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Critique rétro : Halloween 4 (1988) « La haute définition pour un opus définitif »

halloween 4

Halloween 4 se déroule en 1988. Dix ans après les événements de Halloween et Halloween 2, Micheal Myers est une momie. Comateux perpétuel et brûlé au douzième degré, il gît sur un lit d’hôpital. Le hasard faisant bien les choses, le directeur des lieux organise enfin son retour à l’asile de Smith’s Grove, sous la surveillance de deux infirmiers et par une nuit pluvieuse de 30 octobre. Pendant le trajet, les nigauds trouvent le moyen d’évoquer la famille du tueur. Si sa sœur Laurie est décédée dans un accident de voiture, elle a laissé une toute jeune fille, Jamie (Danielle Harris). Michael revient subitement à lui et s’échappe avec sauvagerie, dans le but de retourner à Haddonfield et tuer sa nièce de six ans. Le docteur Loomis (Donald Pleasance) se lance une nouvelle fois à sa poursuite…

Halloween 2 et Halloween 3 : Le Sang du sorcier étaient sortis en combo bluray+dvd chez le Chat qui fume en début d’année. Les éditions étaient minimalistes (bandes-annonces et un seul documentaire pour chaque film, lesquels se trouvent facilement sur youtube), mais l’emballage était soigné et la copie très bien. Le premier clôturait l’épopée sanglante de Michael Myers, incinéré avec son psychiatre à la fin du film. Le second était une tentative de lancer une franchise de films fantastiques et d’horreur avec pour seul lien la fête d’Halloween. Malheureusement, malgré son charme et ses cojones, cet opus fut un flop. Entre autres raisons, la plus importante est que le public associait dorénavant la franchise à Michael Myers. Et sans le tueur ni une campagne de pub suffisamment claire, on se demandait à quoi rimait cette arnaque. À quoi bon vendre « Halloween 3 » et pas juste « Le Sang du sorcier » ?

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Moustapha n’a qu’à !

Le producteur de la série, Moustapha Akkad (aujourd’hui disparu), le sait bien. Le public veut Myers ? Il va l’avoir ! John Carpenter, dépité par l’accueil de glace qu’a reçu Halloween 3 : Le Sang du sorcier, veut s’éloigner pour de bon de la franchise et du tueur. Ça tombe bien, Moumou veut ressusciter le Croque-mitaine, d’autant que ce sera bientôt les dix ans de l’opus séminal (sorti en 1978). Le producteur rachète donc les droits et lance la machine pour un nouveau chapitre, véritable retour aux sources et suite aux deux premiers films. Halloween 4 sera donc le « vrai » Halloween 3. Malgré une grosse explosion au gaz à la fin de Halloween 2, Myers est de retour, Loomis est de retour, et Haddonfield va célébrer ces dix ans dans la peur et le sang.

ESC éditions propose maintenant Halloween 4 et 5, dans un packaging soigné mais différent de ceux du Chat qui fume. Sur le présent film, on retrouve en bonus quelques bandes-annonces et un documentaire rétrospectif, soit rien de bien neuf si vous avez youtube et si vous êtes fan. Mais on a droit en plus à une interview de Christophe Foltzer relatant l’intégralité de l’histoire de la franchise. Ça donne presque une heure d’un type racontant face caméra des anecdotes sur la genèse de chaque film, depuis celui de Carpenter jusqu’à Halloween 2018. Avouons-le, Maître Foltzer distille quand même ici et là des anecdotes et points de vue qui intéressent. Enfin, les fans de goodies seront heureux de trouver en cadeau un petit poster du film.

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Mais le gros argument de cette édition, c’est l’occasion de voir enfin en France Halloween 4 dans une copie des plus propres. Que ce soit une découverte ou une redécouverte, on voit mieux les défauts, mais aussi les qualités de cette suite dont, avant de la revoir, l’ado que je fus n’avais pas gardé une très haute opinion. Et pourtant…

Cette fois, c’est la guerre !

L’écriture de Halloween 4 : le Retour de Michael Myers fut confiée à Alan B. McElroy, un petit jeunot à l’époque, mais qui amène son lot d’idées bienvenues. McElroy étant évidemment fan de l’original, il cherche autant à payer son tribut qu’à amener la franchise dans une nouvelle direction. L’heureux résultat, c’est que le bonhomme sait ce qu’il fait au lieu de simplement céder aux sirènes du genre.

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Halloween 4 est un brassage de plusieurs influences et obligations qu’il marie plutôt bien entre elles. D’un côté, on a le teen drama avec frotti-frotta occasionnel. De l’autre, la petite bourgade souffrant de stress post-traumatique, avec ses citoyens armés prêts à patrouiller et à faire la loi (quitte à surtout faire les cons). Quant à Michael Myers, il embrasse complètement la dimension mythologique et surnaturelle acquise depuis sa dernière apparition. Sa force et son esprit calculateur sont encore plus mis en avant que précédemment. Sans parler de la fin, excellente, sur laquelle je compte revenir plus bas.

Sur le papier, ce retour de Michael Myers est autant un thriller à suspense qu’un film de monstre et d’action. Toute proportion gardée, il équivaut au Aliens de la saga Halloween. Malheureusement, n’est pas James Cameron qui veut. Halloween 4, bien écrit ou non, est un film de commande devant obéir à un planning de production impossible, et à l’absence d’un réalisateur aussi talentueux que Big Jim.

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C’est le résultat qui compte

Halloween 4 est réalisé par Dwight H. Little. Il porte bien son nom : ce n’est pas le dernier des manchots, mais quand même un artisan « petit bras » (aujourd’hui, sa carrière contient plus de télé que de cinéma). Et en plus, il a moins d’un an pour emballer Halloween 4, pour une sortie programmée en octobre 1988 ! Difficile de ne pas lui pardonner le résultat. On peut même dire qu’il s’en tire avec les honneurs, malgré les ratés visibles ici et là (dont un plan où Michael porte le mauvais masque, impossible à tourner à nouveau). De plus, esthétiquement, l’atmosphère du film est magnifiquement retranscrite, en particulier la nuit grâce à la photographie. Les bleus et jaunes souvent prononcés contrastent bien avec une obscurité qui m’a souvent parue solide.

Du côté du casting, c’est la toute petite Danielle Harris qui remporte le morceau. Jamie est constamment crédible dans sa fragilité tant physique que psychologique. La voir déambuler, perdue, en plein Haddonfield désertée alors que son oncle rôde, est crédible et réellement touchant. Le trio de vieux adolescents gravitant autour d’elle n’est pas aussi neuneu que ceux qu’on trouve dans les Vendredi 13, et ce sont surtout les adultes (dont le shérif et Loomis) qui prennent part à l’action et en subissent les conséquences.

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Le vrai gros souci de Halloween 4, c’est hélas le tueur lui-même. L’interprète a changé, ça se voit à sa corpulence et dans sa gestuelle. Plus coincé que jamais, Michael est paradoxalement capable de se téléporter d’un bout à l’autre de Haddonfield, pour provoquer un blackout et nettoyer tout un commissariat de police. Il a beau avoir un balai entre les fesses et marcher à deux à l’heure, le psychopathe se déplace tel un ninja au point que c’en devient ridicule (haha, le passage de la jeep), et il arrache des gorges et empale des greluches avec une incroyable facilité. On sent que Jason Vorheese et Terminator sont passés par là. Le temps de l’opus fondateur de John Carpenter est révolu, et le public en veut plus. Halloween 4 multiplie le body count et les effets choc. Heureusement, même en HD, ils conservent une maîtrise technique et une efficacité redoutables.

Tri logique ?

Jusqu’à présent, je m’étais toujours borné à voir une seule et unique saga : la trilogie formée par les épisodes un et deux, puis l’opus anniversaire Halloween : 20 ans après sorti en 1998. Il y a deux raisons à cela, la présence de Jamie Lee Curtis et la mort définitive (si si, je vous jure) du Croque-mitaine. J’avais déjà évoqué combien les sagas capables de « boucler la boucle » me fascinaient (cf. cet article). Dans le cas de H20, l’héroïne emblématique affronte ses démons, Michael meurt et le film se conclut sur la respiration lourde de sa sœur, faisant miroir à la sienne sous le masque. Tiens ! « Miroir », voilà un mot intéressant.

Retour à la case départ ou miroir des origines, qu’est-ce qui marche le mieux pour conclure une saga ? Récemment, Rambo : Last Blood a remis ce questionnement en lumière. Le quatrième film, John Rambo, finissait par le vétéran s’éloignant sur une route menant chez lui. Le tout premier plan de l’épisode un était l’inverse : Rambo arrivait au loin, vagabond sur une route n’ayant ni début ni fin. La fin de Rambo 4 est ainsi éloquente, chargée d’émotion et pertinente, mais on ne revenait pas au point de départ. Or, c’est ce qui arrive à la fin de Rambo 5, où le personnage est condamné à repartir sans but sur les routes.

