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Critique : Child’s play, la poupée du Mal « Réfléchir au vrai sens de la vie »

Childs Play 2019

Child's play 2019Child’s play se déroule dans un futur proche alternatif. Google s’appelle en réalité Kaslan, et ils font toutes sortes de trucs connectés. Des taxis sans chauffeur aux climatiseurs, en passant par la télévision, tout fonctionne en Bluetooth. Y compris la dernière innovation douteuse de la boîte : Buddi, la poupée qui parle, marche, et éventuellement fait tourner votre maison. Mais voilà, parmi toutes ces hideuses petites poupées, l’une d’entre elles déconne. Dépourvue de toute restriction en terme d’apprentissage, de language et de moralité, elle va se retrouver entre les mains d’Andy Barclay (Gabriel Bateman), un ado esseulé récemment privé de père. Si au début, l’amitié avec « Chucky » (Mark Hamill) va très bien se passer, l’adorable chose va vite montrer des signes évidents de psychopathie. Même s’il veut bien faire, Chucky va s’avérer toujours plus possessif envers Andy, et agressif envers ceux qui lui veulent « du mal »…

Il y avait tout à craindre d’un remake de Child’s play de Tom Holland (1988). Surtout que les producteurs annonçaient une réactualisation totale. Chucky serait maintenant une poupée connectée détraquée, au lieu d’un serial killer réincarné dans un jouet inoffensif. Or finalement, tout l’intérêt, et la différence bienvenue, se trouve là.

Child's play 2019

Child’s play : le monde de demain aujourd’hui

Déjà, Child’s play 2019 se montre plus en phase avec notre époque sur-connectée et ses dérives, réelles et potentielles. L’original n’était « que » un slasher de plus. Mais il intronisait pour des décennies à venir une énième figure du Mal aussi délirante que fantastique (après Jason et Freddy, par exemple). Même si elle enfonce un peu des portes ouvertes thématiquement parlant, cette version 2019 injecte quand même du sang neuf à la franchise, à défaut du cinéma en général.

Néanmoins, cette mise en garde fonctionne bien, et encore plus à partir du moment où Chucky gagne en autonomie. Il y acquiert de plus le pouvoir d’accéder au Cloud et de faire dix fois plus de mal à autrui. Mais surtout, cette approche change complètement le caractère et l’évolution du personnage phare. Ce qui nous amène au deuxième point, à savoir la relecture même du rôle que revêt Chucky aux yeux d’Andy dans sa cellule familiale.

Child's play 2019

Contrôle parental

Dans Child’s play 2019, Chucky n’est plus un adulte coincé dans la poupée d’un petit garçon influençable et en manque de figure paternelle. Cette fois, c’est Chucky qui revêt le rôle de l’enfant, remis entre les mains d’un Andy ado, et donc beaucoup plus mature. Or, devenir parent aussi jeune est une lourde responsabilité à laquelle Andy n’est pas préparé.

Même s’il comprend très tôt que sa poupée est différente, il n’hésite pas à exposer son meilleur ami à des mots, des images et des comportements que la poupée n’est pas « en âge » de comprendre. Chucky apprend donc ce que c’est que s’amuser essentiellement via des jeux d’enfants douteux, des films d’horreur et Internet. La première fois que Chucky saisit un couteau « avec de bonnes intentions », il y a de quoi frissonner.

Child's play 2019

Child’s play, slasher artificiel ?

On pourrait croire que le soufflé (et le QI du film) retombe dans la deuxième moitié de Child’s play 2019, quand Chucky devient meurtrier. Surtout que les personnages secondaires sont à peine esquissés. On pense aux amis d’Andy, très peu présents, mais surtout à ce concierge immonde à peine présenté, qui arrive soudain pour relancer l’intrigue de la plus saugrenue des façons. En plus de cela, Chucky obtient l’accès au Cloud. Il possède alors immédiatement des dons de hacker difficilement crédibles. Et il s’en sert à peine dans le face-à-face final, étrangement terne comparé à celui du film d’origine. Dommage.

De son côté, Mark Hamill prête sa voix à Chucky. Dur de succéder à Brad Dourif (le Chucky d’origine), mais aussi de donner une performance différente du Joker de la série animée Batman. Le pari n’est qu’à moitié réussi. Mais malgré son hésitation ou incertitude parfois sensible dans sa voix, rappelons que ce Chucky-ci est comme un enfant cherchant un sens à sa vie. Si suite il y a, l’acteur pourra sûrement se lâcher complètement, pour notre plus grand plaisir.

Child's play 2019

Bêtise intelligente

Cette relance sur les rails du pur slasher est donc moins inspirée que les trente premières minutes de film, efficaces et parfois touchantes. Mais nous sommes en présence d’un slasher à l’ancienne, inspiré par un des représentants du genre. Child’s play 2019 n’a pas oublié qu’il avait le droit, et limite l’obligation par son concept, d’être idiot et amusant. D’autant que le film justifie habilement le comportement de « tueur de cinéma » de Chucky. Sa tendance aux jump scares provient des jeux auxquels il s’est adonné avec Andy. Son goût pour l’horreur grand-guignolesque lui vient des films de Tobe Hooper. Et ses punchlines sont empruntées aux phénomènes Internet (« This is for Tupac, bitch ! »).

Enfin, certes, le film joue fortement avec notre suspension d’incrédulité, pas toujours pour le meilleur. Par exemple, lorsqu’Andy s’obstine à garder le secret sur Chucky après ses premières frasques sanglantes, ou quand sa mère contrariée refuse avec insistance de voir la preuve de ce qu’il avance. Mais dans d’autres cas, Child’s play 2019 se sert de ça comme ressort comique et vecteur de tension. On pense ici fortement au gag du « cadeau » de Chucky, dont les conséquences sont aussi drôles que tendues.

Child's play

« Are we having fun yet ? »

Child’s play 2019 n’est pas parfait. Mais il mérite bien plus de crédit qu’on ne voudrait lui en donner de prime abord. Remake habile, il est conscient de ses racines de pur slasher à l’ancienne (défauts inclus), mais il sait en jouer. Il les justifie même via son argument : un jouet qui apprend, et pas forcément sur le meilleur modèle. Le message sur la responsabilité des parents est au moins aussi fort que celui sur les dangers de la sur-connectivité ou de l’influence du cinéma sur nos chers anges.

