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Critique rétro : 58 Minutes pour Vivre, Die Hard 2 (1990) « Un vrai film de Noël »

58 Minutes pour Vivre Die Hard 2

58 Minutes pour Vivre, Die Hard 2 se passe la veille de Noël. Washington et sa région subissent un blizzard sans précédent. Pas de chance pour John McClane (Bruce Willis), c’est le jour où il vient accueillir sa femme à l’aéroport. Puisque Dieu le déteste vraiment, au même moment, des soldats renégats piratent à distance la tour de contrôle, prenant en otage les appareils en vol. Les centaines de passagers n’auront le droit d’atterrir qu’en échange de la libération du général Esperanza (Franco Nero), baron de la drogue censé arriver dans cinquante-huit minutes. Les contrôleurs du ciel sont incapacités, le chef de la police incapable, et la tempête fait rage. McClane va donc tenter de débusquer lui-même les terroristes, avant que l’avion de sa femme ne s’écrase…

58 Minutes pour Vivre, Die Hard 2 est considéré par beaucoup comme le moins bon des quatre films. (Le cinquième, Belle Journée pour Mourir, est si mauvais qu’il n’existe pas.) Quand on voit le quatrième, faut pas déconner, mais admettons… Pourtant, avec du recul, ce second opus opportuniste, au parfum trop évident de redite, est cohérent artistiquement et scénaristiquement. Il est autant une extension des thèmes du film original qu’un contrepoids parfait à ses intentions. Enfin, oubliez la théorie contestée comme quoi Piège de Cristal serait ou non un film de Noël. Le prix revient sans conteste à sa suite.

La citation qui tue

(Général Esperanza, quittant son avion d’un air triomphal : ) Liberté !

(McClane, surgi de nulle part pour lui coller un marron : ) Pas encore !

58 Minutes pour Vivre… et pour écrire la suite

Quand donc est né 58 Minutes pour Vivre, Die Hard 2 ? Dès les résultats du premier weekend d’exploitation de Piège de Cristal. Voyant le succès du film, le producteur Lawrence Gordon commande un scénario pour une suite, en secret. Il sent que les costards-cravates vont demander à poursuivre la franchise. Il sera prêt à lancer la machine.

Un scénariste débutant, Doug Richardson, a pour instruction d’adapter comme une suite le roman 58 Minutes de Walter Wager. Seuls les noms des personnages changeront, le temps que le projet devienne officiellement Die Hard 2. Sa copie sera révisée par Steven de Souza, déjà à l’œuvre sur le premier, et habitué de l’écurie Silver (Commando).

Dans le roman, le policier Frank Malone pourchassait un maître-chanteur ayant déréglé les instruments de l’aéroport JFK de New York, un soir de tempête de neige. Ce sociopathe exigeait la libération de prisonniers en échange des appareils bloqués en vol. Malone devait réussir en moins de cinquante-huit minutes, avant que l’avion de sa fille ne s’écrase, à court de carburant.

58 Minutes pour Vivre, Die hard 2 ne conserve que l’aéroport sous la neige et les avions en sursis (ainsi que l’échéance donnant son titre au livre, ici anecdotique). Blockbuster oblige, il y aura plus de méchants, de cascades et d’explosions. Hélas, John McTiernan ne put revenir derrière la caméra, occupé par À la poursuite d’Octobre Rouge. C’est au finlandais Renny Harlin de prendre la relève, quittant le projet Alien 3 pour la suite des aventures de McClane.

Une suite plus grande

Harlin n’est pas manchot, mais pas un intello non plus. Il n’y a qu’à voir ses plus grandes réussites (Prison et Freddy 4 avant, Cliffhanger après). Elles tirent leur efficacité d’une réalisation et d’un découpage « cash », mais aussi dans les tripes et le sang. Puisqu’une partie de l’équipe technique rempile, il est moins distrait par l’esthétique générale.

Renny ne cherche jamais non plus à singer la réalisation de McTiernan. Pas bête, il a conscience de réaliser une commande, un actioner américain, blockbuster d’exploitation, de surcroît. Il porte donc un regard « extérieur » sur ce que le divertissement yankee a fait de mieux avant son arrivée… et celle de Piège de Cristal. Il s’applique en bon élève, réalisant un film d’action typique de sa patrie d’accueil, empruntant même quelques ralentis au cinéma hongkongais.

Le scénario lui donne matière dans ce sens. McClane n’affronte plus quelques eurofripouilles classes et cultivées, mais une armée de militaires bas du front. 58 Minutes pour Vivre, Die Hard 2 abandonne le huis-clos vertical pour une course-poursuite dans des espaces horizontaux, où la neige est un personnage à part entière. Enfin, gros budget aidant, il jouit de décors et maquettes d’une démesure incroyable. Il suffit de voir l’intérieur de la tour de contrôle, ou l’explosion finale, parfaitement réglée et mise en scène.

« Et en plus, c’est Noël ! » pour citer le héros dès sa première minute à l’écran. Du coup, est-ce qu’on n’en fait pas un peu trop ?

Une suite abusée ?

Des terroristes, un lieu délimité, Noël… « Comment la même chose peut-elle m’arriver deux fois ? » s’interroge notre anti-héros. Effectivement, c’est gros. Le marketing se focalise donc sur l’invraisemblance de la situation. Elle est adressée frontalement dans les bandes annonces et les dialogues du film. C’est en partie ce qui vaut au métrage sa réputation de remake, de copier-coller honteux. Rien n’est plus faux. Dans les faits, 58 Minutes pour Vivre suit un scénario original servi dans le même écrin que Die Hard, sur un budget assurant le spectacle.

En revanche, cette modernité de façade cache une formule datée depuis son prédécesseur. Piège de Cristal ouvrait l’avenir du genre, presque tous les films d’action des années 90 adaptant son idée à leur sauce (Mort Subite, Piège à Grande Vitesse, etc.). Sa suite fait deux pas en arrière, préférant faire le bilan d’une ère fraîchement passée. Cette fois, l’originalité se limite à s’enfermer de nouveau dans un lieu spécifique. Le reste recycle les codes et les travers du film d’action musclé des années 80.

58 Minutes pour vivre die hard 2

John McClane, « l’homme normal » du premier film, devient un macho à grande gueule, rentre-dedans et parfois odieux. Les facilités au nom de l’efficacité sont légion, et pour les besoins du scénario, l’aéroport ressemble à un parc d’attractions. Le terrain de jeu est exploité à fond, même en dépit du bon sens, du moment que les morts et les explosions se renouvellent. McClane en visite les moindres recoins, dont certains qui n’existent pas. À ce titre, il use de raccourcis dignes d’un jeu vidéo, permettant de traverser des kilomètres en quelques minutes.

L’art de la bêtise intelligente

58 Minutes pour Vivre, Die Hard 2 est un film bête. Toutefois, contrairement aux suites des années 2000 ou aux derniers Fast and Furious, c’est un film bête conçu intelligemment. On l’a vu, toute l’équipe, du scénariste au réalisateur, sait ce qu’elle doit livrer et comment. Le savoir-faire est évident.

Surtout, toutes les absurdités et entorses à la réalité sont justifiées dans la diégèse. « Des warp zones dignes de Super Mario ? Un siège éjectable sur un C-130 ?! Des avions qui ne peuvent atterrir qu’à Dulles, alors qu’ils sont à portée d’une dizaine d’autres sur toute la côte ?!? » Pourquoi pas, s’il y a toujours une ligne de dialogue ou un plan de coupe pour expliquer ce qui doit l’être.

Quant aux erreurs factuelles, elles se pardonnent aisément avec l’époque de sortie. En 1990, Google n’existait pas. Un aéroport était encore un lieu fascinant et mystérieux. Puisqu’on n’en connaissait pas facilement les rouages, il était plus ouvert à l’imagination. La suspension d’incrédulité est relativement préservée. L’aérogare et ses avions deviennent un microcosme et des outils, dont la réalité se tord au service du film. Du moment que cet « autre espace-temps » est explicité d’une façon ou d’une autre.

Qu’importe si McClane débouche le réservoir d’un Boeing à mains nues, et si le kérosène s’enflamme plus vite que Dwayne Johnson sur Twitter. Dans la vraie vie, c’est impossible, comme beaucoup d’autres choses au cinéma. Dans le film, c’est la fin la plus spectaculaire et logique, l’un des moments les plus mémorables de la franchise, et l’occasion de sacraliser la célèbre catchphrase : « Yippee-ki-yay ».

