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Critique : Hobbs & Shaw « Un spin-off complètement off »

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Hobbs & ShawHobbs (The Rock) est papa, musclé, porté sur les protéines au petit déjeuner, et il est un fervent défenseur de la justice et des valeurs de l’Amérique. Shaw (Jason Statham) est l’ancien ennemi public numéro 1, il est beau gosse, b**** tous les soirs, prend sa binouze tous les matins au troquet du coin, et tout ça lui va. Leurs points communs ? Ils sont chauves, tabassent comme personne, et ils se haïssent copieusement. Mais le jour où Hattie (Vanessa Kirby), la sœur de Shaw, devient la cible de Brixton, un soldat amélioré que Shaw pensait avoir tué il y a longtemps, les deux n’ont soi-disant pas le choix. Ils vont devoir s’associer pour traquer le renégat et arrêter l’organisation aux commandes, la mystérieuse Eteon…

Vous trouvez ça con ? Vous avez raison. La bêtise est devenue le poinçon de la « marque » Fast & Furious, dont Hobbs & Shaw constitue le premier spin-off. Et malgré tout l’amour que je porte habituellement à ses co-stars, je dois avouer que la douche fut glacée.

« L’ego » star wars

Hobbs & Shaw est né de l’envie (des producteurs, des acteurs, mais aussi du public) de laisser respirer les charismatiques et badass personnages campés par The Rock et Statham. Ils sont apparus respectivement dans Fast 5 et Furious 7, avant de se donner joyeusement la réplique dans l’opus 8. Depuis, The Rock et Vin Diesel ont pris l’habitude de se clasher sur les réseaux sociaux, en sous-entendant fréquemment combien « d’autres » étaient en gros des branleurs ou des lâcheurs sur le tournage, suivant lequel balançait. Vin Diesel est même souvent soutenu par cette serpillière de Tyrese Gibson (lequel, à l’inverse du Rock et de Statham, tire la franchise vers le bas depuis des lustres).

La popularité grandissante de stars plus aimées que lui a logiquement donné des sueurs froides à l’interprète de Dom et Xxx. Ses deux camarades, The Rock en tête, sont donc partis se la péter avec leur propre projet. C’est mieux que de voir leur temps de présence et leur « mojo » dilués dans des aventures de plus en plus chorales et over the top. Hobbs & Shaw était donc attendu comme le messie, le Tango & Cash du nouveau millénaire, une erreur de cinéma qui pouvait miraculeusement devenir une nouvelle madeleine de Proust pour les fans de buddy movie et les amateurs d’action décérébrée.

Hop ! C’est chaud !

Las, le film de David Leitch échoue sur presque tous les plans. Il ne s’en sort que lorsqu’il délivre des scènes d’action absurdement grosses et apocalyptiques, dont c’est dommage qu’elles soient souvent si mal filmées. La caméra tremblante et le sur-découpage n’aident en rien à apprécier les empoignades entre Brixton et le duo vedette. C’est étrange de la part du gars qui a emballé les scènes de Atomic Blonde et Deadpool 2.

Mais si vous êtes venus voir Statham et The Rock, vous allez les voir. Souvent en très gros plans face caméra, en train de souffrir mentalement à improviser des vannes à la face de leur partenaire. Elles ne sont d’ailleurs jamais fraîches ou originales. Statham est british ? Il est souvent comparé au Hobbit ou à Harry Potter, quand on ne se moque pas de son cuir chevelu. The Rock a du muscle ? Bonjour les vannes sur la lotion pour bébé et son appétit d’ogre. Etc.

Ne comptez pas sur le reste du casting pour relever la sauce. Idris Elba a l’air de se faire ch*** autant que Bruce Willis sur le tournage de Die Hard 5, et Vanessa Kirby et Helen Mirren n’ont pas grand chose à faire. La première a beau kicker comme une déesse, elle est réduite à un McGuffin ridicule doublé d’une love interest pour Hobbs, au grand dam de Shaw (coucou Tango & Cash).

Hobbs & Shaw

Hobbs & Shaw : spin-off en mode « off »

Ma relation avec Fast & Furious a toujours été en dents de scie. J’avais adoré la connerie assumée des épisodes 5 et 6. Puis j’avais vomi sur le doigt fait à la suspension d’incrédulité du spectateur dans le 7e épisode. Enfin, j’avais toléré Fast & Furious 8 pour avoir retrouvé un peu de volonté narrative, pour ses scènes d’action absurdes mais uniques, et bien sûr pour The Rock et Statham. Mais faire un spin-off, à la base, cela implique de sortir du moule d’une série pour tenter autre chose (ce que la saga avait justement fait avec les épisodes 5 et 6).

Hobbs & Shaw n’est qu’une itération de Fast & Furious 8 sans Vin Diesel, c’est tout. Il ne conserve pas seulement l’ADN muté de la franchise, mais il se fait greffer des morceaux entiers de son cadavre :

  • Une menace technologique avec un méchant promettant de revenir dans la suite.
  • Des poursuites motorisées avec de nouveaux véhicules de ouf (cf. la moto articulée de Brixton, piquée au dernier épisode des Indestructibles) et des cascades toujours aussi absurdes.
  • D’interminables passages verbeux où nos héros reprennent leur concours de vannes du 8. Sauf que cette fois, ils sont longs et rarement drôles.
  • Le même discours sur la famille et l’importance du cœur, quitte à trahir complètement les personnages tels qu’ils avaient été introduits dans la franchise avant. Et bien sûr, la même tendance à l’exprimer sans nuance dans les dialogues. Parce que seuls les gamins et les idiots vont voir ces films, n’est-ce pas ? Alors il faut absolument qu’ils comprennent.

Bref. Hobbs & Shaw pique la gamelle de Vin Diesel au lieu d’oser faire son propre truc. Mais c’est la faute à qui ?

Hobbs & Shaw

Rock, papier, ciseaux, ROCK !

Qu’est-ce qui manque vraiment à Hobbs & Shaw pour fonctionner malgré ses nombreuses tares ? C’est simple : l’alchimie. Si les buddy movies comme L’Arme fatale, Tango & Cash ou 48 heures nous touchaient, c’étaient parce que leurs partenaires de jeu dansaient ensemble. Or, le film de David Leitch est uniquement à la gloire de The Rock. Sa démesure (tant de la personnalité que du physique) transpire à chaque image.

Qu’il vante les valeurs familiales ou qu’il retienne un hélico à bout de bras comme Captain America, c’est trop. Trop de guimauve, trop d’exploits cartoonesques, trop de The Rock. Une situation avec laquelle Statham, flegmatique et cool comme à l’accoutumée, ne semble pas trouver à redire. Le dernier tiers se déroule ainsi entièrement à Samoa dans la famille de Monsieur. Et on vous épargne combien la famille est sacrée, et toujours prête à taper des mercenaires pour renouer des liens. The Rock est même tellement sympa qu’il organise une représentation de Haka pour accueillir les méchants. La grande classe.

