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Critique : Fast & Furious 7 « Poisson d’avril ! »

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Tout le monde passera ses défauts à Fast & Furious 7 en invoquant l’hommage à Paul Walker et son esprit régressif bas de plafond, hérité de ses (sympathiques) petits frères numérotés 5 et 6. Parce que ce sont de gentils arguments, je vais me contenter de gentiment me moquer du dernier effort de James Wan. Mais ne cherchez pas midi à quatorze heures : s’il est sorti chez nous un 1er avril, c’est sûrement parce qu’en matière de cinéma, ce film est une très grosse plaisanterie.

La combine à nanar

A commencer par son histoire, qui promettait pourtant depuis la scène post générique du précédent opus. Deckard Shaw (Le Transporteur) est un type capable de dézinguer hors champ une unité d’élite à lui tout seul. Et il sera prêt à tout ici pour venger la mort le séjour à l’hôpital de son petit frère Owen, le baddy du film précédent. Passé une intro du personnage digne de The Equalizer (celui avec Denzel), on retrouve les amis de Dom, euh, sa famille. Celle-ci n’aimant pas recevoir des bombes à la maison par courrier recommandé, ils décident de partir traquer Big Brother Shaw. Intervient Mr Nobody (Kurt Russel) de la CIA. Ce dernier leur propose un McGuffin histoire de noyer le poisson : récupérer l’Oeil de Dieu, un programme capable en une demi-seconde de retrouver n’importe qui n’importe où dans le monde (coucou, Person of Interest).

Une fois brillamment contournée par nos héros la question de l’intérêt d’un tel plan (quand le but du méchant est justement de venir vous trouver), le festival de bêtise attendu commence : empoignades viriles entre stars de l’action (ROCK BOTTOM !), parachutage de bagnoles tunées, rocket jump impossible au-dessus d’Abu Dabi et chassés-croisés aériens dans les ruelles de Los Angeles constituent l’essentiel du spectacle. Rassurez-vous, je suis vraiment resté très très vague, histoire que vous puissiez encore vous gausser de plaisir, la générosité débordante de l’équipe étant toujours bienvenue. D’autant que le dernier tiers du film (le plus pétaradant) a heureusement été exclu des bandes-annonces.

Fast & Furious 7 est faste et fumeux

Question générosité, la franchise a grandi depuis ses débuts, en moyens comme en prétention (mais pas en neurones). La famille de Dominic Toretto s’est considérablement agrandie et a basculé dans un autre monde comme le dit si bien Nobody. Braquages, anciens SAS et programmes top-secret de la CIA ont su diversifier les enjeux de la série et reconvertir la troupe en équipe alternative d’espions capables de jouer dans la cour de Mission : Impossible et consorts.

Oui, mais voilà : il y a une nouvelle « formule » depuis Fast 5 (et même depuis le final barjo du quatrième). Et tant qu’elle rapporte, une formule ne se change pas. Décès de Paul Walker mis à part, le problème du film est qu’il comporte son lot d’obligations à ce fameux cahier des charges : personnages à foison (nouveaux venus et caméos), pistes prétextes (l’Oeil de Dieu), sous-intrigues bidons (l’amnésie de Letti) et surenchère abusive (faire plus fort que les précédents et que la concurrence). Le pire ennemi du film, septième d’une longue portée inespérée, c’est justement cet héritage et cette grande famille à nourrir, qui font partir l’histoire dans tous les sens alors qu’on nous promettait un enjeu minimaliste (œil pour œil).

Quand c’est trop, c’est trop. C’est d’autant plus grave que le plus pénalisé s’avère la plus-value vendeuse du métrage : Jason Statham. On attendait son implacable et burnée vengeance, on n’aura qu’un émule de Droopy surgissant à chaque fois au beau milieu d’une scène d’action, histoire d’envenimer un bordel déjà monstrueux… et de manquer inlassablement sa cible. Lui, dangereux ? Chuck Norris aurait fait mieux.

Wan shot

Si l’argent se voit bien à l’écran au cours de scènes tour à tour blindées et bling-bling, la réalisation de James Wan fait mal tant elle est véritablement insipide. Combats au corps-à-corps filmés par un hystérique, scènes de poursuite confuses, effets de montage et de vitesse dignes de prods au rabais… Même dans les scènes de développement d’une incroyable longueur, on a du mal à y croire tant les répliques sont bateau et le cadrage plat. Certes, on doit à James Wan Saw, Dead Silence ou le méconnu Death Sentence (déjà une histoire de vengeance), il a su nous faire bondir avec des films de terreur aux jump scares faciles mais savants.

Mais il s’est depuis lentement vautré dans une répétition fatigante, alternant séquelles et déclinaisons de ses premières œuvres (Insidious 2, The Conjuring). C’est dire si l’on attendait de le voir enfin aux commandes d’un actioner nostalgique motorisé. Las, Fast & Furious 7 est une grosse machine bien huilée, avec ce que cela implique d’effets de style, de facilités d’écriture, mais surtout de redite sans saveur. L’attaque du bus blindé a le même parfum que celui du tank dans le précédent opus, Michelle Rodriguez se démonte cette fois la tête avec Ronda Roussey au lieu de Gina Carano, Tyrese Gibson ressort son numéro usé de black tchatcheur casse-bonbons etc. Un copiage d’autant plus douloureux que cette fois, l’argument de départ ne vaut rien (la vengeance de Shaw brasse constamment de l’air) et la faiblesse technique (à tour de rôle mise en scène ou montage) rabaisse l’ambition avérée de certaines scènes, comme le passage à Abu Dabi rappelant fatalement Mission : Impossible 4 en plus vulgaire et mal filmé.

Finalement, le passage de Wan aux manettes aura eu pour effet de tuer la maîtrise technique, le fun et l’attachement qu’avait su créer le réalisateur précédent, Justin Lin, parti aux dernières nouvelles briller sous les étoiles pour mettre en boîte le prochain Star Trek. Comme par hasard, il était aux manettes depuis F&F 3. On confirme qu’une sérieuse carte vient de tomber du paquet…

Spectre

Un atout au moins aussi précieux que Paul Walker, dont le décès aura davantage agité les réseaux sociaux que celui de Mandela. Ce n’est bien sûr pas sa faute d’être mort, cependant le retard d’un an de la production impliqua des promesses de prouesses digitales, de réécritures, et surtout d’un départ satisfaisant et émouvant pour son personnage. Bidon. Au contraire, on peut ricaner de ce final bouffi d’un sentimentalisme totalement injustifié et inapproprié dans le contexte du film même. On le sait depuis 3 épisodes déjà : l’important, c’est la famille. Lorsqu’un membre s’en va, c’est donc normal de s’émouvoir.

