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Critique expresse : Sentinelle « Je l’ai senti venir »

sentinelle-alaune

La soldate Klara (Olga Kurylenko) revient à Nice dans sa famille, après avoir quitté une région chaude du Moyen-Orient. Désormais assignée à une patrouille du plan Vigipirate (d’où « Sentinelle »), elle a du mal à contenir sa déprime et son envie de cogner. Quand sa sœur se fait tabasser et violer après une sortie en boîte, Klara ne voit plus de raison de se retenir. Lentement mais sûrement, elle va se mettre en tête de punir le coupable. Mais quelqu’un dans sa position peut-il se permettre de céder à la vengeance aveugle ?

C’est dur de parler de Sentinelle pour moi, car j’aime chez lui ce que je déteste tout autant chez Netflix et dans le contexte mondial actuel. Il appartient tout à fait au genre que j’apprécie, il met en scène Olga Kurylenko, que j’apprécie aussi, et c’est un film de Julien Leclercq, avec qui je partage pas mal le point de vue et les goûts. La Terre et le Sang m’avait bien plu (déjà sur Netflix) ainsi que Braqueurs, il y a un peu plus longtemps.

Sentinelle sent la routine

Ce qui m’attriste, c’est la routine et l’absence de surprises, totalement assumées par la plateforme de streaming, qui a besoin de fréquemment nourrir ses programmes. Sentinelle a beau sentir l’envie et l’amour, c’est littéralement un Taken petit bras n’excèdant pas les 1h20. Le jeu d’acteurs y est souvent poussif (bravo au méchant russe vilain comme il faut). L’action est carrée mais peu enthousiasmante lorsqu’il y en a. Et le reste du métrage fait ponctuellement le grand écart entre développement et remplissage.

Sentinelle

Tout ceci se retrouve coincé entre un générique sentant malgré lui (?) la propagande pour l’armée française, et une fin carrément précipitée. Même si ce n’est pas un si grand crime, on y subit une ellipse GIGANTESQUE passant sous silence comment Klara s’est sortie de la panade, après un assaut sauvage à la Jack Bauer, pour insinuer dans les dernières minutes qu’elle s’est muée en ersatz du Punisher et de Batman.

Ce qui est fatal à la pertinence et la pérennité de Sentinelle, c’est que nous avons ici une idée de départ posant beaucoup de fascinantes questions, mais jamais vraiment abordées. Une protectrice assermentée a-t-elle le droit de faire justice elle-même ? « Qu’est-ce qu’on s’en fiche ! Fais-la courir après des dealers et péter des mâchoires ! Ses états d’âme, on s’en tape ! » Non content d’être court, le film ne s’embarrasse d’aucune vraie progression dans l’évolution de Klara. Déjà qu’elle n’aime pas le calme de son nouveau poste, mais elle ne semble jamais douter du bien fondé de son raisonnement et de sa démarche. Elle veut casser des maris violents et des ripoux, sans jamais sembler vraiment en conflit avec son rôle au quotidien. Dommage. Un Justicier dans la Ville aurait été une référence plus louable que de simplement refaire Taken.

Jusqu’au prochain « événement » Netflix

Tout ceci est bien et beau, et honnêtement, je prends. J’aurais juste voulu qu’on me le vende un peu mieux et avec plus de contenu (des idées, des scènes, de l’action, ce que vous voulez). Tel quel, et paradoxalement, j’ai senti passer ces quatre-vingts minutes.

Sentinelle

Honnêtement, j’ai du mal à rejeter la faute sur Julien Leclercq. Il aime bosser et il est content de bosser, ce qu’il dit lui-même en interview. Cela se respecte. Quant à Olga Kurylenko, ça fait plaisir de la voir (surtout de la voir cogner). Mais Sentinelle est, comme d’habitude, un produit de consommation courante. Malgré l’envie et le savoir-faire, il lui manque ce qui rendait La Terre et le Sang un peu plus amusant et original (pour savoir quoi, c’est par ici). Pas sûr qu’un Sentinelle 2 soit dans les tuyaux, ni que j’en ai particulièrement envie.

Certes, je suis content que les films français comme celui-ci ou Balle Perdue cartonnent à leur sortie sur la plateforme. Mais français ou non, après Tyler Rake ou The Old Guard pour ne citer qu’eux, il faut relativiser l’impact et la pertinence des « événements » Netflix. Ces films à la patine beaucoup moins « ciné » n’auraient pas valu la peine qu’on se déplace en salle, plutôt que de les lancer en un clic sans bouger de son canapé. Ce n’est que mon humble avis, mais cette envergure de production destinée aux salles obscures, elle me manque de plus en plus. Ceux qui y trouvent leur compte peuvent l’ignorer sans souci, et de toute façon, Netflix est loin d’avoir fini.

