Il s’est écoulé plus d’un an depuis le dernier roman de la Collection 120. Certes, je pourrais mettre ça sur le compte de la situation mondiale actuelle. Pourtant, ce n’est pas le cas (pas complètement). Depuis Veines Rouges, j’étais sur un nouveau projet, une idée originale qui n’était pas la suite d’une série déjà existante. Hélas, après un an, je me suis rendu compte que je n’étais pas mûr pour écrire un roman d’action tel que celui-là.
En 2021, je me suis dit que, en attendant, je devrais peut-être écrire un roman plus familier, plus amusant, plus motivant. Bref, quelque chose qui me manquait depuis un moment. Et les choses se sont décoincées. Quand on est bloqué, il est donc important de se demander, : « pourquoi je veux écrire un roman d’action ? »
« Pourquoi je veux écrire un roman d’action ? »
Lorsqu’on veut écrire, il faut déjà éviter certains écueils et a priori. Parfois, on peut simplement perdre l’envie. Ou alors, on peut vouloir à tout prix écrire un roman, et pourtant, ne jamais parvenir à porter l’idée à maturité. Or, on y a passé des mois, voire des années. Pour toute chose, tout le monde est victime de cela à un moment donné.
Je ne peux pas parler pour tout le monde, et je ne me considère pas comme un « auteur » au sens artistique. Toutefois, je crois que mon activité d’écrivain, de conteur, est un art né de l’envie, de l’obstination et de l’expérience. J’avais envie d’écrire un roman d’action, je me suis motivé et j’ai travaillé dans ce sens pendant des années. Mais mon carburant, quel est-il réellement ?
D’abord, le travail ne me manque pas, je peux le dire. Généralement, j’ai envie de lancer une nouvelle idée, un nouveau synopsis, un nouveau concept alors que le livre actuel n’est fini qu’à 60 %. Et les 40 % restants sont pour moi une corvée que je me force à traverser, même si je sais que cela en vaut la peine.
Ensuite, il ne s’agit pas non plus de la reconnaissance. Quoique j’aimerais sincèrement, et humblement, que mes histoires plaisent et divertissent, elles sont encore (beaucoup) trop méconnues. Enfin, ce n’est pas l’argent, parce que sinon, il y a longtemps que j’aurais trouvé un job ou une combine pour en générer. Car je ne suis ni idiot ni fainéant. J’ai seulement le malheur d’être passionné et têtu.
Quand je suis bloqué
pour écrire un roman, je me remets donc en question, car si cette
activité me plaît, elle ne m’a rien apporté de concret. « Mais
pourquoi j’écris, alors ?! » Et là, il ne faut pas
longtemps pour me le rappeler.
« Parce
que ça me manque ! »
Pour la plupart des
auteurs, auto-édités ou non, écrire un roman naît d’un besoin
d’expression. Leur manque à eux, c’est celui de partager des
tranches de vie, des idées, des pensées, de lancer des pistes de
réflexion, voire d’éveiller les consciences. Quelque part, c’est
aussi mon cas, même si cela ne se voit pas.
Sous couvert de concepts dignes de blockbusters, la Collection 120 exploite des peurs et des préoccupations qui me sont propres : sur le monde moderne et sa sécurité, sur une politique mondiale malade et manipulatrice, sur l’enfance en danger, sur les rapports père-fils ou, plus largement, des rapports sociaux compliqués. Quant au moyen de les partager, je préfère que cela soit trépidant et moraliste, plutôt que verbeux et moralisateur. C’est ça, précisément, qui me manque lorsque je me décide à écrire un roman d’action.
Ce qui me manque vraiment, ce sont les histoires. Le manque ressenti se situe du côté du public. Lecteur, spectateur ou joueur, je me divertis avec ce genre de produits. Oui, « produit ». Etymologiquement, c’est tout à fait correct, et sans dénigrer la qualité de mon travail, je suis conscient de sa nature. Je produis quelque chose, destiné à être partagé à but de divertissement.
Le
besoin de suivre des histoires
Quand je suis coincé sur un projet qui ne correspond pas encore à mes envies, je me rabats donc sur quelque chose qui me manque, à moi, en tant que public. Malgré les contrariétés et le temps qu’ont demandé Veines Rouges et Max Force 3, ce sont des histoires que je désirais sincèrement voir exister. Le genre de choses, en littérature, en films, en séries, et même en jeux vidéo, dont j’ai le sentiment de n’en avoir pas assez (parfois, pas du tout).
Pour écrire un roman d’action et ne pas perdre mon entrain, je dois simplement me rappeler que je veux m’amuser et amuser autrui. Je désire surprendre, et parfois, je me surprends moi-même rétrospectivement (« j’ai écris ça, moi ?! »).
Je n’ai pas l’intention de toujours écrire des suites à Max Force ou Deadline, par exemple. Mais ces mondes me manquent, et c’est un plaisir d’y retourner. Ils ont quelque chose de familier et de réconfortant. En ces temps compliqués, où nous sommes toujours plus isolés entre nos murs et dans nos têtes, j’ai besoin de héros, de personnages que je connais et qui me font sourire. Max Force, Christian Novell et Catherine Ambrose sont des figures capables de se sortir du pire, non sans peine, mais avec le sourire.
Le
besoin de renouveau
Enfin, quand je me cale devant mon pc avec l’intention d’écrire un roman d’action, c’est à cause du consommateur frustré en moi. J’aime le cinéma et je suis un enfant de l’image. Mais malgré un océan d’œuvres aux origines et qualités diverses, je dépéris face aux produits « originaux » mais routiniers de Netflix et consorts. Fan d’action, polars et aventures, j’ai fait le tour des œuvres de référence, comme de leurs déclinaisons tantôt amusantes, tantôt paresseuses.
Aujourd’hui, je soupire devant le septième ersatz de super-héros de l’année ou l’énième émule de Jason Bourne, où le style prévaut sur les idées. Les projets s’uniformisent, et les idées ne se méritent plus. Elles se rachètent dans les cartons de licences commençant à sentir le renfermé. J’aime Star Wars, Terminator, Die Hard, Indiana Jones, Rambo, James Bond, etc. Mais vu ce qu’on leur fait subir, j’ai le sentiment qu’il faudrait les laisser mourir et passer à autre chose. Les licences, héros, mondes et règles inconnues me manquent.
Malgré la voie choisie, je n’éprouve pas de « bâtardisation » à raconter des histoires « comme au cinéma » au format ebook. J’aime le Cinéma, celui du grand écran. Les aventures et les histoires petites ou grandes, mais toujours « en grand ». Sauf que, aujourd’hui, surtout ces deux dernières années, nos modes de consommation ont évolué. Le streaming et les jeux vidéo remplacent le cinéma, tandis que les achats d’œuvres littéraires explosent.
En tant que public, peu
m’importe le format sous lequel je vis des aventures rocambolesques.
Et en tant que conteur, l’écriture est le meilleur moyen pour les
livrer telles qu’elles sont conçues, sans concession financière ou
politique à but de ratisser large. On pourra toujours les voir
« là-dedans », projetées dans un coin de notre tête,
dans une version personnalisée, et donc, idéale.
Ces films-là ont beau venir de moi, tels que vous les voyez, ils sont à vous et à personne d’autre. Et j’avoue que j’aime penser comme ça.
Vous connaissez ces jeux sur lesquels vous avez bavé petit et n’aviez pas pu jouer ? Il n’est jamais trop tard pour se rattraper. Aujourd’hui, je fais le point sur les derniers volets de Call of Duty auxquels je n’avais pas encore joué. Et c’était un vrai chantier !
Quand Call of Duty, Black Ops : Cold War sortit fin 2020, je m’étais dit qu’il était temps d’en finir avec ma session de rattrapage sur les campagnes antérieures de la saga. Certes, je les ai faites un peu dans le désordre. J’avais déjà fait la trilogie Modern Warfare et le récent Infinite Warfare à leur sortie. L’année dernière, j’avais enfin taté de World at War, Black Ops 3, ou encore Call of Duty 3.
Il ne m’en restait plus que quelques uns, certains réputés, d’autres conspués. Mais cela fait un moment que Cod s’est entièrement focalisé sur le multi, jusqu’à totalement muer en Warzone l’année dernière. Avec le temps, la campagne solo est peu à peu devenue, au mieux, un tutorial, au pire, une plaisanterie. Refaire ces titres a donc été un yoyo constant entre plaisir convenu et frustration légitime.
Note : on ne parle pas non plus ici du mode Zombie ni de ses itérations, devenus récurrents depuis Call of Duty : World at War.
Call
of Duty 2 (Xbox 360, 2005)
Call of Duty 2
a tranformé l’essai en améliorant la mise en scène et en
enrichissant un peu les phases de gameplay (et surtout, en semant les
graines du multijoueur « à la Call of Duty »,
mais ici, on ne juge que la campagne). Niveau histoire, on nage
encore en pleine Seconde Guerre mondiale, avec trois campagnes
successives : le front soviétique, la guerre en Afrique, et
enfin, la montée des Américains de la Normandie jusqu’en Allemagne.
Même s’il a été cross
gen (sorti sur PC et PS3, mais aussi sur la génération
Xbox/PS2), CoD 2 est beau pour son âge. Ses qualités et
son influence sont indéniables, tout comme l’arsenal déjà bien
étoffé. Par contre, je suis choqué de constater que presque rien
n’a évolué en quinze ans. Outre les innovations absentes, car le
genre ne les avait pas encore connues (ni couverture, ni sprint),
Call of Duty 2 se jouait déjà comme Call of Duty en
2020.
Passons sur le contexte, puisqu’on n’en avait pas encore soupé, de la Deuxième Guerre dans les FPS. En revanche, on a exactement les mêmes soucis que dans Call of Duty 3 plus tard. Vous êtes cerné par des partenaires neuneu qui ne toucheraient pas un éléphant dans un couloir, mais sont très doués pour vous bloquer la vue ou le passage. Les ennemis, eux, respawnent à l’infini du moment que vous n’avez pas été le premier à forcer leurs lignes. Et bien sûr, vous êtes toujours l’homme qui valait trois milliards de pesos. Tout le monde veut VOTRE peau. Y compris les scripts du jeu puisque, parfois, le timing est si serré que si tu traînes, tu peux crever et tout recommencer. Yahou !
Bref. Call of Duty 2 souffre d’une IA débile et d’une linéarité trop scriptée pour pleinement l’apprécier.
