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Critique : Terminator, Dark Fate « Pas de destin, seulement une fatalité »

terminator dark fateDans Terminator : Dark Fate, le Jugement dernier n’a pas eu lieu. Skynet n’a jamais été créé, et ses machines ne nous ont jamais exterminés à coups de bombes nucléaires. À la place, on a eu Marvel Studios, Trump et la woke attitude. Comme si ça ne pouvait pas être pire, un nouveau Terminator (Rev-9, joué par Gabriel Luna) arrive du futur, un nouveau futur. Celui où Légion a été créé, et ses machines nous ont exterminés à coups de bombes nucléaires. Grace (Mackenzie Davis), une femme cybernétiquement augmentée, lui emboîte le pas. Elle est décidée à ne pas le laisser accomplir sa mission : exécuter Dani (Natalia Reyes), une ado dont la vie ou la mort décideront du destin de l’Humanité. Ah oui !, et sans prévenir, une certaine Sarah Connor (Linda Hamilton) va venir se mêler de ce qui, logiquement, ne la regarde pas…

En sortant de Terminator : Dark Fate, mon ressenti était le suivant : ce nouveau sequel était « peut-être » le meilleur par défaut, étant donné la compétition. Terminator 3 se traîne toujours les casseroles d’avoir été la première suite sans James Cameron, en reprenant beaucoup de ses ficelles. Renaissance, malgré une direction couillue, a payé les frais d’une production chaotique et d’un scénario incohérent. Et Genisys demeure aujourd’hui une tentative écœurante de transformer la licence en saga à la Marvel. A priori, avec le retour de Cameron à la prod et au scénario, un pool de scénaristes à sa botte, et l’intention de faire une « vraie » suite à Terminator 2, on pouvait y croire. C’est oublier qu’à Hollywood, on aime bien jouer sur la crédulité de gens, et leur extorquer du pognon en faisant des promesses qu’on n’a plus l’intégrité de tenir.

terminator dark fate

« Terminated ! »

J’ai attendu un peu pour donner un avis à froid. Honnêtement, à l’échelle de la production actuelle de cinéma à grand spectacle, Terminator : Dark Fate constitue le degré zéro. Ce n’est ni un bon film qui restera dans les mémoires, ni un navet indigent. Il y a pire dans l’histoire du Cinéma. Malheureusement, c’était la pire suite possible pour le Terminaverse, autant artistiquement que dans ses intentions.

C’est frustrant que le papa de Terminator ait soi-disant parrainé ça. Soit Cameron a fini gâteux comme Ridley Scott, soit il a vendu son image de marque contre une rallonge pour le budget d’Avatar 2 et 3. Son nom était un peu la « caution garantie » du métrage, avec ceux de Linda Hamilton et Schwarzy. Malheureusement, la première ne s’est plus distinguée depuis un bail, et son retour ressemblait plus à un « cash grab » nostalgique honteux, façon Jamie Lee Curtis dans Halloween 2018. Quant à Schwarzy, ce ne serait pas son premier Terminator où il cachetonne. Et puis, quand on regardait les autres noms associés au projet, il y avait de quoi s’inquiéter.

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« I won’t be back. »

D’abord le réalisateur, Tim Miller, qui est devenu un nouveau grand nom de la profession après le carton planétaire de Deadpool. Sauf que ce dernier ne brillait pas par sa réalisation plan-plan (on remercie plutôt son mauvais goût assumé et l’humour de Ryan Reynolds). Miller allait devoir faire ses preuves avec ce nouveau Terminator. Et il fait montre de la même absence artistique qu’avant. Quand ça ne cogne pas, le réalisateur filme à hauteur de genoux ou de ceinture. Les moments d’action sont découpés soit platement (la poursuite sur autoroute) soit n’importe comment (le passage de l’avion). Et ne parlons pas de l’éclairage de certaines scènes, tantôt neutre façon série télé, tantôt tellement sombre qu’on n’y verrait que dalle. Sur Terminator 3, Jonathan Mostow usait au moins de beaucoup de procédés pour produire de l’effet sur le spectateur. Miller, lui, se contente de filmer.

Et niveau effets spéciaux ? Ils suintent la crasse dès l’entrée en action du Rev-9 (la doublure numérique de Gabriel Luna pique les yeux). Et tout le dernier tiers de Terminator : Dark Fate est un empilement de morceaux de bravoure invraisemblables en CGI rugueux, qu’on jurerait sortis du prochain Fast and Furious. De la part de la « vraie suite » au blockbuster qui a établi de nouveaux standards en matière d’effets, ça fait mal. Et ne comptez pas sur le Rev-9 pour vous surprendre. Ses capacités physiques n’ont d’égale que sa pauvreté esthétique (sans parler du charisme limité de l’acteur). Seul truc louable : Rev-9 a l’esprit d’un « vrai » Terminator. Cela faisait quelques épisodes qu’on n’en avait pas vu d’aussi véloce et motivé pour tuer sa cible. Dommage que le film ne nous implique jamais assez pour en avoir quelque chose à cirer.

terminator dark fate

« There is no fate but what we remake. »

Côté scénario, c’est la cata. Que Cameron ait rassemblé plusieurs têtes pensantes fait bien rigoler (dont le créateur de la série Terminator et David S. Goyer). Les films qui ont précédé avaient un avantage certain sur Terminator : Dark Fate : ils avaient des idées. Trop peu (Terminator 3) ou beaucoup trop (Genisys), mais elles avaient le mérite d’exister.

Niveau intrigue, le film de Miller n’a ABSOLUMENT RIEN inventé. Il se contente d’assembler ici et là des éléments repris à T3, 4 et 5, sans développer ses propres pistes. (On pense à ce nouveau futur, parent pauvre de celui de Cameron, à peine esquissé. Mais aussi, on nous dit que des Terminator auraient continué à arriver du futur après T2, mais on ne sait pas pourquoi ni, surtout, comment.) Ce pillage est assez hypocrite de la part de gens qui ont fait leur promo en critiquant ouvertement leurs prédécesseurs. Si seulement le film nous en mettait réellement plein les yeux et les oreilles. Ou s’il nous surprenait ici et là d’une révélation ou d’une idée bien sentie.

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Las, son originalité, il espère la trouver en actualisant prétendument son propos. Cameron disait que ses « mercenaristes » et lui avaient réfléchi à comment traiter de l’évolution de la technologie trente ans après le premier Terminator. Oui, il y a de ça (le Rev-9 peut se connecter à toute la surveillance des USA). Mais l’éveil des consciences ne proviendra pas de là. Il va falloir la trouver côté contexte et personnages, et ce n’est pas fameux.

« Nice night for a woke, eh ? »

Nous sommes à l’époque du mur de Trump et du woke. Terminator : Dark Fate joue trop là-dessus. Quelques semaines plus tôt, Rambo 5 se faisait démonter en l’assimilant trop rapidement au discours pro-Trump contre l’immigration. Je disais alors qu’il ne fallait pas tirer des conclusions trop tôt. Mais Dark Fate nous secoue l’évidence sous le nez même si on n’en a pas envie. Déjà, il y a la forte représentation de la population mexicaine, dont est issue l’héroïne.

Mais surtout, de nos jours, tout le monde revendique de plus en plus son droit à (remplir le blanc). Entre autres, les femmes revendiquent légitimement leur égalité avec les hommes, surtout dans une industrie où les scandales sexuels se multiplient. Or, Terminator : Dark Fate ressemble à des excuses publiques avec ses trois héroïnes pour le prix d’une. Pardon, trois mecs en perruques : la momie de Sarah Connor, l’antipathique Grace et l’énervante Dani (Natalia Reyes, jamais crédible).

