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Analyse : 5 jeux vidéo d’action qui vont plus loin que le cinéma

5 jeux plus forts qu'au cinéma

La relation entre cinéma d’action et jeu vidéo est passionnante. À partir des années 1990, les jeux vidéo empruntèrent avec brio des motifs et codes de représentation aux œuvres populaires du grand écran. Piège de Cristal, The Rock, Rambo, L’Arme Fatale ont trouvé leurs équivalents jouables avec Metal Gear Solid, Uncharted, Max Payne et bien d’autres. En retour, le cinéma a essayé de s’inspirer des jeux vidéo d’action. D’abord, en les transposant passivement, par le biais d’adaptations calamiteuses (Street Fighter, Double Dragon). Plus tard, en reprenant à son tour les méthodes de son parent vidéoludique, en commençant avec Matrix et ses déclinaisons, jusqu’aux derniers John Wick.

Les films tirés de jeux vidéo d’action ont toujours zéro ambition aujourd’hui (Max Payne, Uncharted). Mais le jeu vidéo n’a pas attendu pour reprendre à son compte, et parfois, carrément sublimer des codes de représentation issus du 7ème art. Retour sur 5 jeux vidéo d’action qui, ce faisant, ont véritablement transcendé leurs inspirations filmiques.

FEAR (PS3, Xbox 360 & PC, 2005)

Si vous rêvez de vous immerger dans un film d’action, FEAR est à faire absolument. En plus, vous y gagnez quelques frissons inspirés du cinéma d’horreur japonais.

Le FEAR (First Encounter Assault Recon) est une unité armée spécialisée dans le paranormal. Vous jouez leur éclaireur (« Point Man »), alors que votre équipe poursuit Paxton Fettel, commandant rebelle d’une armée de soldats clonés, contrôlés télépathiquement. Les choses se compliquent quand vous êtes assailli de visions provoquées par Fettel, ainsi que par une mystérieuse petite fille.

Un mix improbable jamais vu au cinéma

Ce FPS est un jeu vidéo d’action unique, mélange surprenant entre Piège de Cristal, le cinéma de John Woo et The Ring. Au premier, il emprunte son contexte. Vous jouez à cache-cache dans des environnements de bureau ou en travaux, avec des escouades d’ennemis à l’IA bluffante. Du second, il reproduit la pyrotechnie excessive et jouissive. Les décors explosent au moindre impact, projetant poussière, étincelles et débris dans tous les sens. Les corps de vos adversaires volent ou éclatent sous les balles, tout ça au ralenti, grâce à votre capacité de freiner le temps.

Le petit plus, c’est que FEAR est émaillé d’apparitions spectrales ne s’annonçant jamais. Fettel vous observe au détour d’un couloir avant de s’évanouir dans l’air. Une petite fille vous dévisage derrière une baie vitrée, mais le temps de faire le tour, elle a disparu. Sans parler de visions gores vous assaillant sans prévenir. Ces événements font toujours sursauter, car ils surviennent quand on a oublié que, oui, il y a aussi une part de surnaturel dans cette histoire.

Jeux vidéo d'action - FEAR

Pourquoi il faut y jouer encore aujourd’hui ?

FEAR a vieilli, mais il n’a jamais été égalé. Ses suites ont dévié de la formule pour devenir plus linéaires et axées sur l’horreur graphique (on en parle un peu plus par ici). Malgré un bond technologique de presque vingt ans, aucun autre jeu vidéo d’action n’est parvenu à marier une intrigue aussi dérangeante, une physique si spectaculaire, un level design autant soigné et une telle ambiance sonore.

Kane & Lynch 2 : Dog Days (PS3, Xbox 360 & PC, 2010)

Ce jeu vidéo à la 3e personne est encore aujourd’hui très controversé. Déjà, pour sa violence et sa noirceur, mais surtout, pour n’être pas vraiment bon. Pourtant, le titre de IO Interactive fascine encore de nombreux joueurs.

Le criminel Kane est invité par son comparse Lynch à le rejoindre à Hong Kong, pour participer à un coup. Dès son arrivée, une fusillade entraîne la mort de la fille d’un très gros ponte du gouvernement. Devenus la cible de la mafia, de la police, et même de l’armée, les deux anti-héros vont se frayer un chemin sanglant à travers la ville, dans l’espoir d’en sortir vivants.

