Critique : Bad Boys for Life “La troisième, c’est la bonne !”

Bad Boys for LifeDans Bad Boys for Life, Mike Lowrey (Will Smith) et Marcus Burnett (Martin Lawrence) bossent toujours aux stups de Miami malgré le poids des ans. Si le premier n’a pas changé malgré un bouc grisonnant, le second pense plus que jamais à la retraite, à la religion et au cocooning. Le jour où Isabel Aretas (Kate del Castillo) s’échappe de la prison à perpétuité, elle fomente une vengeance sanglante contre les responsables de son arrestation. Cela inclut Mike, dont la tentative de meurtre l’a laissé bien remonté. Marcus est réticent, leur capitaine est sur les dents (Joe Pantoliano, plus zozotant que jamais), et l’Ammo est mise sur l’affaire (il s’agit d’une nouvelle unité de police hi-tech). Mais Mike ne reculera devant rien pour retrouver les coupables… quitte à découvrir des choses sur son propre passé qu’il préférait ignorer.

On y est. 17 ans après Bad Boys 2 et malgré quelques tentatives ratées (dont la participation de Joe Carnahan, qui sera quand même crédité au scénario), les bad boys sont de retour. Preuve que le studio n’avait pas confiance : le film a coûté moins de 100 millions à tourner, et il sort en janvier, période où il n’y a généralement rien de bien à mater au ciné. On dira ce qu’on voudra du diptyque réalisé par Michael Bay, le film de Adil et Bilall est sans doute le meilleur de la série. La raison est évidente : il raconte quelque chose. Quelque chose de convenu, certes, mais c’est drôle, carré et entraînant.

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“Bad boys, watcha gonna dooo… ?”

Bad Boys for Life n’invente pas l’eau chaude, mais il nous sert régulièrement de petits rebondissements bienvenus. Loin d’être originaux, ils sont vraiment inattendus et ont un réel impact sur l’histoire. C’est un exploit, après deux films aux péripéties gratuites, entièrement centrés sur le bling-bling, le badaboum et d’épuisantes joutes verbales.

Le cinéma ne manque pas de suites tardives et inutiles, d’ailleurs, ce nouveau Bad Boys sort en même temps que le bluray de Rambo 5. Mais des fois, le miracle arrive. Psychose 2 en est un excellent exemple (si vous ne saviez pas qu’il existait, c’est fait). D’autant qu’on ne parle pas de la suite d’un chef-d’œuvre, mais des expérimentations du faiseur le plus inconséquent de Hollywood.

C’était déjà intéressant que Joe Carnahan (yes !) ait écrit le scénario et soit pressenti pour réaliser, avant de passer le flambeau aux belges Adil et Bilall. Les deux avaient été contactés quelques temps plus tôt pour s’occuper du Flic de Beverly Hills 4. Finalement, au lieu d’une blague belge à 90 millions de dollars, ils nous pondent Bad Boys for Life, et on y gagne au change.

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Des idées dans la suite

Ce choix de réalisation est salutaire. Bad Boys for Life se concentre sur le polar nerveux au lieu d’être une pantalonnade explosive, gore et sans queue ni tête. Vous aimiez les films précédents pour ça ? Dommage. Quoique on y retrouve des clins d’œil intelligents (comme un plan-citation et un caméo de Michael Bay) ou pertinents (le retour de Reggie). Et la violence y est aussi juteuse qu’il y a vingt ans (yes !). Mais l’opus 3 abandonne le mauvais goût, les expérimentations et les plans « à la Fincher ». Par contre, si vous aimiez les personnages, vous serez ravi. Mike et Marcus étaient jadis des caricatures de flics échappées du SNL (Bad Boys 1), puis de véritables personnages de jeux vidéo que la mort n’émouvait plus (Bad Boys 2). Plus maintenant.

La quarantaine derrière eux, ils ont droit à de vrais moments d’humanité et de remise en question. Ils s’interrogent sur leur place dans le monde, et avec du recul, dans leur franchise (faisant face à leur âge, mais aussi à la jeune génération incarnée par l’Ammo). Tout ceci fonctionne selon des codes bien établis, mais c’est fait avec une sincérité et une naïveté qui font mouche. Les deux stars ne se chamaillent jamais assez longtemps pour en devenir lourdingues. Et le scénario (qu’on devine grandement dû à Carnahan) ajoute de la tragédie et relance les enjeux quand on ne s’y attend pas.

Ça sent le drame facile et tordu façon télénovelas, auxquels le film fait un clin d’œil appuyé, mais ça passe. Après tout, on est au cinéma, en plus à Miami. Il y a donc des néons partout, les voitures explosent avec une seule balle (yes !), et l’Ammo jouit d’une technologie tape-à-l’œil digne des Experts : Las Vegas. Si vous n’êtes pas partant, que foutez-vous là ?!

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Bad and Furious ?

Bad Boys for Life sent la relance humble mais réussie de la franchise. Il redore le blason de Will Smith, terni au box office ces derniers temps, et intronise son duo de réalisateurs. En plus, il prépare le terrain pour, éventuellement, un nouvel opus. Visiblement, il a suffisamment cartonné pour ça.

Il y a une seule chose à vraiment déplorer. Ce polar léché et divertissant se retrouve coincé entre une introduction et une scène post-générique piquées à Fast and Furious. Même si les promesses sont tentantes, on espère que Mike et son partenaire vont mériter leurs galons. Ce serait con de revenir de si loin pour s’aventurer sur le même terrain que Dominic Toretto. La bêtise spectaculaire, ç’a son charme, mais aussi ses limites.

LES + :

  • Mike et Marcus deviennent de vrais personnages, attachants et beaucoup moins fatigants.
  • L’humour est mieux employé qu’avant.
  • Le film réserve des surprises.
  • Michael Bay passe mieux devant la caméra que derrière.
  • On  retrouve le logo des productions Don Simpson/Jerry Bruckheimer, duo de producteurs emblématique des 90s. Un clin d’œil touchant au premier cité, décédé depuis.

LES – :

  • Le film n’a rien inventé. Vous voulez du changement par rapport aux années 90 ? Circulez.
  • Attention à ne pas s’enfoncer deux films après comme Fast and Furious.

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