Pour faire bref

Hobbs & Shaw est un rendez-vous manqué et un pétard mouillé. Si vous êtes venus pour vous vider la tête, OK. Vous aimez The Rock et Statham uniquement parce que ce sont The Rock et Statham ? Pas de souci. Si vous avez adoré Fast & Furious 7 (le pire que la franchise peut offrir) pas de raison non plus de ne pas repartir pour un tour. Mais soyez avertis. Un film de ce genre est une réussite lorsqu’on rit avec lui. Hobbs & Shaw fait des efforts si grossiers et pathétiques, que ce soit dans l’action ou dans les échanges entre ses héros, qu’il provoque plus volontiers des rires de gêne ou de moquerie. Et ça, ça fait de la peine à Bibi.

PS : et à titre personnel, je suis furieux de voir que les ewoks de Max Force 2 sont bien plus redoutables et intéressants que le personnage de Brixton. Je dis ça, je dis rien… ^^

LES + :

  • Un casting qui fait plaisir…
  • On quitte Fast & Furious pour explorer de nouvelles idées…

LES – :

  • … mais des prestations qui font de la peine.
  • … oh, et puis en fait, non, c’est la même chose.
  • The Rock, The Rock, The Rock, The Rock, The Rock, THE ROCK !
  • Les seuls moments de surprise et de rire francs concernent des guests dans des rôles tiers, à l’enthousiasme communicatif. Or, on aurait aimé que cet enthousiasme transpire chez les deux stars principales.
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Critique expresse : Crawl « Un film pour se faire les dents »

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crawl alexandre ajaHaley Keller (Kaya Scodelario) a toujours vécue poussée par son papa à devenir une grande nageuse. Le jour où un ouragan maousse menace la Floride, son père ne répond évidemment plus au téléphone. Comme personne ne le fera à sa place, elle décide d’aller le chercher en personne, en pleine zone évacuée. Elle retrouve son papounet salement amoché et inconscient dans le sous-sol de l’ancienne maison familiale. Et pour cause ! Un alligator vénère squatte les lieux, et il n’a pas l’intention d’en repartir avant d’avoir croqué ce qui reste du père et de sa fille. Il va falloir vite trouver une solution, car la cave ne mettra pas longtemps à être inondée, et rien n’indique que le reptile est seul à rôder dans le coin. Heureusement que Haley est une championne de crawl, ça peut toujours servir…

Alexandre Aja revient aux bébêtes aquatiques, dont le dernier effort en la matière était Piranha 3D en 2010. Un film assez couillon, où Ving Rhames en bout de course charcute de la poiscaille avec un moteur de bateau, et où Quinn Mallory de la série Sliders se faisait mastiquer les roupettes par des sardines préhistoriques. Dans Crawl, les litres de punch coco et les bimbos débiles sont allés se faire voir, pour revenir à une horreur moins gogole et plus viscérale. Certes, le réalisateur a gardé les bestiaux en CGI, en remplaçant les petits poissons par des gros lézards aquatiques. Et oui, on voit bien dans 80 % des plans que les bouffe-tout sont en images de synthèse. Toutefois, ils n’en sont pas moins bien faits, et ils ne feront pas plus râler que les dinosaures du dernier Jurassic World.

crawl alexandre aja

Aja filme en crawl

Le réalisateur ne nous refait pas le coup du pastiche décérébré, qu’il avait fort réussi d’ailleurs. À la place, il revient à l’horreur et au gore bruts de décoffrage de ses œuvres les plus mémorables (Haute Tension, La Colline a des Yeux). Mais cette fois, il s’en sert dans un vrai survival.

Dans Crawl, on a deux héros, une menace et un environnement de plus en plus inhospitalier, point. Et l’exécution est réussie. Les situations délicates cèdent la place à des moments de violence explicite du plus bel effet. Les attaques des bestiaux voraces et les soins improvisés à la Rambo font équitablement frissonner. Avec Crawl, Aja livre un pur film de monstres. Il fait tantôt trembler grâce une montée maîtrisée de la tension, et tantôt exulter sous l’effet de sa violence au bon goût de défouloir.

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Un divertissement rondement mené

Crawl demeure quand même un divertissement traditionnel, qui use une fois ou deux de grosses ficelles dans les comportements de ses personnages, et du bon vieil argument de la poisse intersidérale pour justifier ses moments les plus tendus. Mais il sait aussi jouer avec les codes du genre, comme avec le chien mignon. Lui, on se demande dans combien de temps il va passer à la casserole.

Quant à la palme du personnage le plus badass de l’année, la famille Keller partage les votes. Faut-il l’attribuer à la petite Haley, pour ses cou***es autant que pour ses bras en adamantium ? Ou bien rendre hommage à Papa, qui devrait donner son sang à la Croix Rouge 35h par semaine tellement il en a à revendre ? Un bon survival a besoin d’un bon battant pour plaire. Crawl en a deux, et ils ne manquent pas une occasion de nous faire kiffer leur calvaire.

Les + :

  • Kaya Scodelario, frêle et badass à la fois (+1 avec son père, qui en a franchement dans le ventre).
  • Des moments de tension bien menés.
  • Du gore !

Les – :

  • On a le droit à certains clichés et autres comportements discutables, typiques du film d’horreur ricain. Mais heureusement, ils n’entachent pas l’efficacité globale de Crawl. 
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Critique : Child’s play, la poupée du Mal « Réfléchir au vrai sens de la vie »

Childs Play 2019

Child's play 2019Child’s play se déroule dans un futur proche alternatif. Google s’appelle en réalité Kaslan, et ils font toutes sortes de trucs connectés. Des taxis sans chauffeur aux climatiseurs, en passant par la télévision, tout fonctionne en Bluetooth. Y compris la dernière innovation douteuse de la boîte : Buddi, la poupée qui parle, marche, et éventuellement fait tourner votre maison. Mais voilà, parmi toutes ces hideuses petites poupées, l’une d’entre elles déconne. Dépourvue de toute restriction en terme d’apprentissage, de language et de moralité, elle va se retrouver entre les mains d’Andy Barclay (Gabriel Bateman), un ado esseulé récemment privé de père. Si au début, l’amitié avec « Chucky » (Mark Hamill) va très bien se passer, l’adorable chose va vite montrer des signes évidents de psychopathie. Même s’il veut bien faire, Chucky va s’avérer toujours plus possessif envers Andy, et agressif envers ceux qui lui veulent « du mal »…

Il y avait tout à craindre d’un remake de Child’s play de Tom Holland (1988). Surtout que les producteurs annonçaient une réactualisation totale. Chucky serait maintenant une poupée connectée détraquée, au lieu d’un serial killer réincarné dans un jouet inoffensif. Or finalement, tout l’intérêt, et la différence bienvenue, se trouve là.

