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Critique : Shotgun Wedding « Mariés à bout portant »

Shotgun Wedding

Darcy (Jennifer Lopez) et Tom (Josh Duhamel) s’aiment tellement qu’ils vont se marier sur une micro île des Philippines. Leurs familles sont de parfaits opposés. Le père de la mariée (Cheech Marin) est riche. La mère du futur mari (Jennifer Coolidge) est une vraie bouseuse. Forcément, les répétitions la veille font des étincelles. Ça se passe si mal que le jour J, les tourtereaux renoncent à s’unir. Les convives n’auront pas le temps d’être déçus, car une troupe de pirates déboule pour prendre tout le monde en otage. Ils veulent que le père de Darcy crache des millions, sinon, ils la tueront. Oui, mais où est-elle ?! Le couple s’étant disputé à l’écart, il ne reste qu’eux pour agir. Ironiquement, ils vont devoir apprendre à travailler ensemble, tuer en état de légitime défense, et peut-être, sauver leur mariage.

On n’a pas grand chose à dire sur Shotgun Wedding, en fait. Il est tout à fait typique des productions d’action/comédie auxquelles les plateformes de streaming, et l’industrie en général, nous abreuvent ces dix dernières années. Si vous avez vu Hitman & Bodyguard ou Le Secret de la Cité Perdue, on retrouve la même configuration. Ce film a le cul entre deux chaises. Ni grand film d’action, ni comédie aboutie, il ne se vend que sur son concept et ses têtes d’affiche, sans l’imagination ni les moyens pour en tirer vraiment profit.

Shotgun Wedding ne compte que sur son concept

Eh oui, dans Shotgun Wedding, à l’instar des suscités, tout se résume au titre. Le reste ne tient que sur les improvisations de ses comédiens, au charisme variable et à l’alchimie toute relative.

Si J-Lo fait sourire en se transformant en mariée badass, Josh Duhamel épouse trop bien, du début à la fin, le rôle du mâle des années 2020, sensible, fade et futur mari lambda. Quand on ne se focalise pas sur eux, le film repose uniquement sur des sketchs mettant en vedette les rôles secondaires, entre des pirates incapables et des invités crétins, trop souvent obsédés par leur nombril (voire même, ce qu’ils ont plus bas). La moitié du temps, on en rit franchement, grâce à des interprètes à l’aise dans leur partition, Jennifer Coolidge et D’Arcy Carden en tête. Le reste du temps, c’est embarrassant.

L’action se passe autour d’un hôtel de luxe sur une île paradisiaque. À l’image d’un bon vieux Die Hard-like, le concept permet d’exploiter les clichés associés au lieu et à ses activités de plaisance. L’inventivité se limite à ça, mais c’est déjà pas mal. Cuisines, tyrolienne, ou encore kitesurf nous sortent des sentiers battus. Ils servent de prétexte à une action qui prête à sourire, à défaut de vraiment emballer.

CG-Aïe

Il faut dire que la qualité technique ne sort pas des standards auxquels on s’est habitués. Outre les chamailleries de ses héros, parfois interminables (car improvisées ?), Shotgun Wedding distille un faux parfum d’aventure, à cause de CGI bien visibles. Ils ne le sont pas plus qu’ailleurs, mais seulement moins jolis à voir.

Au final, Shotgun Wedding est un passe-temps ni génial ni honteux. Puisqu’il n’a que son idée de départ à nous vendre, il le fait en s’embarrassant du minimum, que ce soit le jeu d’acteurs, la réalisation, la qualité technique ou la qualité d’écriture.

Ce film, vous l’avez déjà vu avant. Si vous aimez la formule, pas de raison de refuser l’invitation. Mais comme un vrai mariage auquel vos cousins au troisième degré vous auraient invité, vous n’en garderez sans doute aucun souvenir.

LES + :

  • Le film a au moins la gentillesse d’exploiter les spécificités de son terrain de jeu.
  • Un humour qui marche 50 % du temps quand même.
  • Il faut reconnaître, J-Lo ici, et une mariée vénère en général, ça a toujours la classe dans n’importe quel film.

LES – :

  • Pas beaucoup de vraies surprises.
  • Qualité technique générique.
  • Un humour foireux 50 % du temps.
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Critique rétro : 58 Minutes pour Vivre, Die Hard 2 (1990) « Un vrai film de Noël »

58 Minutes pour Vivre Die Hard 2

58 Minutes pour Vivre, Die Hard 2 se passe la veille de Noël. Washington et sa région subissent un blizzard sans précédent. Pas de chance pour John McClane (Bruce Willis), c’est le jour où il vient accueillir sa femme à l’aéroport. Puisque Dieu le déteste vraiment, au même moment, des soldats renégats piratent à distance la tour de contrôle, prenant en otage les appareils en vol. Les centaines de passagers n’auront le droit d’atterrir qu’en échange de la libération du général Esperanza (Franco Nero), baron de la drogue censé arriver dans cinquante-huit minutes. Les contrôleurs du ciel sont incapacités, le chef de la police incapable, et la tempête fait rage. McClane va donc tenter de débusquer lui-même les terroristes, avant que l’avion de sa femme ne s’écrase…

58 Minutes pour Vivre, Die Hard 2 est considéré par beaucoup comme le moins bon des quatre films. (Le cinquième, Belle Journée pour Mourir, est si mauvais qu’il n’existe pas.) Quand on voit le quatrième, faut pas déconner, mais admettons… Pourtant, avec du recul, ce second opus opportuniste, au parfum trop évident de redite, est cohérent artistiquement et scénaristiquement. Il est autant une extension des thèmes du film original qu’un contrepoids parfait à ses intentions. Enfin, oubliez la théorie contestée comme quoi Piège de Cristal serait ou non un film de Noël. Le prix revient sans conteste à sa suite.

La citation qui tue

(Général Esperanza, quittant son avion d’un air triomphal : ) Liberté !

(McClane, surgi de nulle part pour lui coller un marron : ) Pas encore !

58 Minutes pour Vivre… et pour écrire la suite

Quand donc est né 58 Minutes pour Vivre, Die Hard 2 ? Dès les résultats du premier weekend d’exploitation de Piège de Cristal. Voyant le succès du film, le producteur Lawrence Gordon commande un scénario pour une suite, en secret. Il sent que les costards-cravates vont demander à poursuivre la franchise. Il sera prêt à lancer la machine.

