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Critique : Jurassic World, Fallen Kingdom « Obsolescence programmée »

jurassic world fallen kingdom

Jurassic World Fallen KingdomDans Jurassic World : Fallen Kingdom, on s’intéresse à nouveau à Isla Nublar, 180 kilomètres à l’Ouest du Costa Rica. Si la Vie trouve toujours un chemin, elle est plutôt mal barrée quand un volcan s’éveille sur l’ancien site de Jurassic World, lui-même bâti sur les ruines de Jurassic Park. Parce qu’un dinosaure, c’est mignon, et que deux catastrophes et les avertissements pessimistes d’un théoricien du chaos n’y changent rien, le monde se demande si on ne devrait pas les (re)sauver de l’extinction. Les survivants vedettes du précédent film, Claire et Owen (Bryce Dallas Howard et Chris Pratt), sont ainsi envoyés sur place par le riche Lockwood, en compagnie de mercenaires. Mission : extraire des spécimens vivants avant que l’île ne pète. Les deux naïfs se rendront compte trop tard que les véritables intentions du milliardaire sont beaucoup moins philanthropiques que prévu…

Après le départ en retraite de Jason Bourne et la mort dans l’œuf du Dark Universe (suite au four de La Momie avec Tom Cruise), Universal ne peut plus compter que sur Fast & Furious et Jurassic Park pour se faire de la maille. Malheureusement, niveau bêtise, les deux franchises jouent dorénavant dans la même cour. Explication.

Jurassic World, Fallen Kingdom : c’est beau de loin

Pour sa défense, le film de J.A. Bayona est beau et propose une ambiance inédite dans la franchise, en particulier dans sa deuxième partie totalement ou presque écartée des bandes annonces. Parce que ça a super bien marché pour l’Episode VIII de Star Wars (soupir), Jurassic World : Fallen Kingdom décide de faire table rase du passé en coulant littéralement Isla Nublar.

En se débarrassant pour de bon de la scène des films précédents (quand ce n’était pas l’île d’à-côté), Fallen Kingdom tue ainsi le mythe à sa source. L’idée est symboliquement de faire renaître la saga en la lançant sur de nouveaux rails. Dans les faits, les deux tiers du métrage après cela se passent dans un simili-remake du final moyen du Monde Perdu, sauce Resident Evil. Des actes deux et trois qui s’étirent et s’étirent encore sur un mode connu depuis les films de Spielberg (jouer à cache-cache avec les dinos) et qui, malgré leurs « nouvelles » idées, n’apportent rien à la série ni aux genres auxquels cet épisode emprunte.

Le T-Rex, jadis grand prédateur terrifiant, est devenu un running gag / deus ex machina  recyclé ad nauseam.

C’est très con vu de près

Jurassic World parvenait encore à faire illusion à sa sortie, le cynisme de l’entreprise étant carrément mis en vitrine plutôt qu’en sourdine. Cela passait faussement pour une dénonciation quand il s’agissait vraiment de renoncement. D’un côté ses dialogues et placements de produits n’avaient pas honte de la vérité qu’ils nous balançaient à la figure, et ça, c’était osé (« les dinosaures n’impressionnent plus personne ! Verizon présente l’Indominus Rex ! »).

De l’autre, le film nous proposait une intrigue et des rebondissements neuneu tirés du plus cliché des films de monstre (arf ! L’Indominus qui parle couramment raptor…). Bref, c’était un blockbuster tendance Z qu’on pouvait aimer pour son message lucide autant que pour son divertissement balisé. Problème : la suite se contente d’en faire plus, au point d’en faire trop. Ce qui pouvait passer à l’époque ne le peut tout simplement plus, surtout à forte dose.

Jurassic World Fallen KingdomAussi bête soit-elle, la destruction d’Isla Nublar est le moment le plus prenant du film.

Comment tuer le mythe en 4 étapes

1) Avec des dialogues qui suppriment toute légitimité des démarches artistique et scénaristique.

« Tu te souviens la première fois où tu as vu un dinosaure ? C’était magique. »

C’est dommage de le rappeler, tant cette suite ne génère justement plus que de l’indifférence. La preuve : Owen blasé en train de regarder passer un brachiosaure, dans une scène miroir à celle de Jurassic Park, l’émerveillement en moins.

« Vous auriez pu guérir le cancer avec votre argent ! »

Dixit Owen au grand méchant, qui produit des prédateurs génétiquement modifiés pour des zillions de dollars, dans le but de… les revendre. Forcément, ça fait réfléchir.

2) Avec un film qui sent beaucoup trop la redite. Jurassic World refaisait Jurassic Park ? Fallen Kingdom refait Jurassic Park, Le Monde Perdu et un peu Jurassic World aussi. Et parfois même pas qu’une fois. On ne compte plus les références au voisin (la scène du brachiosaure, donc), en particulier les « T-Rex ex-machina » et le plan iconique du monstre rugissant, repris non pas une mais deux, oui, DEUX FOIS !

 L’Indoraptor est la nouvelle blague menace de cet opus.

3) En violant dans tous les sens la suspension d’incrédulité. Passe encore qu’il y ait soudain un put*** de volcan sur l’île (l’ironie de la situation reste sa meilleure défense). Mais un bateau chargé de dinos relie Isla Nublar (à l’OUEST du Costa Rica) à la Caroline du Nord en 24h ? Le grand méchant a un laboratoire digne d’Umbrella sous son manoir !? Owen survit à un footing dans un nuage volcanique ?!? Et il y a un nouveau dino mutant encore plus méchant !?! Qui a soi-disant un odorat surdéveloppé mais n’arrive pas à sentir des proies à vingt centimètres de ses narines !?!? Et que dire de cette sous-intrigue avec la gamine traitée par-dessus la jambe ! Pas de méprise : je suis souvent bon public et bonne poire. Mais l’effet sequel a franchi le seuil de non-retour avec des péripéties quelque part entre le jeu vidéo et Tintin, et un mépris total du déjà-vu ou des règles établies.

4) Avec des gens cons ! Il n’y a pas d’autre mot. Dans un film écrit à cinquante mains pour deux cents millions de dollars, il est navrant de voir des rebondissements charnières arriver uniquement par la faute de PNJ prenant de mauvaises décisions pour de mauvaises raisons, sans stress, donc sans excuses. Mention spéciale à l’évasion du Dodoraptor (qui peut sourire, vive le progrès !), et un grand merci au sosie foireux de DeNiro. Sans parler de cette fin sinistre et à côté de la plaque, qui n’existe que pour nous vendre la suite, laquelle s’annonce encore plus bordélique.