La démarche en soi n’est pas le problème. C’est le résultat final. Narrativement, remplacez-les par des hommes et on ne voit pas la différence. Ensuite, cette approche trahit la vision de la femme des deux premiers Terminator. Déjà inhabituelle, elle était loin d’être honteuse. Surtout, elle intégrait une progression. Sarah Connor devenait forte tout en restant une femme belle, émotive et fière d’être mère. Le film trouve le moyen d’anéantir tout ça dans ses trente premières secondes, pour nous asséner une Sarah démolie et des remplaçantes jamais sympathiques ni à la hauteur. Mais attention, Terminator fait aussi dans le social. Dani a le temps de défendre son droit au travail pendant dix secondes avant l’arrivée du Rev-9. Et le T-800 en personne dit littéralement (sous couvert d’humour) qu’un homme idéal fait ce qu’on lui dit et ferme sa gueule. Plus parlant que ça tue mœurs !

Terminator, Dark Fate : system error

Terminator : Dark Fate, film à message ? Non, cela reste un produit de consommation bas de gamme, aux grandes promesses évidemment non tenues. Mais il pue la politisation d’une franchise qui s’en était abstenue jusqu’à présent. Terminator n’est plus une oeuvre universelle. On insère dans son histoire des références aussi inutiles que lourdement évidentes à la politique d’aujourd’hui. Mais bon. J’imagine qu’il faut bien ça, tant sa mise en scène et son découpage tiennent du zéro absolu. Son histoire n’a rien d’original DU TOUT et ses effets spéciaux font cheap. Sa B.O. est la plus quelconque de la franchise, et certains choix de casting tiennent du suicide (vous ne croirez jamais que la petite Natalia Reyes est la nouvelle Sarah Connor). Et bien sûr, on n’échappe pas à des dialogues pathos à fond, ni à deux ou trois clins d’œil éculés qui font davantage soupirer qu’autre chose.

Même le consternant Genisys faisait des efforts, sabordé surtout par l’absence de vision et de serrage de vis d’un vrai réalisateur. Mais il n’y a plus rien ici qui puisse nous faire réfléchir ni même nous amuser. Simplement nous agacer. On dira ce qu’on voudra, la vraie et meilleure suite à Terminator 2, ça reste ironiquement… Terminator 3.

LES + :

  • Ben ça, alors ! J’aime Terminator Genisys, maintenant !
  • Le Rev-9 est une saloperie qui vous fonce dessus dès qu’il vous voit, au lieu de marcher comme un méchant de slasher bas de gamme. Ça, c’est un Terminator.

LES – :

  • Tim Miller = mauvais réalisateur.
  • Cameron perd encore plus de crédibilité.
  • Scénario honteusement bricolé et sans (bonne) surprise.
  • Musique fadasse.
  • Effets spéciaux en toc.
  • Erreurs de casting flagrantes.
  • Influences et/ou intentions politiques aussi déplacées qu’inutiles.
  • Arnold en short.
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Critique expresse : Gemini Man « Mon double, ma flemme et moi »

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Gemini ManDans Gemini Man, Henry Brogen (Will Smith) est un tireur d’élite, le meilleur du monde. Il est capable d’abattre une cible à bord d’un TGV en marche à 300 mètres de distance. Mais il a la cinquantaine passé et des états d’âme. Il compte tout arrêter, mais le lendemain de l’annonce de sa retraite, des assassins essaient de le mettre définitivement hors circuit, sans succès. Forcément, on n’abat pas le meilleur avec moins que ça. C’est pourquoi Clay Verris (Clive Owen), patron de la société privée Gemini, envoie son meilleur à lui, pas moins que le clone de Henry (Will Smith, rajeuni numériquement). Un double dont Brogen ignorait tout… et réciproquement.

Et c’est bien dommage d’en faire la promo sur les affiches et dans les bandes-annonces, étant donné qu’il faut attendre le tiers du film avant que « Junior » n’entre en scène. Autrement, Gemini Man commence comme un thriller d’action et de suspense des plus communs. Si elle avait été inattendue, cette révélation aurait constitué un excellent rebondissement. Le passage où apparaît Junior restera d’ailleurs le meilleur du film. Cette course à motocross à travers Carthagène apprend auprès des meilleurs films et jeux vidéo, pour proposer des acrobaties en sérieuse compétition avec les derniers Mission Impossible.

Gemini Man

Retour dans le temps

Sinon, le réalisateur Ang Lee (Hulk, L’Odyssée de Pi, Tigre et Dragon) nous pond un film bavard et mouuuuuuuu. Gemini Man n’a que le minimum à proposer pour nous tenir impliqués. Je ne sais rien de la genèse du projet. Mais je ne serais pas surpris si le scénario original avait sommeillé dans un tiroir depuis 1995. Qualités esthétiques et ballet technique à part, ce véhicule pour Will Smith m’a laissé la même impression que Jack Reacher 2 à sa sortie. S’il n’est pas une purge autant que l’était le nanar avec Tom Cruise, Gemini Man est un produit de consommation prévisible et daté, tombant dans deux écueils :

  • Des dialogues lourds qui enfoncent des portes ouvertes philosophiques, comme si le clonage était un tout nouveau sujet de réflexion.
  • L’absence du minimum de surprises qu’on est en droit d’attendre. Surtout quand on voit les moyens techniques disponibles et la concurrence en vigueur (les Marvel et compagnie).

En ce sens, c’est touchant de voir un film aussi naïf et nostalgique des années 90. Mais cet anachronisme est fatal pour la postérité. Gemini Man aurait pu devenir un classique du film d’action et d’anticipation. À la place, il remplira les grilles de programme des chaînes télé. Vous ne passerez pas un mauvais moment. Mais vous ne vous en souviendrez pas non plus.

LES + :

  • Ça se regarde.
  • La poursuite à moto, qui nous fait bien ressentir combien c’est aussi difficile qu’impressionnant pour les personnages d’accomplir de telles prouesses.

LES – :

  • Une impression variable (tantôt bluffante, tantôt dérangeante) se dégage du lifting de Will Smith sur son jeune double.
  • Aucune réelle surprise (le final est une fusillade dans une banlieue lambda, qui ne dépareillerait pas dans un Taken ou un Equalizer)
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Critique : Joker « Souriez ! Vous êtes cinglé ! »

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JokerGotham City, les années 80. Arthur Fleck (Joaquim Phoenix) est un clown des rues qui vit chez sa maman psychologiquement diminuée. Il se laisse faire par tout le monde, de la racaille des bas quartiers à ses collègues de travail, et il souffre d’un handicap gênant, des crises d’hilarité incontrôlables. Rien ne va plus dans les rues : le crime bat des records et Thomas Wayne, futur candidat à la mairie, est perçu comme un sale c** par la plèbe énervée. C’est dans cette ambiance de cocotte-minute sociale que la vie d’Arthur bascule peu à peu, d’incidents malheureux en révélations déstabilisantes. Son état mental déjà enclin à la dérive va se dégrader progressivement, jusqu’à ce qu’il s’accepte vraiment et endosse, enfin, l’identité du Joker.