Pas besoin de lancer un débat là-dessus. Le film emprunte quand même pas mal de raccourcis et évite d’évoquer à voix haute le problème. Ce nouveau Child’s play est bien ce qu’on espérait : un divertissement sans prise de tête. Mais son propos suffit à faire réfléchir à bien plus de choses qu’il n’y paraît. C’est quand même une prouesse que d’autres remakes du genre (Vendredi 13, Les Griffes de la Nuit) n’ont jamais pu accomplir.

LES + :

  • Un vrai remake, qui fait son propre truc en mettant le passé de côté, et qui le fait bien.
  • La relation entre Andy et Chucky, tantôt touchante, tantôt flippante.
  • La psychologie de Chucky, dont l’évolution crescendo fait parfois réellement frissonner.
  • Une réelle façon de jouer sur les ficelles du film de slasher.
  • Des effets spéciaux, du gore et de l’humour macabre plutôt réussis.

LES – :

  • Des facilités dans le scénario. Des personnages sont à peine esquissés et leurs comportements sont parfois durs à avaler. Les déplacements de Chucky en ville sont esquivés, et le Bluetooth fonctionne partout comme par magie.
  • On sent Mark Hamill encore un peu hésitant dans les baskets de Chucky.
  • Qui fabriquerait une poupée aussi laide ? Et qui l’achèterait ?!
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Critique : X-Men, Dark Phœnix « Retour à la cendre »

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1992. Depuis qu’ils ont enrayé l’Apocalypse dans le film du même nom, les X-Men s’entendent comme cul et chemise avec le président des Etats-Unis. Après qu’une mission spatiale tourne mal, Charles Xavier (James McAvoy) décide d’envoyer ses amis dans l’espace (parce que pourquoi pas) afin de sauver les astronautes. Mais Jean Grey (Sophie Turner) finit par entrer en contact avec cette énième menace nuageuse venue de l’espace (vous savez, après Galactus, Parallax, etc.) et par en absorber la puissance. Résultat : la mutante devient une boule de nerfs incontrôlable aux pouvoirs incommensurables. Mais la mystérieuse Vuk (Jessica Chastain) va tenter de l’attirer dans ses filets pour exploiter son potentiel…

X-Men : Dark Phœnix est donc la nouvelle tentative d’adapter l’arc culte de la bédé X-Men. Cette histoire avait déjà été massacrée par le troisième épisode de la trilogie d’origine en 2006. Mais cette fois, Jean Grey est censée bel et bien se trouver au centre, et non faire joli comme dans le film de Brett Ratner. Sauf que du coup, le montage final du film de Simon Kinberg (dont c’est le premier essai à la réalisation) se concentre peut-être beaucoup trop sur elle au détriment de personnages ou enjeux qui sont depuis archi connus ou arrivés trop tardivement dans la franchise. Mais ce n’est pas forcément la faute du réalisateur.

Le Renard et Marvel

L’histoire de la création du film est assez tordue. Mais elle a le mérite de justifier (et non d’excuser) beaucoup de choses allant de travers. Bien sûr, c’est si tout ce que j’ai appris par-ci par-là est vrai. Initialement, Kinberg devait, semble-t-il, réaliser un diptyque. Mais le budget a dû être réduit, nécessitant de comprimer les enjeux censés s’étaler sur deux films. Ce qui pourrait expliquer pourquoi, après une série entière de films plutôt « terre à terre » (haha), cet opus nous sort et règle son compte un peu trop vite à un envahisseur extra-terrestre.

Puis vient le rachat du studio Fox par Marvel/Disney, et donc la nécessité de clore la saga initiée en 2000. Le but est de permettre à Marvel d’introduire ensuite les X-Men dans le Marvel Cinematic Universe. Enfin, vient Captain Marvel (sorti en mars dernier), dont on prétend que le dernier acte partageait de très grosses ressemblances avec celui de X-Men : Dark Phœnix, effets spéciaux inclus (une nana en feu voltigeant dans la haute atmosphère et combattant des extra-terrestres, par exemple). Du coup, Kinberg a été encore obligé de repenser entièrement le troisième acte + son climax.

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Il manque quelque chose

Au final, X-Men : Dark Phœnix s’en tire plutôt pas mal. Je dirais même que j’ai été séduit de retrouver, pour la dernière fois, ces super-héros. Leurs films ont toujours eu une réalisation et une ambiance écartée quelque peu du cahier des charges de Marvel. Même l’Aquaman de Warner-DC semblait dernièrement sortir du même moule. Malheureusement, cela n’exempt pas le film de gros défauts, reshoots ou pas.

Par exemple, même si j’ai trouvé le film prenant, il manque clairement d’action. Kinberg préfère poser ses personnages et ses enjeux avant son climax et c’est bien. Mais à cause de toutes ces histoires de rachat et de budget, il n’en a visiblement pas le temps (le film dure 1h50). Quant à la menace extra-terrestre, elle sort carrément de nulle part après dix films sans elle. Elle semble même hors sujet, puisque privée de la possibilité de l’exploiter au cours du diptyque prévu initialement. On se retrouve donc avec des cousins des Skrulls de Captain Marvel (encore !) nommés les D’bari. Ces aliens en CGI sont destinés uniquement à se faire rétamer dans un final heureusement distrayant.

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Le navire coule

En visionnant X-Men : Dark Phœnix, qui demeure un film artistiquement propre et bien découpé, on a le sentiment que les rats quittent le navire. On a droit à une ixième excuse bidon pour se débarrasser rapidement de Quicksilver, à une Jennifer Lawrence blasée, à un Michael Fassbender en pilotage automatique, et enfin à une Jessica Chastain qui semble franchement ignorer qui elle joue. Seul James McAvoy a l’opportunité de jouer avec son personnage, devenu brièvement un frimeur mégalo.

Egalement, la continuité peut aller se faire (censuré). Ce n’est pas nouveau, à partir de X-Men : First Class, la saga a fait scission avec la première trilogie initiée par Bryan Singer en 2000. Malgré la réutilisation du casting original dans Days of Future Past, il n’y avait plus rien de raccord avec les trois premiers films. Sans parler du non-vieillissement de ses jeunes acteurs sur une saga se déroulant sur 30 ans. Mais Apocalypse, et maintenant X-Men : Dark Phœnix semblent vivre dans leur petite bulle. Ils ne se soucient pas vraiment de la continuité entre les épisodes. La fin de celui-ci tend ainsi un gros doigt à celle du « bon futur » de Days of Future Past, à plusieurs niveaux.