Jurassic World Fallen KingdomPartie de cache-cache dans un manoir en pleine nuit… Quand Jurassic Park devient Resident Evil (ou Dino Crisis).

La « 7ème art » extinction

« Quel est le problème ? » me dira-t-on, étant donné que les grosses machines récentes cumulent tout ou partie des mêmes défauts grâce à Marvel/Disney… et rencontrent leur succès. Eh bien justement, le fait que le mal s’étende toujours plus. Jeff Goldblum nous avertit sur le danger de voir les espèces préhistoriques s’enfuir, contaminer notre monde et le conduire à sa perte. Au sortir du film de Bayona, on sent que c’est tout le savoir-faire de l’industrie qui est menacé d’extinction face à l’avidité sans fard des productions modernes. Les blockbusters cupides, creux, vains et inutilement référentiels se succèdent avec un cynisme et une froideur calculatrice. Avec pour seul argument de banquer sur une licence et du spectacle, ils cautionnent les pires horreurs écrites en dépit du bon sens.

Le film de Bayona reste beau, dommage que la magie se soit bel et bien envolée.

Certes, il s’agit du cynisme des producteurs. Sauf qu’il continue à (essayer de) se cacher derrière la nostalgie décérébrée mais encore sincère de faiseurs d’images correctes, dont on ne comprend pas qu’ils n’arrivent plus à imposer une vision marquante, à explorer de nouvelles voies. Et devinez quoi : Jurassic World 3 est quand même planifié. « Détruire pour ne rien bâtir », c’est la leçon à retenir de ce Jurassic World : Fallen Kingdom, nouveau pinacle de la bêtise cultivée par les suites-reboot foireuses de ces dernières années (Star Wars, Terminator Genisys, La Momie…). Comme quoi, la Vie, c’est con aussi.

LES + :

  • Avec une telle variété dans les scènes (passer du Pic de Dante à Resident Evil, il faut le faire !), Jurassic World : Fallen Kingdom a heureusement le mérite d’être ponctuellement divertissant.

LES – : 

  • Ça ne sent plus le réchauffé, mais carrément le brûlé !
  • Des longueurs inexplicables parsèment les second et troisième acte.
  • Des choix narratifs si faciles que j’aurais honte d’apprendre que les scénaristes ont été payés pour ça !
  • L’Indoraptor… (arf)
  • Jurassic World 3 est déjà prévu.
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Critique expresse : Solo, A Star Wars Story « Basta, Solo ! »

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Solo : A Star Wars StoryIl y a bien longtemps, dans une galaxie lointaine, très lointaine vivait Han (Harrison Ford Alden Ehrenreich), pas encore appelé Solo mais vous allez voir, ça va venir très vite. Et puis il s’enfuit et il s’engage dans l’armée impériale par accident. Et puis trois ans après (l’espace d’un cut), il rencontre un wookie appelé Chewbacca et il rejoint le très cool Tobias (Woody Harrelson) et sa troupe de voleurs, parce qu’il a envie de devenir pilote pour partir dans l’espace et rejoindre rapidement sa chérie (Emilia Clarke). Oui parce que tout ça, c’était avant les trucs importants, les princesses, le sauvetage de la galaxie et le reste…

Il y a bien longtemps, dans une galaxie lointaine, très lointaine, La Guerre des Etoiles, c’était bien. Après la prélogie décevante du père George Lucas, on avait autant envie de faire mieux que peur de s’éparpiller. La dernière trilogie étant déjà un prequel foiré sur Vador, Disney faisait peur à en annoncer à tout bout de champ pour meubler entre deux épisodes de son, euh, après-logie.

(PDG de Disney : ) Préparez-en un sur Obi-Wan ! Et un autre sur Boba Fett ! Et pourquoi pas Yoda, aussi !
(Peter, présent par accident : ) Et pourquoi pas ta gueule, aussi ?

Solo, A Star Wars Story : « Sta’ faute ! »

Rogue One était un prequel sur le vol des plans de l’Etoile Noire. Qui ça intéresse ? Pas grand-monde, mais malgré un réalisateur (et un compositeur !) changé en bout de course, le projet fut sauvé et le succès avéré. Sauf que Solo part cette fois perdant sur tous les fronts, peu importe la qualité de la marchandise. Les raisons :

  • Sa réputation : son duo de réalisateurs doués pour la comédie, Phil Lord et Chris Miller, a été remplacé par Ron Howard. Or le monsieur est un faiseur désincarné capable du pire (Da Vinci Code) comme du meilleur (Apollo 13). Et dans ces conditions, on s’attend au pire.
  • Sa date de sortie : parce qu’il sort seulement cinq mois après Les Derniers Jedi, fraîchement accueilli. Mais surtout, il arrive juste à la suite d’Avengers : Infinity War et Deadpool 2, et avant Jurassic World : Fallen Kingdom. Bon courage…
  • Son sujet : la jeunesse de Han Solo. Qui ça intéresse vraiment ?
  • La Chine : Hollywood compte maintenant moins sur les dollars que sur les yuans pour sauver son business. Malheureusement, Les Derniers Jedi a rameuté beaucoup moins de Chinois que Fast & Furious 8. Et la sortie de Solo là-bas a encore plus confirmé ce désintérêt.

Solo : A Star Wars Story« Youhouuuuuu ! Allez p’tit gars ! Fais-moi péter cette franchise et on rentre ! »

Un film qui la joue solo

Bon. Et maintenant, le film, ça donne quoi au final ? Beaucoup de choses méchantes ont été dites à son sujet, et on imagine que la déception des fans nourrie par les tabloïds y a contribué. La vérité vraie, c’est qu’à l’image de son réalisateur, Solo n’est ni formidable ni médiocre. Il est juste terriblement « moyen », ainsi que daté, dépassé dans sa conception d’un divertissement naïf et sans prise de tête. Ce qui est en quelque sorte une belle qualité, et raccord quand on repense aux débuts de la saga et son Nouvel Espoir assez campy.

Contrairement aux blockbusters et films de genres actuels, noirs et déprimants (l’Episode VIII aussi), Solo : a Star Wars story dégage un parfum de série B des eighties, un charme désuet qui donnerait l’impression qu’il a été exhumé des cartons d’un George Lucas frileux de se planter à l’époque, après ses errements au pays des Ewoks (revoyez La Bataille d’Endor, pour rigoler). Le spectacle est donc correct, mais sans surprises ni vrais coups d’éclats, à part quelques belles régions de l’espace inédites à l’écran (le « Maëlstrom » en tête et le prétendu raid de Kessel). Quant à l’humour, il patine parfois mais peut faire sourire, à défaut de se marrer.