DC Warner s’étant enfoncé dans la mélasse pendant des années avec une tentative ratée de cinematic universe, la boîte tente doucement de se racheter. Elle poursuit toujours un peu n’importe comment son chemin, mais au moins, ils ont avoué ouvertement encourager des projets indépendants plutôt que de vouloir à tout prix poursuivre un univers partagé. C’est ainsi qu’on se retrouve avec Joker, qui faisait peur dès le départ malgré la participation de Scorsese, et celle de Joaquim Pheonix dans le rôle titre. En cause : la volonté de s’insérer dans la catégorie prequel/reboot sur le parcours d’un personnage phare, et le fait d’avoir confié la tâche au réalisateur de la trilogie Very Bad Trip. Surprise : la chute nous laisse sur le cul.

Joker

I am legend

C’est amusant de constater qu’à quelques semaines d’écart, on a pu témoigner du retour de deux personnages importants de la pop culture. Et l’un comme l’autre, ils ont provoqué une vague de protestation concernant leur ton et leur traitement. Avant le Joker, c’était John Rambo qui était revenu avec Last Blood, un film imparfait mais néanmoins noir, pessimiste et archi violent, qui s’affirmait comme le crépuscule de l’ex-soldat du Vietnam. Au contraire, Joker dépeint le commencement de l’anti-héros éponyme. Mais comme le cinquième Rambo, il montre la violente descente aux Enfers d’un personnage fortement perturbé, et ancré depuis peut-être trop longtemps dans l’inconscient collectif (Rambo depuis presque quarante ans, le Joker depuis le double de temps).

Bref, ces personnages appartiennent maintenant au public. Il est délicat de jouer à l’équilibriste entre ce que l’on en sait et ce que l’on attend. Rambo : Last Blood l’a prouvé à ses dépens. La relecture du Joker par Christopher Nolan dans le The Dark Knight était tout à la fois contemporaine et respectueuse de l’essence du personnage tel qu’il est dans les comics (un terroriste anarchique à l’imagination tordue). Mais il faisait l’impasse sur ses origines, superflues pour « apprécier » le personnage dans le film. Dans la peau de Joaquim Pheonix, le réalisateur Todd Phillips choisit de nous raconter comment le futur adversaire de Batman est devenu ce qu’il est. C’est déjà un risque en soi, mais en plus, il s’autorise le sacrilège d’adapter à sa façon les éléments des comics en la matière (sujets à débat). En clair, il réinvente le mythe du Joker comme Stallone a voulu donner un autre regard sur Rambo.

Il faut bien (mou)rire un peu

Joker est indéniablement réussi, en grande partie grâce à la présence folle de Joaquim Phoenix. Il interprète un nouveau clown tueur mémorable après Jack Nicholson et Heath Ledger, mais surtout plus crédible que jamais. Le problème, c’est que c’est maintenant la subjectivité du spectateur qui va lui donner ses qualités ou ses défauts suivant les cas. Mais il ne faut pas écouter ceux qui vilipendent sa violence (il est largement moins gore que Rambo 5) ou sa noirceur (sur papier, le Joker est un monstre encore pire). Ici, nous n’assistons « que » à la dégradation de l’état mental d’Arthur Fleck, simple quidam qui s’est inventé des chimères pour surmonter sa vie citoyenne, et qui va peu à peu les voir voler en éclats.

Sa moralité, sa capacité à s’attacher, ses inhibitions vont petit à petit lui être retirées au fil d’un récit sans pitié, dont l’écriture et la cohérence surprennent admirablement. Mieux, il joue avec nos attentes ou nos craintes des clichés concernant le traitement ou la conclusion de ses sous-intrigues (on ne saura jamais si Arthur a tué ou non un personnage important, par exemple, et il faut voir les rebondissements successifs liés à son passé familial). Et je préfère éviter de vous dire si oui ou non, il y a des références à Batman. À vous de découvrir combien ce film est intelligent par moments. Enfin, il ne recourt pas à des easter eggs faciles et inutiles, ce qui est franchement rafraîchissant. Joker existe par et pour lui-même.

Joker

Happy birthday

Arthur est donc un type lambda déjà gravement fêlé de la carafe. Mais au fil de ses tragiques mésaventures, il va endosser malgré lui l’identité d’un clown vengeur. On va le prendre pour un tueur de rupins politiquement engagé (coucou les fake news !). Il devient ainsi le symbole des pauvres et des opprimés, déjà à deux doigts de lancer la révolution. On comprend pourquoi les gens critiquent le film pour sa prétendue violence sociale et son message douteux. Joker se déroule dans les années 80, connues pour l’atmosphère anxiogène liée à l’explosion de la criminalité. Mais la tension à Gotham et ses raisons « politiques » rappellent un peu trop ce qui se passe en ce moment à la maison (càd aux USA).

Comédien de stand-up raté et fantôme social, Arthur Fleck prend plaisir à représenter subitement quelque chose. Il incarne un symbole, une grandeur qui lui échappe. Un cercle vicieux s’inscrit alors. Arthur encourage la révolte, qui encourage Arthur, et ainsi de suite. Ceci jusqu’au dénouement sacralisant littéralement la figure du Joker comme héros de Gotham. La ville est pourtant tombée plus bas que jamais. Surtout que ceci se produit après une intervention télévisée d’une hypocrisie et d’une tension extrême. Un rappel de certaines figures politiques douteuses sévissant actuellement au pays de l’Oncle Sam.

Joker

La chute

Comme Rambo : Last Blood récemment, on dénonce le film pour son recours à la violence et son prétendu message. Or, une dénonciation, il l’est déjà. Comme des enfants susceptibles, beaucoup de monde semble lui rejeter la faute, trop gênés sans doute de voir leur propre m**** en face. À la fin du film, le Mal gagne et ce n’est pas si mal. Il faut pourtant plus le prendre à la rigolade et en guise d’avertissement, que comme un encouragement à la violence et à la bassesse morale. Nous sommes déjà tous des victimes. Évitons de devenir des Joker.

LES + :

  • Joaquim Pheonix, bluffant.
  • Une ambiance noire et presque anxiogène.
  • C’est le même gars qui a réalisé les Very Bad Trip ? Eh ben, surtout, qu’il continue comme ça !
  • Un avertissement très efficace sur les dérives de la société actuelle, en particulier les médias et la quête de célébrité.

LES – :

  • Le film est plutôt nihiliste, en accord avec le personnage. Mais son ton ne plaira peut-être pas à tout le monde. Joker est à prendre au cas par cas.
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Critique : Rambo, Last Blood « Pas très fin, mais cette fin se mange sans faim »

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Rambo Last BloodIl a fait la guerre aux péquenots, conquis le Vietnam, pacifié l’Afghanistan et vitrifié la Birmanie. Mais depuis onze ans que John Rambo (Sly) est rentré chez lui, dans le ranch familial de Bowie, Arizona, il a trouvé un semblant de paix. Semblant, car malgré ses efforts, « la guerre l’a cramé », dixit le shérif du coin. Il continue de creuser des galeries sous sa maison, de forger des armes et de se bourrer de cachetons, incapable d’oublier définitivement sa vie au Vietnam. Le seul moyen de soulager ses angoisses, c’est de participer à des recherches de personnes disparues, et de s’occuper de Gabrielle (Yvette Monreal), la petite fille de sa bonne. Le jour où Gabi disparaît au Mexique, après y être allée sur un coup de tête confronter son père, Rambo voit rouge sang. Il prend illico la route pour Mexico, décidé à retrouver Gabrielle quitte à casser du narco…

Rambo, Last Blood : le 5, ça porte malheur

En général, l’épisode 5 d’une franchise est frappé du sceau de la malédiction. Les films peuvent réinventer pour le meilleur (Fast and Furious 5) ou trahir pour le pire (Die Hard 5). Parfois, ils stagnent et/ou sombrent dans l’auto-parodie (L’inspecteur Harry est la dernière cible). Ça expliquerait que, souvent, une franchise n’ose pas dépasser l’opus 4 (Jason Bourne, L’Arme Fatale), voire bouscule sa chronologie ou sa numérologie pour faire semblant (Alien). Et bien sûr, entrent aussi en compte l’évolution du contexte, les goûts changeants du public, etc.

