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Critique : Scream 6 « La belle mort d’une franchise »

Scream 6
Scream 6

Dans Scream 6, les sœurs Sam et Tara Carpenter (Melissa Barrera et Jenna Ortega) ont déménagé à New York depuis la tragédie de Woodsboro l’an passé. Sam est depuis victime d’une campagne d’intox visant à la faire passer pour le vrai meurtrier. Tara aimerait bien s’éloigner un peu pour respirer, mais sa frangine est tellement protectrice que ça devient gênant. C’est toutefois fort pratique quand un nouveau « Ghostface » se met à les harceler et à décimer leur entourage. Il annonce clairement avoir une affaire personnelle à régler avec elles, et surtout, n’en avoir rien à f**tre des films. Avec leurs amis, survivants du précédent comme petits nouveaux, elles vont s’organiser pour résister aux assauts de ce nouveau cinglé. Mais cette fois, il n’y a plus de règles…

La saga Scream est un drôle d’objet étonnamment durable dans l’histoire du cinéma. Pas comme l’ont été les increvables franchises d’autres tueurs masqués, comme Halloween ou Vendredi 13. À part un détour par la case « petit écran », la marque n’a jamais opté pour le reboot pur et dur. Après tout, le concept est que, à l’inverse des stars suscitées du slasher, tout le monde peut revêtir le masque iconique pour se transformer en boogeyman… À condition d’avoir les bonnes motivations, histoire que le reveal du troisième acte ne soit pas paresseux, tiré par les cheveux, voire complètement à côté de la plaque.

Chacun voit midi à sa porte, alors laissons les spectateurs décider quel opus est le meilleur, selon leurs goûts et leurs capacités d’analyse. Perso, je considère Scream 2 comme l’une des pires suites du cinéma, alors qu’il est porté aux nues par le reste du monde… Je ne cherche plus à comprendre. J’ai peut-être tort, mais je n’ai pas envie de savoir. ^^

Petits films, grandes ambitions

C’est le paradoxe et l’intérêt de la saga dans son entièreté. Ce sont de petits films en terme de genre (le slasher est un sous-genre davantage réservé à un public de niche), mais aussi de budget et d’ambitions scéniques. Sauf à de rares occasions (comme la scène du cinéma ouvrant Scream 2, par exemple ), ça se passe quasiment toujours dans des pièces fermées, des banlieues tard le soir, ou des studios/bureaux/salles de classes pendant les heures creuses. Relativement facile à produire et à tourner, donc.

Mais c’est aussi une série ambitieuse par sa dimension méta. Scream, l’original, jouait avec les slashers en particulier, mais aussi les clichés des films d’horreur en général. Ses deux suites exploitaient le concept de trilogie au cinéma, avec ce qu’elles avaient de bon, de mauvais, et carrément d’idiot (qu’elles détournent ce piège ou le mettent malgré elles en lumière). Dix ans, puis vingt ans plus tard, le cinéma de genre a évolué. D’abord rebooté par les studios, le slasher a ensuite été délaissé par la nouvelle vague de cinéma d’horreur, plus psychologique et prétendument « intelligente ».

Scream 4, puis Scream 2022 exploitèrent fort à propos cette évolution des mœurs, même s’ils ne le faisaient pas forcément avec finesse ni inventivité. Cela restait des slashers classiques et nostalgiques, raccrochés au passé plus que de raison. Ils ramenaient en plus inlassablement les mêmes figures de proue (Sidney, Gale, Dewey), même si la raison était de plus en plus suspecte.

Désévolution des évolutions

Pour résumer, l’existence de deux suites en dehors du contexte initial de « trilogie » restait cohérent et pertinent. Ceci même si les idées égrainées tout le long ne l’étaient pas forcément. On saluera les motivations des tueurs, toujours dans l’air du temps, même si traitées de manière assez réac’ quand on y pense. (SPOILER) Une ado voulant devenir star médiatique au lieu de bosser, puis des fans toxiques qui n’aiment pas qu’on flingue leur franchise. Hem. Ça sent un peu le film de vieux réalisateurs grincheux et cyniques, tout ça. (FIN DU SPOILER)

Scream 2022 ne sentait plus le réchauffé, mais carrément le cramé, malgré quelques « nouveautés » intéressantes quoique discutables dans leur exécution (un fantôme deepfaké douteux, la mort de *biiiiip*). Mais Paramount n’a pas racheté la licence pour se regarder le nombril. Comme avec les relances de Halloween, qui les a clairement motivés, il s’agit de traire la vache tant qu’elle a du jus. Mais que restait-il à raconter ? Surtout une seule petite année après le précédent.

Eh bien justement : rien. Suite du requel qui rebootait la série en faisant déjà suite aux précédents, Scream 6 est juste… une suite du précédent. Elle coche toutes les cases introduites depuis le premier volet, si ce n’est celle impliquant Sidney Prescott, puisqu’elle a eu l’intelligence (l’actrice comme son personnage) de ne pas rempiler.

Bizarrement, Scream 6 semble se faire étriller par beaucoup de monde pour n’être « que ça ». Pourtant, il a bien sa place dans la série, surtout après les deux épisodes d’avant.