Un scénariste débutant, Doug Richardson, a pour instruction d’adapter comme une suite le roman 58 Minutes de Walter Wager. Seuls les noms des personnages changeront, le temps que le projet devienne officiellement Die Hard 2. Sa copie sera révisée par Steven de Souza, déjà à l’œuvre sur le premier, et habitué de l’écurie Silver (Commando).

Dans le roman, le policier Frank Malone pourchassait un maître-chanteur ayant déréglé les instruments de l’aéroport JFK de New York, un soir de tempête de neige. Ce sociopathe exigeait la libération de prisonniers en échange des appareils bloqués en vol. Malone devait réussir en moins de cinquante-huit minutes, avant que l’avion de sa fille ne s’écrase, à court de carburant.

58 Minutes pour Vivre, Die hard 2 ne conserve que l’aéroport sous la neige et les avions en sursis (ainsi que l’échéance donnant son titre au livre, ici anecdotique). Blockbuster oblige, il y aura plus de méchants, de cascades et d’explosions. Hélas, John McTiernan ne put revenir derrière la caméra, occupé par À la poursuite d’Octobre Rouge. C’est au finlandais Renny Harlin de prendre la relève, quittant le projet Alien 3 pour la suite des aventures de McClane.

Une suite plus grande

Harlin n’est pas manchot, mais pas un intello non plus. Il n’y a qu’à voir ses plus grandes réussites (Prison et Freddy 4 avant, Cliffhanger après). Elles tirent leur efficacité d’une réalisation et d’un découpage « cash », mais aussi dans les tripes et le sang. Puisqu’une partie de l’équipe technique rempile, il est moins distrait par l’esthétique générale.

Renny ne cherche jamais non plus à singer la réalisation de McTiernan. Pas bête, il a conscience de réaliser une commande, un actioner américain, blockbuster d’exploitation, de surcroît. Il porte donc un regard « extérieur » sur ce que le divertissement yankee a fait de mieux avant son arrivée… et celle de Piège de Cristal. Il s’applique en bon élève, réalisant un film d’action typique de sa patrie d’accueil, empruntant même quelques ralentis au cinéma hongkongais.

Le scénario lui donne matière dans ce sens. McClane n’affronte plus quelques eurofripouilles classes et cultivées, mais une armée de militaires bas du front. 58 Minutes pour Vivre, Die Hard 2 abandonne le huis-clos vertical pour une course-poursuite dans des espaces horizontaux, où la neige est un personnage à part entière. Enfin, gros budget aidant, il jouit de décors et maquettes d’une démesure incroyable. Il suffit de voir l’intérieur de la tour de contrôle, ou l’explosion finale, parfaitement réglée et mise en scène.

« Et en plus, c’est Noël ! » pour citer le héros dès sa première minute à l’écran. Du coup, est-ce qu’on n’en fait pas un peu trop ?

Une suite abusée ?

Des terroristes, un lieu délimité, Noël… « Comment la même chose peut-elle m’arriver deux fois ? » s’interroge notre anti-héros. Effectivement, c’est gros. Le marketing se focalise donc sur l’invraisemblance de la situation. Elle est adressée frontalement dans les bandes annonces et les dialogues du film. C’est en partie ce qui vaut au métrage sa réputation de remake, de copier-coller honteux. Rien n’est plus faux. Dans les faits, 58 Minutes pour Vivre suit un scénario original servi dans le même écrin que Die Hard, sur un budget assurant le spectacle.

En revanche, cette modernité de façade cache une formule datée depuis son prédécesseur. Piège de Cristal ouvrait l’avenir du genre, presque tous les films d’action des années 90 adaptant son idée à leur sauce (Mort Subite, Piège à Grande Vitesse, etc.). Sa suite fait deux pas en arrière, préférant faire le bilan d’une ère fraîchement passée. Cette fois, l’originalité se limite à s’enfermer de nouveau dans un lieu spécifique. Le reste recycle les codes et les travers du film d’action musclé des années 80.

58 Minutes pour vivre die hard 2

John McClane, « l’homme normal » du premier film, devient un macho à grande gueule, rentre-dedans et parfois odieux. Les facilités au nom de l’efficacité sont légion, et pour les besoins du scénario, l’aéroport ressemble à un parc d’attractions. Le terrain de jeu est exploité à fond, même en dépit du bon sens, du moment que les morts et les explosions se renouvellent. McClane en visite les moindres recoins, dont certains qui n’existent pas. À ce titre, il use de raccourcis dignes d’un jeu vidéo, permettant de traverser des kilomètres en quelques minutes.

L’art de la bêtise intelligente

58 Minutes pour Vivre, Die Hard 2 est un film bête. Toutefois, contrairement aux suites des années 2000 ou aux derniers Fast and Furious, c’est un film bête conçu intelligemment. On l’a vu, toute l’équipe, du scénariste au réalisateur, sait ce qu’elle doit livrer et comment. Le savoir-faire est évident.

Surtout, toutes les absurdités et entorses à la réalité sont justifiées dans la diégèse. « Des warp zones dignes de Super Mario ? Un siège éjectable sur un C-130 ?! Des avions qui ne peuvent atterrir qu’à Dulles, alors qu’ils sont à portée d’une dizaine d’autres sur toute la côte ?!? » Pourquoi pas, s’il y a toujours une ligne de dialogue ou un plan de coupe pour expliquer ce qui doit l’être.

Quant aux erreurs factuelles, elles se pardonnent aisément avec l’époque de sortie. En 1990, Google n’existait pas. Un aéroport était encore un lieu fascinant et mystérieux. Puisqu’on n’en connaissait pas facilement les rouages, il était plus ouvert à l’imagination. La suspension d’incrédulité est relativement préservée. L’aérogare et ses avions deviennent un microcosme et des outils, dont la réalité se tord au service du film. Du moment que cet « autre espace-temps » est explicité d’une façon ou d’une autre.

Qu’importe si McClane débouche le réservoir d’un Boeing à mains nues, et si le kérosène s’enflamme plus vite que Dwayne Johnson sur Twitter. Dans la vraie vie, c’est impossible, comme beaucoup d’autres choses au cinéma. Dans le film, c’est la fin la plus spectaculaire et logique, l’un des moments les plus mémorables de la franchise, et l’occasion de sacraliser la célèbre catchphrase : « Yippee-ki-yay ».