Dans le cas des Rambo, on a affaire à une franchise particulière. Depuis l’opus 2, chaque aventure a fait jaser pour des raisons essentiellement politiques. Ensuite, comme Rocky, le personnage de l’ex-béret vert est intrinsèquement lié au parcours de son acteur. Ils ont vécu parallèlement à lui, et souffert des hauts et des bas de sa carrière. Rocky IV et Rambo III, ultra patriotiques et caricaturaux, sont conspués pour leurs clichés et facilités hilarants. Et loin après le star power et la hype d’antan, John Rambo et Rocky Balboa sont considérés comme d’humbles retours aux sources. Ils étaient menés sans réelle imagination, mais avec le talent, le cœur et les tripes qui manquaient aux deux franchises depuis longtemps.

Aujourd’hui sort donc un épisode 5 sous la forme de Rambo : Last Blood. Comme Creed sorti après le suscité Rocky Balboa, il arrive après que la saga ait apparemment conclu la boucle thématique et narrative du personnage. Était-ce nécessaire ? Et surtout, est-ce réussi ?

Rambo Last Blood

Fausses accusations et vrai miroir déformant

Il paraît que dans Rambo : Last Blood, le personnage est un raciste réac. Il véhiculerait un discours xénophobe encourageant à séparer l’Amérique du Mexique, à grand renfort de parpaings. La saga a souvent été traînée dans la boue pour son soi-disant message politique. La faute en incombe à l’opus séminal. Le personnage était victime d’un pays ultra fier qui préférait porter des œillères que se rappeler ses erreurs. Fort, marquant, mais fatal pour la suite.

Car passer de victime du système à héros vengeur (Rambo II), puis en arme anti-cocos (Rambo III) sentait le détournement hypocrite à plein nez. Trente ans après, le troisième film continue d’essuyer les plâtres à cause de son usage paroxystique des clichés (il est une parodie de Rambo II), mais aussi parce que le super soldat y combattait l’armée communiste quelques mois seulement après la fin de la Guerre froide (survenue pendant le tournage, oups). Comble du malaise, les rebelles alliés d’hier sont devenus les nouveaux ennemis des USA.

Comme un fait exprès, le vieux Rambo dépèce aujourd’hui des représentants des cartels mexicains, traversant comme eux la frontière avec une facilité enfantine. Message ou maladresse ? Le film fait référence à des thèmes d’actualité popularisés par les médias de masse. Or, plus le problème est proche ou connu, et plus on fait le lien. Quand l’ancien béret vert allait décapsuler des Birmans, personne n’est venu moufter, parce que la Birmanie, les Américains et les Occidentaux en général s’en foutent.

Pour un ricain regardant John Rambo, la nation birmane n’existe limite que dans les frontières diégétiques. Ceci malgré une introduction choc installant sa situation véritable, et des méchants jamais dépeints comme des caricatures mais comme des ordures. Ils méritent leur sort, dispensé par un Rambo non plus patriote, mais devenu un psychopathe en manque de sang. On préférait alors pointer du doigt l’ultra violence du film, souligner le retour en grâce de l’acteur, et saluer une fin bien sentie. Ce qui n’est pas le cas avec Rambo : Last Blood.

Rambo Last Blood

Le passé dépassé

Au fil des décennies, le personnage a été détourné pour ne plus regarder en face le problème que l’Amérique a chez soi, mais plutôt la menace qu’elle voit chez le voisin (avant que Stallone se le réapproprie avec le quatrième film). Assez ironiquement, Rambo : Last Blood parle d’une menace la plus voisine possible : le Mexique. Même pas l’immigration clandestine, juste « le Mexique ». Et tout le monde relaie le même avis. Le film serait pro-Trump, idiot, inconscient, et prônerait une justice sauvage.

En réalité, si l’on remonte à la genèse du projet, cette histoire de kidnapping par les cartels était le véritable Rambo 4, bien avant que le mur à la frontière ne devienne un sujet brûlant. Il a ensuite été remplacé par le scénario que l’on connaît, libre de tout message politique, et doté d’une approche bien plus intime du personnage et de sa psyché. Voir l’acteur soutenir le même projet onze ans après témoigne d’une vraie envie personnelle. La star devait avoir la foi en l’histoire qu’elle souhaitait nous dépeindre depuis le début.

Un homme avant tout

Chaque arc de la franchise traitait d’un aspect de la psychologie du soldat maudit. D’abord il était paumé dans le 1. Puis, dans le 2, il rentrait « chez lui » au Vietnam pour réécrire l’histoire (surtout la sienne, mettant à mal le camp où il avait été emprisonné et torturé). Il part ensuite dans le 3 faire une guerre qui n’est pas la sienne, mais pour sauver la seule famille qu’il ait. N’ayant plus rien à faire, il faudra attendre vingt ans et l’épisode 4 pour le voir prendre part à un conflit qui ne l’engage pas autrement que sur le plan moral. Moralité qui n’est d’ailleurs, encore, qu’un prétexte (voix off à l’appui) pour satisfaire ses pulsions refoulées.

Chaque film dispose d’une excuse fournie par l’actualité d’alors, mais c’est le héros éponyme qui en constitue le cœur. Rambo est un personnage tragique, une victime des circonstances, que ce soit la guerre ou autre chose. Ce qui se passe dans le monde ne dépend pas de lui, et les conflits changent au fil des époques, tandis que lui ne change pas. Il ne fait que prendre de l’âge, devenir une relique dans un monde auquel il n’appartient plus.

Rambo Last Blood

C’est l’impression que donne le visage buriné de Stallone, et c’est ce qui arrive dans Rambo : Last Blood. Il n’y a plus de guerre au sens littéral. Le personnage n’a plus à défendre que le peu qu’il lui reste. En tant que spectateur, on peut se sentir trahi par cette orientation. Le métrage accuse d’ailleurs des défauts qui l’empêchent d’être aussi définitif que son prédécesseur.

Rambo, Last Blood a des défauts bien réels

Rambo : Last Blood troque le contexte guerrier pour un mix entre Taken et No Country for Old Men. Contrairement au film avec Liam Neeson, le cinquième Rambo jouit du bagage du personnage et de son acteur. Il y a un attachement et une connaissance antérieures et pérennes du héros. Le problème, c’est que ce changement profond de style, le premier depuis Rambo II, se produit trop tard.

Trop tard aussi, le moment où Johnny déploie enfin sa hargne. Ne vous attendez pas à un rentre-dedans permanent. Le film joue la carte de la montée en puissance. Il distille ici et là une menace ou une image choc. Ainsi, on se rappelle que Rambo est un monstre, une machine à tuer qui s’assume désormais. Le climax barbare teasé par les bandes annonces n’arrive que dans les quinze dernières minutes, comme pour récompenser la patience du spectateur mise à rude épreuve.