Un jeu vidéo malsain au réalisme extrême

Le gameplay de ce jeu vidéo est extrêmement simpliste, sans mécaniques particulières. On avance, on tire, on se met à couvert, et à l’occasion, on jette des bonbonnes explosives à la tronche des ennemis. Plutôt que d’améliorer les missions d’escorte du volet précédent, les développeurs y ont carrément renoncé, rendant la progression encore moins diversifiée. Pour couronner le tout, l’aventure peut se boucler en une poignée d’heures. Bref, comme jeu vidéo d’action, Kane & Lynch 2 ne se foule pas pour nous tenir en haleine. En réalité, ce sont ses partis pris esthétiques qui rendent l’immersion supérieure au cinéma.

Jeux vidéo d'action - Kane & Lynch 2

D’autres titres à la troisième personne ont déjà opté pour un aspect « filmé » (par exemple, Manhunt, du studio Rockstar). Aucun n’est allé aussi loin, peut-être aussi parce qu’il dépasse les bornes.

Artefacts visuels et sonores, caméra à l’épaule, effets stroboscopiques, aberrations chromatiques, même la violence et la nudité extrêmes sont censurées directement à l’écran, masquées derrière des amas de pixels disgracieux. L’aventure se vit comme un reportage filmé à la DV par un troisième personnage. Ce cameraman kamikaze tombe d’ailleurs en même temps que le joueur à sa mort, ou quand celui-ci le laisse derrière à la fin du voyage, abrupte et sans climax. Dog Days serait-il le premier vrai « second person shooter » ?

jeux vidéo d'action

Pourquoi lui redonner une chance aujourd’hui ?

S’il n’est pas un « jeu vidéo » exceptionnel, Kane & Lynch 2 : Dog Days est une expérience qui prend aux tripes, et ce n’est pas une image. Aucun titre jouable n’a jamais poussé le style du cinéma documentaire dans de tels retranchements. Au point que les joueurs les plus fragiles en ont eu mal au crâne ou envie de vomir au bout de vingt minutes. Vous êtes prévenu.

Max Payne 3 (PS3, Xbox 360 & PC, 2012)

En 2012, Marvel commençait ses pitreries. Le blockbuster américain « à l’ancienne » avait déjà enfoui sa tête dans le sable, aseptisé, voire auto-censuré, et enflé par un spectaculaire de plus en plus poseur que rentre-dedans. Max Payne 3 s’en fiche et va aussi loin que possible dans l’action, la violence, la noirceur, ainsi que la déchéance de son anti-héros.

L’ex-flic Max Payne a fui New York pour se fixer à São Paulo, où il est devenu garde du corps d’une famille de riches brésiliens. Quand la femme de son patron est enlevée par un gang, Max va tout faire pour la retrouver. Les ennuis vont s’empiler, ajoutant progressivement dans l’équation une milice armée, des flics vérolés, du blanchiment d’argent, des magouilles politiques, et bien pire.

John Woo, Michael Bay et Tony Scott dans un shaker

Concernant le gameplay, « réalisme » et « spectacle » sont les maîtres mots. Max en impose quand il titube au ralenti tout en canardant des ordures. Tirant vers la cinquantaine, ses déplacements sont les plus lourds et réalistes de la série, voire en général. En plus, évolution du genre oblige, l’aventure se joue bien plus comme un cover shooter façon Gears of War. Cela ne veut pas dire que Max a perdu la main ! Les centaines d’ennemis tombent comme des mouches, le ralenti dans l’action est toujours là, et lors d’une ultime exécution, sa vitesse peut même être altérée, le joueur devenant en partie réalisateur.

Jeux vidéo d'action - Max Payne 3

L’esthétique et le découpage des cinématiques ont évolué. Au lieu de planches de comics, elles se basent maintenant sur le moteur du jeu. Caméra chahutée comme dans un docu-vérité, « split screen » agressif, effets chromatiques et saturations, sous-titres fragmentés surgissant à l’écran…

L’influence est clairement Man on Fire de Tony Scott (2003), dont la mise en scène s’accordait avec l’état mental du héros torturé. Ici, on va plus loin. Il faut dire que le protagoniste est on ne peut plus approprié. Qui mieux que Max Payne, ex-flic alcoolique, tourmenté et au fond du trou, pouvait permettre ce déferlement ? Rockstar a transformé l’essai en aboutissement, ce chaos visuel étant, malgré ses excès, toujours lisible et facile à suivre.

jeux vidéo d'action

Pourquoi se replonger dans ce jeu vidéo aujourd’hui ?