Si c’est pas logique, c’est logique

Par contre, il faut éviter de trop réfléchir au plan des terroristes, de peur de mettre en lumière ses absurdités logistiques. Tous s’installent à l’hôtel de l’aéroport, alors que leur QG se trouve en banlieue. Ils planquent des micros dans la tour, mais l’enregistreur en zone de fret. Ils tendent une embuscade pour empêcher qu’on atteigne une antenne, qu’ils ont de toute façon prévu de saboter. Etc. Et puis, évidemment, rien ne serait possible si le transfert du général n’avait pas lieu pendant la tempête du siècle. Mais tout est bon pour justifier l’action.

Les méchants font une chose et son contraire dans le seul but d’entraîner un rebondissement ou une fusillade. Curieusement, c’est une belle analogie au film justifiant son existence. Non seulement en tant que suite au métrage qui a révolutionné le genre à l’époque, mais également comme jalon du genre en question.

58 Minutes pour vivre die hard 2

58 Minutes pour Vivre, Die Hard 2 est une suite décevante. Pourtant, suivant des standards pas si vieux que ça, c’est vraiment un bon film. Il suffit de le prendre pour ce qu’il est : le chant du cygne de l’actioner bovin des années 80. Piège de Cristal annonçait ce qui allait suivre. Avec un pied-de-nez formidable, sa suite, justement, fait le bilan de ce qui a précédé : c’est violent, excessif et tire toutes les ficelles pour garantir le spectacle.

Dans un monde normal, le rejeton ultime de L’Arme Fatale et Rambo aurait dû sortir avant Piège de Cristal, pour ensuite permettre la révolution. Mais comme personne n’attendait ce dernier, John McTiernan a pu le tourner avec une relative liberté et offrir quelque chose de neuf. Le succès étant ce qu’il est, une suite commerciale et plus convenue a vu le jour. Pourtant, elle ressemble toujours au premier et en conserve des ingrédients. C’est juste une autre recette.

58 Minutes pour vivre die hard 2

Un vrai film de Noël

Piège de Cristal est-il un film de réveillon ? À vous de voir. Mais 58 Minutes pour Vivre l’est assurément, un beau cadeau autant qu’un conte de Noël. Non, ce n’est pas une blague.

Déjà, il y a la générosité de cette suite. C’est normal, quand on dispose d’un plus gros budget, d’enjeux plus importants et d’un terrain de chasse ouvert aux possibilités. Ensuite, il y a le contexte. Qu’on aime ou non, c’est re-Noël, et en plus, sous la neige ! Cette fois, on est davantage dans le ton des fêtes de fin d’année que sous la moiteur californienne. Par ailleurs, ce climat polaire n’est pas purement gratuit. C’est un élément clé de l’intrigue, paralysant l’aéroport et permettant le chantage des terroristes.

Enfin, volontairement ou non, 58 Minutes pour Vivre, Die Hard 2 offre à son personnage central un arc d’évolution/rédemption. Ici, McClane débute sans gêne, frimeur et méprisant, croisement bâtard de Scrooge avec l’inspecteur Harry. On est plus proche de Bruce Willis, mais loin de l’homme normal du précédent film. Cela ne fait qu’un an depuis la prise d’otages au Nakatomi Plaza, et ses « quinze minutes de gloire » ne sont pas encore oubliées. Du coup, Johnny surfe sur une notoriété qui lui est montée à la tête. Il ne se prend pas pour de la m***, prend tout le monde de haut, et vanne à tour de bras ceux ayant l’audace de lui répondre.

58 Minutes pour vivre die hard 2

Il aurait pu continuer comme ça… Si son ingérence n’avait pas, malgré sa bonne foi, provoqué le crash d’un avion en représailles. À partir de ce moment charnière, notre héros redevient fragile, est choqué et pleure face à son impuissance. Il ouvre alors les yeux sur son arrogance. Sa conduite ne change pas, mais sa motivation à trouver les coupables prend un nouveau sens. Il ne s’agit plus seulement de sauver sa femme, et encore moins de se faire mousser. Il a quelque chose à se reprocher, et il est prêt à tout pour se racheter. On a eu chaud. Remis à sa place, le personnage a abandonné cette nonchalance toxique, qui ressurgira vingt ans plus tard dans Belle Journée pour Mourir (sans rédemption, cette fois).

La magie des fêtes

Dans 58 Minutes pour Vivre, Die Hard 2, magie du cinéma et magie de Noël se confondent vraiment, de la façon la plus saugrenue qui soit. Exit Al Powell en tant que soutien moral par radio. Cette fois, John est aidé en personne par Marvin le concierge (Tom Bower). Il rencontre le bonhomme dans les sous-sols de l’aéroport, où il crèche manifestement, ce qui est même clairement dit dans une scène coupée.

Mais puisque la vie est bien faite, Marvin assiste le héros de façon providentielle. Il connaît tous les raccourcis à travers l’aéroport (logique ?), et il a même trouvé une radio égarée par un méchant (pratique !). Ajoutons qu’il est aussi sympa que zélé, et qu’il a l’esprit clairement resté prisonnier du passé, en l’occurrence, la guerre du Pacifique.

Si l’on résume bien, on a un autochtone zinzin rencontré dans un monde souterrain, que le bon Dieu a placé sur le chemin du héros pour l’aider dans sa quête, avec des conseils et des artefacts. C’est pas un lutin du Père Noël, mais cette rencontre a tout de même quelque chose de magique.

Pour enfoncer le clou, les cinq dernières minutes sont complètement miraculeuses, absurdement commodes et extrêmement joyeuses. La superbe explosion du 747 au décollage est digne d’une étoile de Noël. Les avions atterrissent à la queue-leu-leu en suivant sa lumière (sans se rentrer dedans !). Puis, tout le casting se retrouve sur les pistes pour les embrassades et sourires de rigueur. Le générique de fin défile alors, accompagné de l’inévitable chanson de fête. « Let it snow, let it snow, let it snoooow… »

58 Minutes pour vivre die hard 2

Joyeux Noël !

Ils ont raison de se réjouir. Il vaut mieux ne pas penser aux trois cents personnes tuées, ni aux dizaines de millions de dollars de dégâts. On va surtout faire l’impasse sur le procès à rallonge que le gouvernement intentera sûrement à John McClane. Il a tout de même éparpillé un prisonnier politique et ses barbouzes dans le ciel de Washington, la capitale du pays des droits et de la liberté. Pas d’inquiétude, l’esprit de Noël va tout effacer.