Scream 6

On connaît la musique

Quelque part, Scream 4 puis 5 ont réussi dans leur approche méta autant qu’ils ont échoué à transcender leurs idées. Dans les années 2000, l’ère des reboot et des remake avait échoué à ressusciter avec succès Freddy ou Jason (sans parler de la dizaine de franchises pillées par les studios à l’époque). Maintenant, dans les années 2020, deux écoles de l’horreur s’affrontent : les requel contre les représentants de l’elevated horror, l’horreur intelligente.

Les premiers recyclent souvent de vieilles gloires du genre, revenant aux sources, à l’opus orignal, en prétendant que les quarante ans d’exploitation entre les deux n’existent pas (coucou Halloween). Mais ça reste du recyclage sans focus qui ne parvient à rien transcender (re-coucou Halloween). Les seconds représentent la vraie nouveauté, ou plutôt, un besoin de revenir à un cinéma plus viscéral, fonctionnant à l’économie et à l’émotion, plutôt qu’à l’excès de moyens et d’horreur graphique (Mister Babadook, les films d’Ari Aster, etc.).

Scream 5 refusait la mort de son sous-genre, ce que le tueur revendiquait ouvertement dès son introduction. « C’était bien, avant, alors pourquoi changer ? » Peut-être parce que quand on s’adresse à un public de fans, on finit par ne plus savoir surprendre. La violence reste la violence, mais la peur reste à la porte. Un peu comme Ghostface si tout le monde avait l’intelligence de s’armer d’un pompeux, de s’enfermer à clé et de ne jamais se séparer.

Il était temps d’en finir

Scream 5 niait l’évolution du genre détourné, parce qu’à la base, la saga pastiche les slashers. Or, les slashers sont bel et bien démodés avec leurs ficelles archi usées, surtout pour un fan de Scream qui les a vus se faire démonter et vider en cinq opus.

De quoi pouvait donc bien parler Scream 6 pour être encore pertinent ? De la mort elle-même, de la fin avec un grand F. Ça tombe bien, tous les signes sont là pour faire du film un opus terminal. De bonnes choses, mais aussi des moins bonnes.

Commençons par ce qui dérange :

  • Le re-retour de vieilles têtes et de jeunes survivants, toujours plus artificiel et cynique.
  • New York comme nouveau décor, immense et plein de possibilités, mais qui ne sert finalement que le temps d’une scène.
  • C’est la cinquième suite où l’intrigue fait référence encore et toujours au film original. Il serait temps de passer à autre chose.
  • Des indices si grossiers qu’on grille l’identité du ou des tueurs dans les vingt premières minutes.
  • L’inévitable et fatigante leçon sur les règles du genre, exagérément enjouée et sourire aux lèvres. Lesquelles, logiquement, n’ont plus cours, puisque le tueur assène un beau « je m’en fous des films » dès le début.
  • Des meurtres à la mise en scène et à l’inventivité réduite, surtout quand on se rend compte que tous les morceaux de bravoure sont dans la bande-annonce.
  • Un ou des tueurs aux motivations bateau, qui grimacent comme Al Bundy sitôt démasqués. Parce qu’en 2023, les tueurs psychopathes, c’est plus drôle que flippant (ah ?).

Pour se réinventer et exciter à nouveau, Scream 6 aurait dû explorer de nouvelles terres, pas géographiquement (surtout pour ne rien faire avec), mais thématiquement et narrativement. Les problèmes psychologiques de Sam, mis en lumière dans le 5, donnaient une piste maladroite mais fascinante à explorer. Hélas, ils sont mis en sourdine ici.

Ça fait du bien de mourir

C’est peut-être normal. Avant de se renouveler véritablement, Scream avait besoin de vraiment mourir. Il y a plus de redites que de nouveautés dans ce sixième opus, mais peut-être que quelque part, ça joue en faveur du concept.

Certes, le film réutilise tous les clichés au-delà de l’absurde. Une intro choc et maligne. Des chouchous qui ont la peau dure (on ne compte plus les gens qui survivent à plus de trente coups de couteau, et j’ai compté !). Une violence paroxystique, paradoxalement moins choquante à cause des CGI. Quelques easter eggs pas très finauds. Une ou deux scènes en hommage aux précédents volets. Etc. Attendue aussi, une louche de wokisme toujours plus assumé (cf. notamment les t-shirts de Mindy, dont on ne sait plus s’ils sont ironiques ou cyniques). Mais surtout, un message in-the-nose souvent contradictoire. (En gros, les femmes ont le droit de se faire abuser ou de tuer si elles en ont envie ! Euh, si tu le dis… Mais ne me cancel pas si je ne cautionne pas. ^^’)

Scream 6

Scream 6 assure le fan service, et s’il ne fait pas peur, il amuse plus souvent qu’il n’ennuie. Il veut n’être qu’un plaisir coupable plutôt qu’un uppercut au foie des fans. C’est décevant sans être un défaut. Sans vouloir être méchant, la série a toujours été maligne dans le fond et ringarde dans sa forme. Et contrairement aux derniers Halloween, Scream 6 ne pète pas plus haut que son cul. Il n’y a pas tromperie sur la marchandise. Ce n’est qu’un slasher recyclant les grands hits de la saga, jusqu’à un tirage de masque à la Scooby-Doo, des explications fumeuses et un règlement de compte cathartique.

Scream a droit à une belle mort

Qu’est-ce qui donne à ce nouveau bourrelet une légitimité dans cette hexalogie ? Son décor. Attention, pas New York, évolution de façade qui ne perturbe rien. La Grosse Pomme cache en son sein un lieu qui change tout.

