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Critique expresse : Sentinelle « Je l’ai senti venir »

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La soldate Klara (Olga Kurylenko) revient à Nice dans sa famille, après avoir quitté une région chaude du Moyen-Orient. Désormais assignée à une patrouille du plan Vigipirate (d’où « Sentinelle »), elle a du mal à contenir sa déprime et son envie de cogner. Quand sa sœur se fait tabasser et violer après une sortie en boîte, Klara ne voit plus de raison de se retenir. Lentement mais sûrement, elle va se mettre en tête de punir le coupable. Mais quelqu’un dans sa position peut-il se permettre de céder à la vengeance aveugle ?

C’est dur de parler de Sentinelle pour moi, car j’aime chez lui ce que je déteste tout autant chez Netflix et dans le contexte mondial actuel. Il appartient tout à fait au genre que j’apprécie, il met en scène Olga Kurylenko, que j’apprécie aussi, et c’est un film de Julien Leclercq, avec qui je partage pas mal le point de vue et les goûts. La Terre et le Sang m’avait bien plu (déjà sur Netflix) ainsi que Braqueurs, il y a un peu plus longtemps.

Sentinelle sent la routine

Ce qui m’attriste, c’est la routine et l’absence de surprises, totalement assumées par la plateforme de streaming, qui a besoin de fréquemment nourrir ses programmes. Sentinelle a beau sentir l’envie et l’amour, c’est littéralement un Taken petit bras n’excèdant pas les 1h20. Le jeu d’acteurs y est souvent poussif (bravo au méchant russe vilain comme il faut). L’action est carrée mais peu enthousiasmante lorsqu’il y en a. Et le reste du métrage fait ponctuellement le grand écart entre développement et remplissage.

Sentinelle

Tout ceci se retrouve coincé entre un générique sentant malgré lui (?) la propagande pour l’armée française, et une fin carrément précipitée. Même si ce n’est pas un si grand crime, on y subit une ellipse GIGANTESQUE passant sous silence comment Klara s’est sortie de la panade, après un assaut sauvage à la Jack Bauer, pour insinuer dans les dernières minutes qu’elle s’est muée en ersatz du Punisher et de Batman.

Ce qui est fatal à la pertinence et la pérennité de Sentinelle, c’est que nous avons ici une idée de départ posant beaucoup de fascinantes questions, mais jamais vraiment abordées. Une protectrice assermentée a-t-elle le droit de faire justice elle-même ? « Qu’est-ce qu’on s’en fiche ! Fais-la courir après des dealers et péter des mâchoires ! Ses états d’âme, on s’en tape ! » Non content d’être court, le film ne s’embarrasse d’aucune vraie progression dans l’évolution de Klara. Déjà qu’elle n’aime pas le calme de son nouveau poste, mais elle ne semble jamais douter du bien fondé de son raisonnement et de sa démarche. Elle veut casser des maris violents et des ripoux, sans jamais sembler vraiment en conflit avec son rôle au quotidien. Dommage. Un Justicier dans la Ville aurait été une référence plus louable que de simplement refaire Taken.

Jusqu’au prochain « événement » Netflix

Tout ceci est bien et beau, et honnêtement, je prends. J’aurais juste voulu qu’on me le vende un peu mieux et avec plus de contenu (des idées, des scènes, de l’action, ce que vous voulez). Tel quel, et paradoxalement, j’ai senti passer ces quatre-vingts minutes.

Sentinelle

Honnêtement, j’ai du mal à rejeter la faute sur Julien Leclercq. Il aime bosser et il est content de bosser, ce qu’il dit lui-même en interview. Cela se respecte. Quant à Olga Kurylenko, ça fait plaisir de la voir (surtout de la voir cogner). Mais Sentinelle est, comme d’habitude, un produit de consommation courante. Malgré l’envie et le savoir-faire, il lui manque ce qui rendait La Terre et le Sang un peu plus amusant et original (pour savoir quoi, c’est par ici). Pas sûr qu’un Sentinelle 2 soit dans les tuyaux, ni que j’en ai particulièrement envie.

Certes, je suis content que les films français comme celui-ci ou Balle Perdue cartonnent à leur sortie sur la plateforme. Mais français ou non, après Tyler Rake ou The Old Guard pour ne citer qu’eux, il faut relativiser l’impact et la pertinence des « événements » Netflix. Ces films à la patine beaucoup moins « ciné » n’auraient pas valu la peine qu’on se déplace en salle, plutôt que de les lancer en un clic sans bouger de son canapé. Ce n’est que mon humble avis, mais cette envergure de production destinée aux salles obscures, elle me manque de plus en plus. Ceux qui y trouvent leur compte peuvent l’ignorer sans souci, et de toute façon, Netflix est loin d’avoir fini.

LES + :

  • On reconnaît la patte de Julien Leclercq. Si on aimait avant, on aimera maintenant.
  • Ça fait toujours plaisir de voir Olga Kurylenko en mode « action ».
  • Un concept de départ vraiment fascinant…

LES – :

  • Un concept qui reste un point de départ, et jamais une piste à explorer, pourtant fascinante et vraiment pertinente ces jours-ci.
  • Encore un petit film sans honte aucune, mais sans rien de marquant non plus. Comme quoi, Netflix signe bien le renouveau du vidéo club à l’ancienne.
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Critique rétro : Chasse à l’Homme (1993) « Un Woo sorti du bois »

Après la disparition de son père, un SDF de la Nouvelle Orléans, Nat Binder (Yancy Butler) engage pour le retrouver un certain Chance Boudreaux (Jean-Claude Van Damme). Chance connaît bien la ville, et c’est un pro dans l’art de botter des fesses au ralenti. Très vite, le duo découvre que le père de Nat est mort dans des circonstances suspectes. Et pour cause : il a été victime du gang de Fouchon (Lance Henriksen), qui vend ses services à de riches c%#nards pour une chasse à courre où l’homme devient la proie. Chance et Nat devenant gênants, Fouchon et son bras droit Van Cleaf (Arnold Vosloo) vont chercher à les éliminer. Il s’avère que Boudreaux a plus de répondant que le gibier qu’ils chassaient jusqu’à présent…

On n’arrête plus ESC, visiblement motivé pour nous offrir le best-of de JCVD dans des écrins en forme de VHS. Après les excellentes éditions de Double Impact et Cyborg, c’est Chasse à l’Homme de John Woo qui a droit à un traitement de faveur. Cette édition mérite des éloges, tout comme le film, une fois qu’on le redécouvre presque trente ans après.

Qui est Woo ?

En 1993, Van Damme grimpe encore au box-office. Il est vraiment une « star » du business, et ce qu’il veut dirige ses choix de carrière. Son souhait, c’est de tourner avec John Woo, réalisateur hongkongais qui impressionne tout le monde depuis quelques années avec Syndicat du crime et The Killer, et surtout avec À toute épreuve, sorti en 1992.

Malgré Piège de Cristal et Terminator 2, le cinéma d’action ricain tourne formellement en rond depuis un moment. Du côté de Hong Kong, par contre, c’est l’expérimentation et l’éclate à foison, en particulier dans le giron du fameux Woo. Son dernier film est à la fois totalement référentiel aux films US suscités, mais également porteur de toute la cinéphilie, de la sensibilité et de la sentimentalité du monsieur.

En fait, À toute épreuve est sa carte de visite pour l’Occident. L’année 1997 approche, et avec elle, la rétrocession de Hong Kong à la Chine. Pas mal de cinéastes locaux s’inquiètent de leur future carrière, et l’exode vers Hollywood est une option sérieuse, à laquelle répondra Woo (mais aussi Tsui Hark et Ringo Lam par la suite). De toute façon, le cinéma occidental était fasciné par les œuvres hongkongaises depuis les années 80. Importer directement les artistes devait fatalement arriver.

La « musique » de Woo

Importer John Woo, c’est faire venir son style, son langage cinématographique. Et il est très différent des habitudes hollywoodiennes.

John McTiernan, réalisateur de Piège de Cristal, comparait la réalisation d’un long métrage à la composition d’une musique symphonique. Dans un des bonus de cette édition, Christophe Gans, réalisateur du Pacte des Loups et de Silent Hill, dit de John Woo que sa « musicalité » s’apparente à un bœuf improvisé par un jazzman. En fait d’une simple succession de notes, que sont les procédés, les plans et les idées, Woo crée de l’effet, des sensations, en les empilant les uns sur les autres.

Grâce au montage, un même moment se joue, se traduit et se vit sous plusieurs perspectives et de plusieurs manières quasi simultanément. C’est important pour comprendre en quoi Chasse à l’Homme (Hard Target, en VO) a été un gros pari, et un peu une gageure pour ses principaux intervenants. John Woo avait tout pour bousculer les conventions de mise en scène d’un film d’action US. Mais, perçu comme un « newbie » par ses producteurs et sa star, il n’allait pas avoir les coudées franches pour y parvenir. Pas du premier coup.

Conflit d’opinions

On se doute que les producteurs avaient leurs idées bien à eux, et qu’ils ont été aussi frileux que de coutume. Il ne faut pas non plus oublier les règles absurdes de la censure américaine. Elles imposaient au réalisateur un quota de morts par scènes, et des coupes pour ne pas voir à la fois le flingueur et le flingué dans un même plan ! Sans parler d’une scène d’amourette cousue de fil blanc, imposée puis retirée suite à des projos test peu enthousiastes.

Les producteurs vont même chercher Sam Raimi pour lui offrir un poste de producteur exécutif. L’intention inavouée : si Woo devient ingérable ou s’avère incapable de bosser à cause de son anglais, le réalisateur d’Evil Dead le remplacera au pied levé. Dans un docu d’époque présent sur l’édition, il est étonnant, et réconfortant, d’entendre Sam Raimi jeune partager sa crainte sincère que le hongkongais se fasse bouffer par Hollywood. Cette crainte sera momentanément concrétisée avec son film suivant, Broken Arrow, mais surtout avec Mission Impossible 2, autre projet de commande d’une star mégalo.

