Publié le Laisser un commentaire

Critique : Ghost in the Shell « Major disaster »

gits-alaune

ghost in the shellMira aka Major est un cyborg, un cerveau humain dans un corps entièrement robotique, « la première de sa génération » dixit Hanka corporation, la boîte à qui elle doit la vie. Mira n’a aucun souvenir de son passé mais puisque le Dr Ouelet (Juliette Binoche) lui a sauvé la peau, elle laisse couler. Un an après avoir intégré la Section 9, dont on ne saura rien de plus, elle et son coéquipier Batou (Pilou Asbæk) vont croiser le chemin de Kuze, un pirate informatique en guerre contre Hanka. Mais Major a peut-être plus de points communs avec Kuze qu’elle l’imagine. Sa quête va alors titiller son « ghost », l’autre nom cool du futur pour l’âme, et révéler des secrets bien enfouis sur son propre passé…

Re-Ghost in the shell

En matière de cyber SF, le film Ghost in the Shell de Mamoru Oshii, sorti en 1995, se pose autant que Blade Runner, à tel point que le premier est considéré trop facilement comme étant le pendant japonais du second. Ce qui compte, c’est que ce sont deux œuvres esthétisantes et brillantes, des choses cultes et sacrées auxquelles, logiquement, on ne devrait pas toucher.

Mais aujourd’hui, il faut croire que c’est précisément ça qui fait vendre à Hollywood, avec les ressorties bluray. Alors que la suite du film de Scott est attendue au tournant, puisque menée par le très bien choisi Dennis Villeneuve (Premier Contact, Sicario), Ghost in the Shell sort aujourd’hui avec aux manettes Rupert Sanders, probablement très bien choisi aussi puisqu’il a réalisé Blanche-Neige et le Chasseur (hem).

ghost in the shell

Mener en Batou

Bien sûr, Rupert Sanders est « un grand fan, avec un profond respect de l’univers et une compréhension totale des personnages et des enjeux et bla et bla et bla ». Le discours promo, on le connaît depuis quinze ans. La transposition littérale d’un univers, peut conserver sa richesse visuelle, ça ne garantit pas le reste. On a l’impression que les réalisateurs d’aujourd’hui, publicité forcée mise à part, n’ont pour seule façon de nourrir leur « vision » d’auteur que d’en parler partout, histoire de se valoriser. Messieurs, je sais que faire un film de studio, c’est une gageure. Mais des centaines d’autres l’ont fait avant vous. Alors faites d’abord un film admirable, on vous admirera ensuite.

On se doutait depuis le début que Ghost in the Shell aurait une démarche typiquement américaine. Démarche de vulgarisation bien sûr, avec des dialogues servant des idées ou pistes de réflexion faciles sans les explorer (« Ce sont nos actes qui nous définissent. », « Je ne suis pas humaine – Bien sûr que si. » etc.).

On peut reprocher à l’anime original d’être bavard, il était atmosphérique. Chaque scène de parlotte entre ses protagonistes baignait dans une ambiance éthérée, surréaliste, portée par la musique aérienne de Kenji Kawaii (remplacé par Clint Mansell en état de coma). Bref, c’était fascinant d’écouter ces personnages philosopher. Pour le reste, on arrivait à suivre, grâce à un minimalisme et une linéarité exemplaires.

Brainwashing

Mais Ghost in the Shell avec Scarlett Johansson (white bashing : hors-sujet) se veut le fer de lance pour une franchise de SF et un divertissement spectaculaire, mais pas trop quand même. Pour ne pas être « couillon », il place des idées sur la condition humaine et son devenir, dans un futur cyber amélioré. Des questions si actuelles, en fait, que la vie de tous les jours nous donne plus à cogiter que cela. Les dialogues bien bateau enfoncent des portes ouvertes, et la mise en scène confond la contemplation chez Oshii avec de la simple platitude (une comparaison très parlante est la discussion qu’entretient le Major et son équipier sur leur bateau).

En effet, la chose sur laquelle Sanders a le plus apporté de soin est la recréation visuelle du monde de Ghost in the Shell, ses décors, ses lieux emblématiques, ses personnages (presque tous occidentalisés). En revanche son scénario, véritable mash-up des animés (très bonne série télé incluse), reprend un peu tout pour ne rien dire. Son intrigue aux coupes et incohérences gênantes n’explore en rien ses questionnements, ni même le fonctionnement de cette société presque dystopique.

Nippon ni mauvais

Ce mutisme intellectuel frappe davantage quand le réalisateur « visionnaire » de cette semaine copie-colle des plans entiers du film de Mamoru Oshii. Dans ces cas-là, Sanders ressemble énormément à un autre sale gosse du blockbuster contemporain : Zack Snyder. Dans son très-riche-mais-ça-se-voit-pas Batman v Superman, ce dernier recopiait sans lien logique des cases entières de ses bédés préférées. Mais le réalisateur de Justice League est si maniaque, dit-on, qu’il s’assure que soit pris en compte le plus minuscule détail sur les accessoires. Même si lesdits ustensiles ne seront pas mis en valeur par sa caméra.

Des plans repris tels quels mais sans raison. Des outils et personnages qui existent mais dont l’existence en soi n’a pas de sens. Sanders comme Snyder ne font que satisfaire leur fantasme de gosse de refaire le travail d’auteurs papier ou cellulose ayant marqué leur imaginaire. Ils s’accaparent un talent qui n’est pas le leur.

Au moins, leur confrère Jordan Vogt-Roberts, réalisateur du récent Kong : Skull Island, ne cherchait pas à cacher son statut d’artisan fan boy, ni à photocopier un travail antérieur. Son propre film était bouffi et sale comme un Big Mac bien gras, mais au lieu de copier une œuvre, il s’inspirait ou rendait hommage à une ambiance, à un esprit pulp bas du front palpable et compréhensible.

ghost in the shell

2D appuyée

Encore pire : il y a comme une absence de cinématographie à faire frémir dans le film de Sanders. Le Cinéma regorge de procédés en tous genres, procédés dont usait et abusait justement le même Vogt-Roberts. On a l’impression que la connaissance du Cinéma de Sanders se limite aux travellings (vertigineux). Autrement, la réalisation de Ghost in the Shell est presque aussi plate que son histoire.