Le mode opératoire du tueur, sorte de compte-à-rebours nostalgique, mène à un endroit grillé dans la bande-annonce : un mémorial à la gloire de la franchise, établi dans un cinéma condamné et décrépit. Soit une relique abritée au sein d’une autre. La saga Scream, imprégnée de l’odeur de naphtaline, trouve sanctuaire dans un cinéma fermé et oublié. Le lieu où ses films ont connu leurs heures de gloire, avant que les services de streaming, lentement mais sûrement, n’accueillent plus volontiers les derniers rejetons du genre. À l’heure actuelle, pouvait-on faire plus méta que ça ?

L’ultime combat a donc lieu dans ce théâtre de l’image, ancienne boutique de rêves devenue usine à fantasmes. Fantasmes avortés, car rien n’a jamais lieu qui ne surpasse les attentes. Il y avait pourtant matière à ce que Scream 6 soit enfin un « gros » film, avec un vaste terrain de chasse, des ambitions revues à la hausse et un Ghostface d’une nouvelle ampleur.

En définitive

Même si l’on n’en veut pas, à l’instar de Rambo 5, Scream 6 fait bien office de point final à son histoire. En l’état, nous assistons à une projection fort appropriée, une espèce de crépuscule de la saga, du slasher, et quelque part, du cinéma de genre tel qu’on l’a connu. Pas un film parfait, mais un divertissement routinier, au fond plus malin que la forme. Une conclusion idéale pour cette franchise ayant trop duré.

Hélas, avec un gros studio derrière, on se doute que Ghostface reviendra vite. Espérons que cette fois, ce sera sous le signe d’un renouveau aussi justifié que salutaire. Dommage qu’on en doute, vu comme les auteurs sèment depuis le 5 des indices sur le possible retour d’une figure emblématique… de Scream 1.

LES + :

  • À l’image de la série entière, Scream 6 est malin dans le fond. Il trouve thématiquement et symboliquement sa place comme opus final d’une hexalogie imparfaite, mais toujours distrayante.

LES – :

  • À l’image de la saga, Scream 6 est ringard dans la forme. Malgré une ou deux fulgurances, c’est un slasher qui respecte à la lettre son cahier des charges, et dont les promesses de renouveau sont trahies au nom du fan service… et dans l’éventualité d’une suite.
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Critique : Mayday « Simple mais pas bête »

Mayday

Brodie Torrence (Gerard Butler) est commandant de bord pour une compagnie aérienne. La nuit du nouvel an, il embarque une quinzaine de passagers, dont le prisonnier Louis Gaspare (Mike Colter), au-dessus de la mer des Philippines. À cause d’une tempête, l’avion se pose en catastrophe sur une île paumée. Pas si paumée que ça, mais disons que même l’armée l’évite comme la peste. C’est le repaire de séparatistes, des pirates et des tortionnaires qui adorent les touristes étrangers. Avec eux, ils peuvent toujours demander une plus grosse rançon. Et si ça ne marche pas, et bien, tuer ne les dérange pas. (Mais si ça marche, on se doute que c’est kif-kif.) Quand les passagers de Brodie sont faits prisonniers, il ne reste que lui et Gaspare pour sauver la situation. Ça tombe bien, ils en ont dans le pantalon…

Simplicité n’est pas synonyme de bêtise. Pourtant, on pouvait craindre le pire rien qu’à l’affiche, arborant en VO le titre plus nul du monde : « Plane », soit « Avion » en français, le comble de la flemme. Imaginez si « Piège en Haute Mer » s’intitulait « Bateau », ou si « Speed » s’appelait « Bus ». Bien sûr, ça ne fait pas tout. Mais il y avait aussi cette bonne trogne de Gerard Butler, dont la carrière demeure toujours à mi distance entre le film d’action aux petits oignons et le nanar volontaire. Pourtant…

L’effet Ri(co)chet

Pourtant, Mayday a plusieurs atouts dans sa manche. La première, c’est un réalisateur qui sait y faire, et surtout, pas trop en faire. Jean-François Richet, français, a un beau palmarès à son actif. Mais le grand public se souvient davantage de ses pélloches d’action carrées et un peu rugueuses sur les angles : Assaut sur le central 13 (remake du film de John Carpenter), Mesrine, ou plus récemment, Blood Father avec Mel Gibson.

Au vu des frasques de Butler dans la peau de Mike Banning (La Chute du Président), on pouvait craindre que Mayday soit un ersatz de Commando, avec un duo de gros bras à la vanne facile. Finalement, non. Richet prend son temps à planter des personnages crédibles, puis la situation, et enfin, le décor… Avant que les choses sérieuses ne commencent.

Mayday !

Autant prévenir. Si on ne s’ennuie pas, Mayday préfère faire monter la pression plutôt que faire tout péter à un rythme de métronome. Il faut attendre la moitié du film pour que la confrontation avec les pirates ne fasse ses premières victimes. Des pirates qui n’ont de cliché que leurs foulards et coupes de cheveux, puisque ce sont de beaux salauds sans morale ni pitié. On est donc soulagé de les voir crever. Dommage que les méthodes employées ne soient pas si cathartiques que dans les derniers Rambo.