John vend Van Damme

Jean-Claude, perspicace, mais un peu trop quand même, insiste pour que ce soit « un film de Van Damme » . Après tout, on paie pour le voir avant tout. Il semble qu’il imaginait une relation maître-servant avec son réalisateur, engagé pour magnifier sa personne, et non pour exprimer son génie. En conséquence, Woo ne peut pas présenter ses personnages comme il le voudrait. Il doit aussi faire le plein de plans sur les biscotos et la belle gueule de sa vedette.

Finalement, vingt minutes de film sauteront, retirant des moments entre personnages, mais aussi un attardement sur plusieurs scènes violentes. On perd surtout un élan de noblesse lors de l’assassinat de Roper, une dragouille un peu longue et inutile entre Chance et Nat, et une mort plus cash pour le maléfique Fouchon. Mais Woo est flexible, et obéir n’impacte pas tant que cela le produit final.

Le plus dommageable, ce sont quatre minutes de plans disparaissant encore pour la sortie cinéma. On perd encore un peu de sang, mais aussi beaucoup du « langage visuel » du réalisateur (comme des répétitions et des effets de ralenti ou d’arrêt sur image). Il faut attendre l’avènement du Laserdisc pour que la version uncut ressurgisse et fasse enfin la différence. C’est évidemment cette version que l’on trouve dans l’édition ESC (pour info, ces quatre minutes n’ont jamais été doublées en français).

Mais alors, John Woo est-il passé à la moulinette ? N’est-ce qu’un véhicule de plus pour JCVD, sympa mais sans plus ?

Qui va à la chasse à l’homme…

Un réalisateur hors norme, un projet inspiré des Chasses du Comte Zaroff (pas vraiment un concept fréquent), et une star à l’ego maousse ? Ça fait des étincelles. Chasse à l’Homme ne ressemble pas complètement à un film de John Woo, mais ce n’est pas du tout un film d’action lambda.

Déjà, les héros de Woo sont romantiques et chevaleresques. Pas courant dans un actioner américain. Le héros vandammien, certes pas dénué de noblesse, est surtout un prolo partant du bas pour gagner sa renommée. Les premiers surmontent l’adversité au nom d’une moralité propre (même les vilains). Le second est un battant à l’objectif immuable, prêt à faire une tête au carré à l’adversité pour l’atteindre. Deux conceptions a priori dures à marier.

Surprise ! Chasse à l’Homme n’est pas le rejeton difforme d’un mariage raté. C’est un film hybride entre « la méthode Van Damme » et « la réal John Woo ». Il joue les funambules, chancèle parfois, mais ne se casse jamais la figure.

Puisque l’Orient rencontre l’Occident, Woo mélange fort à propos genres et intentions. Van Damme devient Chance, un héros à l’allure digne, sauveur des demoiselles en détresse, mais son traitement évolue. Cela commence en hommage évident au western : façades héritées du vieil Ouest, bagarres de bar, gros plans sur les yeux, musique typique… Pourtant, Chance reste Van Damme, et il dégaine la jambe comme Clint Eastwood sort son six-coups.

C’est à mi film que tout bascule, quand Boudreaux reprend le flambeau de la police quasi naturellement (dans une chorégraphie élégante, digne du réal). Il se met alors à pétarader comme Chow Yun-Fat dans À toute épreuve. On entre complètement dans un film de John Woo tel que le voulait Van Damme… et il est servi !

Affronte le surhomme

Contrairement à son compatriote Tsui Hark plus tard (avec Van Damme, d’ailleurs), John Woo n’expérimente pas avec Chasse à l’Homme. On lui demande de faire son truc, alors il s’adapte, il s’amuse, et ça se voit. On a beau justifier que Boudreaux est un ancien marine (et cajun, pour expliquer son accent), il a dû sortir de l’école militaire avec une spécialité « acrobate ».

Comme Cliffhanger la même année, Hard Target ne propose pas de héros crédible façon Piège de Cristal. Chance est un surhomme et ça ne s’explique pas. Van Damme fait l’équilibriste à moto, charme un serpent d’un coup de poing, effectue un triple salto sans trampoline, tient son flingue à l’envers, et il finit des ennemis déjà truffés de plomb avec son split kick légendaire.

https://www.youtube.com/watch?v=I4Ra-vSIZRw

Fort judicieusement, le dernier acte du film se déroule dans un cimetière d’accessoires pour Mardi Gras. Là, les situations inventives le disputent à un grotesque de fête foraine. Il faut dire que Jean-Claude donne le départ juché sur un pélican en papier mâché, en cartonnant de son pompeux rutilant la douzaine de salopards en dessous. Le décor aide sans peine à faire passer le message : bienvenue à la fête, camarade !

Frais, fou et fun

Difficile de dire si ces pitreries étaient une autre exigence de la star, après les plans sur ses biceps huilés. Heureusement, on rit avec le film plutôt que de s’en moquer. Par rapport à la mutation amorcée avec Die Hard quant au concept du film d’action hollywoodien, où l’unité de lieu est censée faire la différence (cf. Passager 57, Piège en haute mer, Cliffhanger, etc.), Hard Target propose autre chose, tant dans le fond que dans la forme. On obtient un film frais, fou et fun par rapport au tout-venant de l’époque.

La mise en scène de Woo se marie bien avec l’approche « multi-angles » qu’affectionne Van Damme pour ses chorégraphies, et l’action « à la hongkongaise » a gardé une sacrée patate. Si les flingues font « bang », les kicks font « BOUM ». Le style du réalisateur et les bruitages puissants confèrent aux pieds de JC une pèche démentielle, qu’on aura du mal à retrouver dans les futurs canons du genre comme Matrix, par exemple (lequel, ironiquement, emprunte aux chorégraphies câblées de Hong Kong).

Enfin, meilleur est le méchant, plus fun est le film. Ici, on en a deux. Lance Henriksen et Arnold Vosloo sont géniaux. Le premier perd peu à peu son sang-froid pour verser dans un cabotinage subtil, toujours à deux doigts de l’exagération, mais jamais ridicule. Quant au second, son sourire grimaçant, son accent élégant et sa grande taille marquent les esprits, bien avant qu’il ne devienne la momie dans le film éponyme de 1999.

Bref. Quasiment trente ans après, Chasse à l’Homme est à redécouvrir pour tous les amateurs d’action, les nostalgiques des années 90, les fous de Van Damme et les fans de John Woo.

Le point sur l’édition

Comme dans les précédents boîtiers VHS, on retrouve à l’intérieur un poster double face, ainsi qu’une dizaine de photos promo. Au même titre qu’avec Double Impact, un mini magazine K.O. Mag accompagne la bête, avec interviews, notes de production et le point sur la chasse à l’homme au cinéma. Très, très instructif. Le film est en deux exemplaires, le DVD et le Blu-ray, chacun avec des bonus spécifiques.

Le DVD contient les bandes annonces ainsi que la première partie d’une rétrospective consacrée à la filmo de Van Damme, par l’enthousiaste Arthur Cauras. Court mais sympa. Sur le Blu-ray, on a une présentation du sous-genre de la chasse à l’homme par Arthur Cauras (encore), complétant les informations du livret. Christophe Gans prend la parole pendant trente minutes pour nous parler de John Woo et du film, là aussi avec beaucoup d’infos et d’analyses pertinentes.

Les plus attentifs découvriront un sous-menu permettant d’accéder à des docus promo d’époque. Ils ont encore des choses à nous apprendre ! Dommage que leur qualité aille de « bof » à irregardable (la featurette de 1993). Je tairai le plus gros point fort des bonus, dans la continuité de ce que proposait l’excellente édition de Cyborg. Mais c’est une vraie pépite pour les fans de John Woo et les cinéphiles en général.

Encore une box de qualité pour un Van Damme qui le méritait. Attendons de voir ce que les futures sorties de l’éditeur nous réservent, mais ils ont la formule et la motivation. Ça ne présage que du bon.

Chasse à l’Homme sera disponible le 3 février 2021 chez ESC éditions, en boîtier collector VHS, en combo Blu-ray + DVD ou DVD simple.

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Critique rétro : intégrale Death Wish, Un Justicier dans la ville « Justice sous X »

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Série incontournable du vigilante movie et du revenge movie, la franchise Un Justicier dans la ville est enfin sortie en intégralité en coffret chez Sidonis Calysta. Voilà l’occasion de bien commencer l’année, d’abord en se posant les bonnes questions, puis en finissant par quelques barres de rire. Pour ceux qui découvrent la franchise, elle prend la forme d’une kermesse de la croisade implacable d’un homme, Paul Kersey, contre les muggers (agresseurs des rues), puis contre le crime organisé. Une spirale de laquelle le personnage et son interprète ne sortiront plus jusqu’à, fatalement, tomber dans l’autoparodie.

Un Justicier dans la ville (Death Wish, 1974)

Paul Kersey (Charles Bronson) est un architecte new-yorkais, marié, avec une fille, et tout lui sourit… pendant les cinq premières minutes. Tandis qu’il est au boulot, trois loubards suivent sa femme et sa fille chez elles. Quand Paul est averti, il est trop tard. Les truands ont disparu, après avoir tué sa femme et violé sa fille. Petit à petit, de rencontres en hasards, Kersey va jeter son impuissance aux orties. Il va s’armer, passer à l’auto-défense, puis se mettre carrément à casser du punk…

Death Wish de Michael Winner est à voir absolument, que l’on soit ou non fan de polars noirs, des vigilante movies ou de Charles Bronson. Il suscite des remises en question intelligentes et intelligemment traitées, nécessaires en ce début d’année 2021, quand tout autour de nous, depuis les rues jusqu’aux hautes sphères politiques, semble tellement aller de travers. Certes, les « racailles » des années 70 ressemblent plus à des hippies qu’aux terreurs secouant nos vies au XXIème siècle. Mais, esthétiquement, le film possède un charme désuet qui permet de prendre plus à la légère, et avec un meilleur recul, les problèmes abordés.

Un homme dans le justicier

Ce qui vend si bien Un Justicier dans la ville, c’est son rythme et son protagoniste. La tragédie de Kersey pourrait nous arriver, et la progression du personnage semble naturelle et compréhensible. Grand-père spirituel du Punisher et précurseur au héros victimisé que sera John Rambo, Paul n’a pourtant rien du flic polémique « Dirty » Harry Calahan. Objecteur de conscience dans l’armée, le monsieur est logiquement la dernière personne à souhaiter tirer sur autrui.