Si c’est pas logique, c’est logique

Par contre, il faut éviter de trop réfléchir au plan des terroristes, de peur de mettre en lumière ses absurdités logistiques. Tous s’installent à l’hôtel de l’aéroport, alors que leur QG se trouve en banlieue. Ils planquent des micros dans la tour, mais l’enregistreur en zone de fret. Ils tendent une embuscade pour empêcher qu’on atteigne une antenne, qu’ils ont de toute façon prévu de saboter. Etc. Et puis, évidemment, rien ne serait possible si le transfert du général n’avait pas lieu pendant la tempête du siècle. Mais tout est bon pour justifier l’action.

Les méchants font une chose et son contraire dans le seul but d’entraîner un rebondissement ou une fusillade. Curieusement, c’est une belle analogie au film justifiant son existence. Non seulement en tant que suite au métrage qui a révolutionné le genre à l’époque, mais également comme jalon du genre en question.

58 Minutes pour vivre die hard 2

58 Minutes pour Vivre, Die Hard 2 est une suite décevante. Pourtant, suivant des standards pas si vieux que ça, c’est vraiment un bon film. Il suffit de le prendre pour ce qu’il est : le chant du cygne de l’actioner bovin des années 80. Piège de Cristal annonçait ce qui allait suivre. Avec un pied-de-nez formidable, sa suite, justement, fait le bilan de ce qui a précédé : c’est violent, excessif et tire toutes les ficelles pour garantir le spectacle.

Dans un monde normal, le rejeton ultime de L’Arme Fatale et Rambo aurait dû sortir avant Piège de Cristal, pour ensuite permettre la révolution. Mais comme personne n’attendait ce dernier, John McTiernan a pu le tourner avec une relative liberté et offrir quelque chose de neuf. Le succès étant ce qu’il est, une suite commerciale et plus convenue a vu le jour. Pourtant, elle ressemble toujours au premier et en conserve des ingrédients. C’est juste une autre recette.

58 Minutes pour vivre die hard 2

Un vrai film de Noël

Piège de Cristal est-il un film de réveillon ? À vous de voir. Mais 58 Minutes pour Vivre l’est assurément, un beau cadeau autant qu’un conte de Noël. Non, ce n’est pas une blague.

Déjà, il y a la générosité de cette suite. C’est normal, quand on dispose d’un plus gros budget, d’enjeux plus importants et d’un terrain de chasse ouvert aux possibilités. Ensuite, il y a le contexte. Qu’on aime ou non, c’est re-Noël, et en plus, sous la neige ! Cette fois, on est davantage dans le ton des fêtes de fin d’année que sous la moiteur californienne. Par ailleurs, ce climat polaire n’est pas purement gratuit. C’est un élément clé de l’intrigue, paralysant l’aéroport et permettant le chantage des terroristes.

Enfin, volontairement ou non, 58 Minutes pour Vivre, Die Hard 2 offre à son personnage central un arc d’évolution/rédemption. Ici, McClane débute sans gêne, frimeur et méprisant, croisement bâtard de Scrooge avec l’inspecteur Harry. On est plus proche de Bruce Willis, mais loin de l’homme normal du précédent film. Cela ne fait qu’un an depuis la prise d’otages au Nakatomi Plaza, et ses « quinze minutes de gloire » ne sont pas encore oubliées. Du coup, Johnny surfe sur une notoriété qui lui est montée à la tête. Il ne se prend pas pour de la m***, prend tout le monde de haut, et vanne à tour de bras ceux ayant l’audace de lui répondre.

58 Minutes pour vivre die hard 2

Il aurait pu continuer comme ça… Si son ingérence n’avait pas, malgré sa bonne foi, provoqué le crash d’un avion en représailles. À partir de ce moment charnière, notre héros redevient fragile, est choqué et pleure face à son impuissance. Il ouvre alors les yeux sur son arrogance. Sa conduite ne change pas, mais sa motivation à trouver les coupables prend un nouveau sens. Il ne s’agit plus seulement de sauver sa femme, et encore moins de se faire mousser. Il a quelque chose à se reprocher, et il est prêt à tout pour se racheter. On a eu chaud. Remis à sa place, le personnage a abandonné cette nonchalance toxique, qui ressurgira vingt ans plus tard dans Belle Journée pour Mourir (sans rédemption, cette fois).

La magie des fêtes

Dans 58 Minutes pour Vivre, Die Hard 2, magie du cinéma et magie de Noël se confondent vraiment, de la façon la plus saugrenue qui soit. Exit Al Powell en tant que soutien moral par radio. Cette fois, John est aidé en personne par Marvin le concierge (Tom Bower). Il rencontre le bonhomme dans les sous-sols de l’aéroport, où il crèche manifestement, ce qui est même clairement dit dans une scène coupée.

Mais puisque la vie est bien faite, Marvin assiste le héros de façon providentielle. Il connaît tous les raccourcis à travers l’aéroport (logique ?), et il a même trouvé une radio égarée par un méchant (pratique !). Ajoutons qu’il est aussi sympa que zélé, et qu’il a l’esprit clairement resté prisonnier du passé, en l’occurrence, la guerre du Pacifique.

Si l’on résume bien, on a un autochtone zinzin rencontré dans un monde souterrain, que le bon Dieu a placé sur le chemin du héros pour l’aider dans sa quête, avec des conseils et des artefacts. C’est pas un lutin du Père Noël, mais cette rencontre a tout de même quelque chose de magique.

Pour enfoncer le clou, les cinq dernières minutes sont complètement miraculeuses, absurdement commodes et extrêmement joyeuses. La superbe explosion du 747 au décollage est digne d’une étoile de Noël. Les avions atterrissent à la queue-leu-leu en suivant sa lumière (sans se rentrer dedans !). Puis, tout le casting se retrouve sur les pistes pour les embrassades et sourires de rigueur. Le générique de fin défile alors, accompagné de l’inévitable chanson de fête. « Let it snow, let it snow, let it snoooow… »

58 Minutes pour vivre die hard 2

Joyeux Noël !

Ils ont raison de se réjouir. Il vaut mieux ne pas penser aux trois cents personnes tuées, ni aux dizaines de millions de dollars de dégâts. On va surtout faire l’impasse sur le procès à rallonge que le gouvernement intentera sûrement à John McClane. Il a tout de même éparpillé un prisonnier politique et ses barbouzes dans le ciel de Washington, la capitale du pays des droits et de la liberté. Pas d’inquiétude, l’esprit de Noël va tout effacer.

Si Piège de Cristal a révolutionné le cinéma d’action, il n’est pas réellement le film idéal pour les célébrations de fin d’année. En revanche, sa suite enneigée est un actioner nostalgique et généreux, dont le contexte et les facilités renvoient beaucoup plus au merveilleux d’un conte de Noël. Un conte R-rated, gore, explosif et sans concessions.

58 Minutes pour vivre die hard 2

Davantage qu’avec les épisodes suivants, le diptyque Die Hard/Die Hard 2 constitue les deux faces d’une même pièce. L’une n’existerait pas sans l’autre. Alors arrêtons d’hésiter. Quitte à se caler dans son fauteuil, autant mater les deux d’affilée.

Ho – Ho – Ho ! Joyeux Noël à tous !

58 Minutes pour vivre, Die Hard 2 est disponible en dvd et bluray chez 20th Century Studios.

58 Minutes pour vivre die hard 2

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Critique rétro : Running Man (1987) « Meurtres en direct »

2017. Le monde va mal. Trump devient président, l’art est censuré, la téléréalité fait la loi, et un État policier tyrannise les masses tout en leur faisant gober les pires couleuvres. Curieusement, c’est aussi le point de départ du film. Ben Richards (Schwarzenegger) est un flic envoyé en prison pour avoir refusé de tuer des manifestants désarmés. Huit mois plus tard, il s’évade mais se fait reprendre comme un bleu par la police. Cette fois, il est contraint de participer à l’émission de Damon Killian (Richard Dawson). Ce méprisable enf**ré est le visage préféré de l’Amérique, présentateur de l’émission la plus regardée du pays, « Running Man ». Dans cette espèce de « Fort Boyard » sanglant, Richards va devoir courir d’un point A à un point B, poursuivi par des tueurs bovins surarmés. S’il gagne, il sera libre. Dommage pour Killian, Richards se montre bien plus fort que prévu à ce jeu. Au point de risquer de faire réfléchir le peuple, lancer une révolution et menacer le système…

Running Man fait tout à la fois. Certes, c’est un pur produit des années 1980 et un plaisir coupable. Mais c’est aussi une véritable anticipation des dérives de notre société, où divertissement et politique font bon ménage. Trente-cinq ans après, on est bluffé de voir que, à part la résolution de nos télés, pas grand chose n’a changé.

La (double) citation qui tue

(Richards, sur le départ : ) Killian… Je reviendrai !

(Killian, narquois : ) Alors dans une rediffusion.

À vos marques !

Initialement, Running Man est un roman de Richard Bachman publié en 1982. Sauf qu’il s’agit en réalité du pseudonyme d’un certain Stephen King. Tout de suite, quand les producteurs l’ont su, ça leur a plu.