LES + :

  • On reconnaît la patte de Julien Leclercq. Si on aimait avant, on aimera maintenant.
  • Ça fait toujours plaisir de voir Olga Kurylenko en mode « action ».
  • Un concept de départ vraiment fascinant…

LES – :

  • Un concept qui reste un point de départ, et jamais une piste à explorer, pourtant fascinante et vraiment pertinente ces jours-ci.
  • Encore un petit film sans honte aucune, mais sans rien de marquant non plus. Comme quoi, Netflix signe bien le renouveau du vidéo club à l’ancienne.
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Critique expresse : Project Power « Un polar avec des super-pouvoirs »

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Depuis six semaines, une nouvelle drogue fait fureur à la Nouvelle-Orléans : « Power », une pilule brillante qui a le potentiel de libérer pendant cinq minutes le pouvoir latent en chacun de nous.Mais c’est comme jouer à la loterie. Chez certains, on devient un caméléon, pour d’autres, super souple ou super fort, etc. Enfin, une partie ne le supportent pas, et peuvent tout simplement mourir ou exploser. Ça fait cher payé. Heureusement pour lui, l’inspecteur Frank (Joseph Gordon-Lewitt) devient pare-balles quand il ingère la fameuse gélule. Il a décidé de combattre le feu par le feu pour mettre un terme au trafic. De son côté, « Le Major » (Jamie Foxx) est déterminé à démanteler l’organisation par tous les moyens, étant donné qu’ils ont enlevé sa fille...

Project Power est le nouvel « événement » (soupir) de Netflix pour secouer notre été moribond. Après Tyler Rake et The Old Guard, c’est donc la troisième fois en très peu de temps que le géant du streaming sert de l’action à en perdre la tête. Des noms, des moyens et des idées (de départ), voilà ce qu’on veut nous donner. Oui, mais jusqu’ici, ce n’était pas franchement exceptionnel, tantôt sur le fond (Tyler Rake) tantôt dans la forme (The Old Guard). Heureusement, Project Power ne cherche pas à nous éreinter comme le premier, ni à se donner l’air intelligent comme le second.

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Le pouvoir, c’est noir comme le polar

En regardant le film de Henry Joost et Ariel Schulman, il m’est venu à l’esprit plusieurs polars fantastiques des années 80-90. Des péloches comme Hidden, Dark Angel (avec Dolph Lundgren), ou encore Futur Immédiat, Los Angeles 1991 aka Alien Nation. Ils étaient à cœur des films policiers, tournant autour d’un argument fantastique. À l’instar de ces exemples, Project Power se veut avant tout et surtout un divertissement rondement mené, ni plus ni moins, avec plus de qualités que de défauts. Et ses thèmes sont universels, parlent à tout le monde et sont communs à toutes les époques : le crime, la drogue et la dépendance.

Ce qu’il y a de bien, c’est que le film a beau être sombre et violent, il ne manque ni d’humour ni d’idées, et certainement pas de rythme. La pilule miracle est prétexte à enchaîner des affrontements contre/entre mutants jamais deux fois semblables, appuyés par de bons effets spéciaux et découpage. Et l’intrigue se déroule justement et sans débordements. On a un début, un milieu et une fin satisfaisants, ne réclamant pas systématiquement une suite.

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Remercions les prestations des acteurs, notamment pour la relation père-fille de substitution entre le Major et Robin (Dominique Fishback), la petite fille qui veut s’en sortir dans la vie. D’ailleurs, le personnage de Jamie Foxx fait peur en commençant comme un clone de Bryan Mills (héros des Taken), mais heureusement, il révèle peu à peu son humanité.

Project Power est divertissant et bien ficelé

Ce qui est dommage, c’est que, comme les suscités, Project Power n’est réellement foufou que via quelques transformations ou plans, ceci malgré une belle photographie. Et il ne fait que survoler son sujet et ses idées, nous demandant d’accepter ces pilules et leurs règles sans trop chercher à creuser. Heureusement, parce qu’on flirte dangereusement avec le mutagène des Tortues Ninjas 2 de 2016, qui réveille « l’ADN animal qui sommeille en nous ». Mais parfois, souffler de l’azote ou prendre feu, ça me paraît un peu… surnaturel ?

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Heureusement que Project Power ne cherche pas la petite bête, sinon, il aurait eu l’air plus prétentieux qu’il ne l’est, et il serait moins rythmé et divertissant. En l’état, c’est un bon moment à la fois nostalgique et dans l’air du temps. Je trouve que c’est un bon bilan.