Beaucoup raillés aussi, le phrasé devenu marmonnant de l’acteur principal, et la réalisation fonctionnelle (à défaut d’être mauvaise) d’Adrian Grunberg. Curieusement, son nom apparaît en tout petit à droite à la fin du film, comme s’il avait eu honte. Il n’y a pas non plus de quoi. Et bien sûr, petit budget oblige, les effets spéciaux sont parfois craignos. En particulier dans l’intro, inédite aux USA, censée nous présenter le personnage sous un nouvel angle. Sauf que c’est illisible, moche, et en complet décalage avec le ton adopté par la suite.

Rambo Last Blood

Les creux sans visages

Le plus dommageable est le scénario inabouti et/ou jamais assez étoffé, surtout concernant les personnages. À part le héros titre, tout le monde est sous-développé, en particulier les frères Martinez. Les deux frangins proxénètes, antagonistes de cet épisode, ne sont jamais présents plus que nécessaire. Il leur manque la gravité, l’exubérance ou les motivations des méchants précédents de la franchise, dont on pouvait au moins se délecter de leur mort. Ici, ils n’ont jamais été « assez » horribles pour nous faire espérer leur châtiment.

On a beaucoup reproché également la peinture négative du Mexique. Le film montre des ghettos pouilleux, où les flics sont des violeurs et tout le monde est un traître. Fun fact : le Mexique, c’est pas partout Disneyland. Et les clichés, même s’ils remontent aux années 80, existent à l’origine pour une bonne raison. Il y a peut-être des quartiers sympas, mais pour que ce film ait lieu, ils ne nous intéressent pas.

Enfin, quand Rambo tente de dissuader Gabrielle de s’en aller, il ne prétend jamais que le pays est un cloaque puant. Lorsqu’il dit que « elle ignore combien le cœur d’un homme peut être noir », il la met en garde uniquement contre son père, un minable insignifiant dans l’intrigue (deux scènes), mais qu’on déteste immédiatement. John parle d’une seule personne et uniquement en connaissance de cause, sans préjugés sur le pays voisin. Ce que les critiques aiment ignorer dans leurs retours sur le film, déformant trop facilement son propos.

Last brood

John Rambo avait été comme une décharge de plomb brutale et inattendue, mais avec un final réconfortant. Onze ans après, Rambo : Last Blood est l’exact contraire : prévisible, un rien mou, et d’une noirceur désespérante. Mais cette noirceur constitue le véritable intérêt du film et lui donne sa place légitime dans la saga. Si on aime le personnage de Rambo, on trouve touchant et rassurant le final du 4, conclusion parfaite en soi. Mais le 5 est une nouvelle descente aux enfers pour le vétéran. Dans les dernières secondes, il s’auto-condamne en voix off à une fin pessimiste. On est laissé faussement en suspens sur le sort du héros devenu pour de bon un vilain.

Rambo Last Blood

Depuis le dernier film, John n’a plus rien d’un héros. Il est ici un monstre du passé (le fantôme du Vietnam, honte américaine) combattant un monstre du présent. Mais pas sous la forme des cartels mexicains, existant depuis longtemps déjà. Leur interprétation par le plus grand nombre suinte la nouvelle honte politique du pays : sa xénophobie galopante. Une honte que tout le monde préfère, ironiquement, reprocher au film pour se donner l’air « clean » et bien pensant. À cause de ça, impossible de voir simplement Rambo : Last Blood comme Stallone le voudrait : un baroud d’honneur simple, efficace et nihiliste, son Impitoyable à lui. Il est certes imparfait, mais pas désastreux ni abject. Juste mal pris.

Poing final

Rambo : Last Blood boucle la boucle au sens littéral. Le héros éponyme y finit au même point qu’au début de First Blood, quand le dernier plan de John Rambo y faisait miroir. De la même façon que Jason Bourne disparaissait dans des eaux sombres à la toute fin de La Vengeance dans la Peau, ou que John McClane se dirigeait vers un téléphone dans Une Journée en Enfer pour se réconcilier à nouveau avec sa femme, le vétéran du Vietnam, plus de quarante ans après, se retrouve au même point que lorsque son voyage a commencé sur grand écran. Comme avec les franchises suscitées, passé ce point, il ne reste vraiment plus rien de pertinent à raconter.

Rambo : Last Blood est-il un bon film ? Il est assurément le moins bon techniquement, et le moins divertissant des cinq. Mais une partie est due à ses (trop) humbles ambitions. En tant que conclusion et véritable clôture du mythe à l’écran, il vaut assurément le coup d’œil. Il trouve sa place logiquement, même si maladroitement, dans la série. Et puis, si vous aimez juste la tripaille, le carnage du dernier quart d’heure sera suffisamment mémorable, rythmé par une poignée de « glory kills » saignants. J’espère que vous avez le cœur bien accroché…

LES + :

  • Le film boucle réellement la boucle de la saga entière.
  • Quelques fulgurances esthétiques et gores dont on se souviendra.
  • Un changement de ton radical et bienvenu.
  • La musique guerrière de Bryan Tyler.
  • Stallone, qui a le courage de se lancer dans un tel projet sans prendre de gants.

LES – :

  • Ce changement d’orientation arrive peut-être trop tard dans la franchise.
  • Scénario pas assez développé, avec des personnages secondaires et des méchants fonctionnels. Le film est trop centré sur Rambo, au détriment de notre intérêt pour ses antagonistes, et surtout pour la justesse de leur châtiment.
  • Réalisation tout aussi fonctionnelle et rarement surprenante, à la frontière du DTV friqué.
  • L’introduction, qui aurait pu être bien, mais qui a l’air d’une scène coupée mal finalisée.
  • Tout le foin qu’on fait autour du film, relayant une image négative de sa supposée prise de position. Ce qui en dit davantage sur celle des critiques que sur le film lui-même…
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Critique : La Chute du Président « Comment se relever pour sortir avec dignité »

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La Chute du PrésidentMike Banning (Gérard Butler), le héros qui a lutté contre la chute de la Maison Blanche, puis celle de Londres, ne sert plus le même président. Dorénavant sous les ordres du Président Trumbull (Morgan Freeman), il est à deux doigts de devenir le nouveau directeur des Services Secrets. Dommage que Mike traverse un grosse crise de confiance, entre une commotion cérébrale gênante, un inquiétant tassement de vertèbres, et la peur de quitter le terrain pour de bon. Les choses ne vont pas s’arranger quand le pauvre devient le seul garde survivant à une attaque spectaculaire contre Trumbull. Or, des preuves irréfutables le rendent directement responsable de la chute du président. Ce dernier, dans le coma, ne peut pas prendre sa défense. Pas le temps de dire « oups » que des mercenaires essaient de faire disparaître Banning pendant son transfert. Mais bien sûr, il s’en sort. Il se lance alors dans un remake burné du Fugitif pour trouver les coupables et laver son nom…

L’important, ce n’est pas la chute

La série des La Chute de… est miraculeuse. Pas pour ses qualités, mais pour avoir vivoté jusqu’à sortir un troisième opus. Comparé aux (premiers) Die Hard, à Mission:Impossible, à Rambo et aux Fast and Furious maintenant, les aventures de Mike Banning ne feront pas date. Les suscités ont plus de moyens et/ou d’idées spectaculaires. La Chute de la Maison Blanche (2013) et La Chute de Londres (2015) se rangent plutôt du côté des Expendables et Transporteur. C’étaient des plaisirs coupables pour les amoureux de l’action bien remontée et des têtes au carré.

