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Critique expresse : The Old Guard « Very old school »

the old guard

La Vieille garde (« The Old Guard », donc), c’est un groupe de quatre immortels menés par Andy (Charlize Theron), ayant l’habitude de se rassembler avec flingues et épées, pour faire un peu de ménage dans ce monde toujours plus pourri par le crime et Twitter. Il fallait bien qu’un jour, quelqu’un leur plante un poignard dans le dos, fortement intéressé par leur immortalité. Qui et pourquoi, c’est ce qu’ils vont tenter de découvrir, recrutant au passage une petite dernière, la jeune soldate Nile Freeman (Niki Layne)…

The Old Guard est adapté d’un comics tout frais et progressiste de Greg Rucka, un auteur #Metoo et #BlackLivesMatter. A priori, c’est engagé, c’est donc bien mais surtout vendeur. La réalisation de son adaptation a été confiée à Gina Prince-Bythewood, réalisatrice au teint juste halé comme il faut. Des choix encore plus engagés, et donc, encore plus vendeurs. Tout ça, c’est vrai, et honnêtement, c’est bien… en principe. Parce que même si ça va streamer grave pour regarder le dernier « événement » de Netflix (on sait tous que chiffres = succès), le résultat n’a franchement rien de transcendant, ni même de neuf, à proposer. C’est même parfois gênant.

The Old Guard

Association de malfaiteurs

Les premières secondes m’ont fait frissonner de crainte, à cause du logo de la maison de production Skydance. Skydance n’est pas un petit joueur, rayon actioner. Ce sont tous les Mission : Impossible depuis le quatrième opus et les Star Trek de JJ Abrams (mouais). Malheureusement c’est aussi Jack Reacher 2 et les deux derniers Terminator (argh). Une garantie de confiance, donc, quant aux intentions de porter à l’écran un matériau réputé sans concession… Terminator Dark Fate tentait déjà honteusement de surfer sur la vague « woke » sans aucun aspect pertinent pour aller dans ce sens, ni rien de moderne en matière de mise en boîte (lisez donc)

Production Netflix oblige, ce n’est pas The Old Guard qui va changer la donne. Quand elle ne finance pas de vrais projets pour Scorsese ou Michael Bay, la plate-forme file des produits fonctionnels à quiconque est disponible. Ça veut dire essentiellement des réalisateurs boutés du cinéma (David Ayer avec Bright) ou issus de la télé (Gina Prince-Bythewood avait surtout réalisé quelques épisodes de séries). Sans surprise aucune, The Old Guard a l’air d’un pilote de série, rabaissant constamment l’ampleur de son récit et les ambitions affichées, en plus pour sous-entendre une suite.

The Old Guard

The Old Guard, ou le pilote automatique

Les chorégraphies, souvent bien pensées et enthousiasmantes, sont presque toujours surdécoupées, gâchant le plaisir de les regarder. La photographie est aussi plate que dans un épisode de Charmed (vous vous souvenez de Charmed ? Non ? Punaise, je suis vieuuuuuuux), et les flashbacks « à la Highlander » ressemblent à des stocks shots de la série Stargate ou de Xena : Princesse guerrière. Merci aux costumes, à la photo et au filmage naturaliste.

Ah oui ! Vous avez déjà remarqué cette obligation des séries ricaines, à passer un ou deux morceaux d’un groupe tendance sur chaque épisode (parce qu’un peu de pub ne fait pas de mal, j’imagine) ? Attendez-vous à subir une demi-douzaine de chansons en 1h30, aux titres aussi cryptiques que Die Alone, Put this between Us, Say your prayers, etc. Accompagnant thématiquement (et supeeeerbement) chaque scène. Du bien lourd, donc.

The Old Guard

Il devrait n’en rester qu’un

Netflix croyait peut-être tenir le nouveau Highlander, ajoutant un peu de féminité et de « John Wick attitude » pour convaincre. Le scénario (dont je ne sais pas s’il suit fidèlement la BD) ne nous donne que des graines à manger. Les personnages ne sont jamais creusés même s’ils sont intéressants, comme le couple Joe-Nicky et le passé d’Andy, plus vieille que Mathusalem. Quant aux meilleurs seconds rôles, Chiwetel Ejiofor se débrouille avec ce qu’il a, et Matthias Schoenaerts pense visiblement déjà à l’après-tournage.

Étrangement, ce n’est pas via Nile Freeman que nous découvrons l’univers d’Andy. Quand elles se rencontrent, nous savons déjà à qui nous avons affaire, rendant toute découverte ou surprise caduque. Tout ce qui concerne nos amis ensuite n’est alors plus réduit qu’à des dialogues et flashbacks informatifs, séparés de l’action elle-même. On est embarqué dans une histoire aussi banale que l’enrobage général. Le méchant est un entrepreneur tête-à-claque, vile, cupide et de si mauvaise foi qu’on en rigole, et le rebondissement de dernière minute se voit venir à dix lieues.

The Old Guard

Charlize Theron aurait dit : « il est temps que les femmes aient leur propre franchise d’action ». Je suis d’accord (il n’y a qu’à voir Mad Max Fury Road). Maintenant, si c’est pour un tel résultat, The Old Guard devrait peut-être en rester là.

LES + :

  • Ça me donne envie de… lire la BD.

LES – :

  • La télé américaine des 90s a survécu. Merci Netflix pour tant de nostalgie… Pardon ? C’est un film de 2020 ?!
  • Comment peut-on gâcher Charlize Theron? Ce n’est pas son premier film d’action à le faire, en plus (Aeon Flux, Hancock, Fast and Furious 8).