Mais lorsque approchent les dernières minutes de Fast & Furious 7, l’hommage à Paul Walker n’est pas subtilement amené. Il est appuyé de façon pachydermique avec force musique, soliloque du Vin en mode philosophe, montage des opus précédents et carton de remerciements posthumes. Sans doute sincère, mais on est loin des promesses… Plus dérangeant, lorsqu’il ne gigote pas dans des scènes d’action absurdes, Brian O’Conner (son personnage) passe déjà pour un souvenir dans son propre film. Lui, pourtant le héros, le yin du yang de Toretto, est plus fréquemment vu comme une silhouette de dos ou marchant au loin, voire comme un masque morbide incapable de prononcer plus de cinq mots.

La technique est (presque) irréprochable, les cache-misère marchent…. Mais que penser avec du recul de cette scène d’enterrement où la famille réunie pleure la mort de Han tué par Deckard Shaw ? Parmi tous ces humains figés ruminant leur chagrin, le mutisme et la rigidité de Paul Walker (fréquentes dans le reste du film) interpellent, posent le doute, mettent mal à l’aise… Alors qu’en réalité, il était encore bien vivant lors du tournage. Un funeste présage, tant sa disparition a sonné le glas pour la cohérence du film. Ce n’est pas une surprise, mais face au métrage fini, je ne m’attendais pas à une telle tragédie.

Bilan technique

En résumé, Fast & Furious 7 mérite bien d’être qualifié de pétard mouillé, qu’on imputera trop facilement aux problèmes liés à la mort de l’acteur fétiche. Mais tant de belles promesses gâchées ne peuvent pas être dues qu’au hasard. Après une relative innovation du concept (Fast 5) et son exploration poussée (Furious 6), Fast & Furious 7 n’est pas « kiffant » car il s’enlise dans ce que l’on a toujours fait de pire en matière de séquelles et de divertissement : une redite à l’enrobage bâclé (bastons et courses illisibles), amputé d’un de ses membres porteurs, et traitant n’importe comment ses quelques bonnes idées (« Pikaboo » pourrait crier Statham).

Cela dit, si vous aimez « Da Rooooock ! », sachez que pour son temps d’apparition réduit, le bougre en remet une couche dans le registre de la brute épaisse badass aux répliques badass. Il serait peut-être temps de lui offrir un spin-off à lui tout seul ?

PS : Message au public majoritaire de la séance d’aujourd’hui ! Si tu as entre 8 et 20 ans, portes une casquette à l’envers, aimes poser tes pieds sur le dossier devant toi, textes pendant le film, si enfin tu parles mal, fort et sans considération pour les autres personnes dans la salle… t’es un connard ! Eh oui !

LES + :

  • Des scènes d’action que même gamin dans ta tête t’as jamais osé rêver, yo !
  • Ça fait du bien une générosité et une connerie comme ça…

LES – :

  • On se rend compte de la mégalomanie grandissante de Vin Diesel acteur-producteur.
  • On sent que la mort de Paul Walker a porté malheur au film (réécriture et hommage à côté de la plaque).
  • … mais que ce truc soit l’un des succès financiers les plus importants de l’histoire du cinéma, ça me fait me dire que le monde a un gros problème générationnel.
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Critique : Hacker « TOR, le monde des ténèbres »

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Le hacker en titre, c’est Nick Hathaway (Chris Hemsworth). Il est à la fois une baraque à lui tout seul et un pirate informatique de talent, purgeant une peine de treize ans au pénitencier pour fraude bancaire. Une nuit, un pirate mystérieux provoque une explosion dans une centrale nucléaire chinoise. On découvre que le criminel a utilisé un code écrit par Hathaway pendant ses années de fac. Le FBI et le gouvernement chinois décident alors d’unir leurs forces, comprendre : suivre sans broncher les conseils et théories de Hathaway, fraîchement briefé et sorti de prison pour l’occasion. Une mesure désespérée pour une situation désespérée, car le terroriste n’a émis aucune revendication. Sans parti ni mobile, de quoi peut bien être capable un ennemi pouvant frapper n’importe où, n’importe quand ?

Michael Mann a toujours aimé mettre en scène des héros marginaux évoluant dans des eaux troubles, où s’affrontent une conception du Bien et du Mal sans cesse renouvelée à chaque opus. Le côté obscur s’étend majoritairement au monde criminel (cartels et braqueurs), même si, à ses débuts, le réalisateur de Miami Vice avait confronté deux aspects du Mal avec un grand M (Nazis contre Satan) dans son très conceptuel La Forteresse Noire, en 1983. Il avait ensuite approché le temps d’autres tentatives les aspects juridique, idéologique et médiatique.

The Inside Job version hacker

Aujourd’hui, c’est le monde du crime informatique qu’il aborde avec une certaine virtuosité de style. Hacker (Blackhat en VO) débute par ce qui ressemble à la Lune, claire, isolée et désertée, pour révéler ensuite qu’il s’agit de notre Terre en réalité « augmentée », avec ses flux de données puis sa réalité physique visibles par satellite. Jusqu’à se rapprocher plus près, toujours plus près, au-delà des attentes, pénétrant le microcosme d’un circuit imprimé soudain animé de flux électriques menaçants. Un travelling vertigineux jusque l’infiniment petit, une démarche simple et spectaculaire révélant le cœur du problème : la menace est invisible, insignifiante, à l’échelle d’une étincelle de vie.

Une seule once de lumière dans les tréfonds d’un espace clos oublié et toute la société pourrait s’effondrer. En l’occurrence, et pour commencer, un réacteur nucléaire mal protégé (moins en tout cas qu’aux Etats-Unis). Mann a toutefois la sagesse de ne se répéter qu’une fois et assez vite, le temps d’un passage en Bourse, avant que cela ne devienne un gimmick facile tendance Ennemi d’Etat de feu Tony Scott.

Ctr + C / Ctrl + V

Pour le reste, il faut avouer que Hacker commence à sentir la redite pour Michael Mann, même si on apprécie toujours autant (ou pas ?) le style de Miami Vice et Collateral. Caméra portée, grain poussé, longs plans urbains nocturnes… Même une explosion retardée ou des fusillades au parfum de guerilla, si elles sont parfaitement exécutées, ne surprendront pas les habitués. Soulignons également que le scénario simplifie son jargon et ses manipulations high-tech (c’est bien) mais qu’il sacrifie au passage ses personnages (c’est moins bien). Lorsqu’ils ne sont pas taillés au burin (Hathaway et Chen Lien), on leur passe carrément un gros coup de Tippex, cf. le personnage de Viola Davis, évoquant vite-fait un événement pilier de son passé le temps de griller un feu rouge en pleine poursuite.

Mais bon, il faut l’avouer, la caractérisation ne fait pas le divertissement, et sur ce point-là, le film se débrouille, heureusement. L’enquête est passionnante, les décors exotiques, et le casting quand même plus relevé et charismatique qu’un plateau d’huîtres. On croirait toutefois qu’après Public Enemies, le réalisateur a voulu se relâcher un peu avec Hacker, nous offrant ce qu’on connaissait déjà de lui sans prendre la peine de creuser son sujet. Mais franchement, peut-on se permettre de le lui reprocher ?

