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Critique : 007 SPECTRE « J’ai vu un fantôme »

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Spectre

« LES MORTS SONT VIVANTS. » C’est sur ces mots que débute SPECTRE, la vingt-quatrième aventure de l’agent 007. Or personne n’est plus doué pour mourir et revenir que l’espion favori de la Reine. Avec l’ère Daniel Craig, le mythe est passé par toutes les couleurs de l’arc-en-ciel. Après un nouveau départ audacieux et efficace (Casino Royale, 2006), James Bond a poursuivi une lente remise en place (et en question) de sa légende.

Il fut d’abord malmené au travers d’une suite moderne et dynamique, sabordée par une intrigue obscure et vaine (Quantum of Solace, 2008). Son apprentissage s’était ensuite achevé au terme du lugubre et suranné Skyfall (2012), qui survolait pour la toute première fois l’histoire de la famille de l’espion orphelin, non sans conserver une part de mystère sur ses origines. In fine, James retrouvait le viril M, Miss Moneypenny et Q, sa vraie famille au cinéma. Il était prêt à repartir pour de nouvelles aventures, promises comme de coutume par le message « James Bond reviendra » apparu après le gunbarrel shot placé en fin de métrage, comme pour appuyer un sentiment de loooooongue ouverture en trois films.

Glissement de terrain

Avant SPECTRE, on avait une trilogie certes imparfaite, mais du glissement effectué depuis 2006 émanait une certaine cohérence. D’abord dans la dérive des intentions, quand de réinventer James Bond en prenant de véritables risques, la saga finit par revenir aux fondamentaux du mythe (parfois en risquant les références hors-sujet).

Ensuite dans la permutation des styles, lorsque la modernité froide et lumineuse des débuts céda la place à une esthétique plus nostalgique, donnant entre autres la part belle aux jeux d’ombre et de lumière (sans heureusement sacrifier l’efficacité des scènes d’action). A l’image de son héros nouvellement promu, Bond-Craig cherchait sa place autant dans la saga qu’auprès du public. Le passage d’un artisan efficace (Martin Campbell, déjà à l’œuvre sur GoldenEye) à un cinéaste auteur tel que Sam Mendes (Skyfall) confirmait cette recherche de reconnaissance. Pari gagné. Skyfall fut l’épisode de tous les éloges et le plus grands succès de la franchise. SPECTRE espérait recréer cette réussite, conviant à nouveau Sam Mendes, sa mise en image vintage et ses références toujours plus appuyées à la mythologie bondienne. Un procédé qui avait ses risques.

Dans Skyfall, le nouveau Bond récupérait au garage l’Aston Martin des débuts, celle avec les fusils dans les phares et son bouton d’éjection (au lieu de celle qu’il avait gagnée au poker dans un film antérieur). D’où Diable la sort-il dans le contexte établi depuis Casino Royale ? Jusqu’à présent seul bémol dans la continuité du nouveau cycle, la référence faisait sourire à défaut d’être pertinente. Le constat a changé aujourd’hui quand on voit la réaction générale aux clins d’œil à foison de l’opus de l’année. Avant même de chercher la pertinence ou même la cohérence de son intrigue, SPECTRE donne l’impression de feuilleter un album souvenir de la grande saga bondienne, livrant scène après scène tous les clichés (n’ayons pas peur des mots) inhérents à la série.

Spectre« Vous êtes bluffé ?
– Oui, je suis Blofeld. 
– Et vous êtes bouché, en plus.
– Comment ? »

Give me Moore !

Le tandem Craig/Mendes n’a jamais caché être nostalgique de l’époque Roger Moore, et l’on ne sera pas surpris qu’une bonne partie du film cède au second degré et aux clins d’œil appuyés. Oui mais… à quoi bon quand Sam Mendes en mode « auteur de luxe » livre un produit sur-esthétisé où chaque scène, chaque plan aux décors luxuriants distille une ambiance sombre, sérieuse, déprimante, à l’image du film précédent qui en revanche ne s’encombrait pas de fan service. Nostalgie d’un réalisateur trop amoureux du passé ou volonté écrasante des producteurs de servir la soupe à un public qu’ils imaginent friand de références bon marché ? Un peu des deux, sans doute.

Toujours est-il que SPECTRE en fait les frais, citant frénétiquement toutes les grandes scènes ou idées de la série depuis ses débuts, échouant du même coup à les réinventer et/ou à les rendre excitantes à nouveau. D’une ouverture over-the-top digne de GoldenEye (réaliste, quoi) jusqu’à une bagarre à bord d’un train de luxe (la routine) avec un tueur héritier des grands balèzes mythiques (et mutiques), Bond infiltre des réunions secrètes impliquant curieusement beaucoup de figurants, il fait parler les femmes en échange d’un orgasme (Monica Bellucci s’est fait avoir), il abat une armée en marchant fusil à bout de bras (Brosnan, sors de ce corps !), et enfin il déjoue les plans tout sauf choquants de sa Némésis, bien sûr après une séance de torture de laquelle il sortira indemne quand la logique (et les explications pointues du méchant) vous convainc que non.

Et encore, on vous a épargné le légendaire mais kitsch costard blanc ou la réflexion d’un Q seul à rire de sa blague méta sur cette p**** d’Aston Martin. Comme conscients que quelque chose leur avait échappé en route, Mendes et sa muse reviennent à la « formule » Skyfall dans une dernière ligne droite plus en phase avec le reste de la cuvée Craig, jouée symboliquement au milieu de ruines. Hélas, cette fin arrive trop tard pour nous laisser un sentiment de complétude.

« Viens avec moi si tu veux vivre ! » Aucune raison de ne pas lui faire confiance…

We meet again… again, Mr Bond !

Et c’est dur de faire abstraction de ces private jokes pour se focaliser sur l’histoire tant elle n’arrive jamais à captiver. Avec des scènes d’action molles et sans imagination (comme une course en voiture de dix minutes à faire des drifts dans les rues vides de Rome), il fallait au moins une histoire forte pour nous tenir éveillés. Pas de bol, le double enjeu pour le monde et pour James ne passionne pas. D’une part à cause de l’indifférence générale quant au passé commun de Bond avec le méchant Blo… euh, Oberhauser (Christoph Waltz, plastifié). Suite à leur premier regard échangé au bout d’une demi-heure, 007 nous assénera qu’il le connaît (c’est bien pour lui) sans que jamais lui ni personne ne suggère pourquoi.

Son ennemi au regard mort révélera finalement le pot aux roses vingt minutes avant la fin, quand le spectateur aura depuis longtemps lâché l’affaire. Quant à la menace que représente Blof…  Oberhauser, elle est autant dans l’ère du temps que déjà totalement frelatée. L’hégémonie sur les moyens de communications et de surveillance est un petit peu le sujet tendance depuis une décennie. Les mots « drones », « Big Brother » ou récemment « post-Snowden », on les entend partout pour vendre n’importe quoi (même le prochain Jason Bourne). Et avouons-le, la surveillance omnipotente est une chose carrément dégueulasse, mais 90% du public qui ira le voir se fichent depuis belle lurette de savoir qui les espionne, puisqu’habitués à l’idée.

Sans réelle menace cachée derrière, on a donc l’impression que le SPECTRE de Blofeld (Oups… Allez, j’arrête, c’est bien lui) ressemble plus à une start-up qu’à une puissante organisation terroriste. Il faut le voir faire visiter ses bureaux d’Afrique hébergeant une armée de redoutables bloggeurs et téléprospecteurs du Mal… Et ce n’est pas en rajoutant un artificiel « C’était moi, James ! » que les choses prennent de l’épaisseur, le lien avec les trois épisodes précédents se faisant on ne peut plus gratuit et facile, sans parler des contradictions que cela entraîne.

SpectreLa nouvelle Aston Martin DB10, le deuxième grand amour de Bond… après la p***** de DB5 qu’on arrête pas de remettre sur le tapis !

Spectre, un film femme-élique

Au milieu de tout ça, Bond est hélas redevenu une brute égoïste sans foi ni loi, ni héros ni antihéros. D’emblée, il est capable de faire s’écrouler un immeuble de cinq étages (et de tuer probablement les occupants) sans s’en émouvoir, préférant les bons mots et l’indifférence, à laquelle le masque rigide de Daniel Craig sied toujours comme un gant. Il fallait bien une ou deux girls de caractère pour le sauver de la névrose. Malheureusement, les femmes sont tout sauf gâtées ici. Ce n’est peut-être pas un hasard si le générique d’assez mauvais goût incruste les tentacules d’un poulpe fortement numérique autour des silhouettes cambrées des mannequins nues de rigueur. Après Skyfall, qui en était assez dépourvu, on nous donne cette fois à admirer le croisement douteux entre un clip de Mylène Farmer et un générique d’anime japonais cochon !

La débandade (hem) se poursuit avec le caméo express de Monica Bellucci, vulgarisée et instrumentalisée jusqu’à l’insulte (dans la grande tradition de la série, elle informe Bond en échange d’une bonne b****). Mais dès qu’intervient le personnage joué par Léa Seydoux, les rapports amoureux de notre héros entament un déclin irrattrapable. Si l’on passe outre mon manque de conviction initial vis-à-vis de l’actrice (renforcé par une fierté nationale abusive étalée par tous les tabloïds), Madeleine Swann peine à convaincre. Elle a beau être une psy, ses échanges avec Bond ne semblent jamais profonds ni pertinents. C’est normal, remarquez : elle ne doit pas être bien finaude pour accepter de le suivre après qu’il lui ait assuré qu’elle serait plus en sécurité avec lui. On se demande comment le chaud lapin crétin a réussi à la convaincre, alors que juste avant il a failli l’aplatir trois fois d’affilée avec son avion.

