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Critique : Batman v Superman – Ultimate Edition « Plus long, un peu plus bon et pas moins con. »

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Phénomène marketing oblige, pour fêter la sortie de Suicide Squad, le bluray/dvd de Batman v Superman est sorti en version « ultime » mardi dernier dans les bacs. Doté de trente minutes supplémentaires, le métrage a été réhabilité par beaucoup de monde (y compris des détracteurs) car ces instants volés au montage salle comblaient soi-disant des lacunes monstrueuses dans le récit. Celui qui s’annonçait lui-même comme le Citizen Kane des films de super-héros avait été en mars dernier une horrible déception critique, malgré quelques intentions et idées louables. Hélas, même avec un total runtime de 3h aujourd’hui, on doute que ces dernières aient jamais ne serait-ce qu’existé sur le papier.

Ce qui va mieux dans Batman v Superman

Ce qui semblait rushé voire bâclé au cinéma est enfin développé, en particulier l’incident en Afrique, dont on fait tout un foin au point que le Congrès convoque Superman. Ceci grâce à une intro plus détaillée, un approfondissement de l’enquête de Loïs Lane et l’intrigue parallèle tournant autour d’un faux témoin. De même, Clark/Supes en mission à Gotham bénéficie d’une poignée de scènes ridiculement courtes mais bienvenues où il découvre l’existence et les méthodes de Batman. Il a aussi droit à de petits détails de ci de là mettant davantage en avant ses doutes sur lui-même et son empathie, ce qui n’est pas si mal.

Ce qui ne marche pas

Eh bien tout ce qui ne marchait déjà pas à l’origine ! Ce qui était vraiment bâclé reste bâclé (le plan de Lex Luthor, toujours aucune mise en place de l’univers de Batman) et ce qui était franchement con RESTE CON, ou du moins très mal exploité (l’enquête sur le Portugais Blanc, « Martha ! »). Pire, ce dont on ignorait l’exacte teneur auparavant s’avère être tout aussi stupide aujourd’hui, cf. le fameux coup monté en Afrique. On comprend enfin pourquoi on accuse Superman d’avoir tué des dizaines de personnes, mais pas pourquoi une enquête à peine poussée n’aurait pas pu prouver le contraire, vu les méthodes employées.

La pilule passe un tout petit peu mieux

Reconnaissons que ce nouveau visionnage n’a pas été déplaisant. Malgré une durée rallongée, ces cent quatre-vingt minutes sont peut-être passées plus facilement que les 2h30 d’origine. Une certaine ambition autre que le grand spectacle ressort au grand jour, façon thriller politique, mais une fois le générique de fin arrivé, on a encore l’impression qu’il en manque.

D’une part, l’on constate l’absence de certaines scènes (de l’aveu de Snyder), comme celle où Superman tente de localiser à l’oreille sa mère kidnappée, mais se noie dans les milliers de bruits émanant de la ville. Certes, de la part d’un type qui peut entendre sa belle crier depuis l’Ancien Continent, ça semble bizarre, néanmoins cet instant jugé trop noir par son propre réalisateur aurait trouvé davantage sa place dans ce cut prétendu « ultimate ».

Si tu sais pas, c’est ta faute

D’autre part, si d’autres mystères sont élucidés, leur réponse amène à questionner non plus la cohérence de l’intrigue mais celle de la gestion du DCEU lui-même. On se réfère ici à la raison enfin dévoilée pour laquelle Superman n’a pu voir la bombe dissimulée au Capitole : un siège gainé de plomb. Lorsque Loïs l’apprend, elle comprend l’entourloupe et dit : « il ne pouvait pas la voir ».

C’est bien. Loïs sait que son boyfriend ne voit pas à travers le plomb. Soixante-dix ans de comics, films et séries font que le spectateur le sait lui aussi. Mais à aucun moment dans Man of Steel ni cette version longue est-il fait mention de ce handicap de l’Homme d’Acier. Vu le nombre affolant de scénettes ou répliques qui auraient pu être ajoutées pour justifier tel ou tel truc, on se dit que si la version longue avait pu durer une demi-heure de plus, cela n’aurait pas fait de mal, bien au contraire (d’autant que dès la sortie du film en salles, la rumeur voulait que le montage d’origine faisait quatre heures au total !).

Batman v Superman reste un beau bordel

Ce remontage n’a donc rien d’ultime : chaque nouvel ajout ne fait que proposer des embryons de réponses, le film ignore carrément des scènes qu’il peut avoir en réserve ou conserve toujours sous silence des problèmes épineux de cohérence interne, révélant de manière encore plus frappante la très mauvaise gestion du DC Extended Universe.

Finalement, les « anti » comme les « pour » ont toujours constamment ignoré le vrai problème du métrage. A trop se focaliser sur sa noirceur, son absence d’humour, son esthétique abusive, un casting en dents de scie ou sa volonté de s’ancrer visuellement dans un certain réalisme, ils oublient que Batman v Superman, à moins d’un « Super Mega Absolute Cut » de 4h capable de le contredire, est un film SUPER MAL PENSE et SUPER MAL ECRIT.

Car ses défauts, même après 30mn de rab, sont toujours les mêmes : il fonce sans prendre le temps de construire de solides bases. Véhicule marketing destiné à vendre l’avenir du DCEU (la Justice League), il présume à l’instar de cette histoire de plomb que nous, spectateurs, connaissons déjà les bases de la mythologie du chevalier noir et du dernier fils de Krypton. Une ambition de pur fan service contradictoire avec le succès espéré et manqué d’un milliard de dollars au box office.

C’est Batman qui trinque

Pour ratisser large, Batman v Superman aurait vraiment dû s’adresser au grand public, et non juste aux « connoisseurs ». Au moins, Marvel avait pris le temps de constituer son public au fil des ans, et ça lui avait réussi. Mais la version longue de BvS ne rend pas meilleur ce renouveau de Batman à l’écran.