Child's play 2019

Child’s play : le monde de demain aujourd’hui

Déjà, Child’s play 2019 se montre plus en phase avec notre époque sur-connectée et ses dérives, réelles et potentielles. L’original n’était « que » un slasher de plus. Mais il intronisait pour des décennies à venir une énième figure du Mal aussi délirante que fantastique (après Jason et Freddy, par exemple). Même si elle enfonce un peu des portes ouvertes thématiquement parlant, cette version 2019 injecte quand même du sang neuf à la franchise, à défaut du cinéma en général.

Néanmoins, cette mise en garde fonctionne bien, et encore plus à partir du moment où Chucky gagne en autonomie. Il y acquiert de plus le pouvoir d’accéder au Cloud et de faire dix fois plus de mal à autrui. Mais surtout, cette approche change complètement le caractère et l’évolution du personnage phare. Ce qui nous amène au deuxième point, à savoir la relecture même du rôle que revêt Chucky aux yeux d’Andy dans sa cellule familiale.

Child's play 2019

Contrôle parental

Dans Child’s play 2019, Chucky n’est plus un adulte coincé dans la poupée d’un petit garçon influençable et en manque de figure paternelle. Cette fois, c’est Chucky qui revêt le rôle de l’enfant, remis entre les mains d’un Andy ado, et donc beaucoup plus mature. Or, devenir parent aussi jeune est une lourde responsabilité à laquelle Andy n’est pas préparé.

Même s’il comprend très tôt que sa poupée est différente, il n’hésite pas à exposer son meilleur ami à des mots, des images et des comportements que la poupée n’est pas « en âge » de comprendre. Chucky apprend donc ce que c’est que s’amuser essentiellement via des jeux d’enfants douteux, des films d’horreur et Internet. La première fois que Chucky saisit un couteau « avec de bonnes intentions », il y a de quoi frissonner.

Child's play 2019

Child’s play, slasher artificiel ?

On pourrait croire que le soufflé (et le QI du film) retombe dans la deuxième moitié de Child’s play 2019, quand Chucky devient meurtrier. Surtout que les personnages secondaires sont à peine esquissés. On pense aux amis d’Andy, très peu présents, mais surtout à ce concierge immonde à peine présenté, qui arrive soudain pour relancer l’intrigue de la plus saugrenue des façons. En plus de cela, Chucky obtient l’accès au Cloud. Il possède alors immédiatement des dons de hacker difficilement crédibles. Et il s’en sert à peine dans le face-à-face final, étrangement terne comparé à celui du film d’origine. Dommage.

De son côté, Mark Hamill prête sa voix à Chucky. Dur de succéder à Brad Dourif (le Chucky d’origine), mais aussi de donner une performance différente du Joker de la série animée Batman. Le pari n’est qu’à moitié réussi. Mais malgré son hésitation ou incertitude parfois sensible dans sa voix, rappelons que ce Chucky-ci est comme un enfant cherchant un sens à sa vie. Si suite il y a, l’acteur pourra sûrement se lâcher complètement, pour notre plus grand plaisir.

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Bêtise intelligente

Cette relance sur les rails du pur slasher est donc moins inspirée que les trente premières minutes de film, efficaces et parfois touchantes. Mais nous sommes en présence d’un slasher à l’ancienne, inspiré par un des représentants du genre. Child’s play 2019 n’a pas oublié qu’il avait le droit, et limite l’obligation par son concept, d’être idiot et amusant. D’autant que le film justifie habilement le comportement de « tueur de cinéma » de Chucky. Sa tendance aux jump scares provient des jeux auxquels il s’est adonné avec Andy. Son goût pour l’horreur grand-guignolesque lui vient des films de Tobe Hooper. Et ses punchlines sont empruntées aux phénomènes Internet (« This is for Tupac, bitch ! »).

Enfin, certes, le film joue fortement avec notre suspension d’incrédulité, pas toujours pour le meilleur. Par exemple, lorsqu’Andy s’obstine à garder le secret sur Chucky après ses premières frasques sanglantes, ou quand sa mère contrariée refuse avec insistance de voir la preuve de ce qu’il avance. Mais dans d’autres cas, Child’s play 2019 se sert de ça comme ressort comique et vecteur de tension. On pense ici fortement au gag du « cadeau » de Chucky, dont les conséquences sont aussi drôles que tendues.

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« Are we having fun yet ? »

Child’s play 2019 n’est pas parfait. Mais il mérite bien plus de crédit qu’on ne voudrait lui en donner de prime abord. Remake habile, il est conscient de ses racines de pur slasher à l’ancienne (défauts inclus), mais il sait en jouer. Il les justifie même via son argument : un jouet qui apprend, et pas forcément sur le meilleur modèle. Le message sur la responsabilité des parents est au moins aussi fort que celui sur les dangers de la sur-connectivité ou de l’influence du cinéma sur nos chers anges.

Pas besoin de lancer un débat là-dessus. Le film emprunte quand même pas mal de raccourcis et évite d’évoquer à voix haute le problème. Ce nouveau Child’s play est bien ce qu’on espérait : un divertissement sans prise de tête. Mais son propos suffit à faire réfléchir à bien plus de choses qu’il n’y paraît. C’est quand même une prouesse que d’autres remakes du genre (Vendredi 13, Les Griffes de la Nuit) n’ont jamais pu accomplir.

LES + :

  • Un vrai remake, qui fait son propre truc en mettant le passé de côté, et qui le fait bien.
  • La relation entre Andy et Chucky, tantôt touchante, tantôt flippante.
  • La psychologie de Chucky, dont l’évolution crescendo fait parfois réellement frissonner.
  • Une réelle façon de jouer sur les ficelles du film de slasher.
  • Des effets spéciaux, du gore et de l’humour macabre plutôt réussis.

LES – :

  • Des facilités dans le scénario. Des personnages sont à peine esquissés et leurs comportements sont parfois durs à avaler. Les déplacements de Chucky en ville sont esquivés, et le Bluetooth fonctionne partout comme par magie.
  • On sent Mark Hamill encore un peu hésitant dans les baskets de Chucky.
  • Qui fabriquerait une poupée aussi laide ? Et qui l’achèterait ?!
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Critique : X-Men, Dark Phœnix « Retour à la cendre »

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1992. Depuis qu’ils ont enrayé l’Apocalypse dans le film du même nom, les X-Men s’entendent comme cul et chemise avec le président des Etats-Unis. Après qu’une mission spatiale tourne mal, Charles Xavier (James McAvoy) décide d’envoyer ses amis dans l’espace (parce que pourquoi pas) afin de sauver les astronautes. Mais Jean Grey (Sophie Turner) finit par entrer en contact avec cette énième menace nuageuse venue de l’espace (vous savez, après Galactus, Parallax, etc.) et par en absorber la puissance. Résultat : la mutante devient une boule de nerfs incontrôlable aux pouvoirs incommensurables. Mais la mystérieuse Vuk (Jessica Chastain) va tenter de l’attirer dans ses filets pour exploiter son potentiel…

X-Men : Dark Phœnix est donc la nouvelle tentative d’adapter l’arc culte de la bédé X-Men. Cette histoire avait déjà été massacrée par le troisième épisode de la trilogie d’origine en 2006. Mais cette fois, Jean Grey est censée bel et bien se trouver au centre, et non faire joli comme dans le film de Brett Ratner. Sauf que du coup, le montage final du film de Simon Kinberg (dont c’est le premier essai à la réalisation) se concentre peut-être beaucoup trop sur elle au détriment de personnages ou enjeux qui sont depuis archi connus ou arrivés trop tardivement dans la franchise. Mais ce n’est pas forcément la faute du réalisateur.