Dans le livre, « Running Man » est un jeu à l’ampleur nationale, qui dure trente jours. Trente jours pendant lesquels le participant doit fuir et se cacher de tout et tout le monde : l’intégralité des médias (télé, radio, journaux) mais aussi le peuple américain (celui qui dénonce Richards gagne un prix). Aujourd’hui, on se dit que la conception du jeu par King serait encore plus pertinente, et flippante, depuis l’émergence des réseaux sociaux.

Dommage qu’en 1987, date de sortie du métrage, la technologie (et l’imagination) se limitait aux écrans cathodiques et aux bandes magnétiques. Pourtant, il y a d’autres choses sur lesquelles cet actioner d’anticipation avait vu juste, mais nous y reviendrons.

En attendant, il faut tourner le film. Il fut d’abord confié à Andrew Davis, futur réalisateur de Piège en Haute Mer et du Fugitif. Mais à cause de retards de planning, il fut dégagé et remplacé par… Paul Michael Glaser, alias Starsky dans la série Starsky et Hutch ! Ce n’est pas franchement pertinent de le savoir, mais Running Man est sans conteste son meilleur film (quand on sait qu’on lui devra plus tard Kazaam avec Shaquille O’Neil).

Prêt ? Partez !

Dans la forme, Running Man ne casse pas des briques. Il jouit portant d’un rythme impeccable, dû à un scénario et un découpage sans temps mort. On le doit à Steven de Souza, qui a retravaillé le roman de Bachman/King au point que, finalement, le scénario n’en conserve plus grand chose. Sur le papier, Richards était un type banal, candidat par désespoir, traqué par tout le monde dans les rues et les campagnes d’une Amérique pervertie. À l’écran, il devient un ex-flic joué par M. Univers, candidat à contrecœur, poursuivi par des GrosBill dans une aire de jeu délimitée, les ruines du vieux Los Angeles.

Pas grave. On devait déjà au scénariste 48 heures et Commando, et plus tard, Piège de Cristal (avant de réaliser le médiocrement drôle Street Fighter). L’action pour hommes, les jeux de mots pourris et les facilités scénaristiques, c’est sa spécialité. Running Man a donc l’esprit de déconnade typique de son époque. Comme Total Recall un peu plus tard, il traite de thématiques sérieuses qui font réfléchir, mais les enrobe d’une violence et d’une dérision efficaces.

« C’était la mode, à l’époque ! »

Comme c’est commode de découvrir que les résistants (des musiciens/chanteurs dans leur propre rôle) ont leur QG en pleine zone de jeu. Qu’il est drôle de voir la sécurité dérisoire mise en place à l’aéroport de Los Angeles. Et forcément, toutes les infos sensibles (vidéos non retouchées, codes du satellite de la chaîne) sont faciles à atteindre, voire carrément libres d’accès ! Sans parler des blagues de Richards, dignes de James Bond, lâchées systématiquement à chaque nouvelle exécution adulée par les foules (« Eh, Sexe à piles ! », « Il fallait qu’il s’arrache. », « Quelle tête brûlée ! », etc.).

Et bien sûr, il suffit d’une seule émission et de Schwarzenegger pour révéler la perversion du système et mettre tout le monde d’accord. Paradoxalement, le réveil des masses se fait autour de l’exécution en direct du méchant présentateur… Quel message hilarant, aussi rentre-dedans que contradictoire !

Mais le Diable se cache aussi dans les détails. Il n’y a qu’à voir les affiches ornant les murs de la chaîne, détournant des titres célèbres (« The Hate Boat »). Ou encore, le générique de fin de « Running Man », l’émission, déroulé sur une télé en arrière-plan, dont les crédits ne sont qu’un énorme gag. Sans parler du Coca à 6$, qui nous fait encore relativiser le problème de l’inflation… mais pour combien de temps ? « Mieux vaut en rire qu’en pleurer » aurait pu être l’accroche du film.

Schwarzy contre le monde

En 1987, on avait déjà vu Terminator et Commando. On sait déjà que Schwarzenegger survit aux tirs d’un commissariat entier et arrache des cabines téléphoniques à mains nus. C’est pourquoi on lui colle au train des adversaires à sa taille, littéralement.

Les « Traqueurs » à sa recherche sont des bœufs au moins aussi balèzes, sinon plus que le Chêne autrichien. Ils sont les véritables stars du film, non seulement armés et attifés comme des boss de jeux vidéo, mais en plus, incarnés par de vraies vedettes du sport (lutteur, « power lifter », catcheur ou joueur de football américain). Bref, que du sensationnel.

Quiconque a vu le film de souvient de la carrure et des prestations de Sub-Zero (Pr. Toru Tanaka), Buzzsaw (Gus Rethwisch) et l’inénarrable Dynamo (Erland van Lidth). Si Richards est un 4×4, ces types sont des tanks, armés en plus de tronçonneuses ou de canons électriques ! Et ce que certains perdent en tour de taille, ils le gagnent en humour (Captain Freedom/Jesse Ventura) ou en puissance de feu (Fireball/Jim Brown).

En fait, la même année que Predator, Running Man amorce la tendance au « versus » dans la carrière de l’acteur, amené régulièrement à trouver un opposant à sa mesure (ledit Predator, le T-1000, le T-X, Satan, etc.). Mais rarement il en aura retrouvé d’aussi impressionnants et savoureux.

Que cela ne nous empêche pas de tirer notre chapeau à Killian, celui qui tient réellement les rênes. Richard Dawson, qui fut un vrai présentateur, compose un formidable sac à m****, aussi mielleux que méprisant en VO. Son doubleur VF (Serge Bourrier) accomplit l’exploit de le rendre encore plus détestable, aboyant systématiquement à chacune de ses répliques, ce qui contraste avec son flegme permanent.

Running Man : futur d’hier, réalité d’aujourd’hui

Spectacle fun et esthétiquement daté (merci aux écrans à tubes cathodiques), Running Man demeure férocement d’actualité trente-cinq ans plus tard. En tant que film d’anticipation, il faisait mouche sur bien des points et, honnêtement, ça fait un peu peur.

On commence par le plus évident : le rapport entre télévision et contrôle politique, alors que le monde est régi par un État policier qui ne dit pas son nom, mais fait tout pour qu’on le sache. Les manifestations anti-régime contrées à coups de violences policières, en raid aérien !, ont aujourd’hui une résonnance internationale (aux USA comme à Hong Kong, et récemment en Chine… pour ne citer que ceux dont les médias parlent le plus, justement).

Il y a ensuite le show lui-même, « Running Man », tout à fait crédible dans sa représentation. Entre le jeu fictif d’hier et les émissions d’aujourd’hui, on aurait du mal à faire la distinction. Le plateau et l’aire de jeu, la musique et les danseuses, la présentation des « Traqueurs », sans parler des drames en coulisse…

On se croirait vraiment en train de regarder la dernière variété de TF1 en deuxième partie de soirée, juste après « The Voice » (où on enverrait se faire tuer les perdants, pourquoi pas…). Pour l’anecdote, deux ans après le film, la télé américaine monta un show, « American Gladiators », lequel, de l’aveu des producteurs, était exactement « Running Man », le meurtre en moins.

L’anticipation, la vraie

Enfin, stupeur, effarement et ravissement, pour une fois, la SF au cinéma a eu raison en anticipant les années 2010. Non, pas avec l’avènement des Réplicants, mais avec celui du… Deepfake !

On était quand même 30 ans avant que les IA ne permettent de coller la tête de n’importe qui n’importe comment, ou de rajeunir les acteurs (dont bientôt Harrison Ford dans Indiana Jones 5). (SPOIL : ) Or, puisque Killian ne parvient pas à se débarrasser de Richards dans les règles, il filme un combat truqué avec une doublure « portant » son masque numérique. (FIN DU SPOIL) La technologie n’existant absolument pas à l’époque, il fallait oser l’imaginer.

On est quand même au niveau de l’anticipation de la tablette tactile dans 2001 : l’Odyssée de l’Espace. Très peu de films de SF, surtout les plus connus, sont allés plus loin que de simplement transposer la technologie de l’époque dans le futur, au lieu d’imaginer à quoi elle ressemblerait vraiment. Les Alien originaux, par exemple, regorgent de boutons gros comme le poing, d’écrans cathodiques et de bandes magnétiques. C’est aussi le cas de Running Man, puisqu’hormis ce coup de génie, et éventuellement, un écran plasma gigantesque érigé dans la banlieue, on utilise toujours les K7 audio et vidéo.

Ce qu’il faut retenir

Tout film de science-fiction et d’anticipation finit un jour par se dater lui-même. Running Man n’en souffre qu’un peu. En dehors de détails surtout cosmétiques, il demeure toujours aussi fun et pertinent grâce à ses qualités.