La nouvelle Gotham City est toujours aussi anecdotique, et nous devons encore accepter l’existence de ce justicier vieux et vénère (une approche inédite jusqu’alors) sans en faire jamais vraiment la connaissance, sans savoir qui sont ces gens qui l’entourent ni comment il a pu finir par tuer et marquer au fer rouge à tout va. Si la trilogie Dark Knight pouvait nous faire avaler les pires couleuvres grâce à un talent certain pour la narration et les dialogues, un usage savant du rythme et de l’ellipse, n’est pas Christopher Nolan qui veut. Certainement pas Zack Snyder.

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Critique expresse : Warcraft, Le Commencement « Des orcs et des hommes »

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Warcraft Le CommencementPas besoin d’être un fan (je ne le suis pas) pour voir que Warcraft, Le Commencement fait honneur à son jeu sans faire honte au Cinéma. Pour le premier, il faut tout de même être à fond sur le sujet pour percer les écarts avec le canon de cet univers débuté en 1992. Pour le second, il faut se rappeler les fresques d’heroic fantasy bien plus kitsch et mal torchées vues sur grand écran par le passé. Mais les références sont aujourd’hui plus télé que ciné, et Game of Thrones viendra plus volontiers à l’esprit que Donjons et Dragons.

Une mythologie respectée

On sent dès l’introduction la sincérité du réalisateur Duncan Jones (Moon, Source Code) remplaçant Sam Raimi à la barre et joueur de WOW avéré (aidé par le studio Blizzard, créateur du jeu). Warcraft n’est pas qu’un jeu mais une mythologie qu’il connaît et aime, au contraire d’autres mercenaires n’entendant rien aux codes vidéoludiques ni cinématographiques (cf. Uwe Boll ou John Moore). Les références ne sont pas gratuites, mais intégrées à un univers qui « vit » Warcraft.

Les gimmicks visuels des jeux sont repris avec une vraie intelligence, comme une poignée de plans façon RTS servant à indiquer la progression de l’invasion orque. Le film est en plus pensé comme un complément plutôt qu’un simple produit dérivé, nous contant les origines de la guerre entre hommes et envahisseurs. Le passé et la psychologie de ces derniers sont d’ailleurs plus développés que ceux des humains, ces derniers semblant tous réduits à des fonctions (le roi, le guerrier, le mage… vivent les PNJ !) au lieu de personnages. Du coup, l’attachement pour eux s’étiole à mesure que la trame avance. Un travers commun à plus d’une adaptation de JV, que Warcraft, Le Commencement n’a donc pas su éviter.

Fantasy pas cher

En plus de cela, le film jouit hélas d’un budget modeste (pour un blockbuster d’aujourd’hui), de peu de temps et de beaucoup d’impératifs de studio pour raconter son histoire. Lieux et personnages emblématiques s’enchaînent à grande vitesse sans avoir le temps de construire quelque chose sur la durée. Le rythme régulier fait que que si le spectacle est épique, il ne va jamais crescendo, armées en marche, combats violents et plans aériens saisissants se suivant sans se surpasser. Au final, le film se regarde un peu trop comme le best-of d’une saison de série télé de fantasy (avec lesquelles le casting partage d’ailleurs quelques liens de parentés).

Une impression renforcée par la plus grande qualité du film, qui devient paradoxalement sa plus grande faiblesse : sa fidélité exemplaire au matériau de base. Le design général très « cartoon » est si bien retranscrit que tout paraît trop artificiel, cf. la gueule des elfes, et ce second degré visuel n’est pas aidé par le ton beaucoup trop sérieux de l’ensemble. A l’instar du Hobbit de Peter Jackson (mais dans une proportion moindre), il manque à ce Warcraft une légèreté et un humour pourtant présents dans le média d’origine. Blizzard ou le réalisateur semblent s’être interdits toute forme de recul ou de mise en abîme, sinon au travers de répliques trop plates pour faire mouche. Dommage car cela aurait pu distinguer l’entreprise du Seigneur des Anneaux.

Warcraft, Le Commencement : un bon « petit » film

Pour résumer, le métrage se hisse sans peine dans le haut du panier des adaptations de jeux vidéo réussies. Le résultat satisfera le plus grand nombre, et avant tout les fans, mais il lui manque un peu plus de cachet pour convaincre. Trop ciblé (design et références), trop expédié (ça va vite) et trop condensé (le film ne construit rien lui-même), le spectateur lambda ne verra dans Warcraft, Le Commencemant qu’un succédané coloré des films de Peter Jackson. Dommage, compte tenu de toutes les qualités dont il a su hériter.

LES + :

  • C’est un vrai film, pas un simple produit dérivé.
  • De la fantasy épique et généreuse.

LES – :

  • Un design trop second degré.
  • Un récit trop premier degré.
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Critique : X-Men Apocalypse « L’Alpha et l’Omega »

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X-Men ApocalypseJe n’ai pas trouvé deux avis qui se ressemblent à propos de X-Men Apocalypse, en particulier du côté des détracteurs. Destruction porn douteux empruntant à Roland Emmerich pour les uns, comic book movie sans âme dédié au seul fan service pour les autres. Tous s’accordent quand même à y voir une conclusion plate à la saga, laquelle y perd en plus sa sympathique touche historique. A mi film, l’un des protagonistes lance que « le troisième épisode est toujours le plus mauvais. » Une phrase trop maligne peut-être adressée au film de la première trilogie (réalisé par Brett Ratner), que les détracteurs ont facilement retourné contre celui-ci sur la base de leurs attentes déçues.