Bien sûr, pour apprécier cette saga, il faut la prendre comme il faut. Pour un américain moyen, élevé au chant patriotique et habitué aux divertissements étoilés, ce sont des films parmi les plus sérieux du monde. Les États-Unis, ils sont trop beaux, ils sont trop forts, et tout le reste du monde il est méchant. Un discours réac, limite facho et parfois pas loin du nazisme. Dans La Chute de Londres, il faut entendre Banning faire la leçon au vilain en chef pendant qu’il le rouste. Entre deux mandales, il lui jure quand même ses grands dieux que l’Amérique vivra encore « pendant mille ans après ça ». Hem. Awkward.

La Chute du Président

Béni soit Banning ?

Mike Banning, sous les traits de Gérard Butler, est l’hybride parfait entre John McClane et Chuck Norris. Mari et (futur) père de famille, un poil vulnérable, il est tout de même capable de flanquer la pâtée à tous les ennemis du monde libre, de donner des leçons de courage aux SAS british, et de tuer froidement ses amis proches si cela s’avère nécessaire. Un mec crédible et adorable, quoi.

Heureusement qu’il y a le charme bovin de son interprète pour titiller nos zygomatiques. L’un des contre-arguments justifiant la pérennité de la franchise jusqu’à aujourd’hui, c’est bien Gérard Butler. Il est le premier à croire de sa bonne blague, et à donner tout ce qu’il a. Aussi anachronique que les héros d’Expendables, Banning est un action man et une machine à punchlines d’une époque révolue. C’est grâce à lui, et à une action monstrueusement débile, que la franchise a trouvé son public en dehors des États-Unis (essentiellement des trentenaires et quadras nostalgiques de leur enfance).

La Chute du Président

Place au spectacle

Envoyons donc bouler la politisation craignos de la série (ce que fait La Chute du Président). De toute façon, sa pertinence ne dure jamais dans le temps. Ce qui compte est dans le titre, à savoir la chute de quelque chose. Dans le premier, ladite chute de la Maison Blanche était le cœur du spectacle (attaquée par une armée de coréens en shorts brandissant des lance-roquettes !). C’était invraisemblable, mais on ne voyait pas ça tous les jours. À cause de ça, le reste du film, pillage honteux et mou de Piège de Cristal, retombait comme un soufflé.

La Chute de Londres était encore plus cheap (coucou les explosions en CGI) qu’improbable, renouant avec l’esprit du film Invasion USA. Les terroristes sont partout tout le temps, poussant les héros à cavaler dans ce qui ressemble à un projet rejeté pour une saison de 24 Heures Chrono. Mais la mayonnaise prend si l’on veut bien. Malgré la tendance du film à prendre son absurdité trop au sérieux, il se montrait généreux, quitte à voler quelques trucs et astuces éprouvés chez la concurrence (comme des plans hérités de Jason Bourne).

La Chute du Président

La chute du président, c’est comment ?

Le titre du troisième volet est tel qu’il est uniquement pour garantir la cohérence entre épisodes. Malgré son titre français, La Chute du Président ne consiste pas (pendant une grande partie, du moins) à protéger le président. On a alors des raisons de craindre qu’en perdant « le concept », on perdrait en intérêt et en qualité. Mais en vérité, les dernières aventures de Banning sont globalement les plus réjouissantes à regarder, à tous les niveaux.

Déjà, en prenant totalement ses distances avec un discours politique agressif. Ici, l’intrigue joue la carte de la machination, visant seulement à faire croire à des motivations politiques de la part d’une puissance étrangère. La Chute du Président conserve en revanche la tendance de la série à sur-simplifier ses motivations et rebondissements. Mais bon, après trois films, on n’est plus à une approximation près, ni à un écart de logique.

La Chute du Président

La plus-value bienvenue

Ensuite, parce que le scénario égrène ici et là des idées sympathiques. Des idées parfois brutales et/ou inattendues, comme l’attaque du début contre le président, ou la conclusion de l’enquête menée par le FBI. Les fusillades sont bruyantes comme il faut, et les combats et autres cascades brutalement efficaces. La baisse de tension n’est donc pas ce qui menace le film.  Les fans seront conquis.

La Chute du Président compte également sur un humour plus présent, léger et bien amené. Après les vannes fascistes et les tortures grotesques perpétrées par Banning, ça fait du bien de rire d’autre chose (comme sa tentative d’arrestation par des péquenots).

Enfin, la franchise aimant les clichés, elle a choisi d’exhumer un dinosaure en la personne de Nick Nolte, dans le rôle de Papa Banning. C’est l’idée à la fois la plus convenue, la plus absurde, et pourtant la plus fraîche entre toutes. Elle apporte des touches supplémentaires d’humour et d’incongruité. Plus fort, les dialogues sur leur relation père-fils évidemment compliquée ne sont jamais forcés. Pour un film de ce genre, c’est une attention dans l’écriture qui mérite d’être félicitée.

La Chute du Président

Et maintenant, la chute

La Chute du Président n’est bien sûr pas avare en défauts. Mais ils sont imputables à sa formule « old school ». Le scénario ressemble encore plus à un ersatz de 24 Heures Chrono, et il est impossible de NE PAS deviner qui est un traître et qui est en cheville avec qui. Si la saga ne brille plus par son concept (baser le film entier sur une situation de siège), elle ne se démarquait jamais par son traitement.

Étrangement, c’est dans son traitement que le dernier né de la série parvient à se montrer dynamique, surprenant et amusant malgré ses lieux communs. La trilogie se clôture en s’affirmant comme un poids plume du genre, sauvé par ses grosses cojones. Pas de quoi révolutionner le Cinéma, mais pour qui est à fond dedans, La Chute du Président est un futur disque à ranger sur ses étagères, à côté des frasques de Chuck Norris et de Stallone.

LES + :

  • Concernant l’action, le film fait bien le boulot.
  • Quelques idées surprenantes ou bienvenues en matière de rebondissements, d’humour et de mise en place.
  • La relation père-fils difficile, décrite avec une certaine justesse et sans forcer.
  • Le patriotisme guerrier et un rien raciste s’est fait la malle, et ce n’est pas un mal.

LES – :

  • C’est VRAIMENT cousu de fil blanc.
  • Des réactions ou décisions des personnages parfois VRAIMENT tirées par les cheveux.
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Critique : Hobbs & Shaw « Un spin-off complètement off »

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Hobbs & ShawHobbs (The Rock) est papa, musclé, porté sur les protéines au petit déjeuner, et il est un fervent défenseur de la justice et des valeurs de l’Amérique. Shaw (Jason Statham) est l’ancien ennemi public numéro 1, il est beau gosse, b**** tous les soirs, prend sa binouze tous les matins au troquet du coin, et tout ça lui va. Leurs points communs ? Ils sont chauves, tabassent comme personne, et ils se haïssent copieusement. Mais le jour où Hattie (Vanessa Kirby), la sœur de Shaw, devient la cible de Brixton, un soldat amélioré que Shaw pensait avoir tué il y a longtemps, les deux n’ont soi-disant pas le choix. Ils vont devoir s’associer pour traquer le renégat et arrêter l’organisation aux commandes, la mystérieuse Eteon…

Vous trouvez ça con ? Vous avez raison. La bêtise est devenue le poinçon de la « marque » Fast & Furious, dont Hobbs & Shaw constitue le premier spin-off. Et malgré tout l’amour que je porte habituellement à ses co-stars, je dois avouer que la douche fut glacée.