Sachant que l’action prend place après 2017, on est d’autant plus choqué que tous ces éléments se soient montrés si prémonitoires. À quand les exécutions sommaires dans « Koh-Lanta » ou « Ninja Warrior » ? Le pire, c’est que je crois que je serais assez curieux et sadique pour regarder… Pas vous ?

Running Man est disponible en plusieurs éditions en DVD et Blu-ray. Il est disponible depuis le 8 novembre en Blu-ray 4K Ultra HD chez Paramount (VF et STF inclus, sans restriction de zone… et sans bonus non plus).

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Critique rétro : Piège à Grande Vitesse (1995) « Un train d’enfer »

Casey Ryback (Steven Seagal), le spécialiste en coulis de vertèbres, monte à bord du train Grand Continental avec sa nièce rebelle, Sarah (Katherine Heigl). La pauvre n’a plus que lui pour seule famille, après la mort de ses parents. Malheureusement, elle en veut à Tonton parce que son père et lui se sont brouillés il y a longtemps. C’est alors que le train est attaqué par l’armée privée de Penn (Everett McGill), pour le compte de Dane (Eric Bogosian). Le plan de ce dernier ? Détourner Grazer-One, un satellite pouvant provoquer des tremblements de terre. Le Grand Continental est devenu une forteresse mobile totalement indétectable, le temps de mettre en vente Grazer au marché noir, et en prime, de « rayer Washington de la galaxie ». Si Ryback veut faire la paix avec sa nièce, il va devoir sauver les otages de ce piège à grande vitesse…

« Pourquoi ? »

Après Bullet Train, j’ai eu envie de revoir des films prenant place à bord de trains, en partie ou totalement. Il faut dire que j’adore ça (cf. Deadline, Guerre intérieure). Certaines des plus grandes scènes d’action et de suspense prennent place à bord d’un train. Les prudents citeront la scène mythique de L’Orient Express dans Bons Baisers de Russie. Moi, j’avoue être un inconditionnel du final barjo de Mission : Impossible par Brian De Palma.

En revoyant Piège à Grande Vitesse, supposé nanar, il s’est produit quelque chose de curieux. Je l’ai remis dans mon lecteur une dizaine de fois en cinq jours. Pourtant, quand je l’avais vu ado, je l’avais trouvé mal fait. Quand je l’ai revu jeune adulte, je l’ai bien aimé. En le revoyant aujourd’hui, désormais érudit en films d’action, je le trouve génial. Mais pourquoi ?!

La citation qui tue

(Ryback, après avoir déboité la tête d’un méchant dans le wagon restaurant : )

Je suis imbattable dans une cuisine !

Au creux de la vague

Rejeton de la vague des « Die Hard-like », la suite de Piège en Haute Mer sort en 1995. Elle ne casse pas des briques au box office. C’est déjà la fin de l’âge d’or pour ce sous-genre, qui ne compte souvent que sur son contexte pour innover. La même année, la saga à l’origine de cette vague avait pourtant elle-même évolué dans Une Journée en Enfer – Die Hard 3. De son côté, Van Damme raclait les fonds de gamelle avec l’improbable Mort Subite, son Piège de Cristal dans une patinoire.

Certes, Rock de Michael Bay sortira l’année suivante pour le succès que l’on sait. Mais on peut dire que la hype mourra en 1997, avec les sorties peu enthousiasmantes de Air Force One et surtout, de Speed 2. Depuis, la flamme perdure occasionnellement, mais il faut voir le résultat (Skyscraper, La Chute de la Maison Blanche).

Pas Seagal que ça

Au milieu des années 1990, on en avait soupé des émules de Die Hard. Mais Steven Seagal était aussi sur le déclin. Si Piège en Haute Mer a été son plus gros succès en 1992, sa suite représente la véritable apogée de sa carrière. La star ne refera plus jamais de si gros film, hormis Ultime Décision en 1997, dans lequel il n’occupe qu’un second rôle. Il n’en fera plus non plus d’aussi fun, ou en tout cas, de ceux dont on ne se moque pas.

Les connaisseurs disent souvent que Piège en Haute Mer est le meilleur des deux. Il faut rétablir la vérité sur le premier film, même si on trouve à la barre Andrew Davis, futur réalisateur du Fugitif. Under Siege, en VO, regorge de facilités, de prétextes et de trous scénaristiques. En plus, il est monté à la truelle, à tel point que les faux raccords se multiplient et qu’on ne sait jamais qui est où sur ce satané bateau, y compris pendant les échauffourées. La BO est particulièrement insipide, et le tout se prend plutôt au sérieux malgré deux méchants en totale roue libre (Tommy Lee Jones et Gary Busey, inoubliables). À cause de son exécution, le plus gros carton de Seagal est finalement plutôt mou et assez quelconque.

Ce n’est pas le pire film d’action du monde, mais on a déjà vu mieux. À commencer par sa suite, malgré tout ce qu’on lui envoie dans la tronche. C’est peut-être à cause du pédigrée peu flatteur du réalisateur remplaçant, Geoff Murphy (coupable plus tard du terrible Fortress 2). Piège à Grande Vitesse est considéré comme un nanar, au point qu’il a droit à sa rubrique dans les pages de nanarland.com. Il y a des raisons à cela, mais sont-elles suffisantes ?

Les bas qui blessent

Au début des 90s, Seagal est comme Stallone ou Van Damme, il est une marque. Mais en plus, il est une parodie de lui-même. Ce ne sont pas ses qualités d’acteur qu’on retient. C’est le personnage public : son inexpressivité, sa voix chuchotante, sa pratique de l’aïkido et sa philosophie à deux sous. Et depuis Terrain Miné l’année précédente, il vient juste de s’engager sur la pente qui en fera une caution nanardesque à lui seul.

S’il n’y avait que ça ! Parce que Monsieur s’est fait une réputation de feignasse mégalo, adepte d’en faire le moins. Et ça se voit dans Piège à Grande Vitesse. Il n’apparaît presque toujours qu’en gros plans ou en plans rapprochés, parfois seul devant une projection. On voit donc souvent sa doublure, quitte à ce que ce soit d’un peu trop près, crapahuter sur les toits ou filer des coups de latte à sa place.

Piège à Grande Vitesse coche aussi toutes les cases de l’actioner post-Piège de Cristal. Ryback doit sauver sa nièce au lieu de sa femme, passe par des conduits d’aération qui n’existent pas, et se coltine un sidekick afro à grande gueule. (On rigole aussi, dans un décor si linéaire, qu’il ne se fasse jamais remarquer en courant sur les toits, ni quand il prépare un cocktail explosif au wagon bar, pourtant juste en dessous du QG des méchants.) Et forcément, les autorités sont nulles ou impuissantes parce que Kamoulox !

Parlons enfin des effets « spéciaux ». Leur qualité faisait déjà débat en 1995. Il y en a pour tout le monde : stockshots de la NASA et de l’US Air Force, projections évidentes (parfois, ne défilant pas à la bonne vitesse), images de l’espace et de Grazer indignes d’une cinématique sur PS One, maquettes aux filins voyants, accélérés fâcheux sur les clés de bras de Sa Feignasse sérénissime, ou encore, mannequins et prothèses bien visibles.

Pourtant, on est sur de bons rails

Malgré tout cela, Piège à Grande Vitesse est authentiquement fun. Comment ça se fait ?

D’abord, en le remettant à nouveau dans son contexte, à savoir, le milieu des années 90. On dirait un fantasme de geek ultime, une fan fiction dégénérée qui ne s’autorise aucune limite. Les terroristes sont inutilement si nombreux qu’on croirait qu’il y en a plus que de passagers. Avec leurs looks respectifs, Dane et Penn forment un duo improbable, l’association de Patrick Bruel avec Nikolaï du jeu Resident Evil 3.

Dans les faits, nous avons un pirate informatique bien plus efficace à l’écran que dans les futurs Die Hard 4 et Speed 2, et son chien de garde psychopathe, absolument sans pitié mais doté de quelques traits d’humour bienvenus. Quant à leurs mercenaires, ils ont sûrement été embauchés sur la seule base de leur photo de CV. On a un borgne, un balafré, une femme fatale, un sosie de Gerard Jugnot, Zed de Pulp Fiction, etc. N’oublions pas le plan de détourner un méga satellite de la mort, qui renvoie au plus kitsch des James Bond.

Quand il nous gratifie de sa réelle présence à l’écran, Steven Seagal est plus sadique et violent que jamais. Le sang gicle, les os pètent, les mecs hurlent, et lui, il plie à peine les genoux et fronce constamment les sourcils. Ryback était déjà redoutable dans le premier film. Il devient une force inexorabe, une machine à tuer impitoyable et insensible à la douleur (il se prend une balle dans le bras sans jamais qu’il n’en reparle). C’est à tel point que, lorsque les méchants apprennent qu’il est à bord, ils déglutissent tous de trouille, convaincus qu’ils vont y passer. Seagal joue sa propre version de John Matrix dans Commando, le film bourrin par excellence, soit l’antithèse de John McClane.