Autres exemples : avant ses suites des années 2000, Une Journée en Enfer finissait sur John McClane au téléphone pour se rabibocher encore avec sa femme, soit la même situation qu’avant Piège de Cristal. Quant à Jason Bourne, la fin de La Vengeance dans la peau le montre s’éloigner à la nage, dans des eaux sombres renvoyant à celles l’ayant vu « naître » au tout début de la série.

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Comme la plupart de ces franchises et d’autres, Halloween a continué par delà ces conclusions, accumulant les suites et reboot jusqu’à devenir exsangue de toute idée vraiment fraîche, nouvelle ou mémorable. Or, Halloween 4 a de vraies idées et aspirations, mais surtout, il propose la fin la plus définitive et cohérente. Michael Myers y meurt logiquement, et nous découvrons avec un nihilisme déprimant que le Mal est véritablement cyclique, transmissible et ne mourra jamais vraiment. La boucle est bouclée tout en faisant miroir au début de Halloween 1978. On ne peut être plus définitif que cela, et Halloween 4 remplace désormais H20 dans mon cœur comme vraie fin de la saga.

Bien sûr, le médiocre Halloween 5, torché à la va-vite l’année suivante, fichera tout en l’air. Mais je me rends compte avec effarement que, bien avant Halloween : 20 ans après, et 30 ans avant le très vain et opportuniste Halloween 2018, Halloween 4 était une vraie conclusion à l’aventure Myers. Certes, il n’est pas parfait. Mais il demeure hautement divertissant, bien ficelé et surtout très bien pensé, avec davantage de surprises et d’esprit d’initiative que tout le reste de la saga réunie. Exploser les compteurs et conclure en fanfare, n’est-ce pas ce que tout final d’une trilogie devrait faire ?

Halloween 4 : Le Retour de Michael Myers est disponible depuis le 22 juillet 2020 chez ESC éditions, en Bluray et DVD.

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Critique : Sahara « Injustement enterré »

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Sahara

Dirk Pitt (Matthew Mc Conaughey) est un ancien de la Navy devenu chercheur de trésors. Son obsession : retrouver le CSS Texas, un cuirassée disparu pendant la Guerre de Sécession. Sa théorie a du mal à convaincre : selon lui, le navire a tellement voyagé qu’il a coulé très loin des côtes US. Une nouvelle et ultime piste va lui souffler que le CSS Texas s’est échoué quelque part dans le désert du Sahara (!). Dirk se lance dans l’aventure, mais il est tellement beau, fort et compétent que le film va lui inventer quelques galères, histoire de corser le jeu. Lui et ses amis se coltinent donc une jolie médecin de l’OMS (Pénélope Cruz), dont l’enquête sur une étrange épidémie met sa vie en danger. Car les responsables, une corporation véreuse en cheville avec un dictateur, ont leurs intérêts à défendre…

Sahara est une adaptation d’un roman de Clive Cussler, appartenant à la série des aventures de Dirk Pitt. Apparu en 1973, Pitt est l’alter ego papier de son auteur, à savoir un explorateur sous-marin, membre de la National Underwater and Marine Agency (la NUMA, que créera réellement Cussler en 1979). Ses histoires mélangent espionnage et fantaisies exotiques, quelque part entre James Bond et Indiana Jones, dépendant des circonstances. Il faut avouer que si certaines sont aujourd’hui datées ou trop absurdes, il y avait de la matière à une grande série de films d’aventures, moyennant un petit travail d’adaptation.

Sahara

Mal connu et mal vendu

Une des escapades de Pitt avait déjà été portée à l’écran dans La Guerre des Abîmes en 1980 (d’après Renflouez le Titanic !, publié en 1976). Mais plutôt que d’ouvrir une nouvelle saga de divertissements populaires, la porte s’était refermée pendant vingt-cinq ans, jusqu’à la sortie de Sahara en 2005. Malheureusement, les planètes ne se sont pas alignées et le film s’est ramassé au box office. On en parle encore comme d’un des flops les plus catastrophiques de récente mémoire.

Le réalisateur, Breck Eisner, est une énigme. Avec lui, on peut avoir l’excellent The Crazies, mais aussi le navrant Dernier Chasseur de Sorcières. Avec Sahara, il est bon sans avoir la vision nécessaire pour élever son film. On reste dans la catégorie « grosse série B qui fait le job ». Et malgré son casting, Sahara n’a pas attiré grand monde, la faute à la promo, loin de motiver les gens. À l’époque, je me souviens d’une bande-annonce de quelques secondes passant vite fait dans les UGC. Une BA si bof que je flairais le navet sur cette seule base. La preuve que, des fois, on passe à côté de quelque chose. Merci à l’équipe marketing.

Enfin, la plupart des critiques l’ayant vu accusaient Sahara d’être raciste (mouais) et benêt (ben ouais). Sa vision de l’Afrique se limitait à des plans pour carte postale, et à ses héros blancs, forts et valeureux qui traversaient ces terres opprimées en mode « touriste ». J’avoue, pour moi, cette scène où nos copains font de la voile sur une épave d’avion va un peu loin… Mais Sahara conserve l’esprit d’un film hollywoodien « à l’ancienne », pré-Jason Bourne. Le dépaysement et un peu de dérision font partie du contrat.

Welcome to Sahara

À présent qu’il est disponible sur Netflix chez nous, l’occasion était belle de reparler de Sahara et de le conseiller. Que vous soyez sceptique ou en mal d’aventures, le film de Breck Eisner devrait vous surprendre agréablement. La photographie et les décors sont magnifiques (même si l’équipe a filmé au Maroc, c’est plus joli).

L’humour fonctionne sans sombrer dans les blagouzes à la Marvel pullulant aujourd’hui. Le casting a du mérite là-dedans, notamment Steve Zahn en comic relief. On ne présente plus Matthew McConaughey ni Pénélope Cruz. Mais l’interprète d’Al Giordino, meilleur ami de Pitt, n’en fait jamais trop au point de mériter des baffes. Il se révèle même attachant.

Ce trio d’aventuriers atypique fonctionne très bien, et leurs péripéties, même filmées sans grande inspiration, sont bien écrites et jamais forcées. Comme lorsque les deux quêtes parallèles, la chasse au trésor de Pitt et l’enquête de l’OMS, trouvent leur résolution ensemble au cours d’un final plus que satisfaisant. Ceci même si la magouille environnemento-industrielle finit par s’accaparer le gros du film, transformant Pitt en John McClane aventurier, se trouvant là où il ne devait pas.

Sahara

Uncharted territory

Il y a un paquet de choses changées ou omises dans le film (dont une conspiration mise au jour sur l’assassinat de Lincoln, flirtant dangereusement avec les Benjamin Gates). L’auteur du livre en personne a même fait un procès aux producteurs pour ça. Cela ne fait pas de Sahara un film raté pour autant. Déjà, il ne s’éparpille pas en sous-intrigues. Ensuite, invraisemblances ou facilités font aussi le charme des Indiana Jones, et il faut parfois faire un réel effort d’adaptation pour transformer un divertissement littéraire en spectacle cinématographique (cf. Inferno).

Mais en fait de cinéma, Sahara ressemble ÉNORMÉMENT à une adaptation réussie de jeu vidéo, un certain Uncharted… Ceci, avant même qu’Uncharted n’existe (le premier jeu est sorti en 2007, deux ans après le film). Quand on voit l’arlésienne qu’est devenue la version ciné des aventures de Nathan Drake, je ne peux que chaudement recommander ce film à tous ceux qui n’en peuvent plus d’attendre. Nos trois aventuriers sont un excellent équivalent aux désormais célèbres Nate-Elena-Sully, et les méchants et péripéties sont tout à fait dans le ton des blockbusters de Naughty Dog (la mort spectaculaire et second degré du vilain Kazim aurait sa place dans les jeux).

Sahara

Alors que la vraie adaptation du jeu vidéo est programmée pour sortir l’année prochaine (enfin ?), voici mon conseil : regardez Sahara. Si le futur film Uncharted vous déçoit, ce sera votre lot de consolation.

ADDENDUM : Depuis la rédaction de cet article, le film Uncharted est sorti. Vu le résultat, les recommandations ci-dessus s’avèrent d’autant plus fondées… 

LES + :

  • Bon casting.
  • Plutôt bien écrit.
  • Humour qui marche.
  • Peut-être le meilleur film Uncharted qu’on n’aura jamais.