LES + :

  • Joseph Gordon-Lewitt, Jamie Foxx et Dominique Fishback ont l’air de s’amuser, et c’est communicatif.
  • Très bons effets spéciaux.
  • De la série B solide…

LES – :

  • Mais de la série B sans plus.
  • « Des pilules qui donnent des super-pouvoirs. » Que c’est con, comme idée, parfois. ^^
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Critique expresse : The Old Guard « Very old school »

the old guard

La Vieille garde (« The Old Guard », donc), c’est un groupe de quatre immortels menés par Andy (Charlize Theron), ayant l’habitude de se rassembler avec flingues et épées, pour faire un peu de ménage dans ce monde toujours plus pourri par le crime et Twitter. Il fallait bien qu’un jour, quelqu’un leur plante un poignard dans le dos, fortement intéressé par leur immortalité. Qui et pourquoi, c’est ce qu’ils vont tenter de découvrir, recrutant au passage une petite dernière, la jeune soldate Nile Freeman (Niki Layne)…

The Old Guard est adapté d’un comics tout frais et progressiste de Greg Rucka, un auteur #Metoo et #BlackLivesMatter. A priori, c’est engagé, c’est donc bien mais surtout vendeur. La réalisation de son adaptation a été confiée à Gina Prince-Bythewood, réalisatrice au teint juste halé comme il faut. Des choix encore plus engagés, et donc, encore plus vendeurs. Tout ça, c’est vrai, et honnêtement, c’est bien… en principe. Parce que même si ça va streamer grave pour regarder le dernier « événement » de Netflix (on sait tous que chiffres = succès), le résultat n’a franchement rien de transcendant, ni même de neuf, à proposer. C’est même parfois gênant.

The Old Guard

Association de malfaiteurs

Les premières secondes m’ont fait frissonner de crainte, à cause du logo de la maison de production Skydance. Skydance n’est pas un petit joueur, rayon actioner. Ce sont tous les Mission : Impossible depuis le quatrième opus et les Star Trek de JJ Abrams (mouais). Malheureusement c’est aussi Jack Reacher 2 et les deux derniers Terminator (argh). Une garantie de confiance, donc, quant aux intentions de porter à l’écran un matériau réputé sans concession… Terminator Dark Fate tentait déjà honteusement de surfer sur la vague « woke » sans aucun aspect pertinent pour aller dans ce sens, ni rien de moderne en matière de mise en boîte (lisez donc)

Production Netflix oblige, ce n’est pas The Old Guard qui va changer la donne. Quand elle ne finance pas de vrais projets pour Scorsese ou Michael Bay, la plate-forme file des produits fonctionnels à quiconque est disponible. Ça veut dire essentiellement des réalisateurs boutés du cinéma (David Ayer avec Bright) ou issus de la télé (Gina Prince-Bythewood avait surtout réalisé quelques épisodes de séries). Sans surprise aucune, The Old Guard a l’air d’un pilote de série, rabaissant constamment l’ampleur de son récit et les ambitions affichées, en plus pour sous-entendre une suite.

The Old Guard

The Old Guard, ou le pilote automatique

Les chorégraphies, souvent bien pensées et enthousiasmantes, sont presque toujours surdécoupées, gâchant le plaisir de les regarder. La photographie est aussi plate que dans un épisode de Charmed (vous vous souvenez de Charmed ? Non ? Punaise, je suis vieuuuuuuux), et les flashbacks « à la Highlander » ressemblent à des stocks shots de la série Stargate ou de Xena : Princesse guerrière. Merci aux costumes, à la photo et au filmage naturaliste.

Ah oui ! Vous avez déjà remarqué cette obligation des séries ricaines, à passer un ou deux morceaux d’un groupe tendance sur chaque épisode (parce qu’un peu de pub ne fait pas de mal, j’imagine) ? Attendez-vous à subir une demi-douzaine de chansons en 1h30, aux titres aussi cryptiques que Die Alone, Put this between Us, Say your prayers, etc. Accompagnant thématiquement (et supeeeerbement) chaque scène. Du bien lourd, donc.

The Old Guard

Il devrait n’en rester qu’un

Netflix croyait peut-être tenir le nouveau Highlander, ajoutant un peu de féminité et de « John Wick attitude » pour convaincre. Le scénario (dont je ne sais pas s’il suit fidèlement la BD) ne nous donne que des graines à manger. Les personnages ne sont jamais creusés même s’ils sont intéressants, comme le couple Joe-Nicky et le passé d’Andy, plus vieille que Mathusalem. Quant aux meilleurs seconds rôles, Chiwetel Ejiofor se débrouille avec ce qu’il a, et Matthias Schoenaerts pense visiblement déjà à l’après-tournage.