En 2023, Max Payne 3 rend encore plus viscéral et spectaculaire le polar explosif à l’américaine, lequel se tourne plus que jamais les pouces de gêne. Ce jeu vidéo d’action est un vrai film noir jouable, au scénario captivant justifiant tous les excès. Tout explose, et rien ni personne n’est à l’abri. Encore aujourd’hui, son style et son gameplay n’ont aucun équivalent sur la scène vidéoludique.

Uncharted : The Lost Legacy (PS4 & PC, 2017)

Le vote pour le meilleur épisode de la série Uncharted divise toujours. Voyons les choses ainsi : Uncharted 4 est probablement l’aventure la mieux écrite, et Uncharted 2, la meilleure suite. Mais le meilleur jeu vidéo est certainement Uncharted : The Lost Legacy.

Chloe Frazer recrute la mercenaire Nadine Ross pour une chasse au trésor. Le duo doit faire la course à travers l’Inde pour devancer Asav, le chef d’une armée privée à la recherche de la défense du dieu hindou Ganesh. Tout le monde espère en tirer beaucoup de pouvoir, surtout financièrement.

Le parfait film d’action en jeu vidéo

Depuis ses premiers pas, Uncharted est l’héritier des films d’aventure et d’action des années 1980-1990. Le héros principal amalgame avec brio Indiana Jones et John McClane, au fil d’aventures originales, toujours plus rocambolesques et explosives. La franchise n’a jamais vraiment changé sa formule, mais elle s’est toujours attachée à la perfectionner.

L’exemple le plus parlant est le motif récurrent de la poursuite motorisée. D’abord « rail shooter » (Uncharted), puis véritable partie de saute-camions (Uncharted 2), elle a intégré la poursuite à cheval (Uncharted 3), puis des jeeps et un grappin (Uncharted 4). Le joueur y gagnait toujours plus de possibilités d’interagir, et donc, de jouer au héros d’action.

Jeux vidéo d'action - Uncharted The Lost Legacy

Le dernier chapitre de The Lost Legacy est justement une poursuite, la plus spectaculaire de la saga et son point culminant en matière de gameplay. Corps-à-corps, furtivité, conduite, voltige, toutes les innovations apportées jusque-là sont réunies pour offrir un vrai bouquet final à la série, aussi spectaculaire que jouissif.

Ça ne veut pas dire que le reste fait pâle figure. L’aventure est moitié moins longue que dans Uncharted 4. Elle est ainsi plus dense et mieux rythmée (sauf si l’on veut traîner les savates dans le monde ouvert du chapitre 4). Avec en plus, des puzzles et mini jeux inédits ! La créativité et la maîtrise de Naughty Dog frôlent vraiment l’indécence.

jeux vidéo d'action

Pourquoi ce jeu vidéo d’action est incontournable ?

Parce qu’il est l’aboutissement de la formule Uncharted, et peut-être le pinacle de l’action grand public jouable. Le jeu est sublime et les animations extrêmement détaillées. L’aventure et les fusillades en mettent plein la vue. Les mécaniques sont poussées et intuitives, et la prise en main aisée et fluide. Surtout, Uncharted : The Lost Legacy est le plus court de la saga, une expérience cinématique dotée du rythme et de la montée en puissance d’un vrai blockbuster ciné (pour en savoir un peu plus, cliquez ici).

Resident Evil 2 (PS4, Xbox One & PC, 2019)

Après le remake de Resident Evil en 2002, les fans ont attendu longtemps que Capcom sorte enfin de sa torpeur pour poursuivre le mouvement. Il aura fallu dix-sept ans pour que Resident Evil 2 renaisse enfin, plus intense et flippant que jamais.

Leon Kennedy est un flic prenant poste à Raccoon City. Claire Redfield arrive en ville pour retrouver son frère. Manque de pot, la métropole est en proie au chaos suite à une épidémie de virus T, qui change les gens et les animaux en zombies. Piégés dans le commissariat, ils vont devoir trouver une issue, survivre à des monstres terrifiants et obtenir les réponses à leurs questions.

Un véritable film d’horreur interactif

Resident Evil 2 n’est pas un remake parfait. S’il fallait trouver un équivalent filmique, RE2 2019 est à l’original ce que le film L’Armée des Morts (2004) était à Zombie de George Romero. Plus réaliste, plus spectaculaire, plus nerveux et pas moins gore, il pêche pourtant par un scénario bien moins soigné, qui se contente de passer en revue les grands moments et les motifs familiers de son modèle.