Call
of Duty : Black Ops (Xbox 360, 2010)
La Guerre froide. Alex
Mason est fait prisonnier à Cuba après la tentative d’assassinat de
Castro. Des années plus tard, le voilà sanglé à une chaise dans
une salle d’interrogatoire, à répondre aux questions d’un
mystérieux personnage. Commence une succession de flashbacks
retraçant notamment le parcours de Mason, depuis son évasion d’un
goulag en passant par la guerre du Vietnam, jusqu’à la mise au jour
d’un complot terrifiant.
La
campagne de Black Ops est souvent considérée comme la
meilleure de la saga. Je comprends pourquoi, mais commençons par le
négatif : le gameplay. Call of Duty reste
inchangé. C’est linéaire et parfois frustrant, avec cette
même conception de la difficulté (ennemis kamikazes et résistants
au plomb, avec le don de voyance quand il s’agit de vous trouver).
Heureusement, l’armement pléthorique permet de se venger avec
plaisir. Et bien sûr, rebelote avec les scripts n’autorisant aucune
liberté.
Si Black Ops accroche tant, c’est grâce à son intrigue et à sa mise en scène. L’histoire est extrêmement bien travaillée, mix efficace entre James Bond, Rambo et Un Crime dans la tête. Sorti après Modern Warfare 2 et sa guerre mondiale fictive, le jeu est tout aussi spectaculaire, mais jouit d’un ancrage plus fort dans notre réalité, avec l’apparition de figures historiques phares (JFK et Castro). Mais en plus, il tire parti de personnages déjà apparus dans les opus précédents, notamment World at War. L’intrigue fait ainsi doublement mouche, plantée à la fois dans l’Histoire, mais aussi dans la mythologie Cod.
Encore plus fort, Black
Ops joue sur le procédé du FPS, la subjectivité du joueur,
remettant peu à peu en question la « réalité » des
évenements. Enfin, il y a la conclusion, suggérant (sans confirmer)
la participation de notre avatar à un fait historique tragique. Du
beau boulot.
Call of Duty : Black Ops II (Xbox 360, 2012)
2025. David Mason, le
fils d’Alex, est sur la piste de Raul Menendez, un révolutionnaire
qui compte mettre l’Amérique à genoux avec une cyber attaque.
L’aventure alterne phases du présent (ou plutôt, dans le futur
immédiat) et flashbacks pendant la Guerre froide. Petit à petit, le
voile se lève sur les origines de Menendez et son lien avec le père
de David.
Cet
opus est sorti sur Xbox 360, PS3 et PC, un an après un Modern
Warfare 3 « over
the top », mais
routinier. Le fossé est grand. Black Ops II est
probablement le pinacle en matière de campagnes dans la saga Call
of Duty. Le jeu met le paquet
sur la mise en scène spectaculaire et se permet en plus,
probablement pour la dernière fois, d’apporter vraiment du nouveau.
En
2025, vous bénéficiez d’armes et gadgets futuristes, qui dynamisent
et renouvellent grandement les combats. Pendant la Guerre froide,
vous menez un raid avec Manuel Noriega en personne, vous chevauchez
un pur sang en plein champ de bataille afghan, vous ressentez les
émotions de Menendez pendant un assaut solitaire désespéré, etc.
Les arènes sont bien plus grandes, certaines phases (facultatives,
après la première) mélangent efficacement FPS et TPS, et
l’histoire est captivante, malgré les exagérations habituelles de
la franchise. De plus, Black Ops II
prend en compte les réussites et les décisions du joueur – sans
lui indiquer, alors qu’elles sont vraiment déterminantes pour la
conclusion de l’histoire.
En
résumé, cet épisode jouit de qualités, d’une créativité et
d’une rejouabilité qui évitent l’ennui et la frustration, dans
lesquels Modern Warfare 3
commençait à sombrer. Assurément, un épisode à faire.
Call
of Duty : Ghosts (Xbox One, 2013)
Dans
le futur, l’Amérique est en guerre avec la Fédération, l’Amérique
du Sud réunie sous une même bannière.
Dix ans après une attaque
dévastatrice sur les Etats-unis, les Fédérés préparent le coup
de grâce. Hesh et Logan (vous) sont des Ghosts, les soldats les plus
forts du monde, chargés de contrecarrer les plans de l’ennemi. Mais
Roarke, un ancien Ghost ivre de vengeance, est passé du côté de la
Fédération.
Nouveau titre cross gen, cette fois sur Xbox 360/PS3 et Xbox One/PS4 à la fois. Au lieu de créer l’évènement, Ghosts régresse. Les innovations de Black Ops II (embranchements multiples et phases en semi-TPS) ont disparu, remplacées essentiellement par… un chien, rarement employé. Quant aux phases furtives, elles pâtissent d’une l’IA digne d’un comateux éthylique.
Enfin, le scénario (« par l’auteur de Traffic » annonçaient les développeurs) se focalise trop sur Roarke et les Ghosts. Cette vengeance personnelle aurait pu se passer dans notre réalité, au lieu de ce contexte futuriste pourtant passionnant. Mais on ne creuse jamais le conflit avec la Fédération, et c’est comme si le reste de la politique mondiale n’existait pas. Alors à quoi bon tout ça ?
Heureusement que Ghosts est bête, spectaculaire et marrant comme un blockbuster estival. Explosion d’un barrage, infiltration sous-marine, attaque en tank à la conduite « arcade », assaut sur une station spatiale… Le jeu fait tout pour s’attirer nos faveurs. Comme il n’est pas trop punitif (pour une fois), on va dire que ça passe.
On sent toutefois que la série commence à se demander ce qu’elle peut vraiment inventer, les décors et les idées sentant le déjà-vu (naufrage de porte-avions, plate-forme pétrolière, l’espace, etc.). Allez, même si c’est un beau gâchis de concept, Call of Duty : Ghosts vaut bien les deux euros auxquels vous risquez de le trouver.
Call
of Duty : Advanced Warfare
(Xbox One, 2014)
Dans
les années 2050, la corporation Atlas est devenue la plus grande
armée du monde. Mais son dirigeant, Jonathan Irons (Kevin Spacey), a
des ambitions démesurées. Mitchell, son protégé et fils de
substitution, va l’apprendre à ses dépens. Il va finalement
rejoindre Sentinel, une unité anti-Atlas, pour contrecarrer les
plans d’Irons.
Encore un opus cross gen dans le futur, mais toute continuité avec les opus antérieurs est enterrée. Cette émancipation permet à Advanced Warfare de surprendre, et d’aller aussi loin que possible dans l’action.
Vous avez des gadgets excessivement fun (drones microscopiques, gants magnétiques, grappin, exosquelette), mais leur usage est limité uniquement aux passages prévus. On sent plus que jamais que le gameplay est pensé pour du multi, et que la campagne fait office de tutoriel scénarisé. C’est amusant, mais on ronge son frein. On aimerait plus de liberté quand on escalade un immeuble comme Batman, ou lorsqu’on bondit d’une voiture à l’autre en pleine poursuite sur l’autoroute.
Les thématiques sont pertinentes, mais l’histoire, abracadabrante. Elle est quand même plus cohérente que Ghosts, tout comme la jouabilité des missions. C’est toujours linéaire, mais au moins, les phases furtives sont plus plaisantes (merci aux fameux gadgets). Quant aux morceaux de bravoure, ils ne se limitent pas aux fusillades, comme l’introduction au complexe d’Atlas ou la visite du « centre de recyclage ». Malgré la polémique autour de Kevin Spacey aujourd’hui, il faut reconnaître qu’Irons est un excellent personnage, réservant quelques scènes mémorables (comme son discours devant l’ONU, où il annonce cash qu’il dirige le monde et qu’il ne faut pas le chercher).
Call of Duty : Advanced Warfare est toujours diablement beau, et hormis un ou deux QTE débiles (« appuyez pour présenter vos respects » !), il vaut les 99 centimes qu’il m’a coûté.
Call
of Duty : Modern Warfare
(Xbox One, 2019)
Des terroristes ont volé un gaz mortel. Le capitaine Price va tout faire pour les arrêter. Et voilà, quoi. Modern Warfare 2019, aussi sur PC et PS4, est un retour aux sources, un reboot et un prequel à Call of Duty 4 (le lien est fait dans les dernières minutes).
Les conflits sont toujours spectaculaires, mais cette fois, les développeurs veulent les rendre plus réalistes et viscéraux. Vu le passif de la franchise, les vraies surprises sont absentes. Quant au ressenti du joueur, son pouvoir de décision n’est jamais poussé ni concret. Tortures et choix de vie ou de mort ne sont pas nouveaux, mais c’est rarement à vous de décider quoi que ce soit, et vous ne subissez jamais les conséquences de vos actes.
Modern Warfare est très linéaire. Pas de surprise, mais quand on joue à Black Ops II la même semaine, ça pique. Et vos ennemis, quinze ans après Call of Duty 2, sont toujours les mêmes kamikazes ultra précis, qui vous verrouillent plus vite qu’un tweet de Donald Trump dénonçant les fake news. D’ailleurs, il y a maintenant de vrais kamikazes qui explosent, et ce sont bien les gâcheurs de plaisir que vous imaginez.
La campagne est remplie d’authentiques pièges à c**. Vous mourez, vous recommencez en sachant ce qui va arriver, puis plus loin, rebelote. La guerre, la vraie, c’est peut-être aussi nul que ça. Mais si je joue à la place, c’est peut-être parce que la frustration et le désespoir ne m’intéressent pas tant que ça.
Call of Duty 2019 n’apporte rien de plus que ses ancêtres, à part développer son système de couverture et pousser à fond le prétendu réalisme (textures et éclairages chics, séquences en vision de nuit immersives). Et les meilleurs moments sont trop courts et scriptés pour avoir plaisir à s’y replonger de sitôt. Carton rouge pour son installation, interminable.
En
résumé
Call of Duty n’a pas changé en quinze ans, tout de même ! L’IA des ennemis fait sourire quand on regarde jouer, mais grincer des dents quand on la subit. Et le joueur est condamné à suivre une voie toute tracée, qui ne laisse jamais expérimenter avec l’environnement ni mesurer les conséquences de nos actions.
Cela ne s’arrange pas dans la deuxième moitié des années 2010. Un déclin inexorable s’amorce alors, les développeurs apportant toujours moins de soin à l’expérience solo, pour privilégier le multi. Le succès de Warzone ne leur donne pas tort. Mais pour les rétrogrades tels que moi, l’âge d’or d’un solo mémorable est loin derrière. Après avoir enfin tâté de Black Ops I & II, je le déplore d’autant plus.
Il me reste encore à voir ce que Black Op : Cold War propose, mais je ne me fais pas d’illusion. Il est fini, le temps des efforts et de la vraie réflexion sur ce que le jeu solo peut apporter de neuf. Si tu ne paies pas ton abonnement au PSN ou au Xbox Live, tu n’existes pas. Mais pour un petit plaisir en solitaire, redécouvrir les vieux opus ne coûte heureusement pas cher. Vous pouvez même aller voir du côté des autres shooters militaires, comme les anciens Battlefield ou Medal of Honor. Il y aura toujours de quoi faire.