Piège à Grande Vitesse est fun

Et là, ça fait clic. Si Piège à Grande Vitesse reprend l’enveloppe d’un Die Hard, il fait l’inverse de ce qu’on attend logiquement. Il joue avec ses faiblesses, la première étant qu’il ne parviendra jamais à recréer la tension nécessaire. Alors autant se lâcher :

  • Au lieu d’être terre-à-terre et crédible, la prise d’otages et ses enjeux sont surréalistes. On a tout de même cinquante terroristes à bord, et le détournement d’un satellite qui, rappelons-le, provoque des tremblements de terre !
  • Le rapport de force est inversé. Seagal fait moins penser à John McClane qu’à Jason Vorheese, prêt à choper un à un les terroristes impuissants.
  • Le sidekick rigolo devrait mériter des baffes. Pourtant, il se rend plus utile que prévu, et même que nécessaire.
  • Enfin, puisque les effets visuels piquent un peu les yeux, le film contrebalance avec une musique exceptionnelle, composée par le génial Basil Poledouris (Conan le Barbare, RoboCop).

Piège à Grande Vitesse jouit d’une BO comme on n’en fait plus : un thème héroïque dont on ne se lasse pas, des sonorités électroniques magnifiques, et des percussions rythmées comme le « taka-taka » d’un train filant sur ses rails. Thématique et emphatique, autrement dit, du grand art et un gros kiff. Elle accompagne superbement chaque passage, que ce soit une scène de torture psychologique, l’assaut de la locomotive, ou encore le combat final, dans lequel Penn se fait assaisonner puis bouffer sans avoir le temps de piger.

Et aujourd’hui ?

Aujourd’hui plus que jamais, Piège à Grande Vitesse est un film d’artisan qui mérite d’être réévalué. Il aurait pu mille fois se planter, entre son sujet crétin, les caprices d’une star éphémère, un tournage compliqué et des effets ratés.

Pourtant, les talents en présence sont évidents. L’histoire en fait tellement, en mixant Die Hard, James Bond et Commando, que le film y trouve une identité propre, ce qui manquait à son prédécesseur. La réalisation est carrée (l’arrivée des hélicoptères, la scène d’interrogatoire). Le montage donne du rythme. La musique file la patate. Hormis Seagal, tout le monde essaie de faire le meilleur divertissement possible avec ce qu’ils ont. Mention spéciale à McGill et Bogosian, composant une paire de bad guys aussi antinomique que savoureuse.

Un tel lâcher-prise et cette envie de bien faire, on n’en voit plus tellement aujourd’hui. Même s’il s’agit d’un film « d’exploitation » surfant sur une formule qui marche, trois décennies plus tard, on ne trouve plus tant d’audace et d’inventivité. Les nouvelles normes sont l’absence de risque (Uncharted), des moyens réduits (Interceptor) et/ou un déni de créativité.

En conclusion

Forcément daté aujourd’hui, Piège à Grande Vitesse est un spectacle déconnant, généreux et sans complexe, qui mérite qu’on le revoie et qu’on l’apprécie comme tel.

Pour l’anecdote, à la fin des années 2010, Seagal avait exprimé son souhait de faire un troisième volet. Heureusement que c’étaient des paroles en l’air. Aujourd’hui, il ressemble moins à un saumon agile, et beaucoup plus à Kung Fu Panda. Toutefois, le web parle sérieusement d’un remake de Piège en Haute Mer censé sortir en streaming l’année prochaine… Qu’est-ce qu’on disait, à propos des nouvelles normes ?

LES + :

  • La formule Steven Seagal au top de sa gloire.
  • Doux Jésus, que de violence !
  • Un duo de grands méchants franchement savoureux.
  • L’équilibre improbable entre Piège de Cristal, James Bond et Commando. Il y a plus d’un « Die Hard dans un train », mais Piège à Grande Vitesse est unique.

LES – :

  • L’homme Steven Seagal au top de sa flemme.
  • La plupart des effets spéciaux sont franchement foireux, même pour 1995.

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Critique : Bullet Train « TGV bien frappé »

Bullet Train

Coccinelle (Brad Pitt) est un voleur à la tire. On l’a engagé pour monter à bord du Shinkansen, le bullet train japonais reliant Tokyo à Osaka, et dérober une mallette pleine de flouze. Le pauvre traverse déjà une crise existentielle, mais le trajet va carrément lui faire regretter d’être né. Il y a plus d’un tueur à bord du train, chacun avec une mission précise. Que ce soient les jumeaux Citron et Clémentine (Aaron Taylor-Johnson et Brian Tyree Henry), le mystérieux Frelon, le Loup (Bad Bunny), ou encore la gamine qui se surnomme Le Prince (Joey King), ce joli monde va constamment se croiser, se doubler et s’étriper. Mais tout ceci arrive-t-il vraiment par hasard ?

Bullet Train est un blockbuster parfaitement équilibré entre les bons côtés et les mauvais. Ou disons plutôt qu’il fait très bien tout ce qu’il y a de mal chez les autres gros films d’action du XXIème siècle. Mais au moins, il compense par une énergie et de l’humour qui fonctionnent souvent. Explications.

La « bullet » de Leitch

Il s’en est fallu de peu que BulletTrain ressemble à Uncharted, à savoir lisse et fade, sans être « mauvais » à proprement parler. Heureusement, David Leitch n’est pas Ruben Fleischer. Sauf qu’après Deadpool 2, puis Hobbs & Shaw, on a compris où se situe le bonhomme. On n’a pas affaire au nouveau pape du film d’action, ni même à son comparse Chad Stahelski (auteur du très fun John Wick 3). Il s’agit plutôt du successeur de Robert Rodriguez (Desperado, Une Nuit en Enfer, Spy Kids, Alita). Il se croit cool, aime les films cons et en fait des caisses, mais ça lui suffit.

La bonne nouvelle, c’est que le coupable d’Atomic Blonde a cette fois un casting plus doué, plus divers et moins égocentrique que sur le spinoff de Fast and Furious. Il peut aussi compter sur un scénario hystérique mais efficace. S’il ne révolutionne pas vraiment le genre, on a ponctuellement droit à une bonne dose de peps et d’incongruité. Entre les états d’âmes de Coccinelle et la courte vie d’une bouteille d’eau, Bullet Train nous sort des fois de nulle part de vraies surprises bienvenues.

Là où ça déraille

Les vraies faiblesses de Bullet Train se situent à deux niveaux : son réalisateur et les influences qu’il subit.

Déjà, David Leitch n’est ni Chad Stahelski (pour une action inventive) ni John McTiernan (pour se repérer dans l’espace). Heureusement qu’un train est un décor linéaire avec des « niveaux » facilement identifiables. Mais quand il s’agit de s’y retrouver ou de s’y taper au corps-à-corps, caméra et monteur se mettent ensemble pour nous paumer complètement. Et lorsque c’est lisible, c’est souvent au détriment d’un concept pourtant excitant. Comme, par exemple, une baston dans une voiture où le silence est exigé. La discrétion devrait être l’enjeu premier, mais ça, le chorégraphe et le sound designer s’en fichent complètement.

L’occasion de glisser un petit mot sur le montage. Bullet Train, malgré sa violence, veut être un spectacle enfantin (et infantile). On a ainsi droit à des tonnes de flashbacks, et même des flashbacks dans des flashbacks, pour illustrer ce qu’a dit untel ou ce dont se souvient machin. Tantôt, ça sert à des fins de comédie, tantôt, c’est pour nous prendre par la main. Si vous décrochez à un moment ou à un autre, c’est pas grave. Un petit rappel vous ramènera aussitôt dans la course. Le procédé n’est pas honteux, mais parfois, c’est bien de ne pas en abuser autant. Il faut faire confiance à son public, des fois…

Mes yeux !

L’autre problème, ce sont les influences. David Leitch est un sale môme. Difficile de dire s’il fait ce qu’il aime ou ce qu’on lui dit de faire. Esthétiquement parlant, Bullet Train sent le néon et les CGI à tous les étages, à peu près comme 80 % des films d’action depuis John Wick. On a donc droit à moult travellings rapides en images de synthèse tape-à-l’œil, et plus d’un exploit sur fond vert tellement abusés qu’ils en sont cartoonesques.

Le film garde évidemment le « meilleur » pour son climax, un bordel général à bord du train, où tous nos repères se brouillent. Il se conclut par une bouillie de CGI qui, à ce stade, est aussi réaliste que le crash d’Air Force One dans le film éponyme (pour voir combien je suis méchant, cliquez ici).