Étrangement, ce n’est pas via Nile Freeman que nous découvrons l’univers d’Andy. Quand elles se rencontrent, nous savons déjà à qui nous avons affaire, rendant toute découverte ou surprise caduque. Tout ce qui concerne nos amis ensuite n’est alors plus réduit qu’à des dialogues et flashbacks informatifs, séparés de l’action elle-même. On est embarqué dans une histoire aussi banale que l’enrobage général. Le méchant est un entrepreneur tête-à-claque, vile, cupide et de si mauvaise foi qu’on en rigole, et le rebondissement de dernière minute se voit venir à dix lieues.

The Old Guard

Charlize Theron aurait dit : « il est temps que les femmes aient leur propre franchise d’action ». Je suis d’accord (il n’y a qu’à voir Mad Max Fury Road). Maintenant, si c’est pour un tel résultat, The Old Guard devrait peut-être en rester là.

LES + :

  • Ça me donne envie de… lire la BD.

LES – :

  • La télé américaine des 90s a survécu. Merci Netflix pour tant de nostalgie… Pardon ? C’est un film de 2020 ?!
  • Comment peut-on gâcher Charlize Theron? Ce n’est pas son premier film d’action à le faire, en plus (Aeon Flux, Hancock, Fast and Furious 8).

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Critique expresse : Balle perdue « Petit bras deviendra gros »

Balle perdue
Balle perdue

Dans Balle perdue, Lino (Alban Lenoir) finit en taule après une tentative ratée de braquage à la voiture bélier. En cause : sa Clio boostée marchait trop bien, et elle a traversé tout le pâtée de maison ! Puisqu’il est si doué que ça, Charas (Ramzy Bedia) le sort de prison pour bosser pour lui. Il gère alors le garage d’une brigade anti-Gofast, pour gonfler leurs voitures et leur donner l’avantage nécessaire dans leur course à l’arrestation. Hélas, Charas découvre un jour une trop bonne piste, et il est abattu par un collègue véreux sous les yeux de Lino. Arrêté, puis en cavale, le pauvre n’a pas le choix. Il va devoir retrouver la voiture dans laquelle est toujours fichée la balle qui prouvera son innocence. Mais les ripoux ne vont pas rester les bras croisés…

Il faut croire que Netflix aime le cinéma d’action français qui en veut. Tant mieux. Même si ce n’est pas encore ça, La Terre et le Sang, et maintenant Balle perdue font espérer qu’on en verra plus, en plus ambitieux. Car le souci du présent film (si c’en est vraiment un), c’est qu’il fait ce qu’il peut avec ce qu’il a, c’est-à-dire pas beaucoup d’argent, mais des idées et de l’envie C’est un autre polar musclé, ponctuant son récit assez léger de scènes d’action « petit mais costaud ». Du moment que ça marche, je prends.

Balle perdue

Balle perdue fera-t-il pousser des boules d’acier ?

Il s’agit du premier film de Guillaume Pierret (mais pas sa première réalisation). On sent que s’il en avait eu les moyens, Balle perdue aurait eu de très grosses cojones. Quand action il y a, elle est toujours lisible, brutale, et spectaculaire autant que son budget le permet. Le film comporte son lot de moments qui font sourire avec complicité, puisque répondant aux attentes du spectateur lambda. Bref, ça veut divertir avant tout.

Certains de ces passages sont étonnants, comme le fait que Lino se batte comme Jason Bourne face à dix keufs (l’une des meilleures scènes de Balle perdue). Mais on ricane de satisfaction quand il se prend pour McGyver, et change une vieille guimbarde en bolide à la Mad Max. Ajoutons que les têtes de casting, majoritairement, y croient assez pour convaincre, Alban Lenoir et Stefi Celma en tête.

Balle perdue

Qu’on ne s’y trompe pas. Rayon spectacle, on est très loin des délires de Fast and Furious (heureusement), et encore quelques kilomètres derrière Le Transporteur et ses suites. Balle perdue se situe à peine au-dessus d’un téléfilm France 2. Mais il constitue un excellent tour de piste pour Guillaume Pierret, qui peut tester le moteur et dompter la bête. En clair : voici de belles promesses pour la suite, à condition de passer la seconde, puis la troisième… et de gagner la course.

LES + :

  • Balle perdue est un nouvel espoir de voir le cinéma d’action français sortir la tête du sable.
  • Un récit émaillé de petites idées ludiques (dans le scénario ou la mise en scène).
  • Casting principal qui en veut et qui y croit.

