreuve, Une Journée en Enfer : Die Hard 3, Mission Impossible 5, Time and Tide, Mad Max : Fury Road, The Dark Knight, Skyfall… Pas besoin d’être vieux ni cinéphile pour apprécier l’amour du cinéma de Spielberg, la méticulosité de James Cameron, les expérimentations de Tsui Hark, la mise en scène de John McTiernan ou le découpage de John Woo, pour ne citer qu’eux. Leterrier n’est d’ailleurs pas un mauvais faiseur. Hélas, à chaque nouveau film de commande, la machine hollywoodienne le broie toujours un peu plus. Ici, complètement.

Faire semblant de bien faire

Curieusement, beaucoup de franchises de jadis ont, pour la plupart, fini par s’enliser (Die Hard) ou s’égarer (James Bond). C’est la faute d’un changement des mentalités, merci notamment au streaming et aux réseaux sociaux. Dorénavant, à moins que ce ne soit plus que jamais, les blockbusters et autres films d’exploitation sont pensés dès leur conception, avant même leur mise en chantier, comme de purs et simples produits. Produits mercantiles montés uniquement par une tête d’affiche pour alimenter sa propre aura (tous les projets avec de Dwayne « The Rock » Johnson depuis dix ans) ou produits dérivés (Uncharted et moult adaptations de jeux vidéo). Ce qui compte, c’est d’entretenir la notoriété de la star ou de la marque.

Le résultat importe moins que le produit. On s’inquiète de faire du « contenu » avant d’obtenir un « film ». Le savoir-faire vaut moins que de simplement faire. Même un enfant en bas âge peut créer une vidéo et faire sensation sur les réseaux sociaux. Du moment que ça engrange de la thune, dix secondes sur TikTok ou 2h de blockbuster à 350M$, c’est pareil (non).

Si la saga suit cette logique, c’est son problème. Mais qu’elle parvienne encore à survivre et cartonner avec une telle ligne de conduite, en feignant toute forme d’exigence, c’est juste une honte. Il y avait de quoi rire gentiment des opus précédents, à différents degrés, sans prendre de haut ceux qui aiment, ou au moins, sans que ça ne les dérange. Mais le succès appelle l’excès.

A retourner voir ces films, on autorise leurs instigateurs à tirer sur la corde. Cela leur donne toujours plus de raisons de croire qu’ils peuvent se permettre n’importe quoi. Eh oui, même s’en foutre de ce que vous pensez. De toute façon, ils vous diront eux-mêmes, sourire Colgate en prime, que c’est le film le plus génial de tous les temps, fait avec le cœur, l’envie, un esprit de famille. Mais aussi, c’est quand même un peu pour le pognon, parce que faire du cinéma, c’est avant tout une profession.

Une petite pensée pour Paul Walker, dont on continue à ignorer la mort dans les films, et paradoxalement, à l’exploiter malgré tout à chaque nouvelle itération (ici, avec la fille de l’acteur dans un rôle de figuration). Un hommage sans fin, c’est toujours plus fédérateur qu’un chef-d’œuvre du cinéma. Allez, fi de leur cynisme et, peut-être, de ma mauvaise foi. Revenons à la saga.

Déclin par déclinaison

Fast and Furious est sorti au début des années 2000, un moment charnière à partir duquel les tendances, les technologies et la communication se sont accélérées exponentiellement. C’est notamment grâce à cela que la marque a survécu à deux décennies, et à presque autant de mutations du cinéma d’action.

Elle est parvenue à s’adapter jusqu’à maintenant, mais au prix de son intégrité artistique, laquelle était minuscule pour commencer. Le premier film était déjà opportuniste, déclinaison de Point Break à la sauce « courses clandestines ». Que fallait-il attendre après vingt ans et neuf films ? Des déclinaisons de déclinaisons, et un appauvrissement quasiment consanguin.

Au milieu des années 2010, la série s’était réinventée en s’inspirant du film de casse (Fast 5), puis en marchant sur les plates-bandes de Mission : Impossible (Furious 6). C’étaient des films bêtes, mais racontés encore avec une certaine ingéniosité, le sens du rythme, de l’inventivité et une générosité sincère.