On apprécie toutefois quelques fulgurances. La première empoignade de Butler, en plan séquence exténuant. La mort du chef des pirates, aussi méritée que cartoonesque. Et surtout, cette brute de Luke Cage fracassant des crânes à coups de masse, comme s’il était Serious Sam. Et quitte à faire la comparaison avec les jeux vidéo, l’intrigue rappelle plus d’une fois le cultissime Far Cry 3. Il ne manque qu’un antagoniste digne de Vaas Montenegro pour faire monter l’angoisse d’un cran.

Bovin d’origine contrôlée

Il faut reconnaître au film sa paire de défauts. D’une part, ça fait plaisir de voir les gérants d’une compagnie aérienne faire des pieds et des mains en salle de crise, espérant retrouver rapidement les victimes. Mais on les voit un peu trop souvent. Cela donne l’impression d’artificialiser légèrement le rythme du film. Si l’odyssée de Brodie et Gaspare était intense comme un marathon, ça tomberait davantage sous le sens. Cette distraction de l’action principale sur l’île nous permettrait de souffler, tout en casant un peu d’exposition.

Mayday

Mais les choses ont besoin d’un moment pour vraiment remuer. On a alors plutôt l’impression qu’on nous éloigne de ce qu’on est vraiment venu voir : un survival d’action avec des brutes épaisses. Allez, ce serait dommage de râler, parce que c’est justement une bonne surprise de la part de Jean-François Richet. Oui, ses personnages sont pétris de clichés (le gentil capitaine courageux, le prisonnier pas si méchant que ça, le British antipathique, etc.). Mais ils ont le droit d’exister, et donc, il leur en laisse le temps. On aime bien Brodie et Gaspare, et on se soucie vaguement du sort d’un ou plusieurs passagers et membres d’équipage.

L’autre défaut, qui tombe un peu sous le sens de nos jours, ce sont des CGI parfois un peu trop évidents. Surtout lors d’un abus de plans virevoltants autour de l’appareil en vol dans la première partie. Mais si même Marvel, malgré des centaines de millions de dollars, continue à bâcler les siens, j’imagine qu’on n’y peut rien.

Mayday

« Avion », euh, Mayday, en conclusion

Quoique sans surprise, Mayday demeure décent à regarder, et parfois franchement marrant. C’est là la seule promesse qu’un amateur espère voir tenue, quand il se rend en salle assister à la projection d’un film appelé « Avion » (arf) mettant en scène Léonidas et Luke Cage sur une île infestée de vauriens.

Pélloche humble appartenant à un genre des plus populaires, Mayday est une vraie bonne série B, ni plus ni moins. Comme les films de Jaume-Collet Serra avec Liam Neeson (Night Run, Non-Stop, The Passenger), c’est un bon petit film, pensé comme un divertissement passager, bien fait, honnête et sans prise de tête.

LES + :

  • Léonidas et Luke Cage font équipe ? J’achète.
  • Série B bien troussée, ni plus ni moins.
  • Des personnages certes clichés, mais plus humanisés et attachants qu’on ne s’y attend.

LES – :

  • Forcément, ça ne réinvente pas la roue.
  • Une action peut -être un peu trop mesurée et retenue.
  • Quelques CGI bien cheap.

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Critique : Everything Everywhere All At Once « Tout est dans le titre »

Everything Everywhere All At Once

Everything Everywhere All At Once

Evelyn Wang (Michelle Yeoh) tient une blanchisserie en compagnie de son gentil mari Waymond (Ke Huy Quan), sa fille Joy (Stephanie Hsu) et son irascible père (James Hong). Son quotidien pas formidable va basculer quand elle découvre que le multivers, c’est pas des blagues. Dans un autre monde, elle aurait pu devenir maître queux ou super star de films d’action, au lieu de s’enterrer dans cette vie à la c**. Encore pire, une entité maléfique aux pouvoirs absolus, Jobu Tupaki, traverse les univers à la recherche de « LA » Evelyn. Cette Evelyn hypothétique serait capable d’obtenir les mêmes capacités qu’elle, et de la contrecarrer avant qu’elle ne détruise le multivers. Guidée par une version de son mari venue d’ailleurs, Evelyn va apprendre à l’arrache comment voyager dans la peau de ses alter egos, ou leur piquer leurs dons au gré de rebondissements toujours plus rocambolesques…

Cette critique va être très courte. Impossible de parler de Everything Everywhere All At Once sans spoiler tout ce qui le rend extraordinaire, spectaculaire, fou, hilarant, touchant et bouleversant. Parfois, tout ça dans une même scène !

Tout, tout de suite et maintenant

Durant le visionnage de cet ovni, on ne peut que penser à d’autres métrages tarés devenus cultes avec le temps, comme au hasard Les aventures de Buckaroo Banzaï à travers la Huitième Dimension (trailer d’époque), ou celles de Jack Burton dans les griffes du Mandarin. Mais si l’esprit timbré est bien là, Everything Everywhere All At Once n’est pas que pour de rire. L’émotion atteint une tout autre ampleur dans le film de Dan Kwan et Daniel Scheinert.

Les péripéties de Buckaroo étaient sans queue ni tête. Jack Burton entretenait une distance permanente avec les élucubrations de cinéma hongkongais secouant le film de Carpenter. Ici, Evelyn est le cœur du récit, tantôt dur, tantôt tendre. Elle traverse une crise personnelle qui s’étend sur l’ensemble des univers. Elle a l’occasion de remettre en perspective sa vie, ses choix et leurs conséquences. (Quel a été l’impact de son mariage, son job, l’éducation de sa fille, l’influence de son père ?) Le tout dans un enchevêtrement de situations tout bonnement incroyables. Ajoutez-y un humour absurde lorgnant parfois sur le trash, sans franchir la limite. Fans de Rick et Morty, vous serez servis.