LES – :

  • Manque d’inventivité dans la mise en scène, qui n’élève pas le film au-delà d’une série B friquée.
  • Encore une preuve qu’un bon film peut se planter s’il est mal vendu et si personne n’y croit.
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Critique : Bad Boys for Life « La troisième, c’est la bonne ! »

Bad Boys for LifeDans Bad Boys for Life, Mike Lowrey (Will Smith) et Marcus Burnett (Martin Lawrence) bossent toujours aux stups de Miami malgré le poids des ans. Si le premier n’a pas changé malgré un bouc grisonnant, le second pense plus que jamais à la retraite, à la religion et au cocooning. Le jour où Isabel Aretas (Kate del Castillo) s’échappe de la prison à perpétuité, elle fomente une vengeance sanglante contre les responsables de son arrestation. Cela inclut Mike, dont la tentative de meurtre l’a laissé bien remonté. Marcus est réticent, leur capitaine est sur les dents (Joe Pantoliano, plus zozotant que jamais), et l’Ammo est mise sur l’affaire (il s’agit d’une nouvelle unité de police hi-tech). Mais Mike ne reculera devant rien pour retrouver les coupables… quitte à découvrir des choses sur son propre passé qu’il préférait ignorer.

On y est. 17 ans après Bad Boys 2 et malgré quelques tentatives ratées (dont la participation de Joe Carnahan, qui sera quand même crédité au scénario), les bad boys sont de retour. Preuve que le studio n’avait pas confiance : le film a coûté moins de 100 millions à tourner, et il sort en janvier, période où il n’y a généralement rien de bien à mater au ciné. On dira ce qu’on voudra du diptyque réalisé par Michael Bay, le film de Adil et Bilall est sans doute le meilleur de la série. La raison est évidente : il raconte quelque chose. Quelque chose de convenu, certes, mais c’est drôle, carré et entraînant.

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« Bad boys, watcha gonna dooo… ? »

Bad Boys for Life n’invente pas l’eau chaude, mais il nous sert régulièrement de petits rebondissements bienvenus. Loin d’être originaux, ils sont vraiment inattendus et ont un réel impact sur l’histoire. C’est un exploit, après deux films aux péripéties gratuites, entièrement centrés sur le bling-bling, le badaboum et d’épuisantes joutes verbales.

Le cinéma ne manque pas de suites tardives et inutiles, d’ailleurs, ce nouveau Bad Boys sort en même temps que le bluray de Rambo 5. Mais des fois, le miracle arrive. Psychose 2 en est un excellent exemple (si vous ne saviez pas qu’il existait, c’est fait). D’autant qu’on ne parle pas de la suite d’un chef-d’œuvre, mais des expérimentations du faiseur le plus inconséquent de Hollywood.

C’était déjà intéressant que Joe Carnahan (yes !) ait écrit le scénario et soit pressenti pour réaliser, avant de passer le flambeau aux belges Adil et Bilall. Les deux avaient été contactés quelques temps plus tôt pour s’occuper du Flic de Beverly Hills 4. Finalement, au lieu d’une blague belge à 90 millions de dollars, ils nous pondent Bad Boys for Life, et on y gagne au change.

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Des idées dans la suite

Ce choix de réalisation est salutaire. Bad Boys for Life se concentre sur le polar nerveux au lieu d’être une pantalonnade explosive, gore et sans queue ni tête. Vous aimiez les films précédents pour ça ? Dommage. Quoique on y retrouve des clins d’œil intelligents (comme un plan-citation et un caméo de Michael Bay) ou pertinents (le retour de Reggie). Et la violence y est aussi juteuse qu’il y a vingt ans (yes !). Mais l’opus 3 abandonne le mauvais goût, les expérimentations et les plans « à la Fincher ». Par contre, si vous aimiez les personnages, vous serez ravi. Mike et Marcus étaient jadis des caricatures de flics échappées du SNL (Bad Boys 1), puis de véritables personnages de jeux vidéo que la mort n’émouvait plus (Bad Boys 2). Plus maintenant.

La quarantaine derrière eux, ils ont droit à de vrais moments d’humanité et de remise en question. Ils s’interrogent sur leur place dans le monde, et avec du recul, dans leur franchise (faisant face à leur âge, mais aussi à la jeune génération incarnée par l’Ammo). Tout ceci fonctionne selon des codes bien établis, mais c’est fait avec une sincérité et une naïveté qui font mouche. Les deux stars ne se chamaillent jamais assez longtemps pour en devenir lourdingues. Et le scénario (qu’on devine grandement dû à Carnahan) ajoute de la tragédie et relance les enjeux quand on ne s’y attend pas.

Ça sent le drame facile et tordu façon télénovelas, auxquels le film fait un clin d’œil appuyé, mais ça passe. Après tout, on est au cinéma, en plus à Miami. Il y a donc des néons partout, les voitures explosent avec une seule balle (yes !), et l’Ammo jouit d’une technologie tape-à-l’œil digne des Experts : Las Vegas. Si vous n’êtes pas partant, que foutez-vous là ?!

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Bad and Furious ?

Bad Boys for Life sent la relance humble mais réussie de la franchise. Il redore le blason de Will Smith, terni au box office ces derniers temps, et intronise son duo de réalisateurs. En plus, il prépare le terrain pour, éventuellement, un nouvel opus. Visiblement, il a suffisamment cartonné pour ça.

Il y a une seule chose à vraiment déplorer. Ce polar léché et divertissant se retrouve coincé entre une introduction et une scène post-générique piquées à Fast and Furious. Même si les promesses sont tentantes, on espère que Mike et son partenaire vont mériter leurs galons. Ce serait con de revenir de si loin pour s’aventurer sur le même terrain que Dominic Toretto. La bêtise spectaculaire, ç’a son charme, mais aussi ses limites.

LES + :

  • Mike et Marcus deviennent de vrais personnages, attachants et beaucoup moins fatigants.
  • L’humour est mieux employé qu’avant.
  • Le film réserve des surprises.
  • Michael Bay passe mieux devant la caméra que derrière.
  • On  retrouve le logo des productions Don Simpson/Jerry Bruckheimer, duo de producteurs emblématique des 90s. Un clin d’œil touchant au premier cité, décédé depuis.

LES – :

  • Le film n’a rien inventé. Vous voulez du changement par rapport aux années 90 ? Circulez.
  • Attention à ne pas s’enfoncer deux films après comme Fast and Furious.
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Critique : Underwater « Mixez Life et Gravity avec une pincée de sel »

Au fin fond de la fosse des Mariannes, en plein océan Pacifique, la compagnie Tian a installé sur des kilomètres un réseau de stations sous-marines. Mission : extraire du pétrole là où nul homme n’est jamais allé. Évidemment, c’est aussi là qu’on trouve des ennuis comme on n’en a jamais vus. Après un tremblement de terre titanesque qui a bousillé un tiers de sa station, Norah (Kristen Stewart) va se retrouver coincée avec une demi-douzaine de survivants, sans espoir de secours. Le groupe va alors tenter l’inédit : marcher jusqu’aux complexes voisins pour trouver, peut-être, des capsules de sauvetage. Mais en plus de la pression risquant de les broyer comme des canettes vides, il y a autre chose, là-dehors. La cause de la tragédie est toujours aux aguets, prête à leur tomber sur le pif à la première occasion…

Si j’ai bien compris, Underwater était terminé depuis deux ans maintenant, coincé dans les starting-blocks. Une situation qu’on n’imagine pas arrangée par la transition du rachat de la Fox par Disney. Comme tout ce qui fait peur à un studio (Bad Boys 3), il sort donc en plein mois de janvier, parce qu’on ne sait jamais. Peu importe si le film est bon ou pas. « S’il se ramasse, personne ne le remarquera, et s’il marche, on y gagnera. » Mais maintenant, on sait : Underwater est une bonne petite série B anxiogène et noire, et puis c’est tout. Mais c’est déjà bien.

Dans l’eau, personne ne verra que dalle

Vous vous rappelez certainement, si vous êtes aussi vieux que Bibi, de ces trop rares films de monstre sous-marin qui ont fait notre enfance (Mutant aquatique en liberté, aka Deep Star Six en VO, ou encore Leviathan). Des machins d’exploitation qui ont cherché à mixer Alien à Abyss, mais en ayant surtout l’ambition artistique d’un bon nanar du samedi soir. Dans le paysage cinématographique actuel, blindé de blockbusters m’as-tu-vu, Underwater est leur équivalent. Projet de S-F d’horreur aquatique, ce qui est en soi une anomalie, il a été monté sur un budget de « seulement » quatre-vingt millions de pépètes. Une espèce d’expérimentation industrielle dont le résultat, pour un budget si modeste, impose le respect.

Contrairement à ses ancêtres historiques cités plus haut, Underwater est techniquement sans reproche. On se doute bien que 97 % des scènes sont en images de synthèses. Mais elles sont aidées par la physique des éléments, le travail sonore, le design général… Mais surtout, par le fait que l’eau, c’est trouble, et à cette profondeur, on a du mal à voir quoi que ce soit. Cela aide à faire passer beaucoup de choses, mais aussi à jouer sur le hors-champ et l’obscurité.