La 3D est certes efficace mais on doute qu’elle handicape à ce point les possibilités de mise en scène. Pourtant, Rupert Sanders opte pour de la pure mise en image. Et si cela devait être encore une fois pour se conformer avec le cadrage « figé » de son modèle animé, on aurait envie de répondre que, justement, l’animation japonaise d’il y a vingt ans devait sérieusement réduire les possibilités.

Ghost in the shell : coquille (sous) vide

Comme on s’en doutait, les arrangements faits dans Ghost in the Shell 2017 concernent uniquement son histoire. Il faut croire qu’il ne savait pas comment se démarquer autrement. Et comme on s’en doutait, elle est brodée de bric-à-brac emprunté aux films et mangas (l’attaque des éboueurs est un grand moment de WTF). Elle troque la politique ambiguë pour un manichéisme primaire (avec la méchante corporation bien cupide comme il faut). Et elle nivelle par le bas quand elle s’écarte des origines, notamment celles du Major si fidèles et traîtres à la fois.

Absence de créativité et/ou de réelle intention. Problèmes de narration. Portée philosophique réduite à peau de zob. Personnages nombreux mais à 90% figuratifs (malgré Takeshi Kitano). Dialogues aussi peu inspirés que les comédiens censés les débiter. S’il constitue un passe-temps correct, il y a bien un fantôme qui dérange dans cette coquille. Celui qu’on n’a de cesse de nous rappeler et d’encenser. Celui que j’ai déjà sur mes étagères et que je ne me lasse pas de regarder. C’est un animé et pour info, il est ressorti en version totalement dépoussiérée.

Moi, rayon ciné, je n’attends plus que Blade Runner 2049, dont la bande-annonce de quelques secondes s’avère mille fois plus atmosphérique que les 1h40 de ce Ghost in the shell qui refuse de vraiment exister.

LES + :

  • Scarlett Johansson joue bien le cyborg…
  • Revoir des plans du film culte d’Oshii en « live 3D full action », c’est péché, mais ça titille quand même…
  • Les efforts visibles pour respecter l’univers…

LES – :

  • Scarlett Johansson joue moins bien l’humain derrière la machine.
  • Eprouver du plaisir devant des scènes qu’on a déjà vues sous prétexte qu’elles sont live, ça reste un péché.
  • Ghost in the shell ne démontre d’aucun effort pour lui donner une identité propre.
Publié le Un commentaire

Critique : Kong, Skull Island « Je me sens très Kong »

kong-alaune

Kong Skull Island1975. La guerre du Vietnam est terminée. Randa (John Goodman), de l’organisation gouvernementale Monarch, embarque pour une mission sur Skull Island dans l’espoir de prouver l’existence de MUTOs, monstres préhistoriques géants susceptibles d’anéantir la race humaine. Flanqué d’une photographe de guerre (Brie Larson), l’équipe de Monarch débarque en hélico avec l’escadron Fox du colonel Packard (El fucking Jackson) et la protection rapprochée de Nathan Drake Conrad (Tom Hiddelston), un ex-SAS aux talents de pisteur. Le temps de dire « clichés ! », ils tombent direct sur un os : un singe hyper géant qui, en bon ermite, n’aime pas qu’on s’invite chez lui. Rapidement décimés et cloués au sol, les Fox vont découvrir que l’île réserve de plus mauvaises surprises que le grand Kong qui les a accueillis…

Kong Skull Island

Pris pour un Kong

J’aurais tellement voulu détester ce film. Cette énième production d’un ixième studio, vouée encore une fois à démarrer un autre univers étendu. Une nouvelle bande-annonce géante avec que des bonnes idées mais aucune bonne intention. C’est vrai, Kong : Skull Island fait partie de cette grande famille. Sauf que voilà, il a sûrement été pondu soit par des sournois ayant appris de quelques unes des erreurs passées, soit par de grands enfants inconscients de ce qu’est le cinéma à la base, et n’ayant rien à fiche de la routine qu’implique ce qu’il convient d’appeler la « formule Marvel ». Un gros défaut qui devient sa première qualité.

Déjà, on a l’impression que Kong nie carrément le Cinéma en tant qu’art. Si le but de l’Art est de susciter des émotions – à défaut de réflexion – dans le cerveau de sa « cible », alors ce film n’en est pas un, malgré ses efforts appuyés et le talent de son équipe technique. C’est vrai : les plans sont beaux. Ils ont de la gueule. Les ralentis claquent. Mais la sur-esthétisation ne provoque aucune des émotions espérées. L’émerveillement, la peur, le doute, même une certaine euphorie, Kong ne génère rien de tout ça.

En revanche, il fait naître petit à petit, via ses repompages perpétuels, un sentiment coupable d’amusement complice. Avec son absence de finesse comme de réelle intention de cinoche au sens noble (raconter une histoire, développer des personnages), Kong : Skull Island se paie l’allure d’une gentille dénonciation, intentionnelle ou non, de la déconnade couillonne qui a ravagé la cervelle d’Hollywood ces quinze dernières années.

Qu’est-ce Kong rigole !

Et c’est à cause de ça que je n’arrive pas à détester ce sale Kong. Difficile de ne pas trouver son compte à un moment ou un autre, dans ce méga mix de pillages cinématographiques (les précédents King Kong, Apocalypse Now), repompes vidéoludiques (références de style à Uncharted, citations de Metal Gear Solid), et influences comics (Jackson rejoue Nick Fury, et le film suinte une ambiance pulp jusque dans sa police de titres). On a franchement l’impression de voir l’adaptation d’une bédé de la fin des seventies, avec scénar bateau, gratuité du contexte (historique) et caractérisation torchée. Et comme les lecteurs de cette littérature de gare, on veut voir du sang, des zolies images et des monstres dans toute leur splendeur, ce sur quoi Skull Island ne déçoit pas.

