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5 adaptations de jeux d’horreur en film – Aujourd’hui : Until Dawn (2024)

Until Dawn

Chaque semaine jusqu’au 31 octobre, j’ai décidé de revenir sur cinq adaptations en films de jeux vidéo d’horreur. Les JV et le cinéma entretiennent une vieille relation d’amour-haine, marquée par bien plus de ratés que de réussites (House of the Dead, Far Cry, Postal, etc.). Pourtant, même une adaptation calamiteuse peut se révéler intéressante, si on la regarde sous le bon angle.

Depuis Super Mario Bros et Street Fighter il y a plus de trente ans, les jeux vidéo au cinéma n’ont pas vraiment évolué, toujours plus proches du produit dérivé que du vrai film ciné. Mais gardons espoir. Il y a toujours quelque chose à retenir d’un faux pas, si l’on veut réussir un jour. Transposition, émulation, réappropriation ou simple prolongement, certains jeux d’horreur particuliers sont arrivés sur grand écran tant bien que mal, mais pas sans mérite.

Aujourd’hui, retour sur Until Dawn, adaptation libre du carton vidéoludique de Supermassive Games, sortie en 2024. Pour une fois, le film s’écarte grandement de son modèle avec intelligence. La machine s’enraye malgré tout au bout d’un moment, la faute aux défauts de ses qualités

Until Dawn
Until Dawn - David F. Sandberg - Screen Gems - 2024

Until Dawn, l'aube d'un renouveau ?

Clover (Ella Rubin) part avec ses meilleurs amis sur la piste de sa sœur disparue. La nuit tombée, ils trouvent un gîte désert en pleine forêt. C’est le début du cauchemar. Tués brutalement, leur soirée « rembobine » au moment de leur arrivée. Ils réalisent vite que le cycle se répète, mais que leur mort ne sera jamais la même. Une seule règle leur permettra de briser cette boucle : ils doivent survivre jusqu’à l’aube.

Après un Uncharted fainéant, on était en droit de s’inquiéter du nouveau film produit par Playstation Studio, d’autant plus réalisé par le très inégal David F. Sandberg (Dans le Noir, Annabelle 2, Shazam !). À l’arrivée, Until Dawn a bel et bien des failles. Malgré cela, il s’en tire avec les honneurs, et se classe dans les meilleures (ou moins pires) adaptations de jeu d’horreur en film.

Until Dawn
Until Dawn - David F. Sandberg - Screen Gems - 2024

L'horreur du jeu

Uncharted, Max Payne ou Metal Gear s’inspirent de références ciné pour les rendre jouables. Ce sont plus ou moins des copies, mais avec une plus-value : elles sont immersives. Par exemple, Resident Evil est ses suites pillent allègrement La Nuit des Morts-Vivants, Alien, Terminator, The Thing, Les Oiseaux, etc. Sauf qu’on est plongé dedans par le biais de l’avatar.

Sur le papier, Until Dawn, le jeu, s’inspire aussi de lieux communs : cabane isolée, tueur masqué, fantômes, monstres, hallucinations, paranoïa… La différence, c’est que les actions décisives ne sont pas déterminées par votre précision au tir ou votre matière grise, mais par vos choix. Devant un film, à l’abri derrière l’écran, on se moque toujours du pigeon prenant la mauvaise décision dans l’urgence, et le payant de sa vie. Mais dans Until Dawn, le pigeon, c’est vous. Vous pouvez merder, et vos avatars risquent tous d’y passer d’une façon ou d’une autre, parfois à cause d’une mauvaise décision prise deux heures avant (« l’effet papillon »).

Until Dawn est autant un jeu à embranchements multiples qu’un film protéiforme. Il peut encore surprendre après plusieurs parties/visionnages. D’où la question : si l’immersion est au cœur de sa réussite, comment en faire un simple film ?

Until Dawn - David F. Sandberg - Screen Gems - 2024

L'horreur à travers le film

Until Dawn est le premier jeu d’une anthologie développée par Supermassive Games (The Dark Pictures, The Quarry). Il était tout à fait possible d’adapter littéralement, ou même vaguement, l’intrigue d’un jeu. Le film préfère pourtant faire son propre truc et prendre un risque créatif, en portant carrément la mécanique du soft éponyme. Pas forcément une mauvaise idée, puisque tous les titres sortis sont des stand-alone. Ça laisse la porte ouverte à l’imagination.