Et pourtant, Bullet Train file droit

Pourtant, hélas, Bullet Train assure le service… comme une œuvre de Robert Rodriguez. C’est un film bouffon, bouffi et facile, s’autorisant par ailleurs plus d’un caméo de la part de stars copines avec le réal. Toutefois, tout ceci repose sur des bases solides.

Son scénario est carré et réserve son lot de surprises, malgré des dialogues confondant parfois génie comique et bêtise profonde. Le casting fait plaisir, et la sympathie qu’on éprouve déjà pour telle ou telle tête permet de mieux apprécier les caricateuuuh, les personnages qu’ils incarnent (l’interprète de la Mort Blanche était une vraie bonne surprise, pour moi). Enfin, on a tout de même un artisan qui assure le taf, même si ça fait déjà quelques films qu’il préfère tourner des cartoons live plutôt que de nous ancrer dans une action un tantinet crédible. Dommage. À cause de ça, Bullet Train nous amuse, alors qu’il aurait pu nous décoiffer.

Ce que j’essaie de dire, c’est qu’en définitive, Bullet Train est marrant. J’ai passé un bon moment, et honnêtement, c’est déjà important. Mais c’est peut-être pour tout un tas de mauvaises raisons. À vous de juger. :-p

LES + :

  • Tour à tour intriguant, décapant et amusant. Parfois les trois en même temps.
  • Un casting qui inspire la sympathie.

LES – :

  • David Leitch prouve un peu plus qu’il tient davantage de Robert Rodriguez que d’un maître du film d’action.
  • Le scénario fournit des pistes ou des idées ludiques que la mise en scène et le montage (même le montage son) n’exploitent presque jamais.
  • Aïe ! Mes yeux ! Les couleurs criardes ! Les CGI dégueu ! Ça brûle ! Y en a partout !

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Critique rétro : Interceptor (1992) « Die Hard dans un gros avion »

interceptor 1992

Le capitaine Winfield (Andrew Divoff) s’est crashé lors du vol de test d’un F-117 expérimental, équipé d’une technologie de réalité augmentée. Afin d’expliquer cette foirade à ses supérieurs, on le flanque dans un avion cargo pour Washington, accompagné des deux derniers prototypes de l’engin. Manque de pot, l’ignoble Phillips (Jürgen Prochnow) a prévu de voler la cargaison. Avec son gang, il s’infiltre à bord de l’appareil en plein vol et prend le poste de pilotage. Mais Winfield n’a pas l’intention de le laisser dérober une technologie si dangereuse…

Comme son homologue de 2022, Interceptor de Michael Cohn est bête et c’est un Die Hard-like. Mais c’est un vrai film du genre qui coche toutes les cases, et qui sait se montrer marrant et généreux. Pour l’anecdote, sa première diffusion date du 15 octobre 1992, alors que Passager 57 (avec Wesley Snipes dans un avion de ligne) ne sortait que le 6 novembre de la même année. Ça veut dire qu’Interceptor se paie le luxe, à ma connaissance, d’être le premier « Die Hard dans un avion ».

Note : qu’on aime ou pas 58 Minutes pour vivre, la « vraie » suite à Piège de Cristal, il faut reconnaître qu’elle battait déjà en 1990 tous ses futurs plagiaires. Les méchants n’y détournaient pas un avion, mais carrément tout un aéroport !

Premier de la classe

Malgré son âge et un budget limité, on peut pardonner à Interceptor sa primeur, puisqu’il n’est sorti que quatre ans après Piège de Cristal. Mais dans ces circonstances, sa générosité et son inventivité méritent le respect. En plus de cela, il ne dure que quatre-vingt minutes. On ne risque pas de trouver le temps long.

Au rayon des bonnes idées, citons notamment celles-ci :

  • Les terroristes veulent voler deux appareils furtifs équipés d’un casque VR du futur. Rappelons qu’on était en 1992. Aujourd’hui, la réalité augmentée fait presque partie du quotidien. Interceptor peut donc se vanter d’être vraiment visionnaire.
  • Cette sale gueule de Jürgen Prochnow nous fait l’honneur d’une scène de torture psychologique de choix, se concluant par un twist malsain.
  • L’abordage par les méchants d’un avion à un autre est improbable, voire carrément impossible. Mais il est au moins aussi classe que dans Cliffhanger, sorti un an plus tard.
  • Enfin, si le film se déroule surtout à bord d’un gros transporteur, il se conclut par un duel aérien où, fort judicieusement, la technologie convoitée par les méchants se retourne ultimement contre eux.

Sur le papier, Interceptor n’a donc rien à se reprocher. Quelqu’un, quelque part, de nos jours, pourrait sûrement lui reprocher de ne défendre aucune cause. Il ne s’agit que d’un film d’action reposant sur un concept enrobé de clichés (des gentils et des méchants dans un avion). Michael Cohn ne nous sert qu’un divertissement, mais il le fait bien.

Casting de haute volée

À l’écran non plus, le film n’a pas à rougir avec son casting impeccable. Andrew Divoff, abonné aux rôles de méchant (Wishmaster, Air Force One, 48h de plus) campe ici un héros sympathique. Jürgen Prochnow joue un salaud délicieux, et Elisabeth Morehead, la cheffe de bord, garde toujours la tête haute. Quant aux seconds couteaux, ils n’ont vraiment pas des gueules de porte-bonheur. La preuve, ils se les font bien démonter, et pas deux fois de la même manière. On retiendra surtout « M. Elliot », un nerd absolument tordant avec les culs de bouteilles montés sur son nez.

Pour finir, petit film oblige, les effets spéciaux sont plutôt voyants. On hésite sur ce qu’il y a de plus drôle, entre la 3D préhistorique, les incrustations dégueu, les maquettes d’avion qui font « fshiouuuu », les lunettes de M. Elliot (décidément !) et les stocks shots de l’US Air Force. Mais si on rit, c’est plutôt de bon cœur, les limites techniques étant ce qu’elles sont. En 1992, pour le prix d’un Big Mac, on ne pouvait pas concurrencer Terminator 2.

En résumé, bien que daté, Interceptor 1992 est un must pour les fans de Die Hard-like qui ont tout vu, tout fait, et qui désespèrent de se mettre autre chose sous la dent. Pas convaincu ? Voilà le trailer.

Interceptor : cherche pas, t’as tort !

Interceptor 2022 est lent, mou, vu et revu, et sa modernité se sent surtout dans ses décors cheap et une overdose de CGI dégueu. Tout le contraire d’Interceptor 1992, si l’on excepte les maquettes remplaçant les images de synthèse. À part ça, le casting, les idées et les motifs du film de Michael Cohn font encore mouche trente ans plus tard. Pas mal pour le tout premier « Die Hard dans un avion ». Enfin, rappelons que sa durée n’excède pas 1h20. Ce n’est ni trop, ni trop peu pour exploiter son concept avec justesse et sans débordement.

LES + :

  • Le tout premier « Die Hard dans un avion ».
  • Des idées plein les poches.
  • Un casting sympathique.
  • Aussi court qu’efficace.
  • Ce qui est réussi est aussi rigolo que ce qui est raté.

LES – :

  • Des effets spéciaux vraiment datés (maquettes, 3D, incrustations).
  • Pas de bluray remasterisé ?! On se demande pourquoi…
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Critique : Interceptor « C’était mieux avant (duh !) »

Interceptor

JJ (Elsa Pataky) est une soldate ricaine qui a défendu son honneur et ses droits face aux avances d’un général pervers, soutenu par une hiérarchie sexiste. C’est donc tout naturellement qu’elle est mutée au fin fond de l’océan Pacifique. Il s’y trouve l’une des deux seules bases d’interception de missiles ballistiques US. Si elles ne fonctionnent pas, en cas d’attaque nucléaire, kaboum ! Comme c’est un film, le premier jour de JJ coïncide avec une attaque simultanée sur les deux bases Interceptor. Tandis qu’on apprend la chute du complexe situé en Alaska, les agents d’entretien de la base dégainent des flingues et prennent le PC d’assaut. JJ s’enferme juste à temps à l’intérieur. Si ses ennemis parviennent à entrer, ils saboteront la station, permettant à des terroristes russes de raser entièrement l’Amérique…

Interceptor de Matthew Reilly appartient à un genre essoré depuis vingt ans, auxquels reviennent ponctuellement certaines productions anachroniques : le « Die Hard-like ». Si vous vous demandez ce que c’est, voilà le topo. Des terroristes ou pseudo terroristes prennent en otage ou investissent un lieu clairement délimité, clos ou non, dont l’isolement empêche les autorités d’y pénétrer et/ou d’y appliquer la loi. Il revient à un ou plusieurs héros de serrer ce qu’il a entre les jambes et de foncer dans le tas, l’objectif étant de sauver sa vie/sa femme/sa famille/ses amis/le pays/le monde/tout ça à la fois. Si en chemin, il peut se montrer inventif dans le démastiquage de truands, c’est tout bénef’.

