Vous connaissez ces jeux sur lesquels vous avez bavé petit et n’aviez pas pu jouer ? Il n’est jamais trop tard pour se rattraper. Aujourd’hui, je fais connaissance avec Super Castlevania 4 sur Super Nes. Un jeu sorti bien avant que la franchise s’épuise, que les adaptations ciné de jeux vidéo se ridiculisent, et que la sienne devienne heureusement une arlésienne sur grand écran.
Au rayon « plateformer/ beat them all » fantastiques et colorés, aujourd’hui, il y a surtout Kratos et God of War. Mais avant, c’était Simon Belmont et sa dynastie, éternels ennemis du compte Dracula et seconds meilleurs manieurs de fouet derrière Indiana Jones. Sorti en 1991 (un an après chez nous), il s’agit du remake bien déguisé du premier Castlevania sur Nes (1986), et sortit avec la Super Nintendo en guise de vitrine technique. Depuis, la franchise de Konami a connu des opus sur toutes les machines et de toutes les saveurs (bon ou mauvais, en 2D ou 3D), jusqu’à un fameux reboot en 2010 (Lords of Shadow). Mais au final, toute la saga tourne autour du même prétexte, à peine décliné au fil des saisons : Dracula se réveille, au 16e, 17e, voire 18e siècle, et le Belmont du moment (sauf en de rares occasions) doit aller lui maraver la face. De toutes les itérations, Super Castevania 4 est une des plus connues et emblématiques. Aujourd’hui, est-ce toujours mérité ?
Beau comme un clair de lune
Sans surprise, l’intro met en avant ce fameux come-back du prince des ténèbres, avec mélodie et graphismes magnifiques. Ce qui rendait ce nouvel opus si attractif à l’époque, c’était son statut de démo pour les capacités révolutionnaires de la Super Nes (ah !, le mode 7 et ses zooms à gros pixels vantés à la télé). Pour le coup, ça claque comme le fouet du héros. Après la cinématique d’intro, un long travelling vers le haut dévoile le titre, incrusté dans un mur grouillant de sales bébêtes.
Et le reste ne déçoit pas. La variété et le design des décors et des monstres (gorgones, fantômes, squelettes, hydres, momie, chauves-souris, armures etc.) sont impressionnants. Cette inspiration fourre-tout (on cite autant Dracula que les films de fantôme, Frankenstein, la momie, et toutes les mythologies confondues), transforme votre parcours du château en véritable visite d’un Disneyland macabre. Quel dommage que la censure européenne ait viré les croix chrétiennes, les marées de sang rouge et les seins dénudés. Certes, tous les graphismes ne sont pas au même niveau (certains levels paraissent plus vides ou moins soignés que d’autres) mais on les parcourt vite et on n’a pas le temps de pinailler.
Quant aux effets de la console, ils sont employés à nous faire baver des yeux. Les scrollings différentiels vous accueillant dans les jardins du début, les chandeliers géants se balançant de gauche droite ou le tunnel aux murs tubulaires tournoyant sont des passages aussi courts que mémorables. C’est vrai qu’un quart de siècle plus tard, Super Castlevania 4 a vieilli (Simon ressemble un peu à une bouillie de pixels), mais sa débauche de couleurs et sa production value sont restés indémodables. On y (re)joue comme à l’époque, avec un émerveillement et une implication intacts.
Bloody soundtrack
Niveau son, là aussi, ça claque ! On remarque certes l’absence de vocales, qu’il s’agisse des monstres ou de notre perso badass, mais quand même aussi un nombre conséquent de bruitages travaillés (ce grincement quand je me balance au bout de mon fouet, brrrrrr). Ce sont toutefois les musiques qui marquent le plus les esprits. Si elles ne sont pas toutes mémorables, elles collent très bien à l’ambiance de chaque niveau (la chambre aux trésors, la salle de bal et ses fantômes…). Là encore, les prouesses de la Snes savent mettre en valeur l’expérience de jeu. On retiendra les remix de morceaux classes et indissociables de la série tels que « Bloody Tears » ou « Vampire Killer ». Manque d’inspiration ou fan service ? On rappelle que Super Castlevania 4 était avant tout un remake de l’original, on ne peut donc lui reprocher de telles reprises. Surtout quand elles sont aussi sympathiques.
« Ces murs qui tournent, ça sert à rien, mais c’est beau ! »
Le gameplay mérite un coup de fouet
Ouille. Si on a évoqué la classe des effets de la Super Nes, ces débauches de style n’apportent en revanche RIEN au gameplay et c’est bien dommage. Eh oui, faire tourner ou zoomer les décors ne change que dalle à la manière de jouer.
Même s’il offre une diversité constante dans l’action (premier plan et arrière-plan, niveaux verticaux…), Super Castlevania 4 se joue comme Castlevania tout court, à quelques détails près, heureusement. D’abord, le fouet du héros peut partir en diagonale. Pratique dans certaines situations (monter ou descendre un escalier, assurer un atterrissage). Par contre, cette fonctionnalité donne souvent l’impression d’être plus gratuite que pertinente. Enfin, bougrement utile contre les attaques ennemies : la parade. Restez appuyé sur le bouton d’attaque et Simon gardera son manche de fouet levé. Cela permet ainsi d’annuler les tirs et autres projectiles.
Au niveau de ses déplacements, malheureusement, Belmont avance toujours avec l’aisance d’un camion-benne rouillé privé de levier de vitesses. On monte toujours les escaliers comme si on avait les pieds aimantés aux marches. Pas top quand les ennemis surgissent de nulle part pour vous faire tomber vers votre mort.
Heureusement que le déroulement de l’aventure prend en compte cette rigidité. Sorti des pièges usuels, votre arsenal (fouet, eau bénite, haches…) et le multiplicateur d’armes offrent une défense salutaire. Mais ce à condition d’avoir des réflexes et de l’anticipation. A vous de savoir comment le mieux vous équiper en fonction des passages et ennemis rencontrés. A ce propos, les boss sont pourvus d’un pattern précis qui, une fois maîtrisé, ne devrait pas vous embêter. Il paraît que cet opus est l’un des plus accessibles (= faciles) de toute la série. S’il vous faut commencer quelque part, je recommande donc celui-ci, sa progression étant linéaire et exigeante sans être frustrante.
Au final, Castle’a ne tienne !