Si Piège de Cristal a révolutionné le cinéma d’action, il n’est pas réellement le film idéal pour les célébrations de fin d’année. En revanche, sa suite enneigée est un actioner nostalgique et généreux, dont le contexte et les facilités renvoient beaucoup plus au merveilleux d’un conte de Noël. Un conte R-rated, gore, explosif et sans concessions.

58 Minutes pour vivre die hard 2

Davantage qu’avec les épisodes suivants, le diptyque Die Hard/Die Hard 2 constitue les deux faces d’une même pièce. L’une n’existerait pas sans l’autre. Alors arrêtons d’hésiter. Quitte à se caler dans son fauteuil, autant mater les deux d’affilée.

Ho – Ho – Ho ! Joyeux Noël à tous !

58 Minutes pour vivre, Die Hard 2 est disponible en dvd et bluray chez 20th Century Studios.

58 Minutes pour vivre die hard 2

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Critique rétro : Piège à Grande Vitesse (1995) « Un train d’enfer »

Casey Ryback (Steven Seagal), le spécialiste en coulis de vertèbres, monte à bord du train Grand Continental avec sa nièce rebelle, Sarah (Katherine Heigl). La pauvre n’a plus que lui pour seule famille, après la mort de ses parents. Malheureusement, elle en veut à Tonton parce que son père et lui se sont brouillés il y a longtemps. C’est alors que le train est attaqué par l’armée privée de Penn (Everett McGill), pour le compte de Dane (Eric Bogosian). Le plan de ce dernier ? Détourner Grazer-One, un satellite pouvant provoquer des tremblements de terre. Le Grand Continental est devenu une forteresse mobile totalement indétectable, le temps de mettre en vente Grazer au marché noir, et en prime, de « rayer Washington de la galaxie ». Si Ryback veut faire la paix avec sa nièce, il va devoir sauver les otages de ce piège à grande vitesse…

« Pourquoi ? »

Après Bullet Train, j’ai eu envie de revoir des films prenant place à bord de trains, en partie ou totalement. Il faut dire que j’adore ça (cf. Deadline, Guerre intérieure). Certaines des plus grandes scènes d’action et de suspense prennent place à bord d’un train. Les prudents citeront la scène mythique de L’Orient Express dans Bons Baisers de Russie. Moi, j’avoue être un inconditionnel du final barjo de Mission : Impossible par Brian De Palma.

En revoyant Piège à Grande Vitesse, supposé nanar, il s’est produit quelque chose de curieux. Je l’ai remis dans mon lecteur une dizaine de fois en cinq jours. Pourtant, quand je l’avais vu ado, je l’avais trouvé mal fait. Quand je l’ai revu jeune adulte, je l’ai bien aimé. En le revoyant aujourd’hui, désormais érudit en films d’action, je le trouve génial. Mais pourquoi ?!

La citation qui tue

(Ryback, après avoir déboité la tête d’un méchant dans le wagon restaurant : )

Je suis imbattable dans une cuisine !

Au creux de la vague

Rejeton de la vague des « Die Hard-like », la suite de Piège en Haute Mer sort en 1995. Elle ne casse pas des briques au box office. C’est déjà la fin de l’âge d’or pour ce sous-genre, qui ne compte souvent que sur son contexte pour innover. La même année, la saga à l’origine de cette vague avait pourtant elle-même évolué dans Une Journée en Enfer – Die Hard 3. De son côté, Van Damme raclait les fonds de gamelle avec l’improbable Mort Subite, son Piège de Cristal dans une patinoire.

Certes, Rock de Michael Bay sortira l’année suivante pour le succès que l’on sait. Mais on peut dire que la hype mourra en 1997, avec les sorties peu enthousiasmantes de Air Force One et surtout, de Speed 2. Depuis, la flamme perdure occasionnellement, mais il faut voir le résultat (Skyscraper, La Chute de la Maison Blanche).

Pas Seagal que ça

Au milieu des années 1990, on en avait soupé des émules de Die Hard. Mais Steven Seagal était aussi sur le déclin. Si Piège en Haute Mer a été son plus gros succès en 1992, sa suite représente la véritable apogée de sa carrière. La star ne refera plus jamais de si gros film, hormis Ultime Décision en 1997, dans lequel il n’occupe qu’un second rôle. Il n’en fera plus non plus d’aussi fun, ou en tout cas, de ceux dont on ne se moque pas.

Les connaisseurs disent souvent que Piège en Haute Mer est le meilleur des deux. Il faut rétablir la vérité sur le premier film, même si on trouve à la barre Andrew Davis, futur réalisateur du Fugitif. Under Siege, en VO, regorge de facilités, de prétextes et de trous scénaristiques. En plus, il est monté à la truelle, à tel point que les faux raccords se multiplient et qu’on ne sait jamais qui est où sur ce satané bateau, y compris pendant les échauffourées. La BO est particulièrement insipide, et le tout se prend plutôt au sérieux malgré deux méchants en totale roue libre (Tommy Lee Jones et Gary Busey, inoubliables). À cause de son exécution, le plus gros carton de Seagal est finalement plutôt mou et assez quelconque.

Ce n’est pas le pire film d’action du monde, mais on a déjà vu mieux. À commencer par sa suite, malgré tout ce qu’on lui envoie dans la tronche. C’est peut-être à cause du pédigrée peu flatteur du réalisateur remplaçant, Geoff Murphy (coupable plus tard du terrible Fortress 2). Piège à Grande Vitesse est considéré comme un nanar, au point qu’il a droit à sa rubrique dans les pages de nanarland.com. Il y a des raisons à cela, mais sont-elles suffisantes ?

Les bas qui blessent

Au début des 90s, Seagal est comme Stallone ou Van Damme, il est une marque. Mais en plus, il est une parodie de lui-même. Ce ne sont pas ses qualités d’acteur qu’on retient. C’est le personnage public : son inexpressivité, sa voix chuchotante, sa pratique de l’aïkido et sa philosophie à deux sous. Et depuis Terrain Miné l’année précédente, il vient juste de s’engager sur la pente qui en fera une caution nanardesque à lui seul.