Everything Everywhere All At Once

Mais la cinéphilie des réalisateurs s’exprime aussi largement à travers des séquences entières. Les textures et les formats changent pour accompagner les sauts fréquents d’un univers à un autre. Quant auxdits univers, ils citent brillamment et pêle-mêle Matrix, les films de Pixar, le cinéma de Wong Kar-wai ou celui de Tarantino. Sans parler des comédies fantastiques citées plus haut.

C’est à tel point que la frontière entre fiction et réalité peut être remise en question. Evelyn ne délire-t-elle pas, tout simplement ? Est-ce qu’elle ne craque pas sous la pression d’une vie trop exigeante ? Ses « aventures » ne seraient influencées que par ses rêves brisés, nourris d’une overdose médiatique déformée par sa subjectivité (« Ratontouille » !). Exit, alors, l’imminence d’une destruction cosmique, et bonjour la camisole ! Qu’importe, à vrai dire. Réalité ou folie, cela ne change rien. Le spectacle est fun, la quête de l’héroïne est forte, et sa résolution émouvante.

Everything Everywhere All At Once : à voir absolument

Le casting compte aussi beaucoup dans cette réussite. Michelle Yeoh est tour à tour hilarante et touchante, dans un rôle pourtant si casse-gueule. Coincée entre un business en danger, un mari fatigué et sa fille frustrée, elle fait tout pour garder la tête hors de l’eau. Son drame familial ne se noie jamais dans les délires à base de multivers, mais leur sert au contraire de fil rouge.

Stéphanie Hsu n’est pas en reste, et il est impossible de ne pas se laisser gagner par la nostalgie, avec les retours de visages bien connus des amateurs de cinéma de genre (l’ancien membre des Goonies Ke Huy Quan, mais aussi James Hong et Jamie Lee Curtis). Everything Everywhere All At Once est une comédie fantastique zinzin autant qu’une tragédie qui fonctionne.

Que ce soit pour se marrer, pour être épaté ou pour être touché, Everything Everywhere All At Once vaut le coup d’être vu et vécu. Après la taylorisation et la vulgarisation du multivers par Marvel, ça fait du bien de voir un film ambitieux, maîtrisé et complètement fou… et en plus, produit pour dix fois moins cher.

LES + :

  • Dingue et cohérent à la fois. C’est trop rare pour ne pas le saluer.
  • Un humour efficace parfaitement assorti à son histoire, jamais bouffon ni trop trash.
  • Des têtes d’affiche qui s’éclatent, qui surprennent et/ou qui font plaisir à (re)voir.
  • Oui, oui, il y a bien de l’émotion dans ce foutoir.

LES – :

  • Cela reste un film très idiot dans sa forme, et partiellement idiot dans le fond, malgré sa sincérité. Les plus cartésiens risquent de râler.

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Critique rétro : Interceptor (1992) « Die Hard dans un gros avion »

interceptor 1992

Le capitaine Winfield (Andrew Divoff) s’est crashé lors du vol de test d’un F-117 expérimental, équipé d’une technologie de réalité augmentée. Afin d’expliquer cette foirade à ses supérieurs, on le flanque dans un avion cargo pour Washington, accompagné des deux derniers prototypes de l’engin. Manque de pot, l’ignoble Phillips (Jürgen Prochnow) a prévu de voler la cargaison. Avec son gang, il s’infiltre à bord de l’appareil en plein vol et prend le poste de pilotage. Mais Winfield n’a pas l’intention de le laisser dérober une technologie si dangereuse…

Comme son homologue de 2022, Interceptor de Michael Cohn est bête et c’est un Die Hard-like. Mais c’est un vrai film du genre qui coche toutes les cases, et qui sait se montrer marrant et généreux. Pour l’anecdote, sa première diffusion date du 15 octobre 1992, alors que Passager 57 (avec Wesley Snipes dans un avion de ligne) ne sortait que le 6 novembre de la même année. Ça veut dire qu’Interceptor se paie le luxe, à ma connaissance, d’être le premier « Die Hard dans un avion ».

Note : qu’on aime ou pas 58 Minutes pour vivre, la « vraie » suite à Piège de Cristal, il faut reconnaître qu’elle battait déjà en 1990 tous ses futurs plagiaires. Les méchants n’y détournaient pas un avion, mais carrément tout un aéroport !

Premier de la classe

Malgré son âge et un budget limité, on peut pardonner à Interceptor sa primeur, puisqu’il n’est sorti que quatre ans après Piège de Cristal. Mais dans ces circonstances, sa générosité et son inventivité méritent le respect. En plus de cela, il ne dure que quatre-vingt minutes. On ne risque pas de trouver le temps long.