Au commencement, X-Men Apocalypse…

Pour commencer, ce n’est pas l’histoire humaine qui est réécrite cette fois. Oubliez le rapport à l’Histoire telle que nous la connaissons, si proche de nous, et faites place aux mythes et légendes. En témoigne une introduction craignos en Egypte antique, théâtre d’une cérémonie bien kitsch. Avec des événements fantasmés et des faits lointains difficiles à étayer, on nage en pleine mythologie (cf. le rituel quasi magique employé). Un générique de rigueur nous conduit ensuite jusqu’à la fin du XXème siècle, avec une laideur et une énormité risibles (Singer choisit pour jalons historiques Jésus, Léonard De Vinci, le nazisme et la Guerre Froide. Ça va bien ensemble…).

Bienvenue en 1983 ! Le Retour du Jedi vient de sortir et la Guerre Froide chauffe encore, mais pour une fois, après Cuba et les Accords de Paris, l’Histoire, on s’en moque. La vraie guerre qui se joue n’est pas entre humains, ni entre humains et mutants, mais bien entre les mutants eux-mêmes, suite au réveil d’En Sabbah Nur, aka Apocalypse dans la bédé, alias Dieu dans sa tête. Une guerre d’idéologie entre deux prophètes, lui et le professeur Xavier, le fanatique et l’humaniste (ne cherchez pas plus d’analogie avec notre époque).

Jadis trahi par les humains ayant provoqué son sommeil, En Sabbah Nur est écœuré par le capitalisme auquel nous nous sommes adonnés et décide de faire le ménage, en recrutant entre autre ce bon vieux Magnéto. Selon certains, c’est l’occasion de nous resservir un spectacle réchauffé (Jean, Cyclope, Diablo et bien d’autres sont de retour), pour d’autres, c’est celle d’aller à l’essentiel (pas besoin de présenter longuement des persos que nous connaissons déjà).

Pas une catastrophe, mais un film catastrophe

X-Men Apocalypse ne veut pas copier le genre ni la narration de ses prédécesseurs, ce qui est une qualité, sauf pour qui n’aime pas le déchaînement généreux et… apocalyptique du dernier acte. Aux accusations de destruction porn, répondons que chez Roland Emmerich (réalisateur de 2012 et du prochain Independence Day : Resurgence), le sadisme le dispute à un humour douteux quand des millions de gens sont littéralement montrés en train de mourir dans des circonstances vraiment gratuites, puisque naturelles.

Ici, Apocalypse est la personnification du Fléau, une entité cruelle (il faut voir comment il châtie les malheureux sur son chemin) sur laquelle le spectateur peut rejeter la faute. Il faut bien sûr passer outre son costume d’Halloween, mais reconnaissons qu’Oscar Isaac se défend bien dans la peau caoutchouteuse de ce personnage, opposant au grotesque de son allure un tempérament glacial (à l’inverse de la bédé qui le montre exubérant et mégalo).

Enfin, c’est probablement la première fois depuis le début de l’ère comics au cinéma que l’on voit un antagoniste si puissant qu’il oblige tous les héros à l’attaquer en même temps, comme dans les plus épiques récits sur papier. Après Ultron et en attendant Darkseid et Thanos, Apocalypse est donc le premier titan digne de ce nom à apparaître sur nos toiles.

Une histoire comic

Un vrai bad guy à la puissance effrayante, une psychologie et un débat moral clairs, des enjeux simples (la fin du monde) et des personnages déjà tous bien établis… X-Men Apocalypse est un divertissement tout à fait convenu lorsqu’on le considère à part. Mais quand on prend en compte le bagage qu’il traîne (cinq films officiels), il est en réalité le bouquet final de la saga entière, un combat de titans généreux aux airs de best-of de la franchise (incluant un nouveau morceau de bravoure de Quick Silver).

Après avoir utilisé l’Histoire pour y ancrer la réalité de ses êtres doués de pouvoirs, c’est l’histoire des X-Men qui se développe et s’enracine définitivement avec X-Men Apocalypse, le combat difficile contre le méchant éponyme servant de prétexte à réinstaller leur canon (nous sommes à l’époque de la fondation de l’école Xavier) tout en le remodelant (certaines choses ont changé dans cette nouvelle timeline).

X-Men Apocalypse, c’est la fin ?

Hélas, on ne se refait pas. Comme tout ne saurait être parfait, avouons que certains passages ou dialogues sont si faciles ou pauvrement écrits qu’ils en deviennent embarrassants (mention spéciale au ixième traumatisme de Magnéto), et que la franchise continue par petites touches à violer sa continuité. Le twist excitant des dernières secondes de Days of Future Past est ainsi complètement ignoré, et une énième scène post-générique tease déjà une future suite, fichant immédiatement en l’air l’impression satisfaisante d’avoir bouclé la boucle.

LES + :

  • Un méchant vraiment balèze…
  • Une histoire simple et efficace…
  • Un best-of de la franchise…
  • Une impression de vraie finalité…

LES – :

  • Un méchant un peu kitch.
  • Une histoire gâchée par des moments ou dialogues un peu gros (la scène de la rechute de Magnéto vers le côté obscur prouve que le ridicule tue).
  • Un best of pas loin du pur fan service.
  • L’impression de finalité est sabordée par l’inévitable scène post-générique.
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Critique expresse : The Nice Guys « Kiffe Kiffe Bang Bang »

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The Nice GuysIl y a beaucoup à dire sur The Nice Guys, le dernier effort de Shane Black, revenu à ses premières amours après avoir flirté avec le hors sujet chez Marvel (pour Iron Man 3, pas mauvais en tant que tel mais singeant son travail plus qu’autre chose). Pour ceux que le parallèle avec l’actualité américaine ennuie, on va se permettre de zapper et aller à l’essentiel : on se fend bien la pêche.