Ici, les héros revivent constamment la même nuit (soit « refont une partie »), sauf qu’elle se déroule toujours autrement, y compris leurs morts. Les spectateurs sont donc aussi surpris que joueurs et protagonistes, d’autant que le film ne retient pas ses coups. Maquillages et effets gores surprennent agréablement pour une production de ce genre, à la fois ambitieux et très réussis.

Dommage que le grain soit absent de l’image, et que la photographie ne soit pas assez contrastée. Il manque quand même la saleté, et donc la saveur, d’un bon vieux Vendredi 13 ou Evil Dead, auxquels le jeu paie ouvertement son tribut.

Until Dawn
Until Dawn - David F. Sandberg - Screen Gems - 2024

Until Dawn a quand même ses limites

Until Dawn a ses défauts, à commencer par des failles scénaristiques, dont une ellipse narrative frustrante, pas forcément pertinente, ni bien amenée par le procédé employé. Il y a aussi le caractère anthologique de son concept. Finalement, tueur masqué, sorcière, monstres, tout a déjà été vu et davantage développé dans moult films plus focalisés sur un sujet ou un autre. On aimerait bien connaître le fin mot de l’histoire, et ce trop-plein est certes aussi efficace qu’un train fantôme. Hélas, il ne donne pas le temps de s’investir dans les personnages ni dans le récit.

Surtout, il y a le manque d’enjeux à la longue. Il est vrai que nos héros ne peuvent supporter que tant de « continus » avant de succomber définitivement. Mais d’ici là, ils peuvent s’autoriser de mourir, et ne risquent donc pas de subir de vraie conséquence en attendant le final.

En fait, Until Dawn est divertissant, mais manque d’identité et d’originalité. Toutefois, de ce point de vue aussi, l’adaptation est réussie, puisque c’est le cas de plusieurs jeux du studio (Man of Medan, Little Hope, The Quarry).

Until Dawn
Until Dawn - David F. Sandberg - Screen Gems - 2024

On y était presque

Grâce aux efforts déployés, Until Dawn ne s’impose pas comme une référence des films d’horreur, mais tout de même parmi les meilleures adaptations de jeux vidéo. On n’est pas forcément là pour trouiller, mais pour s’amuser, les passages les plus réussis tournant autour de ces morts à répétition, grand-guignolesques et/ou comiques.

La véritable horreur réside peut-être dans un sous-texte involontaire, que certains pourraient voir à travers le récit, lorsque (SPOILER) le meurtre et le suicide sont présentés comme une solution aux problèmes. C’est vrai que c’est dérangeant, mais l’horreur subversive, ça existe aussi.

Until Dawn est disponible en DVD, Bluray et Bluray 4K chez Sony Pictures.

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Critique : la trilogie Venom «  Le parangon de la bêtise pour tous »

Eddy Brock (Tom Hardy) est un journaliste d’investigation qui se fait infecter par Venom, un symbiote extraterrestre. Les deux vont vivre des aventures extraordinaires, mais pas parce qu’elles sont spectaculaires, inventives, ni même bien écrites. C’est même tout le contraire...

La trilogie Venom est une anomalie fascinante. L’un après l’autre, chaque épisode accumule les pires travers des blockbusters super-héroïques, quand ils n’oublient pas carrément de faire du cinéma. Après chaque film (Venom, puis Venom : Let there be Carnage), on se dit qu’il est impossile de faire pire. Venom : The Last Dance est le dernier film avec Tom Hardy en vrac, euh, en Brock, et il boucle de façon cohérente une trilogie accidentelle laissée en totale roue libre. À présent que l’aventure est finie, rien n’est résolu, mais tout est dit.

Venom, c’est bien parce que c’est pas bien ?

C’est dingue, mais Venom a presque raflé un milliard au box office en 2018, et sa suite, sortie en fin de la période Covid, a quand même atteint les 500M$. Venom : The Last Dance est mal parti pour ça, mais nous sommes apparemment dans une période d’essoufflement du public. En tenant compte de cela, selon les derniers chiffres, son score reste décent.