LES – :

  • On sent encore trop les limitations de budget malgré une mise en scène savante (ça ressemble à un téléfilm, et les voitures ne vont jamais « si » vite que ça).
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Critique expresse : La Terre et le Sang « Guerre en scierie »

La Terre et le Sang
La Terre et le Sang

Saïd (Sami Bouajila) a un cancer en phase terminale, une fille sourde et une scierie qui lui rapporte plus de dettes qu’autre chose. On n’a pas envie d’être à sa place, mais pour un drame facile, sa situation vaut de l’or. Parmi les jeunes en conditionnelle qu’il embauche, l’un d’eux a accepté, sous la contrainte, de planquer plusieurs kilos d’héroïne sur le site. Souci : cette héroïne, Adama (Eriq Ebouaney) veut à tout prix la récupérer. Pas dupe, Saïd sent venir les ennuis. Après avoir renvoyé tout le monde chez lui et appelé la police, il doit dealer avec les dealers, « John McClane style », en attendant que les secours arrivent…

Voici le nouveau long métrage de Julien Leclercq, après Braqueurs et Lukas. Du film de genre carré, pas forcément du goût de tous ni très subtil, mais le parfait moulin à clics pour Netflix, dont La Terre est le Sang est une exclusivité. Et on a très peur au début, tellement ça sent la facilité et l’acting « à la française ». À part un braquage bien tendu pour ouvrir le bal, les dix premières minutes enchaînent des moments qui font franchement grincer des dents.

Comme ce médecin qui annonce à Saïd son cancer, et dont je n’ai aucun mal à croire qu’il s’agit d’un vrai médecin, tant les dix mots qu’il prononce ont l’air totalement récités. Ou l’échange qui s’ensuit entre Saïd et Catherine, où tout ce que vous avez besoin de savoir est dit platement, avec beaucoup de difficulté à nous faire croire au naturel de la conversation. Bref, ça part mal, et ça fait craindre que malgré ses 1h20, générique compris, le film soit une erreur à regarder.

La Terre et le Sang

Anachronique et régressif… comme on les aime

Mais après ces dix minutes, on sort enfin de la zone d’inconfort pour entrer, progressivement, dans le divertissement promis. La mise en place est un peu moins laborieuse, et dans sa deuxième moitié, quand tout est prêt, La Terre et le Sang nous donne enfin ce qu’on attendait. C’est un sous-Piège de Cristal à la française (dont certains ressorts dramatiques que je ne spoilerai pas) mais qui n’oublie pas le ludisme de rigueur. Il fait même plus : il subvertit nos attentes. Le traitement s’éloigne volontiers du film de McTiernan pour rappeler davantage le dernier opus de Rambo.

J’ai comparé Saïd à John McClane, mais à dire vrai, il tient plus de John Rambo cuvée 2019. Je sais bien qu’il n’a plus rien à perdre (le cancer, tout ça). Mais la facilité, le sadisme et même la gratuité avec laquelle il flingue, scie et torture des racailles m’ont fait pousser des rires de surprise tout au long du film. Même si, il faut le reconnaître, on rit une fois ou deux d’embarras devant l’incongruité de scènes totalement assumées, comme une course-poursuite impliquant un tracteur (vas-y pour rendre ça nerveux…). Mais c’est toujours livré avec un sérieux et une envie évidente de bien faire malgré les moyens.

La Terre et le Sang est un film humble et franc, qui se moque de justifier ses moments de gloire. Pas besoin de se défouler dessus en le traitant de navet. Ce n’est même pas un nanar. Il est dans la lignée des petits films d’exploitation italiens des 70s, qui pillaient à leur sauce les modèles américains à moindre coût, et offraient exactement ce qu’ils promettaient : de quoi se divertir pendant une heure et demi.

La Terre et le Sang

La Terre et le Sang, moralité

Si vous aimez les déclinaisons de Die Hard, les polars d’action français (comme ceux de Fred Cavayé), ou même ces deux magnifiques gueules que sont Sami Bouajila et Eriq Ebouaney, tentez le coup. Ce ne sont que quatre-vingt minutes, après tout. Qu’est-ce que vous risquez, à part quelques éclats de rire ? Vous verrez bien si c’est parce que vous aimez ou si c’est pour vous moquer. 

LES + :

  • Le face-à-face entre deux bonnes gueules du ciné franchouillard actuel (Sami Bouajila et Eriq Ebouaney).
  • Des mises à mort barbares et gratuites qui font sourire.
  • Ça sent une vraie envie de cinéma de genre simple et sans prise de tête.