Par contre, côté casting et dialogues, les clichés employés ne font plus rire, ni pleurer. Derrière le trio composé par Jackson, Hiddelston et Larson (tous en mode « je ne fais que passer »), les forces spéciales ne sont que de la pâtée pour chien, QI assorti. Seules leurs morts sadiques, ironiques, comiques voire gorasses nous importent, le reste ne nous touchant pas une cacahuète. Du coup, le décalage avec le sérieux du traitement génère de grands moments de dérision dignes de Joss Whedon (réalisateur d’Avengers et Avengers l’Ere d’Ultron). On pense à la dernière réplique de Samuel L. Jackson, ou au sacrifice « tragique » d’un soldat, véritable parodie de celui de Predator. Malin ou foiré ? C’est le résultat qui compte, mais on finit par se le demander.

Kong Skull Island

Sauvé par le Kong (Skull Island)

Skull Island est donc un blockbuster graphique, nostalgique, geek et même un poil gonzo. Mais il devient remarquable dans sa manière de dire « f*** you ! Je fais ce que je veux » à son spectateur, sans pour autant l’insulter comme l’ont fait bien des bides récemment.

A l’inverse d’un Zack Snyder, adulte en proie au pulsions déviantes et irréfléchies d’un gosse de cinq ans (et la mauvaise foi qui va avec), Jordan Vogt-Roberts se pose comme un grand enfant qui fait ce qu’il veut et aime, point barre. Pour le comprendre, il faut attendre cette scène finale pendant les crédits de fin, et s’attardant sur un personnage dont on n’a ABSOLUMENT rien à braire. Après l’absence d’émotions citées plus haut, on nous inflige de voir pendant de longues minutes le pépère faire sa vie, puis s’envoyer une binouze, les pieds en croix sur son sofa.

Mais qu’on se rassure : Skull Island se rattrape avec son obligatoire scène post-générique, vendant le match du siècle entre le grand singe et (spoiler). Pour tout ce qu’il a de bon comme de mauvais, Kong est un blockbuster opportuniste moins décevant que Godzilla 2014, moins déprimant que Batman v Superman et beaucoup, beaucoup plus regardable que Suicide Squad. C’est peu dire, mais dans son genre, il fait déjà beaucoup.

LES + :

  • C’est beau.
  • C’est con.
  • C’est geek, nostalgique, comic et un peu sale.
  • Une dérision volontaire ou non plutôt salutaire.

LES – :

  • Un gâchis de bons comédiens.
  • Le contexte historique sans aucune incidence ni portée.
  • Le réalisateur va s’occuper du film Metal Gear Solid et je doute que l’intelligence du matériau lui survive…
  • Pitié, arrêtez avec les univers étendus ! Faites des bons films, puis faites des suites. Comme avant, quoi.
Publié le Laisser un commentaire

Critique expresse : Logan « Wolveriiiiine ! »

logan_alaune
Logan

2029. Les X-Men ne sont plus. Aucun mutant n’est venu au monde en vingt-cinq ans. Logan vieux et malade survit désormais à la frontière mexicaine en tant que chauffeur de limo, afin de payer les soins d’un Professeur X qui a perdu la boule depuis un bail. Malheureusement, une compagnie lugubre à la poursuite d’une jeune mutante de onze ans va bouleverser leur quotidien. La petite a besoin de protection pour rejoindre la frontière canadienne, où se trouverait un Eden pour les enfants comme elle. Et qui mieux que le mythique Wolverine pourrait l’y emmener (presque) saine et sauve ?

On nous avait prévenu : Logan serait le dernier opus de la saga X-Men où le mutant griffu serait joué par Hugh Jackman. C’est tout de même dommage de se dire que c’est vers la fin que la Fox, avec le peu de licences Marvel en sa possession, se met à sortir des sentiers battus. Après un Deadpool provocateur, sale et violent, c’est au tour de son rival Wolverine de casser l’image établie par la marque (et non son image de marque). Sauf que cette fois, c’est du sérieux.

Votre Logan, vous l’aimez bien saignant ?

Tout le monde ou presque est unanime, et à raison : Logan est le meilleur opus de la trilogie dédiée au personnage mais également une promesse tenue, du moins dans sa grande majorité. Attention, hein, le dernier film de James Mangold n’est pas le Citizen Kane des comic book movies, encore moins l’adaptation littérale de la bédé Old Man Logan (déjà très, très glauque). En revanche, il est tout le contraire du précédent essai du réalisateur. Intrigue sans queue ni tête, Japon pour touristes et acrobaties de cirque laissent la place à un monde crépusculaire, une histoire qui file droit et une violence à deux doigts du hardcore (la gamine distribue des gnons autant qu’elle en mange).

Ce film-ci ne fait pas de fioritures ni de concessions : sang qui gicle, membres coupés, hommes, femmes et enfants, personne n’est épargné. Logan est bel et bien classé R, et pas seulement pour se faire de la pub mais pour respecter la bestialité du personnage. Même le Professeur X jure pour la première fois, et il s’en donne à cœur joie !

Autre bonne nouvelle, ce troisième opus signe bien la fin de la saga X-Men dans son ensemble, et il le fait correctement. Alors apprécions cette prise de position et laissons à la Fox le soin de la rebooter à l’envie et n’importe comment, voire de signer, à l’instar de Sony, un deal juteux avec Marvel pour que les mutants se joignent aux Avengers.

Un peu de B avec ça ?

Forcément, la vie n’est pas parfaite. Le rythme est en dents de scie et si l’histoire suit certes un seul chemin, elle emprunte à pas mal de registres. On passe du western traditionnel à Mad Max (le temps d’une chouette poursuite dans le désert), en passant par de gros relents d’Universal Soldier, le tout calé entre deux saynètes en voiture ou autour d’une table façon « cinéma indépendant ». Mais ces moments bienvenus permettent de développer davantage les personnages, même si ces derniers, pas trop caricaturaux, ne cassent pas non plus des briques. Au moins, l’attente entre deux scènes d’action modestes permet d’en décupler l’impact.