Hacker vs Mann vs Wild

Le sujet a donc bien motivé Michael Mann plus que la perspective de mettre à jour sa vision des choses, hormis ces travellings au microscope de la technologie en cause. Il préfère exploiter encore une fois la nature ambivalente du Bien et du Mal s’affrontant ici. En l’occurrence, Hathaway contre « le Joueur », tous deux criminels et doués au clavier, mais aux motivations et idéologies différentes. Pourtant, tous deux usent de coups bas et de duperie pour arriver à leurs fins. Ils usent même de violence purement physique, que ce soit par voie détournée (le Joueur et ses sbires) ou directe (Hathaway).

Sauf que la capacité du héros (le « moindre mal » donc) à se salir lui-même les mains lui donnera l’avantage sur cette entité désincarnée et désabusée, sans attaches ni idéaux, ayant renoncé à assouvir en personne ses pulsions et ses besoins. Pour le Joueur, c’est un jeu qui rapporte. Mais à mesure que Hacker avance, cela coûte cher à Hathaway, qui finira par vouloir payer par le sang les outrages subis.

Bilan piraté

A travers la sauvagerie d’un affrontement final inévitable, c’est encore l’Humain qui gagne à la fin. Un constat qui revalorise Hacker en le remettant en perspective avec les œuvres précédentes du papa de Heat. Autrement, il peut quand même se savourer comme un thriller technologique facile à suivre, bien rythmé, et à l’enrobage plus que séduisant (casting, décors et mise en scène). Suite à d’autres avis moins cléments, j’avoue que je n’en attendais pas tant.

LES + :

  • Par rapport à d’autres films d’action sur des pirates informatiques, il est plus intelligent que Die Hard 4 et moins con qu’Operation Espadon.
  • De l’action brute de décoffrage.
  • Un exotisme et un esthétisme qui apportent leur dose de charme.

LES – :

  • Michael Mann se répète beaucoup, après Collateral et Miami Vice.
  • Ou alors il s’en fout ?
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Critique : Night Run « No offense, Taken ! »

Night Run se passe à New York, la veille de Noël. Jimmy Conlon (Liam Neeson) est un ancien hitman de la mafia irlandaise. Aujourd’hui veuf, poivrot, insomniaque et hanté par les victimes de son passé, il est détesté par son fils et fait bien rire les malfrats. Son seul soutien est Shawn Maguire (Ed Harris), big boss du milieu et son plus vieil ami d’enfance. Cette nuit-là, par un concours de circonstances, Jimmy abat le fils de Shawn pour protéger le sien, Michael (Joel Kinnaman). « Un prêté pour un rendu » comme on dit, et Shawn exige la vie du fils de Jimmy en retour. Conlon va dès lors se démener pour sauver sa progéniture des griffes des mafieux, des flics ripoux, d’un obstiné tueur à gages et même de sa loyauté jamais remise en question envers son seul ami… La nuit va être longue.

Réalisateur de Sans Identité et Non-Stop, Night Run est donc la troisième collaboration de Jaume Collet-Serra avec la star de La Liste de Schindler (un lointain souvenir). Les deux précédents opus faisaient preuve d’un savoir-faire indéniable pour une action nerveuse et bien découpée, hélas handicapée par des problèmes d’écriture tirant le final du film vers le bas. Heureusement à chaque essai, les Neeson-flicks du réalisateur espagnol se bonifient, et son nouveau film est sans conteste le premier à avoir un vrai scénario écrit jusqu’au bout et sans volonté de plagier les récents succès d’action de sa star.

C’était écrit

Courue d’avance, l’histoire de Night Run l’est assurément. Mais c’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleures soupes, à condition de connaître la recette. Autant prévenir que si le film offre de beaux moments d’inventivité sur le papier (comme une poursuite dans un HLM en flammes), il n’est pas un « total » film d’action. L’occasion pour moi de délivrer vite fait ma définition du film d’action : un film d’action, c’est un film dans lequel il se passe toujours quelque chose (ergo le terme ACTION). On pourrait mettre deux guignols dans une pièce vide, s’ils ont des trucs à dire ou faire, vous avez un film d’action, point.

Pas besoin de faire péter des trucs. En revanche, et comme je l’ai entendu souffler entre deux gus prenant l’escalator juste après moi, dans Night Run, « le rythme euh, ben c’est pas vraiment un film d’action, hein – Ouais, c’est pas trop ça. » On dirait que les Taken ont fait beaucoup de dégâts au cinéma d’action comme à la carrière de Neeson (vraiment BEAUCOUP), et le marketing n’aidant pas, on s’imagine à chaque fois avoir droit à un nouveau métrage fauché, décérébré et racoleur (cf. dans la BA de Night Run justement, le plan trop stylé de la winchester rechargée). Or pour un film « avec Neeson », les 2/3 de Non-Stop ne l’étaient déjà pas. Quant à Ballade entre les Tombes, il ne l’était pas du tout (mais qui l’a vu ?).

Et ça tombe bien finalement : si le pitch de Night Run promet une course-poursuite en plein NY, il est avant tout un film de personnages, un drame humain dont la thématique (à base d’honneur, de loyauté, de promesses de longue date) n’est pas moins forte que dans les meilleurs exemples du genre. A condition de bien vouloir se laisser emporter par le style de Collet-Serra et ses évidentes références au polar noir contemporain.

Noir, c’est noir

On est en présence ici d’un film à la tonalité vraiment sombre, où Neeson signe un personnage à mille années-lumière d’un Bryan Mills aux talents cartoonesques de psychopathe assuré et implacable. Jimmy Conlon est un loser magnifique tombé aussi bas que le Bruce Willis hardcore du Dernier Samaritain ou de 16 Blocs (en plus de s’abaisser à faire le Père Noël avec 4g dans le sang). Son personnage est un type qui a tout perdu et qui ne compte rien retrouver avant que le destin ne l’y oblige.

Le reste du casting n’est pas en reste, et on en trouve de tous les âges : Joel Kinnaman (dont la relation conflictuelle avec son père est clichée mais bien interprétée), cette vieille ganache de Bruce McGill, ainsi qu’un mammouth avec un masque de Vincent d’Onofrio. Quant au froid et implacable tueur à gages Price (le rappeur Common, dont le nom doit faire rire dans les soirées)… Eh bien, il EST noir, mais il aurait sans doute mérité plus de développement tant il transpire le charisme.