Sans aucune alchimie entre les deux comédiens, leur rapport évolue de la défiance polie à un amour réciproque et sans faille. Nulle doute que tous les quadras dans la salle auront la larme à l’œil en voyant Bond et sa promise de vingt ans de moins s’éloigner main dans la main… Mais est-ce romantique ou dérangeant ?

Bois un petit coup, Seydoux…

Bond débarras ?

Quand SPECTRE se termine, on a le sentiment que les aventures de James Bond se sont bel et bien achevées. Peut-être le nom de son héroïne, Madeleine Swann, était-il un avertissement en soi : à la fois plaisir coupable mais chant du cygne de la carrière de l’espion, finissant par se ranger après avoir réglé ses problèmes personnels et professionnels. Il n’empêche que dans cette vie, la résurrection de son plus grand ennemi est un pétard aussi mouillé que celui du Syndicat dans Mission : Impossible – Rogue Nation. A ceci près que contrairement au dernier 007, les aventures d’Ethan Hunt injectaient une énergie et un savoir-faire dans l’action manquant cruellement à l’équipe de Sam Mendes, laquelle s’obstine à vivre dans le passé.

SPECTRE se perd dans une citation lourdingue et trop fastueuse, due à un réalisateur et/ou des producteurs trop peureux de foirer leur coup. Ce vingt-quatrième film a certes coûté plus cher qu’un Marvel (une honte), il est plus soigné et plus beau que Skyfall, il n’est pas plus idiot… Il est en revanche beaucoup moins osé, ses meilleures promesses ayant été trahies par un abus de fan service et un casting mal exploité, tous deux appuyés par une communication comme toujours tonitruante. La saga étant devenue en dix ans un événement aussi attendu que les Avengers et Star Wars, il était normal qu’elle suive le même déclin. Beaucoup de bruit pour rien, comme on dit. Mais vous savez ce qu’on dit d’autre… JAMES BOND REVIENDRA.

Spectre« Tadah, tadaaah… TADA-DAAAAAH ! »

LES + :

  • SPECTRE est très beau.

LES – :

  • L’incompatibilité du style (pompeux et sombre) avec la réexploitation des pires clichés bondiens (second degré des dialogues, action invraisemblable, enquête et romance bateau).
  • La longue pub friquée de produits friqués que 97 % du public ne pourra pas se payer.
  • Ils ont gâché Christoph Waltz.
  • Ils ont gâché Dave Bautista.
  • Ils ont gâché ce mec qui joue Moriarty dans Sherlock.
  • Ils ont gâché Monica Bellucci.
  • Léa Seydoux (non, ils ne l’ont pas gâchée, elle est là, c’est tout).
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Test PS4 : Until Dawn « Le Scream parfait »

Until DawnC’est aujourd’hui la veille de la Toussaint ! Et pour fêter Halloween comme tout bon français qui se respecte (?), j’espère que vous avez de quoi vous faire des frayeurs ce soir. Le mois d’octobre n’est jamais avare en bonnes surprises en matière de jeux vidéo qui font peur. Après une année 2014 marquée par le très stressant Alien Isolation mais également le très fonctionnel et creux The Evil Within, Halloween version 2015 nous offre son lot de frissons numériques grâce aux promotions en ligne en tout genre (j’ai dévalisé le Playstation Store) et à l’excellent Soma, mais surtout au très jouissif Until Dawn. Si vous n’y avez pas encore tâté, si vous n’avez jamais été rebuté par le genre a priori très dirigiste représenté par les productions Quantic Dream (FarenheitHeavy RainBeyond : Two Souls), et si vous kiffez le cinéma d’horreur bien américain et bien foutu, alors faites la ola ! aux petits gars de Supermassive Games qui ont accompli un boulot auquel même moi je ne m’attendais pas.

“It’s not a job, it’s an ADVENTURE !”

Dans la liste des jeux vidéos d’inspiration cinématographique, on peut citer deux catégories : d’une part les « jeux cinématographiques » qui restent littéralement des JV de genre bien typé (plateforme, shoot, TPS…) entrecoupés ou jalonnés d’éléments narratifs (les sagas Metal Gear Solid et Uncharted sont des bulldozers de cette catégorie) et les « films interactifs », des aventures préconçues ne nécessitant du joueur que d’appuyer sur tel ou tel bouton (les fameux et souvent critiqués Quick Time Events, QTE) pour vaguement ou radicalement influencer le déroulement de l’histoire. Dans ce cas, on parle quand même aujourd’hui de productions autrement plus classes et intéressantes que les jeux d’aventure point n’ click en Full Motion Vidéo (ou FMV) des années 90, qui ont gagné leur renommée sur PC et surtout Sega Mega-CD avec le naze mais cultissime Night Trap. *

Le problème de cette deuxième catégorie, si elle nous a récemment offert son lot de blockbusters réjouissants et ambitieux (en particulier avec Beyond et Heavy Rain) c’est peut-être justement sa trop grosse ambition de grand spectacle doublée de la difficulté à proposer une histoire aux embranchements « vraiment » multiples (quoique sur ce point, Heavy Rain réservait davantage d’importance aux choix du joueur que Beyond). Arrive alors Supermassive Games avec son très alléchant Until Dawn, aux ambitions de film de série B et dont la principale attraction consiste en la prise en compte du désormais populaire effet papillon : faire un truc ou pas entraîne l’arrivée d’un autre truc… ou pas. Et ça, ça change presque tout.

« Emily, Mike, Matt, Sam, Ash… Que les absents lèvent la main, s’il vous plaît ! »

L’effet papillon

Bien qu’on ait affaire ici à un soft dont le développement avait débuté initialement sur PS3, l’aventure n’a techniquement pas à rougir de la comparaison avec d’autres sorties du moment. On lui pardonnera d’autant plus les aspects pouvant attirer l’œil attentif (comme la formation des empreintes dans la neige) grâce à son ambition volontaire de payer son tribut aux budgets modestes du cinéma d’horreur. L’effet papillon était sans doute déjà à l’œuvre dès les prémices du projet : le choix thématique (une série B horrifique) entraîne un choix narratif (le focus sur les personnages) lequel entraîne l’importance des relations entre les protagonistes, relations qui conduiront au moteur du gameplay : le fameux butterfly effect.

Until Dawn nous invite donc avant tout à faire la connaissance de Josh, Chris, Mike, Ashley, Jess, Sam, Matt et la gavante Emily tandis qu’ils sont tous conviés à se retrouver dans le chalet perdu dans les montagnes du premier cité. Un an plus tôt disparaissaient tragiquement dans la région les deux sœurs du proprio après une sale blague de ses copains. Désireux de passer à autre chose, Josh espère que cette réunion va les ressouder et leur faire oublier le passé. Sauf que le passé ne dort jamais et que lorsqu’on a fait quelque chose dont il n’y a pas de quoi être fier, au cinéma, ça ne pardonne pas ! Rapidement donc, la petite bande va vite comprendre qu’un danger rôde dans les environs, et que des forces mystérieuses menacent de leur faire la peau un par un. Au joueur de faire ou non les bons choix au détour d’un dialogue ou d’une action, et de réussir ses QTE s’il ne veut pas que le personnage qu’il incarne se mange une beigne, tape un plongeon fatal ou fasse une mauvaise rencontre, de laquelle hélas aucune manipulation ne le sauvera cette fois. Et après deux chapitres (sur dix) d’exposition, autant vous dire que vous aurez appris à les aimer ou pas, ces petits cons.

« Oups ! C’est gênant… »

Script doctor

Alors oui, il ne faut pas rêver : Until Dawn est scripté. Beaucoup. Enormément. Mais c’est justement ce titanesque travail d’écriture et ces scènes et dialogues fournies qui lui procurent une replay value élevée et un plaisir certain. Qu’il s’agisse de simplement arrondir les angles dans ses rapports avec ses copains ou carrément les faire crever (involontairement ou pas), une bonne demi-douzaine de parties promet déjà autant de « films » différents à condition d’avoir un certain cran : et si cette fois, un tel se comportait en connard intégral ?  Doit-on laisser Machin en arrière ? Vais-je prendre le risque de m’éloigner pour enquêter seul dans un moment critique ? Faut-il se cacher ou courir ? Ces questions, il y en aura plein, et des conséquences importantes ou non également.

Si le spectateur occasionnel des films de genre slasher/horreur ne soupçonnera pas certaines ficelles, le cinéphile érudit et connaissant la musique devinera les plus gros rebondissements de l’histoire. Pourtant, même si c’est le cas, il sera doublement récompensé. Tout d’abord, le travail archi-sérieux des auteurs impose le respect. Toutes les références les plus cultes du cinéma d’horreur américain y sont conviées dans une intrigue en apparence très fourre-tout mais dont les fils se dénouent petit à petit pour trouver une respectable cohérence.

Je préfère passer sous silence certaines influences pour le plaisir, mais les scénaristes connaissent leurs gammes et ils ont su en jouer. Cela a tendance à flatter le cinéphile qui se félicitera d’en connaître long, mais tout en félicitant les créateurs avec qui il partage un état d’esprit complice puisqu’il est également joueur (et non critique, s’il n’avait été que spectateur). Il faut dire que la longueur d’une partie est aussi un sacré avantage, car caser autant d’éléments en une histoire d’à peine 90mn aurait donné un résultat foutraque et pour le coup absolument indéfendable.