Solo : A Star Wars Story « En route pour une suite ! … Comment ça, « non » ? »

Réussies également, ce dont personne n’avait besoin : les réponses sur la genèse du héros. Alden Ehrenreich ne joue pas telle une moule anesthésiée, comme tout le monde le prétend, et il s’approprie même des fois vraiment les mimiques d’Harrison Ford. Les rencontres avec les personnages clés de la légende (Chewbacca, Lando, le Faucon Millennium) sont enchaînées de façon un peu trop commode. Enfin, les petits nouveaux sont au diapason, c’est-à-dire dispensables : le mentor Tobias (joué par Woody Harrelson, toujours impec), le méchant Dryden (Paul Bettany, jamais gâté par le réalisateur), et bien sûr, la love interest Qi’ra (Emilia Clarke, transparente comme partout ailleurs que dans Game of Thrones). Au final, c’est la droïde L3-37 (Phoebe Waller) qui justifie le plus son existence, par son lien surprenant mais raccord avec le mythique vaisseau Millennium.

Au final

Le fan service est assumé avec application, mais sans passion. Solo reste un bâtard, un rejeton déformé né dans la douleur, et dont personne ne veut vraiment (à l’image d’un caméo totalement inutile dont tout le monde se serait passé). Il a ses qualités, mais qu’est-ce que vous voulez… Terminons sur un détail qui ressemble autant à une pique adressée à Lucas qu’à un troll pour les fans assidus de la saga : oui, cette fois, HAN ! SHOT ! FIRST ! Et ça, j’avoue, ça fait sourire.

LES + :

  • C’est pas vraiment mauvais. Je veux dire : c’est correctement filmé, les acteurs sont pas si nuls qu’on le dit, les références sont raccord…
  • Le film tient sa promesse de répondre à tout ce qui fait le personnage de Han Solo.

LES – :

  • C’est pas totalement bon non plus : les effets spéciaux sont parfois vraiment spéciaux, les thèmes abordés sont maladroitement insérés dans l’intrigue, le caméo de (censuré) est un appel à la suite qui heureusement n’arrivera jamais…
  • Le film tient trop bien sa promesse : on a l’impression que la légende s’est inscrite en deux jours !
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Critique expresse : Avengers Infinity War « La fin du Tout »

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Avengers Infinity WarDans Avengers Infinity War, Thanos, le « titan fou », a enfin décidé d’intervenir en personne dans le Marvel Cinematic Universe. Après s’être emparé hors film de la pierre du Pouvoir (vue dans les Gardiens de la galaxie), il s’approprie la pierre de l’Espace (aka le Tesseract, aperçu pour la première fois dans Captain America). Ce faisant, histoire de prouver qui est le patron, il extermine la team Thor, perdue dans l’espace depuis la fin de Ragnarock. L’homme au gros menton envoie ensuite ENCORE des sbires sur Terre, pour s’octroyer les pierres du Temps (gardée par Doctor Strange) et de l’Esprit (portée par Vision). Heureusement, les Avengers ont été prévenus et organisent la résistance. Pendant ce temps, Thor part à la recherche d’une arme censée vaincre Thanos. Les Gardiens décident quant à eux de devancer ce dernier dans sa recherche des deux dernières pierres…

Avengers Infinity War est la promesse tenue de rassembler tout le casting du MCU autour d’une aventure (en apparence) terminale, avec l’arrivée du tant anticipé Thanos, terreur de l’Univers et possesseur du gant de l’infini. Dès l’introduction, le décor est planté : le bad guy est grand, balèze et vraiment intimidant. Les frères Russo aux commandes du film avaient déjà prouvé qu’ils savaient créer une ambiance ou planter un personnage suivant les besoins (cf. les deux derniers Captain America).

Avengers Infinity War

Jésus est arriiiiiivééééééé… !

On est donc soulagé concernant le grand méchant que Marvel a gardé sous le coude pendant dix ans. Contrairement aux serpillières qu’ont affronté les Vengeurs jusqu’à présent, Thanos est un fanatique en croisade, à la fois posé et brutal, et son raisonnement aussi simpliste que tordu peut légitimement faire peur. Cela reste un méchant de bande dessinée, grandiloquent et coloré, mais ses soliloques reflètent des peurs naïves générées par l’urbanisation et une démographie galopantes depuis plusieurs décennies : il veut tuer 50% des formes de vie de l’Univers afin de… le préserver (voir le film pour plus de précisions).

Parce que le faire une planète après l’autre prendrait l’éternité, il veut donc rassembler les pierres d’infinité afin de pouvoir exécuter son projet d’un claquement de doigts. Loki avait averti le monsieur depuis la scène d’ouverture : « Tu ne seras jamais un dieu ». Sauf que Thanos, malheureusement, ne veut pas le devenir, contrairement à Apocalypse, le méchant du film X-Men homonyme.

Il ne veut pas voler sa liberté à quiconque, il ne veut pas imposer sa loi, il ne veut rien gagner, juste accomplir une chose qu’il croit juste et nécessaire (évitons de faire le parallèle avec des groupes religieux/terroristes douteux…). Que son vœu soit absurde ou non (l’Univers étant prétendument infini, on ne risque pas de manquer de vivres ni de place), c’est sa conviction, sa volonté inébranlable à accomplir sa destinée qui le rendent si imposant, si fascinant et dangereux en même temps.

Avengers Infinity War a un méchant intéressant

Certains moments parmi les plus dramatiques ou intéressants sont dus aux dilemmes moraux auxquels on ne s’attendait pas à voir CE personnage être confronté, les sacrifices qu’il doit, LUI, faire et assumer. On ne s’attendait pas non plus à une telle fin, en apparence jusqu’au-boutiste et radicale. On se doute bien qu’une pirouette des scénaristes annulera les conséquences de ce dénouement « choc ». Qu’importe puisque les frères réalisateurs osent au moins conclure leur film sur un sentiment d’achèvement, de conclusion qui aurait pu être authentique et réellement surprenant si l’on ne savait pas que la suite arrivera l’an prochain (ni qu’une scène post-credits annonce déjà le prochain opus du MCU).

Avengers Infinity War

Mais il fallait au moins ça pour maintenir l’intérêt. Après 18 films, le MCU rassemble ici une troupe de ouf qui n’a pas beaucoup de temps pour exister individuellement ici, mais qu’importe puisqu’ils en ont déjà eu l’occasion dans leurs films solo. Les enjeux maousses, des catastrophes en rafale et des prétextes fumeux réunissent donc tout ce petit monde plus que des motivations personnelles.