Si on sent les 25 ans passés, Super Castlevania 4 a gardé son charme. Son âge lui en confère d’ailleurs encore plus. En y jouant avec un esprit vierge comme Bibi, on repense avec un sourire ému aux jours d’antan. Ceux où un jeu d’action et d’horreur gothique n’avait pas besoin de 3D, ni d’une histoire ou d’une jouabilité compliquées. Le jeu dispose de graphismes travaillés, de couleurs chatoyantes, d’effets maîtrisés… Ses musiques caressent les oreilles, et son bestiaire et son level design sont des plus variés. Généreux comme ça, on peut bien lui pardonner son gameplay un peu rouillé. Davantage en sachant qu’on a affaire à une remise à niveau de l’original plutôt qu’à une déclinaison paresseuse. Et Dieu sait qu’il y en eut par la suite…
Le futur. Les humains n’ont plus besoin des Google glass. Ils sont comme par magie tous connectés entre eux, et perçoivent en permanence et en réalité augmentée les données de tout et tout le monde, tout le temps. Dur d’échapper au regard d’autrui, en particulier de la police, à laquelle appartient le brave Sal Frieland (Clive Owen, en mode veille). Dans un tel contexte, le boulot de ce dernier consiste presque exclusivement à rester posé sur son derche à regarder l’enregistrement de la vie des autres. Sauf qu’un tueur en série s’est mis à sévir. Seul lien entre les victimes : avoir contacté le même mystérieux hacker, une femme anonyme (Amanda Seyfried) capable de se soustraire aux témoignages et aux archives du commun des mortels. Pire : au cours de son investigation, Sal va comprendre que sa suspecte est capable de tout, y compris de jouer avec ses nerfs… optiques.
Le réalisateur Andrew Niccol revient à un genre qu’il avait délaissé depuis 2011 (en tout cas je crois) : la science-fiction minimaliste doublée d’une satyre sociale. Minimaliste car Anon n’est pas un film d’action spectaculaire type Matrix, malgré la « technologie » qu’il dépeint. Au film de braquage dépeignant deux Bonnie & Clyde futuristes (Time Out, déjà avec Amanda Seyfried), il substitue le film noir et le motif de la femme fatale. Forcément, niveau rythme, ça change quelque peu. En terme d’ambiance déjà, car tout dans ce futur paraît terne, figé, fatigué, mais certainement pas par erreur :
le jeu moribond de Clive Owen (comme à son habitude) et de ses partenaires ;
l’aspect délavé du monde. C’est un mélange quasi-exclusif de transparences et de tons gris et blancs allant du béton au ciel, jusqu’à sa réalité augmentée, uniquement représentée en filaire blanc ;
la musique (ou plutôt sonorité à ce niveau-là), éternellement répétitive.
« Euuuuuuuuuuuuuuh… »
Ah, non !
Bref, c’est un film noir « gris » que nous propose Niccol, qui ne dépareillerait pas dans une saison de Black Mirror, surtout compte tenu de sa remarquable économie de moyens (les effets de montage sont quasiment le seul « effet spécial » employé). Et thématiquement, Anon nous parle autant, même si aucune explication n’est jamais fournie à personne sur le comment du pourquoi de cette technologie. Même lorsque son patron demandera à Sal « comment la tueuse fait-elle ? », la réponse ne sera jamais donnée parce que, finalement, on s’en gratte complètement. Le ludisme attendu est heureusement présent dans Anon grâce à son concept bien exploité (tant dans l’enquête que les sales tours subis par Frieland).
Toutefois, l’intrigue simpliste pourra ne pas être assez stimulante pour certains. La résolution expédiée n’emballe pas plus que ça, et les humains jouent avec la vivacité de courges surgelées. Passer la moitié du film assis le regard dans le vide n’aide pas… En fait, c’est à travers la représentation et non le scénario que ressort l’humanité des deux adversaires amoureux. Ce n’est pas un hasard si pratiquement les seuls teintes chaudes et accessoires analogiques du film se retrouvent chez eux. Au rayon des émotions, Sal et « Anon » sont les seuls personnages développés, les seuls auxquels on peut s’identifier. Lui est traumatisé par le souvenir de la mort d’un fils. Elle fuit pour une raison jamais définie, mais s’accroche à ce besoin de liberté que la surveillance omnipotente lui interdit. Des « maladies » qui parleront sans doute à beaucoup.
Dans le futur, on aura sérieusement besoin d’un ad blocker… et de couleurs.
Fiction contre réalité
Autre côté intéressant d’Anon, peut-être lié au statut de la chose. Netflix oblige, c’est un film prévu pour être vu essentiellement sur petit écran. Andrew Niccol semble conscient de livrer un film hybride, même bâtard, car il fait se confronter deux représentations au sein de son œuvre, tous les plans subjectifs étant filmés différemment du reste. D’une patine « cinéma » très travaillée et ornée des très habituelles bandes noires, le filmage bascule en plein écran dès qu’il s’agit de voir la réalité à travers les yeux des protagonistes, avec une lumière plus uniforme et naturelle. Bref, on a le Cinéma, beau, « trafiqué », versus Skype, la « vérité » filmée brute façon webcam. Sauf que dans l’histoire, c’est cette représentation unanimement adoptée qui est remise en cause, à travers le pouvoir absolu du tueur, qui peut mentir sur ce que voit ou fait Frieland.
L’intérêt d’Anon
Dans un tel contexte, pour le héros comme le spectateur, la question se pose : quelle réalité vaut-il mieux expérimenter ? La réalité ciné, classique mais « prisonnière » d’un format télé qui la diminue, la comprime et l’empêche d’exister pleinement (comme Sal et Anon) ? Ou l’autre vision, plus actuelle mais aussi plus brute, dont la sensorialité diminuée peut être si facilement manipulée ? Anon parvient à nous faire ressentir la question plutôt que frontalement nous la poser. C’est quand même un bel exploit.
LES + :
Une vision et un monde aussi atypiques que familiers.
C’est captivant…
LES – :
L’intrigue reste un gros prétexte.
… du coup, c’est aussi lent, parfois (Blade runner 2049 a au moins le mérite de vous rincer l’oeil…)
Dans Jurassic World : Fallen Kingdom, on s’intéresse à nouveau à Isla Nublar, 180 kilomètres à l’Ouest du Costa Rica. Si la Vie trouve toujours un chemin, elle est plutôt mal barrée quand un volcan s’éveille sur l’ancien site de Jurassic World, lui-même bâti sur les ruines de Jurassic Park. Parce qu’un dinosaure, c’est mignon, et que deux catastrophes et les avertissements pessimistes d’un théoricien du chaos n’y changent rien, le monde se demande si on ne devrait pas les (re)sauver de l’extinction. Les survivants vedettes du précédent film, Claire et Owen (Bryce Dallas Howard et Chris Pratt), sont ainsi envoyés sur place par le riche Lockwood, en compagnie de mercenaires. Mission : extraire des spécimens vivants avant que l’île ne pète. Les deux naïfs se rendront compte trop tard que les véritables intentions du milliardaire sont beaucoup moins philanthropiques que prévu…
Après le départ en retraite de Jason Bourne et la mort dans l’œuf du Dark Universe (suite au four de La Momie avec Tom Cruise), Universal ne peut plus compter que sur Fast & Furious et Jurassic Park pour se faire de la maille. Malheureusement, niveau bêtise, les deux franchises jouent dorénavant dans la même cour. Explication.