Dix ans après, à l’image de John Wick 4 ou de Spectre, la Fast Saga copie Marvel. Chaque nouvelle sortie doit être un micro événement au méga budget, autant qu’une référence dans l’excès et l’autocitation. Elle se nourrit maintenant d’elle-même, puisant son inspiration dans son propre passé, recrachant jusqu’à l’absurde les mêmes visages, les mêmes motifs, les mêmes scènes. Ce n’est même plus pour se faire plaisir. C’est clairement une obligation contractuelle. D’un rencard entre potes pour se gondoler, Fast and Furious est devenu un rendez-vous forcé, aussi divertissant qu’un entretien de 2h30 avec son patron d’entreprise.

Fast X, ou l’enfer de Dante

Quitte à citer Dante avec son méchant grandiloquent, autant aller dans le sens de Fast X et faire grossièrement l’analogie avec les neuf cercles de l’Enfer.

Voici neuf raisons de se révolter contre la voie prise par la série :

  1. Le film recycle ad nauseam des idées déjà vues. Encore un méchant qui veut se venger. Encore des flashbacks réécrivant le passé de la franchise pour introduire des nouveaux visages au forceps. Etc.
  2. On viole toujours plus les lois de la physique, ainsi que du bon goût. Les cascades sont aussi absurdes que leurs CGI dégueu.
  3. Les scènes d’action en images de synthèse sont lisibles, mais les fusillades et les bastons sont plus brouillonnes que jamais, et souvent dénuées de tout enjeu.
  4. On désamorce une bonne idée, ou on ne l’exploite pas jusqu’au bout. (Coucou la voiture-canon de Jakob, qui fait trois petits tours et puis s’en va.)
  5. Tout le monde est là, mais personne n’existe. Fast X suit trois, voire quatre sous-intrigues impliquant tous les personnages. Sauf qu’ils déambulent sans but, et pire, sans résolution, parce que deux suites arrivent, coco !
  6. Toujours plus éclaté entre toutes ses stars, le film se perd en palabres plutôt qu’en castagne. Quand, en plus, ça implique l’insupportable Tyrese Gibson, aïe aïe aïe !
  7. On réécrit les personnages pour les rendre toujours plus « family friendly » . (John Cena devient un clown, alors que rien n’y prédisposait son personnage auparavant.)
  8. Dominic Toretto est littéralement sanctifié par des dialogues in-the-nose. De voleur de radiocassettes dans la banlieue de LA, propulsé espion par la force des choses, le monsieur se vend maintenant en sauveur christique. Et la star principale assène chacune de ses répliques avec un sérieux papal désarçonnant. Dans sa course à la popularité à tout prix, après que la franchise ait penché du côté de Tom Cruise avec Mission : Impossible, on dirait que Vin Diesel lorgne maintenant sur le statut messianique de John Wick/Keanu Reeves. Mais n’est pas l’Élu qui veut !
  9. Pour le teaser dessert, vous prendrez bien un caméo foireux, suivi d’un deuxième en digestif à mi-générique. Avec tous ces morts qui ressuscitent et ces stars qui (re)veulent leur part, qui peut encore prendre au sérieux les aventures de Babar et ses tutures ?

Les vivats dans la salle en voyant revenir (biiiip) et (biiiip) confirment que les gens ne s’intéressent qu’à la hype. On savait depuis longtemps que ce n’était pas pour l’histoire et les personnages. Mais ce n’est même plus pour l’inventivité ou la qualité du spectacle, ni même pour rigoler de son absurdité. C’est juste pour rester dans le coup. Comme ça, on peut en parler sur Insta, à la machine à café du boulot ou dans la cour de récré.

Vite fait, bien fait pour ma gu****

Comble du manque d’idées, la bande n’a même pas concocté un énième titre débile dans la lignée des précédents. Une occasion en or leur pendait pourtant au nez : Fast X Furious. Au moins ont-ils gardé le symbole de la multiplication, excellente allusion au bordel ambiant.

