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Critique rétro : L’Effaceur (1996) « Le baroud d’honneur du futur gouverneur »

L'Effaceur

John Kruger (Arnold Schwarzenegger) est L’Effaceur, meilleur agent de Witsec, le programme de protection des témoins. Il est célibataire et sans histoire, patriote et plein de moralité. Il travaille seul et réussit toujours sa mission, même dans l’improvisation. Lorsqu’il accepte de prendre en charge Lee Cullen (Vanessa Williams), John découvre vite que la jeune femme est la cible d’agents corrompus du gouvernement, à la tête desquels opère son mentor DeGuerin (James Caan). L’enjeu est le témoignage de la belle dans une affaire de trafic d’armes futuristes, des fusils EM capables de tirer à la vitesse de la lumière. Seul contre tous, trahi et très remonté, Kruger va tout faire pour garder en vie sa « love interest ». Fort heureusement, en plus de ses muscles et de son talent, il pourra compter sur l’aide bénévole de quelques-uns de ses anciens protégés…

Avant son mandat de gouverneur de Californie en 2003, Arnold Schwarzenegger, c’était Conan le Barbare et Terminator. C’était aussi des métrages cultes à l’épreuve du temps. Les succès de Total Recall, Predator et True Lies sont autant dus à sa présence qu’à leurs réalisateurs talentueux. Mais si le mythe Schwarzy est né de chefs-d’œuvre, la carrière de l’homme est pleine de projets allant de « honnêtes et bien dans leur époque » (Le Contrat, Commando) à « salement opportunistes et/ou anachroniques » (La Fin des Temps, Dommage Collatéral, Terminator 3).

Sur son CV, L’Effaceur apparaît comme le titre charnière entre son passé glorieux et un futur obscur, soit l’inverse de ce que promet l’accroche du film (« Il effacera votre passé pour protéger votre avenir »). La formule de l’actioner bourrin a certes fait ses preuves, tout comme le concept indémodable qu’est l’acteur. Hélas, ce film est un blockbuster boiteux, ainsi qu’une première esquisse de l’idéologie qui parasitera une part de la filmo de la star au début des années 2000.

L'Effaceur (1996)

La citation qui tue

(Arnold, après avoir flingué un alligator : ) Sac à main !

La chronique à effacer

L’Effaceur est un film de Charles Russell, affectueusement surnommé « Chuck » à ses débuts. Sa carrière est un peu le décalque de celle d’un autre oublié du box-office, Renny Harlin. Comme le réalisateur de Cliffhanger, Charles commit un épisode des Griffes de la Nuit dans les années 1980 (Les Griffes du Cauchemar). Après quelques cartons notables (The Blob, The Mask), il fut propulsé au rang de jeune espoir du divertissement musclé et efficace. En fait, il fit plus ou moins adieu à la gloire après un ratage. Renny Harlin avait entamé son déclin à cause de L’Île aux Pirates en 1995. Pour Russell, le début de la fin s’appela L’Effaceur. Mais si le blockbuster du bourrin finlandais mérite d’être redécouvert aujourd’hui, les aventures de John Kruger divisent un peu plus.

Arnold Schwarzenegger est avant tout, et il le sera toujours, un concept sur lequel se sont basés tous ses projets depuis au moins Predator : le principe du « Schwarzy contre (remplir le blanc) ». Tout au long de sa filmographie, le Chêne autrichien dut régulièrement trouver un adversaire à sa mesure, pour une excitation et une qualité toujours déclinante avec les années. « Schwarzy contre le T-1000 ». « Schwarzy contre la classe de maternelle ». « Schwarzy contre les fêtes de Noël ». « Schwarzy contre Satan ». « Schwarzy contre lui-même ». Etc. Aujourd’hui, hélas, ce serait plutôt « Schwarzy contre le temps » (cf. Fubar, la récente série Netflix, réminiscence de True Lies où il peine à lever le cigare).