LES – :

  • Ça commence avec les pires tares du cinéma français.
  • On peut parfois rire aux dépens du film, au lieu de rire avec lui.
  • Vous l’oublierez vite, comme presque tous les films d’exploitation, réussis ou non.
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Critique expresse : Invisible Man « Justice sociale, tu perds ton sang froid ! »

Invisible Man

Cécilia (Elisabeth Moss) est mariée à Adrian, un riche scientifique, mais aussi un maniaque du contrôle. N’en pouvant plus de sa vie étouffante, elle décide de s’enfuir au beau milieu de la nuit. Cette scène tendue nous fait d’ailleurs vite comprendre combien Adrian est potentiellement dangereux (même le chien veut se sauver pendant que son maître roupille, c’est dire !). Malheureusement, son mari l’a très mal pris. Mais plutôt que d’organiser sa défense publique sur Twitter, comme toutes les personnes intelligentes aujourd’hui (hem), il préfère se donner la mort. D’abord soulagée, Cécilia va rapidement devenir parano, sentant inexplicablement la présence de son ex rôder autour d’elle. Et pour cause, le film s’appelant sans ambiguïté « Invisible Man » ! Honnêtement, vous vous attendiez à quoi ?

Invisible Man est le troisième effort à la réalisation de Leigh Whannell, après Insidious 3 et Upgrade. C’est aussi le ixième effort de Blumhouse Productions pour maximiser les profits, en combinant « micro budget » et « high concept ». Ici, le high concept est double. Non seulement on modernise le mythe de l’Homme invisible, mais on l’actualise le plus possible en cette belle époque de #MeToo et de scandales sexuels à la chaîne. Succès critique et public assuré ! Mais autant être honnête, ici, le succès est plutôt mérité.

Invisible Man

L’homme invisible, c’est du vent !

Parce que Invisible Man, pour opportuniste que soit son orientation, fonctionne en tant que film. C’est une série B très bien troussée par un réalisateur qui sait créer la tension à partir de rien. La caméra s’attarde fréquemment sur un coin de pièce vide, ou privilégie des plans trop larges pouvant ressembler à du gâchis dans un autre film. Mais ici, l’espace inoccupé suggère évidemment la présence d’Adrian, pay-off ou non à l’arrivée, en fonction des scènes (tout peut arriver… ou pas).

Les défauts d’Invisible Man n’en sont pas vraiment compte tenu du genre et de son budget. Concentré sur le suspense, il a parfois tendance à trop tirer sur l’élastique (menant à un film de 2h quand même). Certaines décisions des personnages ou leur incapacité à communiquer à des moments clés sont surprenants. Le métrage se repose un peu trop sur la musique pour provoquer des jump scares (certes efficacement). Enfin, on n’élucide jamais des points pourtant importants dans les machinations d’Adrian. À la question très légitime posée par un flic : « Comment a-t-il fait ceci ou cela ? », Cécilia n’a d’autre explication que : « Parce qu’il est brillant et c’est ce qu’il fait le mieux ! » OK. On va dire que ça passe.

Invisible Man

Série B d’actualité

Pour le côté « Me Too », Invisible Man s’en sort beaucoup mieux que des étrons propagandistes comme Terminator Dark Fate ou Charlie’s Angels, par exemple. Déjà, par la maîtrise du récit. Rester cohérent et impliquant jusqu’au bout est donc possible. Ensuite, parce que Cécilia est un personnage féminin auquel on s’attache, grâce à la combinaison entre son écriture, son interprétation, et le fait que c’est son film, son point de vue du premier au dernier plan. C’est l’histoire d’une femme qui se bat pour se libérer d’un monstre à forme humaine.

Et Invisible Man devient fascinant quand on creuse. Adrian est l’incarnation extrême du mâle pervers, narcissique, dominant, puissant et retors. Il est plus mauvais que les mauvais condamnés aujourd’hui, une vraie invention de cinéma (dans le bon sens). Dans les films les plus iconiques ou marquants sur le thème, l’Homme invisible a souvent été représenté comme l’homme devenant monstre une fois enivré par ce pouvoir. Il portait en lui des germes de Mal que l’invention allait faire éclore.

Invisible Man

Ce n’est pas le cas d’Adrian, qui a toujours été un monstre (cf. sa relation avec son frère). Et à l’époque actuelle, des monstres dans son genre, on aimerait qu’ils disparaissent, et eux aimeraient qu’on les ignore. Adrian a trouvé le moyen d’avoir les deux, grâce à une technologie elle aussi ancrée dans l’actualité. Malheureusement, elle lui permet de faire encore plus de mal. Certes, au final, la justice sociale l’emporte. Mais le film insinue une rengaine très vieille, mais très appropriée : faites gaffe à ce que vous souhaitez.

LES + :

  • Série B bien troussée.
  • MeToo sans le « too much ».
  • Sans surprise, les effets spéciaux sont excellents (quand il y a quelque chose à voir ^^ ).