Pour enfoncer le clou, Fast X fait ce qu’aucun épisode n’avait fait auparavant : conclure sur un gros cliffhanger de p***. Toute cette aventure n’est qu’un interminable préambule. Forts de leur aberrant succès, Diesel & Cie annoncent maintenant à la dernière minute qu’il s’agit du premier volet d’une trilogie. Un triptyque annoncé comme épique, façon Le Seigneur des Anneaux. J’ai tellement hâte de voir la communauté de Dom se reformer, franchir le multivers, traverser Jurassic Park puis Waterworld, affronter le requin des Dents de la mer, et finalement s’associer à Tom Cruise et la Momie pour attaquer le château de Dracula, à bord d’une armée de monster trucks.

C’est drôle. Ils semblent croire qu’ils ont encore beaucoup de choses à dire. Pourtant, quand vient le générique de fin, on a l’impression qu’il ne s’est rien passé. À 350M$ l’addition, jusqu’où le gâchis s’arrêtera-t-il ? Si vous voulez en parler, rendez-vous à la machine à café…

LES + :

  • C’est bon, on a fait le tour. J’aurai pas besoin envie d’aller voir Fast and Fur11ous.
  • Jason Momoa est si ridicule qu’il en devient marrant.
  • Ah non, ça va, hein ! J’ai mieux à faire, maintenant.

LES – :

  • J’ai payé pour le voir. Mon argent servira partiellement à financer les quatorze suites qui viendront à partir de là. Je me sens si coupable.
  • Tout le reste !
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Double critique : John Wick 4 vs Evil Dead Rise « C’est mort »

john wick 4 evil dead rise

J’ai enfin vu John Wick 4 un mois après sa sortie, pile pour découvrir du même coup la suite des films d’horreur/comédies slapstick cultes de Sam Raimi, Evil Dead Rise. À chaque fois, je fus victime d’un certain agacement, doublé d’un ennui profond. Suis-je devenu un vieux c** ? Peut-être. Est-ce que les responsables de ces films, malgré leurs moyens et leur savoir-faire, ne se sont pas foulés ? Certainement. En tout cas, pour moi, c’est mort.

John Wick 4 : le meilleur n’était pas pour la fin

John Wick 4

John Wick (Keanu Reeves) est retapé et décidé à se venger de la Grande Table. Après avoir tué le grand patron, il est cependant traqué par tout le monde (encore), notamment le Marquis, un dandy pétochard et tête-à-claque auquel on a donné carte blanche. John va devoir se battre contre tout le monde (encore) enchaîner les clés de bras et les headshot (encore) et survivre à moult chutes et carambolages improbables (encore). Mmmmm… « Déjà-vu », comme dirait l’Elu.

Après deux films bien réglés, mais à l’action répétitive, la bande avait enfin pété un câble avec John Wick 3. Ils dynamisaient la formule en y intégrant avec succès des mécaniques de pur jeu vidéo. Chaque scène d’action se renouvelait avec une idée (des chevaux, des couteaux, des motos, des chiens, des boss blindés, etc.). Le tout dans un univers idiot entièrement peuplé de mafieux, les personnes normales n’étant plus que des PNJ aveugles. C’était con, mais très bon, un volet délirant et énergique plaçant la barre très haut. Le réal, sa star et ses cascadeurs ne semblaient plus s’imposer de limite.

Hélas, John Wick 4 se perd dans sa fausse générosité, avec presque trois heures au compteur et des scènes d’action étirées ad nauseam. La surenchère plutôt que le renouvellement, la sécurité plutôt que l’audace. C’est le drame Mission : Impossible 6 qui recommence. Le film rejoue un air déjà connu, mais plus long que précédemment. Déjà, dans l’exposition et les états d’âme de personnages fonctions, autour d’enjeux fumeux (dont le Marquis, jamais menaçant). Mais surtout, c’est plus grave, dans l’action.

John Weak

John Wick 4 revient à la formule « clé de bras, headshot, rebelote », que le troisième opus avait brillamment contournée. Le spectateur n’est surpris ou excité qu’à de rares occasions, à condition de ne pas cligner des yeux (John démonte un pistolet en pleine rixe pour faire des pièces un poignard de fortune, John défouraille au shotgun à balles incendiaires dans une scène en mode « arcade shooter »).