Bilan positif donc, tant pour le personnage que pour la série. Et Hugh Jackman s’autorise une sortie en beauté pour un héros qui, pendant dix-sept ans maintenant, lui aura sacrément collé à la peau.

LES + :

  • Logan est tout ce que Wolverine n’a pas su être : sombre, violent et carré.
  • Une conclusion en bonne et due forme.

LES – :

  • Peut-être trop de moments de calme.
Publié le Laisser un commentaire

Critique : Inferno « Un pavé de molles intentions »

Robert Langdon (Tom Hanks), l’expert en symboles qui a découvert le secret de Jésus et sauvé le Vatican, se réveille amnésique dans un hôpital de Florence, une blessure par balle sur la tempe et une jolie infirmière à son chevet, Sienna Brooks (Felicity Jones). Pas le temps de dire « WTF » qu’une gendarme vénère surgit au bout du couloir, dégaine son arme et essaie de le tuer. Sauvé par sa soigneuse, Robert se remet vite d’aplomb et découvre dans sa poche la preuve que Bertrand Zobrist (Ben Foster), un généticien millionnaire, fanatique et très récemment décédé, a programmé une pandémie meurtrière dans les prochaines 24h. Avec la CIA, pardon, l’OMS à ses trousses en plus de l’assassin mystère, Langdon ne fait confiance à personne. En compagnie de Sienna, il va suivre un jeu de piste de Zobrist inspiré de La Divine Comédie de Dante, censé mener jusqu’à la source de la propagation…

En mai dernier, je m’étais gentiment foutu de la gueule de Sony pour avoir diffusé la première bande-annonce d’Inferno en même temps que la sortie méga attendue du jeu vidéo Uncharted 4. Comme si la boite espérait passer sous silence l’arrivée du très peu excitant troisième opus adapté des romans de Dan Brown, après Da Vinci Code et Anges & Démons.

Inferno

La série au cinéma n’a jamais joué de chance. Le premier film (la quête du Saint Graal) était conformiste, paresseux et long, malgré sa réputation sulfureuse. Le second, plus friqué et hypothétiquement nerveux (une poursuite à travers Rome), était mou et rarement surprenant. De plus, les deux adaptations étaient plus frileuses et politiquement rangées que leurs avatars papier. Qui étaient déjà vains à leur façon, puisque simples page turners à défaut de littérature profonde. En bon réal catho et mainstream, Ron Howard avait sans doute un devoir de fadeur envers ses producteurs, mais aussi envers sa religion.

L’Enfer à souder

Ron Howard a eu du bol de gagner un Oscar un jour (pour Un homme d’exception en 2002). Au fil de cette franchise, sa réalisation académique a progressivement changé pour un travail de fonctionnaire. Même pas d’artisan : de fonctionnaire. Ni par le scénario ni par l’image les romans de Dan Brown n’avaient été réinterprétés, repensés par le réalisateur et ses scénaristes. Se reposant énoooormément sur le matériau d’origine, les intrigues de Da Vinci Code et Anges & Démons impliquaient des personnages et situations aux frontières du vraisemblable, même en termes cinématographiques.

064731_b0ecf9dc54354390b8e7a850673b9499-mv2

Malheureusement, les films étaient davantage des transpositions que des adaptations. Celui qui souhaite montrer un assassin albinos en soutane ou un prêtre sautant en parachute doit vraiment se sentir inspiré pour imposer une vision à une masse de spectateurs, quand un lecteur se représente toujours de manière convaincante, puisque personnelle, les trucs les plus absurdes.

[Un livre = mille puissance N représentations],
mais
[un film = une représentation / mille puissance N personnes]

Même avec l’éternelle excuse « tout le monde n’adhérera pas », il faut savoir assumer sa flemme ou son manque d’idées. Ce n’est pas un hasard si Le Symbole Perdu, troisième aventure de Langdon, n’a jamais été tourné : il était inexploitable en l’état. Il aurait fallu le réécrire en profondeur, se réapproprier l’œuvre pour en faire un « vrai » film. Mais comme l’ont démontré les deux premiers essais, le respect aveugle fait foi. Trop contraignant, cet ouvrage fut naturellement oublié sitôt publié le quatrième, Inferno donc.

Inferno

Enfer moins

Voir débouler Inferno n’est pas une surprise, tant il était calibré pour une adaptation « visuelle ». D’abord, l’intrigue était beaucoup plus linéaire et convenue : un point de départ abracadabrantesque à la limite du reboot de Jason Bourne (héros amnésique se réveillant en terre étrangère) et un jeu de piste plus simplet, orchestré par un scientifique mégalo à la lisière des pires James Bond. Le tout enrobé d’une préoccupation scientifique actuelle : la crise de la surpopulation, comparée à l’Enfer de Dante. Certes Ron Howard reprenait du service, mais l’absence de tout rapport à l’Eglise ne pouvait que libérer le tâcheron d’un sacré poids. A l’arrivée, le métrage parvient à surprendre, notamment car il désamorce le peu d’attentes qu’il pouvait susciter, après ce à quoi on avait été habitué.

Comme s’il avait assimilé les critiques qualifiant ses opus précédents de téléfilms friqués, Ron Howard n’a pas revu que son budget à la baisse, mais carrément ses ambitions artistiques. Finis les plans soignés d’Anges & Démons. Durant ses quinze premières minutes au moins, Inferno nous noie sous une caméra portée façon documentaire, un montage méga cut, une police de caractères dégueu, une image en 1:85 (pour l’immersion, diront les menteurs), des flashs sur l’Enfer si laids et déplacés qu’ils en deviennent drôles, et mille effets de style à la minute censés traduire la confusion du héros sorti du coma, mais qui agacent plus qu’autre chose.

Fort heureusement, après une heure de supplice et d’ennui, il est possible de sentir un progrès… dans le fameux renoncement évoqué plus haut.