A plus d’un égard, The Nice Guys est un pot-pourri de la formule Shane Black. L’auteur verse tour à tour dans l’auto citation (avec son duo de losers magnifiques dans la lignée du Dernier Samaritain), le détournement (le plongeon dans la piscine de L’Arme Fatale 2 est délicieusement parodié) et la simple régurgitation (enquête sinueuse avec narration de film noir, pimentée par des dialogues hilarants). Changement de contexte mis à part (le film se déroule à la fin des seventies), on retrouve le plaisir jubilatoire qu’on avait à suivre le duo de Kiss Kiss Bang Bang, à l’époque Robert Downey Jr et Val Kilmer, et pour cause : c’est la même formule. Hollywood, le milieu du cinéma (ici porno), un trio improbable (un détective privé, un aspirant au titre et une jeune fille liée à l’un d’eux), le meurtre mystérieux d’une demoiselle, un duo de tueurs atypiques, des soirées coke, des situations absurdement drôles… Seule la conclusion moins magique que celle de KKBB fera preuve d’un cynisme surprenant mais pas tant dérangeant.

The Nice Guys, c’est… nice

Il faut avouer aussi que, au même titre que les chefs-d’œuvre précédents attribués au réalisateur d’Iron Man 3, le casting de The Nice Guys envoie du bois, surtout ses deux formidables contre-emplois : Ryan Gosling, qui malgré son éternelle paralysie faciale semble plus expressif que jamais, et Russell Crowe, énorme au sens propre comme au figuré (rassurez-moi : c’est une prothèse, hein ?). Si vous aimez les comédies noires et les duos imparables, foncez. En ces temps moroses de super héros en pleine crise existentielle, l’espace d’un film hors du temps, ça fait du bien de rire de tout.

LES + :

  • Casting impayable.
  • Ambiance groovy.

LES – :

  • Un léger sentiment de redite dans la filmo de Shane Black.
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Critique expresse : Les Visiteurs 3, La Révolution « Hourra ! C’est encore plus merdique ! »

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Après un gros cliffhanger à la fin des Visiteurs 2 – Les Couloirs du Temps en 1998 (Les Visiteurs en Amérique n’étant qu’un gros sketch à part), on aurait pu s’attendre à ce que la franchise évolue rapidement et de manière intéressante, nos deux compères Godefroy et Jacquouille ayant atterri par erreur en pleine révolution française. Au lieu de cela, il nous fallut attendre vingt ans, ou plutôt revenir de plus de deux cents ans en arrière (surtout en matière de cinéma). Malgré ce gros bond dans le temps, Les Visiteurs 3, La Révolution débute directement après les événements du précédent. Pas d’inquiétude : le vieillissement sinistre des héros est rapidement expliqué par une malédiction due à leur voyage prolongé.

Cette fierté nationale a eu bien raison de ne pas se montrer à la presse ! Les dix premières minutes accumulent toutes les erreurs possibles en termes de mise en place (lents textes déroulants ou fixes résumant l’intrigue et le contexte de l’époque), de mise en scène (transitions et coupes douteuses) et de continuité (d’un coup, l’Enchanteur a une fille qui peut parler à nos héros à travers le temps). Nos régions ont du talent, mais ce serait bien de le montrer, des fois ! Rien ne fonctionne.

Les Visiteurs 3 La Revolution

Le casting ?

Malgré les stars invitées (Dubosc, Lutz…) et de bonnes têtes injustement traitées (Pascal Nzonzi et la polémique de l’affiche), Clavier rejoue un gros Jacquouille demeuré et sans nuance, tandis que Jean Reno traverse le film avec l’œil éteint et la répartie limitée (« Certes… »).

Les décors ?

Ben, c’est la révolution. Le film d’époque. Nos chaines télé ne manquent pas d’ustensiles. Et à l’écran, ça donne quoi ? Mise en scène statique, montage à la serpe… Pas de doute, on regarde la télé. Celle d’il y a vingt ans.

L’intrigue de Les Visiteurs 3, La Révolution ?

On avait l’occasion de revenir sur une période décisive, intéressante et trouble de notre histoire, faire la mise en abîme du présent, évoquer l’évolution des préjugés… mais tout ça on s’en tape. Les figures historiques ? Des caricatures sans relief. Les enjeux ? Du vent. Godefroy jure de remettre le roi sur le trône (Montjoie !), mais laisse béton complètement à mi-film (imaginez Les Dents de la Mer, si aux trois quarts, quelqu’un disait : « On laisse tomber le requin et on va boire une mousse ? »). Les Visiteurs n’ont fait que passer dans le passé sans que rien ne se soit passé.

L’humour ?

Si vous aimez la merde, vous allez être servi. Robespierre fait caca, Jacquouille pète, Godefroy pue de la gueule et le boudin constipe. Voilà pour l’essentiel.

On veut bien croire que l’envie a été le seul moteur pour faire Les Visiteurs 3, La Révolution (surtout celle de se faire du fric), mais l’indécence a vraiment des limites ! C’est d’autant plus dommage que le périple s’achève au moment où cela devient curieusement intéressant et prometteur : Godefroy enfin réveillé jure de reprendre Montmirail des mains de… l’envahisseur nazi. Si cette fois, il tient ses promesses (ainsi que l’équipe du film), peut-être oubliera-t-on volontiers cette catastrophe qu’a été la révolution…

LES + :

  • Euuuuuuuuuuuuuuuuh… Sylvie Testud, qui s’en sort mieux que les autres, peut-être ?