You’re the boss !

Une fois le jeu fini, le constat s’impose : si Until Dawn avait été écrit pour être un B-movie, il aurait été bon. En tant que jeu, il devient exceptionnel. Devant un film, qui parmi nous ne s’est jamais emporté en critiquant les choix de personnages empotés avec qui il ne partage de toute façon aucune connexion ? Sauf que Until Dawn vous donne A VOUS le choix de prendre des risques ou des décisions stupides, et parfois pas pour le résultat espéré. Merci les scénaristes avertis et sadiques ! Cette fois-ci, c’est VOUS qui déterminez qui est le pigeon, le malchanceux, le connard, le mal-aimé ou le héros du groupe. Cette fois-ci, à cause de ou grâce à VOUS, tout le monde s’en sortira ou y laissera sa peau.

Mais le sentiment de liberté ne s’arrête pas à la simple notion de jouabilité. En plus de tirer sur des ficelles bien connues avec une vénérable intelligence et de vous donner le pouvoir sur le déroulement du drame, c’est également vous qui décidez du rythme du récit. A tout moment, l’espace d’un micro instant, vous n’êtes pas seulement l’acteur, mais bien en partie un peu réalisateur. Il vous incombe à vous de prolonger les moments de tension lorsqu’un bruit suspect demande à votre avatar de remonter lampe à la main un sombre corridor. La vitesse du travelling, suggérant constamment un point de vue ennemi, s’adapte bien sûr à celle que vous donnez à votre alter ego à la démarche troublante de réalisme (en particulier la gente féminine).

Mais si vous avez peur d’avancer, arrêtez-vous face caméra et profitez deux secondes plus tard d’un raccord en gros plan sur le visage crispé de Chris, Mike, Josh ou Ashley. Quelle impression désagréable de se regarder dans un miroir. Et quel choc si jamais la mort venait nous emporter alors qu’on était persuadé de s’être bien débrouillé (ou pas, si vous êtes un sale con sadique). L’identification est totale, le pied magistral et l’expérience inoubliable.

Bilan bileux

On n’est pas dupe : Until Dawn n’est pas non plus le Graal de l’interactivité qu’on pourrait croire (bien des rebondissements sont inévitables). Il est pourtant une véritable évolution du genre « film interactif » : sa liberté déjà impressionnante, sa qualité cinématographique (renforcée par des acteurs plus ou moins connus et convaincants) et le fun indiscutable qu’il procure fait rêver, sinon à des suites (cet opus n’en a nullement besoin), à d’autres productions et déclinaisons.

Et si c’était ça, l’avenir du cinéma ? En tous les cas, ce soir pour Halloween, c’est marathon Until Dawn ! Je vais me taper les dix chapitres d’affilée, faire en sorte que tout le monde se comporte en infâme salopard égoïste et me délecter des ravages que cela fera à l’intégralité du casting. L’horreur n’a pas de nom, mais si elle cherche à me joindre, elle connaît mon numéro…

LES + :

  • Un script très très détaillé et des choix en pagaille.
  • Un casting convaincant dont quelques têtes connues.
  • Une rejouabilité forte.
  • Quelle ambiance, quel gore et quel fun !

LES – :

  • Fidèle au genre, les incohérences scénaristiques sont nombreuses.
  • Certains rebondissements restent peu voire pas évitables.
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Critique : Le Transporteur, Héritage « Le transport tueur »

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Dans Le Transporteur : Héritage, Frank Martin begins ! Ou pas. Dans ce reboot contant soi-disant les débuts du personnage jadis interprété par Jason Statham, le Transporteur (Ed Skrein) et son père ex-agent secret (Ray Stevenson) sont embarqués par un quatuor de donzelles dans leur vendetta personnelle contre leur employeur, un proxénète sans peur du nom de Karasov (Radivoje Bukvic). Bien sûr, les règles strictes auxquelles obéit le coincé du volant vont être sérieusement malmenées. Le hic, c’est que dans cette relance de la franchise, le héros titre est constamment effacé au profit du jeu de hanches de ses clientes, de la participation incongrue de son paternel et du démon du placement de produit. On s’y attendait, cette héritage ne va pas nous transporter.

Rappel des règles

Jason Statham n’a pas de pot. Star incontestée de l’action du nouveau millénaire, il n’a jamais eu la chance d’atteindre le niveau d’excellence d’un Bruce Willis ou d’un Stallone de l’époque (bien qu’il les côtoie aujourd’hui dans la trilogie Expendables). Il a tout de même eu le droit à sa franchise à lui, improbable et assez boiteuse : Le Transporteur. Artistiquement entre deux eaux (nanar et divertissement correct), elle a au moins révélé et consacré leur acteur, mais également les réalisateurs Louis Leterrier (technicien doué et prometteur alors) et Olivier Mégaton (tout le contraire).

A ma connaissance, aucune autre série ne définit aussi bien le terme « véhicule » (ha !). Si chaque suite aurait été l’occasion de corriger le tir du film précédent, il n’en fut rien. Écrit par des enfants en bas âge et doté d’effets, hem, spéciaux, chaque opus n’était que le prétexte à son acteur phare pour enchaîner les scènes de baston hallucinantes, torse nu et chorégraphiées par le grand Corey Yuen himself (le Transporteur conduit aussi, à l’occasion…). Plus musclé que Ken Le Survivant et doté d’un charisme à faire s’évanouir celui qui le regarderait de travers, Statham faisait son show, il était l’attraction principale de produits qui ne banquaient que sur sa présence, un peu comme les Taken avec Liam Neeson (à la différence que Jason faisait vraiment ce pour quoi on le payait). Depuis, Statham est parti, n’ayant plus besoin de Frank Martin pour faire ce qui lui plaît, enchaînant d’autres projets mouvementés et souvent tout aussi bancals. Mais ceci est une autre histoire…

Une série télé était ensuite passée par là, histoire de donner une seconde chance au personnage (incarné cette fois par Chris Vance), hélas sans grand succès malgré des qualités manifestes et un potentiel toujours sensible. Après l’annonce de ce reboot improbable, l’angoisse était grande quant à savoir si la saga allait se réinventer et/ou si le remplaçant allait au moins faire l’affaire. D’autant que l’abominable Taken 3 était passé par là, confirmant le statut de voleur de la société Europa Corp.

Règle n° 1 : ne pas briser les règles

Relance oblige, Le Transporteur : Héritage se sent forcé de recycler des scènes, plans ou même simplement idées rendues relativement cultes par les opus précédents (ne manque qu’une empoignade virile dans une mare d’huile). Exemple : ce générique/introduction/signature dans un parking souterrain, cumulant les premières minutes des opus 1 et 2. La caméra en profite pour faire le tour de la nouvelle Audi rutilante et tout automatisée du Transporteur, avant que celui-ci castagne des malfrats dans la plus totale indifférence (tant la sienne que la nôtre). Quelle volonté étrange d’assurer la continuité d’une saga qui ne demandait pourtant qu’à repartir du bon pied ici, en nous racontant la jeunesse de son chauffeur/videur professionnel.

Malheureusement, le pauvre Frank Martin n’a jamais été aussi accessoire que dans cette nouvelle aventure. La faute à un choix plus que douteux de la part des auteurs de la chose : ne rien changer. A l’instar d’un Casino Royale, qui nous racontait les débuts de James Bond en tant que 007 mais en aucun cas comment il était devenu digne d’un permis de tuer, Le Transporteur : Héritage (titre absurde) met en scène son héros alors qu’il s’est déjà forgé une réputation dans le milieu. Au lieu d’assister aux prémices du personnage, à la transformation de ce jeune soldat badass et engagé en un livreur de luxe coincé et endimanché, le voilà déjà comme tel, sous-entendant à peine dans des dialogues peu convaincants les raisons de son changement de carrière.

Règle n°2 : oublier Frank Martin

A l’instar de leur personnage phare, les géniteurs du film ont préféré ne pas violer les règles. Même s’il a fait peau neuve, le Transporteur restera ici tel qu’il est, inaltérable et imbattable, et du coup incapable de susciter inquiétude ou empathie. Malgré le potentiel d’un personnage au croisement de James Bond et Jason Bourne, le renouveau salvateur de la saga ne viendra pas. Et si Ed Skrein fait sa grosse voix pour nous rappeler Jason Statham, il n’en a ni le physique de spartiate ni le charisme écrasant.

Au lieu d’un véritable reboot avec Le Transporteur : Héritage, ce sont les acolytes de Frank qui se montrent entreprenants, déterminant à sa place la direction du récit. Davantage que Mad Max (mais sans le talent pour faire passer la pilule), Frank Martin n’est pas qu’un simple sidekick dans l’histoire, mais carrément un ustensile, un pigeon obligé jusque dans la dernière bobine de jouer l’homme à tout faire pour ces dames, étant donné qu’elles menacent la vie de son paternel. Comble du malheur, Papa embrassera vite la cause (et bien plus) de ces demoiselles. Il jouera même à nouveau les espions dans des situations où il semblera prendre bien plus de risques et de plaisir que son rejeton.

Heureusement que Ray Stevenson, plus cool qu’un François Berléand, apporte à ce personnage la touche sympathique qui manque cruellement à son pseudo fils. Entre ces « nouvelles Mousquetaires » sexy et manipulatrices jusqu’au bout et ce James Bond retraité au charme certes usé mais encore efficace, Frank n’a aucun relief et se contente de suivre les flèches et péter des nez jusqu’au jalon suivant. On l’a connu plus entreprenant par le passé.