Mais personne n’a bien sûr la présence du monstrueux Ed Harris, qui nous offre en compagnie de Neeson un iconique face-à-face dans un restaurant, qui rappelle (et restera pour ça dans ma mémoire) la légendaire entrevue de Heat entre Pacino et DeNiro. Eh oui, deux vieux routards talentueux autour d’un café dans un diner, que voulez-vous, le lien est facile…

Showrunner

Pour le style, il est amusant de voir le contraste constant entre la véritable « mise en scène » du réalisateur ibérique et sa gestion nerveuse de l’action. Pour la première, il n’y a qu’à voir les plans fixes et glaçants de la première scène de Shawn Maguire, ou encore les lents travellings sur des murs couverts de photos de famille, où se reflète parfois le visage usé d’un protagoniste. Les personnages existent dans un véritable contexte, ils ont un passé et une présence écrasante pour les uns, effacée pour les autres (voir comment le rincé Jimmy retrouve peu à peu de sa superbe).

D’un autre côté, Jaume Collet-Serra ne se privera pas d’emprunter à David Fincher une caméra aérienne (façon Panic Room sous cocaïne) pour téléporter rapidement son point de vue d’un bout à l’autre de la ville, en passant si possible à travers les mailles d’un grillage. Une manière certes artificielle d’injecter une peu de tension, mais une façon de faire tout de même. Sans parler des caméras au plus près des voitures lors des courses-poursuites, ou des gunfights aux effets de ralenti savamment dosés. La seule scène d’action « posée » (mais ciselée à la perfection) est très justement celle de l’inévitable confrontation entre Jimmy et la clique de Shawn, dont l’intimité du dénouement renvoie là encore au chef-d’oeuvre de Michael Mann.

Night Run : jusqu’au bout de la nuit…

Malgré un rythme quelque peu en dents de scie, si le spectateur accepte de s’intéresser au destin de personnages vivants plutôt qu’à un bête abattage de scènes d’action, alors Night Run est une plongée en apnée sans temps mort, un film d’action non-stop (ha!), et surtout le premier « Neessai » transformé de son réalisateur. Après Taken 3, le client ne se sentira pas insulté : référentiel, dynamique, immersif et touchant, cet opus augure du meilleur pour une future collaboration Neeson/Collet-Serra, sinon pour la future approche du genre par le réalisateur espagnol.

LES + :

  • Un casting bien employé.
  • Un style et une efficacité maîtrisés.

LES – :

  • Un film qui va souffrir de la comparaison avec les navrants Taken, alors qu’il mérite mieux.
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Double critique : « Saint Seiya – Legend of Sanctuary » vs « Kingsman – Les Services Secrets »

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C’est les ados qui étaient contents dans les salles quand je suis allé voir presque coup sur coup Saint Seiya et Kingsman. Les chevaliers du Zodiaque contre ceux de sa Majesté. D’un côté une nipponerie débridée en CGI remplie de mecs balèzes en armures aux superpouvoirs mythologiques, qui se prennent grave au sérieux et sont capables de détruire des villes d’un seul coup de poing. De l’autre, un film d’espionnage occidental stylé, mixant habilement second degré et violence décomplexée avec un équilibre inattendu. Et entre les deux a priori sans rapport, on trouve malgré tout d’intéressants points communs.

Kingsman, Saint Seiya… C’était mieux aaaavaaaaant.

Tout d’abord, les deux films mettent en scène des ados surpuissants aux responsabilités les plus élevées. Ils sont perçus par les représentants du pouvoir (qu’ils soient Chevaliers d’Or ou de la Table Ronde) comme des outsiders certes amusants mais sans espoir, jusqu’à ce que leurs efforts leur vaillent une légitime reconnaissance.

Ensuite, tous les deux sont emprunts de nostalgie pour une époque et une mythologie presque archaïques mais restées gravées à jamais dans nos mémoires. Pour La Légende du Sanctuaire, c’est le shônen en général (manga pour garçons) et donc Saint Seiya en particulier que le film exploite. Une série jamais vraiment terminée aujourd’hui (sur le papier comme en anime) mais dont la popularité était au plus haut chez nous lors de sa diffusion sur le Club Dorothée au début des 90s. Chez Kingsman, bien qu’adapté d’un comics récent, on exploite en revanche l’imaginaire lié à l’agent façon « James Bond », en tailleur so british, flegmatique et mortel, gadgets et dialogues piquants en option.

Dans leur traitement enfin, les deux métrages essaient d’injecter beaucoup de sang neuf à leur matériau (en matière de design, de mise en scène et de ressorts dramatiques). Les résultats sont à chaque fois franchement subversifs, mais pas pour les mêmes raisons. On commence par Saint Seiya, le cas d’école de l’adaptation japonaise faite avec plein d’idées et beaucoup de couilles, mais aucune qui ne marche vraiment (Albator, quoiqu’on en dise, c’était un vrai film au moins).

Saint Seiya : « As-tu déjà ressenti le cosmos ? »

Athéna, déesse réincarnée au Sanctuaire (une citée divine dans les nuages), est enlevée et cachée sur Terre par un de ses défenseurs, le Chevalier d’Or du Sagittaire, qui casse sa pipe juste après. Elle est alors sauvée par un milliardaire et protégée par ses véritables gardiens, cinq jeunes et vaillants chevaliers de bronze. Le Sanctuaire étant contrôlé par un Grand Pope maléfique désireux de tuer Athéna à tout prix, la bande décide de s’y rendre en téléporteur pour aller s’expliquer direct à coups de tatanes…

Tout ce que la presse a pu en dire est vrai : si vous connaissez, vous serez mortellement atteint au cœur par une flèche d’or, et si vous ne connaissez pas, vous serez troublé par un lot impressionnant de blancs scénaristiques. Soyons beaux joueurs, on était averti : comment ne pas tailler dans le gras en choisissant l’arc le plus populaire, très dense et donc pas facile à adapter en seulement 1h30, budget oblige ? Du coup, pas mal de changements et d’oublis ont été faits. Les origines et le caractère des héros sont survolés (Seiya mérite des baffes), les sous-intrigues ont été abandonnées, le méchant est devenu un cliché et SURTOUT l’organisation des combats a été chamboulée. Sauter d’une maison à l’autre n’est plus si difficile qu’avant, et si tu veux voir Ikki contre Shaka… Hahaha… eh ben t’es mignon. Et bien sûr, comme on est au Japon, impossible de ne pas glisser un ou deux monstres géants à la fin, en dépit du bon (septième) sens de quiconque aura lu le manga. Une vraie surprise toutefois, puisque rehaussant artificiellement l’intérêt du spectateur qui se dit alors « WTF !? »

Pourtant… on va voir évidemment Saint Seiya pour mater les chevaliers du titre se taper enfin sur la gueule en 3D. Et avouons-le, les gars ont mis le paquet dans le spectaculaire. Les combats sont bourrins à souhaits et soignés, et le production design est hallucinant : le Sanctuaire ressemble à un niveau perdu du prochain God of War sur PS4, et les armures ont été entièrement redessinées, souvent pour le meilleur. Si certains chevaliers d’Or sont ouf de classe (le Taureau ou le Scorpion) le pari de refaire les héros-titre en 3D était compliqué. Le résultat est un peu éloigné de ce qu’on connaissait mais rend réalistes des armures qui ne l’étaient pas du tout sur le papier.