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Critique expresse : Balle perdue « Petit bras deviendra gros »

Balle perdue
Balle perdue

Dans Balle perdue, Lino (Alban Lenoir) finit en taule après une tentative ratée de braquage à la voiture bélier. En cause : sa Clio boostée marchait trop bien, et elle a traversé tout le pâtée de maison ! Puisqu’il est si doué que ça, Charas (Ramzy Bedia) le sort de prison pour bosser pour lui. Il gère alors le garage d’une brigade anti-Gofast, pour gonfler leurs voitures et leur donner l’avantage nécessaire dans leur course à l’arrestation. Hélas, Charas découvre un jour une trop bonne piste, et il est abattu par un collègue véreux sous les yeux de Lino. Arrêté, puis en cavale, le pauvre n’a pas le choix. Il va devoir retrouver la voiture dans laquelle est toujours fichée la balle qui prouvera son innocence. Mais les ripoux ne vont pas rester les bras croisés…

Il faut croire que Netflix aime le cinéma d’action français qui en veut. Tant mieux. Même si ce n’est pas encore ça, La Terre et le Sang, et maintenant Balle perdue font espérer qu’on en verra plus, en plus ambitieux. Car le souci du présent film (si c’en est vraiment un), c’est qu’il fait ce qu’il peut avec ce qu’il a, c’est-à-dire pas beaucoup d’argent, mais des idées et de l’envie C’est un autre polar musclé, ponctuant son récit assez léger de scènes d’action « petit mais costaud ». Du moment que ça marche, je prends.

Balle perdue

Balle perdue fera-t-il pousser des boules d’acier ?

Il s’agit du premier film de Guillaume Pierret (mais pas sa première réalisation). On sent que s’il en avait eu les moyens, Balle perdue aurait eu de très grosses cojones. Quand action il y a, elle est toujours lisible, brutale, et spectaculaire autant que son budget le permet. Le film comporte son lot de moments qui font sourire avec complicité, puisque répondant aux attentes du spectateur lambda. Bref, ça veut divertir avant tout.

Certains de ces passages sont étonnants, comme le fait que Lino se batte comme Jason Bourne face à dix keufs (l’une des meilleures scènes de Balle perdue). Mais on ricane de satisfaction quand il se prend pour McGyver, et change une vieille guimbarde en bolide à la Mad Max. Ajoutons que les têtes de casting, majoritairement, y croient assez pour convaincre, Alban Lenoir et Stefi Celma en tête.

Balle perdue

Qu’on ne s’y trompe pas. Rayon spectacle, on est très loin des délires de Fast and Furious (heureusement), et encore quelques kilomètres derrière Le Transporteur et ses suites. Balle perdue se situe à peine au-dessus d’un téléfilm France 2. Mais il constitue un excellent tour de piste pour Guillaume Pierret, qui peut tester le moteur et dompter la bête. En clair : voici de belles promesses pour la suite, à condition de passer la seconde, puis la troisième… et de gagner la course.

LES + :

  • Balle perdue est un nouvel espoir de voir le cinéma d’action français sortir la tête du sable.
  • Un récit émaillé de petites idées ludiques (dans le scénario ou la mise en scène).
  • Casting principal qui en veut et qui y croit.

LES – :

  • On sent encore trop les limitations de budget malgré une mise en scène savante (ça ressemble à un téléfilm, et les voitures ne vont jamais « si » vite que ça).
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Critique : Sahara « Injustement enterré »

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Sahara

Dirk Pitt (Matthew Mc Conaughey) est un ancien de la Navy devenu chercheur de trésors. Son obsession : retrouver le CSS Texas, un cuirassée disparu pendant la Guerre de Sécession. Sa théorie a du mal à convaincre : selon lui, le navire a tellement voyagé qu’il a coulé très loin des côtes US. Une nouvelle et ultime piste va lui souffler que le CSS Texas s’est échoué quelque part dans le désert du Sahara (!). Dirk se lance dans l’aventure, mais il est tellement beau, fort et compétent que le film va lui inventer quelques galères, histoire de corser le jeu. Lui et ses amis se coltinent donc une jolie médecin de l’OMS (Pénélope Cruz), dont l’enquête sur une étrange épidémie met sa vie en danger. Car les responsables, une corporation véreuse en cheville avec un dictateur, ont leurs intérêts à défendre…

Sahara est une adaptation d’un roman de Clive Cussler, appartenant à la série des aventures de Dirk Pitt. Apparu en 1973, Pitt est l’alter ego papier de son auteur, à savoir un explorateur sous-marin, membre de la National Underwater and Marine Agency (la NUMA, que créera réellement Cussler en 1979). Ses histoires mélangent espionnage et fantaisies exotiques, quelque part entre James Bond et Indiana Jones, dépendant des circonstances. Il faut avouer que si certaines sont aujourd’hui datées ou trop absurdes, il y avait de la matière à une grande série de films d’aventures, moyennant un petit travail d’adaptation.

Sahara

Mal connu et mal vendu

Une des escapades de Pitt avait déjà été portée à l’écran dans La Guerre des Abîmes en 1980 (d’après Renflouez le Titanic !, publié en 1976). Mais plutôt que d’ouvrir une nouvelle saga de divertissements populaires, la porte s’était refermée pendant vingt-cinq ans, jusqu’à la sortie de Sahara en 2005. Malheureusement, les planètes ne se sont pas alignées et le film s’est ramassé au box office. On en parle encore comme d’un des flops les plus catastrophiques de récente mémoire.