S’il n’y avait que ça ! Parce que Monsieur s’est fait une réputation de feignasse mégalo, adepte d’en faire le moins. Et ça se voit dans Piège à Grande Vitesse. Il n’apparaît presque toujours qu’en gros plans ou en plans rapprochés, parfois seul devant une projection. On voit donc souvent sa doublure, quitte à ce que ce soit d’un peu trop près, crapahuter sur les toits ou filer des coups de latte à sa place.

Piège à Grande Vitesse coche aussi toutes les cases de l’actioner post-Piège de Cristal. Ryback doit sauver sa nièce au lieu de sa femme, passe par des conduits d’aération qui n’existent pas, et se coltine un sidekick afro à grande gueule. (On rigole aussi, dans un décor si linéaire, qu’il ne se fasse jamais remarquer en courant sur les toits, ni quand il prépare un cocktail explosif au wagon bar, pourtant juste en dessous du QG des méchants.) Et forcément, les autorités sont nulles ou impuissantes parce que Kamoulox !

Parlons enfin des effets « spéciaux ». Leur qualité faisait déjà débat en 1995. Il y en a pour tout le monde : stockshots de la NASA et de l’US Air Force, projections évidentes (parfois, ne défilant pas à la bonne vitesse), images de l’espace et de Grazer indignes d’une cinématique sur PS One, maquettes aux filins voyants, accélérés fâcheux sur les clés de bras de Sa Feignasse sérénissime, ou encore, mannequins et prothèses bien visibles.

Pourtant, on est sur de bons rails

Malgré tout cela, Piège à Grande Vitesse est authentiquement fun. Comment ça se fait ?

D’abord, en le remettant à nouveau dans son contexte, à savoir, le milieu des années 90. On dirait un fantasme de geek ultime, une fan fiction dégénérée qui ne s’autorise aucune limite. Les terroristes sont inutilement si nombreux qu’on croirait qu’il y en a plus que de passagers. Avec leurs looks respectifs, Dane et Penn forment un duo improbable, l’association de Patrick Bruel avec Nikolaï du jeu Resident Evil 3.

Dans les faits, nous avons un pirate informatique bien plus efficace à l’écran que dans les futurs Die Hard 4 et Speed 2, et son chien de garde psychopathe, absolument sans pitié mais doté de quelques traits d’humour bienvenus. Quant à leurs mercenaires, ils ont sûrement été embauchés sur la seule base de leur photo de CV. On a un borgne, un balafré, une femme fatale, un sosie de Gerard Jugnot, Zed de Pulp Fiction, etc. N’oublions pas le plan de détourner un méga satellite de la mort, qui renvoie au plus kitsch des James Bond.

Quand il nous gratifie de sa réelle présence à l’écran, Steven Seagal est plus sadique et violent que jamais. Le sang gicle, les os pètent, les mecs hurlent, et lui, il plie à peine les genoux et fronce constamment les sourcils. Ryback était déjà redoutable dans le premier film. Il devient une force inexorabe, une machine à tuer impitoyable et insensible à la douleur (il se prend une balle dans le bras sans jamais qu’il n’en reparle). C’est à tel point que, lorsque les méchants apprennent qu’il est à bord, ils déglutissent tous de trouille, convaincus qu’ils vont y passer. Seagal joue sa propre version de John Matrix dans Commando, le film bourrin par excellence, soit l’antithèse de John McClane.

Piège à Grande Vitesse est fun

Et là, ça fait clic. Si Piège à Grande Vitesse reprend l’enveloppe d’un Die Hard, il fait l’inverse de ce qu’on attend logiquement. Il joue avec ses faiblesses, la première étant qu’il ne parviendra jamais à recréer la tension nécessaire. Alors autant se lâcher :

  • Au lieu d’être terre-à-terre et crédible, la prise d’otages et ses enjeux sont surréalistes. On a tout de même cinquante terroristes à bord, et le détournement d’un satellite qui, rappelons-le, provoque des tremblements de terre !
  • Le rapport de force est inversé. Seagal fait moins penser à John McClane qu’à Jason Vorheese, prêt à choper un à un les terroristes impuissants.
  • Le sidekick rigolo devrait mériter des baffes. Pourtant, il se rend plus utile que prévu, et même que nécessaire.
  • Enfin, puisque les effets visuels piquent un peu les yeux, le film contrebalance avec une musique exceptionnelle, composée par le génial Basil Poledouris (Conan le Barbare, RoboCop).

Piège à Grande Vitesse jouit d’une BO comme on n’en fait plus : un thème héroïque dont on ne se lasse pas, des sonorités électroniques magnifiques, et des percussions rythmées comme le « taka-taka » d’un train filant sur ses rails. Thématique et emphatique, autrement dit, du grand art et un gros kiff. Elle accompagne superbement chaque passage, que ce soit une scène de torture psychologique, l’assaut de la locomotive, ou encore le combat final, dans lequel Penn se fait assaisonner puis bouffer sans avoir le temps de piger.

Et aujourd’hui ?

Aujourd’hui plus que jamais, Piège à Grande Vitesse est un film d’artisan qui mérite d’être réévalué. Il aurait pu mille fois se planter, entre son sujet crétin, les caprices d’une star éphémère, un tournage compliqué et des effets ratés.

Pourtant, les talents en présence sont évidents. L’histoire en fait tellement, en mixant Die Hard, James Bond et Commando, que le film y trouve une identité propre, ce qui manquait à son prédécesseur. La réalisation est carrée (l’arrivée des hélicoptères, la scène d’interrogatoire). Le montage donne du rythme. La musique file la patate. Hormis Seagal, tout le monde essaie de faire le meilleur divertissement possible avec ce qu’ils ont. Mention spéciale à McGill et Bogosian, composant une paire de bad guys aussi antinomique que savoureuse.

Un tel lâcher-prise et cette envie de bien faire, on n’en voit plus tellement aujourd’hui. Même s’il s’agit d’un film « d’exploitation » surfant sur une formule qui marche, trois décennies plus tard, on ne trouve plus tant d’audace et d’inventivité. Les nouvelles normes sont l’absence de risque (Uncharted), des moyens réduits (Interceptor) et/ou un déni de créativité.

En conclusion

Forcément daté aujourd’hui, Piège à Grande Vitesse est un spectacle déconnant, généreux et sans complexe, qui mérite qu’on le revoie et qu’on l’apprécie comme tel.