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L’environnement est propice à une atmosphère véritablement oppressante, anxiogène, désespérante, à mesure que les marcheurs de moins en moins nombreux s’enfoncent vers l’épicentre de la catastrophe et sa tétanisante nature. Ajoutez à cela quelques explosions de violence brutales et gores, et vous ressentez combien le fond de l’océan ne veut pas de nous.

Underwater n’est pas sans écueils

Qui dit « série B » dit « By the book » (« à la lettre »), et Underwater ne se foule pas. Sa mise en scène parvient à embarquer le spectateur dans ce trip sous-marin claustro tiré au cordeau. Par contre, le scénario ne s’épargne aucun cliché, mais alors AUCUN (spoiler : le black y passe en premier). Il s’autorise même le coup du comique de service avec T.J. Miller, qui dessert plus qu’autre chose. L’acteur rejoue le meilleur pote de Deadpool en mode « open bar », prêt à désamorcer chaque seconde de film par des répliques à l’impact comique proche de zéro. Par pitié, meurs vite !

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Le plus gros reproche, et le dernier, que l’on puisse faire à Underwater, c’est sa durée. En seulement quatre-vingt-dix minutes, le film perd en fascination. Le complexe de Tian Industries est constitué d’une dizaine de stations et pipelines qu’on ne fait que traverser, sans avoir l’occasion de connaître la structure ou la topographie de lieux pourtant fascinants sur le papier. Les personnages sont plongés dans le bain illico, juste après un générique d’intro ultra cut relatant l’histoire de la station et les mystères l’entourant (conditions de travail pénibles, disparitions mystérieuses, etc.).

Nos héros n’ont droit à aucune exposition digne de ce nom pour nous permettre de nous y attacher ou de les comprendre, et ce que nous apprenons ne tient que de l’information. Enfin, la menace, si elle est (entre-)aperçue, n’est jamais étudiée ni comprise, pour notre plus grand malheur. Le fan de film de monstre se fait teaser puis renvoyer chez lui, après avoir payé d’avance pour une simple tape sur les fesses, ce qui est bien dommage.

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On ne vit pas que d’amour et d’eau fraîche, mais on peut s’en contenter

Quelque chose de terrible s’est passé au fond des eaux. Mais même si on aurait aimé en découvrir plus sur Tian, sur les personnages, ou encore sur l’horreur surgie des profondeurs, il y a certaines choses que l’homme n’a pas le droit d’approcher. C’est le sentiment qu’on retient d’Underwater en sortant de la projection. Ça et le souvenir d’avoir passé malgré tout un bon moment sur un grand huit, focalisé purement sur les sensations et le rythme. Le premier film de monstre de l’année se parcourt et s’apprécie en toute simplicité, comme un mix en eaux salées de Life : Origine inconnue avec Gravity. Il y a pire comparaison.

LES + :

  • Techniquement irréprochable.
  • Vraiment claustro, vraiment gore et vraiment noir.
  • Un thriller horrifique sous-marin efficace ? C’est trop rare pour bouder son plaisir.

LES – : 

  • Trop court. Le monde et ses personnages ont tous un potentiel que le film n’exploite jamais.
  • Trop cliché. La minorité afro-américaine a toujours une espérance de vie TRÈS limitée, le comique de service mérite de mourir, et certains dialogues n’échappent pas à l’éternel sentence du type « l’homme ne devrait pas être là ». Tout ça n’est pas un crime. C’est juste usé jusqu’à la corde.
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Critique : Terminator, Dark Fate « Pas de destin, seulement une fatalité »

terminator dark fateDans Terminator : Dark Fate, le Jugement dernier n’a pas eu lieu. Skynet n’a jamais été créé, et ses machines ne nous ont jamais exterminés à coups de bombes nucléaires. À la place, on a eu Marvel Studios, Trump et la woke attitude. Comme si ça ne pouvait pas être pire, un nouveau Terminator (Rev-9, joué par Gabriel Luna) arrive du futur, un nouveau futur. Celui où Légion a été créé, et ses machines nous ont exterminés à coups de bombes nucléaires. Grace (Mackenzie Davis), une femme cybernétiquement augmentée, lui emboîte le pas. Elle est décidée à ne pas le laisser accomplir sa mission : exécuter Dani (Natalia Reyes), une ado dont la vie ou la mort décideront du destin de l’Humanité. Ah oui !, et sans prévenir, une certaine Sarah Connor (Linda Hamilton) va venir se mêler de ce qui, logiquement, ne la regarde pas…

En sortant de Terminator : Dark Fate, mon ressenti était le suivant : ce nouveau sequel était « peut-être » le meilleur par défaut, étant donné la compétition. Terminator 3 se traîne toujours les casseroles d’avoir été la première suite sans James Cameron, en reprenant beaucoup de ses ficelles. Renaissance, malgré une direction couillue, a payé les frais d’une production chaotique et d’un scénario incohérent. Et Genisys demeure aujourd’hui une tentative écœurante de transformer la licence en saga à la Marvel. A priori, avec le retour de Cameron à la prod et au scénario, un pool de scénaristes à sa botte, et l’intention de faire une « vraie » suite à Terminator 2, on pouvait y croire. C’est oublier qu’à Hollywood, on aime bien jouer sur la crédulité de gens, et leur extorquer du pognon en faisant des promesses qu’on n’a plus l’intégrité de tenir.

terminator dark fate

« Terminated ! »

J’ai attendu un peu pour donner un avis à froid. Honnêtement, à l’échelle de la production actuelle de cinéma à grand spectacle, Terminator : Dark Fate constitue le degré zéro. Ce n’est ni un bon film qui restera dans les mémoires, ni un navet indigent. Il y a pire dans l’histoire du Cinéma. Malheureusement, c’était la pire suite possible pour le Terminaverse, autant artistiquement que dans ses intentions.

C’est frustrant que le papa de Terminator ait soi-disant parrainé ça. Soit Cameron a fini gâteux comme Ridley Scott, soit il a vendu son image de marque contre une rallonge pour le budget d’Avatar 2 et 3. Son nom était un peu la « caution garantie » du métrage, avec ceux de Linda Hamilton et Schwarzy. Malheureusement, la première ne s’est plus distinguée depuis un bail, et son retour ressemblait plus à un « cash grab » nostalgique honteux, façon Jamie Lee Curtis dans Halloween 2018. Quant à Schwarzy, ce ne serait pas son premier Terminator où il cachetonne. Et puis, quand on regardait les autres noms associés au projet, il y avait de quoi s’inquiéter.

terminator dark fate

« I won’t be back. »

D’abord le réalisateur, Tim Miller, qui est devenu un nouveau grand nom de la profession après le carton planétaire de Deadpool. Sauf que ce dernier ne brillait pas par sa réalisation plan-plan (on remercie plutôt son mauvais goût assumé et l’humour de Ryan Reynolds). Miller allait devoir faire ses preuves avec ce nouveau Terminator. Et il fait montre de la même absence artistique qu’avant. Quand ça ne cogne pas, le réalisateur filme à hauteur de genoux ou de ceinture. Les moments d’action sont découpés soit platement (la poursuite sur autoroute) soit n’importe comment (le passage de l’avion). Et ne parlons pas de l’éclairage de certaines scènes, tantôt neutre façon série télé, tantôt tellement sombre qu’on n’y verrait que dalle. Sur Terminator 3, Jonathan Mostow usait au moins de beaucoup de procédés pour produire de l’effet sur le spectateur. Miller, lui, se contente de filmer.

Et niveau effets spéciaux ? Ils suintent la crasse dès l’entrée en action du Rev-9 (la doublure numérique de Gabriel Luna pique les yeux). Et tout le dernier tiers de Terminator : Dark Fate est un empilement de morceaux de bravoure invraisemblables en CGI rugueux, qu’on jurerait sortis du prochain Fast and Furious. De la part de la « vraie suite » au blockbuster qui a établi de nouveaux standards en matière d’effets, ça fait mal. Et ne comptez pas sur le Rev-9 pour vous surprendre. Ses capacités physiques n’ont d’égale que sa pauvreté esthétique (sans parler du charisme limité de l’acteur). Seul truc louable : Rev-9 a l’esprit d’un « vrai » Terminator. Cela faisait quelques épisodes qu’on n’en avait pas vu d’aussi véloce et motivé pour tuer sa cible. Dommage que le film ne nous implique jamais assez pour en avoir quelque chose à cirer.

terminator dark fate

« There is no fate but what we remake. »

Côté scénario, c’est la cata. Que Cameron ait rassemblé plusieurs têtes pensantes fait bien rigoler (dont le créateur de la série Terminator et David S. Goyer). Les films qui ont précédé avaient un avantage certain sur Terminator : Dark Fate : ils avaient des idées. Trop peu (Terminator 3) ou beaucoup trop (Genisys), mais elles avaient le mérite d’exister.