Après la disparition de son père, un SDF de la Nouvelle Orléans, Nat Binder (Yancy Butler) engage pour le retrouver un certain Chance Boudreaux (Jean-Claude Van Damme). Chance connaît bien la ville, et c’est un pro dans l’art de botter des fesses au ralenti. Très vite, le duo découvre que le père de Nat est mort dans des circonstances suspectes. Et pour cause : il a été victime du gang de Fouchon (Lance Henriksen), qui vend ses services à de riches c%#nards pour une chasse à courre où l’homme devient la proie. Chance et Nat devenant gênants, Fouchon et son bras droit Van Cleaf (Arnold Vosloo) vont chercher à les éliminer. Il s’avère que Boudreaux a plus de répondant que le gibier qu’ils chassaient jusqu’à présent…
On n’arrête plus ESC, visiblement motivé pour nous offrir le best-of de JCVD dans des écrins en forme de VHS. Après les excellentes éditions de Double Impact et Cyborg, c’est Chasse à l’Homme de John Woo qui a droit à un traitement de faveur. Cette édition mérite des éloges, tout comme le film, une fois qu’on le redécouvre presque trente ans après.
Qui
est Woo ?
En 1993, Van Damme grimpe encore au box-office. Il est vraiment une « star » du business, et ce qu’il veut dirige ses choix de carrière. Son souhait, c’est de tourner avec John Woo, réalisateur hongkongais qui impressionne tout le monde depuis quelques années avec Syndicat du crime et The Killer, et surtout avec À toute épreuve, sorti en 1992.
Malgré Piège de Cristal et Terminator 2, le cinéma d’action ricain tourne formellement en rond depuis un moment. Du côté de Hong Kong, par contre, c’est l’expérimentation et l’éclate à foison, en particulier dans le giron du fameux Woo. Son dernier film est à la fois totalement référentiel aux films US suscités, mais également porteur de toute la cinéphilie, de la sensibilité et de la sentimentalité du monsieur.
En fait, À toute épreuve est sa carte de visite pour l’Occident. L’année 1997 approche, et avec elle, la rétrocession de Hong Kong à la Chine. Pas mal de cinéastes locaux s’inquiètent de leur future carrière, et l’exode vers Hollywood est une option sérieuse, à laquelle répondra Woo (mais aussi Tsui Hark et Ringo Lam par la suite). De toute façon, le cinéma occidental était fasciné par les œuvres hongkongaises depuis les années 80. Importer directement les artistes devait fatalement arriver.
La
« musique » de Woo
Importer John Woo, c’est
faire venir son style, son langage cinématographique. Et il est très
différent des habitudes hollywoodiennes.
John McTiernan, réalisateur de Piège de Cristal, comparait la réalisation d’un long métrage à la composition d’une musique symphonique. Dans un des bonus de cette édition, Christophe Gans, réalisateur du Pacte des Loups et de Silent Hill, dit de John Woo que sa « musicalité » s’apparente à un bœuf improvisé par un jazzman. En fait d’une simple succession de notes, que sont les procédés, les plans et les idées, Woo crée de l’effet, des sensations, en les empilant les uns sur les autres.
Grâce au montage, un même moment se joue, se traduit et se vit sous plusieurs perspectives et de plusieurs manières quasi simultanément. C’est important pour comprendre en quoi Chasse à l’Homme (Hard Target, en VO) a été un gros pari, et un peu une gageure pour ses principaux intervenants. John Woo avait tout pour bousculer les conventions de mise en scène d’un film d’action US. Mais, perçu comme un « newbie » par ses producteurs et sa star, il n’allait pas avoir les coudées franches pour y parvenir. Pas du premier coup.
Conflit
d’opinions
On se doute que les producteurs avaient leurs idées bien à eux, et qu’ils ont été aussi frileux que de coutume. Il ne faut pas non plus oublier les règles absurdes de la censure américaine. Elles imposaient au réalisateur un quota de morts par scènes, et des coupes pour ne pas voir à la fois le flingueur et le flingué dans un même plan ! Sans parler d’une scène d’amourette cousue de fil blanc, imposée puis retirée suite à des projos test peu enthousiastes.
Les producteurs vont même chercher Sam Raimi pour lui offrir un poste de producteur exécutif. L’intention inavouée : si Woo devient ingérable ou s’avère incapable de bosser à cause de son anglais, le réalisateur d’Evil Dead le remplacera au pied levé. Dans un docu d’époque présent sur l’édition, il est étonnant, et réconfortant, d’entendre Sam Raimi jeune partager sa crainte sincère que le hongkongais se fasse bouffer par Hollywood. Cette crainte sera momentanément concrétisée avec son film suivant, Broken Arrow, mais surtout avec Mission Impossible 2, autre projet de commande d’une star mégalo.
John
vend Van Damme
Jean-Claude, perspicace, mais un peu trop quand même, insiste pour que ce soit « un film de Van Damme » . Après tout, on paie pour le voir avant tout. Il semble qu’il imaginait une relation maître-servant avec son réalisateur, engagé pour magnifier sa personne, et non pour exprimer son génie. En conséquence, Woo ne peut pas présenter ses personnages comme il le voudrait. Il doit aussi faire le plein de plans sur les biscotos et la belle gueule de sa vedette.
Finalement, vingt minutes de film sauteront, retirant des moments entre personnages, mais aussi un attardement sur plusieurs scènes violentes. On perd surtout un élan de noblesse lors de l’assassinat de Roper, une dragouille un peu longue et inutile entre Chance et Nat, et une mort plus cash pour le maléfique Fouchon. Mais Woo est flexible, et obéir n’impacte pas tant que cela le produit final.
Le plus dommageable, ce sont quatre minutes de plans disparaissant encore pour la sortie cinéma. On perd encore un peu de sang, mais aussi beaucoup du « langage visuel » du réalisateur (comme des répétitions et des effets de ralenti ou d’arrêt sur image). Il faut attendre l’avènement du Laserdisc pour que la version uncut ressurgisse et fasse enfin la différence. C’est évidemment cette version que l’on trouve dans l’édition ESC (pour info, ces quatre minutes n’ont jamais été doublées en français).
Mais
alors, John Woo est-il passé à la moulinette ? N’est-ce qu’un
véhicule de plus pour JCVD, sympa mais sans plus ?
Qui
va à la chasse à l’homme…
Un réalisateur hors norme, un projet inspiré des Chasses du Comte Zaroff (pas vraiment un concept fréquent), et une star à l’ego maousse ? Ça fait des étincelles. Chasse à l’Homme ne ressemble pas complètement à un film de John Woo, mais ce n’est pas du tout un film d’action lambda.
Déjà, les héros de Woo sont romantiques et chevaleresques. Pas courant dans un actioner américain. Le héros vandammien, certes pas dénué de noblesse, est surtout un prolo partant du bas pour gagner sa renommée. Les premiers surmontent l’adversité au nom d’une moralité propre (même les vilains). Le second est un battant à l’objectif immuable, prêt à faire une tête au carré à l’adversité pour l’atteindre. Deux conceptions a priori dures à marier.
Surprise ! Chasse à l’Homme n’est pas le rejeton difforme d’un mariage raté. C’est un film hybride entre « la méthode Van Damme » et « la réal John Woo ». Il joue les funambules, chancèle parfois, mais ne se casse jamais la figure.
Puisque
l’Orient rencontre l’Occident, Woo mélange fort à propos genres et
intentions. Van Damme devient Chance, un héros à l’allure digne,
sauveur des demoiselles en détresse, mais son traitement évolue.
Cela commence en hommage évident au western : façades héritées
du vieil Ouest, bagarres de bar, gros plans sur les yeux, musique
typique… Pourtant, Chance reste Van Damme, et il dégaine la jambe
comme Clint Eastwood sort son six-coups.
C’est à mi film que tout bascule, quand Boudreaux reprend le flambeau de la police quasi naturellement (dans une chorégraphie élégante, digne du réal). Il se met alors à pétarader comme Chow Yun-Fat dans À toute épreuve. On entre complètement dans un film de John Woo tel que le voulait Van Damme… et il est servi !
…
Affronte le surhomme
Contrairement à son compatriote Tsui Hark plus tard (avec Van Damme, d’ailleurs), John Woo n’expérimente pas avec Chasse à l’Homme. On lui demande de faire son truc, alors il s’adapte, il s’amuse, et ça se voit. On a beau justifier que Boudreaux est un ancien marine (et cajun, pour expliquer son accent), il a dû sortir de l’école militaire avec une spécialité « acrobate ».
Comme Cliffhanger la même année, Hard Target ne propose pas de héros crédible façon Piège de Cristal. Chance est un surhomme et ça ne s’explique pas. Van Damme fait l’équilibriste à moto, charme un serpent d’un coup de poing, effectue un triple salto sans trampoline, tient son flingue à l’envers, et il finit des ennemis déjà truffés de plomb avec son split kick légendaire.
https://www.youtube.com/watch?v=I4Ra-vSIZRw
Fort judicieusement, le dernier acte du film se déroule dans un cimetière d’accessoires pour Mardi Gras. Là, les situations inventives le disputent à un grotesque de fête foraine. Il faut dire que Jean-Claude donne le départ juché sur un pélican en papier mâché, en cartonnant de son pompeux rutilant la douzaine de salopards en dessous. Le décor aide sans peine à faire passer le message : bienvenue à la fête, camarade !
Frais,
fou et fun
Difficile de dire si ces pitreries étaient une autre exigence de la star, après les plans sur ses biceps huilés. Heureusement, on rit avec le film plutôt que de s’en moquer. Par rapport à la mutation amorcée avec Die Hard quant au concept du film d’action hollywoodien, où l’unité de lieu est censée faire la différence (cf. Passager 57, Piège en haute mer,Cliffhanger, etc.), Hard Target propose autre chose, tant dans le fond que dans la forme. On obtient un film frais, fou et fun par rapport au tout-venant de l’époque.
La mise en scène de Woo se marie bien avec l’approche « multi-angles » qu’affectionne Van Damme pour ses chorégraphies, et l’action « à la hongkongaise » a gardé une sacrée patate. Si les flingues font « bang », les kicks font « BOUM ». Le style du réalisateur et les bruitages puissants confèrent aux pieds de JC une pèche démentielle, qu’on aura du mal à retrouver dans les futurs canons du genre comme Matrix, par exemple (lequel, ironiquement, emprunte aux chorégraphies câblées de Hong Kong).