De toute façon, on était prévenu et conscient depuis le départ : Infinity War serait un gros burly brawl de 2h30 prétexte à des bastons qu’on espérait de folie et du spectacle comme Hollywood a hélas perdu l’habitude d’en faire. Les précédentes productions Marvel étaient trop localisées sur Terre ou trop kitsch quand elles se perdaient dans l’espace (Thor Ragnarock ou les Gardiens de la galaxie ont autant de belles choses à montrer que peu de talent pour les mettre en valeur).

L’univers s’agrandit encore

Ce nouvel opus s’ouvre réellement à l’Univers et même à des couches de réalité supérieures, voire intérieures, et il a ainsi de vraies belles choses à montrer, quelque part entre SF et fantasy. Sans compter que niveau action, certaines échauffourées sont jouissives et dignes de la dimension épique et mythologique qu’on prise ces aventures en une décennie (la confrontation avec Thanos sur Titan, Thor rallumant la forge galactique comme le ferait Kratos dans God of War…). Bref, avec un sérieux et un talent technique irréprochables, Avengers Infinity War sait parler au gosse qui est en nous.

Restent les tics auxquels nous avait habitué le MCU et son inévitable escalade :

  • La p**** de scène post-générique ;
  • Des ressorts scénaristiques faciles (comme des actes ou décisions absurdes de la part de nos héros) ;
  • Un humour devenu si habituel qu’il ne marche plus aussi bien ;
  • Les armures beaucoup trop abusées d’Iron Man et de Spider-Man ;
  • Les problèmes de virilité d’un Bruce Banner incapable de sortir son Hulk, et qui devient embarrassant plutôt qu’attachant à force de l’entendre se parler à lui-même.

Sorti de ces lourdeurs, Avengers Infinity War surprend et divertit laaaaargement plus qu’espéré. C’est assez pour séduire et passer un excellent moment.

Avengers Infinity War« Rappelle-moi combien t’es payé, déjà ? Parce que j’ai fait le calcul, et si on était payé à la vanne, je devrais valoir largement plus cher que toi. »

LES + :

  • Un film « tout en un » qui nous en donne pour notre argent.
  • Du spectacle pop-corn maîtrisé, qui divertit et emballe beaucoup mieux que l’Ere d’Ultron, pour ne pas le citer.
  • Un antagoniste soigné auquel on ne s’attendait pas.
  • Une noirceur et un final auxquels on ne s’attendait pas non plus.

LES – :

  • Il en manque quelques uns (Ant-Man, Hawkeye, Hulk ou presque).
  • Mark Ruffalo est devenu le nouveau Jar-Jar Binks.
  • Ça reste un Marvel. Si vous n’aimiez rien avant, vous n’aimerez pas plus maintenant.
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Critique : Ready Player One « Même joueur joue encore »

rpo_alaune

Ready Player One filmReady Player One se passe en 2045. Wade Watts (Tye Sheridan) est un ado orphelin vivant dans un bidonville vertical. Comme tout le monde, il cherche à fuir une réalité sordide à travers l’OASIS, un monde virtuel de l’ampleur d’une galaxie, amalgame ultime de tout ce que la télé, le cinéma, les jeux vidéo et l’Internet ont vomi ces soixante-dix dernières années. Le jour où son créateur a cassé sa pipe, il a promis les clés du royaume et ses parts de société à quiconque remportera trois épreuves menant à un « easter egg ». Quand Wade remporte la première manche, il menace le monopole de la puissante corporation IOI, dont l’empire est bâti sur la publicité invasive, l’endettement et les travaux forcés via l’OASIS. Le danger virtuel va alors peu à peu devenir réel…

Commune mesure

Sur le papier, le dernier Spielberg n’a rien de révolutionnaire. D’une part, son récit est archi classique. Wade (entouré de sa petite bande de goonies, euh, partenaires de jeu) est l’ado antihéros habituel que le grand public américain ou non aime tant. Parti du bas, il combat un système puissant et perverti, sa cause personnelle épousant finalement celle du bien commun. Avec l’aide de ses camarades (alors qu’il clame à qui veut l’entendre qu’il « ne fait pas de clans »), il renverse ledit système et obtient la reconnaissance, le self estime et l’amour qui lui manquaient dans la vraie vie (il se situe par contre au plus bas possible de l’échelle sociale, histoire de pouvoir quand même se payer un PS VR).

D’autre part, Ready Player One saute à pieds joints dans une double thématique certes actuelle mais ô combien opportuniste : la nostalgie du passé (provoquant remake, reboot et suites tardives) et l’engouement sans cesse croissant pour le monde des jeux vidéo (et ses adaptations craignos visant un public fortement incompris). La bouillie de pixels annoncée par la bande-annonce laissait craindre le pire, un spectacle fourre-tout et illisible dans la lignée de ce que le réalisateur du Bon Gros Géant tend à produire lui-même dernièrement (hem hem, Transformers). Et alors là : Worms, Goro, Akira, Batman, Jurassic Park, Chucky, Retour vers le Futur, le géant de fer, le Seigneur des anneaux, les Tortues Ninjas, Mario Kart, Superman, Alien, Jason Vorheese etc. etc. etc. et on en oublie ! Citer tout et tout le monde ? OK. Mais y a-t-il une bonne manière de faire ?

Ready Player One filmAttention en traversant la rue, hein…

Full cycle

Ironie savoureuse, Ready Player One n’est pas lui-même l’adaptation d’un jeu vidéo ni d’une franchise poussiéreuse, mais du roman homonyme d’Ernest Cline (que je n’ai pas lu encore, on évitera donc critique ou comparaisons poussées avec ce dernier). Or le livre fait lui-même lourdement référence au regretté passé que tente d’exploiter l’industrie ciné à court d’inspiration. Le serpent se viderait de son sang en se mordant la queue, si ce n’était pas Spielberg aux commandes, l’un des piliers de cette même culture qu’on vénère. Cela a certes l’air d’un retour à la case départ, mais les degrés de lecture de l’œuvre se multiplient comme à l’infini, à mesure que se déroule un récit sans réelles surprises.