Pour l’anecdote, à la fin des années 2010, Seagal avait exprimé son souhait de faire un troisième volet. Heureusement que c’étaient des paroles en l’air. Aujourd’hui, il ressemble moins à un saumon agile, et beaucoup plus à Kung Fu Panda. Toutefois, le web parle sérieusement d’un remake de Piège en Haute Mer censé sortir en streaming l’année prochaine… Qu’est-ce qu’on disait, à propos des nouvelles normes ?

LES + :

  • La formule Steven Seagal au top de sa gloire.
  • Doux Jésus, que de violence !
  • Un duo de grands méchants franchement savoureux.
  • L’équilibre improbable entre Piège de Cristal, James Bond et Commando. Il y a plus d’un « Die Hard dans un train », mais Piège à Grande Vitesse est unique.

LES – :

  • L’homme Steven Seagal au top de sa flemme.
  • La plupart des effets spéciaux sont franchement foireux, même pour 1995.

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Critique rétro : Interceptor (1992) « Die Hard dans un gros avion »

interceptor 1992

Le capitaine Winfield (Andrew Divoff) s’est crashé lors du vol de test d’un F-117 expérimental, équipé d’une technologie de réalité augmentée. Afin d’expliquer cette foirade à ses supérieurs, on le flanque dans un avion cargo pour Washington, accompagné des deux derniers prototypes de l’engin. Manque de pot, l’ignoble Phillips (Jürgen Prochnow) a prévu de voler la cargaison. Avec son gang, il s’infiltre à bord de l’appareil en plein vol et prend le poste de pilotage. Mais Winfield n’a pas l’intention de le laisser dérober une technologie si dangereuse…

Comme son homologue de 2022, Interceptor de Michael Cohn est bête et c’est un Die Hard-like. Mais c’est un vrai film du genre qui coche toutes les cases, et qui sait se montrer marrant et généreux. Pour l’anecdote, sa première diffusion date du 15 octobre 1992, alors que Passager 57 (avec Wesley Snipes dans un avion de ligne) ne sortait que le 6 novembre de la même année. Ça veut dire qu’Interceptor se paie le luxe, à ma connaissance, d’être le premier « Die Hard dans un avion ».

Note : qu’on aime ou pas 58 Minutes pour vivre, la « vraie » suite à Piège de Cristal, il faut reconnaître qu’elle battait déjà en 1990 tous ses futurs plagiaires. Les méchants n’y détournaient pas un avion, mais carrément tout un aéroport !

Premier de la classe

Malgré son âge et un budget limité, on peut pardonner à Interceptor sa primeur, puisqu’il n’est sorti que quatre ans après Piège de Cristal. Mais dans ces circonstances, sa générosité et son inventivité méritent le respect. En plus de cela, il ne dure que quatre-vingt minutes. On ne risque pas de trouver le temps long.

Au rayon des bonnes idées, citons notamment celles-ci :

  • Les terroristes veulent voler deux appareils furtifs équipés d’un casque VR du futur. Rappelons qu’on était en 1992. Aujourd’hui, la réalité augmentée fait presque partie du quotidien. Interceptor peut donc se vanter d’être vraiment visionnaire.
  • Cette sale gueule de Jürgen Prochnow nous fait l’honneur d’une scène de torture psychologique de choix, se concluant par un twist malsain.
  • L’abordage par les méchants d’un avion à un autre est improbable, voire carrément impossible. Mais il est au moins aussi classe que dans Cliffhanger, sorti un an plus tard.
  • Enfin, si le film se déroule surtout à bord d’un gros transporteur, il se conclut par un duel aérien où, fort judicieusement, la technologie convoitée par les méchants se retourne ultimement contre eux.

Sur le papier, Interceptor n’a donc rien à se reprocher. Quelqu’un, quelque part, de nos jours, pourrait sûrement lui reprocher de ne défendre aucune cause. Il ne s’agit que d’un film d’action reposant sur un concept enrobé de clichés (des gentils et des méchants dans un avion). Michael Cohn ne nous sert qu’un divertissement, mais il le fait bien.

Casting de haute volée

À l’écran non plus, le film n’a pas à rougir avec son casting impeccable. Andrew Divoff, abonné aux rôles de méchant (Wishmaster, Air Force One, 48h de plus) campe ici un héros sympathique. Jürgen Prochnow joue un salaud délicieux, et Elisabeth Morehead, la cheffe de bord, garde toujours la tête haute. Quant aux seconds couteaux, ils n’ont vraiment pas des gueules de porte-bonheur. La preuve, ils se les font bien démonter, et pas deux fois de la même manière. On retiendra surtout « M. Elliot », un nerd absolument tordant avec les culs de bouteilles montés sur son nez.

Pour finir, petit film oblige, les effets spéciaux sont plutôt voyants. On hésite sur ce qu’il y a de plus drôle, entre la 3D préhistorique, les incrustations dégueu, les maquettes d’avion qui font « fshiouuuu », les lunettes de M. Elliot (décidément !) et les stocks shots de l’US Air Force. Mais si on rit, c’est plutôt de bon cœur, les limites techniques étant ce qu’elles sont. En 1992, pour le prix d’un Big Mac, on ne pouvait pas concurrencer Terminator 2.

En résumé, bien que daté, Interceptor 1992 est un must pour les fans de Die Hard-like qui ont tout vu, tout fait, et qui désespèrent de se mettre autre chose sous la dent. Pas convaincu ? Voilà le trailer.

Interceptor : cherche pas, t’as tort !

Interceptor 2022 est lent, mou, vu et revu, et sa modernité se sent surtout dans ses décors cheap et une overdose de CGI dégueu. Tout le contraire d’Interceptor 1992, si l’on excepte les maquettes remplaçant les images de synthèse. À part ça, le casting, les idées et les motifs du film de Michael Cohn font encore mouche trente ans plus tard. Pas mal pour le tout premier « Die Hard dans un avion ». Enfin, rappelons que sa durée n’excède pas 1h20. Ce n’est ni trop, ni trop peu pour exploiter son concept avec justesse et sans débordement.

LES + :

  • Le tout premier « Die Hard dans un avion ».
  • Des idées plein les poches.
  • Un casting sympathique.
  • Aussi court qu’efficace.
  • Ce qui est réussi est aussi rigolo que ce qui est raté.