Au rayon des bonnes idées, citons notamment celles-ci :

  • Les terroristes veulent voler deux appareils furtifs équipés d’un casque VR du futur. Rappelons qu’on était en 1992. Aujourd’hui, la réalité augmentée fait presque partie du quotidien. Interceptor peut donc se vanter d’être vraiment visionnaire.
  • Cette sale gueule de Jürgen Prochnow nous fait l’honneur d’une scène de torture psychologique de choix, se concluant par un twist malsain.
  • L’abordage par les méchants d’un avion à un autre est improbable, voire carrément impossible. Mais il est au moins aussi classe que dans Cliffhanger, sorti un an plus tard.
  • Enfin, si le film se déroule surtout à bord d’un gros transporteur, il se conclut par un duel aérien où, fort judicieusement, la technologie convoitée par les méchants se retourne ultimement contre eux.

Sur le papier, Interceptor n’a donc rien à se reprocher. Quelqu’un, quelque part, de nos jours, pourrait sûrement lui reprocher de ne défendre aucune cause. Il ne s’agit que d’un film d’action reposant sur un concept enrobé de clichés (des gentils et des méchants dans un avion). Michael Cohn ne nous sert qu’un divertissement, mais il le fait bien.

Casting de haute volée

À l’écran non plus, le film n’a pas à rougir avec son casting impeccable. Andrew Divoff, abonné aux rôles de méchant (Wishmaster, Air Force One, 48h de plus) campe ici un héros sympathique. Jürgen Prochnow joue un salaud délicieux, et Elisabeth Morehead, la cheffe de bord, garde toujours la tête haute. Quant aux seconds couteaux, ils n’ont vraiment pas des gueules de porte-bonheur. La preuve, ils se les font bien démonter, et pas deux fois de la même manière. On retiendra surtout « M. Elliot », un nerd absolument tordant avec les culs de bouteilles montés sur son nez.

Pour finir, petit film oblige, les effets spéciaux sont plutôt voyants. On hésite sur ce qu’il y a de plus drôle, entre la 3D préhistorique, les incrustations dégueu, les maquettes d’avion qui font « fshiouuuu », les lunettes de M. Elliot (décidément !) et les stocks shots de l’US Air Force. Mais si on rit, c’est plutôt de bon cœur, les limites techniques étant ce qu’elles sont. En 1992, pour le prix d’un Big Mac, on ne pouvait pas concurrencer Terminator 2.

En résumé, bien que daté, Interceptor 1992 est un must pour les fans de Die Hard-like qui ont tout vu, tout fait, et qui désespèrent de se mettre autre chose sous la dent. Pas convaincu ? Voilà le trailer.

Interceptor : cherche pas, t’as tort !

Interceptor 2022 est lent, mou, vu et revu, et sa modernité se sent surtout dans ses décors cheap et une overdose de CGI dégueu. Tout le contraire d’Interceptor 1992, si l’on excepte les maquettes remplaçant les images de synthèse. À part ça, le casting, les idées et les motifs du film de Michael Cohn font encore mouche trente ans plus tard. Pas mal pour le tout premier « Die Hard dans un avion ». Enfin, rappelons que sa durée n’excède pas 1h20. Ce n’est ni trop, ni trop peu pour exploiter son concept avec justesse et sans débordement.

LES + :

  • Le tout premier « Die Hard dans un avion ».
  • Des idées plein les poches.
  • Un casting sympathique.
  • Aussi court qu’efficace.
  • Ce qui est réussi est aussi rigolo que ce qui est raté.

LES – :

  • Des effets spéciaux vraiment datés (maquettes, 3D, incrustations).
  • Pas de bluray remasterisé ?! On se demande pourquoi…
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Critique : Interceptor « C’était mieux avant (duh !) »

Interceptor

JJ (Elsa Pataky) est une soldate ricaine qui a défendu son honneur et ses droits face aux avances d’un général pervers, soutenu par une hiérarchie sexiste. C’est donc tout naturellement qu’elle est mutée au fin fond de l’océan Pacifique. Il s’y trouve l’une des deux seules bases d’interception de missiles ballistiques US. Si elles ne fonctionnent pas, en cas d’attaque nucléaire, kaboum ! Comme c’est un film, le premier jour de JJ coïncide avec une attaque simultanée sur les deux bases Interceptor. Tandis qu’on apprend la chute du complexe situé en Alaska, les agents d’entretien de la base dégainent des flingues et prennent le PC d’assaut. JJ s’enferme juste à temps à l’intérieur. Si ses ennemis parviennent à entrer, ils saboteront la station, permettant à des terroristes russes de raser entièrement l’Amérique…

Interceptor de Matthew Reilly appartient à un genre essoré depuis vingt ans, auxquels reviennent ponctuellement certaines productions anachroniques : le « Die Hard-like ». Si vous vous demandez ce que c’est, voilà le topo. Des terroristes ou pseudo terroristes prennent en otage ou investissent un lieu clairement délimité, clos ou non, dont l’isolement empêche les autorités d’y pénétrer et/ou d’y appliquer la loi. Il revient à un ou plusieurs héros de serrer ce qu’il a entre les jambes et de foncer dans le tas, l’objectif étant de sauver sa vie/sa femme/sa famille/ses amis/le pays/le monde/tout ça à la fois. Si en chemin, il peut se montrer inventif dans le démastiquage de truands, c’est tout bénef’.

« Die Hard dans (remplir le blanc) »

Tout a commencé en 1988 avec Piège de Cristal (Die Hard en VO). Les suites officielles ont eu la bonne idée d’innover en ouvrant toujours plus le terrain de chasse. Mais dans les années 1990, tous les petits malins du business ont voulu surfer sur le succès d’un film au concept simplissime. Pour être original, il suffisait de changer de décor (même si le succès de Die Hard venait autant de son pitch que d’une réalisation efficace et d’un casting impeccable).