A l’image du McGuffin de l’histoire, Spielberg truffe Ready Player One d’une infinité d’easter eggs proprement impossible à tous identifier d’un coup d’œil. Son dernier né est un pur film pop à l’intention d’un public pop toutes générations confondues, et réalisé par un orfèvre qui n’a plus rien à prouver en matière de narration visuelle (même lorsqu’elle est « computer generated »). Impossible de se retenir de rire devant les gags si chers à Spielberg (les rangées de joueurs professionnels « décimés » lors de la bataille finale) ni devant l’incongruité des multiples chocs d’influences, harmonieusement réunis dans les mêmes plans ou scènes. Rien qu’avec tout cela, le film bénéficie d’une « rejouabilité » forte…

S’il n’est pas exempt de défauts, comme deux-trois longueurs ou un peu trop d’expositions (en particulier sur ses propres influences, la faute aux différences d’âges dans le public), Ready Player One est divertissant pour les profanes, et forcément trippant pour les geeks. La dernière perle du réalisateur ne manque pas non plus de pertinence quant aux mondes qu’elle dépeint, même brièvement (via l’anticipation du monde réel avec ses drones et bidonvilles, et l’explosion du marché de la VR). Quant à l’OASIS, véritable univers où tout est possible, il dépeint avec cynisme le futur des gamers. Le sang y est remplacé par des bitcoins, les joueurs professionnels bossent en bandes organisées pour de sales capitalistes, et l’endettement et les travaux forcés sont totalement normaux ! Youpi, vivement…

Ready Player One film« Must go faster. MUST GO FASTER ! »

Ready Player One : l’automne de Spielberg ?

Mais au-delà de ça, la quête balisée de Wade et ses copains n’est qu’un prétexte pour le réalisateur à usurper l’identité de Halliday (joué par l’excellent Mark Rylance, nouvelle muse de Spielberg). A travers le créateur de l’OASIS, il distille ses propres influences, parfois pour le meilleur : une épreuve du roman impliquant le film Wargames est ainsi remplacée par une réécriture bluffante de Stanley Kubrick. Là où n’importe qui d’autre, « grand fan du bouquin » et tout ça, aurait fidèlement repris sans saveur l’œuvre papier, Spielberg ne fait pas que s’approprier l’histoire mais s’y intègre entièrement, sans pourtant jamais laisser plus de temps d’écran à ses œuvres qu’à d’autres (son T-Rex n’apparaît pas plus longtemps que le King Kong de Peter Jackson, par exemple).

Halliday devient ainsi l’avatar du réalisateur. Le personnage après lequel tout le monde court est conscient de l’importance de l’héritage qu’il laisse, alors qu’il est lui-même hanté, en bien comme en mal, par celui qu’il a reçu (soit la culture des années 60 à 80). Les épreuves dans l’OASIS sont basées sur ses expériences culturelles mixées à d’autres plus personnelles. Chaque épreuve et sa solution sont nées d’une émotion, d’un désir du créateur sans cesse contrarié par un manque d’initiative ou de moyens. La quête pour gagner l’easter egg se révèle alors n’être « que » une énième quête initiatique, mise en place par le protagoniste lui-même. Pour gagner, le futur héritier doit comprendre intimement le légataire. A travers le monde du jeu, ce dernier espère ainsi instruire ses admirateurs sur lui-même et ses propres regrets, et à percevoir au-delà les erreurs à ne pas commettre à leur tour.

Ready Player One filmLa révolution passe par Dance Dance…

Bilan de fin de partie

Spielberg n’est pas fatigué. Il a juste lui-même ouvert les yeux sur l’héritage qu’il laisse, comme Halliday. Comme lui, il est conscient qu’il ne durera pas et que son travail pourrait être dénaturé (au nom du pognon ou d’une incompréhension geek) quand il ne sera plus là. Il dissimule donc son message dans un océan de références qui resteront amusantes à prendre au premier degré. A moins de voir par-delà les choses et de nous libérer nous-même du passé qui nous hante et nous réconforte, afin de construire véritablement l’avenir. L’OASIS est une ode à la joie, à la liberté de penser et d’exister, peu importe notre voie et quel modèle (artefact ou avatar) on choisira. Il nous rappelle que l’important, c’est de rêver sans jamais oublier, même si les supports employés continueront de changer.

LES + :

  • Un monde virtuel crédible et sans doute prémonitoire.
  • Un humour et une incongruité souvent irrésistibles.
  • Des références par milliers qu’on aurait jamais cru possible de rassembler.
  • Différents degrés de lecture. Plus on s’enfonce, plus on touche au cœur doux-amer du réalisateur.

LES – :

  • Un monde réel également prémonitoire, qui aurait peut-être mérité un peu plus de temps d’écran ?
  • Le film explique parfois un peu trop par le dialogue ses références ou son univers (cf. une plutôt longue introduction avec voix-off). Dommage quand Spielberg est généralement si doué pour s’exprimer visuellement.
  • C’est ce cœur doux-amer qu’il m’a fait mal d’atteindre, en pensant que le Spielberg joueur et candide nous manquera une fois parti… à moins que la relève ne capte le message.
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Critique expresse : Red Sparrow « Tu m’as envoyée à l’école des p**ains ! »

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Red SparrowDominika Egorova (Jennifer Lawrence) est une jeune étoile russe de la danse, déchue après que son partenaire lui ait « maladroitement » pété la guibolle en pleine représentation. Des mois plus tard, elle est rétablie mais sans avenir, avec une mère malade sur les bras. Son oncle Vanya (Matthias Schoenaerts), chef en second du SVR, le KGB post-Guerre froide, lui offre alors de devenir espionne. Dominika intègre donc l’école des « moineaux » (d’où « Red Sparrow »), où de jeunes hommes et femmes apprennent l’art de la manipulation et de la séduction. Malgré un cursus difficile, Tonton vient rapidement la chercher pour approcher un agent de la CIA (Joel Edgerton). L’enjeu est de découvrir l’identité d’une taupe au sein du gouvernement russe. Mais pour Dominika, la vraie mission sera de trouver comment sortir de l’engrenage dans lequel elle s’est retrouvée…

Nouveau représentant du thriller d’espionnage porté par une femme fatale, Red Sparrow n’a rien d’un film d’action post-Jason Bourne, et ne possède de près ni de loin aucune scène nerveuse digne de ce nom. Le dernier film de Francis Lawrence (Je suis une légende, Hunger Games) est un pur jeu de manipulations/trahisons, réussi par ailleurs. Il s’avère prenant, atmosphérique, esthétique, et son côté glaçant évoque si bien la Guerre dite « froide » que sans l’intégration de smartphones, on croirait que l’intrigue se déroule trente ans en arrière.

Le fantôme de la Guerre froide

Red Sparrow est techniquement irréprochable, la lumière est magnifique et la mise en scène appliquée. Pourtant, malgré son air vintage, il ne se déroule pas dans les années 80 comme le récent Atomic Blonde (autre exemple d’une espionne à l’ancienne qui en bave, mais différemment). Ici, les seuls piégés dans un passé politique jamais mort à leurs yeux, ce sont les protagonistes, un aspect du film qui rappelle aussi Salt de Philip Noyce. Et le casting est à la hauteur du ressenti, vu tous les vieux briscards ayant répondu présent (Jeremy Irons, Ciaran Hinds, Charlotte Rampling, Marie-Louise Parker etc.).