Règle n°  3 : ne pas faire de vagues

Mais qu’importe puisqu’on est venu voir un film d’action. Il y aurait de quoi avoir peur vu ce qu’était devenu la dernière franchise facile de la boîte à Besson (Taken 3, summum du racket). Avouons avec un soupir de soulagement que Le Transporteur : Héritage se regarde plus volontiers que la bouillie dégueulasse d’Olivier Mégaton (dont le meilleur film reste curieusement… Le Transporteur 3). Intrigue vaguement recherchée, poursuites vaguement inventives, bastons vaguement emballantes… Du coup, ce film vaguement regardable du fait d’un découpage et d’une photographie pas dégueu s’avère vaguement divertissant parfois. Même les tics les plus déplorables des productions Besson semblent avoir été calmés, les femmes semblant traitées de façon vaguement moins racoleuse…

Le Transporteur : Héritage, bilan technique

En résumé, à l’image d’Ed Skrein dans les chaussures de Jason Statham, Le Transporteur : Héritage n’est ni bon ni mauvais. Il a au moins le mérite de n’être pas du niveau de purges telles que Die Hard 5 et Taken 3 (tueurs de franchises et bouses artistiques). Le film assure vaguement le spectacle sans jamais surprendre ni emballer, mais sans non plus inspirer la honte intégrale à celui qui le verra.

Quand les ralentis sur voitures et inserts de smartphones ne ressemblent pas à des micro coupures pub pour Audi et Apple, ça roule et ça cogne suivant le fil rouge habituel du genre. Le spectacle ne suscite pourtant aucun intérêt, le héros complètement largué ne faisant que rebondir sur les prétextes qu’on lui donne. Le projet promettait la mise à niveau du concept et du personnage, il ne remet hélas pas les compteurs à zéro. Peut-être que le Transporteur aurait passé avec succès le contrôle technique si la franchise avait changé de garagiste…

LES + :

  • Bizarrement, moins naze que les précédents (pas plus, en tout cas).
  • Ray Stevenson est un personnage plutôt cool. Ils auraient dû faire le film sur lui.

LES – :

  • On se foule toujours pas trop, chez EuropaCorp.
  • Aucune origin story explorée (ni aucun héritage d’ailleurs, merci la traduction racoleuse).
  • Les clichés maison sur les femmes et le monde criminel ont toujours la peau dure.
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Critique : Mission:Impossible – Rogue Nation « Tom Cruise voit rogue ! »

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Enfin ! ENFIN ! Dans Mission:Impossible – Rogue Nation, Ethan Hunt (Tom Cruise) n’a PAS été piégé pour un crime qu’il n’a pas commis. En revanche, il s’est engagé seul contre tous dans une croisade contre le Syndicat, une organisation terroriste dont tout le monde doute de l’existence à part lui. Tandis que le chef de la CIA Hunley (Alec Baldwin) obtient la fermeture de l’IMF et ordonne son rappel, Ethan mène son enquête, croisant la route de la belle et troublante Ilsa Faust (Rebecca Ferguson), agent double désireuse autant que lui de mettre un terme au Syndicat… ou pas ? Ils seront rejoints par Benji (Simon Pegg), Luther (un gros Ving Rhames) et le réticent Brandt (Jeremy Renner) dans ce qui pourrait bien être leur dernière et plus périlleuse mission : faire tomber le Syndicat.

Musique classique

Disons-le tout de suite, Mission:Impossible – Rogue Nation est probablement le meilleur épisode de la franchise, en particulier parce qu’il est un pot-pourri d’influences multiples bien assimilées, à commencer par ce qui marchait le mieux dans les précédents volets. Après vingt ans et quatre expérimentations (autant de recherches d’identité), M:I 5 combine habilement le style et l’élégance de Brian De Palma (auteur du mythique premier opus) à l’énergie et l’inventivité dans l’action qui faisaient le succès de Protocole Fantôme de Brad Bird. A cela s’ajoutent le retour au casting des têtes les plus aimées de la franchise (Simon Pegg, Ving Rhames, Jeremy Renner), une poursuite à moto bigger que celle de Mission:Impossible 2 et une infiltration tendue et silencieuse (mais sous-marine cette fois) d’un bunker ultra-sécurisé comme à l’époque du film séminal.

En guise de petit plaisir sucré, le réalisateur a en plus gentiment twitté il y a un mois de cela un clin d’œil au game director du jeu Uncharted 3, sous-entendant que la scène où Tom Cruise s’accroche, s’infiltre puis descend d’un avion en vol avait été inspirée du hit de Naughty Dog. On appréciera la référence, même si, avouons-le, la séquence dans le film ne détrône pas celle démentielle de son cousin de pixels.

Inspiration du meilleur de la franchise donc, au moins tout autant que du jeu vidéo, passage obligé pour dynamiser et révolutionner le genre action aujourd’hui (Brad Bird, issu de l’animation, avait déjà tenté des plans fous et en apesanteur pour le volet précédent). Cela dit, on peut imputer le succès artistique de cette dernière mission au nouveau réalisateur Christopher McQuarrie. On connaissait déjà depuis Jack Reacher (son précédent film) son amour pour le cinéma de genre des 70s, à l’ambiance parfaitement retranscrite dans le film-véhicule de Tom Cruise. Un style nostalgique qui faisait l’intérêt d’un métrage pas si nerveux que ça, à la différence du cas présent.

Mission:Impossible – Rogue Nation se permet d’avoir de la gueule lors des scènes d’action tout autant qu’en dehors. Si le grain et l’austérité des décors de Jack Reacher renvoyaient volontiers aux polars sordides dans la lignée de l’Inspecteur Harry, M:I 5 assume complètement sa parenté avec l’élégance insufflée par Brian De Palma à l’opus 1 (nuit dans des ruelles européennes embrumées à la clef). Une filiation assumée dès le générique, reproduisant quasiment celui de 1996, et même à travers une claire et très brève citation, lorsqu’un personnage principal reconstitue mentalement un événement auquel il n’a pas assisté (comme lorsque Tom Cruise, dans le film de De Palma, « revoit » l’attentat de début de film en y intégrant cette fois le traître qu’il n’avait pu voir).

Mais au-delà du simple style, McQuarrie nous livre également un vrai récit d’espionnage où tout est faux-semblants et trahison. Un scénario plus touffu permettant de dépasser la simple allusion à un McGuffin fumeux (comme la Patte de Lapin ou la Chimère), d’autant que cette fois, une véritable et (soi-disant) puissante organisation est tapie dans l’ombre.

Parlez-en au Syndicat !

Les doubles jeux sont articulés autour du personnage d’Ilsa Faust (superbe Rebecca Ferguson) agent double, triple ou quadruple dont les véritables intentions ne manqueront pas de faire douter et cogiter le pauvre Ethan Hunt. Là encore, on retrouve une femme fatale que n’aurait pas renié Brian, à la sexualité constamment sublimée, qu’il s’agisse de dévoiler son corps ou un simple regard. Avec une combativité digne d’une amazone, rompue au corps-à-corps acrobatique et au pilotage extrême, Ilsa Faust est un personnage perturbant pouvant assumer aussi bien le rôle d’héroïne comme d’antagoniste majeur. Problème : le rôle de ce dernier est avant tout tenu par le Syndicat, et c’est peut-être là où le bât blesse.

Le Syndicat était l’antagoniste principal dans la série d’origine. Équivalent du SPECTRE pour James Bond, il s’agissait d’une entité à la nature assez changeante au fil des saisons, mais pas moins tentaculaire et puissante que l’organisation de Blofeld. Il aura fallu cinq films à la franchise pour sortir de la naphtaline un ennemi au potentiel digne de justifier à nouveau le mot « impossible ». Malgré la pêche du film de Brad Bird, cela faisait un peu de peine à votre serviteur de voir qu’il fallait une équipe d’agents taxés de « Mission Impossible » pour seulement traquer deux gus avec une mallette nucléaire sous le bras. Une armée de dissidents voués à manipuler l’ordre mondial comme on joue aux échecs avait davantage de quoi susciter l’excitation.

C’est oublier que le Syndicat était une sorte d’easter egg balancé à l’arrache à la fin de M:I 4. La continuité est brisée d’emblée dès les prémices de Mission:Impossible – Rogue Nation. Alors qu’on lui demandait de combattre le Syndicat dans les dernières secondes de Ghost Protocol, Ethan se retrouve un an après seul contre tous, l’IMF ayant visiblement oublié la mission qu’elle lui avait confié ! Mais ne boudons pas notre plaisir si le spectacle est bien là (revoir la formidable poursuite à moto).

Ce qui fâche un peu en revanche, c’est que le Syndicat n’est finalement réduit ici qu’à une simple organisation terroriste aux motivations nébuleuses mais trouvant un visage en la personne de l’impassible Solomon Lane (Sean Harris), un enroué au calme glaçant rappelant fortement Michael Nyqvist dans Protocole Fantôme. Encore un arrière-goût de déjà-vu dans un film qui ne manque pourtant jamais de panache. On regrettera enfin un final anticlimactique quoique cohérent dans le match opposant Hunt à son alter ego maléfique.