Le réalisateur, Breck Eisner, est une énigme. Avec lui, on peut avoir l’excellent The Crazies, mais aussi le navrant Dernier Chasseur de Sorcières. Avec Sahara, il est bon sans avoir la vision nécessaire pour élever son film. On reste dans la catégorie « grosse série B qui fait le job ». Et malgré son casting, Sahara n’a pas attiré grand monde, la faute à la promo, loin de motiver les gens. À l’époque, je me souviens d’une bande-annonce de quelques secondes passant vite fait dans les UGC. Une BA si bof que je flairais le navet sur cette seule base. La preuve que, des fois, on passe à côté de quelque chose. Merci à l’équipe marketing.

Enfin, la plupart des critiques l’ayant vu accusaient Sahara d’être raciste (mouais) et benêt (ben ouais). Sa vision de l’Afrique se limitait à des plans pour carte postale, et à ses héros blancs, forts et valeureux qui traversaient ces terres opprimées en mode « touriste ». J’avoue, pour moi, cette scène où nos copains font de la voile sur une épave d’avion va un peu loin… Mais Sahara conserve l’esprit d’un film hollywoodien « à l’ancienne », pré-Jason Bourne. Le dépaysement et un peu de dérision font partie du contrat.

Welcome to Sahara

À présent qu’il est disponible sur Netflix chez nous, l’occasion était belle de reparler de Sahara et de le conseiller. Que vous soyez sceptique ou en mal d’aventures, le film de Breck Eisner devrait vous surprendre agréablement. La photographie et les décors sont magnifiques (même si l’équipe a filmé au Maroc, c’est plus joli).

L’humour fonctionne sans sombrer dans les blagouzes à la Marvel pullulant aujourd’hui. Le casting a du mérite là-dedans, notamment Steve Zahn en comic relief. On ne présente plus Matthew McConaughey ni Pénélope Cruz. Mais l’interprète d’Al Giordino, meilleur ami de Pitt, n’en fait jamais trop au point de mériter des baffes. Il se révèle même attachant.

Ce trio d’aventuriers atypique fonctionne très bien, et leurs péripéties, même filmées sans grande inspiration, sont bien écrites et jamais forcées. Comme lorsque les deux quêtes parallèles, la chasse au trésor de Pitt et l’enquête de l’OMS, trouvent leur résolution ensemble au cours d’un final plus que satisfaisant. Ceci même si la magouille environnemento-industrielle finit par s’accaparer le gros du film, transformant Pitt en John McClane aventurier, se trouvant là où il ne devait pas.

Sahara

Uncharted territory

Il y a un paquet de choses changées ou omises dans le film (dont une conspiration mise au jour sur l’assassinat de Lincoln, flirtant dangereusement avec les Benjamin Gates). L’auteur du livre en personne a même fait un procès aux producteurs pour ça. Cela ne fait pas de Sahara un film raté pour autant. Déjà, il ne s’éparpille pas en sous-intrigues. Ensuite, invraisemblances ou facilités font aussi le charme des Indiana Jones, et il faut parfois faire un réel effort d’adaptation pour transformer un divertissement littéraire en spectacle cinématographique (cf. Inferno).

Mais en fait de cinéma, Sahara ressemble ÉNORMÉMENT à une adaptation réussie de jeu vidéo, un certain Uncharted… Ceci, avant même qu’Uncharted n’existe (le premier jeu est sorti en 2007, deux ans après le film). Quand on voit l’arlésienne qu’est devenue la version ciné des aventures de Nathan Drake, je ne peux que chaudement recommander ce film à tous ceux qui n’en peuvent plus d’attendre. Nos trois aventuriers sont un excellent équivalent aux désormais célèbres Nate-Elena-Sully, et les méchants et péripéties sont tout à fait dans le ton des blockbusters de Naughty Dog (la mort spectaculaire et second degré du vilain Kazim aurait sa place dans les jeux).

Sahara

Alors que la vraie adaptation du jeu vidéo est programmée pour sortir l’année prochaine (enfin ?), voici mon conseil : regardez Sahara. Si le futur film Uncharted vous déçoit, ce sera votre lot de consolation.

ADDENDUM : Depuis la rédaction de cet article, le film Uncharted est sorti. Vu le résultat, les recommandations ci-dessus s’avèrent d’autant plus fondées… 

LES + :

  • Bon casting.
  • Plutôt bien écrit.
  • Humour qui marche.
  • Peut-être le meilleur film Uncharted qu’on n’aura jamais.