LES – :

  • Des effets spéciaux vraiment datés (maquettes, 3D, incrustations).
  • Pas de bluray remasterisé ?! On se demande pourquoi…
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Critique : Interceptor « C’était mieux avant (duh !) »

Interceptor

JJ (Elsa Pataky) est une soldate ricaine qui a défendu son honneur et ses droits face aux avances d’un général pervers, soutenu par une hiérarchie sexiste. C’est donc tout naturellement qu’elle est mutée au fin fond de l’océan Pacifique. Il s’y trouve l’une des deux seules bases d’interception de missiles ballistiques US. Si elles ne fonctionnent pas, en cas d’attaque nucléaire, kaboum ! Comme c’est un film, le premier jour de JJ coïncide avec une attaque simultanée sur les deux bases Interceptor. Tandis qu’on apprend la chute du complexe situé en Alaska, les agents d’entretien de la base dégainent des flingues et prennent le PC d’assaut. JJ s’enferme juste à temps à l’intérieur. Si ses ennemis parviennent à entrer, ils saboteront la station, permettant à des terroristes russes de raser entièrement l’Amérique…

Interceptor de Matthew Reilly appartient à un genre essoré depuis vingt ans, auxquels reviennent ponctuellement certaines productions anachroniques : le « Die Hard-like ». Si vous vous demandez ce que c’est, voilà le topo. Des terroristes ou pseudo terroristes prennent en otage ou investissent un lieu clairement délimité, clos ou non, dont l’isolement empêche les autorités d’y pénétrer et/ou d’y appliquer la loi. Il revient à un ou plusieurs héros de serrer ce qu’il a entre les jambes et de foncer dans le tas, l’objectif étant de sauver sa vie/sa femme/sa famille/ses amis/le pays/le monde/tout ça à la fois. Si en chemin, il peut se montrer inventif dans le démastiquage de truands, c’est tout bénef’.

« Die Hard dans (remplir le blanc) »

Tout a commencé en 1988 avec Piège de Cristal (Die Hard en VO). Les suites officielles ont eu la bonne idée d’innover en ouvrant toujours plus le terrain de chasse. Mais dans les années 1990, tous les petits malins du business ont voulu surfer sur le succès d’un film au concept simplissime. Pour être original, il suffisait de changer de décor (même si le succès de Die Hard venait autant de son pitch que d’une réalisation efficace et d’un casting impeccable).

Note : à chaque époque son modèle. Dans les années 2000, on a copié n’importe comment la réalisation de Paul Greengrass après le second film sur Jason Bourne. Et aujourd’hui, depuis l’émergence de John Wick, on voit surtout se multiplier les actioners colorés et stylés.

Pendant dix ans, on a donc eu droit notamment à Passager 57 (dans un avion), Piège en Haute Mer (sur un navire de guerre), Piège à Grande Vitesse (dans un train), Cliffhanger (à la montagne), Broken Arrow (dans le désert), The Rock (à Alcatraz), Mort Subite (dans une patinoire), ou encore Air Force One (dans le gros avion du président). On ne cite ici que les films cinéma les plus fidèles à la définition. Speed (un bus), Speed 2 (un bateau de croisière) et Ultime Décision (encore un gros avion) sont des déclinaisons intéressantes.

Des années plus tard, quelques retardataires prennent régulièrement la température, probablement parce que nous vivons à une époque aussi nostalgique que dénuée d’imagination : La Chute de la Maison Blanche (dans la maison du président), White House Down (idem) ou encore Skyscraper (dans un immeuble… haha). Puisqu’on parle de Netflix, La Terre et le Sang appartient bien à la définition, ainsi que SAS : Rise of the Black Swan sorti l’année dernière.

Interceptor, ou la mort du genre

Depuis Piège de Cristal, on en a vu des navetons, particulièrement en DTV. À bien des égards, Interceptor rappelle un autre nanar d’époque, Etat d’urgence avec Dolph Lundgren (1997). On y passait toute la deuxième partie en huis-clos dans un simulacre bon marché d’abri anti-atomique. Mais bien qu’Etat d’Urgence affiche 15 ans au compteur, il est plus dynamique, ambitieux et amusant que le nouvel actioner de Netflix.

Interceptor s’enferme presque tout le temps dans une salle de contrôle en plastique ? Etat d’Urgence commençait sur les chapeaux de roue, avec une course en voiture frappadinque (et hors propos) sur les toits de la ville ! Interceptor met en vedette Elsa Pataky, que le grand public connaît surtout pour être la femme de Thor ? Dans Etat d’Urgence, la tête d’affiche était quand même la légende Dolph Lundgren. Un acteur limité, certes, mais qui retient l’attention quand cette tare est associée à son écrasante présence physique. (« Est-ce que ce type existe ?! » est une question qui revient fréquemment à l’esprit.)

Qu’on ne s’y trompe pas, les deux films sont miteux. Mais Interceptor a perdu ce qui faisait le sel des productions auxquelles il rend hommage. Dans les années 1990, on était capable de filmer une dinguerie presque je-m’enfoutiste, s’autorisant les pires excès et blagues débiles. Regardez Etat d’Urgence aujourd’hui, il provoquera toujours moult éclats de rire, moqueurs ou complices.

En 2022, la façon de faire a changé, et surtout, la mentalité de toutes les parties impliquées. Le film de Matthew Reilly reprend peut-être un concept vieux de trente ans. Mais il s’agit bien d’un film des années 2020, avec les normes artistiques et qualitatives, et un peu de la charge politique auxquelles il faut s’attendre.

Ouvertement opportuniste et un peu malsain

JJ est une femme combattant pour son droit à être un soldat avant tout, alors qu’elle a lourdement subi le harcèlement et les violences psychologiques d’un entourage masculin, militaire de surcroît, extrêmement toxique. Oui, ces choses existent. Oui, elles sont dégueulasses, et elles ne touchent pas que l’armée et la politique. Ce qui est également vrai, c’est qu’en 2022, pointer ces problèmes du doigt revient à enfoncer une porte ouverte. Une thématique de moins en moins contestataire et de plus en plus opportuniste à Hollywood. Et le faire sans subtilité, ça craint. C’est sans doute pourquoi Matthew Reilly, réalisateur/scénariste, va plus loin. Il dégonde la porte et surfe carrément avec, sur une vague de complaisance.