Avec une régularité de métronome et une précision implacable, le film va faire changer à Kersey son regard sur le monde l’entourant. Ce peut être via de brefs échanges avec son entourage (son beau-fils, ses collègues, un entrepreneur du Middle West), des scènes de la vie quotidienne auxquelles il n’aurait pas prêté attention quand tout était « parfait » (un blessé ignoré au beau milieu d’un hôpital, sa première altercation avec un mugger), et même plusieurs allusions au western (dont une représentation dans une fausse ville de l’Ouest, attisant autant la fascination que la consternation de Paul).

Si ce que fait « le Justicier » n’est pas défendable, on comprend ses raisons, à l’instar du récent Joker de Todd Philips, lequel se déroule dans les années 80 et lui emprunte même une scène clé se passant dans le métro. Mais là où le clown est un psychopathe, Paul reste un membre « modèle » de la société. C’est un homme ordinaire et mentalement équilibré, qui réagit graduellement à ce qu’il traverse. Certes, il s’extasie d’avoir repoussé un loubard avec une chaussette bourrée de pièces, mais il ira ensuite vomir après avoir tué quelqu’un pour la première fois. On y croit, quoi.

Pertinent à toutes les époques

Le film se compare plus d’une fois au western, et c’est judicieux compte tenu du contexte. Les choses ont changé. Ce n’est plus ni le temps ni le lieu pour renouer avec l’attitude des pionniers, ni avec un cinéma de poseur et enjolivé. Dans Death Wish, le monde urbain est gris et sale, et ce qu’on a à défendre ne dépend plus de nous, mais d’une loi qui préfère regarder ailleurs quand ça l’arrange (l’attitude sidérante des politicards du film est, hélas, encore plus concevable à l’heure actuelle).

Fort heureusement, Un Justicier dans la ville ne va jamais dans un sens ou dans l’autre, ne nous sermonne jamais réellement sur le bien ou le mal des agissements de son anti-héros. Contrairement au remake de 2018, ce n’est jamais le destin ou le bon Dieu qui aide Kersey à s’armer ou à échapper à la police. Par exemple, c’est bien un homme qui lui offre une arme à feu, sous le manteau et à son insu. Mais le dernier plan glaçant signifie bien que le problème (de Paul, de la société) ne mourra jamais vraiment.

Death Wish

C’est aussi le problème de cette franchise qui n’aurait jamais dû être, mais qu’un studio expert en exploitation allait récupérer.

Un Justicier dans la ville 2 (Death Wish 2, 1982)

Ils ont violé et tué sa fille. Monumentale erreur. On peut résumer ainsi toutes les nouvelles aventures de Kersey : il a refait sa vie, quelqu’un la lui ruine, et il leur ruine la g****. Paul est redevenu architecte à Los Angeles, a trouvé une nouvelle compagne et prend soin de sa fille, toujours traumatisée et mutique. Rebelote, des loubards forcent chez lui après avoir flashé sur sa moustache. Ils violent (six fois) sa femme de ménage, kidnappent sa fille, violent sa fille, puis cette dernière se défenestre en se sauvant.

Voilà une suite d’exploitation conçue après le rachat de la licence par Cannon Group (les Portés Disparus avec Chuck Norris, Superman IV ou encore Cyborg). Mais Un Justicier dans la ville 2 ne tient pas du nanar, même si l’outrance des années 80 commence à tâcher. Le film ne stagne pas et amorce une vraie évolution. Souvent, l’opus 2 cimente un personnage dans l’imaginaire (Rambo 2, par exemple). On peut se demander si Death Wish 2, volontairement bigger, est meilleur ou plus pertinent, mais il marque les esprits. Le viol va plus loin dans le malsain, et les punks sont encore plus déplaisants. Quelques vannes pointent le bout de leur nez, et quand ça cartonne, Michael Winner a les moyens du spectacle.

On apprécie à sa juste valeur l’évolution de Kersey. Certes, le point de départ est facile (Paul subit le même outrage), mais on passe du vigilante au revenge movie. C’est un homme désormais confiant et méticuleux qui part sillonner les rues à la recherche des coupables. Plus froid, il essaie tant bien que mal de concilier vendetta personnelle et vie privée. La fin, appropriée, scelle définitivement le sort du personnage et de son acteur. Kersey/Bronson sera désormais « Le Justicier », et il l’assumera jusqu’au bout.

Le Justicier de New York (Death Wish 3, 1985)

Ils ont tué son copain. Monumentale erreur. Paul revient à New York crécher chez un ami qu’il retrouve mort, tabassé par les loubards terrorisant le quartier. Après qu’un inspecteur au fait de son passif l’ait recruté « pour faire le ménage », Paulo s’installe et commande son arsenal par la poste. Il va ensuite balancer des drogués depuis les toits, et tirer dans le dos des voleurs de sac à main sous les applaudissements des mémés du quartier. Entre deux morceaux de bravoure, il va draguer une avocate de vingt ans sa cadette, et épater les résidents du bloc avec une présentation régulière de ses pétoires.

Tu apprécies les questionnements subtils sur la légitime défense, et tu n’aimes pas qu’on te dise quoi penser ? Dommage. Mais si tu aimes Les Guerriers du Bronx, la dérision et les fusils à éléphant, viendez ! On a du mal à croire que Michael Winner réalise toujours. Fini les sous-textes : les armes, c’est bien, et le crime, c’est mal. Toutefois, la faiblesse du Justicier de New York fait sa force. Son énormité fait qu’on ne s’ennuie JAMAIS. Oubliez la zone grise entre Bien et Mal. Depuis Death Wish 2, l’objecteur de conscience est passé pro dans l’art de liquider les raclures. Belle excuse pour lui faire poser des pièges à la Maman, j’ai raté l’avion, avant de sortir son magnum pour une guerre finale improbablement fun.

Death Wish 3 souffre d’une rupture de ton et d’idéologie. Devant tant de ridicule, difficile de dire si Winner se moque des réacs de tout poil, ou s’il flatte leur ego et encourage la révolte. En tout cas, Le Justicier de New York est fichtrement marrant, et toujours raccord thématiquement en concluant la guerre de Kersey contre son ennemi juré : la racaille des rues.

Death Wish 3

Le Justicier braque les dealers (Death Wish 4 : The Crackdown, 1987)

La drogue a tué sa belle-fille. Monumentale erreur. Ça paraît incroyable, mais Kersey a eu une vie après Death Wish 3. Revenu à Los Angeles, il est architecte (encore ?!) et en couple avec Karen. Quand la fille de cette dernière claque d’une overdose, Paul tue le dealer responsable et attire l’attention de Nathan White, un millionnaire pleurant le décès de sa propre progéniture. Il veut engager le Justicier pour… tuer le commerce de la drogue en Californie ! Heureusement, Paul n’a rien de mieux à faire.

La Cannon exploite la licence jusqu’au trognon et sort Le Justicier 4 en à peine deux ans. Pour l’occasion, Kersey devient un croisement entre le Punisher et James Bond. Il met à sac des labos clandestins, se déguise pour infiltrer des anniversaires, pose des mouchards dans les téléphones et piège des bouteilles de vin ! Michael Winner n’est plus là, et on s’en rend compte dès l’introduction, pertinente en soi (Paul rêve de son activité de Justicier, avec un twist), mais c’est ridicule à voir. Surtout, l’attention glisse de la guerre des quartiers à celle contre la drogue, ce fléau que les années Reagan mettaient un point d’honneur à éradiquer.

Death Wish 4 tord ce que Kersey représentait jusque-là, même quand c’était douteux. Il ne défend plus les petites gens contre une racaille face à laquelle l’autorité est impuissante. Il part en guerre contre le crime organisé, ennemi juré des forces politiques d’alors, et pour lequel toutes les figures importantes viennent des minorités (bonjour, le racisme !).

Mais avouons qu’on s’amuse beaucoup devant ce quatrième film, convoquant les meilleures gueules du genre (Danny Trejo, Mitch Pileggi), n’accusant pas de baisse de rythme, et offrant quelques sympathiques rebondissements. Surtout, il se conclut sur un règlement de compte aussi tragique qu’involontairement drôle.

Le Justicier : l’Ultime combat (Death Wish 5 : The Face of Death, 1994)

Ils ont défiguré et tué sa fiancée. Monumentale erreur. Kersey est professeur d’architecture à New York (sérieusement ?!). Il sort avec une couturière divorcée d’un mafieux au bras long. Paul aimerait se marier, mais elle veut témoigner contre son ex. Naturellement, il la défigure, la fait tuer et, comble de l’outrage, récupère la garde de sa fille.

Le Justicier 5 ressemble à un téléfilm et a été tourné au Canada, à défaut de New York. En plus, il coche toutes les cases de l’époque. Crime organisé façon Le Parrain, méchant terriblement méchant, flics ripoux, procès déterminant pour le bad guy et petite fille à sauver. Et bien sûr, la douche froide pour Kersey, qui redémarre encore miraculeusement sa vie pour qu’on lui f**** en l’air. Bref, la pertinence du film est discutable, à tel point que l’éditeur l’a collé en guise de bonus sur le bluray du quatrième opus, avec seulement la VF.

Death Wish 5

En 1994, Bronson a 73 ans tout de même, et les Arme Fatale et autres Die Hard ont donné un nouveau visage à la justice sauvage. Ç’aurait été l’occasion de conclure l’épopée, mais L’Ultime combat ne fait aucun effort dans ce sens. Il ne cherche qu’à divertir, et il y parvient. Le Justicier s’amuse au moins autant que nous quand il empoisonne un gus avec des canolli ou en explose un autre avec un ballon. C’est aussi l’occasion de satisfaire le sadisme du spectateur, récompensé par quelques touches de gore.

Paul offrira ses services à la police dans le dernier plan, sans suite. Pas de regret. Death Wish 5 n’a rien de véritablement honteux, ce qui est déjà un exploit (comparez-le à Die Hard 5, qu’on rigole). Mais il sent trop la redite. Il était temps d’arrêter.