Red Sparrow

L’actioner avec Charlize Theron offrait morceaux de bravoure et tubes entraînants. Dans Red Sparrow, on ne « s’éclate » pas autant. La violence est presque toujours brève, anecdotique ou figée dans des tableaux glaçants. Mais lorsqu’elle s’exprime, elle marque (au propre comme au figuré), à l’image d’une scène de torture parmi les plus saignantes et douloureuses que j’aie vues dernièrement.

Red Sparrow déglingue les genres

Une seule chose s’avère plus dérangeante encore dans Red Sparrow, mais son interprétation dépendra de votre débat du moment. Le film met en scène une femme intelligence et psychologiquement forte, même si pas particulièrement héroïque. « Hourra » crieront certaines ? Pas forcément. Si Dominika finit par arriver quelque part, elle aura auparavant été violée (sa mission d’essai), abusée (le traitement subi à l’école des moineaux) et violentée (le SVR ne fait pas de cadeaux aux traîtres, même supposés).

Les hommes ? On n’est pas gâtés : entre le patron obsédé, le tortionnaire sadique, le violeur de douche typique, et un baiser incestueux non rejeté, la J-Law est très mal entourée. Alors du coup : héroïne modèle d’un sexe plus fort que les préjugés, ou énième victime du mâle qui la façonne comme il se la représente (un outil et une p*tain) ? Soyez prévenus, messieurs-dames : qu’on le croie féministe ou misogyne, Red Sparrow saura faire honte aux deux sexes.

LES + :

  • Pour les nostalgiques, un thriller d’espionnage beau et prenant.
  • La Guerre froide est un état d’esprit, et il est bien vivant à l’écran.
  • Une scène de torture qui fait frissonner.

LES – :

  • Ça va encore jaser quant à savoir si le film est féministe ou misogyne. Mais bon, la belle est une héroïne et les hommes (presque) tous des salauds, alors les deux se tiennent. ^^
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Critique : Tomb Raider « C’est pas encore ça, mais… »

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Dans Tomb Raider, Lara Croft (Alicia Vikander), 21 ans, pleure la disparition de son richissime père depuis maintenant 7 ans. Refusant d’admettre sa mort, elle tente d’oublier sa misère en faisant du kickboxing et des livraisons à vélo (elle pourrait à la place hériter de son argent et de sa puissante compagnie, ce qui serait pratique pour le retrouver vivant ou mort, et ainsi avoir la paix, mais bon). Un jour, un notaire empoté lui lègue la clé du bureau secret de son padre. Ce dernier a laissé un message à sa fille lui demandant de ne pas aller sur une île japonaise perdue, dont il croyait s’agir du tombeau de la reine/sorcière Himiko. Evidemment, la fille pas lourde va s’y rendre seule, en naviguant sur une coque de noix commandée par un ivrogne. La suite, on la connaît : naufrage, mercenaires armés et épreuves à la Koh-Lanta n’attendent que la demoiselle pour lui prouver que, malgré son jeune âge, elle a tout d’un mec, euh, d’une grande…

Ça fait du bien d’être de retour ! C’est probablement aussi ce que doit penser Lara Croft, après les quinze ans de silence radio ayant suivi les rigolades menées par Angelina Jolie (Lara Croft : Tomb Raider et LCTR : The Cradle of Life). Deux reboot de pixels plus tard, la franchise est suffisamment fraîche pour faire comme tous ses confrères vidéoludiques à succès : détruire toute crédibilité grâce à une adaptation ciné. Oui mais…

Tomb Raider : un film avant d’être une adaptation

Le trailer inquiétant augurait d’un copier-coller du jeu de 2013 et de ses cascades improbables. Et là, surprise : Tomb Raider est la première adaptation d’un jeu vidéo pouvant se vanter d’être… un vrai film, qui malgré ses défauts se regarde et se comprend comme tel. Il s’avère même parfois agréable sans que jamais l’incongruité d’une reprise (de scènes ou d’objets du jeu) ne saute aux yeux du profane.

On est loin du carnaval sans queue ni tête orchestré par Paul W.S. Anderson sur ses Resident Evil, ou du sibyllin Assassin’s Creed de Justin Kurzel. Ces films réarrangeaient n’importe comment les éléments de leurs jeux respectifs sans jamais parvenir à être artistiquement défendables (les premiers) ni divertissant (le second). Et dans les deux cas, ils n’étaient jamais compréhensibles. Bref, il fallait connaître les jeux pour les aimer ou (surtout) les détester.

Tomb Raider 2018

C’est bon car c’est con

Mais là, t’embête pas, Papa ! Tomb Raider 2018 n’est qu’un blockbuster bis, produit pour pas trop cher et sans prise de risque. Un sous-Indiana Jones rappelant les productions glorieuses de la Cannon lors des années 80. Un film d’exploitation ni mémorable ni médiocre, qui méprise l’intelligence des spectateurs dans le seul but de ratisser large.

Le film choisissant de réécrire le reboot de 2013, il le fait en moins grandiloquent, budget oblige. Si tout ce qu’on voit à l’écran découle complètement du jeu, rien ne s’y déroule donc de la même manière. Les puristes vont râler comme d’habitude et c’était couru d’avance. D’autant que la relation père-fille est ici exploitée grossièrement ou honteusement, au choix (Papa réserve une « surprise » à mi-chemin dont on se serait bien passé).

Cela ne veut pas dire que le métrage fait mal à voir. Roar Uthaug (le réalisateur) évite beaucoup les excès de style et le fan service appuyé. Si la bande-annonce faisait peur, il faut reconnaître que tout est emballé comme un film plutôt qu’un jeu. Même les sauts au ralenti de Lara, hyperboliques dans le trailer, sont moins ridicules et plus appropriés une fois remis dans leur contexte.

Reprises surprises

Conscient de ne pas être le film de l’année, Tomb Raider n’essaie jamais d’être ce qu’il n’est pas, et ça c’est bien. Ce n’est pas un rouleau compresseur saisonnier (face à Marvel, faut pas rêver) et ce n’est pas un pseudo film d’auteur (coucou, Assassin’s Creed). Ce n’est pas non plus un portage fidèle du jeu d’origine ni le nouvel Indiana Jones. En revanche, en bon film d’exploitation, il repompe tout ce qu’il peut de ce dernier, notamment avec ses esclaves utilisés pour des travaux miniers, et des dialogues père-fille entièrement référentiels.

Carton rouge par contre pour les « nouvelles origines » de Himiko. Si elles s’inscrivent tout à fait dans l’esprit bisseux du film, elles ont par contre totalement été piquées sur un épisode de la série… Uncharted. Soit un autre mètre étalon du genre, grand concurrent de Tomb Raider et arlésienne au cinéma depuis 10 ans. Quelle ironie, tout de même.