LES – :

  • Les clichés de la série B (décisions bizarres, trous scénaristiques).
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Critique expresse : Sonic, le film « Un cas épineux qui tire son épingle du jeu »

Sonic le film

Sonic, le filmSur la même planète où vivent les Angry Birds, si l’on en croit l’excès dégoulinant de CGI, bébé Sonic (Ben Schwarz) vit avec Longclaw, une nounou hibou. Sa mission est de le protéger, ainsi qu’un sac d’anneaux dorés permettant de voyager entre les mondes. Sauf que Sonic est si peu discret que des méchants pygmées le suivent jusqu’à chez lui après une de ses escapades. Ils attaquent, convoitant le pouvoir du petit hérisson bleu. Pour sauver Sonic, Longclaw ouvre un portail vers la Terre et lui confie les anneaux. Des années plus tard, dans la petite commune de Green Hills, Sonic a refait sa vie et est devenu la légende urbaine locale. Ça lui convient, jusqu’au jour où le gouvernement le remarque. Les huiles envoient alors leur atout le plus honteux, le Docteur Robotnik (Jim Carrey), pour le trouver et l’étudier. À la suite d’une série d’incidents malheureux, le shérif du coin, Tom (James Marsden), va devoir aider Sonic à échapper au savant fou…

Levez la main ceux qui s’attendaient à un échec total ? Surtout après le premier design de la bête. Soyons franc : Sonic, le film est dédié aux marmots. Il est donc parfois irritant, vraiment débile et dénué de sens. Pourtant, il est vraiment loin de la cata irregardable qu’on craignait. Bien sûr, pour ça, il faut faire le deuil de certaines choses.

Sonic, le film

Sonic, la pub

Les cinéphiles ne trouveront rien à manger ici. Sonic, le film sort du même moule que les comédies pour mioches typiquement américaines. L’humour pipi caca est fréquemment invoqué. La famille est le message du film. Et des incohérences totales salissent l’histoire. Sorti de Robotnik, les humains ne servent à RIEN. On sent les scénaristes à la peine pour justifier leur présence.

Sonic trouve toujours une excuse pour que Tom l’accompagne à San Francisco, ou pour qu’il l’emmène au sommet du Transamerica Building. Mais il peut traverser le pays entier en deux secondes ou courir sur les murs. Les moins de cinq ans ne seront pas chiants. Leurs grands frères ou leurs parents, par contre…

Il y a aussi l’argument : Sonic vient dans notre monde. Ce compromis n’est pas si mal. Rendre Mario humain n’avait pas réussi au plombier à l’époque (voir ici, brrrrr). On acceptait mieux le décalage quand les « mortal kombattants » se rendaient dans l’Outremonde (aaaaah, nostalgie). Mais Sonic, le film ne joue pas seulement la carte du prequel. Il réécrit la mythologie du hérisson.

Perso, je suis fan du personnage depuis son apogée sur Megadrive. Et il a déjà côtoyé des humains, pour le meilleur comme pour le pire. Mais beaucoup de joueurs se souviennent du pire. Cette nouvelle itération peut donc fâcher, malgré des easter eggs malins. Un « simple » film d’animation aurait eu plus de classe. Mais bon, il faut commencer petit (budget). Le succès étant au rendez-vous, Sonic devrait vite rentrer chez lui.

Sonic, le film

Peur bleue évitée de peu

Dit comme ça, le film ne motive pas. Pourtant, après Tomb Raider et Détective Pikachu, il semble que les adaptations de jeux vidéo commencent lentement à muter en vrais films, qu’ils soient plus ou moins bons. Avec Sonic, le film, j’ai passé un moment… correct. Je suis même très curieux de découvrir la suite. Ceci pour deux raisons.

Déjà, le respect de l’univers. Les easter eggs sont intégrés au film, et non frottés à la face du spectateur. Il y a aussi le changement de design initial (pour une fois, les fans ont eu raison de gueuler !). Sonic ressemble à Sonic. Et même si c’est un personnage de dessin animé en CGI, on s’y reconnaît. Il est BEAUCOUP plus mignon comme ça.

Ensuite, il y a Jim Carrey. Il pourrait irriter un spectateur. Mais vous avez déjà vu un acteur donner tout ce qu’il a, et vous continuez à regarder grâce à cette énergie et ce plaisir communicatifs ? Il est possible de se sentir énervé par cette hystérie permanente. Mais il est impossible de ne pas respecter cette patate de tous les instants. Cela fait plaisir de le voir vraiment kiffer son travail. Après une longue période de déprime, on retrouve l’interprète du Sphinx et du Mask. Il en fait des caisses, mais on voit qu’il est heureux d’être dans Sonic, le film. Et franchement, difficile d’imaginer un autre dans le rôle.