Enfin, meilleur est le méchant, plus fun est le film. Ici, on en a deux. Lance Henriksen et Arnold Vosloo sont géniaux. Le premier perd peu à peu son sang-froid pour verser dans un cabotinage subtil, toujours à deux doigts de l’exagération, mais jamais ridicule. Quant au second, son sourire grimaçant, son accent élégant et sa grande taille marquent les esprits, bien avant qu’il ne devienne la momie dans le film éponyme de 1999.
Bref.
Quasiment trente ans après, Chasse
à l’Homme est à
redécouvrir pour tous les amateurs d’action, les nostalgiques des
années 90, les fous de Van Damme et les fans de John Woo.
Le
point sur l’édition
Comme dans les précédents boîtiers VHS, on retrouve à l’intérieur un poster double face, ainsi qu’une dizaine de photos promo. Au même titre qu’avec Double Impact, un mini magazine K.O. Mag accompagne la bête, avec interviews, notes de production et le point sur la chasse à l’homme au cinéma. Très, très instructif. Le film est en deux exemplaires, le DVD et le Blu-ray, chacun avec des bonus spécifiques.
Le DVD contient les bandes annoncesainsi que la première partie d’une rétrospective consacrée à la filmo de Van Damme, par l’enthousiaste Arthur Cauras. Court mais sympa. Sur le Blu-ray, on a une présentation du sous-genre de la chasse à l’homme par Arthur Cauras (encore), complétant les informations du livret. Christophe Gans prend la parole pendant trente minutes pour nous parler de John Woo et du film, là aussi avec beaucoup d’infos et d’analyses pertinentes.
Les plus attentifs découvriront un sous-menu permettant d’accéder à des docus promo d’époque. Ils ont encore des choses à nous apprendre ! Dommage que leur qualité aille de « bof » à irregardable (la featurette de 1993). Je tairai le plus gros point fort des bonus, dans la continuité de ce que proposait l’excellente édition de Cyborg. Mais c’est une vraie pépite pour les fans de John Woo et les cinéphiles en général.
Encore une box de qualité pour un Van Damme qui le méritait. Attendons de voir ce que les futures sorties de l’éditeur nous réservent, mais ils ont la formule et la motivation. Ça ne présage que du bon.
Chasse à l’Homme sera disponible le 3 février 2021 chez ESC éditions, en boîtier collector VHS, en combo Blu-ray + DVD ou DVD simple.
Série incontournable du vigilante movie et du revenge movie, la franchise Un Justicier dans la ville est enfin sortie en intégralité en coffret chez Sidonis Calysta. Voilà l’occasion de bien commencer l’année, d’abord en se posant les bonnes questions, puis en finissant par quelques barres de rire. Pour ceux qui découvrent la franchise, elle prend la forme d’une kermesse de la croisade implacable d’un homme, Paul Kersey, contre les muggers (agresseurs des rues), puis contre le crime organisé. Une spirale de laquelle le personnage et son interprète ne sortiront plus jusqu’à, fatalement, tomber dans l’autoparodie.
Un
Justicier dans la ville (Death Wish, 1974)
Paul Kersey (Charles Bronson) est un architecte new-yorkais, marié, avec une fille, et tout lui sourit… pendant les cinq premières minutes. Tandis qu’il est au boulot, trois loubards suivent sa femme et sa fille chez elles. Quand Paul est averti, il est trop tard. Les truands ont disparu, après avoir tué sa femme et violé sa fille. Petit à petit, de rencontres en hasards, Kersey va jeter son impuissance aux orties. Il va s’armer, passer à l’auto-défense, puis se mettre carrément à casser du punk…
Death Wish de Michael Winner est à voir absolument, que l’on soit ou non fan de polars noirs, des vigilante movies ou de Charles Bronson. Il suscite des remises en question intelligentes et intelligemment traitées, nécessaires en ce début d’année 2021, quand tout autour de nous, depuis les rues jusqu’aux hautes sphères politiques, semble tellement aller de travers. Certes, les « racailles » des années 70 ressemblent plus à des hippies qu’aux terreurs secouant nos vies au XXIème siècle. Mais, esthétiquement, le film possède un charme désuet qui permet de prendre plus à la légère, et avec un meilleur recul, les problèmes abordés.
Un
homme dans le justicier
Ce qui vend si bien Un Justicier dans la ville, c’est son rythme et son protagoniste. La tragédie de Kersey pourrait nous arriver, et la progression du personnage semble naturelle et compréhensible. Grand-père spirituel du Punisher et précurseur au héros victimisé que sera John Rambo, Paul n’a pourtant rien du flic polémique « Dirty » Harry Calahan. Objecteur de conscience dans l’armée, le monsieur est logiquement la dernière personne à souhaiter tirer sur autrui.
Avec une régularité de métronome et une précision implacable, le film va faire changer à Kersey son regard sur le monde l’entourant. Ce peut être via de brefs échanges avec son entourage (son beau-fils, ses collègues, un entrepreneur du Middle West), des scènes de la vie quotidienne auxquelles il n’aurait pas prêté attention quand tout était « parfait » (un blessé ignoré au beau milieu d’un hôpital, sa première altercation avec un mugger), et même plusieurs allusions au western (dont une représentation dans une fausse ville de l’Ouest, attisant autant la fascination que la consternation de Paul).
Si ce que fait « le Justicier » n’est pas défendable, on comprend ses raisons, à l’instar du récent Joker de Todd Philips, lequel se déroule dans les années 80 et lui emprunte même une scène clé se passant dans le métro. Mais là où le clown est un psychopathe, Paul reste un membre « modèle » de la société. C’est un homme ordinaire et mentalement équilibré, qui réagit graduellement à ce qu’il traverse. Certes, il s’extasie d’avoir repoussé un loubard avec une chaussette bourrée de pièces, mais il ira ensuite vomir après avoir tué quelqu’un pour la première fois. On y croit, quoi.
Pertinent
à toutes les époques
Le film se compare plus d’une fois au western, et c’est judicieux compte tenu du contexte. Les choses ont changé. Ce n’est plus ni le temps ni le lieu pour renouer avec l’attitude des pionniers, ni avec un cinéma de poseur et enjolivé. Dans Death Wish, le monde urbain est gris et sale, et ce qu’on a à défendre ne dépend plus de nous, mais d’une loi qui préfère regarder ailleurs quand ça l’arrange (l’attitude sidérante des politicards du film est, hélas, encore plus concevable à l’heure actuelle).
Fort
heureusement, Un Justicier dans la
ville ne va
jamais dans un sens ou dans l’autre, ne nous sermonne jamais
réellement sur le bien ou le mal des agissements de son anti-héros.
Contrairement au remake de 2018, ce n’est jamais le destin ou le bon
Dieu qui aide Kersey à s’armer ou à échapper à la police. Par
exemple, c’est bien un homme qui lui offre une arme à feu, sous le
manteau et à son insu. Mais le dernier plan glaçant signifie bien
que le problème (de Paul, de la société) ne mourra jamais
vraiment.
C’est
aussi le problème de cette franchise qui n’aurait jamais dû être,
mais qu’un studio expert en exploitation allait récupérer.
Un
Justicier dans la ville 2 (Death Wish 2, 1982)
Ils ont violé et tué sa fille. Monumentale erreur. On peut résumer ainsi toutes les nouvelles aventures de Kersey : il a refait sa vie, quelqu’un la lui ruine, et il leur ruine la g****. Paul est redevenu architecte à Los Angeles, a trouvé une nouvelle compagne et prend soin de sa fille, toujours traumatisée et mutique. Rebelote, des loubards forcent chez lui après avoir flashé sur sa moustache. Ils violent (six fois) sa femme de ménage, kidnappent sa fille, violent sa fille, puis cette dernière se défenestre en se sauvant.
Voilà une suite d’exploitation conçue après le rachat de la licence par Cannon Group (les Portés Disparus avec Chuck Norris, Superman IV ou encore Cyborg). Mais Un Justicier dans la ville 2 ne tient pas du nanar, même si l’outrance des années 80 commence à tâcher. Le film ne stagne pas et amorce une vraie évolution. Souvent, l’opus 2 cimente un personnage dans l’imaginaire (Rambo 2, par exemple). On peut se demander si Death Wish 2, volontairement bigger, est meilleur ou plus pertinent, mais il marque les esprits. Le viol va plus loin dans le malsain, et les punks sont encore plus déplaisants. Quelques vannes pointent le bout de leur nez, et quand ça cartonne, Michael Winner a les moyens du spectacle.
On
apprécie à sa juste valeur l’évolution de Kersey. Certes, le point
de départ est facile (Paul subit le même outrage), mais on passe du
vigilante
au revenge
movie.
C’est un homme désormais confiant et méticuleux qui part sillonner
les rues à la recherche des coupables. Plus froid, il essaie tant
bien que mal de concilier vendetta personnelle et vie privée. La
fin, appropriée, scelle définitivement le sort du personnage et de
son acteur. Kersey/Bronson sera désormais « Le Justicier »,
et il l’assumera jusqu’au bout.
Le Justicier de New York (Death Wish 3, 1985)
Ils ont tué son copain. Monumentale erreur. Paul revient à New York crécher chez un ami qu’il retrouve mort, tabassé par les loubards terrorisant le quartier. Après qu’un inspecteur au fait de son passif l’ait recruté « pour faire le ménage », Paulo s’installe et commande son arsenal par la poste. Il va ensuite balancer des drogués depuis les toits, et tirer dans le dos des voleurs de sac à main sous les applaudissements des mémés du quartier. Entre deux morceaux de bravoure, il va draguer une avocate de vingt ans sa cadette, et épater les résidents du bloc avec une présentation régulière de ses pétoires.
Tu apprécies les questionnements subtils sur la légitime défense, et tu n’aimes pas qu’on te dise quoi penser ? Dommage. Mais si tu aimes LesGuerriers du Bronx, la dérision et les fusils à éléphant, viendez ! On a du mal à croire que Michael Winner réalise toujours. Fini les sous-textes : les armes, c’est bien, et le crime, c’est mal. Toutefois, la faiblesse du Justicier de New York fait sa force. Son énormité fait qu’on ne s’ennuie JAMAIS. Oubliez la zone grise entre Bien et Mal. Depuis Death Wish 2, l’objecteur de conscience est passé pro dans l’art de liquider les raclures. Belle excuse pour lui faire poser des pièges à la Maman, j’ai raté l’avion, avant de sortir son magnum pour une guerre finale improbablement fun.