« On va au centre commercial ! » disaient les héros de L’Armée des Morts dans les quinze premières minutes, sans justifier ce choix le moins du monde, probablement parce que c’était emblématique du film de base. De la même manière, RE2 2019 ressemble à un hit parade, se fichant d’entrer dans les détails de son histoire. Ce qui compte, c’est de caser tout ce que le joueur attend de Resident Evil 2, qu’il y ait une bonne raison ou non, sans préparation ni nuance. Ainsi, Mr X apparaît « juste comme ça », le chef de la police se présente d’entrée comme une raclure, et les quatre scénarios initiaux en deviennent deux, sans beaucoup de variations entre eux. C’est fort dommage. Pourtant…

Jeux vidéo d'action - Resident Evil 2

L’immersion est la clé

Pourtant, c’est moins dommageable que si c’était un film. Le remake de Resident Evil 2 est une œuvre portée tout autant sur le style que L’Armée des Morts, mais dans un jeu vidéo d’action, le style compte grandement. Il permet de s’immerger, de vivre l’aventure, de devenir acteur soi-même. Et ça fonctionne du tonnerre. RE2 2019 transforme ce qui n’était qu’un « jeu » d’horreur en expérience immersive terrorisante, un huis-clos étouffant, plus noir et réaliste que jamais. En plus, il réutilise tous les grands classiques de l’horreur sans les singer.

Le joueur ne rigole jamais des emprunts à La Nuit des Morts-Vivants, Alien, The Thing, Psychose ou Terminator, entre autres. Il est trop occupé à sauver sa peau dans des environnements urbains crédibles et poisseux. La menace peut surgir de n’importe quel recoin sombre ou angle mort. La survie dépend de sa stratégie et de ses réflexes, face à des adversaires soit imprévisibles (les zombies, les lickers) soit inarrêtables (Mr X et Birkin). Le tout avec juste ce qu’il faut de compromis entre la jouabilité restrictive de l’époque et les assouplissements de gameplay que la série à connus entre-temps : caméra par-dessus l’épaule, armes customisables, outils d’auto-défense, etc.

jeux vidéo d'action

Pourquoi ce remake d’un jeu vidéo vaut mieux qu’un film ?

Un film ne permet pas de s’immerger autant. À l’instar de Uncharted : The Lost Legacy, RE2 2019 est l’apogée de la « formule Resident Evil ». Outre un superbe moteur graphique et les animations bluffantes des zombies, cet épisode ne garde que le meilleur des améliorations apportées au gameplay, tous jeux confondus. Certes, depuis, il y a eu les remake de RE3&4, aussi recommandables. Mais pour qui préfère l’horreur et la survie, RE2, c’est comme les grands classiques du cinéma, mais en mieux.

Ces 5 jeux vidéo d’action sont jouables sur de nombreux supports et faciles à trouver. Si vous êtes fan occasionnel de film du genre, cinéphile invétéré, ou même facile de la gâchette dès que vous avez un pad en main, ces titres sont pour vous. Toujours au point techniquement et offrant des sensations uniques, vous aurez l’impression d’être la star de votre propre film d’action. Faites chauffer les manettes !

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Critique : Uncharted « Bienvenue en terrain connu »

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Uncharted 2022

Nathan Drake (Tom Holland) est un jeune filou qui gagne sa vie en préparant des cocktails, et occasionnellement, en tirant en douce les bracelets des clientes fortunées croisant son chemin. Il est repéré par Sullivan (Mark Whalberg) qui lui propose une alliance. Il doit l’aider à dérober une croix en or censée permettre de remonter la piste de Magellan jusqu’à son fabuleux trésor. Les choses se compliquent quand Chloé Frazer (Sophia Ali), le richissime Moncada (le Chat botté Antonio Banderas) et la mercenaire Braddock (Tati Gabrielle) se révèlent tous intéressés. La ronde des coups de couteau dans le dos peut commencer. Nate va apprendre que la vie de chasseur de trésor, ce n’est pas de la rigolade…

Alors qu’en fait, si. Uncharted, le film prend tout à la rigolade. La licence dont il s’inspire, la cinématographie, la caractérisation des personnages et la physique élémentaire vont gentiment aller se faire voir dans ce qui est, finalement, un bien curieux résultat. Le film se regarde sans honte ni déplaisir, mais les jeux et les talents les ayant créés se font gentiment insulter.