Niveau intrigue, le film de Miller n’a ABSOLUMENT RIEN inventé. Il se contente d’assembler ici et là des éléments repris à T3, 4 et 5, sans développer ses propres pistes. (On pense à ce nouveau futur, parent pauvre de celui de Cameron, à peine esquissé. Mais aussi, on nous dit que des Terminator auraient continué à arriver du futur après T2, mais on ne sait pas pourquoi ni, surtout, comment.) Ce pillage est assez hypocrite de la part de gens qui ont fait leur promo en critiquant ouvertement leurs prédécesseurs. Si seulement le film nous en mettait réellement plein les yeux et les oreilles. Ou s’il nous surprenait ici et là d’une révélation ou d’une idée bien sentie.

terminator dark fate

Las, son originalité, il espère la trouver en actualisant prétendument son propos. Cameron disait que ses « mercenaristes » et lui avaient réfléchi à comment traiter de l’évolution de la technologie trente ans après le premier Terminator. Oui, il y a de ça (le Rev-9 peut se connecter à toute la surveillance des USA). Mais l’éveil des consciences ne proviendra pas de là. Il va falloir la trouver côté contexte et personnages, et ce n’est pas fameux.

« Nice night for a woke, eh ? »

Nous sommes à l’époque du mur de Trump et du woke. Terminator : Dark Fate joue trop là-dessus. Quelques semaines plus tôt, Rambo 5 se faisait démonter en l’assimilant trop rapidement au discours pro-Trump contre l’immigration. Je disais alors qu’il ne fallait pas tirer des conclusions trop tôt. Mais Dark Fate nous secoue l’évidence sous le nez même si on n’en a pas envie. Déjà, il y a la forte représentation de la population mexicaine, dont est issue l’héroïne.

Mais surtout, de nos jours, tout le monde revendique de plus en plus son droit à (remplir le blanc). Entre autres, les femmes revendiquent légitimement leur égalité avec les hommes, surtout dans une industrie où les scandales sexuels se multiplient. Or, Terminator : Dark Fate ressemble à des excuses publiques avec ses trois héroïnes pour le prix d’une. Pardon, trois mecs en perruques : la momie de Sarah Connor, l’antipathique Grace et l’énervante Dani (Natalia Reyes, jamais crédible).

La démarche en soi n’est pas le problème. C’est le résultat final. Narrativement, remplacez-les par des hommes et on ne voit pas la différence. Ensuite, cette approche trahit la vision de la femme des deux premiers Terminator. Déjà inhabituelle, elle était loin d’être honteuse. Surtout, elle intégrait une progression. Sarah Connor devenait forte tout en restant une femme belle, émotive et fière d’être mère. Le film trouve le moyen d’anéantir tout ça dans ses trente premières secondes, pour nous asséner une Sarah démolie et des remplaçantes jamais sympathiques ni à la hauteur. Mais attention, Terminator fait aussi dans le social. Dani a le temps de défendre son droit au travail pendant dix secondes avant l’arrivée du Rev-9. Et le T-800 en personne dit littéralement (sous couvert d’humour) qu’un homme idéal fait ce qu’on lui dit et ferme sa gueule. Plus parlant que ça tue mœurs !

Terminator, Dark Fate : system error

Terminator : Dark Fate, film à message ? Non, cela reste un produit de consommation bas de gamme, aux grandes promesses évidemment non tenues. Mais il pue la politisation d’une franchise qui s’en était abstenue jusqu’à présent. Terminator n’est plus une oeuvre universelle. On insère dans son histoire des références aussi inutiles que lourdement évidentes à la politique d’aujourd’hui. Mais bon. J’imagine qu’il faut bien ça, tant sa mise en scène et son découpage tiennent du zéro absolu. Son histoire n’a rien d’original DU TOUT et ses effets spéciaux font cheap. Sa B.O. est la plus quelconque de la franchise, et certains choix de casting tiennent du suicide (vous ne croirez jamais que la petite Natalia Reyes est la nouvelle Sarah Connor). Et bien sûr, on n’échappe pas à des dialogues pathos à fond, ni à deux ou trois clins d’œil éculés qui font davantage soupirer qu’autre chose.

Même le consternant Genisys faisait des efforts, sabordé surtout par l’absence de vision et de serrage de vis d’un vrai réalisateur. Mais il n’y a plus rien ici qui puisse nous faire réfléchir ni même nous amuser. Simplement nous agacer. On dira ce qu’on voudra, la vraie et meilleure suite à Terminator 2, ça reste ironiquement… Terminator 3.

LES + :

  • Ben ça, alors ! J’aime Terminator Genisys, maintenant !
  • Le Rev-9 est une saloperie qui vous fonce dessus dès qu’il vous voit, au lieu de marcher comme un méchant de slasher bas de gamme. Ça, c’est un Terminator.

LES – :

  • Tim Miller = mauvais réalisateur.
  • Cameron perd encore plus de crédibilité.
  • Scénario honteusement bricolé et sans (bonne) surprise.
  • Musique fadasse.
  • Effets spéciaux en toc.
  • Erreurs de casting flagrantes.
  • Influences et/ou intentions politiques aussi déplacées qu’inutiles.
  • Arnold en short.
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Critique : Joker « Souriez ! Vous êtes cinglé ! »

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JokerGotham City, les années 80. Arthur Fleck (Joaquim Phoenix) est un clown des rues qui vit chez sa maman psychologiquement diminuée. Il se laisse faire par tout le monde, de la racaille des bas quartiers à ses collègues de travail, et il souffre d’un handicap gênant, des crises d’hilarité incontrôlables. Rien ne va plus dans les rues : le crime bat des records et Thomas Wayne, futur candidat à la mairie, est perçu comme un sale c** par la plèbe énervée. C’est dans cette ambiance de cocotte-minute sociale que la vie d’Arthur bascule peu à peu, d’incidents malheureux en révélations déstabilisantes. Son état mental déjà enclin à la dérive va se dégrader progressivement, jusqu’à ce qu’il s’accepte vraiment et endosse, enfin, l’identité du Joker.

DC Warner s’étant enfoncé dans la mélasse pendant des années avec une tentative ratée de cinematic universe, la boîte tente doucement de se racheter. Elle poursuit toujours un peu n’importe comment son chemin, mais au moins, ils ont avoué ouvertement encourager des projets indépendants plutôt que de vouloir à tout prix poursuivre un univers partagé. C’est ainsi qu’on se retrouve avec Joker, qui faisait peur dès le départ malgré la participation de Scorsese, et celle de Joaquim Pheonix dans le rôle titre. En cause : la volonté de s’insérer dans la catégorie prequel/reboot sur le parcours d’un personnage phare, et le fait d’avoir confié la tâche au réalisateur de la trilogie Very Bad Trip. Surprise : la chute nous laisse sur le cul.

Joker

I am legend

C’est amusant de constater qu’à quelques semaines d’écart, on a pu témoigner du retour de deux personnages importants de la pop culture. Et l’un comme l’autre, ils ont provoqué une vague de protestation concernant leur ton et leur traitement. Avant le Joker, c’était John Rambo qui était revenu avec Last Blood, un film imparfait mais néanmoins noir, pessimiste et archi violent, qui s’affirmait comme le crépuscule de l’ex-soldat du Vietnam. Au contraire, Joker dépeint le commencement de l’anti-héros éponyme. Mais comme le cinquième Rambo, il montre la violente descente aux Enfers d’un personnage fortement perturbé, et ancré depuis peut-être trop longtemps dans l’inconscient collectif (Rambo depuis presque quarante ans, le Joker depuis le double de temps).

Bref, ces personnages appartiennent maintenant au public. Il est délicat de jouer à l’équilibriste entre ce que l’on en sait et ce que l’on attend. Rambo : Last Blood l’a prouvé à ses dépens. La relecture du Joker par Christopher Nolan dans le The Dark Knight était tout à la fois contemporaine et respectueuse de l’essence du personnage tel qu’il est dans les comics (un terroriste anarchique à l’imagination tordue). Mais il faisait l’impasse sur ses origines, superflues pour « apprécier » le personnage dans le film. Dans la peau de Joaquim Pheonix, le réalisateur Todd Phillips choisit de nous raconter comment le futur adversaire de Batman est devenu ce qu’il est. C’est déjà un risque en soi, mais en plus, il s’autorise le sacrilège d’adapter à sa façon les éléments des comics en la matière (sujets à débat). En clair, il réinvente le mythe du Joker comme Stallone a voulu donner un autre regard sur Rambo.