Peut-être que Kinberg avait l’intention de traiter certaines contradictions dans la deuxième partie initialement prévue ? Ou peut-être s’est-il dit que tout le monde s’en foutait après tout ? Qu’une fois que Marvel aura repris les rennes, on oubliera pour de bon les mutants avec lesquels on a grandi pendant 20 ans. Ou pas ? Est-ce un hasard si les soldats faisant prisonniers les X-Men portent un brassard marqué « MCU » ? Y a-t-il vu l’occasion d’adresser une petite pique au gagnant du bras de fer ?

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Sombre bilan

X-Men : Dark Phœnix est un bon divertissement. Il se laisse regarder malgré un rythme assez tranquille passé ses 15-20 premières minutes. Mais il prépare ainsi la confrontation finale réjouissante entre ses mutants et la menace venue de l’espace. Dommage que le film soit plombé par l’éternel talon d’Achille des scénaristes de la saga.

Comme d’habitude, on nous sert des dialogues peu inspirés ou appuyant les choses inutilement. Et si vous êtes un fan de la série au cinéma, cet opus ressemble trop à ce qu’il est réellement. C’est un adieu correct mais sans panache à la franchise de super-héros la plus populaire de ces vingt dernières années (préférez Logan pour ce type de proposition). L’alternative qu’ont été les X-Men au cinéma est désormais réduite en cendres par le rouleau compresseur de Marvel. Soupir….

LES + :

  • Loin d’être une catastrophe artistique.
  • Un dernier tiers réjouissant.

LES – :

  • Plus beaucoup de monde ne semble y croire.
  • Une opportunité gâchée de conclure la saga de manière épique.
  • « F*** la continuité ! » Est-ce que ce n’est pas de la paresse, à ce stade ?
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Critique : John Wick 3, Parabellum « Si tu veux la paix, ne cherche pas John Wick. »

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Après avoir vengé la mort de son chien et réglé une dette de sang, John Wick (Keanu Reeves) court pour sauver sa tête mise à prix. Malgré sa réputation de Baba Yaga (croque-mitaine) et les cadavres qu’il a semés tout au long de la semaine, les opportunistes vont quand même faire la queue pour se faire tuer, depuis New York jusqu’à Casablanca. 

Je ne suis pas fan fou dingue des deux premiers John Wick, toutefois l’engouement général pour eux me fascine. Il faut reconnaître leur esthétique soignée, leur ambiance « branchée » (quelque part entre Tony Scott et les frères Wachowsky), mais surtout leurs scènes d’action irréprochables. C’est simple : imaginez les bastons de Jason Bourne, et rendez-les lisibles et appréciables pour ce qu’elles sont. John Wick 1 a été un micro événement, un succès surprise perçu comme le nouveau cap formel du cinéma d’action. C’était une assimilation réussie des codes de représentation du genre des vingt dernières années, un excellent élève qui ne prétendait à rien d’autre qu’à nous donner ce qu’on est venu voir. Et heureusement parce que du point de vue de l’histoire, les scénaristes inventent clairement au fur et à mesure. Mais c’est ce décalage permanent entre sérieux et second degré qui m’a fait aimer un petit peu les deux premiers volets.

Chapitre 1 : chienne de vie

Quand on résume John Wick 1, impossible de ne pas se marrer. Ils ont tué son chien, il va se venger, point barre. C’est l’histoire d’un tueur retraité, fraîchement veuf, à qui on a piqué sa caisse et tué son clebs. Ce n’est pas une parodie, mais un pastiche de ces bons vieux rape and revenge movie. Car s’il est constamment surréaliste, tout le monde prend l’affaire au sérieux dans le film de Chad Stahelski. Il faut voir les mafieux blêmir en entendant parler de John Wick…

Dans ces circonstances, non seulement on adhère à l’envie de John de partir en croisade, mais en plus, on découvre le plus sérieusement du monde une « dimension parallèle » du crime qui ne semble pas évoluer en marge de la société mais carrément à la place, avec même son propre système monétaire ! On a beau être à New York, ce n’est qu’un joli décor où les gens normaux n’existent pas. Les forces de l’ordre se résument à un flic en patrouille indifférent aux frasques de John. Un hôtel de luxe à la vue de tous est entièrement réservé aux mafieux et tueurs de tous horizons. Etc. WTF ?!

À côté de ça, l’action de John Wick parvient à faire illusion grâce aux chorés joliment emballées des gunfights (et parfois même un peu de voiture-kung fu). Dommage qu’elles reposent un peu trop sur l’enchaînement de headshots énervés, portés aux nues par les pros de Call of Duty. Tant pis, ce sera peut-être pour le prochain épisode.

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Chapitre 2 : John Wicker

Assez logiquement, John Wick 2 en remet une couche. Le monde criminel est davantage développé, et notre société fait de plus en plus office de joli fond d’écran. On découvre le principe de la dette de sang impossible à effacer. Le fameux hôtel mafieux et ses règles sont une franchise internationale. Il existe une hiérarchie et des luttes de pouvoir dans lesquels John va devoir s’incruster au nom d’un vieux compte à solder.

Mais les deux premiers tiers de John Wick 2 pâtissent d’un investissement non personnel du héros, et donc du spectateur, car John n’agit que sous la menace sans possibilité de se rebeller. Ceci bien sûr avant qu’il se retourne enfin contre le salaud qui l’a forcé à remettre sa veste pare-balles… Face à cela, les gunfights sont encore plus nerveux, et Lawrence Fishburne nous régale de sa présence. Mais l’action de John Wick 2 ressemble déjà un peu trop à celle du premier. La faute au héros, tellement efficace qu’il se contente de tirer dans la tête de tous les guignols qui le croisent. Le film ne varie pas vraiment les plaisirs. Mais la fin est porteuse d’une grande promesse : John Wick contre le reste du monde.

Chapitre 3 : baston générale !