« L’ego » star wars

Hobbs & Shaw est né de l’envie (des producteurs, des acteurs, mais aussi du public) de laisser respirer les charismatiques et badass personnages campés par The Rock et Statham. Ils sont apparus respectivement dans Fast 5 et Furious 7, avant de se donner joyeusement la réplique dans l’opus 8. Depuis, The Rock et Vin Diesel ont pris l’habitude de se clasher sur les réseaux sociaux, en sous-entendant fréquemment combien « d’autres » étaient en gros des branleurs ou des lâcheurs sur le tournage, suivant lequel balançait. Vin Diesel est même souvent soutenu par cette serpillière de Tyrese Gibson (lequel, à l’inverse du Rock et de Statham, tire la franchise vers le bas depuis des lustres).

La popularité grandissante de stars plus aimées que lui a logiquement donné des sueurs froides à l’interprète de Dom et Xxx. Ses deux camarades, The Rock en tête, sont donc partis se la péter avec leur propre projet. C’est mieux que de voir leur temps de présence et leur « mojo » dilués dans des aventures de plus en plus chorales et over the top. Hobbs & Shaw était donc attendu comme le messie, le Tango & Cash du nouveau millénaire, une erreur de cinéma qui pouvait miraculeusement devenir une nouvelle madeleine de Proust pour les fans de buddy movie et les amateurs d’action décérébrée.

Hop ! C’est chaud !

Las, le film de David Leitch échoue sur presque tous les plans. Il ne s’en sort que lorsqu’il délivre des scènes d’action absurdement grosses et apocalyptiques, dont c’est dommage qu’elles soient souvent si mal filmées. La caméra tremblante et le sur-découpage n’aident en rien à apprécier les empoignades entre Brixton et le duo vedette. C’est étrange de la part du gars qui a emballé les scènes de Atomic Blonde et Deadpool 2.

Mais si vous êtes venus voir Statham et The Rock, vous allez les voir. Souvent en très gros plans face caméra, en train de souffrir mentalement à improviser des vannes à la face de leur partenaire. Elles ne sont d’ailleurs jamais fraîches ou originales. Statham est british ? Il est souvent comparé au Hobbit ou à Harry Potter, quand on ne se moque pas de son cuir chevelu. The Rock a du muscle ? Bonjour les vannes sur la lotion pour bébé et son appétit d’ogre. Etc.

Ne comptez pas sur le reste du casting pour relever la sauce. Idris Elba a l’air de se faire ch*** autant que Bruce Willis sur le tournage de Die Hard 5, et Vanessa Kirby et Helen Mirren n’ont pas grand chose à faire. La première a beau kicker comme une déesse, elle est réduite à un McGuffin ridicule doublé d’une love interest pour Hobbs, au grand dam de Shaw (coucou Tango & Cash).

Hobbs & Shaw

Hobbs & Shaw : spin-off en mode « off »

Ma relation avec Fast & Furious a toujours été en dents de scie. J’avais adoré la connerie assumée des épisodes 5 et 6. Puis j’avais vomi sur le doigt fait à la suspension d’incrédulité du spectateur dans le 7e épisode. Enfin, j’avais toléré Fast & Furious 8 pour avoir retrouvé un peu de volonté narrative, pour ses scènes d’action absurdes mais uniques, et bien sûr pour The Rock et Statham. Mais faire un spin-off, à la base, cela implique de sortir du moule d’une série pour tenter autre chose (ce que la saga avait justement fait avec les épisodes 5 et 6).

Hobbs & Shaw n’est qu’une itération de Fast & Furious 8 sans Vin Diesel, c’est tout. Il ne conserve pas seulement l’ADN muté de la franchise, mais il se fait greffer des morceaux entiers de son cadavre :

  • Une menace technologique avec un méchant promettant de revenir dans la suite.
  • Des poursuites motorisées avec de nouveaux véhicules de ouf (cf. la moto articulée de Brixton, piquée au dernier épisode des Indestructibles) et des cascades toujours aussi absurdes.
  • D’interminables passages verbeux où nos héros reprennent leur concours de vannes du 8. Sauf que cette fois, ils sont longs et rarement drôles.
  • Le même discours sur la famille et l’importance du cœur, quitte à trahir complètement les personnages tels qu’ils avaient été introduits dans la franchise avant. Et bien sûr, la même tendance à l’exprimer sans nuance dans les dialogues. Parce que seuls les gamins et les idiots vont voir ces films, n’est-ce pas ? Alors il faut absolument qu’ils comprennent.

Bref. Hobbs & Shaw pique la gamelle de Vin Diesel au lieu d’oser faire son propre truc. Mais c’est la faute à qui ?

Hobbs & Shaw

Rock, papier, ciseaux, ROCK !

Qu’est-ce qui manque vraiment à Hobbs & Shaw pour fonctionner malgré ses nombreuses tares ? C’est simple : l’alchimie. Si les buddy movies comme L’Arme fatale, Tango & Cash ou 48 heures nous touchaient, c’étaient parce que leurs partenaires de jeu dansaient ensemble. Or, le film de David Leitch est uniquement à la gloire de The Rock. Sa démesure (tant de la personnalité que du physique) transpire à chaque image.

Qu’il vante les valeurs familiales ou qu’il retienne un hélico à bout de bras comme Captain America, c’est trop. Trop de guimauve, trop d’exploits cartoonesques, trop de The Rock. Une situation avec laquelle Statham, flegmatique et cool comme à l’accoutumée, ne semble pas trouver à redire. Le dernier tiers se déroule ainsi entièrement à Samoa dans la famille de Monsieur. Et on vous épargne combien la famille est sacrée, et toujours prête à taper des mercenaires pour renouer des liens. The Rock est même tellement sympa qu’il organise une représentation de Haka pour accueillir les méchants. La grande classe.

Pour faire bref

Hobbs & Shaw est un rendez-vous manqué et un pétard mouillé. Si vous êtes venus pour vous vider la tête, OK. Vous aimez The Rock et Statham uniquement parce que ce sont The Rock et Statham ? Pas de souci. Si vous avez adoré Fast & Furious 7 (le pire que la franchise peut offrir) pas de raison non plus de ne pas repartir pour un tour. Mais soyez avertis. Un film de ce genre est une réussite lorsqu’on rit avec lui. Hobbs & Shaw fait des efforts si grossiers et pathétiques, que ce soit dans l’action ou dans les échanges entre ses héros, qu’il provoque plus volontiers des rires de gêne ou de moquerie. Et ça, ça fait de la peine à Bibi.

PS : et à titre personnel, je suis furieux de voir que les ewoks de Max Force 2 sont bien plus redoutables et intéressants que le personnage de Brixton. Je dis ça, je dis rien… ^^

LES + :

  • Un casting qui fait plaisir…
  • On quitte Fast & Furious pour explorer de nouvelles idées…

LES – :

  • … mais des prestations qui font de la peine.
  • … oh, et puis en fait, non, c’est la même chose.
  • The Rock, The Rock, The Rock, The Rock, The Rock, THE ROCK !
  • Les seuls moments de surprise et de rire francs concernent des guests dans des rôles tiers, à l’enthousiasme communicatif. Or, on aurait aimé que cet enthousiasme transpire chez les deux stars principales.
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Critique expresse : Crawl « Un film pour se faire les dents »

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crawl alexandre ajaHaley Keller (Kaya Scodelario) a toujours vécue poussée par son papa à devenir une grande nageuse. Le jour où un ouragan maousse menace la Floride, son père ne répond évidemment plus au téléphone. Comme personne ne le fera à sa place, elle décide d’aller le chercher en personne, en pleine zone évacuée. Elle retrouve son papounet salement amoché et inconscient dans le sous-sol de l’ancienne maison familiale. Et pour cause ! Un alligator vénère squatte les lieux, et il n’a pas l’intention d’en repartir avant d’avoir croqué ce qui reste du père et de sa fille. Il va falloir vite trouver une solution, car la cave ne mettra pas longtemps à être inondée, et rien n’indique que le reptile est seul à rôder dans le coin. Heureusement que Haley est une championne de crawl, ça peut toujours servir…