Death Wish 3 souffre d’une rupture de ton et d’idéologie. Devant tant de ridicule, difficile de dire si Winner se moque des réacs de tout poil, ou s’il flatte leur ego et encourage la révolte. En tout cas, Le Justicier de New York est fichtrement marrant, et toujours raccord thématiquement en concluant la guerre de Kersey contre son ennemi juré : la racaille des rues.
Le Justicier braque les dealers (Death Wish 4 : The Crackdown, 1987)
La drogue a tué sa belle-fille. Monumentale erreur. Ça paraît incroyable, mais Kersey a eu une vie après Death Wish 3. Revenu à Los Angeles, il est architecte (encore ?!) et en couple avec Karen. Quand la fille de cette dernière claque d’une overdose, Paul tue le dealer responsable et attire l’attention de Nathan White, un millionnaire pleurant le décès de sa propre progéniture. Il veut engager le Justicier pour… tuer le commerce de la drogue en Californie ! Heureusement, Paul n’a rien de mieux à faire.
La Cannon exploite la licence jusqu’au trognon et sort Le Justicier 4 en à peine deux ans. Pour l’occasion, Kersey devient un croisement entre le Punisher et James Bond. Il met à sac des labos clandestins, se déguise pour infiltrer des anniversaires, pose des mouchards dans les téléphones et piège des bouteilles de vin ! Michael Winner n’est plus là, et on s’en rend compte dès l’introduction, pertinente en soi (Paul rêve de son activité de Justicier, avec un twist), mais c’est ridicule à voir. Surtout, l’attention glisse de la guerre des quartiers à celle contre la drogue, ce fléau que les années Reagan mettaient un point d’honneur à éradiquer.
Death Wish 4 tord ce que Kersey représentait jusque-là, même quand c’était douteux. Il ne défend plus les petites gens contre une racaille face à laquelle l’autorité est impuissante. Il part en guerre contre le crime organisé, ennemi juré des forces politiques d’alors, et pour lequel toutes les figures importantes viennent des minorités (bonjour, le racisme !).
Mais avouons qu’on s’amuse beaucoup devant ce quatrième film, convoquant les meilleures gueules du genre (Danny Trejo, Mitch Pileggi), n’accusant pas de baisse de rythme, et offrant quelques sympathiques rebondissements. Surtout, il se conclut sur un règlement de compte aussi tragique qu’involontairement drôle.
Le
Justicier : l’Ultime combat (Death Wish 5 : The Face
of Death, 1994)
Ils ont défiguré et tué sa fiancée. Monumentale erreur. Kersey est professeur d’architecture à New York (sérieusement ?!). Il sort avec une couturière divorcée d’un mafieux au bras long. Paul aimerait se marier, mais elle veut témoigner contre son ex. Naturellement, il la défigure, la fait tuer et, comble de l’outrage, récupère la garde de sa fille.
Le Justicier 5 ressemble à un téléfilm et a été tourné au Canada, à défaut de New York. En plus, il coche toutes les cases de l’époque. Crime organisé façon Le Parrain, méchant terriblement méchant, flics ripoux, procès déterminant pour le bad guy et petite fille à sauver. Et bien sûr, la douche froide pour Kersey, qui redémarre encore miraculeusement sa vie pour qu’on lui f**** en l’air. Bref, la pertinence du film est discutable, à tel point que l’éditeur l’a collé en guise de bonus sur le bluray du quatrième opus, avec seulement la VF.
En 1994, Bronson a 73 ans tout de même, et les Arme Fatale et autres Die Hard ont donné un nouveau visage à la justice sauvage. Ç’aurait été l’occasion de conclure l’épopée, mais L’Ultime combat ne fait aucun effort dans ce sens. Il ne cherche qu’à divertir, et il y parvient. Le Justicier s’amuse au moins autant que nous quand il empoisonne un gus avec des canolli ou en explose un autre avec un ballon. C’est aussi l’occasion de satisfaire le sadisme du spectateur, récompensé par quelques touches de gore.
Paul
offrira ses services à la police dans le dernier plan, sans suite.
Pas de regret. Death
Wish 5
n’a rien de véritablement honteux, ce qui est déjà un exploit
(comparez-le à Die
Hard 5,
qu’on rigole). Mais il sent trop la redite. Il était temps
d’arrêter.
Résumé justicier
En regardant les cinq films d’affilée, chaque épisode est, finalement, assez cohérent avec son époque, ses préoccupations, ses craintes, et surtout sa manière de les exploiter à l’écran. Le sérieux grave et les questionnements troubles des années soixante-dix sont peu à peu remplacées par l’outrance de la décennie suivante. Là, l’exagération à tous les étages allait de pair avec la peur grandissante de perdre le contrôle du « monde civilisé », et Death Wish 2, puis 3 savaient s’en moquer avec le recul suffisant.
À la fin des années quatre-vingt, Rambo et Rocky, par exemple, étaient devenus des porte-étendards pour l’Amérique et sa politique. Chuck Norris aussi, dans le giron des deux franchises de la Cannon qu’étaient Portés Disparus et Delta Force. Pas d’étonnement à ce que Kersey leur emboîte le pas, dans une lutte contre les dealers complètement à l’Ouest mais toujours aussi fun, eighties obligent. Enfin, dans les années 90, on n’avait plus grand chose à cirer de ces problématiques, et Death Wish 5 se contente de n’être qu’un produit de consommation sans beaucoup d’imagination, redondant et routinier.
Critique bonus : Death Wish (2018)
Parlons de Death Wish par Eli Roth (pas dans le coffret). Paul Kersey (Bruce Willis) est chirurgien à Chicago, marié, avec une fille. Tandis qu’il est au boulot, trois braqueurs entrent chez lui. Quand sa famille arrive au bloc blessée par balles, sa femme meurt et sa fille tombe dans le coma. Petit à petit, Kersey va s’armer et se mettre à casser du punk. Quelque temps après, il retrouve la piste des coupables…
Beaucoup de choses sentent la fainéantise, dans ce remake. Evolution des temps ? Peut-être, mais pas celle de la société et des questionnements. Juste celle d’un cinéma « de service » qui se veut cool et fun sur une base qui, croit-on, suffit à elle-même. Death Wish en sort tristement aseptisé (pas de viol à domicile, par exemple).
La seule idée géniale, « Paul devient chirurgien », est censée expliquer la froideur du bonhomme, mais Bruce Willis semblait déjà sous Lexomil depuis dix ans. Quant au savoir médical de Kersey, il ne sert qu’à justifier une scène de torture trash. Oubliez la lente évolution du personnage. À notre époque, c’est plus simple d’embaucher l’acteur le plus je-m’en-foutiste et le réalisateur du complaisant Hostel.
Surtout, Death Wish pue l’hypocrisie, avec Paul voyant toujours la solution tomber du ciel. Son premier pistolet, sa première piste pour retrouver les coupables, une boule de bowling fracassant un salaud, etc. La quête du personnage est moins ambiguë et méritoire si le bon Dieu s’en mêle si souvent. On pourrait détailler le reste : sensationnalisme, furtivité improbable de Paul à l’époque des smartphones, laxisme des flics… Mais bon, le film ne s’y attarde pas non plus.
Comment les regarder ?
Concernant l’ordre, et pour la pertinence, voyez avant tout les deux opus originaux. Si vous êtes capable de rire d’une blague douteuse sans tout prendre absolument au sérieux, Le Justicier de New York puis Le Justicier braque les dealers sont sacrément fendards. Quant au Justicier 5, il fait le job à la manière de L’Inspecteur Harry est la Dernière cible. Il mâche et recrache tous les clichés de l’époque et les codes de la franchise, mais il le fait en s’appliquant. Le remake passe en dernier, mais pour le coup, on en rit jaune comparé au reste.
Après cinq épisodes tirant toujours plus vers le grotesque, il faut reconnaître à la saga originale son plus grand avantage : on ne s’ennuie jamais à la regarder. C’est probablement le plus important à retenir, et c’est pourquoi je ne peux que la recommander, d’autant que les copies sont, a priori, les plus belles sur le marché.
La saga Un Justicier dans la ville est disponible en DVD ou Bluray, en coffret ou séparément, chez Sidonis Calysta.
Vous avez un ami ou une amie qui lit beaucoup ? Votre petit(e) copain (copine) aime se changer les idées dans les transports sur le chemin du boulot ? Vous détestez que votre neveu passe trop de temps sur Rocket League et Fortnite (ou Call of Duty Warzone, si c’est déjà un ado), et vous voulez l’intéresser à la lecture sans le brusquer ? La Collection 120, c’est le cadeau idéal à lui faire pour les fêtes. Vous n’y croyez pas ? Pourtant, je ne rigole qu’à moitié. Voici 5 raisons pour lesquelles la Collection 120 contient forcément un livre à offrir pour Noël. Ho, ho, ho !
1) On ne
s’y attend pas.
Le prix Goncourt 2020 ? Trop évident. Le dernier Amélie Nothomb ? Déjà trop vieux. Le ixième Harlan Coben ? Prévisible. Mais la Collection 120, vous pouvez être sûr qu’il ou elle ne s’y attendra pas. Vous avez 9 chances sur 10 pour que Monsieur ou Madame (ou Mademoiselle) n’ait encore jamais entendu parler de la Collection 120.
Pour une surprise, c’est réussi ! « La quoi ? » risque-t-on de vous demander avec de grands yeux ronds. « La Collection 120 ! » répondez-vous avec des étoiles plein les yeux et un sourire malicieux. La suite, soit vous la brodez, soit vous argumentez. Et là…
2) C’est original, comme livre à offrir pour Noël.
La Collection 120, c’est le coin du film à lire. Vous voudriez lire davantage, mais vous aimez trop les films et les séries pour sauter le pas ? Vous pourriez trouver dans la collection un livre à offrir pour Noël. Elle contient des romans d’action, d’aventure et de suspense, trépidants et inventifs, qui ne prennent pas (beaucoup) plus de temps qu’un blockbuster hollywoodien. En plus de cela, les histoires sont originales (comprendre « non adaptées de franchises populaires usées jusqu’à la corde »).
Le prix de chaque roman de la Collection 120 ne se fonde pas sur un besoin désespéré de vendre. Il part d’un principe simple : 2 € = 2h. Idéalement, lire un livre de la collection ne devrait pas vous prendre beaucoup plus de temps que regarder un film. Or, généralement, un film dure deux heures.
Pour respecter ce principe, un e-book vaut donc 2,99 €, pour prendre en compte le pourcentage dû à la plateforme. Un livre papier vaut quant à lui 9,99 € à cause, en plus, du coût de l’impression à la demande. Un roman de la Collection 120 reste largement plus abordable qu’un livre neuf broché, et ne coûte pas plus cher qu’un dvd. Vu son ambition de divertissement typiquement « cinéma », c’est un bon comparatif.