Le Renard et Marvel

L’histoire de la création du film est assez tordue. Mais elle a le mérite de justifier (et non d’excuser) beaucoup de choses allant de travers. Bien sûr, c’est si tout ce que j’ai appris par-ci par-là est vrai. Initialement, Kinberg devait, semble-t-il, réaliser un diptyque. Mais le budget a dû être réduit, nécessitant de comprimer les enjeux censés s’étaler sur deux films. Ce qui pourrait expliquer pourquoi, après une série entière de films plutôt « terre à terre » (haha), cet opus nous sort et règle son compte un peu trop vite à un envahisseur extra-terrestre.

Puis vient le rachat du studio Fox par Marvel/Disney, et donc la nécessité de clore la saga initiée en 2000. Le but est de permettre à Marvel d’introduire ensuite les X-Men dans le Marvel Cinematic Universe. Enfin, vient Captain Marvel (sorti en mars dernier), dont on prétend que le dernier acte partageait de très grosses ressemblances avec celui de X-Men : Dark Phœnix, effets spéciaux inclus (une nana en feu voltigeant dans la haute atmosphère et combattant des extra-terrestres, par exemple). Du coup, Kinberg a été encore obligé de repenser entièrement le troisième acte + son climax.

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Il manque quelque chose

Au final, X-Men : Dark Phœnix s’en tire plutôt pas mal. Je dirais même que j’ai été séduit de retrouver, pour la dernière fois, ces super-héros. Leurs films ont toujours eu une réalisation et une ambiance écartée quelque peu du cahier des charges de Marvel. Même l’Aquaman de Warner-DC semblait dernièrement sortir du même moule. Malheureusement, cela n’exempt pas le film de gros défauts, reshoots ou pas.

Par exemple, même si j’ai trouvé le film prenant, il manque clairement d’action. Kinberg préfère poser ses personnages et ses enjeux avant son climax et c’est bien. Mais à cause de toutes ces histoires de rachat et de budget, il n’en a visiblement pas le temps (le film dure 1h50). Quant à la menace extra-terrestre, elle sort carrément de nulle part après dix films sans elle. Elle semble même hors sujet, puisque privée de la possibilité de l’exploiter au cours du diptyque prévu initialement. On se retrouve donc avec des cousins des Skrulls de Captain Marvel (encore !) nommés les D’bari. Ces aliens en CGI sont destinés uniquement à se faire rétamer dans un final heureusement distrayant.

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Le navire coule

En visionnant X-Men : Dark Phœnix, qui demeure un film artistiquement propre et bien découpé, on a le sentiment que les rats quittent le navire. On a droit à une ixième excuse bidon pour se débarrasser rapidement de Quicksilver, à une Jennifer Lawrence blasée, à un Michael Fassbender en pilotage automatique, et enfin à une Jessica Chastain qui semble franchement ignorer qui elle joue. Seul James McAvoy a l’opportunité de jouer avec son personnage, devenu brièvement un frimeur mégalo.

Egalement, la continuité peut aller se faire (censuré). Ce n’est pas nouveau, à partir de X-Men : First Class, la saga a fait scission avec la première trilogie initiée par Bryan Singer en 2000. Malgré la réutilisation du casting original dans Days of Future Past, il n’y avait plus rien de raccord avec les trois premiers films. Sans parler du non-vieillissement de ses jeunes acteurs sur une saga se déroulant sur 30 ans. Mais Apocalypse, et maintenant X-Men : Dark Phœnix semblent vivre dans leur petite bulle. Ils ne se soucient pas vraiment de la continuité entre les épisodes. La fin de celui-ci tend ainsi un gros doigt à celle du « bon futur » de Days of Future Past, à plusieurs niveaux.

Peut-être que Kinberg avait l’intention de traiter certaines contradictions dans la deuxième partie initialement prévue ? Ou peut-être s’est-il dit que tout le monde s’en foutait après tout ? Qu’une fois que Marvel aura repris les rennes, on oubliera pour de bon les mutants avec lesquels on a grandi pendant 20 ans. Ou pas ? Est-ce un hasard si les soldats faisant prisonniers les X-Men portent un brassard marqué « MCU » ? Y a-t-il vu l’occasion d’adresser une petite pique au gagnant du bras de fer ?

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Sombre bilan

X-Men : Dark Phœnix est un bon divertissement. Il se laisse regarder malgré un rythme assez tranquille passé ses 15-20 premières minutes. Mais il prépare ainsi la confrontation finale réjouissante entre ses mutants et la menace venue de l’espace. Dommage que le film soit plombé par l’éternel talon d’Achille des scénaristes de la saga.

Comme d’habitude, on nous sert des dialogues peu inspirés ou appuyant les choses inutilement. Et si vous êtes un fan de la série au cinéma, cet opus ressemble trop à ce qu’il est réellement. C’est un adieu correct mais sans panache à la franchise de super-héros la plus populaire de ces vingt dernières années (préférez Logan pour ce type de proposition). L’alternative qu’ont été les X-Men au cinéma est désormais réduite en cendres par le rouleau compresseur de Marvel. Soupir….

LES + :

  • Loin d’être une catastrophe artistique.
  • Un dernier tiers réjouissant.

LES – :

  • Plus beaucoup de monde ne semble y croire.
  • Une opportunité gâchée de conclure la saga de manière épique.
  • « F*** la continuité ! » Est-ce que ce n’est pas de la paresse, à ce stade ?
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Critique : John Wick 3, Parabellum « Si tu veux la paix, ne cherche pas John Wick. »

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Après avoir vengé la mort de son chien et réglé une dette de sang, John Wick (Keanu Reeves) court pour sauver sa tête mise à prix. Malgré sa réputation de Baba Yaga (croque-mitaine) et les cadavres qu’il a semés tout au long de la semaine, les opportunistes vont quand même faire la queue pour se faire tuer, depuis New York jusqu’à Casablanca. 