LES – :

  • Manque d’inventivité dans la mise en scène, qui n’élève pas le film au-delà d’une série B friquée.
  • Encore une preuve qu’un bon film peut se planter s’il est mal vendu et si personne n’y croit.
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Critique expresse : La Terre et le Sang « Guerre en scierie »

La Terre et le Sang
La Terre et le Sang

Saïd (Sami Bouajila) a un cancer en phase terminale, une fille sourde et une scierie qui lui rapporte plus de dettes qu’autre chose. On n’a pas envie d’être à sa place, mais pour un drame facile, sa situation vaut de l’or. Parmi les jeunes en conditionnelle qu’il embauche, l’un d’eux a accepté, sous la contrainte, de planquer plusieurs kilos d’héroïne sur le site. Souci : cette héroïne, Adama (Eriq Ebouaney) veut à tout prix la récupérer. Pas dupe, Saïd sent venir les ennuis. Après avoir renvoyé tout le monde chez lui et appelé la police, il doit dealer avec les dealers, « John McClane style », en attendant que les secours arrivent…

Voici le nouveau long métrage de Julien Leclercq, après Braqueurs et Lukas. Du film de genre carré, pas forcément du goût de tous ni très subtil, mais le parfait moulin à clics pour Netflix, dont La Terre est le Sang est une exclusivité. Et on a très peur au début, tellement ça sent la facilité et l’acting « à la française ». À part un braquage bien tendu pour ouvrir le bal, les dix premières minutes enchaînent des moments qui font franchement grincer des dents.

Comme ce médecin qui annonce à Saïd son cancer, et dont je n’ai aucun mal à croire qu’il s’agit d’un vrai médecin, tant les dix mots qu’il prononce ont l’air totalement récités. Ou l’échange qui s’ensuit entre Saïd et Catherine, où tout ce que vous avez besoin de savoir est dit platement, avec beaucoup de difficulté à nous faire croire au naturel de la conversation. Bref, ça part mal, et ça fait craindre que malgré ses 1h20, générique compris, le film soit une erreur à regarder.

La Terre et le Sang

Anachronique et régressif… comme on les aime

Mais après ces dix minutes, on sort enfin de la zone d’inconfort pour entrer, progressivement, dans le divertissement promis. La mise en place est un peu moins laborieuse, et dans sa deuxième moitié, quand tout est prêt, La Terre et le Sang nous donne enfin ce qu’on attendait. C’est un sous-Piège de Cristal à la française (dont certains ressorts dramatiques que je ne spoilerai pas) mais qui n’oublie pas le ludisme de rigueur. Il fait même plus : il subvertit nos attentes. Le traitement s’éloigne volontiers du film de McTiernan pour rappeler davantage le dernier opus de Rambo.

J’ai comparé Saïd à John McClane, mais à dire vrai, il tient plus de John Rambo cuvée 2019. Je sais bien qu’il n’a plus rien à perdre (le cancer, tout ça). Mais la facilité, le sadisme et même la gratuité avec laquelle il flingue, scie et torture des racailles m’ont fait pousser des rires de surprise tout au long du film. Même si, il faut le reconnaître, on rit une fois ou deux d’embarras devant l’incongruité de scènes totalement assumées, comme une course-poursuite impliquant un tracteur (vas-y pour rendre ça nerveux…). Mais c’est toujours livré avec un sérieux et une envie évidente de bien faire malgré les moyens.

La Terre et le Sang est un film humble et franc, qui se moque de justifier ses moments de gloire. Pas besoin de se défouler dessus en le traitant de navet. Ce n’est même pas un nanar. Il est dans la lignée des petits films d’exploitation italiens des 70s, qui pillaient à leur sauce les modèles américains à moindre coût, et offraient exactement ce qu’ils promettaient : de quoi se divertir pendant une heure et demi.

La Terre et le Sang

La Terre et le Sang, moralité

Si vous aimez les déclinaisons de Die Hard, les polars d’action français (comme ceux de Fred Cavayé), ou même ces deux magnifiques gueules que sont Sami Bouajila et Eriq Ebouaney, tentez le coup. Ce ne sont que quatre-vingt minutes, après tout. Qu’est-ce que vous risquez, à part quelques éclats de rire ? Vous verrez bien si c’est parce que vous aimez ou si c’est pour vous moquer. 

LES + :

  • Le face-à-face entre deux bonnes gueules du ciné franchouillard actuel (Sami Bouajila et Eriq Ebouaney).
  • Des mises à mort barbares et gratuites qui font sourire.
  • Ça sent une vraie envie de cinéma de genre simple et sans prise de tête.

LES – :

  • Ça commence avec les pires tares du cinéma français.
  • On peut parfois rire aux dépens du film, au lieu de rire avec lui.
  • Vous l’oublierez vite, comme presque tous les films d’exploitation, réussis ou non.
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Critique expresse : Invisible Man « Justice sociale, tu perds ton sang froid ! »

Invisible Man

Cécilia (Elisabeth Moss) est mariée à Adrian, un riche scientifique, mais aussi un maniaque du contrôle. N’en pouvant plus de sa vie étouffante, elle décide de s’enfuir au beau milieu de la nuit. Cette scène tendue nous fait d’ailleurs vite comprendre combien Adrian est potentiellement dangereux (même le chien veut se sauver pendant que son maître roupille, c’est dire !). Malheureusement, son mari l’a très mal pris. Mais plutôt que d’organiser sa défense publique sur Twitter, comme toutes les personnes intelligentes aujourd’hui (hem), il préfère se donner la mort. D’abord soulagée, Cécilia va rapidement devenir parano, sentant inexplicablement la présence de son ex rôder autour d’elle. Et pour cause, le film s’appelant sans ambiguïté « Invisible Man » ! Honnêtement, vous vous attendiez à quoi ?

Invisible Man est le troisième effort à la réalisation de Leigh Whannell, après Insidious 3 et Upgrade. C’est aussi le ixième effort de Blumhouse Productions pour maximiser les profits, en combinant « micro budget » et « high concept ». Ici, le high concept est double. Non seulement on modernise le mythe de l’Homme invisible, mais on l’actualise le plus possible en cette belle époque de #MeToo et de scandales sexuels à la chaîne. Succès critique et public assuré ! Mais autant être honnête, ici, le succès est plutôt mérité.