Vieille soupe, pas de pot

L’Effaceur suit la formule consacrée. Cette fois, il s’agit de « Schwarzy contre les fusils du futur » (une idée apportée par le scénariste Walon Green). Techniquement parlant, le film a tout pour être un gros bis rigolo dans la lignée du mythique Commando. Sur une BO guerrière d’Alan Silvestri (Predator, Judge Dredd), égayée de riffs de guitare électrique un brin parodiques, la star enchaîne les fusillades farfelues. En particulier lorsqu’interviennent les fameux fusils laser, dont il esquive les tirs en courant. Ces armes n’étaient donc qu’un gouffre financier.

Les rebondissements sont lamentablement drôles, avec une agence gouvernementale plus forte que la CIA. Les méchants ont des « gueules » et peuvent tomber le masque devant témoins sans griller leur couverture. Les dialogues manichéens sont taillés au burin. James Caan, dans le rôle du méchant DeGuerin, grimace avec un bonheur non dissimulé. Quant aux effets spéciaux, ils sont presque tous bons à jeter. À l’arrivée, on ne sait plus trop si Le Contrat rencontre James Bond, ou si True Lies percute Austin Powers. Déjà anachronique à sa sortie, L’Effaceur était tellement B qu’il en devenait drôle. Aujourd’hui, ses SFX font tellement cheap qu’il ressemble à un DTV tendance Z. Avec un budget de 100M$ de l’époque, ça fait un peu mal.

Pour sa défense, on dit que pendant le tournage, un clash permanent opposait producteur et réalisateur, et qu’Arnold fit office de tampon entre eux pour permettre au film de se terminer. Ceci explique peut-être l’influence très forte de la star et de ses futures aspirations politiques, qui crève d’autant plus les yeux après revisionnage de la chose.

Moralisator

Avec le recul, on ne peut subir L’Effaceur sans songer que Schwarzy est devenu politicard. Intentionnellement ou non, le métrage suintait déjà les ambitions de l’acteur, dont la candidature de gouverneur de Californie n’arriverait qu’au début du nouveau millénaire. On ne fait pas ici la critique de l’homme politique ni de son travail, mais de la façon dont les projets de la star ont taché ce qui aurait dû n’être qu’un divertissement calibré de plus (ce sera encore plus flagrant avec Collateral Damage en 2002). En clair : L’Effaceur est l’occasion d’une bonne grosse louche de propagande pour Arnold.

En sa qualité de meilleur agent du service de protection de témoins, John Kruger a aidé à cacher, reloger et réhabiliter avec succès moult représentants des minorités américaines (latinos, italiens, asiatiques). Il négocie même gentiment avec des enfants de la classe afro sur le prix d’un 4×4, lesquels, en revanche, il a bien arnaqués. Arnold, lui-même immigrant, se fait porte-étendard et défenseur de toutes les classes baratinées ou oubliées par le gouvernement, quitte à verser dans le cliché le plus ringard. Sans surprise, l’exilée chinoise est concierge, l’ex-narco colombien est devenu curé, et l’Italien se fait passer pour un livreur de pizza… N’espérez pas le salut du côté des élus. Ils sont presque tous pourris jusqu’à la moelle, avec un trio de vilains opérant depuis les hautes sphères du pouvoir.

L'Effaceur (1996)

C’est d’autant plus dérangeant que, conséquence soûlante, l’ami Kruger est moralisateur à donf ! « Vous êtes un meurtrier », « il est plus facile de risquer sa peau que la vôtre », « ce que vous êtes est dans votre cœur », « il a retiré un trafiquant de drogue et son poison de nos rues ». Etc. Un vrai boyscout, le mec.

Faux-cul à mort

S’il ne s’en tenait qu’à ça, ce serait seulement niais. Mais ces poncifs passent carrément pour de la mauvaise foi quand on compare les paroles du monsieur avec ses actes. L’Effaceur est un divertissement rated R, gore et violent comme on n’en fait plus. Il met en scène un héros à l’impassibilité et au sadisme extrêmes. Le sang gicle. Les os craquent. Les exécutions sommaires abondent. En surface, c’est rigolo. Mais ces qualités (hem) sont incompatibles avec la morale affichée.