LES – :

  • TOUT !
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Critique expresse : Gods of Egypt « God of War IV »

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Gods of EgyptSi on a du mal à croire qu’il s’agit d’un film d’Alex Proyas (The Crow, Dark City), Gods of Egypt ne vaut pourtant pas tant de haine. Avec ses personnages et son récit archi balisés, sa niaiserie dépassée quasi écœurante, et ses délires mythologiques premier degré totalement assumés, j’ai eu le sentiment de voir un dessin animé Disney tourné en live (et non un de ces films adaptés de classiques dont la firme aux oreilles nous abreuve ces derniers temps). On a jamais vu ça et on ne l’a que trop vu à la fois.

D’autant que « balisé » signifie du coup « compréhensible », beaucoup plus en tout cas qu’un Batman v Superman quant à lui sinistre, beaucoup plus cher, incohérent et je-m’en-foutiste de bout en bout. Et si l’on cherche la comparaison « mythologie moderne contre ancienne : laquelle est la plus massacrée ? », on constate que dans le film de Proyas, les défauts de logique du récit étaient déjà présents dans l’antiquité (quelqu’un m’explique comment emporter du cash dans l’au-delà ?) à l’inverse de ceux du film de Zack Snyder.

En bref, dans Gods of Egypt, les blagues datées niveau CE2 le disputent aux moments de pur WTF (le palais du dieu Râ, la séance de chirurgie de Set ou encore son char volant tiré par des scarabées géants !). De quoi provoquer chez le plus indulgent un sourire continu pendant les deux heures de projection. Le film étant sous distribué dans nos salles, dites-vous que c’est un privilège de pouvoir le mater. Alors pourquoi ne pas essayer ?

LES + :

  • La prestation d’un Gerard Butler en méchant mais fidèle à lui-même, constamment à cheval entre grotesque et charisme.
  • Un univers somme toute fabuleux (décors et CGI).
  • La mythologie égyptienne revisitée.

LES – :

  • L’humour de Gods of Egypt peine à être drôle.
  • Des combats entre méchas humanoïdes volants illisibles, autant à cause de CGI craignos que de cadrages sous cocaïne.
  • La mythologie égyptienne massacrée.
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Critique : 007 SPECTRE « J’ai vu un fantôme »

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Spectre

« LES MORTS SONT VIVANTS. » C’est sur ces mots que débute SPECTRE, la vingt-quatrième aventure de l’agent 007. Or personne n’est plus doué pour mourir et revenir que l’espion favori de la Reine. Avec l’ère Daniel Craig, le mythe est passé par toutes les couleurs de l’arc-en-ciel. Après un nouveau départ audacieux et efficace (Casino Royale, 2006), James Bond a poursuivi une lente remise en place (et en question) de sa légende.

Il fut d’abord malmené au travers d’une suite moderne et dynamique, sabordée par une intrigue obscure et vaine (Quantum of Solace, 2008). Son apprentissage s’était ensuite achevé au terme du lugubre et suranné Skyfall (2012), qui survolait pour la toute première fois l’histoire de la famille de l’espion orphelin, non sans conserver une part de mystère sur ses origines. In fine, James retrouvait le viril M, Miss Moneypenny et Q, sa vraie famille au cinéma. Il était prêt à repartir pour de nouvelles aventures, promises comme de coutume par le message « James Bond reviendra » apparu après le gunbarrel shot placé en fin de métrage, comme pour appuyer un sentiment de loooooongue ouverture en trois films.

Glissement de terrain

Avant SPECTRE, on avait une trilogie certes imparfaite, mais du glissement effectué depuis 2006 émanait une certaine cohérence. D’abord dans la dérive des intentions, quand de réinventer James Bond en prenant de véritables risques, la saga finit par revenir aux fondamentaux du mythe (parfois en risquant les références hors-sujet).

Ensuite dans la permutation des styles, lorsque la modernité froide et lumineuse des débuts céda la place à une esthétique plus nostalgique, donnant entre autres la part belle aux jeux d’ombre et de lumière (sans heureusement sacrifier l’efficacité des scènes d’action). A l’image de son héros nouvellement promu, Bond-Craig cherchait sa place autant dans la saga qu’auprès du public. Le passage d’un artisan efficace (Martin Campbell, déjà à l’œuvre sur GoldenEye) à un cinéaste auteur tel que Sam Mendes (Skyfall) confirmait cette recherche de reconnaissance. Pari gagné. Skyfall fut l’épisode de tous les éloges et le plus grands succès de la franchise. SPECTRE espérait recréer cette réussite, conviant à nouveau Sam Mendes, sa mise en image vintage et ses références toujours plus appuyées à la mythologie bondienne. Un procédé qui avait ses risques.

Dans Skyfall, le nouveau Bond récupérait au garage l’Aston Martin des débuts, celle avec les fusils dans les phares et son bouton d’éjection (au lieu de celle qu’il avait gagnée au poker dans un film antérieur). D’où Diable la sort-il dans le contexte établi depuis Casino Royale ? Jusqu’à présent seul bémol dans la continuité du nouveau cycle, la référence faisait sourire à défaut d’être pertinente. Le constat a changé aujourd’hui quand on voit la réaction générale aux clins d’œil à foison de l’opus de l’année. Avant même de chercher la pertinence ou même la cohérence de son intrigue, SPECTRE donne l’impression de feuilleter un album souvenir de la grande saga bondienne, livrant scène après scène tous les clichés (n’ayons pas peur des mots) inhérents à la série.

Spectre« Vous êtes bluffé ?
– Oui, je suis Blofeld. 
– Et vous êtes bouché, en plus.
– Comment ? »

Give me Moore !

Le tandem Craig/Mendes n’a jamais caché être nostalgique de l’époque Roger Moore, et l’on ne sera pas surpris qu’une bonne partie du film cède au second degré et aux clins d’œil appuyés. Oui mais… à quoi bon quand Sam Mendes en mode « auteur de luxe » livre un produit sur-esthétisé où chaque scène, chaque plan aux décors luxuriants distille une ambiance sombre, sérieuse, déprimante, à l’image du film précédent qui en revanche ne s’encombrait pas de fan service. Nostalgie d’un réalisateur trop amoureux du passé ou volonté écrasante des producteurs de servir la soupe à un public qu’ils imaginent friand de références bon marché ? Un peu des deux, sans doute.