Invisible Man

L’homme invisible, c’est du vent !

Parce que Invisible Man, pour opportuniste que soit son orientation, fonctionne en tant que film. C’est une série B très bien troussée par un réalisateur qui sait créer la tension à partir de rien. La caméra s’attarde fréquemment sur un coin de pièce vide, ou privilégie des plans trop larges pouvant ressembler à du gâchis dans un autre film. Mais ici, l’espace inoccupé suggère évidemment la présence d’Adrian, pay-off ou non à l’arrivée, en fonction des scènes (tout peut arriver… ou pas).

Les défauts d’Invisible Man n’en sont pas vraiment compte tenu du genre et de son budget. Concentré sur le suspense, il a parfois tendance à trop tirer sur l’élastique (menant à un film de 2h quand même). Certaines décisions des personnages ou leur incapacité à communiquer à des moments clés sont surprenants. Le métrage se repose un peu trop sur la musique pour provoquer des jump scares (certes efficacement). Enfin, on n’élucide jamais des points pourtant importants dans les machinations d’Adrian. À la question très légitime posée par un flic : « Comment a-t-il fait ceci ou cela ? », Cécilia n’a d’autre explication que : « Parce qu’il est brillant et c’est ce qu’il fait le mieux ! » OK. On va dire que ça passe.

Invisible Man

Série B d’actualité

Pour le côté « Me Too », Invisible Man s’en sort beaucoup mieux que des étrons propagandistes comme Terminator Dark Fate ou Charlie’s Angels, par exemple. Déjà, par la maîtrise du récit. Rester cohérent et impliquant jusqu’au bout est donc possible. Ensuite, parce que Cécilia est un personnage féminin auquel on s’attache, grâce à la combinaison entre son écriture, son interprétation, et le fait que c’est son film, son point de vue du premier au dernier plan. C’est l’histoire d’une femme qui se bat pour se libérer d’un monstre à forme humaine.

Et Invisible Man devient fascinant quand on creuse. Adrian est l’incarnation extrême du mâle pervers, narcissique, dominant, puissant et retors. Il est plus mauvais que les mauvais condamnés aujourd’hui, une vraie invention de cinéma (dans le bon sens). Dans les films les plus iconiques ou marquants sur le thème, l’Homme invisible a souvent été représenté comme l’homme devenant monstre une fois enivré par ce pouvoir. Il portait en lui des germes de Mal que l’invention allait faire éclore.

Invisible Man

Ce n’est pas le cas d’Adrian, qui a toujours été un monstre (cf. sa relation avec son frère). Et à l’époque actuelle, des monstres dans son genre, on aimerait qu’ils disparaissent, et eux aimeraient qu’on les ignore. Adrian a trouvé le moyen d’avoir les deux, grâce à une technologie elle aussi ancrée dans l’actualité. Malheureusement, elle lui permet de faire encore plus de mal. Certes, au final, la justice sociale l’emporte. Mais le film insinue une rengaine très vieille, mais très appropriée : faites gaffe à ce que vous souhaitez.

LES + :

  • Série B bien troussée.
  • MeToo sans le « too much ».
  • Sans surprise, les effets spéciaux sont excellents (quand il y a quelque chose à voir ^^ ).

LES – :

  • Les clichés de la série B (décisions bizarres, trous scénaristiques).
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Critique expresse : Sonic, le film « Un cas épineux qui tire son épingle du jeu »

Sonic le film

Sonic, le filmSur la même planète où vivent les Angry Birds, si l’on en croit l’excès dégoulinant de CGI, bébé Sonic (Ben Schwarz) vit avec Longclaw, une nounou hibou. Sa mission est de le protéger, ainsi qu’un sac d’anneaux dorés permettant de voyager entre les mondes. Sauf que Sonic est si peu discret que des méchants pygmées le suivent jusqu’à chez lui après une de ses escapades. Ils attaquent, convoitant le pouvoir du petit hérisson bleu. Pour sauver Sonic, Longclaw ouvre un portail vers la Terre et lui confie les anneaux. Des années plus tard, dans la petite commune de Green Hills, Sonic a refait sa vie et est devenu la légende urbaine locale. Ça lui convient, jusqu’au jour où le gouvernement le remarque. Les huiles envoient alors leur atout le plus honteux, le Docteur Robotnik (Jim Carrey), pour le trouver et l’étudier. À la suite d’une série d’incidents malheureux, le shérif du coin, Tom (James Marsden), va devoir aider Sonic à échapper au savant fou…

Levez la main ceux qui s’attendaient à un échec total ? Surtout après le premier design de la bête. Soyons franc : Sonic, le film est dédié aux marmots. Il est donc parfois irritant, vraiment débile et dénué de sens. Pourtant, il est vraiment loin de la cata irregardable qu’on craignait. Bien sûr, pour ça, il faut faire le deuil de certaines choses.

Sonic, le film

Sonic, la pub

Les cinéphiles ne trouveront rien à manger ici. Sonic, le film sort du même moule que les comédies pour mioches typiquement américaines. L’humour pipi caca est fréquemment invoqué. La famille est le message du film. Et des incohérences totales salissent l’histoire. Sorti de Robotnik, les humains ne servent à RIEN. On sent les scénaristes à la peine pour justifier leur présence.

