Critique expresse : Suicide Squad “NON.”

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Les pires criminels du monde, dont Harley Quinn (Margot Robbie) et Deadshot (Will Smith), s’associent pour forcer le siège de Midway City et empêcher une sorcière surpuissante de détruire le monde. Et y a aussi le Joker quelque part et… oh, et puis zut. J’ai déjà pas envie de continuer.

Je dis « non » car ce n’est pas possible d’en arriver là. Je dis « non » car je suis un cinéphile mécontent. Je dis « non » car je suis un consommateur mécontent. Je dis « non » car je suis un être humain doué de sensibilité mécontent. Ce film ne devrait pas exister. Avant l’écriture de son scénario, l’idée de son existence était pourtant excitante et parfaite avec la progression désirée pour le DCEU (trancher avec Marvel et se montrer plus mature, en phase avec notre époque trouble).

Oubliez

C’est oublier que c’est une grosse machine de studios et que les studios sont des couilles molles. Oublier que les retours sur Batman v Superman avaient été terriblement douloureux pour eux, alors qu’une liberté artistique presque totale avait été accordée Dieu sait pourquoi à son réalisateur. Une leçon sur la non supervision que DC Warner a apprise à ses dépens, et qu’elle n’allait pas laisser se reproduire si près de la sortie de son deuxième blockbuster, Suicide Squad, rien moins que le rassemblement de la pire chienlit de l’univers DC comics. Surtout qu’après Zack Snyder, le scénariste-réalisateur David Ayer était un choix aussi suicidaire que le responsable de Sucker Punch.

Quand un studio lâche autant d’argent pour une machine pareille, puis presque autant pendant un an pour sa promo schizophrène, puis encore un peu plus pour en retourner des scènes et effectuer deux montages différents, rien ne va plus. Ni dans l’industrie ni dans « l’art » de faire du cinéma, ou même de raconter des histoires. Les histoires de qui ? Sur quels personnages ? Dans quel but ? Avec quels moyens ?

Rincez

On avait l’espoir insensé de suivre le parcours d’une véritable team de salopards, un mix entre New York 1997 (qu’il pille effrontément) et Les Douze Salopards, justement. Puis Batman v Superman sortit et la donne fut changée.

Si Suicide Squad avait été un film indé ou même une moyenne production, probablement que Deadshot n’aurait pas été Will Smith en train de faire du Will Smith, mais le genre de mec à tuer sa fille pour arriver à ses fins. Sûrement que Killer Croc aurait mordu quelques jugulaires ou que Boomerang ne trimbalerait pas une licorne en peluche sous son manteau. Probablement encore que Harley Quinn ne vivrait pas une amourette aussi « meugnonne » avec sa racaille de Joker (par ailleurs complètement sous exploité).

La squad ne combattrait pas des armées de zombies en CGI à têtes de fientes et n’échangerait pas des blagues a priori incompatibles avec le contexte. On nous épargnerait aussi des tirades sur la famille et l’amitié complètement à côté de la plaque. Le montage du film aurait sûrement été moins bordélique, le final ne se transformerait pas en une parodie à peine déguisée du climax de S.O.S. Fantômes (l’original de 1984), et la scène post-générique avec Batfleck ne nous vendrait pas inutilement Justice League, alors que tout le monde l’attend déjà. Tout juste peut-on réagir à un sexisme appuyé, mais malheureusement pas assumé, le traitement des personnages féminins (Harley Quinn en tête) semblant tenir davantage de la maladresse ou du mauvais goût que d’autre chose.

La Suicide squad : un nom approprié

Quant à prendre la défense de David Ayer, depuis l’ignoble Sabotage avec Schwarzy, j’ai tendance à me méfier du monsieur. On lui doit sans doute l’idée d’un Joker pimp, façon « racaille des banlieues + Scarface + Priscilla, folle du désert ». Mais vu les courtes apparitions de Jared Leto tout au long de l’histoire, on imagine que c’est tout ce qui reste de sa vision initiale. De fait, après Batman v Superman, dont la version longue approuvée par Zack Snyder vient de sortir en bluray, beaucoup fantasment ou prient déjà pour voir Suicide Squad remonté tel qu’il était conçu à l’origine (avec bien des scènes oubliées impliquant le Joker d’ailleurs). Oubliez déjà.

A l’instar de BvS, on imagine que les défauts de raisonnement et de conception ne seraient toujours pas corrigés. Et même si c’était le cas, je ne sais pas pour vous, mais Bibi en a marre de payer sa place au prix coûtant pour un produit même pas fini, pour lequel il devra repayer six mois plus tard la mise jour. Apple, Sony, et maintenant DC Warner… Perso, les grosses compagnies aujourd’hui me paraissent bien plus malfaisantes que les méchants de pacotille et rincés à l’eau tiède de Suicide Squad.

LES + :

  • Si on aime, y a Will Smith qui fait du Will Smith.
  • Pour les pervers, voir Margot Robbie en mode p***, peut-être ?
  • Un Joker différent.
  • Une BO “best-of” qui n’arrête jamais d’enchaîner des tubes des cinquante dernières années. Suicide Squad est peut-être le premier blockbuster vous invitant de lui-même à l’apprécier les yeux fermés.

LES – :

  • Will Smith n’est pas Deadshot. C’est Will Smith.
  • Un sexisme embarrassant.
  • Un Joker trop différent et très absent.
  • Un montage foutraque.

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