Après, ce film et tous ses choix tape-à-l’œil s’expliquent aussi par le fait que les Japs sont fans de produits dérivés, et que la Toei pourra ainsi continuer à faire tourner la machine, grâce à tous les goodies tirés du film qu’on ne voyait pas avant dans la mythologie de la franchise. Par exemple, le fait que les armures surgissent de… plaquettes, allant du simple pendentif à de gros ornements qu’on pourrait accrocher sur sa cheminée. Aaaah, le Japon…

PS : Avouons que par malchance, j’ai vu le film en VF. Or, les dialogues font carrément l’impasse sur le signe de chacun des chevaliers (T’es quoi toi ? Le Dragon ? Le Cygne ? Ouais, t’as raison, c’est pas important…). J’ignore si cette lacune épouvantable est due au doublage ou carrément à un taillage de trop dans le scénario.

Kingsman : « Bon. Très bon. »

Le film nous raconte l’histoire d’Eggsy, fils d’un ancien agent de Kingsman, une boîte super méga secrète d’espions anglais. Un jour, Galahad, ancien ami de son père, invite Eggsy à ne plus gâcher son talent dans sa banlieue sordide de prolos mal éduqués. Mais tandis que le jeune homme suit un entraînement de malade pour devenir le prochain Kingsman, le terrifiant Valentine (El Jackson, en Steve Jobs zozotant) fomente un plan aussi débile que démoniaque pour tuer l’Humanité tout entière…

Si Saint Seiya fait l’effet d’une tarte à la crème (pas mauvaise quand on la goûte, mais énervante quand on se la prend), le film de Matthew Vaughn est en revanche une tarte tout court dans la gueule ! La promo mettait l’accent sur un design coloré et un argument jeuniste qui me rappelaient les mauvaises blagues Alex Ryder ou Cody Banks. Pourtant, suite à des critiques plutôt enthousiastes, je m’y suis risqué un peu à tâtons, il faut l’avouer. Eh bien que nenni, papy !

Dès les premières minutes, la grande force de Kingsman, Les services Secrets réside dans son style. Littéralement. A la fois dynamique, décalé et élégant, le film emporte déjà l’adhésion sur le plan artistique. Ensuite, contrairement à ses infâmes faux-frères cités plus haut, il trouve un véritable équilibre en la personne d’Eggsy. Le sale môme écoute certes une musique de sauvage et s’habille comme un sac, mais il inspire tout de suite la sympathie, et pas seulement parce que sa mère s’est encanaillée avec un dealer abusif et mal léché qu’on aimerait tous tabasser à coups de chaise. Non. Autant l’interprète que l’interprétation en font un vrai personnage, certes simple, mais non un simple prétexte. Rajoutez derrière un supporting cast hallucinant (Colin Firth, Mark Strong, Michael Cain), des méchants truculents et bien employés (Valentine et sa mortelle assistante Gazelle) et les corps-à-corps les plus dynamiques, spectaculaires et bien filmés jamais vus !

C’est bien simple, Jason Bourne est une fiotte, et les expérimentations redondantes de Paul Greengrass dans La Vengeance dans la Peau passent après ça pour un ixième found footage dégueulasse. L’action reste ici toujours bien découpée et lisible, mais la caméra se permet en plus de voltiger d’un point de vue à un autre en une fraction de seconde, en pleine action, certes souvent de façon suspecte (transition par ordinateur ?) mais sans nous laisser le temps de souffler.

Le point d’orgue est une scène mémorable filmée dans une église bourrée de conservateurs texans fanatiques. Évitons de spoiler, mais sachez que cette scène constitue aussi un point de non retour : celui de l’irrévérence jusqu’au-boutiste. Contrairement à Alex et Cody, Kingsman n’est PAS pour les enfants, ni même pour les âmes sensibles. Évitez donc d’y emmener votre chiard après Saint Seiya si vous ne voulez pas lui expliquer « pourquoi les gens ils sont morts comme (description épouvantable), papa ? » En gros, on peut dire que Kingsman résume en un seul film le cœur des sept tomes de Harry Potter mais dans une école d’espions, la violence et le cynisme typiquement adultes corrodant de plus en plus le film à mesure qu’il progresse vers un nihiliste dénouement.

Le plan de Valentine se base ainsi INTÉGRALEMENT sur la violence elle-même, et le final gore (sûrement le plus gore jamais vu dans un film grand public) est édulcoré par un effet hippie le rendant étrangement festif ! Brrrrr… Mais aussi YAAAAAY ! Pour finir, donnez du goût avec un zeste d’humour référentiel, fortement axé sur Bond mais n’oubliant pas de citer d’autres figures d’importance de la pop culture moderne (cf. le nom du chien d’Eggsy), et une jeunesse des personnages ne cédant JAMAIS au jeunisme facile. ALLELUIA !

Verdict

Pour résumer, le film de Matthew Vaughn est dynamique comme un Bourne, stylé comme un Bond, coloré comme X-Men Le Commencement et violent comme jamais auparavant. Peu importe ses défauts, du moment qu’une suite encore plus dingue vient les corriger rapidement. En clair : Kingsman fait mieux que les saints d’Athéna.

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Critique : Jupiter Ascending « S’ta revoir… »

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Dans Jupiter Ascending, Jupiter Jones (Mila Kunis) est une fille d’immigrés russes qui survit tant bien que mal en récurant les chiottes des riches de Chicago. Sa vie craint jusqu’au jour où Caine Wise (Channing Tatum), un hybride homme-chien, descend du ciel en rollers anti-gravité pour la sauver des griffes de tueurs extraterrestres. Ceux-ci travaillent pour la puissante famille Abrasax, les propriétaires de la galaxie. Son code génétique donne en effet à Jupiter le droit de leur reprendre légalement la propriété de la compagnie familiale. Mais si Jupiter veut faire valoir son héritage, elle devra faire vite, car la Terre est en réalité une ferme naturelle et sera « moissonnée » dans quelques jours par les Abrasax…

Fidèles à eux-mêmes, les Wachowsky frère et sœur (urgh !) sont de retour pour un résultat qui va rassurer leurs détracteurs et alimenter les pipes à crack de leurs fans. Déjà, le retard de six mois de leur dernier blockbuster ne rassurait personne : officiellement, c’était pour peaufiner les SFX, et officieusement pour cause de producteurs catastrophés. A la vision du produit fini (toujours soi disant), on comprend un peu les deux raisons à la fois !

L’or ? J’adore !