Il faut bien (mou)rire un peu

Joker est indéniablement réussi, en grande partie grâce à la présence folle de Joaquim Phoenix. Il interprète un nouveau clown tueur mémorable après Jack Nicholson et Heath Ledger, mais surtout plus crédible que jamais. Le problème, c’est que c’est maintenant la subjectivité du spectateur qui va lui donner ses qualités ou ses défauts suivant les cas. Mais il ne faut pas écouter ceux qui vilipendent sa violence (il est largement moins gore que Rambo 5) ou sa noirceur (sur papier, le Joker est un monstre encore pire). Ici, nous n’assistons « que » à la dégradation de l’état mental d’Arthur Fleck, simple quidam qui s’est inventé des chimères pour surmonter sa vie citoyenne, et qui va peu à peu les voir voler en éclats.

Sa moralité, sa capacité à s’attacher, ses inhibitions vont petit à petit lui être retirées au fil d’un récit sans pitié, dont l’écriture et la cohérence surprennent admirablement. Mieux, il joue avec nos attentes ou nos craintes des clichés concernant le traitement ou la conclusion de ses sous-intrigues (on ne saura jamais si Arthur a tué ou non un personnage important, par exemple, et il faut voir les rebondissements successifs liés à son passé familial). Et je préfère éviter de vous dire si oui ou non, il y a des références à Batman. À vous de découvrir combien ce film est intelligent par moments. Enfin, il ne recourt pas à des easter eggs faciles et inutiles, ce qui est franchement rafraîchissant. Joker existe par et pour lui-même.

Joker

Happy birthday

Arthur est donc un type lambda déjà gravement fêlé de la carafe. Mais au fil de ses tragiques mésaventures, il va endosser malgré lui l’identité d’un clown vengeur. On va le prendre pour un tueur de rupins politiquement engagé (coucou les fake news !). Il devient ainsi le symbole des pauvres et des opprimés, déjà à deux doigts de lancer la révolution. On comprend pourquoi les gens critiquent le film pour sa prétendue violence sociale et son message douteux. Joker se déroule dans les années 80, connues pour l’atmosphère anxiogène liée à l’explosion de la criminalité. Mais la tension à Gotham et ses raisons « politiques » rappellent un peu trop ce qui se passe en ce moment à la maison (càd aux USA).

Comédien de stand-up raté et fantôme social, Arthur Fleck prend plaisir à représenter subitement quelque chose. Il incarne un symbole, une grandeur qui lui échappe. Un cercle vicieux s’inscrit alors. Arthur encourage la révolte, qui encourage Arthur, et ainsi de suite. Ceci jusqu’au dénouement sacralisant littéralement la figure du Joker comme héros de Gotham. La ville est pourtant tombée plus bas que jamais. Surtout que ceci se produit après une intervention télévisée d’une hypocrisie et d’une tension extrême. Un rappel de certaines figures politiques douteuses sévissant actuellement au pays de l’Oncle Sam.

Joker

La chute

Comme Rambo : Last Blood récemment, on dénonce le film pour son recours à la violence et son prétendu message. Or, une dénonciation, il l’est déjà. Comme des enfants susceptibles, beaucoup de monde semble lui rejeter la faute, trop gênés sans doute de voir leur propre m**** en face. À la fin du film, le Mal gagne et ce n’est pas si mal. Il faut pourtant plus le prendre à la rigolade et en guise d’avertissement, que comme un encouragement à la violence et à la bassesse morale. Nous sommes déjà tous des victimes. Évitons de devenir des Joker.

LES + :

  • Joaquim Pheonix, bluffant.
  • Une ambiance noire et presque anxiogène.
  • C’est le même gars qui a réalisé les Very Bad Trip ? Eh ben, surtout, qu’il continue comme ça !
  • Un avertissement très efficace sur les dérives de la société actuelle, en particulier les médias et la quête de célébrité.

LES – :

  • Le film est plutôt nihiliste, en accord avec le personnage. Mais son ton ne plaira peut-être pas à tout le monde. Joker est à prendre au cas par cas.
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Critique : Rambo, Last Blood « Pas très fin, mais cette fin se mange sans faim »

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Rambo Last BloodIl a fait la guerre aux péquenots, conquis le Vietnam, pacifié l’Afghanistan et vitrifié la Birmanie. Mais depuis onze ans que John Rambo (Sly) est rentré chez lui, dans le ranch familial de Bowie, Arizona, il a trouvé un semblant de paix. Semblant, car malgré ses efforts, « la guerre l’a cramé », dixit le shérif du coin. Il continue de creuser des galeries sous sa maison, de forger des armes et de se bourrer de cachetons, incapable d’oublier définitivement sa vie au Vietnam. Le seul moyen de soulager ses angoisses, c’est de participer à des recherches de personnes disparues, et de s’occuper de Gabrielle (Yvette Monreal), la petite fille de sa bonne. Le jour où Gabi disparaît au Mexique, après y être allée sur un coup de tête confronter son père, Rambo voit rouge sang. Il prend illico la route pour Mexico, décidé à retrouver Gabrielle quitte à casser du narco…

Rambo, Last Blood : le 5, ça porte malheur

En général, l’épisode 5 d’une franchise est frappé du sceau de la malédiction. Les films peuvent réinventer pour le meilleur (Fast and Furious 5) ou trahir pour le pire (Die Hard 5). Parfois, ils stagnent et/ou sombrent dans l’auto-parodie (L’inspecteur Harry est la dernière cible). Ça expliquerait que, souvent, une franchise n’ose pas dépasser l’opus 4 (Jason Bourne, L’Arme Fatale), voire bouscule sa chronologie ou sa numérologie pour faire semblant (Alien). Et bien sûr, entrent aussi en compte l’évolution du contexte, les goûts changeants du public, etc.

Dans le cas des Rambo, on a affaire à une franchise particulière. Depuis l’opus 2, chaque aventure a fait jaser pour des raisons essentiellement politiques. Ensuite, comme Rocky, le personnage de l’ex-béret vert est intrinsèquement lié au parcours de son acteur. Ils ont vécu parallèlement à lui, et souffert des hauts et des bas de sa carrière. Rocky IV et Rambo III, ultra patriotiques et caricaturaux, sont conspués pour leurs clichés et facilités hilarants. Et loin après le star power et la hype d’antan, John Rambo et Rocky Balboa sont considérés comme d’humbles retours aux sources. Ils étaient menés sans réelle imagination, mais avec le talent, le cœur et les tripes qui manquaient aux deux franchises depuis longtemps.

Aujourd’hui sort donc un épisode 5 sous la forme de Rambo : Last Blood. Comme Creed sorti après le suscité Rocky Balboa, il arrive après que la saga ait apparemment conclu la boucle thématique et narrative du personnage. Était-ce nécessaire ? Et surtout, est-ce réussi ?

Rambo Last Blood

Fausses accusations et vrai miroir déformant

Il paraît que dans Rambo : Last Blood, le personnage est un raciste réac. Il véhiculerait un discours xénophobe encourageant à séparer l’Amérique du Mexique, à grand renfort de parpaings. La saga a souvent été traînée dans la boue pour son soi-disant message politique. La faute en incombe à l’opus séminal. Le personnage était victime d’un pays ultra fier qui préférait porter des œillères que se rappeler ses erreurs. Fort, marquant, mais fatal pour la suite.

Car passer de victime du système à héros vengeur (Rambo II), puis en arme anti-cocos (Rambo III) sentait le détournement hypocrite à plein nez. Trente ans après, le troisième film continue d’essuyer les plâtres à cause de son usage paroxystique des clichés (il est une parodie de Rambo II), mais aussi parce que le super soldat y combattait l’armée communiste quelques mois seulement après la fin de la Guerre froide (survenue pendant le tournage, oups). Comble du malaise, les rebelles alliés d’hier sont devenus les nouveaux ennemis des USA.

Comme un fait exprès, le vieux Rambo dépèce aujourd’hui des représentants des cartels mexicains, traversant comme eux la frontière avec une facilité enfantine. Message ou maladresse ? Le film fait référence à des thèmes d’actualité popularisés par les médias de masse. Or, plus le problème est proche ou connu, et plus on fait le lien. Quand l’ancien béret vert allait décapsuler des Birmans, personne n’est venu moufter, parce que la Birmanie, les Américains et les Occidentaux en général s’en foutent.

Pour un ricain regardant John Rambo, la nation birmane n’existe limite que dans les frontières diégétiques. Ceci malgré une introduction choc installant sa situation véritable, et des méchants jamais dépeints comme des caricatures mais comme des ordures. Ils méritent leur sort, dispensé par un Rambo non plus patriote, mais devenu un psychopathe en manque de sang. On préférait alors pointer du doigt l’ultra violence du film, souligner le retour en grâce de l’acteur, et saluer une fin bien sentie. Ce qui n’est pas le cas avec Rambo : Last Blood.