« Die Hard dans (remplir le blanc) »

Tout a commencé en 1988 avec Piège de Cristal (Die Hard en VO). Les suites officielles ont eu la bonne idée d’innover en ouvrant toujours plus le terrain de chasse. Mais dans les années 1990, tous les petits malins du business ont voulu surfer sur le succès d’un film au concept simplissime. Pour être original, il suffisait de changer de décor (même si le succès de Die Hard venait autant de son pitch que d’une réalisation efficace et d’un casting impeccable).

Note : à chaque époque son modèle. Dans les années 2000, on a copié n’importe comment la réalisation de Paul Greengrass après le second film sur Jason Bourne. Et aujourd’hui, depuis l’émergence de John Wick, on voit surtout se multiplier les actioners colorés et stylés.

Pendant dix ans, on a donc eu droit notamment à Passager 57 (dans un avion), Piège en Haute Mer (sur un navire de guerre), Piège à Grande Vitesse (dans un train), Cliffhanger (à la montagne), Broken Arrow (dans le désert), The Rock (à Alcatraz), Mort Subite (dans une patinoire), ou encore Air Force One (dans le gros avion du président). On ne cite ici que les films cinéma les plus fidèles à la définition. Speed (un bus), Speed 2 (un bateau de croisière) et Ultime Décision (encore un gros avion) sont des déclinaisons intéressantes.

Des années plus tard, quelques retardataires prennent régulièrement la température, probablement parce que nous vivons à une époque aussi nostalgique que dénuée d’imagination : La Chute de la Maison Blanche (dans la maison du président), White House Down (idem) ou encore Skyscraper (dans un immeuble… haha). Puisqu’on parle de Netflix, La Terre et le Sang appartient bien à la définition, ainsi que SAS : Rise of the Black Swan sorti l’année dernière.

Interceptor, ou la mort du genre

Depuis Piège de Cristal, on en a vu des navetons, particulièrement en DTV. À bien des égards, Interceptor rappelle un autre nanar d’époque, Etat d’urgence avec Dolph Lundgren (1997). On y passait toute la deuxième partie en huis-clos dans un simulacre bon marché d’abri anti-atomique. Mais bien qu’Etat d’Urgence affiche 15 ans au compteur, il est plus dynamique, ambitieux et amusant que le nouvel actioner de Netflix.

Interceptor s’enferme presque tout le temps dans une salle de contrôle en plastique ? Etat d’Urgence commençait sur les chapeaux de roue, avec une course en voiture frappadinque (et hors propos) sur les toits de la ville ! Interceptor met en vedette Elsa Pataky, que le grand public connaît surtout pour être la femme de Thor ? Dans Etat d’Urgence, la tête d’affiche était quand même la légende Dolph Lundgren. Un acteur limité, certes, mais qui retient l’attention quand cette tare est associée à son écrasante présence physique. (« Est-ce que ce type existe ?! » est une question qui revient fréquemment à l’esprit.)

Qu’on ne s’y trompe pas, les deux films sont miteux. Mais Interceptor a perdu ce qui faisait le sel des productions auxquelles il rend hommage. Dans les années 1990, on était capable de filmer une dinguerie presque je-m’enfoutiste, s’autorisant les pires excès et blagues débiles. Regardez Etat d’Urgence aujourd’hui, il provoquera toujours moult éclats de rire, moqueurs ou complices.

En 2022, la façon de faire a changé, et surtout, la mentalité de toutes les parties impliquées. Le film de Matthew Reilly reprend peut-être un concept vieux de trente ans. Mais il s’agit bien d’un film des années 2020, avec les normes artistiques et qualitatives, et un peu de la charge politique auxquelles il faut s’attendre.

Ouvertement opportuniste et un peu malsain

JJ est une femme combattant pour son droit à être un soldat avant tout, alors qu’elle a lourdement subi le harcèlement et les violences psychologiques d’un entourage masculin, militaire de surcroît, extrêmement toxique. Oui, ces choses existent. Oui, elles sont dégueulasses, et elles ne touchent pas que l’armée et la politique. Ce qui est également vrai, c’est qu’en 2022, pointer ces problèmes du doigt revient à enfoncer une porte ouverte. Une thématique de moins en moins contestataire et de plus en plus opportuniste à Hollywood. Et le faire sans subtilité, ça craint. C’est sans doute pourquoi Matthew Reilly, réalisateur/scénariste, va plus loin. Il dégonde la porte et surfe carrément avec, sur une vague de complaisance.

Avoir quelqu’un à défendre, à protéger ou à sauver, ça facilite toujours l’identification. C’est peut-être cousu de fil blanc, mais c’est un truc qui marche. Pour JJ, la sécurité de son père, sa seule famille, est rapidement écartée après une scène expédiée. Puisque ça, c’est fait, il reste logiquement le devoir pour la motiver. Mais le film insiste particulièrement sur le traumatisme et les mauvais traitements de l’héroïne (et elle en a bien bavé). Son parcours ressemble alors à une vengeance, une thérapie de fortune doublée d’un ego trip malsain. La miss énervée a l’air de vouloir prouver aux autres qu’elle vaut bien un mec, et qu’elle est une héroïne, une vraie. Le plan final lui donnera raison.

Honnêtement, s’ériger contre la masculinité toxique, c’est bien. Mais ce n’est pas le message que j’en ai tiré. Curieusement, j’ai surtout eu l’impression qu’Interceptor m’a crié dans l’oreille qu’égocentrisme et autosatisfaction étaient les valeurs à défendre en 2022. Je suppose que ça passe, puisque le message est glissé sous couvert d’une cause juste, même si très souvent enfoncée dans la gorge du spectateur (comme dans un autre film).

Faisons fi de ces déductions absurdes. On regarde surtout Interceptor pour le spectacle et pour se marrer. On va bien en profiter, non ? Non ?!

Interceptor, une production au rabais

C’est vrai qu’Interceptor est con. On a droit à tout : premices absurdes, rebondissements faciles, exploits physiques parodiques, compte-à-rebours stoppés à la dernière seconde et non-sens complètement assumés. Les méchants sont pressés d’entrer dans le PC pour le détruire ? Aux trois quarts du film, ils décident de couler la base par défaut… Ce qu’ils pouvaient faire depuis le début, puisqu’on découvre qu’ils ont un bouton pour ça ! On pourrait écrire un poème, mais je ne suis pas Boileau.

La c#nnerie n’est pas le vrai problème. Un film bête, ça se savoure toujours, surtout que l’auteur s’y connaît. Il s’agit du premier film de Matthew Reilly, écrivain australien à succès, spécialisé dans les romans de genre façon blockbuster (oh merde, un collègue !). Sauf que le monsieur donne souvent dans le détournement farfelu et opportuniste. Par exemple, son roman The Great Zoo of China est un décalque de Jurassic Park… avec des dragons.

Fan de gros films hollywoodiens, Reilly a visiblement une affection naturelle pour le B tendance Z. Certains de ses romans avaient d’ailleurs été optionnés par des studios, mais sans jamais qu’un projet se concrétise. Aujourd’hui, grâce à Netflix, il peut enfin voir une de ses histoires à l’écran. D’une part, il a écrit un scénario « original » pour l’occasion. D’autre part, il réalise en personne. Il faut bien commencer un jour, mais…

Interceptor ne cache pas sa misère. Décors en toc, action molle surdécoupée et overdose de CGI évidents sont de la fête. Mais surtout, ce manque de moyens trahit l’une des règles fondamentales du « Die Hard-like » : exploiter l’environnement. On a une plateforme entière comme lieu de l’action, mais on s’enferme dans un PC de vingt mètres carrés pendant les trois quarts du film. Et quand on sort à l’air libre, on ne va pas bien loin. Appelons un chat un chat : Interceptor est fauché. C’est sûrement ce qui lui a permis de trouver son financement. Mais c’est aussi comme ça qu’il se tire une balle dans le pied.

Casting à la mer

Pour qu’Interceptor soit vraiment marrant, il faudrait au moins que la croisière s’amuse. Pourtant, rayon casting, ça ricane plus que ça ne rigole.

Elsa Pataky se serait entraînée des mois pour avoir l’air badass, et on veut bien le croire. Elle ne fait pas tache quand il s’agit de bander les muscles. Mais l’action est très souvent mollassonne. La belle balance bien quelques punchlines dignes d’Arnold et Willis, mais curieusement pas drôles, tellement elles sont convenues.