Je ne suis pas fan fou dingue des deux premiers John Wick, toutefois l’engouement général pour eux me fascine. Il faut reconnaître leur esthétique soignée, leur ambiance « branchée » (quelque part entre Tony Scott et les frères Wachowsky), mais surtout leurs scènes d’action irréprochables. C’est simple : imaginez les bastons de Jason Bourne, et rendez-les lisibles et appréciables pour ce qu’elles sont. John Wick 1 a été un micro événement, un succès surprise perçu comme le nouveau cap formel du cinéma d’action. C’était une assimilation réussie des codes de représentation du genre des vingt dernières années, un excellent élève qui ne prétendait à rien d’autre qu’à nous donner ce qu’on est venu voir. Et heureusement parce que du point de vue de l’histoire, les scénaristes inventent clairement au fur et à mesure. Mais c’est ce décalage permanent entre sérieux et second degré qui m’a fait aimer un petit peu les deux premiers volets.

Chapitre 1 : chienne de vie

Quand on résume John Wick 1, impossible de ne pas se marrer. Ils ont tué son chien, il va se venger, point barre. C’est l’histoire d’un tueur retraité, fraîchement veuf, à qui on a piqué sa caisse et tué son clebs. Ce n’est pas une parodie, mais un pastiche de ces bons vieux rape and revenge movie. Car s’il est constamment surréaliste, tout le monde prend l’affaire au sérieux dans le film de Chad Stahelski. Il faut voir les mafieux blêmir en entendant parler de John Wick…

Dans ces circonstances, non seulement on adhère à l’envie de John de partir en croisade, mais en plus, on découvre le plus sérieusement du monde une « dimension parallèle » du crime qui ne semble pas évoluer en marge de la société mais carrément à la place, avec même son propre système monétaire ! On a beau être à New York, ce n’est qu’un joli décor où les gens normaux n’existent pas. Les forces de l’ordre se résument à un flic en patrouille indifférent aux frasques de John. Un hôtel de luxe à la vue de tous est entièrement réservé aux mafieux et tueurs de tous horizons. Etc. WTF ?!

À côté de ça, l’action de John Wick parvient à faire illusion grâce aux chorés joliment emballées des gunfights (et parfois même un peu de voiture-kung fu). Dommage qu’elles reposent un peu trop sur l’enchaînement de headshots énervés, portés aux nues par les pros de Call of Duty. Tant pis, ce sera peut-être pour le prochain épisode.

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Chapitre 2 : John Wicker

Assez logiquement, John Wick 2 en remet une couche. Le monde criminel est davantage développé, et notre société fait de plus en plus office de joli fond d’écran. On découvre le principe de la dette de sang impossible à effacer. Le fameux hôtel mafieux et ses règles sont une franchise internationale. Il existe une hiérarchie et des luttes de pouvoir dans lesquels John va devoir s’incruster au nom d’un vieux compte à solder.

Mais les deux premiers tiers de John Wick 2 pâtissent d’un investissement non personnel du héros, et donc du spectateur, car John n’agit que sous la menace sans possibilité de se rebeller. Ceci bien sûr avant qu’il se retourne enfin contre le salaud qui l’a forcé à remettre sa veste pare-balles… Face à cela, les gunfights sont encore plus nerveux, et Lawrence Fishburne nous régale de sa présence. Mais l’action de John Wick 2 ressemble déjà un peu trop à celle du premier. La faute au héros, tellement efficace qu’il se contente de tirer dans la tête de tous les guignols qui le croisent. Le film ne varie pas vraiment les plaisirs. Mais la fin est porteuse d’une grande promesse : John Wick contre le reste du monde.

Chapitre 3 : baston générale !

Si John Wick 1 & 2 étaient des films sympathiques pour Bibi, il n’y a pas d’hésitation avec John Wick 3 : Parabellum. C’est juste génial. C’est génial car ce fameux côté « WTF ultra sérieux » est multiplié par dix ici. Et les plus gros défauts des précédents opus ont été corrigés. Fini le manque de variété des scènes d’action, et les enjeux au mieux ridicules, au pire inexistants.

John Wick 3 s’ouvre directement sur la fin de John Wick 2. On suit la course effrénée du personnage à travers la Grosse Pomme, avec une prime de 14 millions de dollars sur sa pomme à lui. Bienvenue dans une accumulation d’adversaires, combats, poursuites et mises à mort inventives. On constate enfin que John peut tuer tout le monde avec n’importe quoi, d’un vieux Colt rouillé à un cheval. Mais il faut voir comment pour le croire !

Et ça ne s’arrête pas là. Ce festival de connerie géniale (je vous jure que c’est un compliment) se poursuit hors New York, étendant toujours plus cette mythologie absurde. Il y a des assassins avides de fric à tous les carrefours. Toutes les gargotes sont tenues par des assassins-ninjas dangereux et hilarants à la fois (Marc Dacascos a la chance de tenir ce rôle en or). La fameuse monnaie en pièces d’or est fondue à l’ancienne à Casablanca. Les habitants de New York ne sont que des PNJ ne bronchant pas le moins du monde quand un gus se fait égorger et abandonner en plein hall de gare bondé. Est-ce que ce monde est sérieux ?!

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John Wick 3 pousse tous les curseurs à fond

Même les tirades les plus absurdes, que n’importe qui prendrait pour de la grosse blague dans la vraie vie, sont en réalité des informations précieuses qui mériteraient qu’on vous tue pour les avoir entendues. Un mec dit : « va dans le désert et suis l’étoile polaire. Quand tu n’en peux plus de marcher, marche encore » ?  John lui, il y va, dans le désert ! Et je ne vous dis que ça, car il faut voir la suite pour le croire ! Il faut vraiment vivre dans ce monde de cinglés pour penser une seule seconde que ces indications n’étaient pas une plaisanterie.

Et il y a plus qu’un pèlerinage digne de Lawrence d’Arabie (ou de Jesus II : le retour) pour nous donner des yeux ronds. Cette débilité prise au premier degré finit par payer. John Wick 3 est un vrai film d’action décomplexé, franc-du-collier et bien réalisé comme on n’en fait plus. On est agréablement surpris, et on rigole complice face à ces moments de pure stupidité impeccablement exécutés et assumés (comme le délire entre Halle Berry et ses chiens).

C’est simple : il n’y a quasiment aucun moment où on s’ennuie. Il y a presque toujours une idée pour donner de l’intérêt à un dialogue ou à une scène. En particulier, les scènes d’action passent enfin la troisième ! John Wick 3 ressemble ainsi plus que jamais à un jeu vidéo relançant constamment son gameplay par petites touches ici et là. Les gunfights ne se limitent plus à des clés de bras et des tirs à la tête, mais se permettent des invités canins, ou trouvent le moyen de priver John de son finish move favori.