Ça continue encore et encore

En résumé, Mission:Impossible – Rogue Nation marche du tonnerre. Mais il lui manque quelque chose malgré ses passages de tension brillamment retranscrite. La tentative d’assassinat à l’opéra de Vienne ne laisse pas le temps de réfléchir à son dénouement, l’infiltration sous-marine parvient à plonger le spectateur en apnée en même temps que Tom Cruise, la chasse à moto établit un nouveau standard en la matière…

Pourtant tout ce qu’on voit n’est que du recyclage, certes parmi le plus intelligent observé dans un blockbuster depuis des années (cf. les ballots Len Wiseman ou Alan Taylor) mais telle scène ou telle idée donnera, malgré la pertinence du choix ou le dynamisme redoutable de son style, la sensation de déjà-vu : la traque de Hunt dupant la CIA comme Jason Bourne, Brandt se chamaillant avec Ethan, la poursuite à moto rappelant fatalement celle de l’épisode 2, Benji en passager affolé imitant Zeus d’Une Journée en Enfer, un combat au couteau dans la lignée de Jack Reacher… jusqu’à une vague impression de Benjamin Gates, lorsque Tom Cruise déclare le plus sérieusement du monde qu’il va kidnapper une figure politique majeure.

Petit coup de gueule personnel pour finir : si l’on accueille volontiers le retour de Simon Pegg en informaticien nerveux, il semble qu’on ait encore donné les restes à ce pauvre Jeremy Renner, qui se contente de jouer à nouveau le contestataire gueulard de la bande, dupliquant ainsi le schéma de M:I 4. Après Avengers et Jason Bourne : l’Héritage, l’acteur se fait pour la troisième fois carotter dans une franchise dans laquelle il aurait pu s’imposer si on ne lui avait pas coupé l’herbe sous le pied. Peut-être dans le numéro 6 ?

Mission:Impossible – Rogue Nation en cinq secondes

Grâce à son concept et à son style, Mission:Impossible au cinéma possède désormais tout ce qu’il faut pour devenir une grande et vivace saga dans la lignée de l’inoxydable James Bond. Cependant, pour le sixième chapitre déjà programmé, on est en droit de se demander si la série saura se réinventer. Se vautrera-t-elle plutôt dans une redite maladroite comme Fast & Furious, revenue de loin pour replonger dans les méandres de la médiocrité avec son calamiteux opus 7 ? Ce sera la mission impossible du prochain réalisateur… s’il décide de l’accepter.

LES + :

  • La série se bonifie avec le temps… Arrivé au cinquième épisode, c’est un phénomène rare au cinéma, encore plus dans le monde des blockbusters d’aujourd’hui !
  • Mission:Impossible – Rogue Nation est un vrai flm d’artisan, qui sait divertir avec intelligence.
  • Une beauté plastique qui fait plaisir.
  • Des scènes d’action incroyables de maîtrise.

LES – :

  • Il ne reste plus qu’à se fouler un peu plus au scénario, et peut-être que M:I 6 fera date dans l’histoire du cinéma.

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Critique : Terminator Genisys « Termina-Thor et à travers »

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Je n’avais plus donné de nouvelles depuis deux semaines car j’avais fait un bond dans le futur, impatient que j’étais de découvrir Terminator Genisys. Depuis sa genèse justement, ce film a été une erreur complète. Non seulement à cause des raisons de sa mise en branle (faire du pognon avant l’expiration des droits de la franchise pour Paramount), mais aussi à cause de la forme télévisuelle et aseptisée qu’ont pris les blockbusters d’aujourd’hui (merci, Marvel/Disney). S’y ajoutent en sus un Schwarzenegger fripé comme un sharpey, un nouveau casting tendance et l’intention avouée de se vautrer dans le reboot à base de déni d’erreurs passées (T3 et T4 n’ont ici jamais existé) et de manipulations d’espace-temps. Ce nouvel opus avait donc tout pour faire peur, et je suis allé le voir en pensant que j’allais le détester ou au mieux bien rigoler. Ce ne fut ni l’un ni l’autre.

Terminator Genisys est un paradoxe à l’image de son prétexte scénaristique. Il exploite respectueusement avant de l’envoyer bouler la mythologie initiée par James Cameron trente ans plus tôt. Il rappelle dans un premier temps des bobines mémorables (T1 et 2) issues d’une époque révolue, des personnages et idées personnelles sortis des tripes de leur créateur… puis bascule fatalement dans le produit de consommation fade et sans saveur calqué sur les grands succès contemporains à base de héros en collants. Un sentiment ambivalent émane ainsi à la vision de cette chose informe, cherchant d’une époque à l’autre à trouver sa consistance tel un T-1000 détraqué. Dans la première partie, on se surprend à bien aimer, pour comprendre ensuite dans la deuxième que c’était pour de mauvaises raisons. Ça devient une habitude de le dire : « c’était mieux avant. »

Réécrire l’histoire

Contre toute attente, le scénario est plutôt louable de vouloir chambouler les règles afin de mettre à jour le concept. Rumeurs relayées par les forums, pubs pour la sécurité routière et la fête des pères, bandes-annonces les plus spoilantes du monde et infinité d’extraits de films balancés en ligne… Une personne « normale » au 21ème siècle (c’est-à-dire naviguant régulièrement sur Internet) aura malgré elle déja vu tout le film. Dans quel ordre tout ceci allait s’enchaîner restait en revanche la grande inconnue.

Sur le papier, une grande partie du contrat a été remplie. Oubliez T3, T4 et même T2 sinon pour la présence d’un T-1000 coréen (Byung-Hung Lee), Terminator Genisys fait « suite » à Terminator. (SI VOUS NE CONNAISSEZ PAS LA SAGA, ATTENTION, CA VA ETRE LE BORDEL) En 2029, après que les machines ont perdu la guerre contre l’Humanité, Skynet, le super ordinateur génocidaire, envoie un robot T-800 en 1984 pour tuer Sarah Connor, la mère de John, leader de la Résistance et cause de son échec. Le soldat Kyle Reese est alors renvoyé dans le temps pour sauver Sarah et accessoirement, devenir le père de John (!). Arrivé à destination, la femme qu’il devait protéger s’avère une combattante aux traits juvéniles (Emilia Clarke) épaulée par un vieux Terminator (Ah-nuld Schwarzenegger) déjà assigné à la défendre depuis l’année 1973. « Pops », car c’est son p’tit nom, vient d’un futur encore plus éloigné que celui de Kyle et ignore lui-même qui l’a envoyé.

Comme dirait l’ancien président préféré des Français : « il y a dans l’espace-temps une fracture. » Décidé à protéger son avenir, Skynet a en réalité réécrit le passé, et du coup sa propre genèse ! Nos héros découvrent ainsi que le Jugement Dernier, l’apocalypse nucléaire, n’arrive plus en 1997 mais en 2017 (pourquoi ?). Embarqué par Sarah et Pops, Kyle se voit assigné une nouvelle mission : défoncer Skynet une bonne fois pour toute. Après un petit saut temporel pour la forme, nos héros découvrent que Skynet se fait appeler Genisys et n’est alors – en apparence – qu’un système d’exploitation pour Iphone. Mais un nouveau cyborg plus puissant que le T-1000 veille au grain…

Délit d’intention

Après Fast & Furious 7 cette année, Terminator Genisys est un autre cas d’école du film qui déborde d’idées. De bonnes idées en moyenne, mais TROP d’idées. On sent qu’en dépit d’un nawak pas toujours expliqué par ses auteurs (qui a envoyé quel robot pourquoi et comment ?), le film joue habilement de son héritage pour écrire petit à petit sa nouvelle bible. Malheureusement, le film n’est jamais aussi bon (toute proportion gardée), intéressant ou divertissant que lorsqu’il emprunte dans sa première partie l’atmosphère et les scènes clefs du film séminal. Après ça, à mi-parcours, les protagonistes essaient à grand renfort de charabia plus ou moins convaincant de justifier les paradoxes observés (par exemple, la remise en question de l’existence de Kyle, Pops et même de John). Enfin, tout le monde s’envole pour 2017 (mais pourquoi !?) à l’aide d’une machine à, euh, avancer le temps (« Sinon, on pourrait attendre et bien se préparer, non ? Moi, je dis ça… »). Une péripétie franchement artificielle qui ne passe toutefois pas si mal sur le coup, bien qu’empruntée au pilote de la série Les Chroniques de Sarah Connor.

Sauf qu’à partir de là, c’est Oktoberfest pour tout le monde ! Malgré l’intention de nier l’existence du mal aimé troisième opus de Jonathan Mostow, la seconde moitié de Terminator Genisys raconte en gros la même histoire : une préparation sourde de l’anéantissement de l’Humanité par le méchant Skynet, lequel a été recréé et protégé à cette époque par un Terminator bien particulier. Poursuites et empoignades dignes du Captain America sont au programme, mais la sauce ne prend jamais. Après la nostalgie susceptible de susciter amusement et intérêt, Terminator Genisys s’embourbe dans un mini-remake de T2 agrémenté de plans redites et de scènes spectaculaires gonflées aux CGI sorties (oh surprise !) d’un film Marvel. Une « ligne éditoriale » à laquelle les scénaristes empruntent aussi un sens du rebondissement miraculeux (voir l’ultime surprise de Schwarzie) et une scène post-credits censée préparer le terrain pour deux suites soi-disant déjà écrites… alors que ce seul film contenait assez de matière pour une trilogie entière !

Alan ? T-mort !

Le récit est riche, trop riche, ce qui explique sans doute nombre d’incohérences pour cause de scènes coupes au montage ou jamais tournées (comme la deuxième empoignade entre Pops et son ennemi, après laquelle on retrouve notre ami indemne sans savoir ce qu’il s’est passé). Les conséquences pour le « Terminaverse » sont archi-nombreuses, mais hélas toujours survolées ou carrément passées sous silence. C’est cela qui fâche le plus dans Terminator Genisys : l’absence totale de point de vue, d’envie de raconter ou de sens artistique de son réalisateur. A ce petit jeu, le comparatif avec Jurassic World sorti le mois dernier est intéressant : on sent en regardant le film de Colin Trevorrow l’esprit du fanboy amoureux de son modèle, respectueux et compétent.