Si John Wick 1 & 2 étaient des films sympathiques pour Bibi, il n’y a pas d’hésitation avec John Wick 3 : Parabellum. C’est juste génial. C’est génial car ce fameux côté « WTF ultra sérieux » est multiplié par dix ici. Et les plus gros défauts des précédents opus ont été corrigés. Fini le manque de variété des scènes d’action, et les enjeux au mieux ridicules, au pire inexistants.

John Wick 3 s’ouvre directement sur la fin de John Wick 2. On suit la course effrénée du personnage à travers la Grosse Pomme, avec une prime de 14 millions de dollars sur sa pomme à lui. Bienvenue dans une accumulation d’adversaires, combats, poursuites et mises à mort inventives. On constate enfin que John peut tuer tout le monde avec n’importe quoi, d’un vieux Colt rouillé à un cheval. Mais il faut voir comment pour le croire !

Et ça ne s’arrête pas là. Ce festival de connerie géniale (je vous jure que c’est un compliment) se poursuit hors New York, étendant toujours plus cette mythologie absurde. Il y a des assassins avides de fric à tous les carrefours. Toutes les gargotes sont tenues par des assassins-ninjas dangereux et hilarants à la fois (Marc Dacascos a la chance de tenir ce rôle en or). La fameuse monnaie en pièces d’or est fondue à l’ancienne à Casablanca. Les habitants de New York ne sont que des PNJ ne bronchant pas le moins du monde quand un gus se fait égorger et abandonner en plein hall de gare bondé. Est-ce que ce monde est sérieux ?!

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John Wick 3 pousse tous les curseurs à fond

Même les tirades les plus absurdes, que n’importe qui prendrait pour de la grosse blague dans la vraie vie, sont en réalité des informations précieuses qui mériteraient qu’on vous tue pour les avoir entendues. Un mec dit : « va dans le désert et suis l’étoile polaire. Quand tu n’en peux plus de marcher, marche encore » ?  John lui, il y va, dans le désert ! Et je ne vous dis que ça, car il faut voir la suite pour le croire ! Il faut vraiment vivre dans ce monde de cinglés pour penser une seule seconde que ces indications n’étaient pas une plaisanterie.

Et il y a plus qu’un pèlerinage digne de Lawrence d’Arabie (ou de Jesus II : le retour) pour nous donner des yeux ronds. Cette débilité prise au premier degré finit par payer. John Wick 3 est un vrai film d’action décomplexé, franc-du-collier et bien réalisé comme on n’en fait plus. On est agréablement surpris, et on rigole complice face à ces moments de pure stupidité impeccablement exécutés et assumés (comme le délire entre Halle Berry et ses chiens).

C’est simple : il n’y a quasiment aucun moment où on s’ennuie. Il y a presque toujours une idée pour donner de l’intérêt à un dialogue ou à une scène. En particulier, les scènes d’action passent enfin la troisième ! John Wick 3 ressemble ainsi plus que jamais à un jeu vidéo relançant constamment son gameplay par petites touches ici et là. Les gunfights ne se limitent plus à des clés de bras et des tirs à la tête, mais se permettent des invités canins, ou trouvent le moyen de priver John de son finish move favori.

Poing final

Voilà une franchise qui a fini par m’avoir. Après deux opus intéressants mais pas forcément formidables, John Wick 3 : Parabellum pète les plombs et lâche les chiens (littéralement !). Le résultat est un film propre et fun, dont les enjeux et l’intérêt s’élèvent enfin. Inventif, il est incontestablement l’un des meilleurs films d’action de ces dernières années. En revanche, si l’ami des chiens revient pour un quatrième opus, je lui souhaite bien du courage pour nous surprendre à nouveau. La barre est placée haut.

LES + :

  • Un délire, une absurdité, une connerie parfaitement assumées et qui renvoient à l’âge d’or du film d’action fendard et décontract’.
  • Une implication, un talent technique et une inventivité réjouissants.

LES – :

  • Comme Mission : Impossible 6 récemment, certains gunfights de John Wick 3 s’étirent peut-être un peu trop en longueur malgré leurs bonnes idées. Attention à ne pas trop tirer sur l’élastique de peur qu’il ne pète…
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Critique : Avengers Endgame « La fin de TOUT »

avengers_endgame_alaune

avengers_endgameDans Avengers Endgame, c’est la fin du monde. Enfin, ça l’est à moitié, étant donné que Thanos a fait disparaître en un claquement de doigts la moitié des êtres vivants de l’univers, avant de partir planter des choux comme un papy. Rien à faire ? Certains Avengers refusent d’y croire, en particulier lorsqu’un certain Ant-Man refait surface avec une idée. Une idée tellement frappée que même Tony Stark, pas moins pépère que Thanos maintenant, refuse d’y participer. Et puis… Et puis finalement si, parce que, hé, chez Iron Man, quand on peut, on veut. La plus périlleuse mission commence alors pour nos héros : récupérer les pierres d’Infinité pour inverser le vœu destructeur de Thanos…

Il fallait s’y attendre : Avengers Endgame déçoit. Mais pas parce qu’il est mal calibré, mal pensé, mal écrit ou encore mal orienté par les choix de ses producteurs/dieux tout puissants, qui sont trop désireux de lancer des pistes pour la Phase 4 du MCU (ah, la blague Captain Marvel…). Non. Le film déçoit car il dépose le bilan de 10 ans d’aventures cinématographiques tantôt prévues, tantôt improvisées, et qui, bien que partant parfois dans tous les sens, parviennent à trouver une conclusion globale tout à fait satisfaisante et cohérente à cette entreprise démesurément ambitieuse, au moins autant que cette phrase d’une longueur abusive censée vous faire ressentir combien une personne normalement constituée est à la fois frustrée de l’avoir endurée aussi longtemps sans raison, mais tout de même soulagée d’arriver enfin au point final. Avengers Endgame déçoit comme ça. Il déçoit car on se dit « ça y est, on y est, ouf », et finalement, on n’a eu droit « qu’à ça ».

Alors qu’en terme d’ampleur (des moyens, de l’attente), Avengers Endgame se pose là, et sa maîtrise globale (technique et scénaristique) impose le respect. Les frères Russo confirment qu’ils savent ce qu’ils font et, en même temps, parviennent à surmonter la pression d’une fanbase à fond dans le délire, d’un univers immense et d’un studio tout puissant. C’est en fait à cause de cette pression que le film « déçoit » alors que, honnêtement, il est aussi bon que possible dans ces circonstances.