Résumé justicier

En regardant les cinq films d’affilée, chaque épisode est, finalement, assez cohérent avec son époque, ses préoccupations, ses craintes, et surtout sa manière de les exploiter à l’écran. Le sérieux grave et les questionnements troubles des années soixante-dix sont peu à peu remplacées par l’outrance de la décennie suivante. Là, l’exagération à tous les étages allait de pair avec la peur grandissante de perdre le contrôle du « monde civilisé », et Death Wish 2, puis 3 savaient s’en moquer avec le recul suffisant.

À la fin des années quatre-vingt, Rambo et Rocky, par exemple, étaient devenus des porte-étendards pour l’Amérique et sa politique. Chuck Norris aussi, dans le giron des deux franchises de la Cannon qu’étaient Portés Disparus et Delta Force. Pas d’étonnement à ce que Kersey leur emboîte le pas, dans une lutte contre les dealers complètement à l’Ouest mais toujours aussi fun, eighties obligent. Enfin, dans les années 90, on n’avait plus grand chose à cirer de ces problématiques, et Death Wish 5 se contente de n’être qu’un produit de consommation sans beaucoup d’imagination, redondant et routinier.

Critique bonus : Death Wish (2018)

Parlons de Death Wish par Eli Roth (pas dans le coffret). Paul Kersey (Bruce Willis) est chirurgien à Chicago, marié, avec une fille. Tandis qu’il est au boulot, trois braqueurs entrent chez lui. Quand sa famille arrive au bloc blessée par balles, sa femme meurt et sa fille tombe dans le coma. Petit à petit, Kersey va s’armer et se mettre à casser du punk. Quelque temps après, il retrouve la piste des coupables…

Beaucoup de choses sentent la fainéantise, dans ce remake. Evolution des temps ? Peut-être, mais pas celle de la société et des questionnements. Juste celle d’un cinéma « de service » qui se veut cool et fun sur une base qui, croit-on, suffit à elle-même. Death Wish en sort tristement aseptisé (pas de viol à domicile, par exemple).

Death Wish 2018

La seule idée géniale, « Paul devient chirurgien », est censée expliquer la froideur du bonhomme, mais Bruce Willis semblait déjà sous Lexomil depuis dix ans. Quant au savoir médical de Kersey, il ne sert qu’à justifier une scène de torture trash. Oubliez la lente évolution du personnage. À notre époque, c’est plus simple d’embaucher l’acteur le plus je-m’en-foutiste et le réalisateur du complaisant Hostel.

Surtout, Death Wish pue l’hypocrisie, avec Paul voyant toujours la solution tomber du ciel. Son premier pistolet, sa première piste pour retrouver les coupables, une boule de bowling fracassant un salaud, etc. La quête du personnage est moins ambiguë et méritoire si le bon Dieu s’en mêle si souvent. On pourrait détailler le reste : sensationnalisme, furtivité improbable de Paul à l’époque des smartphones, laxisme des flics… Mais bon, le film ne s’y attarde pas non plus.

Comment les regarder ?

Concernant l’ordre, et pour la pertinence, voyez avant tout les deux opus originaux. Si vous êtes capable de rire d’une blague douteuse sans tout prendre absolument au sérieux, Le Justicier de New York puis Le Justicier braque les dealers sont sacrément fendards. Quant au Justicier 5, il fait le job à la manière de L’Inspecteur Harry est la Dernière cible. Il mâche et recrache tous les clichés de l’époque et les codes de la franchise, mais il le fait en s’appliquant. Le remake passe en dernier, mais pour le coup, on en rit jaune comparé au reste.

Après cinq épisodes tirant toujours plus vers le grotesque, il faut reconnaître à la saga originale son plus grand avantage : on ne s’ennuie jamais à la regarder. C’est probablement le plus important à retenir, et c’est pourquoi je ne peux que la recommander, d’autant que les copies sont, a priori, les plus belles sur le marché.

La saga Un Justicier dans la ville est disponible en DVD ou Bluray, en coffret ou séparément, chez Sidonis Calysta.

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Critique rétro : Cyborg (1989) « Rétro action bis »

cyborg
Cyborg

Le futur. Le monde va mal. Depuis qu’une peste a éradiqué une bonne partie de la population (coucou, Covid), c’est Ken le Survivant, là-dehors. Les faibles et les innocents se font massacrer par des bandes de pirates cannibales. La plus crainte est la horde de Fender (Vincent Klyn), un ogre portant des Ray-Ban tellement sales qu’on n’en voit pas le regard bleu perçant. Pearl Prophet (Dayle Haddon), une femme cyborg, détient le secret d’un remède. Mais Fender met la main dessus et lui ordonne lui propose de l’accompagner à Atlanta, sa destination, en échange dudit remède (« pour devenir un dieeuuuu ! »). Mais Gibson (Jean-Claude Van Damme) va croiser leur chemin, et il a un compte personnel à régler avec Fender…

Cyborg fait partie de la première vague de productions mettant en scène Jean-Claude Van Damme au tout début de sa carrière. Sorti entre Bloodsport et Kickboxer, il est probablement l’incarnation la plus parfaite du mot bis, à tous les niveaux. Répétition dans la production (recyclage de matériel et décors, remontage par deux fois), répétition de figures et poncifs d’un certain cinéma de genre (ou cinéma… bis), jusqu’à la répétition de plans pour magnifier les mouvements de sa star. Enfin, aujourd’hui, bis repetita avec la sortie du film en édition collector chez ESC. Mais Cyborg, c’est quoi, vraiment ? Et surtout, est-ce que ça vaut vraiment le coup ?

L’essence du mot « bis »

Cyborg d’Albert Pyun a une réputation de nanar, de film tellement mauvais qu’il en devient bon, car drôle. Mais les choses sont plus subtiles que cela. Il s’avère que le métrage est décent, mais il a contribué à la popularisation de l’idée qu’on se fait d’un nanar aujourd’hui. Il est un peu comme tous les bis italiens post-Mad Max sortis dans les années 80, sauf que lui, on s’en souvient beaucoup, beaucoup plus.

C’est normal, quand on fait le compte. Une énième production au rabais de la Cannon (tous les Chuck Norris d’alors, Superman 4, etc.), un des premiers rôles de JCVD, une parenté plus si fraîche avec le post-apo à la Max Max… Et en coulisse, le film a été produit pour justifier l’argent déjà investi dans la pré-prod de deux films Cannon, annulés au dernier moment : The Amazing Spider-Man et Les Maîtres de l’Univers 2.

Albert Pyun, qui devait réaliser la suite des frasques de Musclor, a ainsi écrit un script permettant de réemployer les décors et costumes déjà disponibles. Ce serait Cyborg, qui en plus, via le personnage de Pearl, surferait un peu sur la vague du Terminator de James Cameron. Ironiquement, Chuck Norris devait incarner le mercenaire Gibson, mais on lui préféra Jean-Claude Van Damme. Il était plus jeune, gracile et félin, et donc plus crédible pour incarner cette espèce de ronin dans un avenir impardonnable.

Cyborg étant né des restes fumants de films mort-nés, mettant en scène une future star de vidéo-clubs, et sentant à plein nez l’exploitation au rabais de concepts vendeurs (merci, la Cannon), on a l’impression que le mot « bis » a été inventé pour lui.

Cyborg : un film sauvé du naufrage ?

L’histoire ne s’arrête pas là. Initialement, Pyun avait des ambitions artistiques qui ne collaient pas avec une exploitation commerciale. Son premier montage était un opéra rock-métal muet en noir et blanc, qui a complètement paniqué les producteurs ! Ils lui ont donc commandé un deuxième cut, plus conventionnel (Slinger, dont on parle plus bas). Hélas, les retours des projos tests furent alarmants. Pyun fut remercié et JCVD proposa de faire un remontage avec son pote réal Sheldon Lettich. Ainsi naquit la version de Cyborg que l’on connaît aujourd’hui.

Avec un peu de mauvaise foi, n’importe qui peut se moquer de Cyborg et avoir raison. Cela peut être pour son aspect très téléfilm et sa BO assez spéciale. Ou parce qu’il met en scène des gueules dignes d’un gang d’ex-taulards. Ou aussi parce qu’il nous introduit à l’acting à la Van Damme. Sans parler d’une progression chamboulée par le remontage, etc. Pourtant, pourtant, il y a de belles choses dans ce long métrage. Sa ressortie chez ESC permet de les (re)découvrir dans les meilleures conditions.

Déjà, il y a l’action, la baston, la castagne, les torgnoles, les gnons, les baffes, les tartes, etc. Cyborg appartient à une époque révolue, où voir l’action plutôt que la ressentir était la préoccupation première. Pyun filme donc les kicks de sa star dans de grands élans gracieux et au ralenti, permettant de les admirer dans toute leur beauté martiale. Van Damme aimant sans doute se revoir, il répète parfois trois ou quatre fois le mouvement sous d’autres angles, parce qu’on ne sait jamais.

Remonter et remontrer

Ensuite, Jean-Claude fait preuve d’une certaine retenue, d’une subtilité qui disparaîtra rapidement dans la suite de sa carrière. Le personnage de Gibson apparaît tour à tour froid, sensible, touchant, haineux, etc. Il suscite beaucoup moins les moqueries qu’on ne s’y attend. Et il a besoin de notre sympathie face au diabolique Fender. Cet antagoniste a beau n’avoir aucun développement, il n’en a pas besoin. Il est introduit comme étant le Mal incarné dès les premières minutes. Sa carrure, sa voix et ses yeux d’un bleu surréaliste captent l’attention à chaque fois, sans parler de sa cruauté. Si on se souvient de Cyborg, c’est en partie grâce à ce méchant glaçant (dont la voix a été trafiquée en VF, pour lui donner un côté synthétique encore plus dérangeant).

Fantasy II, la boîte d’effets spéciaux ayant bossé sur Terminator, se charge des quelques matte painting et plans en stop motion sur Cyborg. Pour un petit budget (comme Terminator), beaucoup impressionnent encore aujourd’hui, notamment les visuels sur la cyborg Pearl une fois sa perruque enlevée.