En plus de cela, le quatrième opus de la foire aux dinos était un film de monstre que l’on pouvait tout à fait regarder sans connaissance préalable des opus précédents. Terminator Genisys est l’exact contraire : on a l’impression de voir Alan Taylor simplement s’acquitter de toutes les tâches imposées par un scénario obligatoirement référentiel. Il s’applique en restant froid et détaché. La fin du monde, la guerre du futur, le retour en 1984… Ces passages obligés appuyés par une voix-off sont esthétiquement les plus réussis car ils ne sont pas le fait du travail propre de Taylor, mais la reprise de celui de Cameron. Sitôt que Genisys prend son envol et crée son univers parallèle en 2017 (mais pourquoi, bon Dieu !?), cette absence d’ambition saute malheureusement aux yeux.

Resucée et overdose de SPFX marquent les limites du projet, fixées par ses intentions même : faire du pognon en imitant la concurrence… pour laquelle a d’ailleurs bossé Alan Taylor (le lamentable Thor 2, encore une suite. Quel visionnaire !). Le comparatif entre l’arrivée originale face aux punks et sa version « moderne », hachée et expédiée, trahissent les objectifs du monsieur : enchaîner sans s’arrêter. Malgré un rythme souvent haletant, le métrage n’emballe jamais puisque tout est formaté, prémâché. Pour Taylor, il semble que les notions de découpage, de tension ou simplement de mise en scène soient très abstraites, limite vieux jeu.

Paradoxe donc : si le scénario certes pas parfait mériterait un « B » pour l’effort, ce dernier est desservi par une non-implication de l’homme censé y apporter un avis tranché. Plutôt que mettre l’accent sur une chose ou une autre, sur la relation Sarah-Pops ou Sarah-Reese ou un possible trouble identitaire du nouveau Terminator ou la dénonciation (pertinente mais inoffensive) de la sur-connectivité de la société actuelle, Alan Taylor se contente de mettre en images tout ce qui est écrit noir sur blanc, sans qu’on sente jamais un réel effort de mise en scène ni un attachement à un quelconque sujet.

« Cast-toi ! »

Sans surprise, la distribution est fade et dénuée d’alchimie. Si vous aviez des doutes sur la raison de la présence d’Emilia Clarke en Sarah Connor autre que sa participation à Game of Thrones, vous êtes mignon. Bien sûr, plusieurs acteurs de cette série ont été piochés depuis pour aller bosser sur de gros projets. Toutefois, avec les facilités du réalisateur en cause, on imagine bien qu’il était plus rapide et facile de caster quelqu’un avec qui il avait déjà bossé sans se soucier des problèmes de crédibilité. Sauf que pour une badass élevée par un robot tueur depuis ses 9 ans après le massacre de sa famille, la petite Sarah avec son air angélique et ses joues bien fardées n’est jamais convaincante, que l’on se réfère à ses prédécesseurs ou non. Pour sûr, Daenerys est mimi, mais elle n’a pas les bons arguments pour convaincre ici.

Quant à Kyle Reese, à l’origine soldat squelettique dénué d’humour et issu d’un futur où les humains crèvent la dalle dans les égouts, autant dire que sa mise à jour gonflée aux stéroïdes anabolisants est loin d’être heureuse. Même en se détachant de son modèle, on ne voit pas le rôle, on voit l’homme : Jai Courtney, la coqueluche incompréhensible des blockbusters/redites de ces dernières années. Très sincèrement, j’aime bien ce gus, un peu comme Chuck Norris ou les hot-dogs. Qu’on l’accuse de manquer de charisme ou de talent ne change pas ça le moins du monde. Schwarzenegger aurait-il VRAIMENT crevé l’écran sans James Cameron ? Il manque seulement au petit Jai un vrai projet avec un vrai réalisateur aux manettes qui saura l’exploiter de façon appropriée plutôt que dans une relecture poussive (cf. le calamiteux Die Hard 5).

C’est aussi ça, un acteur : un outil au service du film et de son auteur. Mais puisqu’on a déjà démontré que Terminator Genisys n’a pas de réalisateur, autant laisser tomber. C’est bien Jai Courtney qui remonte le temps pour sauver Sarah Connor. C’est bien lui dont les répliques censées faire sourire tombent à plat lorsqu’il les débite sur un ton monocorde et peu concerné. Quant à la romance contrariée puis ravivée entre Sarah et Reese, elle n’est jamais convaincante. Les deux comédiens, même réunis dans un même plan, même lorsqu’ils s’embrassent, semblent terriblement loin l’un de l’autre.

Pour faire le tour de la petite famille, notons que malgré son rôle important, Jason Clarke en John Connor est anecdotique et transparent. Cependant, à l’instar de Courtney, disons que ma sympathie pour lui et son parcours (Death Race, White House Down, La Planète des singes : l’affrontement) court-circuite mes préjugés. Aucun commentaire enfin pour ce qui concerne Schwarzie, autrement dit T-800, aka Le Gardien, alias Pops (ouf). Comme il le dit bien lui-même : il est vieux, pas obsolète. Il pourrait jouer le rôle du Terminator en dormant, voire même empaillé après sa mort. C’est sans doute pourquoi c’est la première fois depuis son retour de Gouvernaland qu’on a le sentiment de le voir vraiment de retour, malgré quelques mauvaises surprises (ses tentatives de sourire, le twist final). Par contre, vieux comme il est, ce sera sans doute la dernière, à part les suites potentiellement imminentes prévues par la production.

Bilan système

Plus encore qu’avec Jurassic World qui faisait « simplement » mais lourdement référence à Jurassic Park (là aussi en ignorant l’existence de deux derniers opus décriés), Terminator Genisys prend le risque de carrément remodeler l’original en décalquant maladroitement ses premières scènes. Mais dans l’exercice ici proposé, en recréant des plans du film de Cameron, il ne s’agit plus de comparer un souvenir à la nouveauté, mais de réécrire nos propres souvenirs de ce qui jadis fut un bijou d’ambiance et de découpage.

Malheureusement, cette réactualisation est plate, trahissant l’absence de volonté d’un réalisateur-robot mis aux commandes pour étoffer son CV. Si les scénaristes font de notables efforts, Taylor est un faiseur de la pire espèce, un modèle générique sorti d’une chaîne de montage pour accomplir la mission qui lui a été confiée. Une entité avec laquelle on ne peut ni marchander ni raisonner, qui ne connait pas le remords ni la peur (ni la honte) et que rien ni personne ne peut arrêter (parce qu’il a participé à la série Game of Thrones).

Qu’on ne s’y trompe pas : quand Pops dégomme le T-800 original, il s’agit bien symboliquement du responsable de Thor 2 flinguant l’héritage d’un des plus grands visionnaires du siècle dernier. Quand on pense que ledit visionnaire a loué les mérites de ce film pendant la promo… C’est dire combien Cameron a réussi à avancer (préoccupé qu’il est par Avatar, le projet de sa vie) sans se retourner vers son bébé abandonné, tandis que ceux qui l’ont récupéré continuent à le dépecer pour en sucer la moelle des os.

On comprend alors le génie de la promotion aberrante des derniers six mois, totalement éparpillée dans tous les sens en essayant de ratisser fans de la première heure comme jeunes spectateurs occasionnels. Après sa conception, on dirait que le studio a réalisé que Terminator Genisys était dédié à la fois à tout le monde et à personne. Face à un échec commercial anticipé, il n’a cessé de rabaisser (photos et affiches hideuses, effets non finalisés sur les bandes-annonces) et spoiler le métrage tout du long afin de préparer l’Humanité au choc de sa sortie… Et le jour fatidique, le pire étant anticipé, tous ses grands rebondissements éventés, passée l’absence de découverte à proprement parler, il ne reste plus qu’à apprécier ce spectacle dans le même état d’esprit qu’il a été conçu : dans un détachement froid et méthodique. C’est là l’ultime paradoxe auquel nous confronte Terminator Genisys, film que j’aurais adoré adorer : malgré sa vacuité toujours plus profonde au fil des versions, le Terminator reviendra. Et nous, méthodiquement, on y retournera. Comme des machines.

LES + :

  • Si vous avez lu jusque là, vous savez que je n’en vois aucun.

LES – :

  • Il n’existe pas encore de machine à remonter le temps pour empêcher les coupables d’exister.
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Critique : Ex Machina « Femme fatale 2.0 »

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Pour l’anecdote, le titre original de mon premier roman, Deadline, était Ex Machina, allusion au « deus ex machina », procédé remontant à l’Antiquité et impliquant l’intervention d’une entité supérieure extérieure à l’intrigue (genre Dieu ou Barak Obama) lors de sa résolution. Aujourd’hui, on aurait tendance à appeler un tel final un twist, et la plupart du temps (quand c’est mal fait) à dire qu’il tombe comme un cheveu sur la soupe. Mais il faut avouer qu’à l’époque, ce n’était pas aussi éculé qu’aujourd’hui, et puis le public aime que tout se termine bien… ou au moins comme il convient. Quitte à faire intervenir le groupe des Kiss pour sauver la nuit de Noël. Attendez, mauvais exemple…

En tous les cas, je suis bien heureux que la première aventure de Christian Novell, deus ex machina dans son propre conte, n’ait pas porté le même nom que la perle d’Alex Garland, scénariste attitré de Danny Boyle (28 jours plus tard, Sunshine). La différence de genres est évidente, mais comme ça, il n’y aura pas à l’esprit de comparaison immédiate avec le remarquable premier essai du réalisateur.