Avengers Endgame

Prépare-toi au retour des critiques dans 3… 2… 1…

« Let’s get this son of a b**** ! »

Avengers Infinity War finissait sur un cliffhanger spectaculaire et sinistre. Aller de l’avant ou inverser la machine, comment les Avengers survivants allaient-ils réagir ? Réponse sibylline : revenir en arrière pour aller de l’avant. Pour rendre honneur à ses 22 prédécesseurs justifiant son existence même, Avengers Endgame joue la carte de la redite et du fan service à fond, mais jamais stupidement ni n’importe comment. On vous laisse voir comment.

Mais caresser les fans dans le sens du poil comme pour les remercier est susceptible de décevoir, justement. Car même si son prétexte scénaristique est ma foi fort bien traité, et s’il ne manque pas de vraies bonnes surprises et blagues, Avengers Endgame souffre de défauts qui n’ont cessé de toujours plus ressortir dans les films précédents.

Avengers Endgame

Captain Marvel, aussi utile dans le film qu’un « ç » dans le mot surf…

Avengers Endgame, ou la routine habituelle

Pour commencer, le dernier acte du métrage n’est qu’un gloubiboulga de CGI aussi impressionnant qu’incompréhensible. TOUT LE MONDE s’en fout sur la gueule n’importe comment, dans un impressionnant dénouement guerrier, qui est sans doute bien découpé et monté, mais dont les points de vue et plans s’enchaînent brutalement. C’est impressionnant d’avoir toujours plus de monde et toujours plus d’effets, mais on a déjà donné. On a déjà eu Avengers 1, L’Ere d’Ultron et Infinity War. Une armée grouillante en images de synthèse et un Thanos qui, pour le coup, rétro-pédale niveau puissance, ça ne fait pas monter l’adrénaline. Heureusement que les frères Russo se sont concentrés sur tout le reste, à savoir les personnages et la mise en scène, mais pas sans risquer quelques régressions ou raccourcis faciles (si vous êtes fan de Thor, par contre, attention les yeux, ça pique ^^).

Captain Marvel…

Au niveau des personnages, il fallait déjà jongler avec pas mal de monde dans Infinity War, et heureusement que certains ont dégagé momentanément. En revanche, on agite un gros carton rouge sous le nez de Captain Marvel, véritable deus ex machina dont la seule utilité (et faible temps de présence !) se résume à ça. Elle aurait été intégrée au chausse-pieds sous la pression du studio, contre l’avis des frères Russo, et cela se sent. Sa présence franchement gratuite enterre les promesses de Marvel de la voir jouer « un grand rôle » dans la lutte finale contre le Titan fou.

Fin de saison

Par contre, si on s’est attaché aux personnages et à leur cheminement, notamment les « vieux de la vieille », alors les réalisateurs ont surmonté avec talent un défi compliqué : offrir à certains une porte de sortie (ENFIN !) en concluant des arcs (romance, obsession, quête de soi) lancés depuis leurs premiers films respectifs. Ce qui déçoit finalement le plus avec Avengers Endgame, c’est qu’il ressemble bien à ce qu’il serait à la télé : la deuxième partie du final d’un show de 22 épisodes, quand le soufflé retombe après la baffe de fin de l’épisode 1 sur 2. Quand on en arrive là, qu’il y ait eu des hauts comme des bas, si on a aimé, on regrette que ce soit finalement terminé.

Avengers Endgame

« Je suis inévitable ! » On en reparle après le film, vieux…

Le début de la fin

Malgré son roster hallucinant et sa préparation sur onze ans, Avengers Endgame ne fait pas date dans l’histoire du cinéma. Mais c’est l’entreprise tout entière qui l’a précédé, et à laquelle il met un point final, qui restera un bel exploit dans l’INDUSTRIE du cinéma. Il y a du bon, du moins bon, et des rendez-vous auxquels nous nous sommes habitués. Il y avait de quoi laisser de bons souvenirs à tout un chacun et des leçons à tirer. Personnellement, cela m’aurait très bien convenu que cela s’arrête là.

Dommage que Marvel ne se sente plus, et qu’ils ont décidé de nous inonder pendant encore 10 ans de productions toujours plus « avant-gardistes » (comme d’annoncer « le premier super héros LGBT », comme si cela prévalait sur une bonne histoire, un bon réal ou même un bon personnage de base). Mais la formule et la fabrication, elles, ne nous surprennent plus depuis déjà un bail.

Bilan inévitable

Avengers Endgame, c’est bien la fin de TOUT. La fin d’un cycle appelé « Infinity Saga », qui a compté pour deux ou trois générations de spectateurs. Elle aura eu son moment, sa hype et son impact. Malheureusement, c’est aussi la fin de tout, dans le sens où Marvel ne va pas s’arrêter là. À moins qu’on ne s’en lasse au point que le studio lâche l’affaire rapidement, la suite pourrait bien ternir l’empreinte laissée par cette « première saison ». Tant pis, on s’en souviendra comme d’un très bon moment.

LES + :

  • Les frères Russo assurent toujours.
  • L’accent mis sur les personnages au détriment du spectacle (devenu routinier).
  • C’est finiiii ! Ouaiiiiis !

LES – :

  • Captain Marvel ne sert franchement à rien.
  • « Ouaiiiiiis ! Encore PLUS de monde contre encore PLUS d’images de synthèse ! » La bataille finale habituelle des Marvel, quoi.
  • C’est pas fini ?! Noooooooon !
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Critique : Millénium, Ce qui ne me tue pas « La fille qui rêvait d’être Jason Bourne »

Lisbeth Salander, c’est un peu devenu le Batman du mouvement #MeToo à Stockholm. Dès qu’un mec abuse de sa femme, elle lui refait la face et nique sa vie. Parce qu’elle accepte aussi les boulots payés, elle hacke la NSA et vole le programme « Firefall » pour le compte de son créateur, un ex-employé de l’agence repenti. Ledit programme permet à qui peut s’en servir (en l’occurrence, un enfant autiste !) de prendre le contrôle de tous les systèmes d’armement nucléaire du monde. Malheureusement, une mafia connue sous le nom des « Araignées » va rapidement la piéger et la dépouiller de Firefall…

Avant de parler de Ce qui ne me tue pas, le film, j’avoue n’être ni connaisseur, ni particulièrement fan des livres originaux, et pas davantage du très mercantile opus 4 écrit par David Lagertcrantz et sorti en 2015. On va donc se concentrer sur les qualités du présent titre en tant que film à part entière.