Toujours est-il que SPECTRE en fait les frais, citant frénétiquement toutes les grandes scènes ou idées de la série depuis ses débuts, échouant du même coup à les réinventer et/ou à les rendre excitantes à nouveau. D’une ouverture over-the-top digne de GoldenEye (réaliste, quoi) jusqu’à une bagarre à bord d’un train de luxe (la routine) avec un tueur héritier des grands balèzes mythiques (et mutiques), Bond infiltre des réunions secrètes impliquant curieusement beaucoup de figurants, il fait parler les femmes en échange d’un orgasme (Monica Bellucci s’est fait avoir), il abat une armée en marchant fusil à bout de bras (Brosnan, sors de ce corps !), et enfin il déjoue les plans tout sauf choquants de sa Némésis, bien sûr après une séance de torture de laquelle il sortira indemne quand la logique (et les explications pointues du méchant) vous convainc que non.

Et encore, on vous a épargné le légendaire mais kitsch costard blanc ou la réflexion d’un Q seul à rire de sa blague méta sur cette p**** d’Aston Martin. Comme conscients que quelque chose leur avait échappé en route, Mendes et sa muse reviennent à la « formule » Skyfall dans une dernière ligne droite plus en phase avec le reste de la cuvée Craig, jouée symboliquement au milieu de ruines. Hélas, cette fin arrive trop tard pour nous laisser un sentiment de complétude.

« Viens avec moi si tu veux vivre ! » Aucune raison de ne pas lui faire confiance…

We meet again… again, Mr Bond !

Et c’est dur de faire abstraction de ces private jokes pour se focaliser sur l’histoire tant elle n’arrive jamais à captiver. Avec des scènes d’action molles et sans imagination (comme une course en voiture de dix minutes à faire des drifts dans les rues vides de Rome), il fallait au moins une histoire forte pour nous tenir éveillés. Pas de bol, le double enjeu pour le monde et pour James ne passionne pas. D’une part à cause de l’indifférence générale quant au passé commun de Bond avec le méchant Blo… euh, Oberhauser (Christoph Waltz, plastifié). Suite à leur premier regard échangé au bout d’une demi-heure, 007 nous assénera qu’il le connaît (c’est bien pour lui) sans que jamais lui ni personne ne suggère pourquoi.

Son ennemi au regard mort révélera finalement le pot aux roses vingt minutes avant la fin, quand le spectateur aura depuis longtemps lâché l’affaire. Quant à la menace que représente Blof…  Oberhauser, elle est autant dans l’ère du temps que déjà totalement frelatée. L’hégémonie sur les moyens de communications et de surveillance est un petit peu le sujet tendance depuis une décennie. Les mots « drones », « Big Brother » ou récemment « post-Snowden », on les entend partout pour vendre n’importe quoi (même le prochain Jason Bourne). Et avouons-le, la surveillance omnipotente est une chose carrément dégueulasse, mais 90% du public qui ira le voir se fichent depuis belle lurette de savoir qui les espionne, puisqu’habitués à l’idée.

Sans réelle menace cachée derrière, on a donc l’impression que le SPECTRE de Blofeld (Oups… Allez, j’arrête, c’est bien lui) ressemble plus à une start-up qu’à une puissante organisation terroriste. Il faut le voir faire visiter ses bureaux d’Afrique hébergeant une armée de redoutables bloggeurs et téléprospecteurs du Mal… Et ce n’est pas en rajoutant un artificiel « C’était moi, James ! » que les choses prennent de l’épaisseur, le lien avec les trois épisodes précédents se faisant on ne peut plus gratuit et facile, sans parler des contradictions que cela entraîne.

SpectreLa nouvelle Aston Martin DB10, le deuxième grand amour de Bond… après la p***** de DB5 qu’on arrête pas de remettre sur le tapis !

Spectre, un film femme-élique

Au milieu de tout ça, Bond est hélas redevenu une brute égoïste sans foi ni loi, ni héros ni antihéros. D’emblée, il est capable de faire s’écrouler un immeuble de cinq étages (et de tuer probablement les occupants) sans s’en émouvoir, préférant les bons mots et l’indifférence, à laquelle le masque rigide de Daniel Craig sied toujours comme un gant. Il fallait bien une ou deux girls de caractère pour le sauver de la névrose. Malheureusement, les femmes sont tout sauf gâtées ici. Ce n’est peut-être pas un hasard si le générique d’assez mauvais goût incruste les tentacules d’un poulpe fortement numérique autour des silhouettes cambrées des mannequins nues de rigueur. Après Skyfall, qui en était assez dépourvu, on nous donne cette fois à admirer le croisement douteux entre un clip de Mylène Farmer et un générique d’anime japonais cochon !

La débandade (hem) se poursuit avec le caméo express de Monica Bellucci, vulgarisée et instrumentalisée jusqu’à l’insulte (dans la grande tradition de la série, elle informe Bond en échange d’une bonne b****). Mais dès qu’intervient le personnage joué par Léa Seydoux, les rapports amoureux de notre héros entament un déclin irrattrapable. Si l’on passe outre mon manque de conviction initial vis-à-vis de l’actrice (renforcé par une fierté nationale abusive étalée par tous les tabloïds), Madeleine Swann peine à convaincre. Elle a beau être une psy, ses échanges avec Bond ne semblent jamais profonds ni pertinents. C’est normal, remarquez : elle ne doit pas être bien finaude pour accepter de le suivre après qu’il lui ait assuré qu’elle serait plus en sécurité avec lui. On se demande comment le chaud lapin crétin a réussi à la convaincre, alors que juste avant il a failli l’aplatir trois fois d’affilée avec son avion.