Jurassic World, Fallen Kingdom : c’est beau de loin
Pour sa défense, le film de J.A. Bayona est beau et propose une ambiance inédite dans la franchise, en particulier dans sa deuxième partie totalement ou presque écartée des bandes annonces. Parce que ça a super bien marché pour l’Episode VIII de Star Wars (soupir), Jurassic World : Fallen Kingdom décide de faire table rase du passé en coulant littéralement Isla Nublar.
En se débarrassant pour de bon de la scène des films précédents (quand ce n’était pas l’île d’à-côté), Fallen Kingdom tue ainsi le mythe à sa source. L’idée est symboliquement de faire renaître la saga en la lançant sur de nouveaux rails. Dans les faits, les deux tiers du métrage après cela se passent dans un simili-remake du final moyen du Monde Perdu, sauce Resident Evil. Des actes deux et trois qui s’étirent et s’étirent encore sur un mode connu depuis les films de Spielberg (jouer à cache-cache avec les dinos) et qui, malgré leurs « nouvelles » idées, n’apportent rien à la série ni aux genres auxquels cet épisode emprunte.
Le T-Rex, jadis grand prédateur terrifiant, est devenu un running gag / deus ex machina recyclé ad nauseam.
C’est très con vu de près
Jurassic World parvenait encore à faire illusion à sa sortie, le cynisme de l’entreprise étant carrément mis en vitrine plutôt qu’en sourdine. Cela passait faussement pour une dénonciation quand il s’agissait vraiment de renoncement. D’un côté ses dialogues et placements de produits n’avaient pas honte de la vérité qu’ils nous balançaient à la figure, et ça, c’était osé (« les dinosaures n’impressionnent plus personne ! Verizon présente l’Indominus Rex ! »).
De l’autre, le film nous proposait une intrigue et des rebondissements neuneu tirés du plus cliché des films de monstre (arf ! L’Indominus qui parle couramment raptor…). Bref, c’était un blockbuster tendance Z qu’on pouvait aimer pour son message lucide autant que pour son divertissement balisé. Problème : la suite se contente d’en faire plus, au point d’en faire trop. Ce qui pouvait passer à l’époque ne le peut tout simplement plus, surtout à forte dose.
Aussi bête soit-elle, la destruction d’Isla Nublar est le moment le plus prenant du film.
Comment tuer le mythe en 4 étapes
1) Avec des dialogues qui suppriment toute légitimité des démarches artistique et scénaristique.
« Tu te souviens la première fois où tu as vu un dinosaure ? C’était magique. »
C’est dommage de le rappeler, tant cette suite ne génère justement plus que de l’indifférence. La preuve : Owen blasé en train de regarder passer un brachiosaure, dans une scène miroir à celle de Jurassic Park, l’émerveillement en moins.
« Vous auriez pu guérir le cancer avec votre argent ! »
Dixit Owen au grand méchant, qui produit des prédateurs génétiquement modifiés pour des zillions de dollars, dans le but de… les revendre. Forcément, ça fait réfléchir.
2) Avec un film qui sent beaucoup trop la redite.Jurassic World refaisait Jurassic Park ? Fallen Kingdom refait Jurassic Park, Le Monde Perdu et un peu Jurassic World aussi. Et parfois même pas qu’une fois. On ne compte plus les références au voisin (la scène du brachiosaure, donc), en particulier les « T-Rex ex-machina » et le plan iconique du monstre rugissant, repris non pas une mais deux, oui, DEUX FOIS !
L’Indoraptor est la nouvelle blague menace de cet opus.
3) En violant dans tous les sens la suspension d’incrédulité. Passe encore qu’il y ait soudain un put*** de volcan sur l’île (l’ironie de la situation reste sa meilleure défense). Mais un bateau chargé de dinos relie Isla Nublar (à l’OUEST du Costa Rica) à la Caroline du Nord en 24h ? Le grand méchant a un laboratoire digne d’Umbrella sous son manoir !? Owen survit à un footing dans un nuage volcanique ?!? Et il y a un nouveau dino mutant encore plus méchant !?! Qui a soi-disant un odorat surdéveloppé mais n’arrive pas à sentir des proies à vingt centimètres de ses narines !?!? Et que dire de cette sous-intrigue avec la gamine traitée par-dessus la jambe ! Pas de méprise : je suis souvent bon public et bonne poire. Mais l’effet sequel a franchi le seuil de non-retour avec des péripéties quelque part entre le jeu vidéo et Tintin, et un mépris total du déjà-vu ou des règles établies.
4) Avec des gens cons ! Il n’y a pas d’autre mot. Dans un film écrit à cinquante mains pour deux cents millions de dollars, il est navrant de voir des rebondissements charnières arriver uniquement par la faute de PNJ prenant de mauvaises décisions pour de mauvaises raisons, sans stress, donc sans excuses. Mention spéciale à l’évasion du Dodoraptor (qui peut sourire, vive le progrès !), et un grand merci au sosie foireux de DeNiro. Sans parler de cette fin sinistre et à côté de la plaque, qui n’existe que pour nous vendre la suite, laquelle s’annonce encore plus bordélique.
Partie de cache-cache dans un manoir en pleine nuit… Quand Jurassic Park devient Resident Evil (ou Dino Crisis).
La « 7ème art » extinction
« Quel est le problème ? » me dira-t-on, étant donné que les grosses machines récentes cumulent tout ou partie des mêmes défauts grâce à Marvel/Disney… et rencontrent leur succès. Eh bien justement, le fait que le mal s’étende toujours plus. Jeff Goldblum nous avertit sur le danger de voir les espèces préhistoriques s’enfuir, contaminer notre monde et le conduire à sa perte. Au sortir du film de Bayona, on sent que c’est tout le savoir-faire de l’industrie qui est menacé d’extinction face à l’avidité sans fard des productions modernes. Les blockbusters cupides, creux, vains et inutilement référentiels se succèdent avec un cynisme et une froideur calculatrice. Avec pour seul argument de banquer sur une licence et du spectacle, ils cautionnent les pires horreurs écrites en dépit du bon sens.
Le film de Bayona reste beau, dommage que la magie se soit bel et bien envolée.
Certes, il s’agit du cynisme des producteurs. Sauf qu’il continue à (essayer de) se cacher derrière la nostalgie décérébrée mais encore sincère de faiseurs d’images correctes, dont on ne comprend pas qu’ils n’arrivent plus à imposer une vision marquante, à explorer de nouvelles voies. Et devinez quoi : Jurassic World 3 est quand même planifié. « Détruire pour ne rien bâtir », c’est la leçon à retenir de ce Jurassic World : Fallen Kingdom, nouveau pinacle de la bêtise cultivée par les suites-reboot foireuses de ces dernières années (Star Wars, Terminator Genisys, La Momie…). Comme quoi, la Vie, c’est con aussi.