Certes, on a un casting de kickers 4 étoiles, dont Donnie Yen (toujours classe) et Scott Adkins (absolument génial), et les cascades sont toujours plus burlesques. Le héros survit à encore plus de maltraitances que ceux de Scream 6, et c’est dire ! Mais rien n’y fait. Mon cerveau a fini par s’assoupir devant des scènes d’action interminables, constamment construites de la même manière que dans les premiers films (quitte à les reproduire, comme la fusillade du Continental Tokyo, « refaisage » de celle concluant John Wick 3). Pire, elles sont toutes bâties sur la même intensité. Oubliez la notion de climax. Votre électroencéphalogramme n’oscillera presque jamais, en particulier à la fin du métrage.

Convaincus qu’ils ne peuvent pas se surpasser, le réalisateur et son équipe se focalisent sur le mélodrame et le suspense. Hélas, ils n’en maîtrisent pas les nuances. Du coup, les moments les plus mémorables ne le sont pas pour de bonnes raisons. Une partie de poker truquée fait monter la tension pour n’aboutir qu’à des combats routiniers et compartimentés. John Wick et son ennemi font un tirage au sort attablés en plein Trocadéro, pour le coup vidé de touristes (mais bien sûr). L’intrigue se résout avec un duel à l’ancienne qui n’en finit plus. Etc.

La mort de l’envie

La franchise s’achève à l’image du dernier tiers du film, avec ce Paris complètement vidé de gens normaux, et tourné sur les fonds verts les plus laids vus depuis 20 ans. On n’y croit plus. Peut-être que l’équipe et ses stars font tous les efforts du monde pour partir en beauté. Pourtant, on sent un peu, quelque part, qu’ils ne savent plus quoi faire, et qu’ils ont envie de passer à autre chose. Du coup, nous aussi.

Ce n’est pas le cas des producteurs, qui pensent déjà en termes d’univers étendu avec une scène post-générique, un spin-off déjà prévu (Ballerina, situé entre John Wick 3 & 4) et, qui sait, un éventuel John Wick 5. Ajoutez Fast & Furious qui n’en finit plus de faire nawak, et Tom Cruise bien décidé à ne pas lâcher l’affaire Mission Impossible, avec le 7 et le 8 tournés coup sur coup. On n’a pas fini de soupirer.

Evil Dead Rise : le même en moins

Ellie (Alyssa Sutherland), une mère célibataire, vit avec ses trois mouflets dans les étages d’un immeuble de banlieue miteux. Sa sœur (Lily Sullivan) débarque à l’improviste, enceinte, pour chercher conseil. Manque de bol, le même soir, le fils d’Ellie découvre le Livre des Morts dans les sous-sols du parking, suite à un tremblement de terre. On s’en doute, les incantations maudites sont lues rapidement, réveillant des démons vicieux et sadiques. Ils prennent possession d’Ellie et le cauchemar commence…

Evil Dead Rise a les mêmes défauts que John Wick 4. Même si la franchise est ici bien plus ancienne, sa dernière itération ne se distingue par aucune vraie direction ni inspiration qui lui soit propre. Le film se veut dans la continuité du remake de 2013, déjà contesté par une partie des fans de la franchise originale. Sauf qu’il n’en reproduit pas la déviance ni le jusqu’au-boutisme malsain faisant, sinon son intérêt, au moins sa singularité.

Evil Dead Naze

Evil Dead Rise est à l’image de son abomination finale, même pas si impressionnante que ça. C’est un patchwork, un amalgame, une tentative bâtarde de séduire les blancs-becs dont ce serait le premier film d’horreur, et les fans faciles à flatter, qui ne jurent que par la redite et les easter eggs.