Sans aucune alchimie entre les deux comédiens, leur rapport évolue de la défiance polie à un amour réciproque et sans faille. Nulle doute que tous les quadras dans la salle auront la larme à l’œil en voyant Bond et sa promise de vingt ans de moins s’éloigner main dans la main… Mais est-ce romantique ou dérangeant ?

Bois un petit coup, Seydoux…

Bond débarras ?

Quand SPECTRE se termine, on a le sentiment que les aventures de James Bond se sont bel et bien achevées. Peut-être le nom de son héroïne, Madeleine Swann, était-il un avertissement en soi : à la fois plaisir coupable mais chant du cygne de la carrière de l’espion, finissant par se ranger après avoir réglé ses problèmes personnels et professionnels. Il n’empêche que dans cette vie, la résurrection de son plus grand ennemi est un pétard aussi mouillé que celui du Syndicat dans Mission : Impossible – Rogue Nation. A ceci près que contrairement au dernier 007, les aventures d’Ethan Hunt injectaient une énergie et un savoir-faire dans l’action manquant cruellement à l’équipe de Sam Mendes, laquelle s’obstine à vivre dans le passé.

SPECTRE se perd dans une citation lourdingue et trop fastueuse, due à un réalisateur et/ou des producteurs trop peureux de foirer leur coup. Ce vingt-quatrième film a certes coûté plus cher qu’un Marvel (une honte), il est plus soigné et plus beau que Skyfall, il n’est pas plus idiot… Il est en revanche beaucoup moins osé, ses meilleures promesses ayant été trahies par un abus de fan service et un casting mal exploité, tous deux appuyés par une communication comme toujours tonitruante. La saga étant devenue en dix ans un événement aussi attendu que les Avengers et Star Wars, il était normal qu’elle suive le même déclin. Beaucoup de bruit pour rien, comme on dit. Mais vous savez ce qu’on dit d’autre… JAMES BOND REVIENDRA.

Spectre« Tadah, tadaaah… TADA-DAAAAAH ! »

LES + :

  • SPECTRE est très beau.

LES – :

  • L’incompatibilité du style (pompeux et sombre) avec la réexploitation des pires clichés bondiens (second degré des dialogues, action invraisemblable, enquête et romance bateau).
  • La longue pub friquée de produits friqués que 97 % du public ne pourra pas se payer.
  • Ils ont gâché Christoph Waltz.
  • Ils ont gâché Dave Bautista.
  • Ils ont gâché ce mec qui joue Moriarty dans Sherlock.
  • Ils ont gâché Monica Bellucci.
  • Léa Seydoux (non, ils ne l’ont pas gâchée, elle est là, c’est tout).
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Critique : Le Transporteur, Héritage « Le transport tueur »

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Dans Le Transporteur : Héritage, Frank Martin begins ! Ou pas. Dans ce reboot contant soi-disant les débuts du personnage jadis interprété par Jason Statham, le Transporteur (Ed Skrein) et son père ex-agent secret (Ray Stevenson) sont embarqués par un quatuor de donzelles dans leur vendetta personnelle contre leur employeur, un proxénète sans peur du nom de Karasov (Radivoje Bukvic). Bien sûr, les règles strictes auxquelles obéit le coincé du volant vont être sérieusement malmenées. Le hic, c’est que dans cette relance de la franchise, le héros titre est constamment effacé au profit du jeu de hanches de ses clientes, de la participation incongrue de son paternel et du démon du placement de produit. On s’y attendait, cette héritage ne va pas nous transporter.

Rappel des règles

Jason Statham n’a pas de pot. Star incontestée de l’action du nouveau millénaire, il n’a jamais eu la chance d’atteindre le niveau d’excellence d’un Bruce Willis ou d’un Stallone de l’époque (bien qu’il les côtoie aujourd’hui dans la trilogie Expendables). Il a tout de même eu le droit à sa franchise à lui, improbable et assez boiteuse : Le Transporteur. Artistiquement entre deux eaux (nanar et divertissement correct), elle a au moins révélé et consacré leur acteur, mais également les réalisateurs Louis Leterrier (technicien doué et prometteur alors) et Olivier Mégaton (tout le contraire).

A ma connaissance, aucune autre série ne définit aussi bien le terme « véhicule » (ha !). Si chaque suite aurait été l’occasion de corriger le tir du film précédent, il n’en fut rien. Écrit par des enfants en bas âge et doté d’effets, hem, spéciaux, chaque opus n’était que le prétexte à son acteur phare pour enchaîner les scènes de baston hallucinantes, torse nu et chorégraphiées par le grand Corey Yuen himself (le Transporteur conduit aussi, à l’occasion…). Plus musclé que Ken Le Survivant et doté d’un charisme à faire s’évanouir celui qui le regarderait de travers, Statham faisait son show, il était l’attraction principale de produits qui ne banquaient que sur sa présence, un peu comme les Taken avec Liam Neeson (à la différence que Jason faisait vraiment ce pour quoi on le payait). Depuis, Statham est parti, n’ayant plus besoin de Frank Martin pour faire ce qui lui plaît, enchaînant d’autres projets mouvementés et souvent tout aussi bancals. Mais ceci est une autre histoire…

Une série télé était ensuite passée par là, histoire de donner une seconde chance au personnage (incarné cette fois par Chris Vance), hélas sans grand succès malgré des qualités manifestes et un potentiel toujours sensible. Après l’annonce de ce reboot improbable, l’angoisse était grande quant à savoir si la saga allait se réinventer et/ou si le remplaçant allait au moins faire l’affaire. D’autant que l’abominable Taken 3 était passé par là, confirmant le statut de voleur de la société Europa Corp.