LES + :
Avec une telle variété dans les scènes (passer du Pic de Dante à Resident Evil, il faut le faire !), Jurassic World : Fallen Kingdom a heureusement le mérite d’être ponctuellement divertissant.
LES – :
Ça ne sent plus le réchauffé, mais carrément le brûlé !
Des longueurs inexplicables parsèment les second et troisième acte.
Des choix narratifs si faciles que j’aurais honte d’apprendre que les scénaristes ont été payés pour ça !
Il y a bien longtemps, dans une galaxie lointaine, très lointaine vivait Han (Harrison Ford Alden Ehrenreich), pas encore appelé Solo mais vous allez voir, ça va venir très vite. Et puis il s’enfuit et il s’engage dans l’armée impériale par accident. Et puis trois ans après (l’espace d’un cut), il rencontre un wookie appelé Chewbacca et il rejoint le très cool Tobias (Woody Harrelson) et sa troupe de voleurs, parce qu’il a envie de devenir pilote pour partir dans l’espace et rejoindre rapidement sa chérie (Emilia Clarke). Oui parce que tout ça, c’était avant les trucs importants, les princesses, le sauvetage de la galaxie et le reste…
Il y a bien longtemps, dans une galaxie lointaine, très lointaine, La Guerre des Etoiles, c’était bien. Après la prélogie décevante du père George Lucas, on avait autant envie de faire mieux que peur de s’éparpiller. La dernière trilogie étant déjà un prequel foiré sur Vador, Disney faisait peur à en annoncer à tout bout de champ pour meubler entre deux épisodes de son, euh, après-logie.
(PDG de Disney : ) Préparez-en un sur Obi-Wan ! Et un autre sur Boba Fett ! Et pourquoi pas Yoda, aussi ! (Peter, présent par accident : ) Et pourquoi pas ta gueule, aussi ?
Solo, A Star Wars Story : « Sta’ faute ! »
Rogue One était un prequel sur le vol des plans de l’Etoile Noire. Qui ça intéresse ? Pas grand-monde, mais malgré un réalisateur (et un compositeur !) changé en bout de course, le projet fut sauvé et le succès avéré. Sauf que Solo part cette fois perdant sur tous les fronts, peu importe la qualité de la marchandise. Les raisons :
Sa réputation : son duo de réalisateurs doués pour la comédie, Phil Lord et Chris Miller, a été remplacé par Ron Howard. Or le monsieur est un faiseur désincarné capable du pire (Da Vinci Code) comme du meilleur (Apollo 13). Et dans ces conditions, on s’attend au pire.
Sa date de sortie : parce qu’il sort seulement cinq mois après Les Derniers Jedi, fraîchement accueilli. Mais surtout, il arrive juste à la suite d’Avengers : Infinity War et Deadpool 2, et avant Jurassic World : Fallen Kingdom. Bon courage…
Son sujet : la jeunesse de Han Solo. Qui ça intéresse vraiment ?
La Chine : Hollywood compte maintenant moins sur les dollars que sur les yuans pour sauver son business. Malheureusement, LesDerniers Jedi a rameuté beaucoup moins de Chinois que Fast & Furious 8. Et la sortie de Solo là-bas a encore plus confirmé ce désintérêt.
« Youhouuuuuu ! Allez p’tit gars ! Fais-moi péter cette franchise et on rentre ! »
Un film qui la joue solo
Bon. Et maintenant, le film, ça donne quoi au final ? Beaucoup de choses méchantes ont été dites à son sujet, et on imagine que la déception des fans nourrie par les tabloïds y a contribué. La vérité vraie, c’est qu’à l’image de son réalisateur, Solo n’est ni formidable ni médiocre. Il est juste terriblement « moyen », ainsi que daté, dépassé dans sa conception d’un divertissement naïf et sans prise de tête. Ce qui est en quelque sorte une belle qualité, et raccord quand on repense aux débuts de la saga et son Nouvel Espoir assez campy.
Contrairement aux blockbusters et films de genres actuels, noirs et déprimants (l’Episode VIII aussi), Solo : a Star Wars story dégage un parfum de série B des eighties, un charme désuet qui donnerait l’impression qu’il a été exhumé des cartons d’un George Lucas frileux de se planter à l’époque, après ses errements au pays des Ewoks (revoyez La Bataille d’Endor, pour rigoler). Le spectacle est donc correct, mais sans surprises ni vrais coups d’éclats, à part quelques belles régions de l’espace inédites à l’écran (le « Maëlstrom » en tête et le prétendu raid de Kessel). Quant à l’humour, il patine parfois mais peut faire sourire, à défaut de se marrer.
« En route pour une suite ! … Comment ça, « non » ? »
Réussies également, ce dont personne n’avait besoin : les réponses sur la genèse du héros. Alden Ehrenreich ne joue pas telle une moule anesthésiée, comme tout le monde le prétend, et il s’approprie même des fois vraiment les mimiques d’Harrison Ford. Les rencontres avec les personnages clés de la légende (Chewbacca, Lando, le Faucon Millennium) sont enchaînées de façon un peu trop commode. Enfin, les petits nouveaux sont au diapason, c’est-à-dire dispensables : le mentor Tobias (joué par Woody Harrelson, toujours impec), le méchant Dryden (Paul Bettany, jamais gâté par le réalisateur), et bien sûr, la love interest Qi’ra (Emilia Clarke, transparente comme partout ailleurs que dans Game of Thrones). Au final, c’est la droïde L3-37 (Phoebe Waller) qui justifie le plus son existence, par son lien surprenant mais raccord avec le mythique vaisseau Millennium.
Au final
Le fan service est assumé avec application, mais sans passion. Solo reste un bâtard, un rejeton déformé né dans la douleur, et dont personne ne veut vraiment (à l’image d’un caméo totalement inutile dont tout le monde se serait passé). Il a ses qualités, mais qu’est-ce que vous voulez… Terminons sur un détail qui ressemble autant à une pique adressée à Lucas qu’à un troll pour les fans assidus de la saga : oui, cette fois, HAN ! SHOT ! FIRST ! Et ça, j’avoue, ça fait sourire.
LES + :
C’est pas vraiment mauvais. Je veux dire : c’est correctement filmé, les acteurs sont pas si nuls qu’on le dit, les références sont raccord…
Le film tient sa promesse de répondre à tout ce qui fait le personnage de Han Solo.
LES – :
C’est pas totalement bon non plus : les effets spéciaux sont parfois vraiment spéciaux, les thèmes abordés sont maladroitement insérés dans l’intrigue, le caméo de (censuré) est un appel à la suite qui heureusement n’arrivera jamais…
Le film tient trop bien sa promesse : on a l’impression que la légende s’est inscrite en deux jours !