Réalisé par Fede Alvarez (Evil Dead 2013, La Maison des Ténèbres), Ce qui ne me tue pas est un soft reboot de l’univers initié par la saga littéraire Millennium. Nouveau casting (pas formid’), nouvelle ambition (rameuter du monde), il tente cependant curieusement de s’insérer dans la continuité de David Fincher. Il y parvient plus ou moins, grâce à son esthétique glaciale plutôt bien travaillée, ainsi que son générique jamesbondesque malheureusement moins percutant que chez le papa de Se7en.

Ce qui ne me tue pas

Ce qui ne me tue pas me rend plus Bond

Et de James Bond justement (ou Jason Bourne), Lisbeth tente de devenir le pendant féminin. Du moins, c’est ce que Sony essaie visiblement de faire. Il faut dire que le personnage se prête bien au jeu, avec son caractère asocial, son charisme et ses talents de hackeuse sur-développés. En plus, l’histoire implique la NSA et une espèce de sous-Spectre surnommé les Araignées (ç’a autant d’appendices qu’une pieuvre, ça tombe bien) ! Il fallait s’attendre à des facilités et à des libertés dès l’annonce d’adapter l’opus « non original » de Lagercrantz. La première bande-annonce fortement orientée action (nervosité que le film ne délivre pas tant que ça) nous l’a ensuite confirmé. Ce qui ne me tue pas n’avait de grandes ambitions qu’en apparence.

Après l’accueil mitigé du très bel exercice de style de Fincher, Sony a mis deux fois moins d’argent dans Ce qui ne me tue pas (et son casting) afin de doucement rentabiliser. Si Claire Foy n’a pas à avoir honte, elle fait pâle figure face à Noomi Rapace (la primeur) et Rooney Mara (la flippe). Le reste n’a jamais autant de temps de présence malgré l’importance supposée de leurs personnages. Le nouveau Mickael Blomkvist (Sverrir Gudnason) a le mérite d’être là, même si on ne sait pas pourquoi, vu le peu d’importance qu’il a. Quant à Camilla (Sylvia Hoeks), rien moins que la sœur de Lisbeth, son manteau rouge vif en dit plus sur son personnage que son interprétation si brève.

Ce qui ne me tue pas

La fille qui brassait de l’air

Mais à part ça, Ce qui ne me tue pas est-il aussi mal confectionné qu’opportuniste ? Non. Pas dans son optique de pur divertissement du week-end. Il fait exactement ce qu’on attend de lui : c’est un polar dans l’air du temps. Du piratage informatique « finger in the nose » à la prescience de l’héroïne, en passant par ses rebondissements téléphonés ou un bon gros surfing sur la vague du MeToo… Le nouveau film de Fede Alvarez est exactement ce qu’on lui a demandé. C’est aussi un tout petit peu plus que ce qu’on en attendait, grâce au talent d’artisan du monsieur, confirmé ici après ses deux premiers efforts. Il émaille ainsi son film de quelques morceaux de bravoure ni trop brefs ni too much, qui auront au moins le mérite de ne pas disparaître de nos mémoires aussi vite que l’interprète de Blomkvist.

A voir avec le temps si Ce qui ne me tue pas initie la nouvelle franchise espérée par le studio. Mais bon, vu le résultat, pourquoi pas, à condition de se fouler pour transformer l’essai.

LES + :

  • Belle photographie et ambiance.
  • Quelques scènes mémorables.

LES – :

  • Dur de passer après Fincher.
  • Un scénario convenu et prévisible.
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Critique : Skyscraper « Dans les pompes de The Rock ! »

SkyscraperWill Sawyer (The Rock) est un ancien agent du FBI amputé de sa jambe gauche suite à une opération qui a foiré il y a dix ans. Devenu depuis papa et consultant, son pote Ben (Pablo Shreiber) lui décroche la mission de contrôler les systèmes de sécurité du Pearl, un immeuble super méga géant récemment terminé au cœur de Hong Kong. Problème : tandis que sa famille se trouve à l’intérieur, des terroristes aux accents hilarants prennent la tour et y mettent le feu. Leur objectif : coincer dans son penthouse Han (Zhao Long Ji), grand patron des lieux, afin de lui extorquer un précieux McGuffin. Pénétrer dans l’immeuble en flammes ne sera pas facile pour Will. En sortir avec les siens encore moins…

Attention au piège, avec Skyscraper

Cette année sonne les 30 ans de Die Hard/Piège de Cristal, le meilleur film d’action de tous les temps. On n’a donc rien trouvé de mieux que sortir Skyscraper, un film avec The Rock (!?) racontant de prime abord la même histoire : un mec dans une tour affronte des terroristes, avec une famille à sauver. Mais si Piège de cristal était une variation de La Tour Infernale, l’incendie remplacé par des terroristes, Skyscraper ne s’embête pas : il mélange les deux à la fois ! Pour enfoncer le clou, un mythe tenace avance que Piège de Cristal devait d’abord devenir la suite de Commando avec Arnold Schwarzenegger (spoiler = en fait non). Finalement, la star fut Bruce Willis et le film lança une nouvelle ère de héros d’action plus crédible et réaliste. Aujourd’hui, le cycle revient donc aux origines avec Dwayne Johnson dans la peau de « l’everyday man » censé sauver le situation. Absurde ou bien… ?

SkyscraperLe Pearl, gigantesque bordel numérique tenant lieu de décor principal.

Dans son exécution, Skyscraper ressemble à la combinaison improbable entre le sympathique White House Down, Die Hard à la Maison Blanche réalisé par Roland Emmerich, et le regrettable Independence Day 2, pour son côté catastrophe et la mise en avant d’un casting d’ascendance asiatique. Ajoutez la surabondance d’effets et décors numériques à cause d’un building futuriste qui n’existe pas, et on tient le blockbuster moderne dans toute sa splendeur : creux, synthétique, vain et sans surprise. Sauf que…

Surprise !