Rambo Last Blood

Le passé dépassé

Au fil des décennies, le personnage a été détourné pour ne plus regarder en face le problème que l’Amérique a chez soi, mais plutôt la menace qu’elle voit chez le voisin (avant que Stallone se le réapproprie avec le quatrième film). Assez ironiquement, Rambo : Last Blood parle d’une menace la plus voisine possible : le Mexique. Même pas l’immigration clandestine, juste « le Mexique ». Et tout le monde relaie le même avis. Le film serait pro-Trump, idiot, inconscient, et prônerait une justice sauvage.

En réalité, si l’on remonte à la genèse du projet, cette histoire de kidnapping par les cartels était le véritable Rambo 4, bien avant que le mur à la frontière ne devienne un sujet brûlant. Il a ensuite été remplacé par le scénario que l’on connaît, libre de tout message politique, et doté d’une approche bien plus intime du personnage et de sa psyché. Voir l’acteur soutenir le même projet onze ans après témoigne d’une vraie envie personnelle. La star devait avoir la foi en l’histoire qu’elle souhaitait nous dépeindre depuis le début.

Un homme avant tout

Chaque arc de la franchise traitait d’un aspect de la psychologie du soldat maudit. D’abord il était paumé dans le 1. Puis, dans le 2, il rentrait « chez lui » au Vietnam pour réécrire l’histoire (surtout la sienne, mettant à mal le camp où il avait été emprisonné et torturé). Il part ensuite dans le 3 faire une guerre qui n’est pas la sienne, mais pour sauver la seule famille qu’il ait. N’ayant plus rien à faire, il faudra attendre vingt ans et l’épisode 4 pour le voir prendre part à un conflit qui ne l’engage pas autrement que sur le plan moral. Moralité qui n’est d’ailleurs, encore, qu’un prétexte (voix off à l’appui) pour satisfaire ses pulsions refoulées.

Chaque film dispose d’une excuse fournie par l’actualité d’alors, mais c’est le héros éponyme qui en constitue le cœur. Rambo est un personnage tragique, une victime des circonstances, que ce soit la guerre ou autre chose. Ce qui se passe dans le monde ne dépend pas de lui, et les conflits changent au fil des époques, tandis que lui ne change pas. Il ne fait que prendre de l’âge, devenir une relique dans un monde auquel il n’appartient plus.

Rambo Last Blood

C’est l’impression que donne le visage buriné de Stallone, et c’est ce qui arrive dans Rambo : Last Blood. Il n’y a plus de guerre au sens littéral. Le personnage n’a plus à défendre que le peu qu’il lui reste. En tant que spectateur, on peut se sentir trahi par cette orientation. Le métrage accuse d’ailleurs des défauts qui l’empêchent d’être aussi définitif que son prédécesseur.

Rambo, Last Blood a des défauts bien réels

Rambo : Last Blood troque le contexte guerrier pour un mix entre Taken et No Country for Old Men. Contrairement au film avec Liam Neeson, le cinquième Rambo jouit du bagage du personnage et de son acteur. Il y a un attachement et une connaissance antérieures et pérennes du héros. Le problème, c’est que ce changement profond de style, le premier depuis Rambo II, se produit trop tard.

Trop tard aussi, le moment où Johnny déploie enfin sa hargne. Ne vous attendez pas à un rentre-dedans permanent. Le film joue la carte de la montée en puissance. Il distille ici et là une menace ou une image choc. Ainsi, on se rappelle que Rambo est un monstre, une machine à tuer qui s’assume désormais. Le climax barbare teasé par les bandes annonces n’arrive que dans les quinze dernières minutes, comme pour récompenser la patience du spectateur mise à rude épreuve.

Beaucoup raillés aussi, le phrasé devenu marmonnant de l’acteur principal, et la réalisation fonctionnelle (à défaut d’être mauvaise) d’Adrian Grunberg. Curieusement, son nom apparaît en tout petit à droite à la fin du film, comme s’il avait eu honte. Il n’y a pas non plus de quoi. Et bien sûr, petit budget oblige, les effets spéciaux sont parfois craignos. En particulier dans l’intro, inédite aux USA, censée nous présenter le personnage sous un nouvel angle. Sauf que c’est illisible, moche, et en complet décalage avec le ton adopté par la suite.

Rambo Last Blood

Les creux sans visages

Le plus dommageable est le scénario inabouti et/ou jamais assez étoffé, surtout concernant les personnages. À part le héros titre, tout le monde est sous-développé, en particulier les frères Martinez. Les deux frangins proxénètes, antagonistes de cet épisode, ne sont jamais présents plus que nécessaire. Il leur manque la gravité, l’exubérance ou les motivations des méchants précédents de la franchise, dont on pouvait au moins se délecter de leur mort. Ici, ils n’ont jamais été « assez » horribles pour nous faire espérer leur châtiment.

On a beaucoup reproché également la peinture négative du Mexique. Le film montre des ghettos pouilleux, où les flics sont des violeurs et tout le monde est un traître. Fun fact : le Mexique, c’est pas partout Disneyland. Et les clichés, même s’ils remontent aux années 80, existent à l’origine pour une bonne raison. Il y a peut-être des quartiers sympas, mais pour que ce film ait lieu, ils ne nous intéressent pas.

Enfin, quand Rambo tente de dissuader Gabrielle de s’en aller, il ne prétend jamais que le pays est un cloaque puant. Lorsqu’il dit que « elle ignore combien le cœur d’un homme peut être noir », il la met en garde uniquement contre son père, un minable insignifiant dans l’intrigue (deux scènes), mais qu’on déteste immédiatement. John parle d’une seule personne et uniquement en connaissance de cause, sans préjugés sur le pays voisin. Ce que les critiques aiment ignorer dans leurs retours sur le film, déformant trop facilement son propos.

Last brood

John Rambo avait été comme une décharge de plomb brutale et inattendue, mais avec un final réconfortant. Onze ans après, Rambo : Last Blood est l’exact contraire : prévisible, un rien mou, et d’une noirceur désespérante. Mais cette noirceur constitue le véritable intérêt du film et lui donne sa place légitime dans la saga. Si on aime le personnage de Rambo, on trouve touchant et rassurant le final du 4, conclusion parfaite en soi. Mais le 5 est une nouvelle descente aux enfers pour le vétéran. Dans les dernières secondes, il s’auto-condamne en voix off à une fin pessimiste. On est laissé faussement en suspens sur le sort du héros devenu pour de bon un vilain.

Rambo Last Blood

Depuis le dernier film, John n’a plus rien d’un héros. Il est ici un monstre du passé (le fantôme du Vietnam, honte américaine) combattant un monstre du présent. Mais pas sous la forme des cartels mexicains, existant depuis longtemps déjà. Leur interprétation par le plus grand nombre suinte la nouvelle honte politique du pays : sa xénophobie galopante. Une honte que tout le monde préfère, ironiquement, reprocher au film pour se donner l’air « clean » et bien pensant. À cause de ça, impossible de voir simplement Rambo : Last Blood comme Stallone le voudrait : un baroud d’honneur simple, efficace et nihiliste, son Impitoyable à lui. Il est certes imparfait, mais pas désastreux ni abject. Juste mal pris.

Poing final

Rambo : Last Blood boucle la boucle au sens littéral. Le héros éponyme y finit au même point qu’au début de First Blood, quand le dernier plan de John Rambo y faisait miroir. De la même façon que Jason Bourne disparaissait dans des eaux sombres à la toute fin de La Vengeance dans la Peau, ou que John McClane se dirigeait vers un téléphone dans Une Journée en Enfer pour se réconcilier à nouveau avec sa femme, le vétéran du Vietnam, plus de quarante ans après, se retrouve au même point que lorsque son voyage a commencé sur grand écran. Comme avec les franchises suscitées, passé ce point, il ne reste vraiment plus rien de pertinent à raconter.

Rambo : Last Blood est-il un bon film ? Il est assurément le moins bon techniquement, et le moins divertissant des cinq. Mais une partie est due à ses (trop) humbles ambitions. En tant que conclusion et véritable clôture du mythe à l’écran, il vaut assurément le coup d’œil. Il trouve sa place logiquement, même si maladroitement, dans la série. Et puis, si vous aimez juste la tripaille, le carnage du dernier quart d’heure sera suffisamment mémorable, rythmé par une poignée de « glory kills » saignants. J’espère que vous avez le cœur bien accroché…

LES + :

  • Le film boucle réellement la boucle de la saga entière.
  • Quelques fulgurances esthétiques et gores dont on se souviendra.
  • Un changement de ton radical et bienvenu.
  • La musique guerrière de Bryan Tyler.
  • Stallone, qui a le courage de se lancer dans un tel projet sans prendre de gants.