No ex-it

Caleb (Domhnall Gleeson) est un codeur travaillant pour Google Bluebook, la boîte propriétaire du plus gros moteur de recherche du monde, et bien sûr de pratiquement toutes les technologies les plus avancées. Le petit veinard gagne un jour à la loterie un séjour d’une semaine dans la propriété privée du N°1 de la boîte, le légendaire Nathan (Oscar Isaac). Une fois arrivé dans son bunker souterrain perdu au milieu des montagnes, le mec s’avère une sorte de croisement entre Steve Jobs et Tom Hardy, adorant taper dans un sac le matin et philosopher en se murgeant le soir. Caleb va découvrir qu’il n’est pas ici pour se la couler douce.

Nathan l’a en réalité invité pour réaliser un test de personnalité sur sa dernière création : Ava (Alicia Vikander), un androïde femelle. Ledit test consiste en un interrogatoire méthodique destiné à évaluer le raisonnement et les réactions d’Ava, afin de déterminer si elle est dotée d’une conscience équivalente à celle de l’Homme. Au fil de la semaine, Caleb va développer une relation ambiguë avec l’androïde, ainsi que des doutes sur les véritables intentions de Nathan…

Bien huilé

Pour un premier essai, Alex Garland frappe vraiment fort. Si l’on ne devait s’arrêter qu’à la qualité de sa plume (puisqu’il est également auteur du scénario), Ex Machina réalisé par un autre aurait déjà été excellent. Certes, il faut reconnaître que tout le monde n’appréciera pas un huis-clos majoritairement souterrain. Ce confinement est centré sur les échanges du trio Caleb-Nathan-Ava (par ailleurs passionnants car jamais trop longs ni trop abscons), auquel se greffe Kyoko, une quatrième figure fascinante et silencieuse. Ex Machina est bien un thriller, pas un actioner, si vous n’êtes pas preneurs, attendez Terminator 5 (brrrrr). Il y a bien quelques révélations ou images choquantes dans ce long-métrage, mais l’aspect glaçant de la mise en image va certainement procurer davantage de frissons au spectateur, en particulier au cinéphile érudit qui se sentira flatté par ces attentions.

Impossible de ne pas reconnaître les influences parfaitement digérées de Garland, qui situe son art au croisement de Kubrik et de son grand copain Danny Boyle. Au premier il emprunte une mise en scène posée à travers de longs couloirs en verre aux éclairages chauds sur teintes froides (façon Shining, donc). Un cinéma clinique, froid et parfois brillamment malsain, contrastant avec le monde extérieur volontairement naturiste et parfois onirique, surtout lorsqu’il est vu à travers les songes de Caleb. Bien sûr, le monde du dessous (kubrikien) est celui qui correspond à Ava prisonnière de sa cage dorée, quand ses geôliers évoluent dans une nature et une demeure aérées (filmées davantage à la Boyle).

Sex Machina ?

Quoique le débat autour de son sujet est fascinant, Garland n’est bien sûr pas en séminaire. Surprise : il se concentre davantage non pas sur les aspects philosophiques de la prise de pouvoir des machines sur l’Homme (qui auront aussi droit à leurs moments lors des bitures de Nathan et Caleb) mais plutôt sur la sexualité attribuée à la machine. Comme le dit Nathan en réponse à Caleb quand ce dernier lui demande pourquoi Ava est une femme et non pas une boîte grise : « parce que la sexualité, c’est fun ! » La sexualité booste l’interaction, or cette interaction mène au fantasme malsain chez Garland.

Un fantasme et une frustration qu’il va entretenir tout le long chez le spectateur (grâce à un certain fétichisme), au même titre que Nathan avec Caleb, notamment lorsque le chercheur avoue avoir doté Ava d’un organe parfaitement fonctionnel et sensitif. Du teasing efficace générateur de passions à plus d’un titre. Finalement, il ne s’agit que d’un enrobage de SF d’anticipation avec les réflexions associées au sujet et bien connues pour beaucoup dorénavant. Garland nous offre en réalité un upgrade de thriller psychologique et érotique dans lequel il réinvente carrément le motif de la mante religieuse, un peu comme l’aurait sans doute fait Brian DePalma.

Ava est totalement traitée comme une femme fatale 2.0 dont on peut légitimement douter de l’attachement à Caleb, son seul ami mais pourtant seul obstacle avant la liberté suivant le résultat du test. Si Caleb a été embauché pour manipuler Ava, et si Nathan manipule clairement Caleb, Ava pourrait-elle manipuler les deux ? Il faut dire que la toute mimi Alicia Vikander a assez d’arguments à faire valoir (je parle de son jeu, hein) même si on la préférera avec des cheveux.

Vu l’interprétation impeccable mais posée, la construction du récit ainsi que ses influences, le spectacle offert par Ex Machina reste à double tranchant : on adhère ou pas. Point le plus négatif, afin de renforcer l’inconfort du spectateur lors de certaines séquences choc, la bande-son devient assourdissante jusqu’à en saturer les enceintes de la salle ! Aïe, mes oreilles. Malgré cela, chapeau bas : au même tire que Terminator mêlait la SF au slasher, Robocop au polar hard boiled et Chappie à Dennis La Malice (pas sûr pour celui-là), nulle doute que Garland a réussi une nouvelle et audacieuse fusion des genres. Ava peut légitimement s’ajouter à la liste des cyber êtres marquants du 7ème art, bouclant ainsi une boucle entamée avec le premier androïde du cinéma, une femme, la Maria du Metropolis de Fritz Lang (1927). Girl power !

LES + :

  • Alex Garland invente quasiment un nouveau sous-genre de la cyber SF.
  • Un scénario sans fausse note.
  • Une beauté plastique et une mise en scène glaçante qui distillent le malaise.

LES – :

  • Ceux qui attendent un ersatz de Terminator se seront trompés de salle.
  • Un travail sonore qui peut faire saigner des oreilles…
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Critique : Mad Max, Fury Road « This is madness ! »

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Dans le cas des films à grand spectacle, je mesure toujours la qualité du produit à la réaction du public. Ou plus précisément, à son absence de réaction. Pour le récent Fast & Furious 7 (autre blockbuster motorisé de l’année), le public majoritairement entre 10 et 30 ans était absolument intenable. Téléphones, blagues entre copains, coups de pieds dans le dossier et j’en passe… Les gosses venus faire salle comble n’étaient pas présents pour VOIR le dernier film de Paul Walker, mais pour déconner devant. Hier soir pourtant, pour Mad Max, Fury Road, malgré une ambiance décontractée pendant la séance et des rangées de potes hystériques, passées les dix premières minutes, un silence de plomb recouvrit la salle. Il ne se découvrit plus pendant deux heures de pure démence.

Ce mutisme quasi-religieux n’était pas sans rappeler celui éprouvé en 2008 au cours de la projo de The Dark Knight de Christopher Nolan. Ouf ! Malgré une attente de 15 ans (depuis les prémices dans la tête de son réalisateur), le nouvel opus de George Miller est bien une plongée en apnée dans un monde de violence et de délire, soit tout ce qu’on nous vendait et tout ce qu’on en espérait.

« What a day ! »

Tel le phénix, Max le barje renaît bel et bien de ses cendres dans Mad Max, Fury Road, dans un monde toujours rempli de brutes épaisses au cerveau (dé)lavé. Si ses traits ont changé pour ceux de Tom Hardy, son univers reste le même : un festival de punks ultra-violents sillonnant les dunes du désert à bord d’une armada de bric-à-brac tout-terrain (ne manque plus que le Tumbler de Batman). En moins de dix minutes d’exposition nerveuse, à la fois hallucinante et hallucinée, Max est présenté, capturé puis exploité par la bande d’Immortan Joe, un leader fanatique à côté duquel le seigneur Humungus de Mad Max 2 passe pour un gentil représentant de commerce.

Parce que c’est un monde de fous (et que nous sommes au cinéma), ce jour béni est aussi celui où Furiosa (Charlize Theron), la poule de luxe d’Immortan, se fait la belle en emmenant tout le harem du dictateur asthmatique. Après que sa bonne étoile (ou la Loi de Murphy) l’ait libéré de ses chaînes au cours d’une poursuite d’anthologie, Max rejoint l’odyssée de Furiosa, censée guider tout son beau monde vers un Eden dont elle prétend connaître le chemin…

Mad Max, Fury Road : la résurrection

Au petit jeu des comparaisons, le retour de Max est digne de celui d’une autre icône des années 80 revenue faire du bruit en 2008 : John Rambo. Au même titre que le défouraillage hallucinant de salopards par le béret vert aigri, le carnage de Miller simplifie ses enjeux pour maximiser l’impact de son spectacle, Fury Road n’étant qu’une interminable course-poursuite. Différence : Mad Max 4 est une relecture/sublimation non pas du personnage, mais plutôt de toute la mythologie dans laquelle il évolue. Là où l’on aurait attendu du « neuf », le réalisateur australien ressort de la naphtaline les loubards au look rétro-futuriste et autres convois de véhicules dingues qui ont fait la renommée de la franchise depuis les années 80. Trente ans après, quelle surprise de voir que malgré le manga Ken le Survivant et un Mad Max 3 horriblement cheesy, la formule n’est en rien datée si le traitement esthétique déboîte.