L'Effaceur (1996)

On pourrait sourire du fait que John Kruger soit un proto-Sam Fisher, le futur héros des jeux vidéo à succès Splinter Cell. Malgré sa sauvagerie et sa carrure d’haltérophile, il est absurdement doué pour l’infiltration et l’évasion, merci les coupes au montage. En plus, cette espèce de Terminator humanisé, vaguement réceptif au concept de douleur, n’existe que pour sa mission, bien qu’il connaisse à peine la femme qu’il protège. En vrai saint, il s’avère prêt à mourir pour elle… mais surtout, à tuer n’importe qui d’autre !

Dans sa guéguerre contre agents et sénateurs corrompus, le Schwarz ne fait pas de concession. Certes, le bourrin en chacun de nous se réjouit de voir des ripoux déchiquetés par des alligators en toc. Mais quand notre héros dégomme de l’agent de sécurité par dizaine, alors que lesdits agents sont, à l’évidence, des types hors du coup qui ne font que leur travail, on commence à se poser des questions.

L’Effaceur : premier ou second degré ?

Le sous-texte douteux n’est pas aussi extrême que dans le mythique Rambo III avec Stallone, tout aussi violent et rigolo. Mais la réception de L’Effaceur dépend quand même de l’état d’esprit du spectateur. Pris indépendamment de son contexte de sortie, le véhicule de Sly demeure un film d’action correctement emballé, qui coche des cases et met le paquet. L’Effaceur a l’air d’avoir été monté en kit, avec des effets visuels souvent foireux, des scènes d’action qui ont l’air bricolées, et un scénario remanié qui perd souvent de vue ce qu’il veut vraiment raconter. Un quart de siècle plus tard, une chose reste évidente : Schwarzy était déjà en campagne.

L'Effaceur (1996)

Paradoxal, L’Effaceur l’est autant dans son enrobage que dans ses intentions. En tant que pur produit filmique, c’est un rejeton tardif des opus ayant fait la gloire de la star dans les années 1980, avec une production value datée, voir discutable. Vu qu’il arrive après True Lies, qui monta les ambitions d’un cran, et Last Action Hero, qui avait déconstruit le mythe et s’était moqué de ses clichés, on se situe en deçà des attentes. Normal qu’aujourd’hui, on voit surtout un spot pour « Schwarzy président ! » maquillé en blockbuster schizophrène. Il se veut défenseur de belles valeurs, mais il promeut, au nom de l’Entertainment, une justice aveugle et la loi du Talion.

Le tout se termine sur l’exécution, sans une once de pitié, du trio de méchants trop puissants pour s’inquiéter des tribunaux. En cela, le film de Charles Russell précède la filmographie complexe et décomplexée d’Antoine Fuqua, le réalisateur de Shooter (2007), dont la vengeance et la violence préventive constituent une bonne part. De Schwarzenegger, peut-être qu’Antoine est un lointain cousin germain.

L'Effaceur (1996)

La scène qui efface tout

Le money shot emblématique du film, c’est bien évidemment Schwarzy armé de ses deux gros fusils laser. Mais si l’on n’y avait pas eu droit, il faut reconnaître qu’une autre scène valait à elle seule le prix de l’admission.

À bord d’un avion en vol, Kruger se fait droguer et désarmer par l’infâme traître DeGuerin. À son réveil, notre héros se voit offrir un pot-de-vin par son mentor. Une proposition que décline poliment l’Effaceur en lui plantant dans le bras une dague cachée.

Malin, John bondit vers la trappe d’urgence et la fait sauter, provoquant la dépressurisation de la cabine. Il assomme un lascar, récupère son pétard, et tient en respect les autres assaillants. Problème : le réacteur est situé juste à l’arrière de l’avion. Si Kruger saute, il passera dedans « comme de la merde dans un cul d’oie » (dixit James Caan). Comment va-t-il s’en sortir ?