LES – :

  • Ce changement d’orientation arrive peut-être trop tard dans la franchise.
  • Scénario pas assez développé, avec des personnages secondaires et des méchants fonctionnels. Le film est trop centré sur Rambo, au détriment de notre intérêt pour ses antagonistes, et surtout pour la justesse de leur châtiment.
  • Réalisation tout aussi fonctionnelle et rarement surprenante, à la frontière du DTV friqué.
  • L’introduction, qui aurait pu être bien, mais qui a l’air d’une scène coupée mal finalisée.
  • Tout le foin qu’on fait autour du film, relayant une image négative de sa supposée prise de position. Ce qui en dit davantage sur celle des critiques que sur le film lui-même…
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Critique : La Chute du Président « Comment se relever pour sortir avec dignité »

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La Chute du PrésidentMike Banning (Gérard Butler), le héros qui a lutté contre la chute de la Maison Blanche, puis celle de Londres, ne sert plus le même président. Dorénavant sous les ordres du Président Trumbull (Morgan Freeman), il est à deux doigts de devenir le nouveau directeur des Services Secrets. Dommage que Mike traverse un grosse crise de confiance, entre une commotion cérébrale gênante, un inquiétant tassement de vertèbres, et la peur de quitter le terrain pour de bon. Les choses ne vont pas s’arranger quand le pauvre devient le seul garde survivant à une attaque spectaculaire contre Trumbull. Or, des preuves irréfutables le rendent directement responsable de la chute du président. Ce dernier, dans le coma, ne peut pas prendre sa défense. Pas le temps de dire « oups » que des mercenaires essaient de faire disparaître Banning pendant son transfert. Mais bien sûr, il s’en sort. Il se lance alors dans un remake burné du Fugitif pour trouver les coupables et laver son nom…

L’important, ce n’est pas la chute

La série des La Chute de… est miraculeuse. Pas pour ses qualités, mais pour avoir vivoté jusqu’à sortir un troisième opus. Comparé aux (premiers) Die Hard, à Mission:Impossible, à Rambo et aux Fast and Furious maintenant, les aventures de Mike Banning ne feront pas date. Les suscités ont plus de moyens et/ou d’idées spectaculaires. La Chute de la Maison Blanche (2013) et La Chute de Londres (2015) se rangent plutôt du côté des Expendables et Transporteur. C’étaient des plaisirs coupables pour les amoureux de l’action bien remontée et des têtes au carré.

Bien sûr, pour apprécier cette saga, il faut la prendre comme il faut. Pour un américain moyen, élevé au chant patriotique et habitué aux divertissements étoilés, ce sont des films parmi les plus sérieux du monde. Les États-Unis, ils sont trop beaux, ils sont trop forts, et tout le reste du monde il est méchant. Un discours réac, limite facho et parfois pas loin du nazisme. Dans La Chute de Londres, il faut entendre Banning faire la leçon au vilain en chef pendant qu’il le rouste. Entre deux mandales, il lui jure quand même ses grands dieux que l’Amérique vivra encore « pendant mille ans après ça ». Hem. Awkward.

La Chute du Président

Béni soit Banning ?

Mike Banning, sous les traits de Gérard Butler, est l’hybride parfait entre John McClane et Chuck Norris. Mari et (futur) père de famille, un poil vulnérable, il est tout de même capable de flanquer la pâtée à tous les ennemis du monde libre, de donner des leçons de courage aux SAS british, et de tuer froidement ses amis proches si cela s’avère nécessaire. Un mec crédible et adorable, quoi.

Heureusement qu’il y a le charme bovin de son interprète pour titiller nos zygomatiques. L’un des contre-arguments justifiant la pérennité de la franchise jusqu’à aujourd’hui, c’est bien Gérard Butler. Il est le premier à croire de sa bonne blague, et à donner tout ce qu’il a. Aussi anachronique que les héros d’Expendables, Banning est un action man et une machine à punchlines d’une époque révolue. C’est grâce à lui, et à une action monstrueusement débile, que la franchise a trouvé son public en dehors des États-Unis (essentiellement des trentenaires et quadras nostalgiques de leur enfance).

La Chute du Président

Place au spectacle

Envoyons donc bouler la politisation craignos de la série (ce que fait La Chute du Président). De toute façon, sa pertinence ne dure jamais dans le temps. Ce qui compte est dans le titre, à savoir la chute de quelque chose. Dans le premier, ladite chute de la Maison Blanche était le cœur du spectacle (attaquée par une armée de coréens en shorts brandissant des lance-roquettes !). C’était invraisemblable, mais on ne voyait pas ça tous les jours. À cause de ça, le reste du film, pillage honteux et mou de Piège de Cristal, retombait comme un soufflé.

La Chute de Londres était encore plus cheap (coucou les explosions en CGI) qu’improbable, renouant avec l’esprit du film Invasion USA. Les terroristes sont partout tout le temps, poussant les héros à cavaler dans ce qui ressemble à un projet rejeté pour une saison de 24 Heures Chrono. Mais la mayonnaise prend si l’on veut bien. Malgré la tendance du film à prendre son absurdité trop au sérieux, il se montrait généreux, quitte à voler quelques trucs et astuces éprouvés chez la concurrence (comme des plans hérités de Jason Bourne).

La Chute du Président

La chute du président, c’est comment ?

Le titre du troisième volet est tel qu’il est uniquement pour garantir la cohérence entre épisodes. Malgré son titre français, La Chute du Président ne consiste pas (pendant une grande partie, du moins) à protéger le président. On a alors des raisons de craindre qu’en perdant « le concept », on perdrait en intérêt et en qualité. Mais en vérité, les dernières aventures de Banning sont globalement les plus réjouissantes à regarder, à tous les niveaux.

Déjà, en prenant totalement ses distances avec un discours politique agressif. Ici, l’intrigue joue la carte de la machination, visant seulement à faire croire à des motivations politiques de la part d’une puissance étrangère. La Chute du Président conserve en revanche la tendance de la série à sur-simplifier ses motivations et rebondissements. Mais bon, après trois films, on n’est plus à une approximation près, ni à un écart de logique.

La Chute du Président

La plus-value bienvenue

Ensuite, parce que le scénario égrène ici et là des idées sympathiques. Des idées parfois brutales et/ou inattendues, comme l’attaque du début contre le président, ou la conclusion de l’enquête menée par le FBI. Les fusillades sont bruyantes comme il faut, et les combats et autres cascades brutalement efficaces. La baisse de tension n’est donc pas ce qui menace le film.  Les fans seront conquis.

La Chute du Président compte également sur un humour plus présent, léger et bien amené. Après les vannes fascistes et les tortures grotesques perpétrées par Banning, ça fait du bien de rire d’autre chose (comme sa tentative d’arrestation par des péquenots).

Enfin, la franchise aimant les clichés, elle a choisi d’exhumer un dinosaure en la personne de Nick Nolte, dans le rôle de Papa Banning. C’est l’idée à la fois la plus convenue, la plus absurde, et pourtant la plus fraîche entre toutes. Elle apporte des touches supplémentaires d’humour et d’incongruité. Plus fort, les dialogues sur leur relation père-fils évidemment compliquée ne sont jamais forcés. Pour un film de ce genre, c’est une attention dans l’écriture qui mérite d’être félicitée.

La Chute du Président

Et maintenant, la chute

La Chute du Président n’est bien sûr pas avare en défauts. Mais ils sont imputables à sa formule « old school ». Le scénario ressemble encore plus à un ersatz de 24 Heures Chrono, et il est impossible de NE PAS deviner qui est un traître et qui est en cheville avec qui. Si la saga ne brille plus par son concept (baser le film entier sur une situation de siège), elle ne se démarquait jamais par son traitement.

Étrangement, c’est dans son traitement que le dernier né de la série parvient à se montrer dynamique, surprenant et amusant malgré ses lieux communs. La trilogie se clôture en s’affirmant comme un poids plume du genre, sauvé par ses grosses cojones. Pas de quoi révolutionner le Cinéma, mais pour qui est à fond dedans, La Chute du Président est un futur disque à ranger sur ses étagères, à côté des frasques de Chuck Norris et de Stallone.

LES + :

  • Concernant l’action, le film fait bien le boulot.
  • Quelques idées surprenantes ou bienvenues en matière de rebondissements, d’humour et de mise en place.
  • La relation père-fils difficile, décrite avec une certaine justesse et sans forcer.
  • Le patriotisme guerrier et un rien raciste s’est fait la malle, et ce n’est pas un mal.

LES – :

  • C’est VRAIMENT cousu de fil blanc.
  • Des réactions ou décisions des personnages parfois VRAIMENT tirées par les cheveux.