Dans Avengers Infinity War, Thanos, le « titan fou », a enfin décidé d’intervenir en personne dans le Marvel Cinematic Universe. Après s’être emparé hors film de la pierre du Pouvoir (vue dans les Gardiens de la galaxie), il s’approprie la pierre de l’Espace (aka le Tesseract, aperçu pour la première fois dans Captain America). Ce faisant, histoire de prouver qui est le patron, il extermine la team Thor, perdue dans l’espace depuis la fin de Ragnarock. L’homme au gros menton envoie ensuite ENCORE des sbires sur Terre, pour s’octroyer les pierres du Temps (gardée par Doctor Strange) et de l’Esprit (portée par Vision). Heureusement, les Avengers ont été prévenus et organisent la résistance. Pendant ce temps, Thor part à la recherche d’une arme censée vaincre Thanos. Les Gardiens décident quant à eux de devancer ce dernier dans sa recherche des deux dernières pierres…
Avengers Infinity War est la promesse tenue de rassembler tout le casting du MCU autour d’une aventure (en apparence) terminale, avec l’arrivée du tant anticipé Thanos, terreur de l’Univers et possesseur du gant de l’infini. Dès l’introduction, le décor est planté : le bad guy est grand, balèze et vraiment intimidant. Les frères Russo aux commandes du film avaient déjà prouvé qu’ils savaient créer une ambiance ou planter un personnage suivant les besoins (cf. les deux derniers Captain America).
Jésus est arriiiiiivééééééé… !
On est donc soulagé concernant le grand méchant que Marvel a gardé sous le coude pendant dix ans. Contrairement aux serpillières qu’ont affronté les Vengeurs jusqu’à présent, Thanos est un fanatique en croisade, à la fois posé et brutal, et son raisonnement aussi simpliste que tordu peut légitimement faire peur. Cela reste un méchant de bande dessinée, grandiloquent et coloré, mais ses soliloques reflètent des peurs naïves générées par l’urbanisation et une démographie galopantes depuis plusieurs décennies : il veut tuer 50% des formes de vie de l’Univers afin de… le préserver (voir le film pour plus de précisions).
Parce que le faire une planète après l’autre prendrait l’éternité, il veut donc rassembler les pierres d’infinité afin de pouvoir exécuter son projet d’un claquement de doigts. Loki avait averti le monsieur depuis la scène d’ouverture : « Tu ne seras jamais un dieu ». Sauf que Thanos, malheureusement, ne veut pas le devenir, contrairement à Apocalypse, le méchant du film X-Men homonyme.
Il ne veut pas voler sa liberté à quiconque, il ne veut pas imposer sa loi, il ne veut rien gagner, juste accomplir une chose qu’il croit juste et nécessaire (évitons de faire le parallèle avec des groupes religieux/terroristes douteux…). Que son vœu soit absurde ou non (l’Univers étant prétendument infini, on ne risque pas de manquer de vivres ni de place), c’est sa conviction, sa volonté inébranlable à accomplir sa destinée qui le rendent si imposant, si fascinant et dangereux en même temps.
Avengers Infinity War a un méchant intéressant
Certains moments parmi les plus dramatiques ou intéressants sont dus aux dilemmes moraux auxquels on ne s’attendait pas à voir CE personnage être confronté, les sacrifices qu’il doit, LUI, faire et assumer. On ne s’attendait pas non plus à une telle fin, en apparence jusqu’au-boutiste et radicale. On se doute bien qu’une pirouette des scénaristes annulera les conséquences de ce dénouement « choc ». Qu’importe puisque les frères réalisateurs osent au moins conclure leur film sur un sentiment d’achèvement, de conclusion qui aurait pu être authentique et réellement surprenant si l’on ne savait pas que la suite arrivera l’an prochain (ni qu’une scène post-credits annonce déjà le prochain opus du MCU).
Mais il fallait au moins ça pour maintenir l’intérêt. Après 18 films, le MCU rassemble ici une troupe de ouf qui n’a pas beaucoup de temps pour exister individuellement ici, mais qu’importe puisqu’ils en ont déjà eu l’occasion dans leurs films solo. Les enjeux maousses, des catastrophes en rafale et des prétextes fumeux réunissent donc tout ce petit monde plus que des motivations personnelles.
De toute façon, on était prévenu et conscient depuis le départ : Infinity War serait un gros burly brawl de 2h30 prétexte à des bastons qu’on espérait de folie et du spectacle comme Hollywood a hélas perdu l’habitude d’en faire. Les précédentes productions Marvel étaient trop localisées sur Terre ou trop kitsch quand elles se perdaient dans l’espace (Thor Ragnarock ou les Gardiens de la galaxie ont autant de belles choses à montrer que peu de talent pour les mettre en valeur).
L’univers s’agrandit encore
Ce nouvel opus s’ouvre réellement à l’Univers et même à des couches de réalité supérieures, voire intérieures, et il a ainsi de vraies belles choses à montrer, quelque part entre SF et fantasy. Sans compter que niveau action, certaines échauffourées sont jouissives et dignes de la dimension épique et mythologique qu’on prise ces aventures en une décennie (la confrontation avec Thanos sur Titan, Thor rallumant la forge galactique comme le ferait Kratos dans God of War…). Bref, avec un sérieux et un talent technique irréprochables, Avengers Infinity War sait parler au gosse qui est en nous.
Restent les tics auxquels nous avait habitué le MCU et son inévitable escalade :
La p**** de scène post-générique ;
Des ressorts scénaristiques faciles (comme des actes ou décisions absurdes de la part de nos héros) ;
Un humour devenu si habituel qu’il ne marche plus aussi bien ;
Les armures beaucoup trop abusées d’Iron Man et de Spider-Man ;
Les problèmes de virilité d’un Bruce Banner incapable de sortir son Hulk, et qui devient embarrassant plutôt qu’attachant à force de l’entendre se parler à lui-même.
Sorti de ces lourdeurs, Avengers Infinity War surprend et divertit laaaaargement plus qu’espéré. C’est assez pour séduire et passer un excellent moment.
« Rappelle-moi combien t’es payé, déjà ? Parce que j’ai fait le calcul, et si on était payé à la vanne, je devrais valoir largement plus cher que toi. »
LES + :
Un film « tout en un » qui nous en donne pour notre argent.
Du spectacle pop-corn maîtrisé, qui divertit et emballe beaucoup mieux que l’Ere d’Ultron, pour ne pas le citer.
Un antagoniste soigné auquel on ne s’attendait pas.
Une noirceur et un final auxquels on ne s’attendait pas non plus.
LES – :
Il en manque quelques uns (Ant-Man, Hawkeye, Hulk ou presque).
Mark Ruffalo est devenu le nouveau Jar-Jar Binks.