Et les méchants, alors ? Parmi les représentants du genre, les plus mémorables le sont grâce à des bad guys bien caractérisés, joués par une gueule qui s’amuse un max. On se souvient d’Alan Rickman dans Piège de Cristal, John Lithgow dans Cliffhanger, Powers Boothe dans Mort Subite, Gary Oldman dans Air Force One, Dennis Hopper dans Speed

Quid de Luke Bracey, alias Kessel dans Interceptor ? Le personnage est aussi fade que son interprète. Il est motivé par des raisons que le film s’amuse à rendre confuses ou contradictoires, pour masquer des révélations forcément banales. Monsieur fait semblant d’être motivé politiquement, alors qu’in fine, tout s’avère être une question de pognon (coucou, Piège de Cristal). Et pour ce qui est du charisme et de l’énergie, il représente autant une menace dans le film qu’une moule le serait pour une mouette. Comble de l’arnaque : il est tellement indigne que ce n’est même pas l’héroïne qui l’achève !

Ses hommes de main sont au diapason. Certains prennent la pose, d’autres passent leur temps à chouiner avec un accent redneck. À cause de tout cela, ils ont surtout l’air ridicule et incompétent. Pour achever le tout, rappelons que Chris Hemsworth fait un caméo à répétition pour soutenir sa chérie. Sa présence nous rappelle d’autres productions pas plus subtiles, mais mieux réglées, comme Tyler Rake dont il était la vedette.

Intercepté et abattu en vol

Interceptor pue le bricolage, l’opportunisme et l’indifférence. Si le film jouait sur la bêtise archaïque de son scénario, et s’il n’était pas si fauché, on passerait un bon moment. Ce n’est même pas du bon cinéma d’artisan, et d’ailleurs, ce n’est même pas du cinéma. C’est bel et bien du contenu. Son ambition à ras de pâquerettes, sa propreté clinique et ses décors en toc donnent souvent l’impression de voir un épisode filler de Star Trek.

C’est peut-être moi qui suis vieux et con. Si ça se trouve, ces pépites valent en fait de l’or, alors que ma bouche ne sent que le goût du charbon… Si vous voulez voir un Die Hard-like titré « Interceptor », regardez donc celui sorti en 1992. Ça n’a l’air de rien, mais vous aurez l’exact contraire : aucune promesse, et pourtant, elles sont toutes tenues.

LES + :

  • Si Matthew Reilly écrit des trucs pareils et peut finir par réaliser des films Netflix, rien n’est perdu pour Bibi. :p

LES – :

  • Ben, euh…. J’ai la flemme. Allez, tout.

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Critique : Le Secret de la Cité Perdue « Bête, daté, inoffensif, peut-être amusant »

Dans Le Secret de la Cité Perdue, Loretta Sage (Sandra Bullock) est une romancière à l’eau de rose, fortement déprimée depuis la mort de son mari archéologue. Alan (Channing Tatum) est un modèle aussi beau gosse que niais, figurant sur toutes les couvertures des romans de Loretta. Elle ne peut pas le sentir. Il n’aime pas la voir triste. Après avoir fait foirer leur dernière tournée promo, l’autrice est kidnappée par le richissime Abigail Fairfax (Daniel Radcliffe). Il a flashé sur le dernier livre de la belle, en particulier ses références à la Cité perdue et à son trésor, une alléchante « couronne de feu ». Manifestement, la romancière sait des choses, et puisqu’il est prêt à tout, il l’emmène sur une île pour déchiffrer des parchemins. Alan y voit l’occasion de briller, part la secourir, et bien sûr, le sauvetage dérape. Tous deux se retrouvent perdus dans la jungle, coincés entre un trésor hypothétique et les mercenaires d’Abigail…

Est-il nécessaire de parler du Secret de la Cité Perdue ? Franchement, non, tant on devine tout ce qu’il y à en dire. Mais un film d’aventure « vieille école », ça me tentait, bon ou mauvais. Et il y avait la parenté possible avec Veines Rouges, qui m’inquiétait un peu (un romancier kidnappé sur la base d’un livre, pour finir en poursuite dans la jungle, hmmmmm…).

Finalement, s’il était impératif de le voir, il sera aussi facile de l’oublier. Dans sa médiocrité, tout est bon à jeter. Mais il est possible, paradoxalement, que sa médiocrité soit une qualité.

Bullock s’en ballec

Le Secret de la Cité Perdue sort au cinéma deux mois après Uncharted. Les aventures de Nathan Drake avaient l’air de faire du surplace, puisque recopiant sans vergogne des jeux vidéo encore frais dans les mémoires. Celles de Loretta et Alan ont l’air de revenir quarante ans en arrière, puisque repompant dans les grandes lignes le bien meilleur À la poursuite du Diamant vert (1984). Mais pas seulement.

Vous vous souvenez de Bienvenue dans la Jungle (2003), où the Rock et Sean William Scott, deux stars aux registres spécifiques, n’étaient là que pour faire leur numéro et cachetonner ? Check. (D’ailleurs, les deux films partagent un humour souvent à ras de braguette.) Vous voyez la réalisation fadasse typique de la comédie américaine des années 2010, avec plans et photographie en pilotage automatique ? Check. Vous vous souvenez du récent Jungle Cruise, avec 50 % de jungle sous cloche et 50 % de fonds numériques pas toujours joyeux ? Check.

Vous connaissez le syndrome du méchant richissime et mégalo sans charisme et complètement interchangeable ? Double check, avec ici Daniel Radcliffe dont on pense que ç’aurait été plus drôle et méta s’il avait kidnappé J.K. Rowling pour lui apprendre la magie. Et n’oubliez pas d’emballer le tout avec une musique insipide. La fois dernière, je critiquais Uncharted en disant qu’il aurait fait meilleur effet sur Netflix. J’aurais dû garder cette réflexion pour le présent objet filmique.

Le Secret de la Cité Perdue, c’est le rire retrouvé ?

Le Secret de la Cité perdue est tout sauf original. Il n’est jamais novateur dans ce qu’il propose ni inspiré dans ce qu’il reprend. De plus, le rythme est souvent plombé. Tantôt, c’est à cause de la sous-intrigue de l’agente littéraire cherchant désespérément un avion. Sinon, c’est la faute à des saillies verbales dignes de Marvel. Nos héros ont souvent tendance à perdre du temps à se chamailler posément lors de moments de « réelle » tension ou de danger imminent, désamorçant des scènes pourtant prometteuses. On se croirait plus en visite guidée aux Maldives ou en balade à Disneyland que perdus dans une forêt tropicale avec des tueurs aux fesses.

Pourtant, je me suis souvent retrouvé à sourire. J’ai même parfois ri franchement devant une situation incongrue, ou suite à une réplique nulle (« Mais c’est Ken en pétrolette ! »). C’est dû à tout une palette d’émotions souvent contradictoires. On rit complice des bêtises de Channing Tatum, qui ne surprend pas dans un registre qu’il maîtrise toutefois parfaitement (le M. Muscles benêt au cœur d’or). À l’opposé, on ricane de gêne face à Sandra Bullock, refaite et la peau sur les os, exhibant les trois quarts du temps un décolleté plongeant sur sa cage thoracique.

On exulte le temps d’un caméo de luxe (spoilé par la bande-annonce). Mais on soupire face à son absence le reste du métrage, en réalisant ce que cette énergie aurait apporté au film. Et bien sûr, on rit au nez d’une inutile scène post-credits. Même si, clairement, l’idée est de se moquer du procédé, elle nous rappelle tout de même l’époque miteuse dans laquelle nous vivons.

Juste pour rire

Le Secret de la Cité Perdue n’est pas plus sincère ni plus original que la concurrence, mais il n’en a pas la prétention. Quelque part, cela le sauve. Est-ce que ce film est navrant ? Oui. Est-ce que c’est marrant ? Ça lui arrive aussi, plus souvent que je ne l’aurais souhaité. C’est pour ça que sa médiocrité mérite d’être autant critiquée qu’appréciée.

Le Secret de la Cité Perdue est anachronique, un gros trip régressif. Il fera marrer les gosses, ainsi que certains parents ayant connu les belles heures de la série B fauchée « made in Cannon Group ». Des productions opportunistes et sans prise de tête, où la nullité côtoie l’insouciance. Or, de nos jours, un peu d’insouciance ne peut pas faire de mal. Cela peut même nous faire du bien.

LES + :

  • Channing Tatum, toujours à sa place.
  • Un caméo de luxe qui fait bien marrer.
  • Un film « original » qui n’est ni un Marvel ni une suite tardive, ni une tentative minable de lancer un univers étendu ? Chic.

LES – :

  • Sandra Bullock semble bien fatiguée.
  • Un caméo qui fâche après avoir été dégagé de l’histoire (mais pourquoi ?!).
  • Un film « original » qui n’a aucun os ni aucun organe frais sous la peau.