4) C’est
joli, en fait.
La Collection 120 existe
depuis 2014. Depuis, ça ne chôme pas. Sans relâche, les livres ont
été lus, relus, re-relus, corrigés, paufinés, améliorés, leurs
visuels étudiés, leurs formats décortiqués, etc. Bref, c’est
comme le SAV, sauf qu’on ne m’a jamais rien demandé.
Aujourd’hui, à la veille de Noël 2020, la Collection 120 est réellement jolie à tenir entre ses mains. Les livres sur papier bénéficient tous d’une belle couverture avec finition brillante, d’une mise en page carrée, et le cas échéant, d’illustrations appropriées. Quant aux livres au format numérique, ils ont le mérite d’être débuggés et justifiés.
5) La Collection 120, elle tient dans la main.
Un livre broché neuf, ça fait la taille d’un parpaing. Mais un roman de la Collection 120 est à peine plus grand qu’un livre de poche. Cela veut dire que vous pouvez vraiment l’emmener partout avec vous : en vacances, en voiture, en train, en avion, sous l’eau, sur Vénus, etc.
Inutile de parler de l’atout de la version e-book. Rien n’est plus facile que d’ajouter un titre au catalogue de sa liseuse. Et cela ne pèse pas plus lourd dans la main, ni dans la poche.
Mais le plus important, c’est que…
Mamybaba, la sorcière Goyave, m’a maudit au dernier Halloween ! Si je ne parviens pas à convaincre dix personnes d’offrir des livres de la Collection 120 pour ce Noël, l’astéroïde Galaga, qui frôle la Terre tous les 3,6 ans, va dévier de sa trajectoire pour venir me fracasser la g**** !
Mon corps atomisé franchira alors les barrières dimensionnelles pour se reconstituer en 2077, sur une Terre alternative estampillée « Cyberpunk ». Elle serait dominée par un démon mi-homme, mi-bug appelé Kinourivz, lequel me torturera à jamais pour avoir toujours trop joué aux jeux vidéo. Par pitié, sauvez Noël, et surtout, sauvez-moi !
…
Ça valait le coup d’essayer. Quoi que vous décidiez, la Collection 120 vous remercie pour cette année. Joyeux Noël à tous ! Ho, ho, ho !
Vous écrivez ou vous voulez écrire ? Vous aimeriez qu’on vous remarque, qu’on vous lise, qu’on signe avec vous un contrat d’édition, qu’on achète les droits cinématographiques, qu’on vous adule, mais aussi gagner votre poids en or tous les ans ? C’est possible, même en s’auto-éditant (enfin, je crois). Mais calmez vos ardeurs. Il y a bien des pièges dans lesquels ne pas tomber, à commencer par se faire facilement des plans ! Si vous voulez devenir auteur auto-publié, il faut commencer par identifier et mettre de côté toute idée fausse sur l’auto-édition. Elles pourraient vous mener à la désillusion et au désespoir. En voici quatre.
Première idée fausse sur l’auto-édition : « C’est rapide et facile. »
Nan. Ça ne l’est pas. C’est comme la différence entre dire et faire : ça demande des efforts. Et si vous voulez que votre auto-édition soit bien faite, il faut le faire bien. Si c’est à vous de tout faire, il faut étudier la question, et apprendre à vous servir des outils recommandés pour écrire et mettre en forme le livre en e-book et au format papier (si vous visez cette fonctionnalité). Ensuite, il faut savoir sur quelles plateformes vous éditer : Amazon, Kobo, etc.
Si vous n’avez pas assez
confiance en vous ou si vous êtes malhabile, alors il faut trouver
la bonne personne pour se charger à votre place de ce qui vous gêne.
Forcément, cela va vous demander un peu de recherche, puis de
« feeling » pour savoir si vous avez affaire à un
fumiste ambitieux ou à un charlatan. Et si la personne est sérieuse,
reste à savoir si vous vous entendrez bien pour travailler ensemble.
Pour écrire, vous savez sans doute gérer. Mais évitez cette idée fausse sur l’auto-édition : ce n’est pas rapide et facile. Il faut vous documenter à fond, au préalable.
« J’écris
mieux que beaucoup d’autres. »
En voilà, une belle idée fausse sur l’auto-édition ! Déjà, même si c’est vrai, les goûts sont illimités et cumulatifs. Un lecteur qui aime les livres de bien-être et de cuisine peut aussi aimer l’érotisme fleur bleue et l’horreur trash. Mais si, malgré cette largesse d’esprit, il n’aime pas les thrillers d’action léchés et trépidants, on ne peut pas lui en vouloir. Surtout quand la concurrence est si grande !
Mais la qualité de l’écrit va de pair avec la qualité de la présentation. Orthographe, mise en page et couverture sont aussi importants pour capter le regard et conserver un lecteur. D’autant plus que, maintenant, les plateformes proposent de feuilleter en ligne les premières pages d’un ouvrage pour se faire une réelle idée de sa qualité et de son sérieux.
Dès le début, soyez
humble et réaliste concernant votre position dans l’auto-édition.
Ne vous convainquez pas d’être un best-seller en puissance. Déjà,
parce que c’est pas beau de se vanter. Ensuite, parce que le monde
est vaste et vous n’êtes pas seul sur le marché. Enfin, car même
si vous écrivez bien, si vous laissez le reste en plan (coquilles
partout, aucun alignement du texte, couverture générée
aléatoirement), on vous prendra pour un nul.
« On
va facilement me remarquer. »
Tu parles d’une idée fausse sur l’auto-édition. Malheureusement, Internet n’implique pas automatiquement de visibilité digne d’une vitrine sur les Champs Élysées. Sans un tant soit peu de communication, on ne va pas vous voir. La marché du livre, auto-édité ou non, est comme l’océan. Tous les jours, la marée ramène à l’attention du client de nouvelles parutions ou rééditions. Et comme sur la plage, on va chercher à ramasser l’objet le plus gros ou le plus brillant.
Et là, on trouve de
tout ! On peut se laisser tenter par des livres aux belles
couvertures et dotés de trois cents commentaires positifs, mais une
fois en main, ils se révèlent mal écrits et blindés de fautes. Ou
cela peut être l’inverse : des livres auto-édités n’ayant pas
à rougir avec les grosses publications se retrouvent en quarantième
page des résultats de recherche (et des ventes).
Ce n’est pas à l’auteur de juger s’il est à la hauteur des grosses sorties. Toutefois, il a un devoir de respect et de qualité envers son client/lecteur. Alors avant de songer à travailler votre comm’, travaillez bien votre livre. Pourquoi ne pas prendre contact avec des chroniqueurs sur des plateformes dédiées, afin de leur faire découvrir votre travail (moi, je vais ici) ? Ils auront peut-être des choses pertinentes à vous remonter, avant de faire le grand saut.
« Argent
facile ! »
Devenir riche avec votre premier roman (et les suivants) ? Ce n’est pas impossible, mais c’est une belle idée fausse sur l’auto-édition, à évacuer d’emblée. Autant faire de l’immobilier, devenir youtubeur, commencer une carrière dans le rap ou auditionner pour une fiction de TF1. Tous les profils d’auteurs ne sont pas les mêmes. Un publiciste avec une longue carrière et des velléités d’écriture, par exemple, saura se vendre même si son ouvrage n’est pas fameux. En tant « qu’auteur », succès mis à part, il n’est pas différent de Dédé Brouillard, retraité breton de 76 ans qui a toujours voulu écrire sa grande odyssée animalière pendant la Guerre de 14-18.
Ils ne sont pas non plus différents de Peter Noria, un doux rêveur entièrement tourné vers la création de fiction depuis ses sept ans, et qui a dû naviguer de port en port (acting, théorie du cinéma, scénariste) avant de poser ses bagages dans l’auto-édition, parce qu’il s’y sentait bien. Pourtant, il n’y connaissait rien, et pendant six ans, il a dû apprendre. Il ne gagne pas du tout sa vie avec, on le remarque à peine, et pourtant, il a besoin de raconter des histoires. Et même après une ou deux grosses déprimes ou crises existentielles, il ne parvient simplement pas à arrêter.
Au-delà du succès
(qu’on espère tous), c’est la passion qui doit avant tout et surtout
animer un auteur auto-publié. C’est une idée, une envie, un besoin
irrépressible, une conviction qu’on a au fond de nous et qui nous
convainc que, oui, c’est la bonne position à adopter.
L’auto-édition, c’est un gros effort et un investissement sur le
long terme, peut-être pour la vie.
En
définitive, l’auto-édition
Attention, l’espoir n’a rien d’une idée fausse sur l’auto-édition. Il nous aide à tenir et à avancer. Pour ma part, m’auto-éditer m’offre une liberté que j’aurais du mal à abandonner maintenant que j’y ai goûtée. Six ans d’échecs et de persévérance m’ont amené à affiner mon écriture, apprendre les outils d’illustration et de PAO, comprendre les problèmes de communication, etc. Et je ne sais pas tout, loin s’en faut.
En définitive, l’auto-édition, c’est comme de traverser la Manche à la nage. Une fois arrivé à mi-chemin, à quoi bon faire demi-tour ? Vous n’avez pas fait tout ça pour rien. Autant voir où cela vous mènera. Voyez les choses ainsi si, peut-être, vous souffrez d’une remise en question. Mais si vous avez évité ne serait-ce qu’une idée fausse sur l’auto-édition parmi celles susmentionnées, vous n’avez pas si mal démarré.
Des fois, pas besoin
d’attendre Noël pour être gâté ! À ma grande surprise, le
mois de novembre a été généreux en bons jeux, peu importe leur
ancienneté. Qu’il s’agisse de rétro d’époque, de remaster ou de
rétro « moderne », voici une poignée de softs qui
valent la peine d’y toucher. C’est parti pour le test rétro du
mois !
Ion Fury (Xbox One, 2018)
Test rétro pour jeu récent, puisque Ion Fury date de 2018. Il met en scène Shelly « Bombshell » Harrison, une bombasse en rogne qui a loupé l’école du charme, et qui multiplie les vannes aussi grosses que ses bastos. Tout ça pour empêcher le Docteur Heskel de conquérir la ville de Néo D.C. avec son armée de cyber cultistes.
Pour un rétro FPS, Ion Fury est beau, nerveux, bourré d’humour, et le shooting offre de bonnes sensations. Les niveaux sont blindés de zones secrètes etd’easter eggs dont la plupart sont très, très bien cachés. Les références volontairement datées à Commando, Tron, Terminator, etc. font illusion. On croirait jouer à un jeu build engine d’époque. Mais la technique a évolué : les environnements sont plus vastes et le jeu deux fois plus long que ses ancêtres.