Poing final

Voilà une franchise qui a fini par m’avoir. Après deux opus intéressants mais pas forcément formidables, John Wick 3 : Parabellum pète les plombs et lâche les chiens (littéralement !). Le résultat est un film propre et fun, dont les enjeux et l’intérêt s’élèvent enfin. Inventif, il est incontestablement l’un des meilleurs films d’action de ces dernières années. En revanche, si l’ami des chiens revient pour un quatrième opus, je lui souhaite bien du courage pour nous surprendre à nouveau. La barre est placée haut.

LES + :

  • Un délire, une absurdité, une connerie parfaitement assumées et qui renvoient à l’âge d’or du film d’action fendard et décontract’.
  • Une implication, un talent technique et une inventivité réjouissants.

LES – :

  • Comme Mission : Impossible 6 récemment, certains gunfights de John Wick 3 s’étirent peut-être un peu trop en longueur malgré leurs bonnes idées. Attention à ne pas trop tirer sur l’élastique de peur qu’il ne pète…
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Critique : Millénium, Ce qui ne me tue pas « La fille qui rêvait d’être Jason Bourne »

Lisbeth Salander, c’est un peu devenu le Batman du mouvement #MeToo à Stockholm. Dès qu’un mec abuse de sa femme, elle lui refait la face et nique sa vie. Parce qu’elle accepte aussi les boulots payés, elle hacke la NSA et vole le programme « Firefall » pour le compte de son créateur, un ex-employé de l’agence repenti. Ledit programme permet à qui peut s’en servir (en l’occurrence, un enfant autiste !) de prendre le contrôle de tous les systèmes d’armement nucléaire du monde. Malheureusement, une mafia connue sous le nom des « Araignées » va rapidement la piéger et la dépouiller de Firefall…

Avant de parler de Ce qui ne me tue pas, le film, j’avoue n’être ni connaisseur, ni particulièrement fan des livres originaux, et pas davantage du très mercantile opus 4 écrit par David Lagertcrantz et sorti en 2015. On va donc se concentrer sur les qualités du présent titre en tant que film à part entière.

Réalisé par Fede Alvarez (Evil Dead 2013, La Maison des Ténèbres), Ce qui ne me tue pas est un soft reboot de l’univers initié par la saga littéraire Millennium. Nouveau casting (pas formid’), nouvelle ambition (rameuter du monde), il tente cependant curieusement de s’insérer dans la continuité de David Fincher. Il y parvient plus ou moins, grâce à son esthétique glaciale plutôt bien travaillée, ainsi que son générique jamesbondesque malheureusement moins percutant que chez le papa de Se7en.

Ce qui ne me tue pas

Ce qui ne me tue pas me rend plus Bond

Et de James Bond justement (ou Jason Bourne), Lisbeth tente de devenir le pendant féminin. Du moins, c’est ce que Sony essaie visiblement de faire. Il faut dire que le personnage se prête bien au jeu, avec son caractère asocial, son charisme et ses talents de hackeuse sur-développés. En plus, l’histoire implique la NSA et une espèce de sous-Spectre surnommé les Araignées (ç’a autant d’appendices qu’une pieuvre, ça tombe bien) ! Il fallait s’attendre à des facilités et à des libertés dès l’annonce d’adapter l’opus « non original » de Lagercrantz. La première bande-annonce fortement orientée action (nervosité que le film ne délivre pas tant que ça) nous l’a ensuite confirmé. Ce qui ne me tue pas n’avait de grandes ambitions qu’en apparence.

Après l’accueil mitigé du très bel exercice de style de Fincher, Sony a mis deux fois moins d’argent dans Ce qui ne me tue pas (et son casting) afin de doucement rentabiliser. Si Claire Foy n’a pas à avoir honte, elle fait pâle figure face à Noomi Rapace (la primeur) et Rooney Mara (la flippe). Le reste n’a jamais autant de temps de présence malgré l’importance supposée de leurs personnages. Le nouveau Mickael Blomkvist (Sverrir Gudnason) a le mérite d’être là, même si on ne sait pas pourquoi, vu le peu d’importance qu’il a. Quant à Camilla (Sylvia Hoeks), rien moins que la sœur de Lisbeth, son manteau rouge vif en dit plus sur son personnage que son interprétation si brève.

Ce qui ne me tue pas

La fille qui brassait de l’air

Mais à part ça, Ce qui ne me tue pas est-il aussi mal confectionné qu’opportuniste ? Non. Pas dans son optique de pur divertissement du week-end. Il fait exactement ce qu’on attend de lui : c’est un polar dans l’air du temps. Du piratage informatique « finger in the nose » à la prescience de l’héroïne, en passant par ses rebondissements téléphonés ou un bon gros surfing sur la vague du MeToo… Le nouveau film de Fede Alvarez est exactement ce qu’on lui a demandé. C’est aussi un tout petit peu plus que ce qu’on en attendait, grâce au talent d’artisan du monsieur, confirmé ici après ses deux premiers efforts. Il émaille ainsi son film de quelques morceaux de bravoure ni trop brefs ni too much, qui auront au moins le mérite de ne pas disparaître de nos mémoires aussi vite que l’interprète de Blomkvist.

A voir avec le temps si Ce qui ne me tue pas initie la nouvelle franchise espérée par le studio. Mais bon, vu le résultat, pourquoi pas, à condition de se fouler pour transformer l’essai.

LES + :

  • Belle photographie et ambiance.
  • Quelques scènes mémorables.

LES – :

  • Dur de passer après Fincher.
  • Un scénario convenu et prévisible.
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Critique : Skyscraper « Dans les pompes de The Rock ! »

SkyscraperWill Sawyer (The Rock) est un ancien agent du FBI amputé de sa jambe gauche suite à une opération qui a foiré il y a dix ans. Devenu depuis papa et consultant, son pote Ben (Pablo Shreiber) lui décroche la mission de contrôler les systèmes de sécurité du Pearl, un immeuble super méga géant récemment terminé au cœur de Hong Kong. Problème : tandis que sa famille se trouve à l’intérieur, des terroristes aux accents hilarants prennent la tour et y mettent le feu. Leur objectif : coincer dans son penthouse Han (Zhao Long Ji), grand patron des lieux, afin de lui extorquer un précieux McGuffin. Pénétrer dans l’immeuble en flammes ne sera pas facile pour Will. En sortir avec les siens encore moins…

Attention au piège, avec Skyscraper

Cette année sonne les 30 ans de Die Hard/Piège de Cristal, le meilleur film d’action de tous les temps. On n’a donc rien trouvé de mieux que sortir Skyscraper, un film avec The Rock (!?) racontant de prime abord la même histoire : un mec dans une tour affronte des terroristes, avec une famille à sauver. Mais si Piège de cristal était une variation de La Tour Infernale, l’incendie remplacé par des terroristes, Skyscraper ne s’embête pas : il mélange les deux à la fois ! Pour enfoncer le clou, un mythe tenace avance que Piège de Cristal devait d’abord devenir la suite de Commando avec Arnold Schwarzenegger (spoiler = en fait non). Finalement, la star fut Bruce Willis et le film lança une nouvelle ère de héros d’action plus crédible et réaliste. Aujourd’hui, le cycle revient donc aux origines avec Dwayne Johnson dans la peau de « l’everyday man » censé sauver le situation. Absurde ou bien… ?