Avoir quelqu’un à défendre, à protéger ou à sauver, ça facilite toujours l’identification. C’est peut-être cousu de fil blanc, mais c’est un truc qui marche. Pour JJ, la sécurité de son père, sa seule famille, est rapidement écartée après une scène expédiée. Puisque ça, c’est fait, il reste logiquement le devoir pour la motiver. Mais le film insiste particulièrement sur le traumatisme et les mauvais traitements de l’héroïne (et elle en a bien bavé). Son parcours ressemble alors à une vengeance, une thérapie de fortune doublée d’un ego trip malsain. La miss énervée a l’air de vouloir prouver aux autres qu’elle vaut bien un mec, et qu’elle est une héroïne, une vraie. Le plan final lui donnera raison.

Honnêtement, s’ériger contre la masculinité toxique, c’est bien. Mais ce n’est pas le message que j’en ai tiré. Curieusement, j’ai surtout eu l’impression qu’Interceptor m’a crié dans l’oreille qu’égocentrisme et autosatisfaction étaient les valeurs à défendre en 2022. Je suppose que ça passe, puisque le message est glissé sous couvert d’une cause juste, même si très souvent enfoncée dans la gorge du spectateur (comme dans un autre film).

Faisons fi de ces déductions absurdes. On regarde surtout Interceptor pour le spectacle et pour se marrer. On va bien en profiter, non ? Non ?!

Interceptor, une production au rabais

C’est vrai qu’Interceptor est con. On a droit à tout : premices absurdes, rebondissements faciles, exploits physiques parodiques, compte-à-rebours stoppés à la dernière seconde et non-sens complètement assumés. Les méchants sont pressés d’entrer dans le PC pour le détruire ? Aux trois quarts du film, ils décident de couler la base par défaut… Ce qu’ils pouvaient faire depuis le début, puisqu’on découvre qu’ils ont un bouton pour ça ! On pourrait écrire un poème, mais je ne suis pas Boileau.

La c#nnerie n’est pas le vrai problème. Un film bête, ça se savoure toujours, surtout que l’auteur s’y connaît. Il s’agit du premier film de Matthew Reilly, écrivain australien à succès, spécialisé dans les romans de genre façon blockbuster (oh merde, un collègue !). Sauf que le monsieur donne souvent dans le détournement farfelu et opportuniste. Par exemple, son roman The Great Zoo of China est un décalque de Jurassic Park… avec des dragons.

Fan de gros films hollywoodiens, Reilly a visiblement une affection naturelle pour le B tendance Z. Certains de ses romans avaient d’ailleurs été optionnés par des studios, mais sans jamais qu’un projet se concrétise. Aujourd’hui, grâce à Netflix, il peut enfin voir une de ses histoires à l’écran. D’une part, il a écrit un scénario « original » pour l’occasion. D’autre part, il réalise en personne. Il faut bien commencer un jour, mais…

Interceptor ne cache pas sa misère. Décors en toc, action molle surdécoupée et overdose de CGI évidents sont de la fête. Mais surtout, ce manque de moyens trahit l’une des règles fondamentales du « Die Hard-like » : exploiter l’environnement. On a une plateforme entière comme lieu de l’action, mais on s’enferme dans un PC de vingt mètres carrés pendant les trois quarts du film. Et quand on sort à l’air libre, on ne va pas bien loin. Appelons un chat un chat : Interceptor est fauché. C’est sûrement ce qui lui a permis de trouver son financement. Mais c’est aussi comme ça qu’il se tire une balle dans le pied.

Casting à la mer

Pour qu’Interceptor soit vraiment marrant, il faudrait au moins que la croisière s’amuse. Pourtant, rayon casting, ça ricane plus que ça ne rigole.

Elsa Pataky se serait entraînée des mois pour avoir l’air badass, et on veut bien le croire. Elle ne fait pas tache quand il s’agit de bander les muscles. Mais l’action est très souvent mollassonne. La belle balance bien quelques punchlines dignes d’Arnold et Willis, mais curieusement pas drôles, tellement elles sont convenues.

Et les méchants, alors ? Parmi les représentants du genre, les plus mémorables le sont grâce à des bad guys bien caractérisés, joués par une gueule qui s’amuse un max. On se souvient d’Alan Rickman dans Piège de Cristal, John Lithgow dans Cliffhanger, Powers Boothe dans Mort Subite, Gary Oldman dans Air Force One, Dennis Hopper dans Speed

Quid de Luke Bracey, alias Kessel dans Interceptor ? Le personnage est aussi fade que son interprète. Il est motivé par des raisons que le film s’amuse à rendre confuses ou contradictoires, pour masquer des révélations forcément banales. Monsieur fait semblant d’être motivé politiquement, alors qu’in fine, tout s’avère être une question de pognon (coucou, Piège de Cristal). Et pour ce qui est du charisme et de l’énergie, il représente autant une menace dans le film qu’une moule le serait pour une mouette. Comble de l’arnaque : il est tellement indigne que ce n’est même pas l’héroïne qui l’achève !

Ses hommes de main sont au diapason. Certains prennent la pose, d’autres passent leur temps à chouiner avec un accent redneck. À cause de tout cela, ils ont surtout l’air ridicule et incompétent. Pour achever le tout, rappelons que Chris Hemsworth fait un caméo à répétition pour soutenir sa chérie. Sa présence nous rappelle d’autres productions pas plus subtiles, mais mieux réglées, comme Tyler Rake dont il était la vedette.

Intercepté et abattu en vol

Interceptor pue le bricolage, l’opportunisme et l’indifférence. Si le film jouait sur la bêtise archaïque de son scénario, et s’il n’était pas si fauché, on passerait un bon moment. Ce n’est même pas du bon cinéma d’artisan, et d’ailleurs, ce n’est même pas du cinéma. C’est bel et bien du contenu. Son ambition à ras de pâquerettes, sa propreté clinique et ses décors en toc donnent souvent l’impression de voir un épisode filler de Star Trek.

C’est peut-être moi qui suis vieux et con. Si ça se trouve, ces pépites valent en fait de l’or, alors que ma bouche ne sent que le goût du charbon… Si vous voulez voir un Die Hard-like titré « Interceptor », regardez donc celui sorti en 1992. Ça n’a l’air de rien, mais vous aurez l’exact contraire : aucune promesse, et pourtant, elles sont toutes tenues.

LES + :

  • Si Matthew Reilly écrit des trucs pareils et peut finir par réaliser des films Netflix, rien n’est perdu pour Bibi. :p

LES – :

  • Ben, euh…. J’ai la flemme. Allez, tout.