Du coup, on peut cracher sur :

  • Un concept, et une promesse sous-jacente, pas du tout exploré. Passer d’une cabane isolée à un immeuble de quartier aurait dû entraîner (enfin) un carnage d’une autre ampleur. Sauf qu’on reste évidemment enfermé dans les limites d’un seul appart, le couloir adjacent et les sous-sols du building.
  • Corollaire du premier point, le scénario est une belle redite des premiers films. Des thématiques intéressantes (peur de la maternité, douleur de l’enfantement) et deux-trois bidouilles scénaristiques ne suffisent pas à le masquer. Oui, ce n’est pas le même Necronomicon. Mais bon, il fait la même chose et contient les mêmes incantations. Elles ne sont plus enregistrées non plus sur une bande, mais sur disque vinyle. Mais le procédé et le résultat sont les mêmes.
  • Des références en veux-tu, en voilà (la shaky cam, « Come get some ! », Henrietta, le gag de l’œil volant, etc.).
  • Des violences augmentées par des CGI souvent visibles, ce qui tue la nature organique des sévices subis.

Enfin, l’intro et la conclusion sont inutiles. Elles n’existent que pour citer le décor des films précédents, comme si on ne pouvait décidément pas s’en passer.

Un exploit, mais pas celui qu’on croit

Il faut reconnaître qu’Alyssa Sutherland en deadite est réussie, et que les interprétations du casting principal sont généralement bonnes.

Mais comme les vomissements excessifs de ses héros possédés, Evil Dead Rise est une régurgitation totale. Déjà, de tout ce que la franchise a fait avant, mais en moins. Moins d’excès, moins de peur, moins d’idées, moins d’audace, etc. Ensuite, il ressemble visuellement à tous les remakes de films d’horreur des 15 dernières années. Photographie, cadrages et CGI ne choqueront pas ceux qui ont déjà vu Les Griffes de la Nuit, Vendredi 13 ou Child’s Play, pour ne citer qu’eux.

Evil Dead Rise réalise une sacrée prouesse. La trilogie originale est devenue culte, sa suite canonique en série télé était bien accueillie et dans le ton, et le remake était peut-être inutile, mais pas fainéant. Aujourd’hui, l’effort du réalisateur Lee Cronin est un film d’horreur générique, exsangue de toute créativité, qui accomplit l’exploit de tuer une saga fondée sur les cadavres ambulants et l’absence de limites. Bravo, coco !

En conclusion, c’est mort

Qu’il s’agisse d’une franchise récente (John Wick) ou bien plus ancienne et vivace (Evil Dead), le problème aujourd’hui semble double. D’une part, l’évolution des mentalités, à une époque où la référence évidente et la répétition de motifs ad nauseam satisfont tout le monde, public et créateurs.

D’autre part, la perte d’un savoir-faire, de véritable recul sur le résultat final et son impact. On a tout de même un film d’action qui finit par ennuyer, et un film d’horreur qui ne choque pas ni ne fait peur. Chad Stahelski sur John Wick 4 semble convaincu que savoir régler ses cascades et en faire des caisses suffit à produire toujours le même effet. Même chose dans Evil Dead Rise, dans lequel Lee Cronin a l’air de penser qu’en empilant les jumpscares et les reprises, il a toutes les clés en main pour satisfaire son audience.

Peut-être aussi parce qu’avec les services de streaming et l’explosion de contenus, on s’imagine que le public ne regarde plus que d’un œil distrait les productions qu’on lui soumet. Il n’y a plus qu’à souhaiter à ces personnages et à leurs univers de finalement reposer en paix. Si ça se trouve, de leurs cadavres en décomposition naîtraient véritablement de nouvelles icônes, ainsi que l’envie de bien faire des personnes aux commandes.

LES + :

  • Cela donne envie de revoir les films précédents, ou de les conseiller à qui ne les a pas vus.

LES – :

  • S’ennuyer devant un film d’action, et soupirer devant un film d’horreur, c’est tout de même un comble !
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Critique : Scream 6 « La belle mort d’une franchise »

Scream 6
Scream 6

Dans Scream 6, les sœurs Sam et Tara Carpenter (Melissa Barrera et Jenna Ortega) ont déménagé à New York depuis la tragédie de Woodsboro l’an passé. Sam est depuis victime d’une campagne d’intox visant à la faire passer pour le vrai meurtrier. Tara aimerait bien s’éloigner un peu pour respirer, mais sa frangine est tellement protectrice que ça devient gênant. C’est toutefois fort pratique quand un nouveau « Ghostface » se met à les harceler et à décimer leur entourage. Il annonce clairement avoir une affaire personnelle à régler avec elles, et surtout, n’en avoir rien à f**tre des films. Avec leurs amis, survivants du précédent comme petits nouveaux, elles vont s’organiser pour résister aux assauts de ce nouveau cinglé. Mais cette fois, il n’y a plus de règles…