Un projet fainéant

Tout le monde peut voir Uncharted et apprécier le spectacle sans se prendre la tête. Mais vous savez qui d’autre ne s’est pas pris la tête ? Les gens derrière cette adaptation.

Pour leur défense, il y avait de quoi être fatigué par l’arlésienne Uncharted, projet qui stagnait depuis 15 ans. Ce n’était pas pour rien. Si le premier jeu avait de quoi faire un super film d’action-aventure, ses suites ont toujours fait mieux, que ce soit dans le spectacle comme dans l’écriture. Au point que la saga de Naughty Dog a fini par faire du divertissement cinématographique mieux que l’actuel cinéma, englué dans une redite et une flemme qui resteront dans l’Histoire. Une fainéantise tant artistique que créative, avec des suites à rallonge et des réalisations de plus en plus formatées pour une diffusion à la télé.

On pouvait peut-être faire un meilleur film que ne l’était Uncharted : Drake’s Fortune en 2007. Mais aujourd’hui, il y a Uncharted 4 et Lost Legacy. Aussi, les projets cross media se multiplient et les talents font la navette d’une industrie à une autre. Rivaliser devient compliqué. Sauf que pour Hollywood et les producteurs en général, la leçon ne passe toujours pas. Les joueurs sont des consommateurs et ils sont traités comme tels. Pas besoin d’un travail d’artisan quand on peut leur refourguer un produit générique tout droit sorti de l’usine. Mais pour sortir du lot, il faut les talents et l’envie, et c’est ce qui fait défaut à Uncharted en 2022.

Ruben Fleischer a peut-être réalisé Bienvenue à Zombieland, mais il a prouvé depuis qu’il était un faiseur heureux et dénué d’imagination (Venom, Zombieland 2). Les derniers scénaristes amenés sur le projet ont surtout bossé pour Marvel, Transformers et MIB International, soit le bas de gamme en matière d’écriture de blockbusters. En plus, ils ont eu la tâche ingrate de seulement copier-coller les intrigues et moments les plus mémorables des jeux, qu’on retrouve depuis des années sur Youtube.

Un reboot cupide

Enfin, il y avait l’idée géniale, évidemment une fausse piste, de raconter une période pre-games de la vie de Drake. Cela aurait dû être une invitation à inventer, une occasion de prolonger l’expérience des jeux sans la singer, de modifier la formule, avec Nathan et son frère jeunes ouvrant la voie à des aventures moins violentes et plus familiales. Les fans du jeu auraient eu du neuf, et les néophytes, une porte d’entrée sur le lore. Oui, là, je pense comme un producteur. Mais ce qui est curieux, c’est que des producteurs n’aient pas raisonné comme ça.

Uncharted 2022 est un reboot. Comme ça, les acteurs engagés dans des rôles connus de longue date auront l’excuse de le faire à leur sauce. Il faut juste faire son deuil du fantasme habituel de voir son jeu favori adapté. Tom Holland fait son numéro, idem pour Mark Whalberg, dont il fallait au moins la moustache pour croire qu’il s’agit de Sully. Je les adore, y compris ici, et leurs échanges sont amusants. Mais ce n’est pas le Uncharted qu’on a connu et aimé. Même pas en refaisant si grossièrement la chasse au trésor pirate d’Uncharted 4, réécrite et aseptisée, dans laquelle ledit trésor ne fascine personne, ni sur l’écran ni dans la salle. Un comble.

Sully, Chloé, Moncada, tout le monde a des dollars dans les yeux comme Sony, à défaut d’avoir des rêves plein la tête. Indiana Jones bavait sur l’arche d’alliance, même Benjamin Gates rêvait de mettre la main sur le magot des Templiers… Ici, tout le monde veut le trésor par principe. Sauf Nate qui cherche son frère, mais on sait très bien ce que le studio veut faire de cette quête : un appât à suite.

Des débuts pires que modestes

Ruben Fleischer, ses scénaristes et Sony font ce qu’il faut pour ne froisser personne. Au final, le film met tout le monde d’accord. S’il n’est pas vraiment mauvais, il n’est nullement mémorable. Les fans du jeu le trouvent anecdotique, puisque tout ce qui arrive a déjà eu lieu en mieux sur Playstation. Les néophytes ne le trouvent pas meilleur que le tout-venant du film d’aventure avec jeu de piste comme Benjamin Gates et Da Vinci Code. Et mon vieux, ça vole pas haut.