La sensibilité d’Albert Pyun est également palpable. On peut peut-être faire pareil avec un I-phone et After Effects de nos jours. Mais cela n’enlève rien à ce que dégage Cyborg. Beaucoup de choses font cliché aujourd’hui, mais ça sent quand même l’hommage et la cinéphilie à pleines narines, notamment au western et à Sergio Leone (cf. les plans sur Fender et ses yeux bleus). Et le montage décuple l’impact de certains passages, en particulier celui de la crucifixion. Imaginez croiser l’arbre du malheur dans Conan le Barbare avec le flashback traumatisant de Il était une fois dans l’Ouest. Pour cette scène seule, chargée de douleur et de rage, beaucoup se rappellent de Cyborg. Et même sans nostalgie, beaucoup devraient s’en souvenir en découvrant le film aujourd’hui.

Slinger : ce qu’on ne nous avait pas montré

On a dit qu’il existait une autre version : le montage précédent du réalisateur. Attention les yeux, il est disponible en bonus dans l’édition ESC. Slinger (qui désigne la profession du héros, en anglais) est un remontage par Albert Pyun lui-même dans les années 2010, à partir du film original et de rushs en VHS. On s’en doute, le cinéphile n’y goûtera pas en HD. Mais Slinger demeure tout à fait regardable. Il offre un nouveau et fascinant regard sur ce qu’aurait pu donner le film, même si cette vision n’est pas exempte de « défauts », ni de manques par rapport à la version ciné.

Déjà, le début est complètement différent. On a droit à des crédits sur fond noir où le personnage de Gibson partage ses pensées avec nous. Rapidement, on se rend compte qu’il n’a jamais été question d’une peste, mais de la fin de la technologie. Pearl est ainsi devenue une cyborg pour parcourir le pays, étudier et télécharger tout ce qu’elle peut au sujet des restes qu’elle trouve, et ramener ces infos à bon port pour, peut-être, sortir le monde de l’âge des ténèbres.

Que Pearl devienne elle-même la technologie a ainsi plus de sens, et est plus chargé de symbolisme, que de « simplement » faire un aller-retour pour ramener des données (les CD existaient, à l’époque).

Des plus et des moins

Le plus fascinant est le traitement des personnages, complètement chamboulé. Il n’y a que les origines de Gibson et Haley qui ne changent pas. Naddy n’est plus une survivante du village de pêcheurs massacré par les pirates, mais la compagne du garde du corps de Pearl, tué en début de film. Quant à Fender, une sorte de mystique flotte désormais autour de lui. Il est à la tête d’un culte sataniste priant le Diable et glorifiant l’anarchie, ce qu’il aime rappeler via de nombreux discours rajoutés en voix off. Et cette fois, il ne veut plus de remède à la peste, mais des armes et le pouvoir. D’ailleurs, la cyborg cache maintenant un double-jeu menant à une fin ouverte, complètement à côté de ses pompes.

Les changements, même mineurs, se comptent par centaines. Certaines scènes ne se déroulent même carrément plus dans le même ordre. On se rend compte des choix de Van Damme et Lettich au nom de l’efficacité et du rythme, plutôt que de l’ambiance. Enfin, la bande originale a été complètement remplacée. Elle n’a rien à voir avec la précédente (le compositeur non plus), et l’atmosphère générale change du tout au tout. Ce n’est presque plus le même film, à l’instar de la director’s cut de Superman II et la Renegade version de Highlander II. On en regretterait que Slinger n’ait pas joui d’un remaster comme il se doit.

Dommage qu’en matière de spectacle, Slinger freine sec. Beaucoup des plaisirs coupables de la version ciné ont sauté (répétitions de coups dans les chorégraphies, gros plans sanglants, « résurrection finale » de Fender, etc.). Mais il souffre aussi de grosses coupes ou remontages pénalisants. Les flashbacks liés à Gibson sont plus vite expédiés, et ils manquent lors de la crucifixion, ôtant tout impact à cette scène. Et le pillage du village par la bande de Fender a disparu, enlevant une part de cruauté au personnage et la preuve évidente de leur cannibalisme.

Pour tout ce qu’il ajoute, mais aussi ce qu’il perd, le visionnage de Slinger est fascinant. Dommage qu’il ne soit pas parfait. On ne peut que rêver à deux choses, maintenant : un méga fan cut combinant les deux versions, ou un sursaut d’Albert Pyun pour sortir sa version rock-métal en noir et blanc. Oh, et puis après tout, à ce stade, que ce soit lui ou un fan…

L’édition collector de la mort

Dans ses deux versions, Cyborg mérite vraiment le coup d’œil. Même si ce n’est pas du Kubrick, on comprend qu’au fil des ans, il se soit constitué un culte sincère qui dépasse les moqueries dignes des Inconnus. Histoire de convaincre, ESC a proposé une édition collector qui tue, avec un format VHS impeccable au visuel vintage, par l’illustrateur Melki. On s’y croirait. Dommage si elle vous tentait, car elle a été épuisée dès les précommandes.

Cette édition n’est pas avare en goodies, puisqu’elle donne droit à un mini poster double face (une pour le poster d’époque, l’autre pour celui de Melki), une dizaine de photos argentiques, et une reproduction miniature d’un comics d’époque. Enfin, on trouve également un magnet grand comme l’avant-bras, même si j’ai pas vraiment compris pourquoi.

Rayon bonus du bluray, outre Slinger, on trouve trois documentaires. L’un pour la genèse du projet, un autre pour les effets spéciaux. Le dernier est un entretien rétrospectif sur Albert Pyun par le réalisateur Arthur Cauras. On a aussi doit à une entrevue très instructive avec Melki, pour comprendre le bonhomme, son travail et son parcours. Enfin, un court-métrage intitulé Point Zero a été ajouté, hommage français aux films du genre.

En revanche, comme toujours avec les éditions ESC que je possède jusqu’à présent, je ne vois trace nulle part d’une section « chapitrage » dans le menu principal. Ça m’amène à me demander, authentiquement, si c’est si difficile à concevoir… Enfin, le DVD propose une présentation (trop ?) enthousiaste du film par Nicolas Bressier, ainsi que la bande-annonce originale de Cyborg.

Bref, une belle édition dotée d’une très belle image, d’un contenu solide et d’une présentation impeccable. Cyborg méritait-il tout ça ? Bonne question. En tout cas, ce sera difficile de faire mieux.

Cyborg sera disponible le 2 décembre 2020 chez ESC éditions, en combo Bluray + DVD ou DVD simple.

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Critique rétro : Le Diamant du Nil (1985) « Critique qui taille dans le diamant »

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Six mois après avoir trouvé le « diamant vert » du film précédent, Joan Wilder (Kathleen Turner), auteure de romans à l’eau de rose, et son compagnon Jack T. Colton (Michael Douglas) font le tour du monde en voilier. Malheureusement, le syndrome de la page blanche frappe la romancière tandis que son copain préfère la délaisser pour les roulettes des casinos. Arrive le séduisant Omar (Spiros Focas), leader d’un trou perdu d’Afrique désirant confier à Joan l’écriture de sa biographie. Sautant sur l’occasion de vivre une nouvelle aventure, la belle rompt provisoirement avec Jack et s’envole pour le désert. Problème : sur place, le charmant prince bien aimé s’avère un charmant dictateur détesté par son peuple. Pire : selon les autochtones, Omar se serait approprié un mystérieux « Joyau » grâce auquel, dans trois jours, il se fera proclamer empereur et pourra débuter une guerre d’invasion du continent. C’est compter sans l’intervention de Jack, mais également Ralph (Danny DeVito). L’escroc laissé sur la touche à la fin du premier film est décidé cette fois à empocher le magot, ou plutôt le « Joyau »…

Un vent d’aventure souffle sur la Collection 120, et tel un génie sorti de sa lampe, il a exaucé mes souhaits d’exotisme et de soleil brûlant en me rappelant l’existence du film du jour. Suite improbable du succès surprise que fut À la poursuite du Diamant Vert un an plus tôt, Le Diamant du Nil est une espèce d’ersatz d’Indiana Jones et de James Bond. Pourtant ici, il n’y a point d’archéologue intrépide ni d’agent secret incassable, mais un couple incongru : celui d’une romancière en panne d’inspiration avec son ex-gredin de petit ami, embarqués malgré eux dans le désert d’Afrique pour déjouer les plans d’un odieux tyran à moustache.

La citation qui tue

 

 

(Omar : ) J’ai oublié de vous le dire : Jack est mort.
(Joan : ) Vous dites des sottises. Jack ne mourra jamais sans me prévenir.

le diamant du nil

Au commencement

Pour parler comme il convient du film de Lewis Teague, il est impératif d’évoquer d’abord À la poursuite du Diamant Vert (Romancing the stone, en VO) de Robert Zemeckis, sur un scénario novateur de la regrettée Diane Thomas. Dans celui-ci, une romancière casanière et naïve devait un jour partir contre son gré en Colombie, pour sauver sa sœur des griffes de receleurs et de guérilleros. La belle vivait alors une expédition exotique mais sans glamour, s’amourachait d’un aventurier vaurien et déterrait un fabuleux trésor (en l’occurrence, une grosse émeraude le bien nommé diamant vert).

Trente ans après, le film emballe toujours autant par son rythme et son humour. Romancing the stone ne tournait jamais en dérision son intrigue pourtant absurde, mais savait constamment détourner ou retourner contre elle-même une situation type du film d’aventure, pour en faire un instant de comédie non parodique. Les fantasmes fleur-bleue de Joan la romancière se heurtaient à une dure réalité, celle de la vie de Jack Colton, qu’elle finissait par embrasser au propre comme au figuré. Le cocktail marcha si bien que, dans la folie caractéristique des années 80, Michael Douglas producteur et toute sa bande récidivèrent illico, avec une suite censée retrouver les protagonistes là où nous les avions laissés (bien que Kathleen Turner fut très réticente à l’idée de rempiler).