Règle n° 1 : ne pas briser les règles

Relance oblige, Le Transporteur : Héritage se sent forcé de recycler des scènes, plans ou même simplement idées rendues relativement cultes par les opus précédents (ne manque qu’une empoignade virile dans une mare d’huile). Exemple : ce générique/introduction/signature dans un parking souterrain, cumulant les premières minutes des opus 1 et 2. La caméra en profite pour faire le tour de la nouvelle Audi rutilante et tout automatisée du Transporteur, avant que celui-ci castagne des malfrats dans la plus totale indifférence (tant la sienne que la nôtre). Quelle volonté étrange d’assurer la continuité d’une saga qui ne demandait pourtant qu’à repartir du bon pied ici, en nous racontant la jeunesse de son chauffeur/videur professionnel.

Malheureusement, le pauvre Frank Martin n’a jamais été aussi accessoire que dans cette nouvelle aventure. La faute à un choix plus que douteux de la part des auteurs de la chose : ne rien changer. A l’instar d’un Casino Royale, qui nous racontait les débuts de James Bond en tant que 007 mais en aucun cas comment il était devenu digne d’un permis de tuer, Le Transporteur : Héritage (titre absurde) met en scène son héros alors qu’il s’est déjà forgé une réputation dans le milieu. Au lieu d’assister aux prémices du personnage, à la transformation de ce jeune soldat badass et engagé en un livreur de luxe coincé et endimanché, le voilà déjà comme tel, sous-entendant à peine dans des dialogues peu convaincants les raisons de son changement de carrière.

Règle n°2 : oublier Frank Martin

A l’instar de leur personnage phare, les géniteurs du film ont préféré ne pas violer les règles. Même s’il a fait peau neuve, le Transporteur restera ici tel qu’il est, inaltérable et imbattable, et du coup incapable de susciter inquiétude ou empathie. Malgré le potentiel d’un personnage au croisement de James Bond et Jason Bourne, le renouveau salvateur de la saga ne viendra pas. Et si Ed Skrein fait sa grosse voix pour nous rappeler Jason Statham, il n’en a ni le physique de spartiate ni le charisme écrasant.

Au lieu d’un véritable reboot avec Le Transporteur : Héritage, ce sont les acolytes de Frank qui se montrent entreprenants, déterminant à sa place la direction du récit. Davantage que Mad Max (mais sans le talent pour faire passer la pilule), Frank Martin n’est pas qu’un simple sidekick dans l’histoire, mais carrément un ustensile, un pigeon obligé jusque dans la dernière bobine de jouer l’homme à tout faire pour ces dames, étant donné qu’elles menacent la vie de son paternel. Comble du malheur, Papa embrassera vite la cause (et bien plus) de ces demoiselles. Il jouera même à nouveau les espions dans des situations où il semblera prendre bien plus de risques et de plaisir que son rejeton.

Heureusement que Ray Stevenson, plus cool qu’un François Berléand, apporte à ce personnage la touche sympathique qui manque cruellement à son pseudo fils. Entre ces « nouvelles Mousquetaires » sexy et manipulatrices jusqu’au bout et ce James Bond retraité au charme certes usé mais encore efficace, Frank n’a aucun relief et se contente de suivre les flèches et péter des nez jusqu’au jalon suivant. On l’a connu plus entreprenant par le passé.

Règle n°  3 : ne pas faire de vagues

Mais qu’importe puisqu’on est venu voir un film d’action. Il y aurait de quoi avoir peur vu ce qu’était devenu la dernière franchise facile de la boîte à Besson (Taken 3, summum du racket). Avouons avec un soupir de soulagement que Le Transporteur : Héritage se regarde plus volontiers que la bouillie dégueulasse d’Olivier Mégaton (dont le meilleur film reste curieusement… Le Transporteur 3). Intrigue vaguement recherchée, poursuites vaguement inventives, bastons vaguement emballantes… Du coup, ce film vaguement regardable du fait d’un découpage et d’une photographie pas dégueu s’avère vaguement divertissant parfois. Même les tics les plus déplorables des productions Besson semblent avoir été calmés, les femmes semblant traitées de façon vaguement moins racoleuse…

Le Transporteur : Héritage, bilan technique

En résumé, à l’image d’Ed Skrein dans les chaussures de Jason Statham, Le Transporteur : Héritage n’est ni bon ni mauvais. Il a au moins le mérite de n’être pas du niveau de purges telles que Die Hard 5 et Taken 3 (tueurs de franchises et bouses artistiques). Le film assure vaguement le spectacle sans jamais surprendre ni emballer, mais sans non plus inspirer la honte intégrale à celui qui le verra.

Quand les ralentis sur voitures et inserts de smartphones ne ressemblent pas à des micro coupures pub pour Audi et Apple, ça roule et ça cogne suivant le fil rouge habituel du genre. Le spectacle ne suscite pourtant aucun intérêt, le héros complètement largué ne faisant que rebondir sur les prétextes qu’on lui donne. Le projet promettait la mise à niveau du concept et du personnage, il ne remet hélas pas les compteurs à zéro. Peut-être que le Transporteur aurait passé avec succès le contrôle technique si la franchise avait changé de garagiste…

LES + :

  • Bizarrement, moins naze que les précédents (pas plus, en tout cas).
  • Ray Stevenson est un personnage plutôt cool. Ils auraient dû faire le film sur lui.

LES – :

  • On se foule toujours pas trop, chez EuropaCorp.
  • Aucune origin story explorée (ni aucun héritage d’ailleurs, merci la traduction racoleuse).
  • Les clichés maison sur les femmes et le monde criminel ont toujours la peau dure.