La seule réussite indiscutable du métrage est clairement sa direction artistique (sa mise en valeur étant un autre problème). Le rococo est de mise, parfois à la frontière de l’absurde, mais l’absurde est bel et bien un moteur dramatique du métrage. Dans Jupiter Ascending, la galaxie est régie de main de fer par un trio familial pété de thunes et de vices. Chacun est à la tête d’un bout d’une corporation bâtie sur l’exploitation et l’esclavage, dont la seule raison d’être (dialogues à l’appui) est de faire toujours davantage de profit. C’est dans ce contexte que le spectateur témoigne d’un étalage de richesses à la limite du non-sens, voire de l’écœurement : on y voit moult palais royaux, croiseurs stellaires parés de statues et d’or fin et même… des lustres en cristal accrochés au plafond de la baie d’appontage ! Prends ça dans ta face, l’Empire ! La famille Abrasax (les méchants ricos du film) appauvrit tout autant la galaxie que la start-up de Palpatine, mais au moins, son argent, elle sait s’en servir !

Tout comme Matrix avant lui, Jupiter Ascending est un pot pourri de références de genre, une espèce de Star Wars malsain où se côtoient les univers de George Lucas et de Riddick, avec en plus le côté sado ambigu et vaguement érotique déjà à l’oeuvre dans la précédente trilogie des réalisateurs. Un exemple ? Les pseudo gardes impériaux de la famille Abrasax portent des masques à mi-chemin entre un catcheur mexicain et un dominateur SM. Charmant… A vrai dire, toujours fidèles, les Wachowsky possèdent à nouveau l’argent, l’influence et les contacts nécessaires pour faire un grand film… et font ce qu’ils veulent avec, c’est-à-dire n’importe quoi !

« J’adore les chiens ! »

Cette réplique seule est concrètement tout ce que j’ai retenu de Jupiter Ascending, étant à la fois drôle et mémorable. Difficile de s’y retrouver sorti de là tellement le film fait abstraction de toute cohérence, à force d’accumuler les emprunts. Là où le sabotage de Matrix pouvait facilement s’expliquer par un déséquilibre total de l’équation [Reloaded + Revolutions], à savoir tout dans le premier et rien dans le second, le même chaos narratif règne dans l’épopée galactique de l’héroïne homonyme, sauf que ce n’est qu’à l’échelle d’un seul film de deux heures !

Bien sûr, on peut facilement mettre ce travers sur le compte de la naïveté touchante des deux frangin(e)s, qui croient encore fermement aux contes de fée (la Jupiter du titre est une vraie Cendrillon). Sauf qu’ils sont les seuls à y croire, et malgré leur sincérité, ils ne maîtrisent pas vraiment leur art. Bien sûr, on retrouve leurs éternels gros sabots, leurs personnages grossiers et dialogues pesants. Seulement à cela s’ajoutent une mise en scène à la ramasse, un casting choc mal exploité, des SFX parfois foireux (Sans rire les gars ! Six mois ??)  et une musique puisant là encore sa source un peu partout.

Jupiter Ascending est « plutôt descending »

Sorti d’un Eddie Redmayne possédé par Satan, le reste du casting de Jupiter Ascending n’est là que pour sa gueule, les Wachowsky leur ayant demandé de laisser leur conviction au vestiaire. Mila Kunis se contente de traverser le champ de la caméra, Channing Tatum ronronne… pardon, grogne pour nous faire comprendre qu’il est à moitié chien, et Sean Bean touche son chèque dans un rôle de mercenaire/mentor/traître qu’il connaît si bien maintenant qu’on jurerait ici qu’il le joue en dormant (question bonus qui mérite peut-être de voir le film : mourra-t-il cette fois encore ?).

Le manque de direction dans les scènes de parlote est contrebalancé par l’énergie excessive des scènes mouvementées, marquées par le syndrome Spider-Man 3 : les intervenants bondissent dans tous les sens en même temps que la caméra, ce qui rend l’action ABSOLUMENT illisible. Pire, lors de certaines séquences (notamment un raid sur le vaisseau de Titus Abrasax), la bouillie de pixels pâtit en plus d’un manque de finition des effets, les vaisseaux des héros ayant l’air, sur certains plans, d’avoir été modélisés sur Playstation 2 !

Toujours dans cette folie de vouloir tout faire sans raison dans Jupiter Ascending, l’atmosphère change de façon un peu trop contrastée d’un monde à l’autre, même si l’on retiendra une amusante mais finalement inutile bifurcation par une planète administrative, empruntant son décor et son découpage à Terry Gilliam (et accessoirement, le réalisateur aussi, le temps d’un caméo). Grosse déception enfin du côté de la bande originale, due à Michael Giacchino (le copain de JJ Abrams, mais c’est pas sa faute). Le compositeur singe tour à tour Hans Zimmer, John Williams et Danny Elfman comme s’il cherchait à déterminer à tâtons l’identité précise du film qu’il est en train de scorer. Quelle surprise du coup de voir son nom au générique.

Bilan catas-tronomique

Bas du front comme il est, Jupiter Ascending est tout à fait divertissant (désopilant ?), malgré ou grâce à tous ses défauts. Les Wachowsky y ont rassemblé tout ce qu’ils aiment personnellement dans le space opera, en le saupoudrant de leurs petites fautes de goûts habituelles (notamment le cuir et l’érotisme gratuit) et d’autres plus… originales.*

Mais bien que l’épopée spatiale de la belle Jupiter soit kitsch, bordélique et mal rythmée, les fans du duo risquent une fois encore de défendre leur génie incompris sous le prétexte un peu fade que leur dernier bébé est une critique virulente de la société de consommation et du contrôle des masses. Sachant que le film est lui-même un produit mal fini, c’est dire où notre société nous a conduits…

* Nesh, le pilote du vaisseau de l’Égide (les flics de l’espace) est un homme croisé génétiquement avec un éléphant ! La poignée de plans où ce personnage absurde est filmé face caméra en train de barrir pendant un dog fight est absolument irrésistible. On ne serait pas surpris que ce type existe à la fois en tant qu’hommage et pour damer le pion au copilote de Lando dans Le Retour du Jedi. « On peut tromper une fois mille personne… »

LES + :

  • Une générosité et une naïveté débordantes, qui au mieux vous surprennent, au pire vous font pisser de rire par des dialogues et idées aussi gratuites que surréalistes.
  • Une épopée galactique qui n’est pas une suite ou un reboot, et surtout avec les moyens de ses ambitions. Ça fait mal de le dire, mais malgré ses défauts, les faits sont là et le spectacle aussi.