La suite est digne des élucubrations du James Bond de GoldenEye (1995), et surpasse avec vingt ans d’avance les singeries de Tom Cruise dans Mission : Impossible 5. Bien sûr, on n’a pas vraiment balancé Arnold dans le vide, mais en a-t-on besoin pour se gondoler ?

Dans un film normal, à un moment ou un autre, on essaie toujours de se débarrasser du héros en l’écrasant en voiture ou en camion. Mais quand il a la carrure de Conan le Barbare, on emploie forcément les grands moyens.

Malgré ses défauts évidents et son idéologie discutable, L’Effaceur reste recommandable pour les fans du « bon vieux Schwarzy ». C’est la dernière fois qu’on l’a vu éclater des bad guys , enchaîner des vannes foireuses, et accomplir des exploits physiques que lui seul, avec sa carrure, pouvait nous faire gober.

L’Effaceur est disponible en dvd et bluray chez Warner Home Video.

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Critique rétro : Running Man (1987) « Meurtres en direct »

2017. Le monde va mal. Trump devient président, l’art est censuré, la téléréalité fait la loi, et un État policier tyrannise les masses tout en leur faisant gober les pires couleuvres. Curieusement, c’est aussi le point de départ du film. Ben Richards (Schwarzenegger) est un flic envoyé en prison pour avoir refusé de tuer des manifestants désarmés. Huit mois plus tard, il s’évade mais se fait reprendre comme un bleu par la police. Cette fois, il est contraint de participer à l’émission de Damon Killian (Richard Dawson). Ce méprisable enf**ré est le visage préféré de l’Amérique, présentateur de l’émission la plus regardée du pays, « Running Man ». Dans cette espèce de « Fort Boyard » sanglant, Richards va devoir courir d’un point A à un point B, poursuivi par des tueurs bovins surarmés. S’il gagne, il sera libre. Dommage pour Killian, Richards se montre bien plus fort que prévu à ce jeu. Au point de risquer de faire réfléchir le peuple, lancer une révolution et menacer le système…

Running Man fait tout à la fois. Certes, c’est un pur produit des années 1980 et un plaisir coupable. Mais c’est aussi une véritable anticipation des dérives de notre société, où divertissement et politique font bon ménage. Trente-cinq ans après, on est bluffé de voir que, à part la résolution de nos télés, pas grand chose n’a changé.

La (double) citation qui tue

(Richards, sur le départ : ) Killian… Je reviendrai !

(Killian, narquois : ) Alors dans une rediffusion.

À vos marques !

Initialement, Running Man est un roman de Richard Bachman publié en 1982. Sauf qu’il s’agit en réalité du pseudonyme d’un certain Stephen King. Tout de suite, quand les producteurs l’ont su, ça leur a plu.

Dans le livre, « Running Man » est un jeu à l’ampleur nationale, qui dure trente jours. Trente jours pendant lesquels le participant doit fuir et se cacher de tout et tout le monde : l’intégralité des médias (télé, radio, journaux) mais aussi le peuple américain (celui qui dénonce Richards gagne un prix). Aujourd’hui, on se dit que la conception du jeu par King serait encore plus pertinente, et flippante, depuis l’émergence des réseaux sociaux.

Dommage qu’en 1987, date de sortie du métrage, la technologie (et l’imagination) se limitait aux écrans cathodiques et aux bandes magnétiques. Pourtant, il y a d’autres choses sur lesquelles cet actioner d’anticipation avait vu juste, mais nous y reviendrons.

En attendant, il faut tourner le film. Il fut d’abord confié à Andrew Davis, futur réalisateur de Piège en Haute Mer et du Fugitif. Mais à cause de retards de planning, il fut dégagé et remplacé par… Paul Michael Glaser, alias Starsky dans la série Starsky et Hutch ! Ce n’est pas franchement pertinent de le savoir, mais Running Man est sans conteste son meilleur film (quand on sait qu’on lui devra plus tard Kazaam avec Shaquille O’Neil).

Prêt ? Partez !