Résumé supersonique

Le temps a beau abîmer le souvenir d’une chose, son cœur doit rester intact. C’est le sentiment qui ressort après visionnage. On reconnaît le hérisson et son lore, tout comme on retrouve l’interprète de sa Némésis. C’est drôle quand on y pense : les deux étaient au pic de leur popularité à la fin des 90s. Le « Blue Blur » et « Looney Bin » Jim avaient peut-être besoin l’un de l’autre. Sonic, le film a le droit de ne pas être un grand film (ni même un « bon » film, suivant où l’on se place). Mais vu sous cet angle, on peut le qualifier de réussite.

LES + :

  • Sonic, ses amis et son univers sont respectés.
  • Jim Carrey, fantastibulairement débordant d’énergie.
  • Maintenant que les présentations sont faites, je suis curieux de voir la suite.

LES – :

  • Le fait qu’à un moment, l’équipe du film ait envisagé ce premier design hideux.
  • Jim Carrey, fantastibulairement énervant pour certains.
  • Les humains sont là pour meubler (et c’est parfois embarrassant pour qui a un cerveau).
  • C’est essentiellement un film pour les petits (et c’est parfois embarrassant blablabla).
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Critique expresse : Gemini Man « Mon double, ma flemme et moi »

gemini man

Gemini ManDans Gemini Man, Henry Brogen (Will Smith) est un tireur d’élite, le meilleur du monde. Il est capable d’abattre une cible à bord d’un TGV en marche à 300 mètres de distance. Mais il a la cinquantaine passé et des états d’âme. Il compte tout arrêter, mais le lendemain de l’annonce de sa retraite, des assassins essaient de le mettre définitivement hors circuit, sans succès. Forcément, on n’abat pas le meilleur avec moins que ça. C’est pourquoi Clay Verris (Clive Owen), patron de la société privée Gemini, envoie son meilleur à lui, pas moins que le clone de Henry (Will Smith, rajeuni numériquement). Un double dont Brogen ignorait tout… et réciproquement.

Et c’est bien dommage d’en faire la promo sur les affiches et dans les bandes-annonces, étant donné qu’il faut attendre le tiers du film avant que « Junior » n’entre en scène. Autrement, Gemini Man commence comme un thriller d’action et de suspense des plus communs. Si elle avait été inattendue, cette révélation aurait constitué un excellent rebondissement. Le passage où apparaît Junior restera d’ailleurs le meilleur du film. Cette course à motocross à travers Carthagène apprend auprès des meilleurs films et jeux vidéo, pour proposer des acrobaties en sérieuse compétition avec les derniers Mission Impossible.

Gemini Man

Retour dans le temps

Sinon, le réalisateur Ang Lee (Hulk, L’Odyssée de Pi, Tigre et Dragon) nous pond un film bavard et mouuuuuuuu. Gemini Man n’a que le minimum à proposer pour nous tenir impliqués. Je ne sais rien de la genèse du projet. Mais je ne serais pas surpris si le scénario original avait sommeillé dans un tiroir depuis 1995. Qualités esthétiques et ballet technique à part, ce véhicule pour Will Smith m’a laissé la même impression que Jack Reacher 2 à sa sortie. S’il n’est pas une purge autant que l’était le nanar avec Tom Cruise, Gemini Man est un produit de consommation prévisible et daté, tombant dans deux écueils :

  • Des dialogues lourds qui enfoncent des portes ouvertes philosophiques, comme si le clonage était un tout nouveau sujet de réflexion.
  • L’absence du minimum de surprises qu’on est en droit d’attendre. Surtout quand on voit les moyens techniques disponibles et la concurrence en vigueur (les Marvel et compagnie).

En ce sens, c’est touchant de voir un film aussi naïf et nostalgique des années 90. Mais cet anachronisme est fatal pour la postérité. Gemini Man aurait pu devenir un classique du film d’action et d’anticipation. À la place, il remplira les grilles de programme des chaînes télé. Vous ne passerez pas un mauvais moment. Mais vous ne vous en souviendrez pas non plus.

LES + :

  • Ça se regarde.
  • La poursuite à moto, qui nous fait bien ressentir combien c’est aussi difficile qu’impressionnant pour les personnages d’accomplir de telles prouesses.

LES – :

  • Une impression variable (tantôt bluffante, tantôt dérangeante) se dégage du lifting de Will Smith sur son jeune double.
  • Aucune réelle surprise (le final est une fusillade dans une banlieue lambda, qui ne dépareillerait pas dans un Taken ou un Equalizer)