Inferno

Enfer des caisses

Car le fonctionnaire aux manettes décide enfin d’embrasser sa cause bis, Inferno devenant un authentique thriller du samedi soir. Rétrospectivement, la première heure ressemble à une confession après le faux événement bling-bling qu’avait été Anges & Démons. L’humilité se retrouve dans un style hideux et miteux digne d’un DTV. Sans fard ni gloss, la formule Langdon se déroule avec la mollesse habituelle. Tom Hanks résout, en charmante compagnie, un jeu de piste dissimulant une conspiration. Il trouve le temps de trottiner un peu, puis de s’asseoir beaucoup pour parler, lire, réfléchir…

Mais plus tard, le temps d’une visite à Venise, Ron Howard semble enfin se dire « F*** IT ! ». Le jeu de piste s’essouffle. Les fils de l’intrigue se dénouent. Les révélations s’enchaînent à la queue-leu-leu. Le métrage sort des clous et propose enfin un produit correspondant à une adaptation. Certes, le twist final a été supprimé (pour des raisons anti-climactiques évidentes qu’on ne spoilera pas). Le discours alarmiste sur la surpopulation n’est en rien débattu. La psychologie des personnages et l’ambiguïté de leurs actes sont appauvris (comme Zobrist et Sienna). Mais on connaît depuis deux films les piètres ambitions de la saga. Toujours calée sur les mêmes rails que les livres, elle ne cherche jamais à s’émanciper dans le discours ni dans la narration

Inferno

Repompe d’enfer

Apprécions ainsi la fausse prise de risque d’Inferno. Le film est un Jason Bourne du pauvre, il en reprend donc le style (caméra portée et montage cut). On retrouve aussi les gimmicks (l’OMS est équipée et armée comme la CIA), ainsi qu’une certaine décontraction (le personnage campé par Irrfan Khan est une bouffée d’air frais, avec sa cool attitude et son humour tranchant avec le bouquin et nos habitudes).

Même le personnage de Langdon a un peu changé. Jadis, c’était une huître vide incarnée par un Tom Hanks plus éteint que jamais. Il a maintenant droit à un développement purement fonctionnel mais qui a le mérite d’exister. On parle de sa romance passée avec la cheffe de l’OMS (incarnée par la danoise Sisde Babett Knudsen). Cette liberté par rapport au bouquin permet par ailleurs de justifier plus de choses. POUR UNE FOIS, l’équipe du film suit une voie clairement sienne et inhérente à une adaptation. Cela ne sort pas des sentiers battus, mais on a enfin droit à un film de genre, et pas à un hybride foireux d’influences mal transmises du papier à l’écran.

064731_1e21e874178242e788e1d2d038c06c27-mv2

Inferno, c’est non ?

Inferno abandonne l’ésotérisme pour le thriller d’espionnage, et s’il la joue petit bras, c’est un choix parfaitement assumé. L’événement planétaire Da Vinci Code ne fait plus illusion aujourd’hui, et le troisième rejeton de la famille jouit ainsi d’un budget et une prétention très limités. Cela le sauve, puisque lui conférant les défauts de ses qualités. Ce qu’il perd en identité, il le gagne en appliquant la formule des autres, Bourne en tête.

Mieux vaut ça que rien. Ron Howard n’avait jamais semblé inspiré par le concept initial. Si la saga survit à Inferno, espérons que le cinquième livre (prévu par le romancier pour fin 2017) incitera davantage le réalisateur à explorer une veine « fun ». Sinon, plus rien ne sauvera la série ni lui-même d’un job devenu tristement alimentaire.

LES – :

  • Ce troisième opus ne fait plus aucun effort… de style.
  • Un casting en partie gâché, et des personnages appauvris.
  • Une première moitié qui sent la routine, malgré les visions de l’Enfer du héros. Mais bon, comme elles sont hideuses… Et pas à cause de l’horreur graphique, hein, mais parce que Ron Howard n’a pas su les filmer.

LES + :

  • Ce troisième opus fait enfin un effort… d’écriture.
  • Un casting en partie réussi ou surprenant, Omar Sy est marrant… Hein ? C’est pas une comédie ? Et alors ? Irrfan Kahn est marrant, lui aussi. Dans cette franchise remplie de prêtres en soutanes qui tirent la gueule, ça fait du bien, ça change.
  • Une deuxième moitié plus divertissante, malgré que ce soit au prix de toute originalité. Inferno pille les cadors de l’espionnage comme Jason Bourne, heureusement sans jamais franchir le pas de trop.
Publié le Laisser un commentaire

Critique expresse : Jack Reacher – Never Go Back « I am the (new) low… »

jack-reacher_alaune

064731_43c0e6cdf3604bd494ffc5cc1a41fd71-mv2Jack Reacher (Tom Cruise), le SDF le plus beau gosse du monde, est de passage à Washington pour rencontrer en personne la belle major Turner (Cobie Smulders) avec qui il flirte par téléphone depuis pas mal de temps déjà. Sur place, il est accueilli par un colonel tête-de-con qui lui annonce que sa copine est aux arrêts pour trahison. Sauf que Reacher, l’ex-enquêteur vedette, la légende militaire face à qui tout le monde se prosterne (les femmes) ou se signe (les hommes) flaire l’arnaque. Il décide alors seul contre tous de faire évader Turner, menacée par une poignée de tueurs ineptes. Dans sa fuite en avant, le duo va également embarquer la jeune Sam, une ado tout aussi en danger pour la bonne raison qu’elle est soupçonnée d’être… la fille de Jack. 

You know Jack

Jack Reacher premier du nom, adapté d’un des innombrables romans de Lee Child, avait été une excellente surprise grâce à son statut de petit film aux ambitions en apparence ridicules. En vérité, ce véhicule pour Tom Cruise n’était pas qu’un simple opus pépère et bouche-trou pour l’agenda de la star mais – et on ne s’y attendait pas ! – un vrai polar noir, racé, dans la pure tradition des 70s.

Ah !, la décennie bénie des flics hard boiled et autres vigilantes qui ne croyaient qu’en une seule justice : la leur, heureusement basée sur un sens moral et une implacabilité partagée par le point de vue du spectateur. Jack Reacher vu à travers l’œil avisé de Christopher McQuarrie (depuis consacré artisan de génie avec Mission : Impossible 5), c’était une atmosphère rugueuse et froide, une intro choc et un rythme posé mais soutenu jusqu’à un climax sans excès. Bref, un film juste et sans débordements.