LES – :

  • Une générosité et une naïveté beaucoup trop débordantes ! Y a trop de trucs qui n’ont rien à faire entre eux ! (Matez Interstellar à la place.)
  • Une finition technique qui laisse parfois à désirer.
  • Matrix 1 était un miracle et un accident à la fois. Et ça fait de la peine de le réaliser un peu plus à chaque film des Wachowsky.
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Critique : Interstellar « Where Nolan has gone before… »

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Attention : spoilers. Mon premier contact avec Interstellar remonte bien sûr au teaser paru il y a un bail. La VO de McConaughey vantait notre nature pionnière, tandis que des images « d’archives » semblaient nous vendre un film d’anticipation réaliste, ce que le pitch officiel confirmait (l’histoire fictive du premier vol interstellaire). Cool. Je ne demandais pas mieux, et le talent du réalisateur de Memento le rendait capable de nous faire gober les pires couleuvres (cf. The Dark Knight Rises, le film bête le mieux raconté de tous les temps). Surtout que son dernier né était vendu comme une fiction réaliste et documentée, ce qui n’était pas sans rappeler la réussite Sunshine de Danny Boyle. La communication aura volontairement dissimulé des éléments du récit, éléments qui, pour ma part, auront refroidi mon enthousiasme. Mais situons plutôt le contexte.

Interstellar, c’est plein d’étoiles…

Malgré un enjeu rien moins important que la survie de la race humaine, Interstellar se concentre sur le drame familial vécu par Cooper, un ex pilote/ingénieur/mari devenu bon fermier dans un monde pollué, où remplir son assiette devient extrêmement pénible (notons que le « monde » se limite dans le film à une ferme, la bourgade américaine voisine et un bunker souterrain). Une succession d’indices étranges sont alors égrainés par une force mystérieuse (« La gravité ! » assènent en réponse tous les scientifiques diplômés d’Interstellar, sans vraiment expliquer). Ces miettes de pain conduisent le paysan et sa fille jusqu’au QG secret de la mission « Lazare » de la NASA.

Cette dernière veut exfiltrer l’Humanité sur une terre d’accueil à l’aide de voyages interstellaires. Comme la vie est bien faite, Cooper s’avère le dernier terrien qualifié pour rejoindre ce programme, tous les autres pilotes avant lui ayant déjà été envoyés et perdus. Suite à ce coup du destin (« vraiment ? » pense déjà le spectateur), si Cooper veut sauver sa famille, il devra sauver le reste du monde en pilotant lui-même la dernière mission Lazare. Raconté comme ça, tout colle aux promesses et aux attentes suscitées.

Prendre un enfant par la main

Sans douter de la sincérité ni du talent de Christopher Nolan, Interstellar est une déception vis-à-vis de ce qu’il nous vendait. On nous avait caché des choses qui nous écartent au final des promesses faites. Ainsi l’Homme, ce « pionnier », ne part pas dans l’espace sur une impulsion propre. Il le fait parce que, du jour au lendemain, un trou est apparu près de Saturne. Cette porte ouverte sur une autre galaxie n’est pas un accident : « quelqu’un » semble nous tendre la perche. A l’instar de 2001 de Kubrik, l’Homme découvre donc un bidule-truc-chouette et décide d’aller y jeter un œil. Il s’agit de notre façon bien humaine d’agir, cependant l’Homme est ici « juste » pris par la main (curieusement au même titre que le spectateur d’un film de Nolan).

On semble même un poil régresser : chez Kubrik, l’Homme n’était pas désespéré ni pressé, mais bien curieux de suivre le mystérieux signal du Monolithe. Dans Sunshine, Il était cette fois désespéré, mais mettait Lui-même ses dernières forces et ressources dans une mission ultime. Ici, un drame familial sur fond de message écolo se transforme en 2001 subjectif, en l’épopée avant tout personnelle de Cooper l’homme (pas le pilote, mais le père de famille). Les personnages et passages obligés d’odyssée spatiale façon Clarke (mention spéciale aux robots TARS et CASE) sont parfaitement respectés, certaines images sont d’une beauté renversante et certains passages même courus d’avance font brillamment monter la tension. Oui, mais…

Toute spectaculaire, maîtrisée et sincère qu’elle soit, cette aventure spatiale peut tout à fait décevoir dans cette dualité entre l’ambition personnelle (du réalisateur et du récit) et l’ambition du genre même d’Interstellar (défi artistique et conte héroïque). Ainsi l’on n’obtient pas ce que l’on aurait cru être un mix futuriste entre l’Etoffe des héros et Appolo 13 (que Cricri n’aurait sans doute pas moins réussi). A la place, on risque d’avoir un sale goût de redite Kubriko-clarkienne : la construction du récit (jusqu’au climax dans un nowhere spatio-temporel à la logique discutable), les passages renvoyant à l’Odyssée de Clarke dans son ensemble (la dérive finale de Cooper m’a fait penser à 3001) et les orgues assourdissantes de Hans Zimmer sont trop éloquents. Même si ce rapprochement n’est pas un handicap, il est juste un tantinet frustrant.

La loi des séries

On se retrouve ici face à un film de Nolan qui ne se vit pas comme un film de Nolan, même si sa patte se ressent (ah ! Les coupes brutales…). Le très débile et elliptique Dark Knight Rises avait constitué une véritable plongée en apnée de 2h40 (et ma grande, il en faut du souffle). Puis la deuxième et la troisième vision mirent fin au voile hypnotique que Nolan avait su placer devant mes yeux : intrigue et personnages sont tous très cons. C’est connu aujourd’hui : pour Nolan, le cinéma s’apparente à de la magie, et jusqu’à présent le tour était joué. Je regardais ce qu’il voulait bien me montrer même face à la menace d’un twist un peu trop évident.

Le malaise provient de ce qu’il s’agit ici du premier film de l’auteur à ne pas avoir retenu mon attention de spectateur jusqu’au bout, dont je suis « sorti » mentalement à un moment. Peut-être ceci provient-il au choix :

  1. De cette dualité entre ambition personnelle et ambition de genre ;
  2. D’un rebondissement doublé d’une baisse de régime à partir du deuxième tiers ;
  3. De ma connaissance personnelle de la science pour les Nuls et des space operas.

Après tout, Nolan est aussi cérébral que populaire, et les vomissements d’explication d’Inception trouvent leur équivalent ici. Sauf que cette fois, il s’agit de vraie science théorique ! Il est donc normal que les érudits (ou les fans de Stargate SG-1) soupirent pendant les cours de rattrapage du sieur Michael Caine (PS : si quelqu’un peut d’ailleurs me donner une explication scientifique au fonctionnement des mallettes à rêve de DiCaprio…). Mais au-delà de toutes ces excuses, le problème viendrait peut-être, en réalité, d’une méprise sur le message du film et son véritable destinataire.