Ça reste un Marvel. Si vous n’aimiez rien avant, vous n’aimerez pas plus maintenant.
Ready Player One se passe en 2045. Wade Watts (Tye Sheridan) est un ado orphelin vivant dans un bidonville vertical. Comme tout le monde, il cherche à fuir une réalité sordide à travers l’OASIS, un monde virtuel de l’ampleur d’une galaxie, amalgame ultime de tout ce que la télé, le cinéma, les jeux vidéo et l’Internet ont vomi ces soixante-dix dernières années. Le jour où son créateur a cassé sa pipe, il a promis les clés du royaume et ses parts de société à quiconque remportera trois épreuves menant à un « easter egg ». Quand Wade remporte la première manche, il menace le monopole de la puissante corporation IOI, dont l’empire est bâti sur la publicité invasive, l’endettement et les travaux forcés via l’OASIS. Le danger virtuel va alors peu à peu devenir réel…
Commune mesure
Sur le papier, le dernier Spielberg n’a rien de révolutionnaire. D’une part, son récit est archi classique. Wade (entouré de sa petite bande de goonies, euh, partenaires de jeu) est l’ado antihéros habituel que le grand public américain ou non aime tant. Parti du bas, il combat un système puissant et perverti, sa cause personnelle épousant finalement celle du bien commun. Avec l’aide de ses camarades (alors qu’il clame à qui veut l’entendre qu’il « ne fait pas de clans »), il renverse ledit système et obtient la reconnaissance, le self estime et l’amour qui lui manquaient dans la vraie vie (il se situe par contre au plus bas possible de l’échelle sociale, histoire de pouvoir quand même se payer un PS VR).
D’autre part, Ready Player One saute à pieds joints dans une double thématique certes actuelle mais ô combien opportuniste : la nostalgie du passé (provoquant remake, reboot et suites tardives) et l’engouement sans cesse croissant pour le monde des jeux vidéo (et ses adaptations craignos visant un public fortement incompris). La bouillie de pixels annoncée par la bande-annonce laissait craindre le pire, un spectacle fourre-tout et illisible dans la lignée de ce que le réalisateur du Bon Gros Géant tend à produire lui-même dernièrement (hem hem, Transformers). Et alors là : Worms, Goro, Akira, Batman, Jurassic Park, Chucky, Retour vers le Futur, le géant de fer, le Seigneur des anneaux, les Tortues Ninjas, Mario Kart, Superman, Alien, Jason Vorheese etc. etc. etc. et on en oublie ! Citer tout et tout le monde ? OK. Mais y a-t-il une bonne manière de faire ?
Attention en traversant la rue, hein…
Full cycle
Ironie savoureuse, Ready Player One n’est pas lui-même l’adaptation d’un jeu vidéo ni d’une franchise poussiéreuse, mais du roman homonyme d’Ernest Cline (que je n’ai pas lu encore, on évitera donc critique ou comparaisons poussées avec ce dernier). Or le livre fait lui-même lourdement référence au regretté passé que tente d’exploiter l’industrie ciné à court d’inspiration. Le serpent se viderait de son sang en se mordant la queue, si ce n’était pas Spielberg aux commandes, l’un des piliers de cette même culture qu’on vénère. Cela a certes l’air d’un retour à la case départ, mais les degrés de lecture de l’œuvre se multiplient comme à l’infini, à mesure que se déroule un récit sans réelles surprises.
A l’image du McGuffin de l’histoire, Spielberg truffe Ready Player One d’une infinité d’easter eggs proprement impossible à tous identifier d’un coup d’œil. Son dernier né est un pur film pop à l’intention d’un public pop toutes générations confondues, et réalisé par un orfèvre qui n’a plus rien à prouver en matière de narration visuelle (même lorsqu’elle est « computer generated »). Impossible de se retenir de rire devant les gags si chers à Spielberg (les rangées de joueurs professionnels « décimés » lors de la bataille finale) ni devant l’incongruité des multiples chocs d’influences, harmonieusement réunis dans les mêmes plans ou scènes. Rien qu’avec tout cela, le film bénéficie d’une « rejouabilité » forte…
S’il n’est pas exempt de défauts, comme deux-trois longueurs ou un peu trop d’expositions (en particulier sur ses propres influences, la faute aux différences d’âges dans le public), Ready Player One est divertissant pour les profanes, et forcément trippant pour les geeks. La dernière perle du réalisateur ne manque pas non plus de pertinence quant aux mondes qu’elle dépeint, même brièvement (via l’anticipation du monde réel avec ses drones et bidonvilles, et l’explosion du marché de la VR). Quant à l’OASIS, véritable univers où tout est possible, il dépeint avec cynisme le futur des gamers. Le sang y est remplacé par des bitcoins, les joueurs professionnels bossent en bandes organisées pour de sales capitalistes, et l’endettement et les travaux forcés sont totalement normaux ! Youpi, vivement…
« Must go faster. MUST GO FASTER ! »
Ready Player One : l’automne de Spielberg ?
Mais au-delà de ça, la quête balisée de Wade et ses copains n’est qu’un prétexte pour le réalisateur à usurper l’identité de Halliday (joué par l’excellent Mark Rylance, nouvelle muse de Spielberg). A travers le créateur de l’OASIS, il distille ses propres influences, parfois pour le meilleur : une épreuve du roman impliquant le film Wargames est ainsi remplacée par une réécriture bluffante de Stanley Kubrick. Là où n’importe qui d’autre, « grand fan du bouquin » et tout ça, aurait fidèlement repris sans saveur l’œuvre papier, Spielberg ne fait pas que s’approprier l’histoire mais s’y intègre entièrement, sans pourtant jamais laisser plus de temps d’écran à ses œuvres qu’à d’autres (son T-Rex n’apparaît pas plus longtemps que le King Kong de Peter Jackson, par exemple).
Halliday devient ainsi l’avatar du réalisateur. Le personnage après lequel tout le monde court est conscient de l’importance de l’héritage qu’il laisse, alors qu’il est lui-même hanté, en bien comme en mal, par celui qu’il a reçu (soit la culture des années 60 à 80). Les épreuves dans l’OASIS sont basées sur ses expériences culturelles mixées à d’autres plus personnelles. Chaque épreuve et sa solution sont nées d’une émotion, d’un désir du créateur sans cesse contrarié par un manque d’initiative ou de moyens. La quête pour gagner l’easter egg se révèle alors n’être « que » une énième quête initiatique, mise en place par le protagoniste lui-même. Pour gagner, le futur héritier doit comprendre intimement le légataire. A travers le monde du jeu, ce dernier espère ainsi instruire ses admirateurs sur lui-même et ses propres regrets, et à percevoir au-delà les erreurs à ne pas commettre à leur tour.