Jack Reacher 2

You know nothing, Jack

Le succès appelant une franchise (but avoué), on se disait que viendrait l’heure de la surenchère. Après le repompage des codes des années soixante-dix, Jack Reacher 2 ne pouvait que sauter à pieds joints dans les réjouissantes années quatre-vingt, avec leurs héros machos, leurs péripéties rocambolesques et leurs punchlines débiles.

Manque de bol, Never Go Back zappe carrément une décennie pourtant taillée pour son héros badass, et plonge tête la première dans la décade suivante. Les nineties sont bien connues pour leur aseptisation plutôt que leur innovation et là, autant dire qu’on est gâtés. Tout, absolument TOUT dans cet opus est l’antithèse de ce qui fonctionnait dans le précédent : intro plate (alors que parmi tous les bouquins de l’auteur, certaines prémices sont beaucoup plus intrigantes), format télévisuel et rythme en dents de scie, pour un final encore moins spectaculaire et prenant que son prédécesseur, déjà vachement minimaliste.

Jack Reacher – Never Go Back : le pire des années 90

Pour ne rien gâcher, des restes mal régurgités des années 90 lui collent encore aux dents : adjonction d’une teenager potentiellement fille du héros, violence PG-13 pour pouvoir emmener ton petit frère, et méchants purement fonctionnels sans caractérisation ni profondeur (sinon que l’homme d’affaires tire la gueule et l’homme de main affirme son kif de torturer et tuer). L’artisan nostalgique et érudit a été remplacé par un yes-man lambda (Edward Zwyck), et ça se voit ! C’est pas absolument médiocre, mais ça n’a rien de transcendant non plus. Interchangez les histoires, et il vaut bien le dernier Jason Bourne.

Jack Reacher 1 était un retour aux sources du genre dans lequel il s’inscrivait, en plus de l’amorce prometteuse d’un nouveau label d’exploitation. Hélas, Jack Reacher – Never Go Back est justement un pur thriller d’exploitation, paresseux et tourné à pas cher, dans la lignée de ce qui se faisait le plus dans le genre il y a un quart de siècle. De fait, et c’est un record, il flingue encore plus vite sa franchise artistiquement parlant que ne l’ont fait Die Hard 4 ou Fast and Furious 7. Mais bon, vu tous les bouquins qu’il reste à adapter, Tom Cruise a au moins trouvé sa voie de garage pour les vingt prochaines années. C’est tout le mal qu’on lui souhaite. Mais en avait-il vraiment besoin ?

LES + :

  • Ça me rappelle les films d’action de mon enfance.

LES – :

  • J’AI GRANDI.
Publié le Laisser un commentaire

Critique expresse : Radin « Donner, c’est se faire voler. »

radin-alaune

RadinSurtout connu pour des polars énergiques et carrés (Pour Elle, A Bout Portant, Mea Culpa), Fred Cavayé nous revient avec une comédie bien franchouillarde. Le genre populaire par excellence + Danny Boon + un argument se résumant à son titre : voilà de quoi nous faire légitimement craindre le pire. Le meilleur (le seul) réalisateur de bons films d’action français se retrouvait-il dans une impasse ou avait-il vraiment envie de faire ce film ?

De son propre aveu, démarcher pour faire ses trois précédents opus n’était pas de tout repos, on ne lui en voudra donc pas, pour une fois, de choisir une apparente « facilité » avec Radin. Facilité de choix à tout le moins, car la comédie est en réalité un genre plus casse-gueule qu’il n’y paraît. Mais l’on connait l’application de Cavayé et son amour d’un cinéma certes de pur divertissement, mais pas con pour autant (il avait refusé Die Hard 5 parce qu’il préfère un cinéma « plus près de ses personnages »).

Radin, pas j’menfoutiste

On ne reconnaît pas trop la patte du réalisateur, malgré quelques touches de style et références ciné (cf. la scène au restaurant). Radin fonctionne selon le canevas attendu : après un ch’ti et un hypercondriaque, Danny Boon incarne à nouveau un complexé grimaçant, François Gautier, dont la radinerie pathologique lui vaut d’être haï par tous. L’arrivée de sa fille biologique insoupçonnée et naïve (elle croit qu’il économise pour une cause humanitaire), ainsi qu’une série de quiproquos qui n’arrivent qu’au cinéma, vont chambouler les habitudes de cet émule de Picsou, et trèèèèèèès légèrement ses convictions. Même si c’est douloureux, François va entrevoir que donner, ça fait parfois du bien.

Le cahier des charges de Radin est rempli, qu’il s’agisse des mimiques du comédien principal comme des rebondissements exploitant à outrance le sujet. Les fourberies et les angoisses de Gautier (il faut le voir confondre son gentil banquier avec un psy), ainsi que les méprises lui sauvant bien souvent la mise, font preuve d’une belle inventivité. A l’inverse, certains dialogues et rebondissements sont forcés et tireront un peu trop la corde de la sensiblerie dans la dernière demi-heure. Mais si notre héros n’était « que » un connard, quel serait l’intérêt ?

Une comédie qui ne se paie pas le public

Si l’on imagine le contexte actuel inspirer son scénario (crise économique, tout ça), Radin ne milite pour aucune cause, n’a pas de vocation ni portée quelconque. A l’image de son réalisateur, il veut juste divertir efficacement son public, sans le prendre pour un imbécile ou une vache à lait. Le produit a du style, l’écriture carrée, l’humour jamais gras ni forcé, le casting motivé (Laurence Arné en tête)… Danny Boon trouve même l’occasion de se montrer plus émouvant que de coutume, notamment lors d’un discours forcé pour un gala de bienfaisance.

C’est bon Fred, la récré est terminée, on s’est bien amusés. Tu reviens jouer avec des flingues, s’il te plaît ?

LES – :

  • Radin est une comédie à thème comme on en a fait (et raté) des paquets.
  • Tout le monde n’aime pas Danny Boon.
  • Je préfère « l’autre » Fred Cavayé.