« Now you see me »

Comme énoncé plus haut, l’Humanité dans ce film se voit tendre une main secourable, qu’elle saisit afin de s’envoler vers les étoiles. Autrement, elle n’aurait jamais ne serait-ce qu’envisagé la possibilité de quitter la Terre. Or, que fait Nolan, en bon magicien, depuis le début de sa carrière ? Il nous montre le chemin à suivre jusqu’au dénouement de son histoire. Autrement, il est probable que beaucoup auraient grillé la révélation finale du Prestige ou l’idiotie XXL du dernier Batman (le sien, pas celui de Snyder). A travers ces physiciens et astronautes regardant tous la porte grande ouverte sur les étoiles, Nolan n’appliquerait-il pas ici la logique de sa mise en scène comme fil narratif de son propre film ? La magie scientifique dont les héros cherchent à percer les mystères (culminant dans ce nowhere où échoue Cooper) serait l’équivalent à l’écran de la magie opérée par le cinéaste. A terme, ce secret est décrypté, dans un lieu où les points de vue autour d’une même pièce sont modulables et infinis.

N’est-ce pas là une sacrée mise en abîme de la mise en scène ? Cooper et sa capacité totale à voir et entendre à travers le temps et l’espace (certes confinés à une chambre), voire à interagir avec ses « acteurs » comme le ferait un directeur inspirant subtilement ses comédiens en plein jeu ? Si ce n’est pas le cas, alors il faut reconnaître que, dans les faits, Interstellar ne fait que recycler tout ce qu’on est en droit d’attendre d’une odyssée spatiale grand public, avec en prime un côté mélo un peu trop appuyé, une ou deux longueurs pas toujours digestes et un climax aussi poétique qu’abscons (la résolution via une simple montre, pour le coup, tient bien de la magie).

La sincérité et l’honnêteté du cinéaste en tant qu’artisan semblent intactes, tel un Steven Spielberg, mais curieusement moins efficaces ici. Pourquoi ? Peut-être qu’à l’instar de ces mystérieux « eux » dans son film, évoqués comme les maîtres des Cinq Dimensions, Christopher Nolan nous offre en réalité la clé de sa propre magie en tant que réalisateur. Au-delà de son ambition de cinéma populaire, avec toutes les qualités et les défauts connus de son auteur, Interstellar n’est PAS le film de trop. S’il est une œuvre somme d’un genre bien balisé de la SF, il n’est en revanche pas l’œuvre somme de son auteur : avant de devenir comme tous ces maîtres de l’image arrivés à la relecture de leurs propres figures et mythes, Nolan nous ouvre carrément la porte de son esprit et nous invite à en comprendre la logique. Qu’il le fasse exprès ou non, son dernier opus serait donc un don au spectateur, une oeuvre à caractère sacrificiel au lieu d’une oeuvre sacrifiée. Un aveu sans tabou plutôt qu’un testament. Le réalisateur se donnerait tout entier non pas dans ce film, mais à travers lui.

En conclusion

Jamais surprenant, parfois déchirant, Interstellar n’est pas le meilleur film de Nolan. En revanche, il EST Christopher Nolan, ce qu’il a été, ce qu’il est et ce qu’il devrait toujours nous offrir à l’avenir. Le départ de Cooper vers d’autres cieux en fin de métrage semble indiquer que la boucle ne sera jamais vraiment bouclée et que le réalisateur ne compte pas s’arrêter tant qu’il n’aura pas fini son exploration.

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Critique expresse : The Salvation « Mad Mads »

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Hier soir, au sortir d’une séance de The Salvation, avec Mads « Hannibal » Mikkelsen, une brunette un peu ronde marchant devant moi se plaignait à son copain que c’était « à chier », probablement parce que le film suivait un rythme posé (quoique tendu) et une histoire convenue (mais efficace). Tous les goûts sont dans la nature, mais si les jeunes (et j’ai même pas 32 ans, les enfants) sont insensibles à ce genre de récit, c’est probablement parce qu’ils ne sont pas assez grands pour comprendre. Même si je ne me vanterai pas d’avoir vécu la même chose, imaginez donc la journée de ce brave Jon (Mads Mikkelsen) avant de critiquer la tournure des événements.

Jon est un ancien soldat danois venu trimer sept longues années en Amérique dans l’espoir d’y fonder un foyer pour sa famille : un jeune fils de dix ans et une ravissante femme (la chanteuse Nanna Oland Fabricius, ci-dessous avec des cheveux bleus, parce que je trouve ça rigolo). Sitôt descendus du train, ils empruntent hélas la mauvaise diligence, et font route seuls avec un duo flippant de outlaws tout ce qu’il y a de plus déplaisants. Après une bonne montée en pression, les ordures s’énervent, tuent arbitrairement le fils, violent la femme et saccagent la diligence. Manque de pot, le Danemark ne se rend pas (pas cette fois) et Jon se fera justice lui-même. On ne le contredira pas. Sauf que l’une des deux victimes était le frère de Delarue, le mafieux tyrannique des environs (Jeffrey Dean Morgan, qui avec une moustache ressemble à Tom Hanks). Décidé à venger la mort de son « honorable » frère, il va exercer un chantage odieux sur les habitants opprimés du bled. Le gentil maire (hem) et le shérif vertueux (euh) vont alors botter les fesses du pauvre Jon pour le livrer en pâture aux truands…

The Salvation : aride et carré

The Salvation, loin de marquer à jamais l’histoire du Septième Art, est donc un rape-and-revenge tout ce qu’il y a de plus légitime et carré. Ses terres désolées et l’abus de malchance dont est victime le héros rappellent le chemin de croix du Mad Max original de George Miller. Sauf que Mads a plus de gueule que Max. Son air à la fois impavide et perturbé fait son travail au milieu de cette déferlante de coups durs, et lorsqu’il a tout perdu, l’empathie pour lui fonctionne bien sûr à plein tube. D’autant que le bougre doit parler moins de cinq minutes dans tout le film, danois et anglais confondus. Un rôle quasi muet favorise donc le côté animal et introverti du personnage. Il est normal que sa contrepartie s’avère d’ailleurs être le seul personnage effectivement muet du film, interprété par Eva Green.

Et justement, quid de Eva Green et Eric Cantona ? Eh bien la première est abusivement utilisée sur des affiches promotionnelles qui mettent beaucoup trop en avant un rôle pourtant de second plan, qui ne la voit prendre part à l’action de manière décisive que dans les cinq dernières minutes. Quant à Canto en bras droit de Delarue, il a volé son nom au générique tellement il aurait pu être joué par n’importe qui. Mais on aime sa gueule quand même, surtout dans un film de genre aussi… aride.

En bref

The Salvation est donc un western qui file droit, brûlant et immersif à condition qu’on ne soit pas fan des Transformers (hein, la brunette ?). Ça fait du bien d’aller au cinéma juste pour éprouver quelques bons vieux sentiments viscéraux et cathartiques.

LES + :

  • Mads Mikkelsen, magnétique.
  • Un western bien aride comme il faut.
  • Un rape-and-revenge immersif comme il faut.

LES – :

  • Ça ne remue pas beaucoup. On aime ou on déteste.