Alexandre Aja revient aux bébêtes aquatiques, dont le dernier effort en la matière était Piranha 3D en 2010. Un film assez couillon, où Ving Rhames en bout de course charcute de la poiscaille avec un moteur de bateau, et où Quinn Mallory de la série Sliders se faisait mastiquer les roupettes par des sardines préhistoriques. Dans Crawl, les litres de punch coco et les bimbos débiles sont allés se faire voir, pour revenir à une horreur moins gogole et plus viscérale. Certes, le réalisateur a gardé les bestiaux en CGI, en remplaçant les petits poissons par des gros lézards aquatiques. Et oui, on voit bien dans 80 % des plans que les bouffe-tout sont en images de synthèse. Toutefois, ils n’en sont pas moins bien faits, et ils ne feront pas plus râler que les dinosaures du dernier Jurassic World.

crawl alexandre aja

Aja filme en crawl

Le réalisateur ne nous refait pas le coup du pastiche décérébré, qu’il avait fort réussi d’ailleurs. À la place, il revient à l’horreur et au gore bruts de décoffrage de ses œuvres les plus mémorables (Haute Tension, La Colline a des Yeux). Mais cette fois, il s’en sert dans un vrai survival.

Dans Crawl, on a deux héros, une menace et un environnement de plus en plus inhospitalier, point. Et l’exécution est réussie. Les situations délicates cèdent la place à des moments de violence explicite du plus bel effet. Les attaques des bestiaux voraces et les soins improvisés à la Rambo font équitablement frissonner. Avec Crawl, Aja livre un pur film de monstres. Il fait tantôt trembler grâce une montée maîtrisée de la tension, et tantôt exulter sous l’effet de sa violence au bon goût de défouloir.

crawl alexandre aja

Un divertissement rondement mené

Crawl demeure quand même un divertissement traditionnel, qui use une fois ou deux de grosses ficelles dans les comportements de ses personnages, et du bon vieil argument de la poisse intersidérale pour justifier ses moments les plus tendus. Mais il sait aussi jouer avec les codes du genre, comme avec le chien mignon. Lui, on se demande dans combien de temps il va passer à la casserole.

Quant à la palme du personnage le plus badass de l’année, la famille Keller partage les votes. Faut-il l’attribuer à la petite Haley, pour ses cou***es autant que pour ses bras en adamantium ? Ou bien rendre hommage à Papa, qui devrait donner son sang à la Croix Rouge 35h par semaine tellement il en a à revendre ? Un bon survival a besoin d’un bon battant pour plaire. Crawl en a deux, et ils ne manquent pas une occasion de nous faire kiffer leur calvaire.

Les + :

  • Kaya Scodelario, frêle et badass à la fois (+1 avec son père, qui en a franchement dans le ventre).
  • Des moments de tension bien menés.
  • Du gore !

Les – :

  • On a le droit à certains clichés et autres comportements discutables, typiques du film d’horreur ricain. Mais heureusement, ils n’entachent pas l’efficacité globale de Crawl. 
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Critique expresse : Anna « Le film dans le film dans le film que vous avez déjà vu. »

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Anna luc bessonAnna (Sasha Luss) est agent du KGB. Trois ans plus tôt, des informateurs de la CIA se sont fait dézinguer par le méchant chef du KGB. Deux ans après cet incident, Anna était devenue mannequin à Paris, après avoir été repérée par un dénicheur de talent sur un marché en Russie. Mais cinq ans avant tout ça, Anna, c’était une jeune femme sans avenir qui s’est vue offrir de devenir assassine pour la Mère Patrie. Sauf qu’un an plus tard, Anna veut partir, mais elle ne peut pas. Bref, Anna, elle se cherche. Et sa vie a beau être compliquée, elle est la seule à ne pas savoir ce qui l’attend. Nous, on connaît déjà la musique…

Anna joue encore plein de fois la carte du retour en arrière assez inutilement. Le film essaie de nous faire croire à la complexité de son histoire, au risque de perdre les spectateurs les plus attentifs. Pour faire la blague, il se produit un peu l’inverse du Memento de Christopher Nolan. Remonté dans le bon ordre, le thriller du réalisateur britanno-américain était moins original. Mais il restait un excellent film à suspense (preuve à l’appui, puisque ce « remontage » existait déjà sur le DVD d’époque). Le problème, c’est que privé de son gimmick, Anna est aussi balisé que la piste d’atterrissage d’un méga transporteur.

Anna va comme j’te pousse

Anna, c’est le film que vous avez vu cent fois au cours des trente dernières années. Du coup, le métrage pense qu’il n’a pas le droit d’exister sans avoir « son truc » (le fameux découpage façon puzzle). Il choisit de se donner des airs intelligents, croyant qu’il gagnera en intérêt. Pourtant, si on le prend comme il est, ce film n’est pas plus con ni moins divertissant que ses modèles.

Anna, c’est quoi ? C’est comme si cinq films d’espionnage des trois dernières décennies s’entrechoquaient en même temps. En vrac, Nikita, Red Sparrow, Salt, Atomic Blonde et un peu de Jason Bourne se sont retrouvés dans le shaker de Luc Besson. Après le pétard mouillé Valerian entre autres choses, il lui fallait sûrement un plan « zéro risque ». Heureusement que le réalisateur ne reprend que le meilleur selon lui.

Anna luc besson

La structure est celle de son Nikita (1990, déjà !) jusque dans ses scènes clés. Besson suit les traces d’Anna, identiques à celles de Red Sparrow. Le contexte de Guerre froide est le même que dans Atomic Blonde. L’espionne badass finit par se retourner contre ses recruteurs comme Salt, l’héroïne du film éponyme. On termine sur une fin au goût doux amer, y compris pour les spectateurs. C’est comme ça qu’on finit un thriller d’action-espionnage aujourd’hui : dans un soupir plutôt qu’un gros bang.

Dire qu’il a fallu deux ans à Anna pour être distribué. Honnêtement, DTV ou film ciné, je ne vais pas être méchant. J’avoue que je n’ai pas vu le temps passer. Mais, et c’est rare, j’ai peut-être l’impression d’avoir vraiment perdu du temps sur mon espérance de vie. Après tout, Anna, ça fait cent fois que je l’ai vu déjà.

LES + :

  • Le film a beau être prévisible, il demeure maîtrisé. Sa tenue artistique est indéniable.
  • Il faut reconnaître que, si on se prend au jeu, on ne s’ennuie pas réellement.

LES – :

  • Pas mal d’anachronismes, entre le rigolo et l’embarrassant.
  • C’est Nikita 30 ans plus tard. Un film tourné pas cher et passé à la moulinette opportuniste de Besson. Il a sans doute peur de se mouiller après ses derniers échecs (hem, Valerian).
  • S’il n’avait pas bousculé toute sa chronologie, Anna aurait peut-être été meilleur. En usant du flashback à seulement un ou deux moments clés dans sa narration, le procédé aurait peut-être eu plus d’impact.
  • On ne va pas critiquer plus que de raison Sasha Luss dans le rôle titre. Elle fait de son mieux et ça se voit, surtout dans la baston. Mais le reste du casting cachetonne, et ça aussi ça se voit (Cyllian Murphy, Helen Mirren, Luke Evans).