Je m’attendais à basher le bousin et à l’appeler Skycrapper, tout en espérant quand même avoir mon quota de « Rockattitude ». Parce que oui, j’adore The Rock, peu importe dans quel machin il apparaît. Je dirais même que sa présence peut limiter la casse si on veut au moins passer un bon moment. Doom, Jumanji 2 ou encore Fast and Furious 8 ont beaucoup emprunté au mojo du gaillard malgré leurs gros défauts. Et là, surprise : The Rock est… crédible toute proportion gardée. S’il est physiquement l’anti-John McClane, l’ancienne star du catch arrive à rendre sympathique son personnage et à lui donner des réactions à l’opposé de son show habituel de Terminator à punchlines.

SkyscraperThe Rock en « M. Tout-le-monde » est l’une des étonnantes surprises du film…

Encore plus fort : les moments les plus over the top vendus dans la bande-annonce sont probablement les plus tendus du film. Si les circonstances sont exagérées, le personnage de Sawyer est comme celui de McClane. Il est débrouillard et fait les trucs les plus dangereux car n’ayant pas le choix ou étant pressé par l’urgence. Will ne veut pas sauter d’une grue à un immeuble parce qu’il le peut, ni pasticher Mission : Impossible 4 en bandant ses mains de chatterton (hahaha). Mais dans les circonstances (ou excuses) données par le film, il n’a pas le choix et craint pour sa vie. Ayant personnellement peur du vide, ces moments m’ont mis la pression malgré moi, en plus de mettre en scène un type sympathique. Pas parce qu’il s’agit de The Rock, mais parce que pour une fois, aussi balisé soit-il, son personnage a des failles, des peurs et des objectifs auxquels s’identifier.

Par ailleurs, si l’on croit que le film va nous vendre le type de héros habituel hanté par son erreur passée (cf. la fameuse intervention qui lui a coûté sa jambe), le film retourne ce cliché. Sans cet accident, Sawyer avoue lui-même qu’il n’aurait jamais rencontré sa femme ni eu ses enfants. Un discours optimiste inhabituel sorti de la bouche même du héros. On aimerait peut-être l’entendre plus souvent à une époque où se culpabiliser et s’enliser dans la noirceur devient courant.

SkyscraperNeve Campbell (plus connue pour Scream) joue la femme de Will.

Pour la chute

Il ne faut pas non plus croire aux miracles : Skyscraper est un hymne aux films débiles des eighties avec la production value grotesque des blockbusters modernes. Il reste dans la veine d’un White House Down : nostalgique et pété de thunes, il a l’air synthétique à 85%. Ses rebondissements sont soit clichés soit empruntés, non sans humour. Certaines idées sont même totalement absurdes ou hors propos, comme la confrontation finale dont le décor n’a aucune justification à part être cool.

Et comme d’autres gros projets coproduits par la Chine, il met bien en avant les acteurs (et le public !) asiatiques. J’hésite à dire « chinois » car on demeure à Hong Kong, terrain soit neutre soit trouble pour dire que justement, on n’y est pas tout à fait mais quand même. Quoi qu’il en soit, Skyscraper accomplit déjà deux prouesses : m’avoir procuré quelques frayeurs et m’avoir fait croire que The Rock pouvait être un gars comme moi.

LES + :

  • The Rock est crédible.
  • Certaines notions de base (et essentielles) du genre refont surface après dix ans de coma.
  • Certaines scènes m’ont fait frissonner malgré moi.

LES – :

  • C’est bête.
  • Beaucoup, beaucoup de numérique.
  • Ça reste un spectacle terriblement commun pour un blockbuster de la fin des années 2010.
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Critique expresse : Sans un bruit « On se tait, s’il vous plaît ! »

sansunbruit-alaune

sans-un-bruit_poster.jpgDans un futur proche, un météore s’est écrasé sur Terre, amenant avec lui une nuée de sales bêtes très agressives. Le point fort de ces vacheries ? Elles sont ultra sensibles au bruit, et foncent sur tout ce qui crie, parle, couine, gémit, soupire, etc. Avec une société comme la nôtre, normal qu’on se soit fait exterminer en deux mois, à part quelques survivants bien organisés vivant à la campagne. C’est le cas des Abbott, couple avec trois deux enfants dont la vie maintenant dépend du moins de bruit qu’ils peuvent faire. Pas facile quand Madame est en cloque et que le premier incident malheureux attire l’attention des prédateurs de la région…

Sans un bruit n’est pas absolument parfait, mais il s’approprie les codes du film d’horreur et déroule son cahier des charges avec une minutie louable et un talent sans faille. Il s’agit du second long métrage réalisé par John Krasinski, M. Abbott dans le film et véritable mari d’Emily Blunt à la ville. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que son précédent film, La Famille Hollar (comédie dramatique sortie en 2016) n’avait strictement rien à voir ! Chance du débutant ou non, la réussite du monsieur mérite d’être saluée.

Sans un bruit s’autorise un peu

A cause de son concept un peu trop exigeant, Sans un bruit semble parfois faire entorse à ce dernier (par exemple en faisant tantôt attention de marcher sur des feuilles mortes, puis plus tard non). Et dans les moments de tension, si les bestioles sont à ce point sensibles au bruit, il arrive des fois où le spectateur se dit que les héros ont trop de pot, à moins que leurs prédateurs soient finalement sourds… comme des pots. Mais le genre horreur est très permissif du moment que l’efficacité est là. Et elle est là, « mais ».

Sans un bruit

Tout appliqué soit-il, le seul vrai défaut de Sans un bruit réside dans son impeccable déroulé. En excellent élève, John Krasinski emprunte aux meilleurs, Shyamalan (celui des débuts) et Spielberg en tête (les saloperies à l’ouïe fine rappellent autant les raptors que Gremlins). En revanche, hormis un ou deux jump scares efficaces, le film ne parviendra jamais (après ses dix premières minutes du moins) à vraiment surprendre ni à faire grimper à fond le trouillomètre. Et c’est la faute de ces règles correctement assimilées et suivies, qui ne sauraient duper un spectateur habitué du genre.

Une série B méritante mais pas transcendante

Sans un bruit mérite le coup d’œil pour être un excellent divertissement, grâce à sa mise en scène, son concept et ses personnages. Mais aussi, c’est une interrogation sur les difficultés, les responsabilités voire la nécessité d’être parents dans un monde de moins en moins accueillant pour les prochaines générations, avec lesquelles il est devenu presque aussi difficile de communiquer que pour les personnages du film.