La saga Scream est un drôle d’objet étonnamment durable dans l’histoire du cinéma. Pas comme l’ont été les increvables franchises d’autres tueurs masqués, comme Halloween ou Vendredi 13. À part un détour par la case « petit écran », la marque n’a jamais opté pour le reboot pur et dur. Après tout, le concept est que, à l’inverse des stars suscitées du slasher, tout le monde peut revêtir le masque iconique pour se transformer en boogeyman… À condition d’avoir les bonnes motivations, histoire que le reveal du troisième acte ne soit pas paresseux, tiré par les cheveux, voire complètement à côté de la plaque.

Chacun voit midi à sa porte, alors laissons les spectateurs décider quel opus est le meilleur, selon leurs goûts et leurs capacités d’analyse. Perso, je considère Scream 2 comme l’une des pires suites du cinéma, alors qu’il est porté aux nues par le reste du monde… Je ne cherche plus à comprendre. J’ai peut-être tort, mais je n’ai pas envie de savoir. ^^

Petits films, grandes ambitions

C’est le paradoxe et l’intérêt de la saga dans son entièreté. Ce sont de petits films en terme de genre (le slasher est un sous-genre davantage réservé à un public de niche), mais aussi de budget et d’ambitions scéniques. Sauf à de rares occasions (comme la scène du cinéma ouvrant Scream 2, par exemple ), ça se passe quasiment toujours dans des pièces fermées, des banlieues tard le soir, ou des studios/bureaux/salles de classes pendant les heures creuses. Relativement facile à produire et à tourner, donc.

Mais c’est aussi une série ambitieuse par sa dimension méta. Scream, l’original, jouait avec les slashers en particulier, mais aussi les clichés des films d’horreur en général. Ses deux suites exploitaient le concept de trilogie au cinéma, avec ce qu’elles avaient de bon, de mauvais, et carrément d’idiot (qu’elles détournent ce piège ou le mettent malgré elles en lumière). Dix ans, puis vingt ans plus tard, le cinéma de genre a évolué. D’abord rebooté par les studios, le slasher a ensuite été délaissé par la nouvelle vague de cinéma d’horreur, plus psychologique et prétendument « intelligente ».

Scream 4, puis Scream 2022 exploitèrent fort à propos cette évolution des mœurs, même s’ils ne le faisaient pas forcément avec finesse ni inventivité. Cela restait des slashers classiques et nostalgiques, raccrochés au passé plus que de raison. Ils ramenaient en plus inlassablement les mêmes figures de proue (Sidney, Gale, Dewey), même si la raison était de plus en plus suspecte.

Désévolution des évolutions

Pour résumer, l’existence de deux suites en dehors du contexte initial de « trilogie » restait cohérent et pertinent. Ceci même si les idées égrainées tout le long ne l’étaient pas forcément. On saluera les motivations des tueurs, toujours dans l’air du temps, même si traitées de manière assez réac’ quand on y pense. (SPOILER) Une ado voulant devenir star médiatique au lieu de bosser, puis des fans toxiques qui n’aiment pas qu’on flingue leur franchise. Hem. Ça sent un peu le film de vieux réalisateurs grincheux et cyniques, tout ça. (FIN DU SPOILER)

Scream 2022 ne sentait plus le réchauffé, mais carrément le cramé, malgré quelques « nouveautés » intéressantes quoique discutables dans leur exécution (un fantôme deepfaké douteux, la mort de *biiiiip*). Mais Paramount n’a pas racheté la licence pour se regarder le nombril. Comme avec les relances de Halloween, qui les a clairement motivés, il s’agit de traire la vache tant qu’elle a du jus. Mais que restait-il à raconter ? Surtout une seule petite année après le précédent.

Eh bien justement : rien. Suite du requel qui rebootait la série en faisant déjà suite aux précédents, Scream 6 est juste… une suite du précédent. Elle coche toutes les cases introduites depuis le premier volet, si ce n’est celle impliquant Sidney Prescott, puisqu’elle a eu l’intelligence (l’actrice comme son personnage) de ne pas rempiler.