Sonic trouve toujours une excuse pour que Tom l’accompagne à San Francisco, ou pour qu’il l’emmène au sommet du Transamerica Building. Mais il peut traverser le pays entier en deux secondes ou courir sur les murs. Les moins de cinq ans ne seront pas chiants. Leurs grands frères ou leurs parents, par contre…

Il y a aussi l’argument : Sonic vient dans notre monde. Ce compromis n’est pas si mal. Rendre Mario humain n’avait pas réussi au plombier à l’époque (voir ici, brrrrr). On acceptait mieux le décalage quand les « mortal kombattants » se rendaient dans l’Outremonde (aaaaah, nostalgie). Mais Sonic, le film ne joue pas seulement la carte du prequel. Il réécrit la mythologie du hérisson.

Perso, je suis fan du personnage depuis son apogée sur Megadrive. Et il a déjà côtoyé des humains, pour le meilleur comme pour le pire. Mais beaucoup de joueurs se souviennent du pire. Cette nouvelle itération peut donc fâcher, malgré des easter eggs malins. Un « simple » film d’animation aurait eu plus de classe. Mais bon, il faut commencer petit (budget). Le succès étant au rendez-vous, Sonic devrait vite rentrer chez lui.

Sonic, le film

Peur bleue évitée de peu

Dit comme ça, le film ne motive pas. Pourtant, après Tomb Raider et Détective Pikachu, il semble que les adaptations de jeux vidéo commencent lentement à muter en vrais films, qu’ils soient plus ou moins bons. Avec Sonic, le film, j’ai passé un moment… correct. Je suis même très curieux de découvrir la suite. Ceci pour deux raisons.

Déjà, le respect de l’univers. Les easter eggs sont intégrés au film, et non frottés à la face du spectateur. Il y a aussi le changement de design initial (pour une fois, les fans ont eu raison de gueuler !). Sonic ressemble à Sonic. Et même si c’est un personnage de dessin animé en CGI, on s’y reconnaît. Il est BEAUCOUP plus mignon comme ça.

Ensuite, il y a Jim Carrey. Il pourrait irriter un spectateur. Mais vous avez déjà vu un acteur donner tout ce qu’il a, et vous continuez à regarder grâce à cette énergie et ce plaisir communicatifs ? Il est possible de se sentir énervé par cette hystérie permanente. Mais il est impossible de ne pas respecter cette patate de tous les instants. Cela fait plaisir de le voir vraiment kiffer son travail. Après une longue période de déprime, on retrouve l’interprète du Sphinx et du Mask. Il en fait des caisses, mais on voit qu’il est heureux d’être dans Sonic, le film. Et franchement, difficile d’imaginer un autre dans le rôle.

Résumé supersonique

Le temps a beau abîmer le souvenir d’une chose, son cœur doit rester intact. C’est le sentiment qui ressort après visionnage. On reconnaît le hérisson et son lore, tout comme on retrouve l’interprète de sa Némésis. C’est drôle quand on y pense : les deux étaient au pic de leur popularité à la fin des 90s. Le « Blue Blur » et « Looney Bin » Jim avaient peut-être besoin l’un de l’autre. Sonic, le film a le droit de ne pas être un grand film (ni même un « bon » film, suivant où l’on se place). Mais vu sous cet angle, on peut le qualifier de réussite.

LES + :

  • Sonic, ses amis et son univers sont respectés.
  • Jim Carrey, fantastibulairement débordant d’énergie.
  • Maintenant que les présentations sont faites, je suis curieux de voir la suite.

LES – :

  • Le fait qu’à un moment, l’équipe du film ait envisagé ce premier design hideux.
  • Jim Carrey, fantastibulairement énervant pour certains.
  • Les humains sont là pour meubler (et c’est parfois embarrassant pour qui a un cerveau).
  • C’est essentiellement un film pour les petits (et c’est parfois embarrassant blablabla).
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Critique : Bad Boys for Life « La troisième, c’est la bonne ! »

Bad Boys for LifeDans Bad Boys for Life, Mike Lowrey (Will Smith) et Marcus Burnett (Martin Lawrence) bossent toujours aux stups de Miami malgré le poids des ans. Si le premier n’a pas changé malgré un bouc grisonnant, le second pense plus que jamais à la retraite, à la religion et au cocooning. Le jour où Isabel Aretas (Kate del Castillo) s’échappe de la prison à perpétuité, elle fomente une vengeance sanglante contre les responsables de son arrestation. Cela inclut Mike, dont la tentative de meurtre l’a laissé bien remonté. Marcus est réticent, leur capitaine est sur les dents (Joe Pantoliano, plus zozotant que jamais), et l’Ammo est mise sur l’affaire (il s’agit d’une nouvelle unité de police hi-tech). Mais Mike ne reculera devant rien pour retrouver les coupables… quitte à découvrir des choses sur son propre passé qu’il préférait ignorer.

On y est. 17 ans après Bad Boys 2 et malgré quelques tentatives ratées (dont la participation de Joe Carnahan, qui sera quand même crédité au scénario), les bad boys sont de retour. Preuve que le studio n’avait pas confiance : le film a coûté moins de 100 millions à tourner, et il sort en janvier, période où il n’y a généralement rien de bien à mater au ciné. On dira ce qu’on voudra du diptyque réalisé par Michael Bay, le film de Adil et Bilall est sans doute le meilleur de la série. La raison est évidente : il raconte quelque chose. Quelque chose de convenu, certes, mais c’est drôle, carré et entraînant.