Sans surprise, les références qui passent le plus mal sont les plus flagrantes et poussives. Elles surgissent surtout dans les dernières minutes, avec la mention de l’organisation Trinity et le caméo de Nick Frost. La première est gratuite et trop appuyée, et le second (à qui Lara achète ses célèbres flingues) sort de et mène nulle part.

Des faux défauts ?

Les défauts de ce nouveau Tomb Raider ne proviennent pas pour une fois d’un matériau mal adapté. Ils viennent plutôt des canons datés du genre « action-aventure » et du desiderata d’une production trop peureuse de se planter.

Sans cela, il est certain qu’on aurait évité une introduction « pour les nuls ». Parce que reconstituer les morceaux, c’est trop chaud pour votre cerveau, cette dernière explique Himiko et sa légende en deux minutes, voix off et fondus sur cartes anciennes à l’appui. Vous saurez ainsi déjà tout BIEN AVANT Lara elle-même. La tension et l’intérêt retombent derechef à zéro. Fléau des films d’aventures modernes, apparemment (le reboot de La Momie y avait lourdement recours), ce procédé vole d’entrée tout mystère ou plaisir de découverte. Vexant.

Ne parlons pas du coup du méchant derrière le méchant. Quand on a l’excellent Walton Goggins, charismatique et humain dès ses premières secondes, on ne le fait pas avouer trois minutes après qu’il n’est qu’un sous-fifre qui ne veut pas être là, et qu’il n’obéit qu’à une voix au téléphone. Du coup, pas de rencontre marquante ou fondatrice pour Lara. On nous glisse à la place des références éparses à Trinity, le groupe obscur apparu dans Rise of the Tomb Raider, promettant de manière bien pratique moult ennuis (et suites) pour la belle.

En définitive

Malheureusement, à cause de tout cela, l’attention du spectateur dégringole rapidement. Quand arrive le final ni honteux ni trippant dans le fameux tombeau de la reine japonaise, résolutions de puzzle et pièges mortels ne parviennent pas à surprendre ni à remonter l’intérêt. Dommage.

Tomb Raider 2018

Rien à dire enfin concernant Alicia Vikander, sinon que caster une actrice fraîchement oscarisée, c’est opportuniste. Mais qu’on se rassure, son personnage ne sera jamais sexualisé, ni sa féminité ou sa fragilité mise en avant. Pas de quoi râler au sexisme, donc, on est sauvés ! Lara n’est pas ici une jeune femme sympathique : c’est seulement un personnage sympathique. C’est peut-être là la seule chose que les producteurs n’ont pas pu exhumer du siècle passé…

LES + :

  • Pour une fois, c’est un vrai film, peu ou pas handicapé par son origine vidéoludique.
  • Après tout ce qu’on a vécu, un tel résultat est honorable.

LES – :

  • C’est un film aux erreurs difficiles à pardonner quand même (reprises faciles, méchant et enjeux réduits à zéro à la vitesse de l’éclair).
  • Tout ça n’a rien d’original ni de mémorable.
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Critique : Blade Runner 2049 « C’est reparti pour trente ans ! »

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>> Garanti sans spoiler <<<

Los Angeles, 2049. L’agent K, un « blade runner » chargé de l’élimination des Réplicants obsolètes et à la situation clandestine, découvre sur le site de sa dernière mission un secret enfoui depuis trente ans. S’il devait être révélé, ce secret pourrait bouleverser l’équilibre du monde et mener à la guerre civile. Sa nouvelle mission va donc consister à en éliminer toute trace, quitte à remettre en cause les limites de sa propre humanité, une frontière devenue bien floue à cette époque…

Cela fait déjà bien vingt ans que Ridley Scott parle de faire une suite à Blade Runner. Or trente ans maintenant après celui-ci et de multiples révolutions technologiques, il n’y a semble-t-il plus de débats ou de pistes vraiment frais à exploiter dans le cinéma de science-fiction contemporain. La seule interrogation qui reste est de savoir, justement, comment les aborder avec intelligence. Et c’est ce savoir-faire qui brille dans le dernier film de Dennis Villeneuve.

L’âme dans la machine

Après les consternants Terminator Genisys et Ghost in the Shell, on sait que la seule chose qui intéresse les gros studios dans la S-F (autant que les prétendus « fans » respectueux aux manettes), c’est de réexploiter une forme sans en saisir son fond, parler d’un sujet sans en piger le propos, revigorer une franchise sans se soucier de l’œuvre. Les tâcherons coupables d’avoir photocopié le travail de Cameron et Oshii avaient déjà un CV bien révélateur de leurs carences en dons artistiques et en jugeote (les gars qui ont commis Thor 2 et Blanche-Neige et le chasseur, franchement…).

Mais là, on parle du réalisateur de Sicario, Premier contact ou encore Prisoners, un gars qui s’est fait un nom par sa patte et son talent singuliers avant de saisir une opportunité. Et si ça nous ferait mal de le voir un jour finir comme Ridley Scott, il était à l’heure actuelle le choix le plus judicieux pour coller dans les pas du maître à ses débuts.

Blade Runner 2049 : une suite ambitieuse

C’est de son réalisateur que Blade Runner 2049 tire toutes ses forces ou presque. Saluons tout de même au passage un scénario policier issu des scénaristes d’origine, plus ambitieux que celui (famélique) du premier : ses multiples rebondissements sont certes sans originalité et un brin manichéens, mais ils sont correctement égrainés, et il comporte son lot de personnages fascinants (mention spéciale à celui de Jared Leto). Bien plus parlant, il ne sert jamais dans ses dialogues des questions ou aphorismes grossiers, laissant les tourments personnels de ses personnages parler pour eux-mêmes.

Mais ce qui a fait de Blade Runner un film culte avec le temps, c’est le monde de Rick Deckard, et il vaut le prix de l’admission, surtout trente ans après. En plus d’être beau à pleurer (magnifique photo de Roger Deakins, décors cyclopéens et brumeux aux détails à donner le tournis), le film ne cherche JAMAIS à vouloir transformer le métrage de Scott en franchise à succès. Encore plus, il parvient tout à la fois à tenir lieu de suite (le dangereux secret est bien sûr lié aux événements du premier), de réinvention mais également de prolongement à l’univers initié en 1982. Un prolongement bien évidemment grâce à la croissance de l’urbanisation (il faut voir les tristes ravages de la pollution) et surtout à l’évolution de la technologie, qui multiplie les opportunités mais également les questionnements liés à son usage.