La révolution passe par Dance Dance…
Bilan de fin de partie
Spielberg n’est pas fatigué. Il a juste lui-même ouvert les yeux sur l’héritage qu’il laisse, comme Halliday. Comme lui, il est conscient qu’il ne durera pas et que son travail pourrait être dénaturé (au nom du pognon ou d’une incompréhension geek) quand il ne sera plus là. Il dissimule donc son message dans un océan de références qui resteront amusantes à prendre au premier degré. A moins de voir par-delà les choses et de nous libérer nous-même du passé qui nous hante et nous réconforte, afin de construire véritablement l’avenir. L’OASIS est une ode à la joie, à la liberté de penser et d’exister, peu importe notre voie et quel modèle (artefact ou avatar) on choisira. Il nous rappelle que l’important, c’est de rêver sans jamais oublier, même si les supports employés continueront de changer.
LES + :
Un monde virtuel crédible et sans doute prémonitoire.
Un humour et une incongruité souvent irrésistibles.
Des références par milliers qu’on aurait jamais cru possible de rassembler.
Différents degrés de lecture. Plus on s’enfonce, plus on touche au cœur doux-amer du réalisateur.
LES – :
Un monde réel également prémonitoire, qui aurait peut-être mérité un peu plus de temps d’écran ?
Le film explique parfois un peu trop par le dialogue ses références ou son univers (cf. une plutôt longue introduction avec voix-off). Dommage quand Spielberg est généralement si doué pour s’exprimer visuellement.
C’est ce cœur doux-amer qu’il m’a fait mal d’atteindre, en pensant que le Spielberg joueur et candide nous manquera une fois parti… à moins que la relève ne capte le message.
Vous connaissez ces jeux sur lesquels vous avez bavé petit et n’aviez pas pu jouer ? Il n’est jamais trop tard pour se rattraper. Aujourd’hui, je fais connaissance avec Robocop vs Terminator version Megadrive, l’une des adaptations de films/comic book les plus violentes, badass et réussies de l’Histoire. « Your move, creep ! »
Robocop vs Terminator est sorti en 1993 sur presque toutes les consoles vendeuses de l’époque, y compris la Super Nintendo. Pourtant, les deux machines 16 bits n’ont pas eu droit strictement au même résultat. Selon bien des comparatifs, la version Megadrive serait supérieure à son adversaire, notamment à cause de sa violence. A l’époque, Nintendo jouait encore la pucelle effarouchée pour séduire un public familial. Sega, lui, n’en avait strictement rien à f***re, ce qui permit de rendre honneur sur sa plate-forme à la hargne décomplexée des deux sagas, un point commun autant qu’une marque de fabrique.
T’es un comic, toi
Quoi qu’il en soit, le jeu n’est pas une adaptation ciné à proprement parler. Ce cross-over aussi logique qu’improbable adapte à la place la bédé sortie en 1992, soit juste après Terminator 2 et Robocop 2 (et avant le déclin respectif de chaque franchise). Comme on doit l’histoire au célèbre Frank Miller (Sin City, The Dark Knight Returns), elle va de plus en plus loin dans le barré à chaque nouveau chapitre.
Pour faire court, des années après la mise en service de Robocop (Alex Murphy de son vivant), le cyber flic a inspiré les chercheurs pour la mise au point de Skynet. Forcément, une fois seul maître du futur, ce dernier fait comme dans les films de James Cameron, et envoie des T-800 dans le passé à tour de bras. Sauf que cette fois, c’est pour empêcher les rebelles de tuer Robocop, l’origine de la fin du monde ! A la suite de péripéties explosives, l’ami Murphy se retrouve HS. Il se réveille dans le futur contrôlé par Skynet, réarmé et prêt à en découdre au côté des rebelles. Pour la suite, lisez la bédé. Je recommande la chose pour son fort respect des univers originaux, ainsi que son jusqu’au-boutisme jubilatoire.
Ça commence bien
Nous avons ici affaire à un run ‘n gun (plate-forme et tir) librement inspiré de la bande-dessinée, mais pas de panique si l’histoire vous échappe. Fait rarissime dans l’histoire des jeux vidéo, en tout cas dans mon souvenir : un texte déroulant vous crame d’emblée l’intégralité du fil scénaristique, jusqu’au boss final ou presque ! Je sais, c’est fou, mais ainsi, vous savez ce qui vous attend. Plus besoin de recourir à des cutscenes et autres procédés casseurs de rythme pour justifier la progression à travers les niveaux. Un écran titre « fuck yeah ! » plus tard, vous voilà prêt à en découdre presque sans temps mort.
Vous commencez par un court tutoriel dans les bas-fonds de Détroit. Ensuite, il faudra casser du gredin lourdement armé dans des paysages dérivant de plus en plus du film Robocop pour vous emmener dans le futur désolé de Terminator. Vous y attendent usines futuristes et laboratoires high-tech, patrouillés sans répit par des hordes de drones fous et autres T-800. A noter que le jeu alterne également les monstres de Skynet avec ceux de l’OCP : ED-209 et Robocop 2/Caïn sont donc eux aussi de la fête, et ça, rayon fan service, ça fait plaisir.
On s’y croirait
Que ce soit pour ses décors ou son aspect sonore, Robocop vs Terminator sur Megadrive impressionne. Les niveaux sont d’une fidélité exemplaire aux atmosphères des deux sagas cinématographiques, finalement si fusionnelles. Les environnements traversés donnent vraiment l’impression de vivre à cent à l’heure l’action hardcore des films : rues sordides, aciérie, siège de l’OCP, futur délabré, QG de Skynet… Tout est là ! Quant aux sprites, leur taille et leur finesse imposent le respect, tant sur le corps de Robocop (ses coups de feu se reflètent même sur son plastron !) que sur ceux de ses ennemis. Il faut voir la bouillie que vous faites de ces pauvres racailles des banlieues, ou les corps de plus en plus décharnés des Terminators « en civil » que vous bousillez…
Niveau son, c’est comme au cinéma ! Le flingue du roboflic pétarade comme sur grand écran, et les cris d’agonie des loubards sont extrêmement bien rendus. Ma reprise préférée reste le rugissement de l’ED-209, ainsi que le bruit fidèlement restitué de son énorme pétoire. Par contre, le reste est en dents de scie, avec des armes aux sonorités parfois incongrues : le lance-flammes fait le bruit d’un tube de dentifrice qu’on presse, et les bruits de pas de Robocop 2 sont, comment dire… voyez sur Youtube, ça ira plus vite. Bonne idée en revanche d’avoir mis sous silence les pas lourds de votre avatar d’acier. Personne ne s’en aperçoit de toute façon tellement ça pète de partout ! En ce qui concerne la musique enfin, le répertoire est électro/techno et se répète beaucoup. Mais il glisse ça et là des bruits et autres voix digitalisées qui avaient la classe en 1993 (« Terminator ! » scande une voix féminine sexy).