Au rayon des critiques, vieux moteur oblige, ça rame sévère quand ça pète trop à l’écran, mais rarement. L’esthétique redondante donne aux niveaux la sensation de redite malgré quelques « innovations » (un passage en train ou un manoir). Les ennemis et l’armement sont variés, mais après la moitié du jeu, on a fait le tour, et le reste n’est que bim-bam-boum. Toutefois, le challenge et le plaisir sont là, grâce à un level design intelligent et une action stratégique.
De prime abord, les armes sont classiques (colt, pompeux auto, arbalète, etc.). Mais elles disposent toutes d’un tir secondaire changeant radicalement leur usage, et pouvant vous rendre l’avantage suivant la situation. Vous en aurez besoin. Ion Fury ne se joue pas aussi « rentre dedans » que Duke Nukem et Shadow Warrior. Si vous courez plus vite que vous ne pensez, vous allez crever. La difficulté normale (« Wanton Carnage ») est déjà assez corsée, alors commencez là. Dispo aussi sur PS4 et PC.
Turok 2 : Seeds of Evil (N64, 1998)
Joshua
Fireseed doit mettre la misère à Oblivion. Pour ça, il faut
traverser 6 niveaux à travers l’espace et le temps, pour
récupérer des clés menant à ce planqué. Évidemment, son armée
de Primagens et quelques dinosaures sont sur le chemin.
Le jeu est sorti en 1998 sur N64, mais a bénéficié d’un remaster en 2017 sur PC et Xbox One. À l’instar de Turok 1, le jeu est bien plus beau et fluide que sur la 64 bits de Nintendo. Les textures sont fines, la profondeur de champ est plus grande, et un déluge de couleurs vous explose les rétines. Le plus gros « plus » est la maniabilité. Avoir deux sticks analogiques assouplit grandement les combats et les phases de plate-forme, plus fun et réglo que dans l’original.
Pour un jeu console d’avant l’an 2000, Turok 2 est incroyablement « moderne ». Les niveaux sont immenses et labyrinthiques, avec beaucoup de backtracking. Pour accéder à certaines zones, il faut débloquer un pouvoir (sauter sur une grande distance, voler, etc.). Vous ne pouvez le faire qu’en trouvant une plume magique, puis en poussant un interrupteur, puis en dénichant le téléporteur qu’il active. Vous avez plusieurs objectifs à remplir, certains spécifiques à un niveau (libérer des prisonniers, détruire des machines), d’autres récurrents (trouver les pièces d’une arme nucléaire, protéger un totem). Heureusement que vous avez la carte en temps réel, ainsi que des marqueurs d’objectifs ajoutés pour ce remaster.
L’arsenal est pléthorique et toutes les armes ont la patate (mention spéciale au Cerebral bore, qui aspire le cerveau de sa victime avant d’exploser). Les animations des ennemis sont détaillées et souvent surprenantes, et la BO envoie toujours. Certes, tourner en rond (parfois) ne plaira pas à tout le monde. Mais depuis ce test rétro, Turok 2 fait partie de mes 5 FPS préférés.
Judge Dredd : Dredd vs Death (PS2, 2003)
Vous êtes la Loi. Les
quatre juges de l’Apocalypse se sont enfuis de leurs confinements et
sèment le chaos dans Méga City One. Retrouvez-les et coffrez-les.
Si vous voulez, coffrez tous les punks que vous croisez. Ou
flinguez-les. Après tout, la Loi, c’est vous.
Un FPS sur PS2 datant de 2003 avec Judge Dredd en vedette, ça rend sceptique. Mais le test rétro de Dredd vs Death a été extrêmement satisfaisant, pour trois raisons. Déjà, le jeu dégage une atmosphère comic pulp très justement rendue par ses graphismes, et surtout ses éclairages intenses baignant les décors. Ça va du rouge au vert, en passant par le violet, et même le feu de vos armes illumine les murs.
Ensuite, les guns sont fun. Vous ne pouvez pas vous séparer de votre arme de service, le Lawgiver, mais le bestiau dispose de six modes de tir : standard, rafale, explosif, perçant, incendiaire et rebond. Vous pouvez porter une seule autre arme, mais la plupart font un sacré barouf (perso, j’adore la mitrailleuse lourde).
Enfin, vous êtes Judge Dredd et vous pouvez rendre la justice comme vous l’entendez. Vous commencez par vous faire la main avec quelques manifestants contre les violences policières (vive la France !), puis le fauve est lâché. Abattre un voyou, c’est bien (euh…) mais le coffrer après avoir fait sauter sa pétoire des mains, c’est classe. Et si une tête ne vous revient pas parmi les civils, vous pouvez passer les bracelets à tout le monde. Le jeu a toujours une raison ridicule à afficher pour justifier votre initiative (résistance à agent, vagabondage, obésité, etc.). Et les sentences sont complètement à côté de la plaque. Mais qu’est-ce qu’ils vont vous dire ? La Loi, c’est vous. Existe aussi sur Xbox.
Inversion (Xbox 360, 2012)
Vous êtes un flic de Vanguard City en patrouille, quand soudain, la ville est attaquée par les Locustes les Lutadores, des hommes des cavernes surgis de terre pour tout casser. Un mois après avoir été capturé, vous vous évadez puis traversez la ville pour retrouver votre fille, en compagnie de votre partenaire. Les révélations tout au long de votre périple vont peu à peu vous faire regretter votre vie ignorante d’autrefois.
A priori, on a affaire au Gears of War du pauvre. À tel point que je n’ai croisé la boîte qu’une seule fois de ma vie, et avant ça, j’ignorais qu’il existait. Et Inversion démarre bel et bien comme la version discount des aventures de Marcus Fenix et Cie. Il s’agit d’un TPS qui n’a pas honte de débuter exactement sur la même base, avec ses néandertaliens grognons surgis des profondeurs, une ville en ruines, un fusil d’assaut muni d’une lame, un buddy system, etc.
On ne peut vraiment pas dire que la forme impressionne, sur Xbox 360 comme sur PS3. Pendant ce test rétro, ça ramait souvent, les textures et animations avaient cinq ans de retard sur Gears of War 3, et la maniabilité était des plus rigides. Pourtant, Inversion est un jeu qui nourrit peu à peu votre curiosité et votre plaisir, grâce à deux atouts singuliers.
Gears of War avec plus de gravité
Le premier, c’est l’histoire. Elle vous conduit progressivement sur des terres et vers des révélations loin, très loin de Gears. Ça va si loin qu’on est agréablement surpris, et qu’une fois la fin venue, on regrette que bien des questions demeurent sans réponses (la suite n’est pas près d’arriver, après le bide commercial du soft).
L’autre plus-value, c’est l’usage de la gravité. C’est tellement cool qu’on se demande pourquoi Gears of War n’a pas (encore ?) piqué et perfectionné l’idée. Car Inversion surprend en termes de level design. Des « puits de gravité » peuvent vous propulser au mur ou au plafond, et vous affrontez souvent des ennemis sur un plan différent du vôtre. Il y a aussi des zones en zéro gravité où vous devez planer et, en plus, affronter d’autres gus en train de voler (heureusement, c’est assez maniable).
Surtout, surtout, vous portez un harnais qui permet d’accentuer ou d’annuler la gravité. En gros, vous pouvez viser et rendre un objet/ennemi plus lourd ou plus léger. En combat, les possibilités sont énormes : générer un bouclier, immobiliser vos adversaires, les saisir pour les envoyer voler, balancer une voiture pour décimer les rangs ennemis… Et je ne parle que des trucs de base. Vous pouvez même saisir une bulle de pétrole ou de lave en fusion, pour la jeter sur vos assaillants ! Cela devient si fun qu’une fois fini mon test rétro (« déjà ?! »), j’avais envie de tout recommencer, maintenant que j’avais pigé.
Pour
finir sur une (autre) bonne note
Pas de mauvais jeu, ce mois-ci ? C’est fou ! J’aurais bien parlé, en plus, du titre Extermination sur PS2 (2001), dont je n’ai pas encore fini le test rétro. Je vais donc dire tout le bien que j’en pense ici, malgré ses vingt ans d’âge. Dans ce survival horror, vous êtes Dennis, un soldat ricain envoyé au Pôle Sud dans une base prise d’assaut par un parasite mi-sangsue, mi-The Thing.
Comme tous les titres du genre, le doublage est risible, au moins autant que l’intrigue. S’il est difficile d’avoir « peur » devant un jeu si vieux, force est de reconnaître que c’est jouable et bien rythmé. Certaines mécaniques sont encore impressionnantes à leur juste valeur aujourd’hui, comme la lampe torche, la customisation de votre arme et la gestion de votre taux d’infection.
Pour le moment, Extermination est plus sympa à jouer que Cold Fear. Et, à bien des égards, son gameplay est en avance sur Resident Evil 4 qui ne sortira que quatre ans plus tard. À essayer, assurément.
Le futur. Le monde va mal. Depuis qu’une peste a éradiqué une bonne partie de la population (coucou, Covid), c’est Ken le Survivant, là-dehors. Les faibles et les innocents se font massacrer par des bandes de pirates cannibales. La plus crainte est la horde de Fender (Vincent Klyn), un ogre portant des Ray-Ban tellement sales qu’on n’en voit pas le regard bleu perçant. Pearl Prophet (Dayle Haddon), une femme cyborg, détient le secret d’un remède. Mais Fender met la main dessus et lui ordonne lui propose de l’accompagner à Atlanta, sa destination, en échange dudit remède (« pour devenir un dieeuuuu ! »). Mais Gibson (Jean-Claude Van Damme) va croiser leur chemin, et il a un compte personnel à régler avec Fender…
Cyborg fait partie de la première vague de productions mettant en scène Jean-Claude Van Damme au tout début de sa carrière. Sorti entre Bloodsport et Kickboxer, il est probablement l’incarnation la plus parfaite du mot bis, à tous les niveaux. Répétition dans la production (recyclage de matériel et décors, remontage par deux fois), répétition de figures et poncifs d’un certain cinéma de genre (ou cinéma… bis), jusqu’à la répétition de plans pour magnifier les mouvements de sa star. Enfin, aujourd’hui, bis repetita avec la sortie du film en édition collector chez ESC. Mais Cyborg, c’est quoi, vraiment ? Et surtout, est-ce que ça vaut vraiment le coup ?
L’essence
du mot « bis »
Cyborg d’Albert Pyun a une réputation de nanar, de film tellement mauvais qu’il en devient bon, car drôle. Mais les choses sont plus subtiles que cela. Il s’avère que le métrage est décent, mais il a contribué à la popularisation de l’idée qu’on se fait d’un nanar aujourd’hui. Il est un peu comme tous les bis italiens post-Mad Max sortis dans les années 80, sauf que lui, on s’en souvient beaucoup, beaucoup plus.