Certes, notre Terre n’est pas un tel cauchemar à vivre que dans le film, mais beaucoup de problèmes liés au rapport parents-enfants demeurent pertinents une fois déplacés dans la réalité (le deuil, l’autorité remise en question, la difficulté à échanger, etc.). C’est une autre habitude que Sans un bruit reprend très bien à son compte : transposer en les simplifiant (et en amplifiant leur évidence) les problèmes ou questionnements de notre temps.

LES + :

  • Une intro efficace.
  • Le film est un excellent élève, qui sait ce qu’il fait et le fait très bien.

LES – :

  • Une intro rarement égalée ensuite.
  • Le film ne surprendra presque jamais les spectateurs les plus habitués du genre.
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Critique expresse : Anon « Je vois ce que je crois. »

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AnonLe futur. Les humains n’ont plus besoin des Google glass. Ils sont comme par magie tous connectés entre eux, et perçoivent en permanence et en réalité augmentée les données de tout et tout le monde, tout le temps. Dur d’échapper au regard d’autrui, en particulier de la police, à laquelle appartient le brave Sal Frieland (Clive Owen, en mode veille). Dans un tel contexte, le boulot de ce dernier consiste presque exclusivement à rester posé sur son derche à regarder l’enregistrement de la vie des autres. Sauf qu’un tueur en série s’est mis à sévir. Seul lien entre les victimes : avoir contacté le même mystérieux hacker, une femme anonyme (Amanda Seyfried) capable de se soustraire aux témoignages et aux archives du commun des mortels. Pire : au cours de son investigation, Sal va comprendre que sa suspecte est capable de tout, y compris de jouer avec ses nerfs… optiques.

Le réalisateur Andrew Niccol revient à un genre qu’il avait délaissé depuis 2011 (en tout cas je crois) : la science-fiction minimaliste doublée d’une satyre sociale. Minimaliste car Anon n’est pas un film d’action spectaculaire type Matrix, malgré la « technologie » qu’il dépeint. Au film de braquage dépeignant deux Bonnie & Clyde futuristes (Time Out, déjà avec Amanda Seyfried), il substitue le film noir et le motif de la femme fatale. Forcément, niveau rythme, ça change quelque peu. En terme d’ambiance déjà, car tout dans ce futur paraît terne, figé, fatigué, mais certainement pas par erreur :

  • le jeu moribond de Clive Owen (comme à son habitude) et de ses partenaires ;
  • l’aspect délavé du monde. C’est un mélange quasi-exclusif de transparences et de tons gris et blancs allant du béton au ciel, jusqu’à sa réalité augmentée, uniquement représentée en filaire blanc ;
  • la musique (ou plutôt sonorité à ce niveau-là), éternellement répétitive.

Anon« Euuuuuuuuuuuuuuh… »

Ah, non !

Bref, c’est un film noir « gris » que nous propose Niccol, qui ne dépareillerait pas dans une saison de Black Mirror, surtout compte tenu de sa remarquable économie de moyens (les effets de montage sont quasiment le seul « effet spécial » employé). Et thématiquement, Anon nous parle autant, même si aucune explication n’est jamais fournie à personne sur le comment du pourquoi de cette technologie. Même lorsque son patron demandera à Sal « comment la tueuse fait-elle ? », la réponse ne sera jamais donnée parce que, finalement, on s’en gratte complètement. Le ludisme attendu est heureusement présent dans Anon grâce à son concept bien exploité (tant dans l’enquête que les sales tours subis par Frieland).

Toutefois, l’intrigue simpliste pourra ne pas être assez stimulante pour certains. La résolution expédiée n’emballe pas plus que ça, et les humains jouent avec la vivacité de courges surgelées. Passer la moitié du film assis le regard dans le vide n’aide pas… En fait, c’est à travers la représentation et non le scénario que ressort l’humanité des deux adversaires amoureux. Ce n’est pas un hasard si pratiquement les seuls teintes chaudes et accessoires analogiques du film se retrouvent chez eux. Au rayon des émotions, Sal et « Anon » sont les seuls personnages développés, les seuls auxquels on peut s’identifier. Lui est traumatisé par le souvenir de la mort d’un fils. Elle fuit pour une raison jamais définie, mais s’accroche à ce besoin de liberté que la surveillance omnipotente lui interdit. Des « maladies » qui parleront sans doute à beaucoup.

AnonDans le futur, on aura sérieusement besoin d’un ad blocker… et de couleurs.

Fiction contre réalité

Autre côté intéressant d’Anon, peut-être lié au statut de la chose. Netflix oblige, c’est un film prévu pour être vu essentiellement sur petit écran. Andrew Niccol semble conscient de livrer un film hybride, même bâtard, car il fait se confronter deux représentations au sein de son œuvre, tous les plans subjectifs étant filmés différemment du reste. D’une patine « cinéma » très travaillée et ornée des très habituelles bandes noires, le filmage bascule en plein écran dès qu’il s’agit de voir la réalité à travers les yeux des protagonistes, avec une lumière plus uniforme et naturelle. Bref, on a le Cinéma, beau, « trafiqué », versus Skype, la « vérité » filmée brute façon webcam. Sauf que dans l’histoire, c’est cette représentation unanimement adoptée qui est remise en cause, à travers le pouvoir absolu du tueur, qui peut mentir sur ce que voit ou fait Frieland.

L’intérêt d’Anon

Dans un tel contexte, pour le héros comme le spectateur, la question se pose : quelle réalité vaut-il mieux expérimenter ? La réalité ciné, classique mais « prisonnière » d’un format télé qui la diminue, la comprime et l’empêche d’exister pleinement (comme Sal et Anon) ? Ou l’autre vision, plus actuelle mais aussi plus brute, dont la sensorialité diminuée peut être si facilement manipulée ? Anon parvient à nous faire ressentir la question plutôt que frontalement nous la poser. C’est quand même un bel exploit.

LES + :

  • Une vision et un monde aussi atypiques que familiers.
  • C’est captivant…

LES – :

  • L’intrigue reste un gros prétexte.
  • … du coup, c’est aussi lent, parfois (Blade runner 2049 a au moins le mérite de vous rincer l’oeil…)