La fainéantise et l’absence TOTALE de créativité donnent envie de cogner. Il faut en plus composer avec un sens du spectaculaire hérité de Marvel. Ici, il est tout à fait possible de tailler le bout de gras en restant accroupi sur une caisse en chute libre, sans stress, ou de jouer aux pirates dans un décor en apesanteur hérité d’une attraction Disney.

Enfin, impossible de ne pas grincer des dents devant un caméo facile, une ou deux répliques in-the-nose, la version pimp de la carte de vol d’Indiana Jones, un flashback d’ouverture aux dialogues embarrassants de platitude, et deux scènes post-générique. Parce que ma grande, il faut la vendre, cette future franchise au cinéma ! Mettre la charrue avant les bœufs avait tellement bien marché en 2017 avec La Momie et son Dark Universe, n’est-ce pas ?

Dans la Collection 120, on aime Uncharted et on ne se prive pas pour le montrer (cf. Max Force ou Veines Rouges). Mais les professionnels de la profession ne font aucun effort d’imagination malgré le trésor qu’ils avaient dans les mains. On se demande où va le monde.

Uncharted, un film juste correct

Pourtant (malheureusement ?), Uncharted est un film correct. Il tient son unique véritable promesse, qui est de passer un moment amusant. Holland et Whalberg font souvent des étincelles. Un ou deux rebondissements font leur petit effet. Les morceaux de bravoure sont bien réglés, à défaut de ménager la suspension d’incrédulité. L’action constitue le vrai spectacle ici, la chasse au trésor étant téléphonée et sans inspiration. Aberrant quand on pense que chaque nouveau jeu parvenait à renouveler cet aspect avec intelligence. Enfin, le film fait un peu mieux que la dernière adaptation de Tomb Raider, qui se sabordait toute seule.

Uncharted sur Playstation avait réussi à rendre Nathan Drake, personnage de pixels, plus vivant que jamais. Uncharted, le film, fait de son Drake un action hero post-Marvel assez lunatique et anecdotique. Que retenir, au final ? Que c’est un pur produit calibré pour la future distribution sur disques et en streaming. C’est triste de se dire que s’il était directement passé par cette case, on aurait pu se montrer moins regardant. D’ailleurs, un budget de 120M$ hors frais marketing, ce n’est plus ce qu’on appelle un blockbuster à notre époque d’exagération constante.

Cela explique peut-être pourquoi Uncharted ressemble à un petit joueur se donnant de grands airs, juste parce qu’il a hérité du nom prestigieux de son Papa… Alors que ses cousins éloignés, même s’ils sont vieux et on ne les appelle plus très souvent (comme À la poursuite du Diamant Vert ou Sahara) sont restés élégants, se la pètent moins et demeurent plus fréquentables.

Pour finir, notons que le générique de clôture s’ouvre sur une chanson intitulée « Take the money and run » (« prends l’oseille et tire-toi ») ! Un point final qui résume très bien l’arnaque du film et le cynisme de ses responsables. Ceux qui n’ont pas aimé auraient dû sortir depuis longtemps et demander un remboursement. Ceux qui sont restés parce qu’ils ont aimé ne sont même pas respectés.

LES + :

  • Ce n’est pas vraiment un mauvais film.
  • Holland et Wahlberg sont amusants ensemble.
  • Certains choix de casting font mouche.
  • Il y au moins un ou deux trucs originaux ou surprenants (un rebondissement, une idée). Mais bon, ils ne mènent pas vraiment quelque part, ni ne sont exploités à fond.

LES – :

  • Ce n’est pas vraiment Uncharted au cinéma.
  • Antonio Banderas s’ennuie et on comprend pourquoi (surtout arrivé aux deux tiers du film).
  • Si cette chronique a fait l’impasse sur l’exotisme, c’est parce qu’il n’y en pratiquement pas de tout le film.
  • Tu aimes le fan service facile et embarrassant ? T’inquiète pas, tu vas en bouffer.
  • Quand on voit le résultat, on a l’impression qu’hormis les acteurs, personne ne semblait vraiment y croire.
  • Même le mythique thème musical d’Uncharted se fait petit dans ce reboot. C’est dire.