SkyscraperLe Pearl, gigantesque bordel numérique tenant lieu de décor principal.

Dans son exécution, Skyscraper ressemble à la combinaison improbable entre le sympathique White House Down, Die Hard à la Maison Blanche réalisé par Roland Emmerich, et le regrettable Independence Day 2, pour son côté catastrophe et la mise en avant d’un casting d’ascendance asiatique. Ajoutez la surabondance d’effets et décors numériques à cause d’un building futuriste qui n’existe pas, et on tient le blockbuster moderne dans toute sa splendeur : creux, synthétique, vain et sans surprise. Sauf que…

Surprise !

Je m’attendais à basher le bousin et à l’appeler Skycrapper, tout en espérant quand même avoir mon quota de « Rockattitude ». Parce que oui, j’adore The Rock, peu importe dans quel machin il apparaît. Je dirais même que sa présence peut limiter la casse si on veut au moins passer un bon moment. Doom, Jumanji 2 ou encore Fast and Furious 8 ont beaucoup emprunté au mojo du gaillard malgré leurs gros défauts. Et là, surprise : The Rock est… crédible toute proportion gardée. S’il est physiquement l’anti-John McClane, l’ancienne star du catch arrive à rendre sympathique son personnage et à lui donner des réactions à l’opposé de son show habituel de Terminator à punchlines.

SkyscraperThe Rock en « M. Tout-le-monde » est l’une des étonnantes surprises du film…

Encore plus fort : les moments les plus over the top vendus dans la bande-annonce sont probablement les plus tendus du film. Si les circonstances sont exagérées, le personnage de Sawyer est comme celui de McClane. Il est débrouillard et fait les trucs les plus dangereux car n’ayant pas le choix ou étant pressé par l’urgence. Will ne veut pas sauter d’une grue à un immeuble parce qu’il le peut, ni pasticher Mission : Impossible 4 en bandant ses mains de chatterton (hahaha). Mais dans les circonstances (ou excuses) données par le film, il n’a pas le choix et craint pour sa vie. Ayant personnellement peur du vide, ces moments m’ont mis la pression malgré moi, en plus de mettre en scène un type sympathique. Pas parce qu’il s’agit de The Rock, mais parce que pour une fois, aussi balisé soit-il, son personnage a des failles, des peurs et des objectifs auxquels s’identifier.

Par ailleurs, si l’on croit que le film va nous vendre le type de héros habituel hanté par son erreur passée (cf. la fameuse intervention qui lui a coûté sa jambe), le film retourne ce cliché. Sans cet accident, Sawyer avoue lui-même qu’il n’aurait jamais rencontré sa femme ni eu ses enfants. Un discours optimiste inhabituel sorti de la bouche même du héros. On aimerait peut-être l’entendre plus souvent à une époque où se culpabiliser et s’enliser dans la noirceur devient courant.

SkyscraperNeve Campbell (plus connue pour Scream) joue la femme de Will.

Pour la chute

Il ne faut pas non plus croire aux miracles : Skyscraper est un hymne aux films débiles des eighties avec la production value grotesque des blockbusters modernes. Il reste dans la veine d’un White House Down : nostalgique et pété de thunes, il a l’air synthétique à 85%. Ses rebondissements sont soit clichés soit empruntés, non sans humour. Certaines idées sont même totalement absurdes ou hors propos, comme la confrontation finale dont le décor n’a aucune justification à part être cool.

Et comme d’autres gros projets coproduits par la Chine, il met bien en avant les acteurs (et le public !) asiatiques. J’hésite à dire « chinois » car on demeure à Hong Kong, terrain soit neutre soit trouble pour dire que justement, on n’y est pas tout à fait mais quand même. Quoi qu’il en soit, Skyscraper accomplit déjà deux prouesses : m’avoir procuré quelques frayeurs et m’avoir fait croire que The Rock pouvait être un gars comme moi.

LES + :

  • The Rock est crédible.
  • Certaines notions de base (et essentielles) du genre refont surface après dix ans de coma.
  • Certaines scènes m’ont fait frissonner malgré moi.

LES – :

  • C’est bête.
  • Beaucoup, beaucoup de numérique.
  • Ça reste un spectacle terriblement commun pour un blockbuster de la fin des années 2010.
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Critique : Jurassic World, Fallen Kingdom « Obsolescence programmée »

jurassic world fallen kingdom

Jurassic World Fallen KingdomDans Jurassic World : Fallen Kingdom, on s’intéresse à nouveau à Isla Nublar, 180 kilomètres à l’Ouest du Costa Rica. Si la Vie trouve toujours un chemin, elle est plutôt mal barrée quand un volcan s’éveille sur l’ancien site de Jurassic World, lui-même bâti sur les ruines de Jurassic Park. Parce qu’un dinosaure, c’est mignon, et que deux catastrophes et les avertissements pessimistes d’un théoricien du chaos n’y changent rien, le monde se demande si on ne devrait pas les (re)sauver de l’extinction. Les survivants vedettes du précédent film, Claire et Owen (Bryce Dallas Howard et Chris Pratt), sont ainsi envoyés sur place par le riche Lockwood, en compagnie de mercenaires. Mission : extraire des spécimens vivants avant que l’île ne pète. Les deux naïfs se rendront compte trop tard que les véritables intentions du milliardaire sont beaucoup moins philanthropiques que prévu…

Après le départ en retraite de Jason Bourne et la mort dans l’œuf du Dark Universe (suite au four de La Momie avec Tom Cruise), Universal ne peut plus compter que sur Fast & Furious et Jurassic Park pour se faire de la maille. Malheureusement, niveau bêtise, les deux franchises jouent dorénavant dans la même cour. Explication.

Jurassic World, Fallen Kingdom : c’est beau de loin

Pour sa défense, le film de J.A. Bayona est beau et propose une ambiance inédite dans la franchise, en particulier dans sa deuxième partie totalement ou presque écartée des bandes annonces. Parce que ça a super bien marché pour l’Episode VIII de Star Wars (soupir), Jurassic World : Fallen Kingdom décide de faire table rase du passé en coulant littéralement Isla Nublar.