Il faut en revanche avouer que Max est terriblement effacé dans Mad Max, Fury Road. Un choix qui pourra surprendre les nouveaux spectateurs, mais pas ceux qui se rappellent le traitement du personnage dans les deux premiers opus. Le « Road Warrior » a toujours été une victime des circonstances, d’abord obsédé par la vengeance (opus 1) puis la rédemption (opus 2), prenant parti uniquement après une longue réflexion ou parce qu’il n’en a tout simplement plus le choix. Comme tout bon héros de western (ou de polar hard-boiled tendance Shane Black), notre ami est toujours malmené, humilié et battu comme plâtre par des bandits de grand chemin, qui auront bien cherché qu’on leur renvoie la balle (de fusil) en pleine poire.

Poussant plus de borborygmes qu’il ne prononce de phrases entières durant tout Mad Max, Fury Road, le guerrier de la route version Tom Hardy passe carrément la première partie affublé d’un masque de fer (le fantôme de Bane n’est pas loin) et se montre incapable de communiquer avec quiconque sans lui pointer un flingue sur la tempe, fut-il une femme. Plutôt que personnage principal, Max s’improvise ici garde du corps du harem en fuite de Joe, tout comme il s’insérait comme élément perturbateur mais décisif dans la lutte entre les exploitants de pétrole et Humungus dans les années 80. Il n’est pas l’élément central de l’histoire, ce rôle étant dévolu à Furiosa, mais son intervention va tout changer.

« D’oooooooooome ! »

1985. Date officielle de la mort de la franchise avec le très, très (mais alors très) mal aimé Mad Max : Au-delà du dôme du tonnerre. La faute à l’influence de tout ce que les années 80 faisaient de plus mauvais : costumes et coiffes au rabais, musique de Maurice Jarre, Tina Turner et surtout une volonté de filmer un spectacle tous publics (ou presque, vu qu’il y a littéralement beaucoup de merde dans cette histoire-là). Une ambition family friendly qui ne cadre pas du tout avec les origines de la franchise, née des angoisses et obsessions morbides de George Miller pour les accidents de la route.

C’est simple, avec du recul, on dirait Mad Max chez les Goonies : un humour pipi-caca, une famille de gosses à sauver, un nain rigolo accompagné d’un descendant de Sinok, et surtout un homme de main qui meurt à répétition en poussant des cris aigus… Ce n’est pas pour rien si ce nanar a été parodié. Pourtant, si Miller avait refait le même aujourd’hui, il y a fort à parier que Thunderdome aurait dépouillé autant que Mad Max, Fury Road. La raison ? ON N’EST PLUS DANS LES P***** D’ANNÉES 80 ! Le monde a changé, le public a changé, le cinéma a changé, et depuis The Dark Knight, un certain Nolan a prouvé qu’on pouvait faire un film noir, malin et tous publics en sous-entendant seulement le gore et le malsain.

Le blockbuster du réalisateur de Happy Feet ne verse ainsi jamais dans une violence voyeuriste. Il nous montre une tripotée de monstres de foire, des transfusions sanguines, des morts concassés entre deux mastodontes de métal, certes même quelques gouttes de sang… mais la violence y est avant tout graphique et jamais abusivement représentée (cf. une césarienne effectuée hors champ). En gros, tout comme le second opus de Batman par Christopher Nolan, Mad Max, Fury Road fait l’effet d’un film R tous publics. Une sacrée performance. Si l’opus 3 était une victime du pire des eighties, le mythe profite ici du meilleur des années 2010 : un budget gonflé, une tonalité adaptée et des avancées techniques permettant les meilleurs carnages routiers. Après tout, qu’est-ce qu’on est venu regarder ? 🙂

« I’ve got the power ! »

Enfin, à nouvelle époque nouvelles obsessions, notamment en ce qui concerne les rouages du pouvoir. L’horrible Immortan est un digne successeur de Humungus dans Mad Max 2 et Entity (soupir) dans Mad Max 3, en cela qu’il manipule ses ouailles à l’aide d’un nouvel atout au parfum d’actualité : le fanatisme, le vrai ! Là où respectivement le premier promettait le pouvoir par la richesse (l’essence, le plus grand des trésors) et la seconde était une politicienne que n’aurait pas renié l’empire romain, Joe est quant à lui un infâme gourou charismatique racontant des cracks à son peuple, en basant son système et sa « religion » sur des emprunts hasardeux à la culture de consommation d’un vingtième siècle oublié.

Ainsi baptise-t-il l’eau de sa source souterraine « aqua cola » (WTF ?), quand ses War Boys vouent un culte au dieu V8 (hein !?) et se kamikazent la gueule dans la bonne humeur en croyant qu’ils renaîtront au Valhalla (ah la la…). Bien sûr, divinité oblige, Jojo se réserve à lui et sa famille le droit de profiter des plus belles femmes, dans l’espoir de préserver une lignée de sang pur. L’autre richesse par-delà le carburant, la bouffe ou simplement la flotte, ce sont bien les femmes, porteuses de vie et donc espoir pour l’avenir.

De façon plus générale, la Vie, c’est le sang humain dont se repaissent les War Boys pour combattre la faiblesse et la maladie. Max, donneur universel, s’avère un trésor à lui tout seul dans un tel monde. Une autre piste intéressante voire fascinante, mais qui sera seulement évoquée à défaut d’être exploitée (peut-être pour une suite ?). Miller préfère en effet se consacrer au devenir du beau sexe, mais on ne peut pas trop lui en vouloir.

C’est bon, c’est beau, c’est barje !

Mad Max, Fury Road, c’est Mad Max 2 en mieux. Au petit jeu du reboot / fausse suite, George Miller a réussi son pari. Les rappels à la trilogie originale sont subtils (l’Interceptor, le camion-citerne-forteresse, le plan célèbre sur les yeux exorbités repris de façon subliminale), son film est beau à en pleurer (merci la Namibie, terre d’accueil du tournage), le récit est constamment en mouvement de la première à la dernière image, et le monde de Max est complètement fou, que ce soit ses personnages comme son aspect visuel. Il l’est parfois même sans raison, ce qui tour-à-tour fascine (ces espèces de maraudeurs sillonnant les marécages) ou exalte (un métalleux infatigable devrait bien vous faire rire). Film de cavale jamais à court de carburant, Mad Max, Fury Road est un spectacle intemporel et grandiose, une hymne à la barbarie, un pétage de plomb festif et désinhibé.

Pourtant, au-delà de sa démesure (on dit que la prod a allongé la thune de bon cœur pour en rajouter), cela reste pour l’instant « Mad Max 2.0 », dépoussiéré et actualisé. George Miller fait revivre son héros martyr au travers d’une aventure entre hommage et continuation, avec une ardeur et une maîtrise technique incroyables. Pour une fois, l’arlésienne n’aura pas déçu, mais reste à savoir ce qui attend Max Rockatansky dorénavant. Tel James Bond, Tom Hardy aurait signé pour renfiler les bottes du guerrier de la route pour au moins trois autres longs-métrages, et le réalisateur lui-même avoue ne pas manquer d’idées. Le duo saura-t-il en revanche s’envoler au-delà des promesses, ou va-t-on fatalement retourner s’enfermer… sous le Dôme du Tonnerre ? ^_^

LES + :

  • Mad Max, Fury Road est jouissif, régressif, classique, beau, sauvage, inespéré…

LES – :

  • Que reste-t-il pour la suite ?
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Critique expresse : Braqueurs « Deal with it »

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Les polars français, ce n’est pas ça qui manque. Les bons polars, c’est un peu plus délicat. Quant aux polars qui ont vocation de distraire et d’être efficaces à la fois, eh bien c’est encore plus difficile sans tomber dans le ridicule (heureusement qu’il y a Fred Cavayé pour ça). Braqueurs y arrive sans toutefois casser des briques. Il jouit d’une sécheresse de style efficace et d’une intrigue directe, bien structurée mais très peu développée, afin de fournir à l’ensemble sa pleine puissance d’impact en à peine 1h20.

Le revers, c’est que le métrage est vendu par ses affiches comme un actioner qui débourre, et il n’est bien sûr pas cela. Avec une histoire qui se résume à peu de choses (les braqueurs, suite à une maladresse, sont forcés à voler pour des dealers), celui qui sera venu se repaître de fusillades bruyantes et de rebondissements excitants se contentera de quelques échanges de coups de feu en caméra portée avec des dealers de banlieue. De ce côté-là, Antigang sorti l’année dernière faisait mieux. Toutefois, le film de Julien Leclercq n’est pas fait pour déconner, et on apprécie qu’il ne tombe pas dans le piège du film facilement divertissant ou au contraire tellement thésard qu’il en devient gonflant. Braqueurs ne cherche en plus jamais à porter un jugement sur le style de vie de ses protagonistes, cela dit tous affublés de tronches bien exploitées (Sami Bouajila, ou la tête de l’emploi).

Points noirs hélas, la prévisibilité des rebondissements et la difficulté de quelques acteurs à articuler durant leurs scènes. Allez, les gars ! Je sais que dans la vraie vie, on a parfois du mal, mais c’est du cinéma ! Vous pourriez parler plus fort, des fois.

LES + :

  • Un casting avec des gueules qui font « vrai ».
  • Quand ça tire, ça fait du bruit…
  • Une intrigue qui ne filoute pas.

LES – :

  • Un casting qui devrait parfois articuler davantage.
  • … mais ça ne tire pas beaucoup.
  • Une intrigue qui ne surprend pas.