C’est normal, quand on fait le compte. Une énième production au rabais de la Cannon (tous les Chuck Norris d’alors, Superman 4, etc.), un des premiers rôles de JCVD, une parenté plus si fraîche avec le post-apo à la Max Max… Et en coulisse, le film a été produit pour justifier l’argent déjà investi dans la pré-prod de deux films Cannon, annulés au dernier moment : The Amazing Spider-Man et Les Maîtres de l’Univers 2.
Albert Pyun, qui devait réaliser la suite des frasques de Musclor, a ainsi écrit un script permettant de réemployer les décors et costumes déjà disponibles. Ce serait Cyborg, qui en plus, via le personnage de Pearl, surferait un peu sur la vague du Terminator de James Cameron. Ironiquement, Chuck Norris devait incarner le mercenaire Gibson, mais on lui préféra Jean-Claude Van Damme. Il était plus jeune, gracile et félin, et donc plus crédible pour incarner cette espèce de ronin dans un avenir impardonnable.
Cyborg étant né des restes fumants de films mort-nés, mettant en scène une future star de vidéo-clubs, et sentant à plein nez l’exploitation au rabais de concepts vendeurs (merci, la Cannon), on a l’impression que le mot « bis » a été inventé pour lui.
Cyborg : un film sauvé du naufrage ?
L’histoire ne s’arrête pas là. Initialement, Pyun avait des ambitions artistiques qui ne collaient pas avec une exploitation commerciale. Son premier montage était un opéra rock-métal muet en noir et blanc, qui a complètement paniqué les producteurs ! Ils lui ont donc commandé un deuxième cut, plus conventionnel (Slinger, dont on parle plus bas). Hélas, les retours des projos tests furent alarmants. Pyun fut remercié et JCVD proposa de faire un remontage avec son pote réal Sheldon Lettich. Ainsi naquit la version de Cyborg que l’on connaît aujourd’hui.
Avec un peu de mauvaise foi, n’importe qui peut se moquer de Cyborg et avoir raison. Cela peut être pour son aspect très téléfilm et sa BO assez spéciale. Ou parce qu’il met en scène des gueules dignes d’un gang d’ex-taulards. Ou aussi parce qu’il nous introduit à l’acting à la Van Damme. Sans parler d’une progression chamboulée par le remontage, etc. Pourtant, pourtant, il y a de belles choses dans ce long métrage. Sa ressortie chez ESC permet de les (re)découvrir dans les meilleures conditions.
Déjà, il y a l’action, la baston, la castagne, les torgnoles, les gnons, les baffes, les tartes, etc. Cyborg appartient à une époque révolue, où voir l’action plutôt que la ressentir était la préoccupation première. Pyun filme donc les kicks de sa star dans de grands élans gracieux et au ralenti, permettant de les admirer dans toute leur beauté martiale. Van Damme aimant sans doute se revoir, il répète parfois trois ou quatre fois le mouvement sous d’autres angles, parce qu’on ne sait jamais.
Remonter et remontrer
Ensuite, Jean-Claude fait preuve d’une certaine retenue, d’une subtilité qui disparaîtra rapidement dans la suite de sa carrière. Le personnage de Gibson apparaît tour à tour froid, sensible, touchant, haineux, etc. Il suscite beaucoup moins les moqueries qu’on ne s’y attend. Et il a besoin de notre sympathie face au diabolique Fender. Cet antagoniste a beau n’avoir aucun développement, il n’en a pas besoin. Il est introduit comme étant le Mal incarné dès les premières minutes. Sa carrure, sa voix et ses yeux d’un bleu surréaliste captent l’attention à chaque fois, sans parler de sa cruauté. Si on se souvient de Cyborg, c’est en partie grâce à ce méchant glaçant (dont la voix a été trafiquée en VF, pour lui donner un côté synthétique encore plus dérangeant).
Fantasy II, la boîte d’effets spéciaux ayant bossé sur Terminator, se charge des quelques matte painting et plans en stop motion sur Cyborg. Pour un petit budget (comme Terminator), beaucoup impressionnent encore aujourd’hui, notamment les visuels sur la cyborg Pearl une fois sa perruque enlevée.
La sensibilité d’Albert Pyun est également palpable. On peut peut-être faire pareil avec un I-phone et After Effects de nos jours. Mais cela n’enlève rien à ce que dégage Cyborg. Beaucoup de choses font cliché aujourd’hui, mais ça sent quand même l’hommage et la cinéphilie à pleines narines, notamment au western et à Sergio Leone (cf. les plans sur Fender et ses yeux bleus). Et le montage décuple l’impact de certains passages, en particulier celui de la crucifixion. Imaginez croiser l’arbre du malheur dans Conan le Barbare avec le flashback traumatisant de Il était une fois dans l’Ouest. Pour cette scène seule, chargée de douleur et de rage, beaucoup se rappellent de Cyborg. Et même sans nostalgie, beaucoup devraient s’en souvenir en découvrant le film aujourd’hui.
Slinger : ce qu’on ne nous avait pas montré
On a dit qu’il existait une autre version : le montage précédent du réalisateur. Attention les yeux, il est disponible en bonus dans l’édition ESC. Slinger (qui désigne la profession du héros, en anglais) est un remontage par Albert Pyun lui-même dans les années 2010, à partir du film original et de rushs en VHS. On s’en doute, le cinéphile n’y goûtera pas en HD. Mais Slinger demeure tout à fait regardable. Il offre un nouveau et fascinant regard sur ce qu’aurait pu donner le film, même si cette vision n’est pas exempte de « défauts », ni de manques par rapport à la version ciné.
Déjà, le début est complètement différent. On a droit à des crédits sur fond noir où le personnage de Gibson partage ses pensées avec nous. Rapidement, on se rend compte qu’il n’a jamais été question d’une peste, mais de la fin de la technologie. Pearl est ainsi devenue une cyborg pour parcourir le pays, étudier et télécharger tout ce qu’elle peut au sujet des restes qu’elle trouve, et ramener ces infos à bon port pour, peut-être, sortir le monde de l’âge des ténèbres.
Que Pearl devienne
elle-même la technologie a ainsi plus de sens, et est plus chargé
de symbolisme, que de « simplement » faire un
aller-retour pour ramener des données (les CD existaient, à
l’époque).
Des
plus et des moins
Le plus fascinant est le traitement des personnages, complètement chamboulé. Il n’y a que les origines de Gibson et Haley qui ne changent pas. Naddy n’est plus une survivante du village de pêcheurs massacré par les pirates, mais la compagne du garde du corps de Pearl, tué en début de film. Quant à Fender, une sorte de mystique flotte désormais autour de lui. Il est à la tête d’un culte sataniste priant le Diable et glorifiant l’anarchie, ce qu’il aime rappeler via de nombreux discours rajoutés en voix off. Et cette fois, il ne veut plus de remède à la peste, mais des armes et le pouvoir. D’ailleurs, la cyborg cache maintenant un double-jeu menant à une fin ouverte, complètement à côté de ses pompes.
Les changements, même mineurs, se comptent par centaines. Certaines scènes ne se déroulent même carrément plus dans le même ordre. On se rend compte des choix de Van Damme et Lettich au nom de l’efficacité et du rythme, plutôt que de l’ambiance. Enfin, la bande originale a été complètement remplacée. Elle n’a rien à voir avec la précédente (le compositeur non plus), et l’atmosphère générale change du tout au tout. Ce n’est presque plus le même film, à l’instar de la director’s cut de Superman II et la Renegade version de Highlander II. On en regretterait que Slinger n’ait pas joui d’un remaster comme il se doit.
Dommage qu’en matière de spectacle, Slinger freine sec. Beaucoup des plaisirs coupables de la version ciné ont sauté (répétitions de coups dans les chorégraphies, gros plans sanglants, « résurrection finale » de Fender, etc.). Mais il souffre aussi de grosses coupes ou remontages pénalisants. Les flashbacks liés à Gibson sont plus vite expédiés, et ils manquent lors de la crucifixion, ôtant tout impact à cette scène. Et le pillage du village par la bande de Fender a disparu, enlevant une part de cruauté au personnage et la preuve évidente de leur cannibalisme.
Pour tout ce qu’il ajoute, mais aussi ce qu’il perd, le visionnage de Slinger est fascinant. Dommage qu’il ne soit pas parfait. On ne peut que rêver à deux choses, maintenant : un méga fan cut combinant les deux versions, ou un sursaut d’Albert Pyun pour sortir sa version rock-métal en noir et blanc. Oh, et puis après tout, à ce stade, que ce soit lui ou un fan…
L’édition
collector de la mort
Dans ses deux versions, Cyborg mérite vraiment le coup d’œil. Même si ce n’est pas du Kubrick, on comprend qu’au fil des ans, il se soit constitué un culte sincère qui dépasse les moqueries dignes des Inconnus. Histoire de convaincre, ESC a proposé une édition collector qui tue, avec un format VHS impeccable au visuel vintage, par l’illustrateur Melki. On s’y croirait. Dommage si elle vous tentait, car elle a été épuisée dès les précommandes.
Cette édition n’est pas avare en goodies, puisqu’elle donne droit à un mini poster double face (une pour le poster d’époque, l’autre pour celui de Melki), une dizaine de photos argentiques, et une reproduction miniature d’un comics d’époque. Enfin, on trouve également un magnet grand comme l’avant-bras, même si j’ai pas vraiment compris pourquoi.
Rayon bonus du bluray, outre Slinger, on trouve trois documentaires. L’un pour la genèse du projet, un autre pour les effets spéciaux. Le dernier est un entretien rétrospectif sur Albert Pyun par le réalisateur Arthur Cauras. On a aussi doit à une entrevue très instructive avec Melki, pour comprendre le bonhomme, son travail et son parcours. Enfin, un court-métrage intitulé Point Zero a été ajouté, hommage français aux films du genre.
En revanche, comme toujours avec les éditions ESC que je possède jusqu’à présent, je ne vois trace nulle part d’une section « chapitrage » dans le menu principal. Ça m’amène à me demander, authentiquement, si c’est si difficile à concevoir… Enfin, le DVD propose une présentation (trop ?) enthousiaste du film par Nicolas Bressier, ainsi que la bande-annonce originale de Cyborg.
Bref, une belle édition dotée d’une très belle image, d’un contenu solide et d’une présentation impeccable. Cyborg méritait-il tout ça ? Bonne question. En tout cas, ce sera difficile de faire mieux.
Cyborg sera disponible le 2 décembre 2020 chez ESC éditions, en combo Bluray + DVD ou DVD simple.
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