On ne peut pas recommander de voir ces films. Les épisodes manquent de liant, et il y a une absence d’intérêt évidente de la part des personnes aux commandes. Même Tom Hardy, porteur de tout le projet, semble de moins en moins y croire au fil des épisodes. Mais c’est finalement ce désordre qui donne sa valeur ajoutée, le « truc » qu’on ne voit pas dans le MCU, et dans une moindre mesure, chez DC (qui a quand même commis Black Adam, Aquaman 2 et Shazam 2).

Au mieux, la saga est tellement mauvaise qu’elle en devient drôle. Au pire, il y a des leçons à en tirer pour ne pas les répéter. Maintenant que Venom : The Last Dance est là, et que la page est soi-disant tournée, il est intéressant de regarder en arrière et de voir ce que Venom fait que Marvel don’t.

Venom (2018) : le film qui a quinze ans de retard

Eddy Brock se fait virer de son boulot de journaliste et jeter par sa copine. Subitement infecté par Venom, un symbiote extraterrestre, il est mêlé aux plans du billionnaire Drake (Riz Ahmed) et du symbiote Riot, qui veulent détruire la Terre. Alors que c’était aussi la mission de Venom, celui-ci préfère sauver ce monde rempli de jolies lumières, de chocolat et de cerveaux à becqueter.

Le réalisateur de Venom est Ruben Fleischer, la pire serpillère d’Hollywood actuellement (Uncharted). Tu lui demandes, il le fait, sans passion ni envie particulière. Venom est ainsi un film qui fait le café, mais pas des miracles. S’il avait dû y en avoir, ce devait être du côté du scénario. Après le Punisher et avant Deadpool, Venom est l’anti-héros violent le plus populaire de Marvel. Il y avait de quoi vraiment se distinguer des Avengers.

Malheureusement, Sony voulait son propre univers étendu. Venom est ainsi une production tout public. Le bad guy éponyme devient un méchant de façade qui cache un cœur en mousse, et le récit est balisé avec tous les clichés possibles. (Il souffre en plus de gros soucis de temporalités dans ses trente premières minutes.) Saupoudrez de répliques bateaux, parsemez d’un ou deux maigres morceaux de bravoure usant des pouvoirs du symbiote, et surtout, comptez sur l’implication d’un Tom Hardy qui donne tout ce qu’il a, incarnant Brock déboussolé avec l’énergie d’une fouine sous crack (et l’élégance de Jacquouille la Fripouille, quand on le voit manger dans les poubelles et pousser des borborygmes hilarants).

Le plus gros défaut du film, c’est d’être anachronique. Il aurait dû sortir 15 ans plus tôt, en même temps que Daredevil (2003) et Punisher (2004) avec lesquels il partage la même bêtise. À cette époque, les adaptations de comic books continuaient à se chercher. Il ne se serait pas distingué, mais il aurait paru plus à sa place.

Venom

Venom : Let there be Carnage (2021) : l’épisode expert-y-mental

Cletus Kasady (Woody Harrelson) est un tueur en série condamné à mort, qui obtient une entrevue exclusive avec Eddy avant son exécution. En entrant en contact direct avec le journaliste, Kasady est infecté par un bout de Venom, lequel devient Carnage, un symbiote rouge très méchant. Cletus s’enfuit et sème le chaos…

Let there be Carnage est l’un de mes souvenirs ciné les plus vivaces de 2021. Une séance digne d’un bad trip après une ingestion de champis les soirs de chicha blindée à la vodka. Tour à tour, je me suis gaussé, j’ai écarquillé les yeux, j’ai pris ma tête dans mes mains, incapable de croire ce que je voyais. Chaque scène rivalise avec la précédente en absurdité, en n’importequisme et en jem’enfoutisme.

Le réalisateur Andy Serkis a avoué vouloir livrer un pur divertissement rythmé et décérébré, sans le ralentir avec trop d’exposition. Pari réussi. Au fil d’un scénario qui s’en ballec de justifier quoi que ce soit, Serkis s’amuse comme un gosse, utilisant tous les ressorts et procédés qu’il veut. Venom 2 est peut-être le premier vrai comic book movie expérimental. Tout est possible : une scène de ménage musclée entre Eddy et Venom, un passage animé digne d’un film de Tim Burton, Venom investissant une rave party en disant « je sors du placard ». Etc. Quant au casting, tout le monde s’amuse comme en colonie de vacances. Mention spéciale à Woody Harrelson, rivalisant en cabotinage avec Tom Hardy. C’est pas un compliment, mais dans un film aussi taré, c’est un exploit !