LES + :

  • Une comédie sauvée par une réalisation nickel et un humour jamais forcé.
  • Si ça remet le pied à l’étrier de Cavayé, je lui pardonne.
Publié le Laisser un commentaire

Critique expresse : Suicide Squad « NON. »

suicidesquad-alaune

064731_0f8e695e5edc4d378e3328367a4936c7-mv2

Les pires criminels du monde, dont Harley Quinn (Margot Robbie) et Deadshot (Will Smith), s’associent pour forcer le siège de Midway City et empêcher une sorcière surpuissante de détruire le monde. Et y a aussi le Joker quelque part et… oh, et puis zut. J’ai déjà pas envie de continuer.

Je dis « non » car ce n’est pas possible d’en arriver là. Je dis « non » car je suis un cinéphile mécontent. Je dis « non » car je suis un consommateur mécontent. Je dis « non » car je suis un être humain doué de sensibilité mécontent. Ce film ne devrait pas exister. Avant l’écriture de son scénario, l’idée de son existence était pourtant excitante et parfaite avec la progression désirée pour le DCEU (trancher avec Marvel et se montrer plus mature, en phase avec notre époque trouble).

Oubliez

C’est oublier que c’est une grosse machine de studios et que les studios sont des couilles molles. Oublier que les retours sur Batman v Superman avaient été terriblement douloureux pour eux, alors qu’une liberté artistique presque totale avait été accordée Dieu sait pourquoi à son réalisateur. Une leçon sur la non-supervision que DC Warner a apprise à ses dépens, et qu’elle n’allait pas laisser se reproduire si près de la sortie de son deuxième blockbuster, Suicide Squad, rien moins que le rassemblement de la pire chienlit de l’univers DC comics. Surtout qu’après Zack Snyder, le scénariste-réalisateur David Ayer était un choix aussi suicidaire que le responsable de Sucker Punch.

Quand un studio lâche autant d’argent pour une machine pareille, puis presque autant pendant un an pour sa promo schizophrène, puis encore un peu plus pour en retourner des scènes et effectuer deux montages différents, rien ne va plus. Ni dans l’industrie ni dans « l’art » de faire du cinéma, ou même de raconter des histoires. Les histoires de qui ? Sur quels personnages ? Dans quel but ? Avec quels moyens ?

Rincez

On avait l’espoir insensé de suivre le parcours d’une véritable team de salopards, un mix entre New York 1997 (qu’il pille effrontément) et Les Douze Salopards, justement. Puis Batman v Superman sortit et la donne fut changée.

Si Suicide Squad avait été un film indé ou même une moyenne production, probablement que Deadshot n’aurait pas été Will Smith en train de faire du Will Smith, mais le genre de mec à tuer sa fille pour arriver à ses fins. Sûrement que Killer Croc aurait mordu quelques jugulaires ou que Boomerang ne trimbalerait pas une licorne en peluche sous son manteau. Probablement encore que Harley Quinn ne vivrait pas une amourette aussi « meugnonne » avec sa racaille de Joker (par ailleurs complètement sous exploité).

La squad ne combattrait pas des armées de zombies en CGI à têtes de fientes et n’échangerait pas des blagues a priori incompatibles avec le contexte. On nous épargnerait aussi des tirades sur la famille et l’amitié complètement à côté de la plaque. Le montage du film aurait sûrement été moins bordélique, le final ne se transformerait pas en une parodie à peine déguisée du climax de S.O.S. Fantômes (l’original de 1984), et la scène post-générique avec Batfleck ne nous vendrait pas inutilement Justice League, alors que tout le monde l’attend déjà. Tout juste peut-on réagir à un sexisme appuyé, mais malheureusement pas assumé, le traitement des personnages féminins (Harley Quinn en tête) semblant tenir davantage de la maladresse ou du mauvais goût que d’autre chose.

La Suicide squad : un nom approprié

Quant à prendre la défense de David Ayer, depuis l’ignoble Sabotage avec Schwarzy, j’ai tendance à me méfier du monsieur. On lui doit sans doute l’idée d’un Joker pimp, façon « racaille des banlieues + Scarface + Priscilla, folle du désert ». Mais vu les courtes apparitions de Jared Leto tout au long de l’histoire, on imagine que c’est tout ce qui reste de sa vision initiale. De fait, après Batman v Superman, dont la version longue approuvée par Zack Snyder vient de sortir en bluray, beaucoup fantasment ou prient déjà pour voir Suicide Squad remonté tel qu’il était conçu à l’origine (avec bien des scènes oubliées impliquant le Joker d’ailleurs). Oubliez déjà.

A l’instar de BvS, on imagine que les défauts de raisonnement et de conception ne seraient toujours pas corrigés. Et même si c’était le cas, je ne sais pas pour vous, mais Bibi en a marre de payer sa place au prix coûtant pour un produit même pas fini, pour lequel il devra repayer six mois plus tard la mise jour. Apple, Sony, et maintenant DC Warner… Perso, les grosses compagnies aujourd’hui me paraissent bien plus malfaisantes que les méchants de pacotille et rincés à l’eau tiède de Suicide Squad.

LES + :

  • Si on aime, y a Will Smith qui fait du Will Smith.
  • Pour les pervers, voir Margot Robbie en mode p***, peut-être ?
  • Un Joker différent.
  • Une BO « best-of » qui n’arrête jamais d’enchaîner des tubes des cinquante dernières années. Suicide Squad est peut-être le premier blockbuster vous invitant de lui-même à l’apprécier les yeux fermés.

LES – :

  • Will Smith n’est pas Deadshot. C’est Will Smith.
  • Un sexisme embarrassant.
  • Un Joker trop différent et très absent.
  • Un montage foutraque.
Publié le Laisser un commentaire

Critique : Jason Bourne « Un film qui ne dépasse jamais les Bourne. »

bourne-alaune

jason bourneJason Bourne (Matt Damon) vit en marge de la société, dix ans après avoir rendu public le programme d’assassins surentraînés auquel il avait appartenu. Pas encore trop en paix dans sa tête, il tente d’oublier ses souvenirs douloureux en participant à des combats clandestins. Mais ses tourments vont s’amplifier quand une vieille connaissance, Nicky Parsons (Julia Stiles), lui apporte des fichiers cryptés volés à la CIA. La jeune femme veut que Jason l’aide à les dévoiler au monde entier, prétendant pour le convaincre avoir découvert sur son passé beaucoup plus de choses que lui ne se rappelle. C’est vrai, Bourne se souvient de son passé. Mais si ce dernier reposait sur un mensonge ?