Du pastiche à la parodie

Si les têtes d’affiche pointent à nouveau, Zemeckis est parti tourner Retour vers le Futur et laisse sa place au moins inspiré Lewis Teague (réalisateur de Cujo, adapté de Stephen King). La musique énergique d’Alan Silvestri se fait quant à elle la malle, remplacée par les compositions de Fred Nitzsche, lequel, à l’oreille, fait penser au fils illégitime de Vladimir Cosma. Le malaise se fait sentir dès les premières minutes de cette suite, s’ouvrant comme son prédécesseur par un fantasme de l’écrivaine. On ressent surtout ce qui faisait la force du Diamant Vert et fait cruellement défaut à ce Diamant du Nil : la sensibilité de son réalisateur. 

L’ouverture du premier volet était un pastiche (et non une parodie) de western spaghetti façon Sergio Leone, avec un sens de la mise en scène et une photographie démontrant la cinéphilie de Zemeckis. S’il s’agissait d’une farce, elle était néanmoins sérieusement racontée et respectueuse du genre détourné. Pour ce nouveau volet, Joan nous plonge cette fois-ci dans l’univers des pirates. Différences de taille : un second degré permanent, des décors en carton et des déguisements dignes d’un cosplay.

On pourrait tenter d’assimiler cela à la perte d’inspiration de l’héroïne, ou encore se dire que l’équipe du film, après le western, s’est mise en tête de rendre hommage aux swashbucklers (films de pirates de l’âge d’or). Malheureusement, le reste du film continuera sur cette lancée de spectacle bon marché et jamais inspiré visuellement, le réalisateur se contentant d’enchaîner ses scènes comme des perles en sucre sur un collier.

Un diamant du Nil brut, hélas mal dégrossi

Tout ceci confère une patte « téléfilm » plutôt fatale au métrage. C’est dommage, car sur le papier, Le Diamant du Nil a très peu de choses à se reprocher malgré sa genèse éclair. Cet opus deux se paie le luxe de poursuivre et clore la romance vécue par ses héros, tout en proposant une intrigue sans redite aucune et un twist mignon sur la véritable nature du « Joyau ».

Plus fort, il ose le retour du personnage de Danny DeVito, sorte de clown chanceux/malchanceux totalement inutile à l’intrigue (autant que dans le Diamant Vert), et qui amuse pourtant plus qu’un Joe Pesci dans l’Arme Fatale 3 & 4 réunis. Enfin, on peut saluer l’intelligence des scénaristes. Après avoir tiré Joan Wilder de ses fantaisies sirupeuses pour la jeter dans les mares d’eau boueuses d’Amérique du Sud, ils imposent cette fois-ci en bad guy Omar Sharif Khalifa, charmeur en turban sorti tout droit d’un conte de fée avec ses palais, ses chameaux et ses oasis. Cette fois, Joan ne vit pas une épopée à mille lieux de ses bouquins. Elle est carrément plongée dedans.

Dommage que la réalité ne rattrape jamais les protagonistes comme dans le film de Zemeckis. La faute en incombe à la platitude de la réalisation, et à une photographie et des décors dignes d’une carte postale, loin de la Colombie sordide du premier volet. Paradoxalement, tout ceci rend le film mignon puisque, pour le coup, nous sommes bien dans une pelloche d’aventures à l’eau de rose. Le Diamant du Nil est un spectacle familial à l’humour gentil, soutenu par un prophète à l’innocence enfantine, un DeVito déchaîné, et des acrobates en costumes en guise de rebelles. Enfin, nous devons à ce film cette BO mythique. Eh oui, c’était tout ça à la fois, les eighties.

La scène à voir

Pourtant, il existe au beau milieu du Diamant du Nil une scène d’évasion incroyable de dinguerie, dans l’esprit festif dont se réclamait cette suite bigger than life. Après avoir trouvé Ralph dans une benne à ordures, Jack Colton se rend à la pseudo Agrabah demander des comptes à Omar. Il y croise sa bien-aimée ainsi qu’un nouveau compagnon jovial, puis tous les trois fuient les sbires du tyran à bord du moins pratique des moyens de transport : un F-16. Bien qu’il n’y connaisse rien, Jack saisit le manche. Ce qui suit n’est qu’un minuscule extrait du carnage…

https://www.youtube.com/watch?v=dDQ0rUdj0KM

Une scène truculente portée par une paire de héros sympathiques. De quoi regretter que les producteurs n’aient pas tempéré leurs ardeurs et attendu une ou deux années de plus. Avec davantage de préparation et un artisan de la trempe de Robert Zemeckis, nul doute que Le Diamant du Nil aurait pu installer une franchise de films d’aventures parmi les références du genre. Mais dans un genre où les références sont finalement peu nombreuses, un bon divertissement fait toujours du bien (cf. Sahara, autre plaisir injustement oublié, ou Veines rouges, qui essaie de retrouver cet esprit léger).

Le Diamant du Nil est disponible sur Disney+, en DVD et Blu-ray chez Fox vidéo, et en pack 2 films Blu-ray avec À la poursuite du Diamant Vert.

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Critique : Tenet « Nolan nous la fait à l’endroit »

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Tenet

Après sa capture puis sa mort supposée au cours d’une mission, un agent de la CIA (John David Washington) est recruté par l’organisation secrète Tenet. Cette dernière existe avant tout et surtout pour combattre la menace des objets « inversés », des armes et munitions qui ont la particularité de réagir à reculons dans notre temporalité (les balles retournent dans leurs chargeurs, les voitures crashées retombent sur leurs roues, etc.). Apparemment, cette inversion est réalisée dans le futur, lequel enverrait son matériel et ses informations à Andrei Sator (une parodie de Kenneth Branagh). Il semble que les hommes de l’avenir n’aiment pas beaucoup leurs ancêtres, et comptent sur le caractère auto-destructeur du monsieur pour provoquer avant l’heure la fin du monde…

C’est drôle de voir le nouveau McGuffin du réalisateur de The Dark Knight. Quand il ne s’occupait pas de Batman, il jouait presque toujours avec le temps et les dimensions. Mais c’est la première fois que son film parle littéralement « d’avancer à reculons », à moins qu’il ne s’agisse de « revenir en arrière pour avancer ». Memento racontait par tronçons une histoire linéaire, mais à rebours. Inception explorait des temporalités s’étirant toujours plus à mesure qu’on s’enfonçait dans l’esprit humain. Et Interstellar parlait déjà d’un futur influençant le passé, et d’un voyage où les héros subissaient et affrontaient les effets d’un temps imprévisible (notamment aux abords d’un trou noir). Je schématise à mort et je trace de gros parallèles, hein. Là où je veux en venir, c’est que depuis Interstellar, Nolan semble avoir fait le tour de ses préoccupations, et il ne fait plus que jouer avec, sans vouloir aller plus loin.

Tenet

Précédemment, chez Christopher Nolan

J’avais beaucoup bavé au sujet d’Interstellar à l’époque. Ce film était fascinant malgré ce qu’il est convenu d’appeler « la routine Nolan ». Pour résumer, Nolan ne réinventait pas Christopher, et il refaisait exactement tout ce qu’on avait pris l’habitude de voir chez lui. Une exposition archi-verbeuse délivrée par un érudit (en l’occurrence, Sir Michael Caine). Des ellipses temporelles immenses gérées à l’aide d’une simple coupe, à deux doigts d’être paresseuses quand elles servent à éluder les pires incohérences (cf. The Dark Knight Rises). Et enfin, une longueur parfois désespérante, qui passe quand le réalisateur nous offre vraiment quelque chose à contempler (ce qui n’est pas toujours le cas, à cause de sa mise en image presque naturaliste). Heureusement, Nolan est un conteur hors pair, qui manie les dialogues et le découpage comme personne, rendant le tout fascinant à suivre.

Mais ce qui était hypnotique au début devenait de plus en plus routinier et casse-gueule, film après film. Le réalisateur était peut-être conscient que l’esbroufe ne fonctionnerait pas éternellement, chaque nouvel opus mettant plus à mal la suspension d’incrédulité. The Dark Knight Rises a été une plongée en apnée au ciné, mais il ne supporte pas deux, puis trois visionnages sans révéler les failles de son histoire, de grosses failles. Interstellar est alors arrivé comme un film terminal, qui se vivait comme un aveu, une leçon sans tabou sur la logique et les procédés du cinéaste (pour lire la réflexion en entier, c’est par ici).

Tenet

Le cinéma, pour Nolan, c’est de la magie. Il faut mener le spectateur à la baguette le temps du film, et le tour est joué. Mais plus on voit le tour, plus on pige le truc, et le magicien a compris cela. Interstellar était son premier film duquel je suis « sorti » mentalement avant la fin, à cause de tous ces trucs qui me sautaient aux yeux. Mais c’est normal, Nolan nous offrant en réalité la clé de sa propre magie en tant que réalisateur. Ce qui arrive dans l’intrigue est littéralement ce qui arrive à ses spectateurs à chaque film. Ils sont pris par la main et guidés par une entité supérieure contrôlant les dimensions, mettant en scène les conditions et le déroulement des choses, jusqu’au dénouement prévu (dans un lieu qui, comble de l’analogie, ressemble à une vue sur un plateau, permettant les prises à l’envie).

En bref, Interstellar ressemble à une relecture des mythes et figures nolaniennes, mais en réalité, c’est un livre ouvert sur son esprit. Volontairement ou non, Nolan se mettait à nu, « révélait le truc », et quelque part, la magie s’envolait.

Christopher refait du Nolan

Interstellar était un aboutissement, un pic dans la carrière de magicien de Christopher Nolan. Il ne pouvait plus faire que l’une des trois choses suivantes :

  • Prendre sa retraite ;
  • Se réinventer, et explorer de nouveaux sujets et procédés ;
  • Se reposer sur ses lauriers et refaire la même chose, au point de devenir l’ombre de lui-même.

Dunkerque ressemblait à une récréation pour le cinéaste. Il jouait encore avec les temporalités, mais sans vraie justification autre que « ouuuuh, vous avez vu ? ». Le film était maîtrisé mais pas si mémorable ni cérébral que ses précédents efforts. En fait, beaucoup attendaient le nouvel Inception avec Tenet, un métrage qui, cette fois, tournait réellement autour du temps, ou plutôt, de l’inversion du temps. De quoi nous retourner la tête, si le Nolan d’aujourd’hui était un autre que celui d’hier.