En se débarrassant pour de bon de la scène des films précédents (quand ce n’était pas l’île d’à-côté), Fallen Kingdom tue ainsi le mythe à sa source. L’idée est symboliquement de faire renaître la saga en la lançant sur de nouveaux rails. Dans les faits, les deux tiers du métrage après cela se passent dans un simili-remake du final moyen du Monde Perdu, sauce Resident Evil. Des actes deux et trois qui s’étirent et s’étirent encore sur un mode connu depuis les films de Spielberg (jouer à cache-cache avec les dinos) et qui, malgré leurs « nouvelles » idées, n’apportent rien à la série ni aux genres auxquels cet épisode emprunte.

Le T-Rex, jadis grand prédateur terrifiant, est devenu un running gag / deus ex machina  recyclé ad nauseam.

C’est très con vu de près

Jurassic World parvenait encore à faire illusion à sa sortie, le cynisme de l’entreprise étant carrément mis en vitrine plutôt qu’en sourdine. Cela passait faussement pour une dénonciation quand il s’agissait vraiment de renoncement. D’un côté ses dialogues et placements de produits n’avaient pas honte de la vérité qu’ils nous balançaient à la figure, et ça, c’était osé (« les dinosaures n’impressionnent plus personne ! Verizon présente l’Indominus Rex ! »).

De l’autre, le film nous proposait une intrigue et des rebondissements neuneu tirés du plus cliché des films de monstre (arf ! L’Indominus qui parle couramment raptor…). Bref, c’était un blockbuster tendance Z qu’on pouvait aimer pour son message lucide autant que pour son divertissement balisé. Problème : la suite se contente d’en faire plus, au point d’en faire trop. Ce qui pouvait passer à l’époque ne le peut tout simplement plus, surtout à forte dose.

Jurassic World Fallen KingdomAussi bête soit-elle, la destruction d’Isla Nublar est le moment le plus prenant du film.

Comment tuer le mythe en 4 étapes

1) Avec des dialogues qui suppriment toute légitimité des démarches artistique et scénaristique.

« Tu te souviens la première fois où tu as vu un dinosaure ? C’était magique. »

C’est dommage de le rappeler, tant cette suite ne génère justement plus que de l’indifférence. La preuve : Owen blasé en train de regarder passer un brachiosaure, dans une scène miroir à celle de Jurassic Park, l’émerveillement en moins.

« Vous auriez pu guérir le cancer avec votre argent ! »

Dixit Owen au grand méchant, qui produit des prédateurs génétiquement modifiés pour des zillions de dollars, dans le but de… les revendre. Forcément, ça fait réfléchir.

2) Avec un film qui sent beaucoup trop la redite. Jurassic World refaisait Jurassic Park ? Fallen Kingdom refait Jurassic Park, Le Monde Perdu et un peu Jurassic World aussi. Et parfois même pas qu’une fois. On ne compte plus les références au voisin (la scène du brachiosaure, donc), en particulier les « T-Rex ex-machina » et le plan iconique du monstre rugissant, repris non pas une mais deux, oui, DEUX FOIS !

 L’Indoraptor est la nouvelle blague menace de cet opus.

3) En violant dans tous les sens la suspension d’incrédulité. Passe encore qu’il y ait soudain un put*** de volcan sur l’île (l’ironie de la situation reste sa meilleure défense). Mais un bateau chargé de dinos relie Isla Nublar (à l’OUEST du Costa Rica) à la Caroline du Nord en 24h ? Le grand méchant a un laboratoire digne d’Umbrella sous son manoir !? Owen survit à un footing dans un nuage volcanique ?!? Et il y a un nouveau dino mutant encore plus méchant !?! Qui a soi-disant un odorat surdéveloppé mais n’arrive pas à sentir des proies à vingt centimètres de ses narines !?!? Et que dire de cette sous-intrigue avec la gamine traitée par-dessus la jambe ! Pas de méprise : je suis souvent bon public et bonne poire. Mais l’effet sequel a franchi le seuil de non-retour avec des péripéties quelque part entre le jeu vidéo et Tintin, et un mépris total du déjà-vu ou des règles établies.

4) Avec des gens cons ! Il n’y a pas d’autre mot. Dans un film écrit à cinquante mains pour deux cents millions de dollars, il est navrant de voir des rebondissements charnières arriver uniquement par la faute de PNJ prenant de mauvaises décisions pour de mauvaises raisons, sans stress, donc sans excuses. Mention spéciale à l’évasion du Dodoraptor (qui peut sourire, vive le progrès !), et un grand merci au sosie foireux de DeNiro. Sans parler de cette fin sinistre et à côté de la plaque, qui n’existe que pour nous vendre la suite, laquelle s’annonce encore plus bordélique.

Jurassic World Fallen KingdomPartie de cache-cache dans un manoir en pleine nuit… Quand Jurassic Park devient Resident Evil (ou Dino Crisis).

La « 7ème art » extinction

« Quel est le problème ? » me dira-t-on, étant donné que les grosses machines récentes cumulent tout ou partie des mêmes défauts grâce à Marvel/Disney… et rencontrent leur succès. Eh bien justement, le fait que le mal s’étende toujours plus. Jeff Goldblum nous avertit sur le danger de voir les espèces préhistoriques s’enfuir, contaminer notre monde et le conduire à sa perte. Au sortir du film de Bayona, on sent que c’est tout le savoir-faire de l’industrie qui est menacé d’extinction face à l’avidité sans fard des productions modernes. Les blockbusters cupides, creux, vains et inutilement référentiels se succèdent avec un cynisme et une froideur calculatrice. Avec pour seul argument de banquer sur une licence et du spectacle, ils cautionnent les pires horreurs écrites en dépit du bon sens.

Le film de Bayona reste beau, dommage que la magie se soit bel et bien envolée.

Certes, il s’agit du cynisme des producteurs. Sauf qu’il continue à (essayer de) se cacher derrière la nostalgie décérébrée mais encore sincère de faiseurs d’images correctes, dont on ne comprend pas qu’ils n’arrivent plus à imposer une vision marquante, à explorer de nouvelles voies. Et devinez quoi : Jurassic World 3 est quand même planifié. « Détruire pour ne rien bâtir », c’est la leçon à retenir de ce Jurassic World : Fallen Kingdom, nouveau pinacle de la bêtise cultivée par les suites-reboot foireuses de ces dernières années (Star Wars, Terminator Genisys, La Momie…). Comme quoi, la Vie, c’est con aussi.

LES + :

  • Avec une telle variété dans les scènes (passer du Pic de Dante à Resident Evil, il faut le faire !), Jurassic World : Fallen Kingdom a heureusement le mérite d’être ponctuellement divertissant.

LES – : 

  • Ça ne sent plus le réchauffé, mais carrément le brûlé !
  • Des longueurs inexplicables parsèment les second et troisième acte.
  • Des choix narratifs si faciles que j’aurais honte d’apprendre que les scénaristes ont été payés pour ça !
  • L’Indoraptor… (arf)
  • Jurassic World 3 est déjà prévu.