Dans la forme, Running Man ne casse pas des briques. Il jouit portant d’un rythme impeccable, dû à un scénario et un découpage sans temps mort. On le doit à Steven de Souza, qui a retravaillé le roman de Bachman/King au point que, finalement, le scénario n’en conserve plus grand chose. Sur le papier, Richards était un type banal, candidat par désespoir, traqué par tout le monde dans les rues et les campagnes d’une Amérique pervertie. À l’écran, il devient un ex-flic joué par M. Univers, candidat à contrecœur, poursuivi par des GrosBill dans une aire de jeu délimitée, les ruines du vieux Los Angeles.

Pas grave. On devait déjà au scénariste 48 heures et Commando, et plus tard, Piège de Cristal (avant de réaliser le médiocrement drôle Street Fighter). L’action pour hommes, les jeux de mots pourris et les facilités scénaristiques, c’est sa spécialité. Running Man a donc l’esprit de déconnade typique de son époque. Comme Total Recall un peu plus tard, il traite de thématiques sérieuses qui font réfléchir, mais les enrobe d’une violence et d’une dérision efficaces.

« C’était la mode, à l’époque ! »

Comme c’est commode de découvrir que les résistants (des musiciens/chanteurs dans leur propre rôle) ont leur QG en pleine zone de jeu. Qu’il est drôle de voir la sécurité dérisoire mise en place à l’aéroport de Los Angeles. Et forcément, toutes les infos sensibles (vidéos non retouchées, codes du satellite de la chaîne) sont faciles à atteindre, voire carrément libres d’accès ! Sans parler des blagues de Richards, dignes de James Bond, lâchées systématiquement à chaque nouvelle exécution adulée par les foules (« Eh, Sexe à piles ! », « Il fallait qu’il s’arrache. », « Quelle tête brûlée ! », etc.).

Et bien sûr, il suffit d’une seule émission et de Schwarzenegger pour révéler la perversion du système et mettre tout le monde d’accord. Paradoxalement, le réveil des masses se fait autour de l’exécution en direct du méchant présentateur… Quel message hilarant, aussi rentre-dedans que contradictoire !

Mais le Diable se cache aussi dans les détails. Il n’y a qu’à voir les affiches ornant les murs de la chaîne, détournant des titres célèbres (« The Hate Boat »). Ou encore, le générique de fin de « Running Man », l’émission, déroulé sur une télé en arrière-plan, dont les crédits ne sont qu’un énorme gag. Sans parler du Coca à 6$, qui nous fait encore relativiser le problème de l’inflation… mais pour combien de temps ? « Mieux vaut en rire qu’en pleurer » aurait pu être l’accroche du film.

Schwarzy contre le monde

En 1987, on avait déjà vu Terminator et Commando. On sait déjà que Schwarzenegger survit aux tirs d’un commissariat entier et arrache des cabines téléphoniques à mains nus. C’est pourquoi on lui colle au train des adversaires à sa taille, littéralement.

Les « Traqueurs » à sa recherche sont des bœufs au moins aussi balèzes, sinon plus que le Chêne autrichien. Ils sont les véritables stars du film, non seulement armés et attifés comme des boss de jeux vidéo, mais en plus, incarnés par de vraies vedettes du sport (lutteur, « power lifter », catcheur ou joueur de football américain). Bref, que du sensationnel.

Quiconque a vu le film de souvient de la carrure et des prestations de Sub-Zero (Pr. Toru Tanaka), Buzzsaw (Gus Rethwisch) et l’inénarrable Dynamo (Erland van Lidth). Si Richards est un 4×4, ces types sont des tanks, armés en plus de tronçonneuses ou de canons électriques ! Et ce que certains perdent en tour de taille, ils le gagnent en humour (Captain Freedom/Jesse Ventura) ou en puissance de feu (Fireball/Jim Brown).

En fait, la même année que Predator, Running Man amorce la tendance au « versus » dans la carrière de l’acteur, amené régulièrement à trouver un opposant à sa mesure (ledit Predator, le T-1000, le T-X, Satan, etc.). Mais rarement il en aura retrouvé d’aussi impressionnants et savoureux.