Il n’était sans doute pas nécessaire de tirer l’ex-espion amnésique de sa retraite des écrans de cinéma. A l’instar de John Rambo à la fin du film éponyme, le héros de Robert Ludlum revisité par Matt Damon et Paul Greengrass avait su boucler sa boucle d’une manière assez juste et avec un impact non négligeable sur le genre action tout entier. Pourtant certaines zones d’ombres demeuraient autour de Jason Bourne, ou plutôt de David Webb : si l’on apprenait comment, on ignorait encore (dans sa version cinéma en tout cas) pourquoi cet homme avait renoncé à son passé pour devenir cette redoutable machine à tuer.

jason bourne

Des origines décevantes pour Jason Bourne

Jason Bourne le film nous éclaire aujourd’hui avec une certaine maladresse, si ce n’est pas carrément du désintérêt de la part des auteurs pour leur héros. Car si le duo Damon-Greengrass avait résisté aux sirènes des studios, prétendant ne pas avoir envie de livrer une suite à moins d’avoir une bonne histoire, ce quatrième opus canonique sonne comme un désaveu malgré ses qualités indéniables, la faute à deux écueils qui, s’ils ne font pas un mauvais film, en font un échec à l’évolution de la franchise après toutes ces années d’attente.

Premier problème : l’intrigue, avec son ambition de porter le héros sur de nouveaux territoires. Actualiser son contexte (émeutes en Grèce, références à Snowden et à la cyber surveillance excessive) ne suffit pas à actualiser Bourne lui-même, même si le film met clairement en avant la confrontation entre anciennes et nouvelles méthodes, vieille et jeune mentalités. Un symbolisme d’ailleurs étonnamment plus présent dans cet opus, et pas seulement dans son casting (Alicia Vikander en jeune louve face au vieux lion Tommy Lee Jones) mais également à travers ces plans sur le Capitole en rénovation et recouvert d’échafaudages.

jason bourne

De la poudre aux yeux

Sauf que le film abuse de magie technologique, avec son jargon à lui et des applications exagérées, presque parodiques, se retournant parfois contre les incohérences de la franchise (on se demande plus que jamais comment Bourne peut passer à ce point inaperçu dans autant de lieux publics). Si la quête des origines était bien le mince fil rouge reliant les opus précédents, elle n’est ici qu’un enjeu secondaire greffé à cette conspiration cyber politique impliquant les magouilles entre l’Agence et un pseudo-Facebook.

Histoire de rendre ceci plus excitant, Damon et Greengrass cette fois au scénario optent curieusement pour des ficelles de pure série B, quitte à mettre en péril la vraisemblance. Ainsi le héros est-il personnellement lié à la création même du programme Treadstone ! Et quelle chance que l’Atout (Vincent Cassel), aux répliques d’ailleurs très peu inspirées, soit si intimement lié au passé de David Webb/Jason Bourne ! Peut-être faut-il y voir une tentative de palier sur le papier à un autre problème : celui d’être le digne rejeton de ses prédécesseurs, malheureusement sans nouveauté formelle à apporter au genre.

jason bourne

Un style qui ne surprend plus

En presque une décennie, ce style « documentaire » aura fait les beaux jours de bien des productions, du blockbuster maousse (dont récemment Captain America : Civil War) aux DTV au rabais tournés en Europe de l’Est. Et s’il semble gagner un peu en lisibilité par rapport à La Vengeance dans la peau, Jason Bourne ne renouvelle jamais la formule. Pire : ses morceaux de bravoure, même si parfaitement découpés, sentent le réchauffé. La poursuite en Grèce est à la fois spectaculaire, tendue et lisible, mais s’inspire de et condense pas moins de quatre scènes clés de la tétralogie (oui, y compris The Bourne Legacy, l’opus décrié de Tony Gilroy). Et après une poursuite motorisée en plein Las Vegas, bien menée mais sans surprise, difficile de s’enthousiasmer pour un règlement de compte entre deux lascars dans un tunnel d’égouts, digne d’un opus vidéo de Jean-Claude Van Damme.

Si la saga ne s’est pas encore franchement égarée (contrairement à d’autres), elle fait aujourd’hui du surplace, même si elle corrige le tir après l’opus de travers avec Jeremy Renner. Il serait peut-être temps soit de s’arrêter, soit de se renouveler, mais cela signifierait injecter un grain de folie et d’inventivité dans la vie de cet anti-héros dont la seule originalité, celle d’être amnésique, lui fait aujourd’hui défaut.

jason bourne

PS

Signe d’une orientation bis prévue de longue date par les producteurs, ajoutons qu’il n’est pas impossible de voir se télescoper la saga et son spin-off. Les fichiers volés par Nicky contiennent en effet les noms des programmes impliqués dans l’aventure Jason Bourne : L’Héritage. A l’heure des cross-over, prequel, reboot et autres versus, la production a probablement déjà sa petite idée quant à comment amener les deux super agents à se rencontrer.

Mais pour une telle entreprise, peut-être qu’il serait temps de passer la barre à un autre metteur en scène. Pour l’anecdote, Justin Lin, réalisateur énergique et inventif des Fast & Furious 3 à 6, avait été approché pour la suite des aventures d’Aaron Cross, jusqu’à finalement partir réaliser le dernier Star Trek – Sans limites. Peut-être un gus de sa trempe insufflerait-il la niaque et le délire manquant cruellement à ce Jason Bourne indéniablement efficace, mais tellement générique…

LES + :

  • Ça n’a pas changé. Les qualités d’origine sont toujours présentes.

LES – :

  • Ça n’a pas changé. Aucune nouveauté n’est à signaler.