Note : à chaque époque son modèle. Dans les années 2000, on a copié n’importe comment la réalisation de Paul Greengrass après le second film sur Jason Bourne. Et aujourd’hui, depuis l’émergence de John Wick, on voit surtout se multiplier les actioners colorés et stylés.

Pendant dix ans, on a donc eu droit notamment à Passager 57 (dans un avion), Piège en Haute Mer (sur un navire de guerre), Piège à Grande Vitesse (dans un train), Cliffhanger (à la montagne), Broken Arrow (dans le désert), The Rock (à Alcatraz), Mort Subite (dans une patinoire), ou encore Air Force One (dans le gros avion du président). On ne cite ici que les films cinéma les plus fidèles à la définition. Speed (un bus), Speed 2 (un bateau de croisière) et Ultime Décision (encore un gros avion) sont des déclinaisons intéressantes.

Des années plus tard, quelques retardataires prennent régulièrement la température, probablement parce que nous vivons à une époque aussi nostalgique que dénuée d’imagination : La Chute de la Maison Blanche (dans la maison du président), White House Down (idem) ou encore Skyscraper (dans un immeuble… haha). Puisqu’on parle de Netflix, La Terre et le Sang appartient bien à la définition, ainsi que SAS : Rise of the Black Swan sorti l’année dernière.

Interceptor, ou la mort du genre

Depuis Piège de Cristal, on en a vu des navetons, particulièrement en DTV. À bien des égards, Interceptor rappelle un autre nanar d’époque, Etat d’urgence avec Dolph Lundgren (1997). On y passait toute la deuxième partie en huis-clos dans un simulacre bon marché d’abri anti-atomique. Mais bien qu’Etat d’Urgence affiche 15 ans au compteur, il est plus dynamique, ambitieux et amusant que le nouvel actioner de Netflix.

Interceptor s’enferme presque tout le temps dans une salle de contrôle en plastique ? Etat d’Urgence commençait sur les chapeaux de roue, avec une course en voiture frappadinque (et hors propos) sur les toits de la ville ! Interceptor met en vedette Elsa Pataky, que le grand public connaît surtout pour être la femme de Thor ? Dans Etat d’Urgence, la tête d’affiche était quand même la légende Dolph Lundgren. Un acteur limité, certes, mais qui retient l’attention quand cette tare est associée à son écrasante présence physique. (« Est-ce que ce type existe ?! » est une question qui revient fréquemment à l’esprit.)

Qu’on ne s’y trompe pas, les deux films sont miteux. Mais Interceptor a perdu ce qui faisait le sel des productions auxquelles il rend hommage. Dans les années 1990, on était capable de filmer une dinguerie presque je-m’enfoutiste, s’autorisant les pires excès et blagues débiles. Regardez Etat d’Urgence aujourd’hui, il provoquera toujours moult éclats de rire, moqueurs ou complices.

En 2022, la façon de faire a changé, et surtout, la mentalité de toutes les parties impliquées. Le film de Matthew Reilly reprend peut-être un concept vieux de trente ans. Mais il s’agit bien d’un film des années 2020, avec les normes artistiques et qualitatives, et un peu de la charge politique auxquelles il faut s’attendre.

Ouvertement opportuniste et un peu malsain

JJ est une femme combattant pour son droit à être un soldat avant tout, alors qu’elle a lourdement subi le harcèlement et les violences psychologiques d’un entourage masculin, militaire de surcroît, extrêmement toxique. Oui, ces choses existent. Oui, elles sont dégueulasses, et elles ne touchent pas que l’armée et la politique. Ce qui est également vrai, c’est qu’en 2022, pointer ces problèmes du doigt revient à enfoncer une porte ouverte. Une thématique de moins en moins contestataire et de plus en plus opportuniste à Hollywood. Et le faire sans subtilité, ça craint. C’est sans doute pourquoi Matthew Reilly, réalisateur/scénariste, va plus loin. Il dégonde la porte et surfe carrément avec, sur une vague de complaisance.

Avoir quelqu’un à défendre, à protéger ou à sauver, ça facilite toujours l’identification. C’est peut-être cousu de fil blanc, mais c’est un truc qui marche. Pour JJ, la sécurité de son père, sa seule famille, est rapidement écartée après une scène expédiée. Puisque ça, c’est fait, il reste logiquement le devoir pour la motiver. Mais le film insiste particulièrement sur le traumatisme et les mauvais traitements de l’héroïne (et elle en a bien bavé). Son parcours ressemble alors à une vengeance, une thérapie de fortune doublée d’un ego trip malsain. La miss énervée a l’air de vouloir prouver aux autres qu’elle vaut bien un mec, et qu’elle est une héroïne, une vraie. Le plan final lui donnera raison.

Honnêtement, s’ériger contre la masculinité toxique, c’est bien. Mais ce n’est pas le message que j’en ai tiré. Curieusement, j’ai surtout eu l’impression qu’Interceptor m’a crié dans l’oreille qu’égocentrisme et autosatisfaction étaient les valeurs à défendre en 2022. Je suppose que ça passe, puisque le message est glissé sous couvert d’une cause juste, même si très souvent enfoncée dans la gorge du spectateur (comme dans un autre film).