Que cela ne nous empêche pas de tirer notre chapeau à Killian, celui qui tient réellement les rênes. Richard Dawson, qui fut un vrai présentateur, compose un formidable sac à m****, aussi mielleux que méprisant en VO. Son doubleur VF (Serge Bourrier) accomplit l’exploit de le rendre encore plus détestable, aboyant systématiquement à chacune de ses répliques, ce qui contraste avec son flegme permanent.

Running Man : futur d’hier, réalité d’aujourd’hui

Spectacle fun et esthétiquement daté (merci aux écrans à tubes cathodiques), Running Man demeure férocement d’actualité trente-cinq ans plus tard. En tant que film d’anticipation, il faisait mouche sur bien des points et, honnêtement, ça fait un peu peur.

On commence par le plus évident : le rapport entre télévision et contrôle politique, alors que le monde est régi par un État policier qui ne dit pas son nom, mais fait tout pour qu’on le sache. Les manifestations anti-régime contrées à coups de violences policières, en raid aérien !, ont aujourd’hui une résonnance internationale (aux USA comme à Hong Kong, et récemment en Chine… pour ne citer que ceux dont les médias parlent le plus, justement).

Il y a ensuite le show lui-même, « Running Man », tout à fait crédible dans sa représentation. Entre le jeu fictif d’hier et les émissions d’aujourd’hui, on aurait du mal à faire la distinction. Le plateau et l’aire de jeu, la musique et les danseuses, la présentation des « Traqueurs », sans parler des drames en coulisse…

On se croirait vraiment en train de regarder la dernière variété de TF1 en deuxième partie de soirée, juste après « The Voice » (où on enverrait se faire tuer les perdants, pourquoi pas…). Pour l’anecdote, deux ans après le film, la télé américaine monta un show, « American Gladiators », lequel, de l’aveu des producteurs, était exactement « Running Man », le meurtre en moins.

L’anticipation, la vraie

Enfin, stupeur, effarement et ravissement, pour une fois, la SF au cinéma a eu raison en anticipant les années 2010. Non, pas avec l’avènement des Réplicants, mais avec celui du… Deepfake !

On était quand même 30 ans avant que les IA ne permettent de coller la tête de n’importe qui n’importe comment, ou de rajeunir les acteurs (dont bientôt Harrison Ford dans Indiana Jones 5). (SPOIL : ) Or, puisque Killian ne parvient pas à se débarrasser de Richards dans les règles, il filme un combat truqué avec une doublure « portant » son masque numérique. (FIN DU SPOIL) La technologie n’existant absolument pas à l’époque, il fallait oser l’imaginer.

On est quand même au niveau de l’anticipation de la tablette tactile dans 2001 : l’Odyssée de l’Espace. Très peu de films de SF, surtout les plus connus, sont allés plus loin que de simplement transposer la technologie de l’époque dans le futur, au lieu d’imaginer à quoi elle ressemblerait vraiment. Les Alien originaux, par exemple, regorgent de boutons gros comme le poing, d’écrans cathodiques et de bandes magnétiques. C’est aussi le cas de Running Man, puisqu’hormis ce coup de génie, et éventuellement, un écran plasma gigantesque érigé dans la banlieue, on utilise toujours les K7 audio et vidéo.

Ce qu’il faut retenir

Tout film de science-fiction et d’anticipation finit un jour par se dater lui-même. Running Man n’en souffre qu’un peu. En dehors de détails surtout cosmétiques, il demeure toujours aussi fun et pertinent grâce à ses qualités.

Sachant que l’action prend place après 2017, on est d’autant plus choqué que tous ces éléments se soient montrés si prémonitoires. À quand les exécutions sommaires dans « Koh-Lanta » ou « Ninja Warrior » ? Le pire, c’est que je crois que je serais assez curieux et sadique pour regarder… Pas vous ?

Running Man est disponible en plusieurs éditions en DVD et Blu-ray. Il est disponible depuis le 8 novembre en Blu-ray 4K Ultra HD chez Paramount (VF et STF inclus, sans restriction de zone… et sans bonus non plus).