Venom : Let there be Carnage est une contradiction. Ce devrait être un film pour adultes, mais son plot et son humour débilitants ne parlent qu’aux moins de 10 ans. Le constat est triste, le résultat spécial, et son souvenir durable.

Venom : Let there be Carnage

Venom : The Last Dance (2024) : la fin de la fin

Eddy est recherché – à tort – pour le meurtre de l’inspecteur Mulligan. Il se met en route pour New York, ou réside un juge susceptible de le blanchir. Mais Venom est suivi par un xénophage, une sale bête à la solde de Knull, dieu des symbiotes, banni depuis la nuit des temps. S’il met la main sur Venom, il obtiendra la clé de sa prison. Une fois libre, il pourra détruire l’univers…

Venom : The Last Dance joue les funambules entre la médiocrité du un et les délires j’menfoutistes du deux. Il s’agit des débuts derrière la caméra de Kelly Marcel, productrice et scénariste déjà à l’œuvre sur les premiers volets. Au moins, ça explique le minimum de cohérence dans l’incohérence générale. Ça et Tom Hardy, qui ressemble plus que jamais à un sans-abri et à un poivrot. On pourrait se demander quelque part s’il joue encore la comédie, ou s’il ne peut plus cacher son état d’esprit, à ce stade.

The Last Dance cumule donc les défauts de scénario de Carnage avec la réalisation sans saveur de Venom. Il alterne des scènes d’action ternes et brouillonnes avec des moments toujours aussi nawak (les hippies, des animaux venomisés, un passage musical avec Mme Chen). Venom achève sa transition d’ado rebelle à gros nounours au grand cœur. Et le scénario schizophrène explique tout platement par le dialogue, mais ne justifie jamais rien.

Pire, il retcon carrément les événements des films précédents, de la façon la plus naze qui soit. Les symbiotes ne sont ainsi plus des envahisseurs voraces mais des transfuges bien intentionnés. La symbiose se fait les doigts dans le nez. Surtout, vous vous rappelez la fin de Venom 2 qui téléportait Eddy dans le MCU ? Le début de Vénom 3 le ramène tout de suite a casa. Le gars est tellement murgé qu’il s’en fout totalement après ça. Le film aussi, concentré sur la menace de Knull, Thanos version Leader Price. Il est rarement présent autrement qu’en voix-off, introduite dès le pré-générique parce qu’on n’a vraiment pas le temps.

Venom : The Last Dance

Au revoir et bon vent

Venom : The Last Dance est la conclusion d’une saga au succès accidentel, au sein d’un univers qui n’a jamais décollé, alors qu’il s’échinait, et continue, à copier le succès de Marvel. La création de Sony a réussi à faire mieux que son modèle sur un point : elle est morte plus vite.

Le MCU va mal ? Le « spiderverse » de Sony est mort, après les bides de Madame Web et Morbius. Deadpool & Wolverine larguait ses héros en plein dépotoir des franchises Marvel ? Venom 3 recycle des acteurs comme Chiwetel Ejiofor (vu dans Doctor Strange) et Rhys Ifans (le Lézard dans The Amazing Spider-Man). Dans l’espoir d’en finir de manière satisfaisante, le climax se donne des airs d’Avengers Endgame. On a droit à l’habituelle bagarre générale en CGI brouillonne, ainsi que le sacrifice de (mystère) façon Tony Stark, dans l’espoir vain de nous tirer une larme. Et bien sûr, comptez sur un petit teasing post-credits dans lequel Knull jure au public qu’il arrive. T’as raison, Coco. On y croit.

Venom : The Last Dance

Pour résumer, la trilogie Venom est le parangon de la bêtise pour tous. La bêtise d’un studio qui a voulu faire du pognon en dépit du bon sens, en ne confiant jamais la tâche aux bonnes personnes. La bêtise des films en eux-mêmes, que Sony a revue progressivement à la hausse d’épisode en épisode. Finalement, hélas, la bêtise du public (moi compris), qui ne va pas s’arranger sous l’influence de ce qu’on lui donne à manger. Ça vaut le coup qu’on s’en souvienne, histoire de ne plus jamais le revivre.

LES + :

  • Tom Hardy est drôle (volontairement ou non).
  • Il y a des leçons à tirer d’une telle catastrophe.

Les – :

  • Personne ne les suit !