Bizarrement, Scream 6 semble se faire étriller par beaucoup de monde pour n’être « que ça ». Pourtant, il a bien sa place dans la série, surtout après les deux épisodes d’avant.

Scream 6

On connaît la musique

Quelque part, Scream 4 puis 5 ont réussi dans leur approche méta autant qu’ils ont échoué à transcender leurs idées. Dans les années 2000, l’ère des reboot et des remake avait échoué à ressusciter avec succès Freddy ou Jason (sans parler de la dizaine de franchises pillées par les studios à l’époque). Maintenant, dans les années 2020, deux écoles de l’horreur s’affrontent : les requel contre les représentants de l’elevated horror, l’horreur intelligente.

Les premiers recyclent souvent de vieilles gloires du genre, revenant aux sources, à l’opus orignal, en prétendant que les quarante ans d’exploitation entre les deux n’existent pas (coucou Halloween). Mais ça reste du recyclage sans focus qui ne parvient à rien transcender (re-coucou Halloween). Les seconds représentent la vraie nouveauté, ou plutôt, un besoin de revenir à un cinéma plus viscéral, fonctionnant à l’économie et à l’émotion, plutôt qu’à l’excès de moyens et d’horreur graphique (Mister Babadook, les films d’Ari Aster, etc.).

Scream 5 refusait la mort de son sous-genre, ce que le tueur revendiquait ouvertement dès son introduction. « C’était bien, avant, alors pourquoi changer ? » Peut-être parce que quand on s’adresse à un public de fans, on finit par ne plus savoir surprendre. La violence reste la violence, mais la peur reste à la porte. Un peu comme Ghostface si tout le monde avait l’intelligence de s’armer d’un pompeux, de s’enfermer à clé et de ne jamais se séparer.

Il était temps d’en finir

Scream 5 niait l’évolution du genre détourné, parce qu’à la base, la saga pastiche les slashers. Or, les slashers sont bel et bien démodés avec leurs ficelles archi usées, surtout pour un fan de Scream qui les a vus se faire démonter et vider en cinq opus.

De quoi pouvait donc bien parler Scream 6 pour être encore pertinent ? De la mort elle-même, de la fin avec un grand F. Ça tombe bien, tous les signes sont là pour faire du film un opus terminal. De bonnes choses, mais aussi des moins bonnes.

Commençons par ce qui dérange :

  • Le re-retour de vieilles têtes et de jeunes survivants, toujours plus artificiel et cynique.
  • New York comme nouveau décor, immense et plein de possibilités, mais qui ne sert finalement que le temps d’une scène.
  • C’est la cinquième suite où l’intrigue fait référence encore et toujours au film original. Il serait temps de passer à autre chose.
  • Des indices si grossiers qu’on grille l’identité du ou des tueurs dans les vingt premières minutes.
  • L’inévitable et fatigante leçon sur les règles du genre, exagérément enjouée et sourire aux lèvres. Lesquelles, logiquement, n’ont plus cours, puisque le tueur assène un beau « je m’en fous des films » dès le début.
  • Des meurtres à la mise en scène et à l’inventivité réduite, surtout quand on se rend compte que tous les morceaux de bravoure sont dans la bande-annonce.
  • Un ou des tueurs aux motivations bateau, qui grimacent comme Al Bundy sitôt démasqués. Parce qu’en 2023, les tueurs psychopathes, c’est plus drôle que flippant (ah ?).

Pour se réinventer et exciter à nouveau, Scream 6 aurait dû explorer de nouvelles terres, pas géographiquement (surtout pour ne rien faire avec), mais thématiquement et narrativement. Les problèmes psychologiques de Sam, mis en lumière dans le 5, donnaient une piste maladroite mais fascinante à explorer. Hélas, ils sont mis en sourdine ici.

Ça fait du bien de mourir

C’est peut-être normal. Avant de se renouveler véritablement, Scream avait besoin de vraiment mourir. Il y a plus de redites que de nouveautés dans ce sixième opus, mais peut-être que quelque part, ça joue en faveur du concept.