Faisons fi de ces déductions absurdes. On regarde surtout Interceptor pour le spectacle et pour se marrer. On va bien en profiter, non ? Non ?!

Interceptor, une production au rabais

C’est vrai qu’Interceptor est con. On a droit à tout : premices absurdes, rebondissements faciles, exploits physiques parodiques, compte-à-rebours stoppés à la dernière seconde et non-sens complètement assumés. Les méchants sont pressés d’entrer dans le PC pour le détruire ? Aux trois quarts du film, ils décident de couler la base par défaut… Ce qu’ils pouvaient faire depuis le début, puisqu’on découvre qu’ils ont un bouton pour ça ! On pourrait écrire un poème, mais je ne suis pas Boileau.

La c#nnerie n’est pas le vrai problème. Un film bête, ça se savoure toujours, surtout que l’auteur s’y connaît. Il s’agit du premier film de Matthew Reilly, écrivain australien à succès, spécialisé dans les romans de genre façon blockbuster (oh merde, un collègue !). Sauf que le monsieur donne souvent dans le détournement farfelu et opportuniste. Par exemple, son roman The Great Zoo of China est un décalque de Jurassic Park… avec des dragons.

Fan de gros films hollywoodiens, Reilly a visiblement une affection naturelle pour le B tendance Z. Certains de ses romans avaient d’ailleurs été optionnés par des studios, mais sans jamais qu’un projet se concrétise. Aujourd’hui, grâce à Netflix, il peut enfin voir une de ses histoires à l’écran. D’une part, il a écrit un scénario « original » pour l’occasion. D’autre part, il réalise en personne. Il faut bien commencer un jour, mais…

Interceptor ne cache pas sa misère. Décors en toc, action molle surdécoupée et overdose de CGI évidents sont de la fête. Mais surtout, ce manque de moyens trahit l’une des règles fondamentales du « Die Hard-like » : exploiter l’environnement. On a une plateforme entière comme lieu de l’action, mais on s’enferme dans un PC de vingt mètres carrés pendant les trois quarts du film. Et quand on sort à l’air libre, on ne va pas bien loin. Appelons un chat un chat : Interceptor est fauché. C’est sûrement ce qui lui a permis de trouver son financement. Mais c’est aussi comme ça qu’il se tire une balle dans le pied.

Casting à la mer

Pour qu’Interceptor soit vraiment marrant, il faudrait au moins que la croisière s’amuse. Pourtant, rayon casting, ça ricane plus que ça ne rigole.

Elsa Pataky se serait entraînée des mois pour avoir l’air badass, et on veut bien le croire. Elle ne fait pas tache quand il s’agit de bander les muscles. Mais l’action est très souvent mollassonne. La belle balance bien quelques punchlines dignes d’Arnold et Willis, mais curieusement pas drôles, tellement elles sont convenues.

Et les méchants, alors ? Parmi les représentants du genre, les plus mémorables le sont grâce à des bad guys bien caractérisés, joués par une gueule qui s’amuse un max. On se souvient d’Alan Rickman dans Piège de Cristal, John Lithgow dans Cliffhanger, Powers Boothe dans Mort Subite, Gary Oldman dans Air Force One, Dennis Hopper dans Speed

Quid de Luke Bracey, alias Kessel dans Interceptor ? Le personnage est aussi fade que son interprète. Il est motivé par des raisons que le film s’amuse à rendre confuses ou contradictoires, pour masquer des révélations forcément banales. Monsieur fait semblant d’être motivé politiquement, alors qu’in fine, tout s’avère être une question de pognon (coucou, Piège de Cristal). Et pour ce qui est du charisme et de l’énergie, il représente autant une menace dans le film qu’une moule le serait pour une mouette. Comble de l’arnaque : il est tellement indigne que ce n’est même pas l’héroïne qui l’achève !

Ses hommes de main sont au diapason. Certains prennent la pose, d’autres passent leur temps à chouiner avec un accent redneck. À cause de tout cela, ils ont surtout l’air ridicule et incompétent. Pour achever le tout, rappelons que Chris Hemsworth fait un caméo à répétition pour soutenir sa chérie. Sa présence nous rappelle d’autres productions pas plus subtiles, mais mieux réglées, comme Tyler Rake dont il était la vedette.

Intercepté et abattu en vol

Interceptor pue le bricolage, l’opportunisme et l’indifférence. Si le film jouait sur la bêtise archaïque de son scénario, et s’il n’était pas si fauché, on passerait un bon moment. Ce n’est même pas du bon cinéma d’artisan, et d’ailleurs, ce n’est même pas du cinéma. C’est bel et bien du contenu. Son ambition à ras de pâquerettes, sa propreté clinique et ses décors en toc donnent souvent l’impression de voir un épisode filler de Star Trek.

C’est peut-être moi qui suis vieux et con. Si ça se trouve, ces pépites valent en fait de l’or, alors que ma bouche ne sent que le goût du charbon… Si vous voulez voir un Die Hard-like titré « Interceptor », regardez donc celui sorti en 1992. Ça n’a l’air de rien, mais vous aurez l’exact contraire : aucune promesse, et pourtant, elles sont toutes tenues.

LES + :

  • Si Matthew Reilly écrit des trucs pareils et peut finir par réaliser des films Netflix, rien n’est perdu pour Bibi. :p

LES – :

  • Ben, euh…. J’ai la flemme. Allez, tout.