Car les tares habituelles du cinéaste, décodées depuis Interstellar, sont toujours là. Il en est même au point où il semble se parodier plus qu’autre chose. Surtout que l’auteur a avoué en interview qu’il voulait plus que jamais offrir un film d’espionnage insouciant et divertissant, comme jadis. Venant de lui, moins ambitieux que ça, tu peux pas. Même en tenant compte de cela, Tenet aurait pu être un sacré ride de par son McGuffin. Le souci, c’est que l’intrigue est faussement compliquée (à la Nolan, quoi), et que son nouveau gimmick s’avère visuellement casse-gueule.

Nolan la refait à l’endroit

Ce qui ne change pas chez Cricri finit par porter préjudice au film. Pour commencer, on a des dialogues expositoires et cérébraux, débités platement par des acteurs en bois, totalement déconnectés de ce qui arrive. Franchement, je ris encore de l’absence TOTALE de réaction chez John David Washington quand on lui annonce que les objets inversés nous sont envoyés du futur. Ou alors, c’est l’exact contraire. Kenneth Branagh serait flippant s’il n’était pas si cliché et ne débitait pas des menaces absurdement hilarantes, dans le prolongement du rôle qu’il tenait dans The Ryan Initiative.

Quant à l’histoire, c’est un attrape-couillons. Nolan, en bon « magicien » encore une fois, ne fait dire à ses personnages et ne montre que ce qui l’arrange. Passer sous silence incohérences et autres principes physiques au service de son histoire, ce n’est pas un crime. On en a seulement l’habitude depuis Inception. Ce qui est plus embêtant, c’est à quel point son récit est prévisible malgré l’apparente imprévisibilité de l’entropie inversée. On s’en doute, tout finit fatalement par mener à de vrais retours en arrière, et les gros rebondissements se sentent venir à dix kilomètres. Certes, Nolan avait annoncé ne pas réinventer la roue, mais il ne se réinvente pas lui-même. Et à l’instar d’Interstellar, Tenet ne surprendra aucun routard de la SF.

L’action à l’envers, c’est drôle

Le plus gros souci, involontaire, provient du traitement de la fameuse inversion au sein de l’action. Il suffit d’une scène d’exposition pour que les prémices de l’inversion quantique nous fassent saliver (« Des flingues qui tirent à l’envers ? Des objets qui tombent à l’envers ? Comment ça va être dingue ! »). Mais aucune scène ne parvient jamais à avoir la folie ou l’envergure espérée. Ce n’est pas vraiment qu’on trouve plus d’ambition dans les braquages « à la James Bond » plutôt que dans l’inversion proprement dite. Parlez-moi d’une rixe entre un type se battant à l’endroit et l’autre à l’envers, ou une poursuite contre des voitures « inversées » sur une autoroute, et honnêtement, j’achète. C’est juste que la mise en boîte de Nolan, essentiellement portée sur le découpage, n’est pas vraiment « repensée » pour leur donner l’envergure adéquate.

Sur le papier, le concept est classe. Mais à l’écran, à l’exception d’un ou deux moments clés dont on sent la préparation (la fameuse rixe), l’inversion de l’image est plus incongrue qu’autre chose, et souvent même, involontairement drôle. Je pense à la fameuse voiture roulant à l’envers, ou à une séquence d’interrogatoire dont l’idée prime sur la pertinence. Et il y a surtout le climax faussement confus, à cause de ces explosions et assauts se produisant en marche arrière. On veut nous faire croire à une bataille épique, mais le résultat fait penser à une partie de paintball interentreprises retouchée avec After Effects. La comparaison est dure, mais elle traduit à quel point Tenet m’a fait rire malgré moi… et malgré lui.

Tenet est très clair

Ce qui est clair avec Tenet, c’est que Nolan essaie faussement de nous la faire à l’envers. Contrairement aux apparences et malgré son sujet, le cinéaste ne revient pas en arrière. Il fait du surplace. L’emprise d’Interstellar s’était estompée avant le générique de fin, mais je n’ai jamais été embarqué dans Tenet malgré des qualités ayant fait leurs preuves et un prétexte intriguant.

Le cinéaste semble n’avoir plus rien à dire, et à moins d’une épiphanie, il a rejoint un cercle « prestigieux ». Celui des auteurs condamnés à se répéter encore et encore, aussi fascinés par eux-mêmes que par les concepts qui les tourmentent. Le même club étant fréquenté par Zack Snyder et Michael Bay, des zozos aimant beaucoup se regarder le nombril, j’espère le voir voguer à contre-courant et nous revenir avec un nouveau tour de magie.

LES + :

  • L’honnêteté et la maîtrise de Nolan sont intacts.
  • Le concept est plein de potentiel.

LES – :

  • C’est un film de Nolan, avec tous les défauts qui vont avec (long, prévisible, avec des acteurs sous Prozac).
  • La magie du cinéaste n’opère plus.
  • C’est parfois involontairement drôle.
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Critique expresse : Project Power « Un polar avec des super-pouvoirs »

project power

Depuis six semaines, une nouvelle drogue fait fureur à la Nouvelle-Orléans : « Power », une pilule brillante qui a le potentiel de libérer pendant cinq minutes le pouvoir latent en chacun de nous.Mais c’est comme jouer à la loterie. Chez certains, on devient un caméléon, pour d’autres, super souple ou super fort, etc. Enfin, une partie ne le supportent pas, et peuvent tout simplement mourir ou exploser. Ça fait cher payé. Heureusement pour lui, l’inspecteur Frank (Joseph Gordon-Lewitt) devient pare-balles quand il ingère la fameuse gélule. Il a décidé de combattre le feu par le feu pour mettre un terme au trafic. De son côté, « Le Major » (Jamie Foxx) est déterminé à démanteler l’organisation par tous les moyens, étant donné qu’ils ont enlevé sa fille...

Project Power est le nouvel « événement » (soupir) de Netflix pour secouer notre été moribond. Après Tyler Rake et The Old Guard, c’est donc la troisième fois en très peu de temps que le géant du streaming sert de l’action à en perdre la tête. Des noms, des moyens et des idées (de départ), voilà ce qu’on veut nous donner. Oui, mais jusqu’ici, ce n’était pas franchement exceptionnel, tantôt sur le fond (Tyler Rake) tantôt dans la forme (The Old Guard). Heureusement, Project Power ne cherche pas à nous éreinter comme le premier, ni à se donner l’air intelligent comme le second.

project power

Le pouvoir, c’est noir comme le polar

En regardant le film de Henry Joost et Ariel Schulman, il m’est venu à l’esprit plusieurs polars fantastiques des années 80-90. Des péloches comme Hidden, Dark Angel (avec Dolph Lundgren), ou encore Futur Immédiat, Los Angeles 1991 aka Alien Nation. Ils étaient à cœur des films policiers, tournant autour d’un argument fantastique. À l’instar de ces exemples, Project Power se veut avant tout et surtout un divertissement rondement mené, ni plus ni moins, avec plus de qualités que de défauts. Et ses thèmes sont universels, parlent à tout le monde et sont communs à toutes les époques : le crime, la drogue et la dépendance.

Ce qu’il y a de bien, c’est que le film a beau être sombre et violent, il ne manque ni d’humour ni d’idées, et certainement pas de rythme. La pilule miracle est prétexte à enchaîner des affrontements contre/entre mutants jamais deux fois semblables, appuyés par de bons effets spéciaux et découpage. Et l’intrigue se déroule justement et sans débordements. On a un début, un milieu et une fin satisfaisants, ne réclamant pas systématiquement une suite.

project power

Remercions les prestations des acteurs, notamment pour la relation père-fille de substitution entre le Major et Robin (Dominique Fishback), la petite fille qui veut s’en sortir dans la vie. D’ailleurs, le personnage de Jamie Foxx fait peur en commençant comme un clone de Bryan Mills (héros des Taken), mais heureusement, il révèle peu à peu son humanité.

Project Power est divertissant et bien ficelé

Ce qui est dommage, c’est que, comme les suscités, Project Power n’est réellement foufou que via quelques transformations ou plans, ceci malgré une belle photographie. Et il ne fait que survoler son sujet et ses idées, nous demandant d’accepter ces pilules et leurs règles sans trop chercher à creuser. Heureusement, parce qu’on flirte dangereusement avec le mutagène des Tortues Ninjas 2 de 2016, qui réveille « l’ADN animal qui sommeille en nous ». Mais parfois, souffler de l’azote ou prendre feu, ça me paraît un peu… surnaturel ?

project power

Heureusement que Project Power ne cherche pas la petite bête, sinon, il aurait eu l’air plus prétentieux qu’il ne l’est, et il serait moins rythmé et divertissant. En l’état, c’est un bon moment à la fois nostalgique et dans l’air du temps. Je trouve que c’est un bon bilan.