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« Bad boys, watcha gonna dooo… ? »

Bad Boys for Life n’invente pas l’eau chaude, mais il nous sert régulièrement de petits rebondissements bienvenus. Loin d’être originaux, ils sont vraiment inattendus et ont un réel impact sur l’histoire. C’est un exploit, après deux films aux péripéties gratuites, entièrement centrés sur le bling-bling, le badaboum et d’épuisantes joutes verbales.

Le cinéma ne manque pas de suites tardives et inutiles, d’ailleurs, ce nouveau Bad Boys sort en même temps que le bluray de Rambo 5. Mais des fois, le miracle arrive. Psychose 2 en est un excellent exemple (si vous ne saviez pas qu’il existait, c’est fait). D’autant qu’on ne parle pas de la suite d’un chef-d’œuvre, mais des expérimentations du faiseur le plus inconséquent de Hollywood.

C’était déjà intéressant que Joe Carnahan (yes !) ait écrit le scénario et soit pressenti pour réaliser, avant de passer le flambeau aux belges Adil et Bilall. Les deux avaient été contactés quelques temps plus tôt pour s’occuper du Flic de Beverly Hills 4. Finalement, au lieu d’une blague belge à 90 millions de dollars, ils nous pondent Bad Boys for Life, et on y gagne au change.

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Des idées dans la suite

Ce choix de réalisation est salutaire. Bad Boys for Life se concentre sur le polar nerveux au lieu d’être une pantalonnade explosive, gore et sans queue ni tête. Vous aimiez les films précédents pour ça ? Dommage. Quoique on y retrouve des clins d’œil intelligents (comme un plan-citation et un caméo de Michael Bay) ou pertinents (le retour de Reggie). Et la violence y est aussi juteuse qu’il y a vingt ans (yes !). Mais l’opus 3 abandonne le mauvais goût, les expérimentations et les plans « à la Fincher ». Par contre, si vous aimiez les personnages, vous serez ravi. Mike et Marcus étaient jadis des caricatures de flics échappées du SNL (Bad Boys 1), puis de véritables personnages de jeux vidéo que la mort n’émouvait plus (Bad Boys 2). Plus maintenant.

La quarantaine derrière eux, ils ont droit à de vrais moments d’humanité et de remise en question. Ils s’interrogent sur leur place dans le monde, et avec du recul, dans leur franchise (faisant face à leur âge, mais aussi à la jeune génération incarnée par l’Ammo). Tout ceci fonctionne selon des codes bien établis, mais c’est fait avec une sincérité et une naïveté qui font mouche. Les deux stars ne se chamaillent jamais assez longtemps pour en devenir lourdingues. Et le scénario (qu’on devine grandement dû à Carnahan) ajoute de la tragédie et relance les enjeux quand on ne s’y attend pas.

Ça sent le drame facile et tordu façon télénovelas, auxquels le film fait un clin d’œil appuyé, mais ça passe. Après tout, on est au cinéma, en plus à Miami. Il y a donc des néons partout, les voitures explosent avec une seule balle (yes !), et l’Ammo jouit d’une technologie tape-à-l’œil digne des Experts : Las Vegas. Si vous n’êtes pas partant, que foutez-vous là ?!

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Bad and Furious ?

Bad Boys for Life sent la relance humble mais réussie de la franchise. Il redore le blason de Will Smith, terni au box office ces derniers temps, et intronise son duo de réalisateurs. En plus, il prépare le terrain pour, éventuellement, un nouvel opus. Visiblement, il a suffisamment cartonné pour ça.

Il y a une seule chose à vraiment déplorer. Ce polar léché et divertissant se retrouve coincé entre une introduction et une scène post-générique piquées à Fast and Furious. Même si les promesses sont tentantes, on espère que Mike et son partenaire vont mériter leurs galons. Ce serait con de revenir de si loin pour s’aventurer sur le même terrain que Dominic Toretto. La bêtise spectaculaire, ç’a son charme, mais aussi ses limites.

LES + :

  • Mike et Marcus deviennent de vrais personnages, attachants et beaucoup moins fatigants.
  • L’humour est mieux employé qu’avant.
  • Le film réserve des surprises.
  • Michael Bay passe mieux devant la caméra que derrière.
  • On  retrouve le logo des productions Don Simpson/Jerry Bruckheimer, duo de producteurs emblématique des 90s. Un clin d’œil touchant au premier cité, décédé depuis.

LES – :

  • Le film n’a rien inventé. Vous voulez du changement par rapport aux années 90 ? Circulez.
  • Attention à ne pas s’enfoncer deux films après comme Fast and Furious.
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Critique : Underwater « Mixez Life et Gravity avec une pincée de sel »

Au fin fond de la fosse des Mariannes, en plein océan Pacifique, la compagnie Tian a installé sur des kilomètres un réseau de stations sous-marines. Mission : extraire du pétrole là où nul homme n’est jamais allé. Évidemment, c’est aussi là qu’on trouve des ennuis comme on n’en a jamais vus. Après un tremblement de terre titanesque qui a bousillé un tiers de sa station, Norah (Kristen Stewart) va se retrouver coincée avec une demi-douzaine de survivants, sans espoir de secours. Le groupe va alors tenter l’inédit : marcher jusqu’aux complexes voisins pour trouver, peut-être, des capsules de sauvetage. Mais en plus de la pression risquant de les broyer comme des canettes vides, il y a autre chose, là-dehors. La cause de la tragédie est toujours aux aguets, prête à leur tomber sur le pif à la première occasion…

Si j’ai bien compris, Underwater était terminé depuis deux ans maintenant, coincé dans les starting-blocks. Une situation qu’on n’imagine pas arrangée par la transition du rachat de la Fox par Disney. Comme tout ce qui fait peur à un studio (Bad Boys 3), il sort donc en plein mois de janvier, parce qu’on ne sait jamais. Peu importe si le film est bon ou pas. « S’il se ramasse, personne ne le remarquera, et s’il marche, on y gagnera. » Mais maintenant, on sait : Underwater est une bonne petite série B anxiogène et noire, et puis c’est tout. Mais c’est déjà bien.