Mise à jour réussie

A l’inverse de T5 ou de Ghost in the Shell, trop occupés à copier des motifs sans se rappeler leur raison, on s’interroge autant qu’on s’émerveille devant les ustensiles et applications utilisés de manière courante dans Blade Runner 2049. Notamment via la troublante et très sensuelle « Joi », ou encore cet outil au design très symbolique permettant de créer et manipuler des souvenirs artificiels.

Blade Runner 2049

Bien sûr, tout le monde n’aimera pas la « lenteur » de l’histoire, mais autant que dans l’original. Certes moins film noir que mystère policier cette fois, son intrigue est prétexte à faire réellement honneur au travail initial, plutôt que de bêtement le reproduire, et ainsi prolonger son héritage. Il est d’ailleurs amusant de noter que le film se conclut (sans spoiler) sur une rencontre/réconciliation émouvante et toute symbolique entre « ancien » et « nouveau ». Bref, Blade Runner 2049 est bien Blade Runner : 30 ans après, relançant la machine des questionnements, de la fascination et des inquiétudes sur le devenir de la technologie, de notre société et, plus vague, du cinéma.

LES + :

  • Une bonne leçon dans la face de toutes les autres suites/reboot/remake opportunistes.
  • Une vraie suite non forcée à l’original.
  • Un vrai nouveau film qui a ses propres qualités.
  • Un vrai tour de force qui marie ancien et nouveau, nostalgie et modernité.

LES – :

  • Si vous n’aimiez pas que l’original soit lent, vous pourriez ne pas aimer celui-ci non plus, même si son intrigue comporte bien plus de rebondissements.
  • Peut-être la bande son, excellente mais pas à la hauteur de la mémorable B.O. d’origine.
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Critique expresse : Fast & Furious 8 « Le kiff honteux »

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FF8_bannerDans Fast & Furious 8, une méga hackeuse insaisissable nommée Cipher (Charlize Theron) vient à Cuba perturber la lune de miel de Dominic Toretto (Vin Diesel). La belle estime le malabar redevable envers elle et connaît sur lui un sombre secret qui va le faire rebasculer du mauvais côté de la légalité. Dom va donc aller faire les courses pour la miss, avec à la clé un dispositif pouvant déclencher la 3e Guerre Mondiale. Pour récupérer leur ami et contrer les plans de Cipher, Hobbs (The Rock) et la Famille vont avoir besoin de toute l’aide possible, anciens partenaires (Mr Nobody/Kurt Russell) comme ennemis (Deckard Shaw/Jason Statham)…

On manquera toujours de pages pour dire combien je vomis Fast & furious 7. Scénario je-m’en-foutiste, sous-intrigues en roue libre, gâchis de talents (dont Jason Statham)… Mais aussi fan service abusé, réalisation en pilotage automatique et recyclage d’une formule qui semblait avoir atteint ses limites. Il y avait en plus de quoi s’inquiéter de la toute puissance d’un Vin producteur. Il s’égarait un peu trop dans ses interviews comme dans ses rôles à l’écran. Sans oublier la place plus importante qui lui serait allouée depuis le triste départ de sa co-star Paul Walker…

Con comme la lune

Eh bien traitez-moi de bipolaire mais cet opus 8 (déjà !?), qui va pourtant encore plus loin que son grand-frère dans le spectacle nawak, s’avère en fait jouissif et orgiaque au plus haut point. J’entends au loin hurler « WTF, bro ? » Certes, The Fate of the Furious (arf) continue à exploiter toujours plus le thème de la famille, à creuser la bromance entre les fortes têtes de son casting, à agrandir davantage la bande jusqu’à user de ressorts dramatiques dignes d’un soap opera (cf. le « secret » de Dom/Vin Diesel), et à faire revenir absolument (presque) toutes les têtes des films précédents, quitte à contredire la logique ou le bon sens.

Oui mais… contrairement au précédent volet, sa connerie assumée n’est cette fois pas pointée du doigt par le non-sens de son intrigue, dont le double fil rouge est ici tenu du début à la fin : Dom devient « rogue » et une méchante hackeuse veut dominer le monde, point barre. C’est bon, envoyez la sauce ! Et niveau sauce, les auteurs redoublent d’efforts pour nous surprendre (notamment les passages à New York et en Russie, complètement fous).

Trop « fast & furious », mais bon…

C’est vrai qu’il y a des ombres au tableau. Il y a tous les points cités plus haut, plus une facilité narrative tutoyant le nanar. Mais ces tares viennent d’une mythologie en place depuis le premier film en 2001. Et à l’époque, on misait beaucoup plus sur la beauferie de supermarché, la fraternité pour les nuls et le bling-bling pour boutonneux (« Trop bien, le tuniiiing ! » grognaient mes voisins de classe il y a quinze ans).

La valeur ajoutée depuis le temps, ce sont un esprit serial un peu casse-gueule mais réjouissant. On nous fait croire ici que cet opus est lié aux deux précédents ? Mais bien sûr. Les rapports de force sont plutôt bien équilibrés. L’humour est bovin, à base de concentré de punchlines débiles (« Je vais t’enfoncer les dents si profond que tu seras obligé de te les brosser par le c** ! »). Les morceaux de bravoure ne sont pas forcément bien filmés mais absolument jamais vus. Sauf dans l’esprit d’un gosse de 9 ans clashant ses tutures dans sa chambre, son jardin, sa baignoire… Même Vin en mode « trouble » laisse respirer ses co-stars mastars The Rock et Statham. Ils ont ainsi le temps d’exister qui leur avait été volé dans le volume précédent. Et on en a pour son argent.

J’ai donc honte de le dire. Moi qui m’attendais à le basher, c’est la triste vérité. En matière de réunion de famille super attendue et de blockbuster à formule spectaculaire, décérébré, décomplexé, assumé et maîtrisé, Fast & Furious 8 fait mieux aujourd’hui que Expendables, tous les James Bond et le catalogue Marvel réunis. Par contre, il serait probablement temps d’arrêter. Sinon, Dom et sa clique vont partir dans l’espace affronter une invasion alien. Comment ? Deux autres films en préparation ? Et m****.

LES + :

  • Un film qui ne répète pas les erreurs de son grand-frère et qui s’applique même à les corriger.
  • Si vous aimez The Rock et Statham, vous allez adorer.
  • Ça va tellement loin qu’on a l’impression de voir le climax jubilatoire de la série entière.
  • Des idées tellement folles que même moi j’aurais bien voulu les avoir. >_<

LES – :

  • Certains défauts de la franchise persistent (fan service excessif, drame facile, Tyrese Gibson…).
  • La fin laisse sur sa faim… car ce n’est pas la fin, justement. >_<