LES + :

  • Joseph Gordon-Lewitt, Jamie Foxx et Dominique Fishback ont l’air de s’amuser, et c’est communicatif.
  • Très bons effets spéciaux.
  • De la série B solide…

LES – :

  • Mais de la série B sans plus.
  • « Des pilules qui donnent des super-pouvoirs. » Que c’est con, comme idée, parfois. ^^
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Critique rétro : Halloween 4 (1988) « La haute définition pour un opus définitif »

halloween 4

Halloween 4 se déroule en 1988. Dix ans après les événements de Halloween et Halloween 2, Micheal Myers est une momie. Comateux perpétuel et brûlé au douzième degré, il gît sur un lit d’hôpital. Le hasard faisant bien les choses, le directeur des lieux organise enfin son retour à l’asile de Smith’s Grove, sous la surveillance de deux infirmiers et par une nuit pluvieuse de 30 octobre. Pendant le trajet, les nigauds trouvent le moyen d’évoquer la famille du tueur. Si sa sœur Laurie est décédée dans un accident de voiture, elle a laissé une toute jeune fille, Jamie (Danielle Harris). Michael revient subitement à lui et s’échappe avec sauvagerie, dans le but de retourner à Haddonfield et tuer sa nièce de six ans. Le docteur Loomis (Donald Pleasance) se lance une nouvelle fois à sa poursuite…

Halloween 2 et Halloween 3 : Le Sang du sorcier étaient sortis en combo bluray+dvd chez le Chat qui fume en début d’année. Les éditions étaient minimalistes (bandes-annonces et un seul documentaire pour chaque film, lesquels se trouvent facilement sur youtube), mais l’emballage était soigné et la copie très bien. Le premier clôturait l’épopée sanglante de Michael Myers, incinéré avec son psychiatre à la fin du film. Le second était une tentative de lancer une franchise de films fantastiques et d’horreur avec pour seul lien la fête d’Halloween. Malheureusement, malgré son charme et ses cojones, cet opus fut un flop. Entre autres raisons, la plus importante est que le public associait dorénavant la franchise à Michael Myers. Et sans le tueur ni une campagne de pub suffisamment claire, on se demandait à quoi rimait cette arnaque. À quoi bon vendre « Halloween 3 » et pas juste « Le Sang du sorcier » ?

halloween 4

Moustapha n’a qu’à !

Le producteur de la série, Moustapha Akkad (aujourd’hui disparu), le sait bien. Le public veut Myers ? Il va l’avoir ! John Carpenter, dépité par l’accueil de glace qu’a reçu Halloween 3 : Le Sang du sorcier, veut s’éloigner pour de bon de la franchise et du tueur. Ça tombe bien, Moumou veut ressusciter le Croque-mitaine, d’autant que ce sera bientôt les dix ans de l’opus séminal (sorti en 1978). Le producteur rachète donc les droits et lance la machine pour un nouveau chapitre, véritable retour aux sources et suite aux deux premiers films. Halloween 4 sera donc le « vrai » Halloween 3. Malgré une grosse explosion au gaz à la fin de Halloween 2, Myers est de retour, Loomis est de retour, et Haddonfield va célébrer ces dix ans dans la peur et le sang.

ESC éditions propose maintenant Halloween 4 et 5, dans un packaging soigné mais différent de ceux du Chat qui fume. Sur le présent film, on retrouve en bonus quelques bandes-annonces et un documentaire rétrospectif, soit rien de bien neuf si vous avez youtube et si vous êtes fan. Mais on a droit en plus à une interview de Christophe Foltzer relatant l’intégralité de l’histoire de la franchise. Ça donne presque une heure d’un type racontant face caméra des anecdotes sur la genèse de chaque film, depuis celui de Carpenter jusqu’à Halloween 2018. Avouons-le, Maître Foltzer distille quand même ici et là des anecdotes et points de vue qui intéressent. Enfin, les fans de goodies seront heureux de trouver en cadeau un petit poster du film.

halloween 4

Mais le gros argument de cette édition, c’est l’occasion de voir enfin en France Halloween 4 dans une copie des plus propres. Que ce soit une découverte ou une redécouverte, on voit mieux les défauts, mais aussi les qualités de cette suite dont, avant de la revoir, l’ado que je fus n’avais pas gardé une très haute opinion. Et pourtant…

Cette fois, c’est la guerre !

L’écriture de Halloween 4 : le Retour de Michael Myers fut confiée à Alan B. McElroy, un petit jeunot à l’époque, mais qui amène son lot d’idées bienvenues. McElroy étant évidemment fan de l’original, il cherche autant à payer son tribut qu’à amener la franchise dans une nouvelle direction. L’heureux résultat, c’est que le bonhomme sait ce qu’il fait au lieu de simplement céder aux sirènes du genre.

halloween 4

Halloween 4 est un brassage de plusieurs influences et obligations qu’il marie plutôt bien entre elles. D’un côté, on a le teen drama avec frotti-frotta occasionnel. De l’autre, la petite bourgade souffrant de stress post-traumatique, avec ses citoyens armés prêts à patrouiller et à faire la loi (quitte à surtout faire les cons). Quant à Michael Myers, il embrasse complètement la dimension mythologique et surnaturelle acquise depuis sa dernière apparition. Sa force et son esprit calculateur sont encore plus mis en avant que précédemment. Sans parler de la fin, excellente, sur laquelle je compte revenir plus bas.

Sur le papier, ce retour de Michael Myers est autant un thriller à suspense qu’un film de monstre et d’action. Toute proportion gardée, il équivaut au Aliens de la saga Halloween. Malheureusement, n’est pas James Cameron qui veut. Halloween 4, bien écrit ou non, est un film de commande devant obéir à un planning de production impossible, et à l’absence d’un réalisateur aussi talentueux que James Cameron.

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C’est le résultat qui compte

Halloween 4 est réalisé par Dwight H. Little. Il porte bien son nom : ce n’est pas le dernier des manchots, mais quand même un artisan « petit bras » (aujourd’hui, sa carrière contient plus de télé que de cinéma). Et en plus, il a moins d’un an pour emballer Halloween 4, pour une sortie programmée en octobre 1988 ! Difficile de ne pas lui pardonner le résultat. On peut même dire qu’il s’en tire avec les honneurs, malgré les ratés visibles ici et là (dont un plan où Michael porte le mauvais masque, impossible à tourner à nouveau). De plus, esthétiquement, l’atmosphère du film est magnifiquement retranscrite, en particulier la nuit grâce à la photographie. Les bleus et jaunes souvent prononcés contrastent bien avec une obscurité qui m’a souvent parue solide.

Du côté du casting, c’est la toute petite Danielle Harris qui remporte le morceau. Jamie est constamment crédible dans sa fragilité tant physique que psychologique. La voir déambuler, perdue, en plein Haddonfield désertée alors que son oncle rôde, est crédible et réellement touchant. Le trio de vieux adolescents gravitant autour d’elle n’est pas aussi neuneu que ceux qu’on trouve dans les Vendredi 13, et ce sont surtout les adultes (dont le shérif et Loomis) qui prennent part à l’action et en subissent les conséquences.

halloween 4

Le vrai gros souci de Halloween 4, c’est hélas le tueur lui-même. L’interprète a changé, ça se voit à sa corpulence et dans sa gestuelle. Plus coincé que jamais, Michael est paradoxalement capable de se téléporter d’un bout à l’autre de Haddonfield, pour provoquer un blackout et nettoyer tout un commissariat de police. Il a beau avoir un balai entre les fesses et marcher à deux à l’heure, le psychopathe se déplace tel un ninja au point que c’en devient ridicule (haha, le passage de la jeep), et il arrache des gorges et empale des greluches avec une incroyable facilité. On sent que Jason Vorheese et Terminator sont passés par là. Le temps de l’opus fondateur de John Carpenter est révolu, et le public en veut plus. Halloween 4 multiplie le body count et les effets choc. Heureusement, même en HD, ils conservent une maîtrise technique et une efficacité redoutables.

Tri logique ?

Jusqu’à présent, je m’étais toujours borné à voir une seule et unique saga : la trilogie formée par les épisodes un et deux, puis l’opus anniversaire Halloween : 20 ans après sorti en 1998. Il y a deux raisons à cela, la présence de Jamie Lee Curtis et la mort définitive (si si, je vous jure) du Croque-mitaine. J’avais déjà évoqué combien les sagas capables de « boucler la boucle » me fascinaient (cf. cet article). Dans le cas de H20, l’héroïne emblématique affronte ses démons, Michael meurt et le film se conclut sur la respiration lourde de sa sœur, faisant miroir à la sienne sous le masque. Tiens ! « Miroir », voilà un mot intéressant.

Retour à la case départ ou miroir des origines, qu’est-ce qui marche le mieux pour conclure une saga ? Récemment, Rambo : Last Blood a remis ce questionnement en lumière. Le quatrième film, John Rambo, finissait par le vétéran s’éloignant sur une route menant chez lui. Le tout premier plan de l’épisode un était l’inverse : Rambo arrivait au loin, vagabond sur une route n’ayant ni début ni fin. La fin de Rambo 4 est ainsi éloquente, chargée d’émotion et pertinente, mais on ne revenait pas au point de départ. Or, c’est ce qui arrive à la fin de Rambo 5, où le personnage est condamné à repartir sans but sur les routes.

Autres exemples : avant ses suites des années 2000, Une Journée en Enfer finissait sur John McClane au téléphone pour se rabibocher encore avec sa femme, soit la même situation qu’avant Piège de Cristal. Quant à Jason Bourne, la fin de La Vengeance dans la peau le montre s’éloigner à la nage, dans des eaux sombres renvoyant à celles l’ayant vu « naître » au tout début de la série.

Halloween 3.2.2

Comme la plupart de ces franchises et d’autres, Halloween a continué par delà ces conclusions, accumulant les suites et reboot jusqu’à devenir exsangue de toute idée vraiment fraîche, nouvelle ou mémorable. Or, Halloween 4 a de vraies idées et aspirations, mais surtout, il propose la fin la plus définitive et cohérente. Michael Myers y meurt logiquement, et nous découvrons avec un nihilisme déprimant que le Mal est véritablement cyclique, transmissible et ne mourra jamais vraiment. La boucle est bouclée tout en faisant miroir au début de Halloween 1978. On ne peut être plus définitif que cela, et Halloween 4 remplace désormais H20 dans mon cœur comme vraie fin de la saga.

Bien sûr, le médiocre Halloween 5, torché à la va-vite l’année suivante, fichera tout en l’air. Mais je me rends compte avec effarement que, bien avant Halloween : 20 ans après, et 30 ans avant le très vain et opportuniste Halloween 2018, Halloween 4 était une vraie conclusion à l’aventure Myers. Certes, il n’est pas parfait. Mais il demeure hautement divertissant, bien ficelé et surtout très bien pensé, avec davantage de surprises et d’esprit d’initiative que tout le reste de la saga réunie. Exploser les compteurs et conclure en fanfare, n’est-ce pas ce que tout final d’une trilogie devrait faire ?

Halloween 4 : Le Retour de Michael Myers est disponible depuis le 22 juillet 2020 chez ESC éditions, en Bluray et DVD.