Dans l’eau, personne ne verra que dalle

Vous vous rappelez certainement, si vous êtes aussi vieux que Bibi, de ces trop rares films de monstre sous-marin qui ont fait notre enfance (Mutant aquatique en liberté, aka Deep Star Six en VO, ou encore Leviathan). Des machins d’exploitation qui ont cherché à mixer Alien à Abyss, mais en ayant surtout l’ambition artistique d’un bon nanar du samedi soir. Dans le paysage cinématographique actuel, blindé de blockbusters m’as-tu-vu, Underwater est leur équivalent. Projet de S-F d’horreur aquatique, ce qui est en soi une anomalie, il a été monté sur un budget de « seulement » quatre-vingt millions de pépètes. Une espèce d’expérimentation industrielle dont le résultat, pour un budget si modeste, impose le respect.

Contrairement à ses ancêtres historiques cités plus haut, Underwater est techniquement sans reproche. On se doute bien que 97 % des scènes sont en images de synthèses. Mais elles sont aidées par la physique des éléments, le travail sonore, le design général… Mais surtout, par le fait que l’eau, c’est trouble, et à cette profondeur, on a du mal à voir quoi que ce soit. Cela aide à faire passer beaucoup de choses, mais aussi à jouer sur le hors-champ et l’obscurité.

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L’environnement est propice à une atmosphère véritablement oppressante, anxiogène, désespérante, à mesure que les marcheurs de moins en moins nombreux s’enfoncent vers l’épicentre de la catastrophe et sa tétanisante nature. Ajoutez à cela quelques explosions de violence brutales et gores, et vous ressentez combien le fond de l’océan ne veut pas de nous.

Underwater n’est pas sans écueils

Qui dit « série B » dit « By the book » (« à la lettre »), et Underwater ne se foule pas. Sa mise en scène parvient à embarquer le spectateur dans ce trip sous-marin claustro tiré au cordeau. Par contre, le scénario ne s’épargne aucun cliché, mais alors AUCUN (spoiler : le black y passe en premier). Il s’autorise même le coup du comique de service avec T.J. Miller, qui dessert plus qu’autre chose. L’acteur rejoue le meilleur pote de Deadpool en mode « open bar », prêt à désamorcer chaque seconde de film par des répliques à l’impact comique proche de zéro. Par pitié, meurs vite !

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Le plus gros reproche, et le dernier, que l’on puisse faire à Underwater, c’est sa durée. En seulement quatre-vingt-dix minutes, le film perd en fascination. Le complexe de Tian Industries est constitué d’une dizaine de stations et pipelines qu’on ne fait que traverser, sans avoir l’occasion de connaître la structure ou la topographie de lieux pourtant fascinants sur le papier. Les personnages sont plongés dans le bain illico, juste après un générique d’intro ultra cut relatant l’histoire de la station et les mystères l’entourant (conditions de travail pénibles, disparitions mystérieuses, etc.).

Nos héros n’ont droit à aucune exposition digne de ce nom pour nous permettre de nous y attacher ou de les comprendre, et ce que nous apprenons ne tient que de l’information. Enfin, la menace, si elle est (entre-)aperçue, n’est jamais étudiée ni comprise, pour notre plus grand malheur. Le fan de film de monstre se fait teaser puis renvoyer chez lui, après avoir payé d’avance pour une simple tape sur les fesses, ce qui est bien dommage.

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On ne vit pas que d’amour et d’eau fraîche, mais on peut s’en contenter

Quelque chose de terrible s’est passé au fond des eaux. Mais même si on aurait aimé en découvrir plus sur Tian, sur les personnages, ou encore sur l’horreur surgie des profondeurs, il y a certaines choses que l’homme n’a pas le droit d’approcher. C’est le sentiment qu’on retient d’Underwater en sortant de la projection. Ça et le souvenir d’avoir passé malgré tout un bon moment sur un grand huit, focalisé purement sur les sensations et le rythme. Le premier film de monstre de l’année se parcourt et s’apprécie en toute simplicité, comme un mix en eaux salées de Life : Origine inconnue avec Gravity. Il y a pire comparaison.

LES + :

  • Techniquement irréprochable.
  • Vraiment claustro, vraiment gore et vraiment noir.
  • Un thriller horrifique sous-marin efficace ? C’est trop rare pour bouder son plaisir.

LES – : 

  • Trop court. Le monde et ses personnages ont tous un potentiel que le film n’exploite jamais.
  • Trop cliché. La minorité afro-américaine a toujours une espérance de vie TRÈS limitée, le comique de service mérite de mourir, et certains dialogues n’échappent pas à l’éternel sentence du type « l’homme ne devrait pas être là ». Tout ça n’est pas un crime. C’est juste usé jusqu’à la corde.