Certes, le film réutilise tous les clichés au-delà de l’absurde. Une intro choc et maligne. Des chouchous qui ont la peau dure (on ne compte plus les gens qui survivent à plus de trente coups de couteau, et j’ai compté !). Une violence paroxystique, paradoxalement moins choquante à cause des CGI. Quelques easter eggs pas très finauds. Une ou deux scènes en hommage aux précédents volets. Etc. Attendue aussi, une louche de wokisme toujours plus assumé (cf. notamment les t-shirts de Mindy, dont on ne sait plus s’ils sont ironiques ou cyniques). Mais surtout, un message in-the-nose souvent contradictoire. (En gros, les femmes ont le droit de se faire abuser ou de tuer si elles en ont envie ! Euh, si tu le dis… Mais ne me cancel pas si je ne cautionne pas. ^^’)

Scream 6

Scream 6 assure le fan service, et s’il ne fait pas peur, il amuse plus souvent qu’il n’ennuie. Il veut n’être qu’un plaisir coupable plutôt qu’un uppercut au foie des fans. C’est décevant sans être un défaut. Sans vouloir être méchant, la série a toujours été maligne dans le fond et ringarde dans sa forme. Et contrairement aux derniers Halloween, Scream 6 ne pète pas plus haut que son cul. Il n’y a pas tromperie sur la marchandise. Ce n’est qu’un slasher recyclant les grands hits de la saga, jusqu’à un tirage de masque à la Scooby-Doo, des explications fumeuses et un règlement de compte cathartique.

Scream a droit à une belle mort

Qu’est-ce qui donne à ce nouveau bourrelet une légitimité dans cette hexalogie ? Son décor. Attention, pas New York, évolution de façade qui ne perturbe rien. La Grosse Pomme cache en son sein un lieu qui change tout.

Le mode opératoire du tueur, sorte de compte-à-rebours nostalgique, mène à un endroit grillé dans la bande-annonce : un mémorial à la gloire de la franchise, établi dans un cinéma condamné et décrépit. Soit une relique abritée au sein d’une autre. La saga Scream, imprégnée de l’odeur de naphtaline, trouve sanctuaire dans un cinéma fermé et oublié. Le lieu où ses films ont connu leurs heures de gloire, avant que les services de streaming, lentement mais sûrement, n’accueillent plus volontiers les derniers rejetons du genre. À l’heure actuelle, pouvait-on faire plus méta que ça ?

L’ultime combat a donc lieu dans ce théâtre de l’image, ancienne boutique de rêves devenue usine à fantasmes. Fantasmes avortés, car rien n’a jamais lieu qui ne surpasse les attentes. Il y avait pourtant matière à ce que Scream 6 soit enfin un « gros » film, avec un vaste terrain de chasse, des ambitions revues à la hausse et un Ghostface d’une nouvelle ampleur.

En définitive

Même si l’on n’en veut pas, à l’instar de Rambo 5, Scream 6 fait bien office de point final à son histoire. En l’état, nous assistons à une projection fort appropriée, une espèce de crépuscule de la saga, du slasher, et quelque part, du cinéma de genre tel qu’on l’a connu. Pas un film parfait, mais un divertissement routinier, au fond plus malin que la forme. Une conclusion idéale pour cette franchise ayant trop duré.

Hélas, avec un gros studio derrière, on se doute que Ghostface reviendra vite. Espérons que cette fois, ce sera sous le signe d’un renouveau aussi justifié que salutaire. Dommage qu’on en doute, vu comme les auteurs sèment depuis le 5 des indices sur le possible retour d’une figure emblématique… de Scream 1.

LES + :

  • À l’image de la série entière, Scream 6 est malin dans le fond. Il trouve thématiquement et symboliquement sa place comme opus final d’une hexalogie imparfaite, mais toujours distrayante.

LES – :

  • À l’image de la saga, Scream 6 est ringard dans la forme. Malgré une ou deux fulgurances, c’est un slasher qui respecte à la lettre son cahier des charges, et dont les promesses de renouveau sont trahies au nom du fan service… et dans l’éventualité d’une suite.