Métal hurlant
Et le gameplay, finalement ? Comme dit plus haut, l’action est hardcore, badass et rapide. On aurait pu croire que l’ami Robocop se déplacerait comme une benne à ordures rouillée (comme dans Robocop 3 sur la même console). Les développeurs ont remporté un pari fou : celui de ne pas dénaturer les mouvements du personnage tout en lui conférant une certaine légèreté. Votre Murphy de pixels s’avère hautement maniable et réactif compte tenu de son modèle. Le cyber flic n’est certes pas un acrobate, mais il grimpe les échelles comme un chimpanzé et il peut glisser à grande vitesse suspendu par un bras à une barre en métal. Hautement improbable, mais indispensable pour survivre aux nuées de tirs et de salopards véloces vous attendant à chaque carrefour.
Heureusement que l’arsenal est complet et classe, quoique dur à alterner. Vous ne pouvez porter que deux armes, et chaque nouveau flingue acquis vire celui dont vous vous servez. Mais il n’y a qu’à se baisser pour en avoir : lance-flammes, lance-missiles téléguidés, fusil désintégrant, bras canon de l’ED-209… Mon préféré ? Le lance-grenades de l’Enfer, avec ses ogives qui se déplacent dans la direction indiquée par votre pad. Après un temps d’adaptation, vous saurez ériger un mur explosif et mobile extrêmement efficace. Mais attention : perdez vos armes et vous en ch**rez contre des boss de plus en plus insurmontables. A ce jour, je ne l’ai pas encore terminé, et je doute d’y parvenir sans tricher. Heureusement, Robocop vs Terminator s’avère également archi-blindé côté cheat codes (en anglais ici). A noter pour finir que chaque niveau propose en plus son petit objectif secondaire spécifique, comme détruire des caméras de sécurité, sauver des otages ou… simplement tout péter.
Bilan système
Au final, l’adulte que je suis regrette d’être passé à côté d’un grand moment de bourrinage violent, efficace et gentiment exigeant (la difficulté est progressive, même en changeant le degré). Robocop vs Terminator est une perle de fidélité à deux monuments du cinéma de science-fiction, que j’adore comme beaucoup. S’il ne possède pas les atouts narratifs des adaptations d’aujourd’hui (cf. Alien Isolation), il reste fidèle en diable à l’esprit d’origine, à la violence et aux ambiances de ses modèles, et ses références sont parfaitement intégrées au gameplay. Même le temps d’une partie rapide, ce jeu donne vraiment l’impression de vivre ces films cultes. Profitez-en donc quand vous le pourrez, car il semble que ni Robocop ni Terminator ne se relèveront de sitôt sur consoles. « I’ll be back » ? Qui vivra verra…
Dominika Egorova (Jennifer Lawrence) est une jeune étoile russe de la danse, déchue après que son partenaire lui ait « maladroitement » pété la guibolle en pleine représentation. Des mois plus tard, elle est rétablie mais sans avenir, avec une mère malade sur les bras. Son oncle Vanya (Matthias Schoenaerts), chef en second du SVR, le KGB post-Guerre froide, lui offre alors de devenir espionne. Dominika intègre donc l’école des « moineaux » (d’où « Red Sparrow »), où de jeunes hommes et femmes apprennent l’art de la manipulation et de la séduction. Malgré un cursus difficile, Tonton vient rapidement la chercher pour approcher un agent de la CIA (Joel Edgerton). L’enjeu est de découvrir l’identité d’une taupe au sein du gouvernement russe. Mais pour Dominika, la vraie mission sera de trouver comment sortir de l’engrenage dans lequel elle s’est retrouvée…
Nouveau représentant du thriller d’espionnage porté par une femme fatale, Red Sparrow n’a rien d’un film d’action post-Jason Bourne, et ne possède de près ni de loin aucune scène nerveuse digne de ce nom. Le dernier film de Francis Lawrence (Je suis une légende, Hunger Games) est un pur jeu de manipulations/trahisons, réussi par ailleurs. Il s’avère prenant, atmosphérique, esthétique, et son côté glaçant évoque si bien la Guerre dite « froide » que sans l’intégration de smartphones, on croirait que l’intrigue se déroule trente ans en arrière.
Le fantôme de la Guerre froide
Red Sparrow est techniquement irréprochable, la lumière est magnifique et la mise en scène appliquée. Pourtant, malgré son air vintage, il ne se déroule pas dans les années 80 comme le récent Atomic Blonde (autre exemple d’une espionne à l’ancienne qui en bave, mais différemment). Ici, les seuls piégés dans un passé politique jamais mort à leurs yeux, ce sont les protagonistes, un aspect du film qui rappelle aussi Salt de Philip Noyce. Et le casting est à la hauteur du ressenti, vu tous les vieux briscards ayant répondu présent (Jeremy Irons, Ciaran Hinds, Charlotte Rampling, Marie-Louise Parker etc.).
L’actioner avec Charlize Theron offrait morceaux de bravoure et tubes entraînants. Dans Red Sparrow, on ne « s’éclate » pas autant. La violence est presque toujours brève, anecdotique ou figée dans des tableaux glaçants. Mais lorsqu’elle s’exprime, elle marque (au propre comme au figuré), à l’image d’une scène de torture parmi les plus saignantes et douloureuses que j’aie vues dernièrement.
Red Sparrow déglingue les genres
Une seule chose s’avère plus dérangeante encore dans Red Sparrow, mais son interprétation dépendra de votre débat du moment. Le film met en scène une femme intelligence et psychologiquement forte, même si pas particulièrement héroïque. « Hourra » crieront certaines ? Pas forcément. Si Dominika finit par arriver quelque part, elle aura auparavant été violée (sa mission d’essai), abusée (le traitement subi à l’école des moineaux) et violentée (le SVR ne fait pas de cadeaux aux traîtres, même supposés).
Les hommes ? On n’est pas gâtés : entre le patron obsédé, le tortionnaire sadique, le violeur de douche typique, et un baiser incestueux non rejeté, la J-Law est très mal entourée. Alors du coup : héroïne modèle d’un sexe plus fort que les préjugés, ou énième victime du mâle qui la façonne comme il se la représente (un outil et une p*tain) ? Soyez prévenus, messieurs-dames : qu’on le croie féministe ou misogyne, Red Sparrow saura faire honte aux deux sexes.
LES + :
Pour les nostalgiques, un thriller d’espionnage beau et prenant.
La Guerre froide est un état d’esprit, et il est bien vivant à l’écran.
Une scène de torture qui fait frissonner.
LES – :
Ça va encore jaser quant à savoir si le film est féministe ou misogyne. Mais bon, la belle est une héroïne et les hommes (presque) tous des salauds, alors les deux se tiennent. ^^
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