Test rétro : la trilogie FEAR (PS3) “Il faut battre la peur quand le plomb est chaud”

Vous connaissez ces jeux sur lesquels vous avez bavé petit et n’aviez pas pu jouer ? Il n’est jamais trop tard pour se rattraper. Aujourd’hui, je fais connaissance avec la trilogie FEAR sur PS3. Une série qui, à sa manière, a redéfini le genre du FPS horrifique avant de lentement sombrer dans un impardonnable oubli. Il est temps de corriger cela.

FEAR Avec FEAR, Piège de Cristal rencontre Matrix dans une ambiance à la The Ring. Tout commence dans la peau de « Point Man », un membre d’une unité spéciale du gouvernement (la First Encounter Assault Recon team). Vous devez enquêter sur la rébellion d’un bataillon entier de soldats génétiquement améliorés, les Réplicas, et contrôlés télépathiquement par un cobaye du gouvernement, Paxton Fettel. Les forces de ce dernier ont subitement mené l’assaut contre Armacham, la boîte qui les a créés pour le compte de l’armée. À vous de faire le ménage dans les installations de la corporation, en usant de vos réflexes mais aussi de stratégie, jusqu’à votre découverte d’un horrible et terrifiant secret.

L’action la plus pure

FEAR a vieilli, ça se voit à ses textures simples et souvent ternes. Mais à mesure que je jouai, je me rendis compte que cette épure est essentielle pour plusieurs choses. La première, ce sont les effets employés par le jeu. Ses textures ont peut-être l’air pauvre aujourd’hui, mais en contre-partie, les effets de lumière sont saisissants. Les coups de feu illuminent les couloirs, les étincelles pleuvent, et votre ombre se projette sur tous les murs en temps réel. Très immersif.

FEAR

Quant au ralenti, il est encore plus spectaculaire que dans Max Payne. Les balles désagrègent presque tous les éléments du décor. Les débris volent. Les explosions provoquent de superbes distorsions. Vos tirs laissent souvent des cratères dans les murs. Vous pouvez couper les Réplicas en deux d’un coup de shotgun, ou accidentellement les démembrer. Il n’est pas rare non plus qu’une grenade les transforme en exposition d’art contemporain sur les murs.

La gestion du slow motion vous donne un sentiment de puissance inédit, accentué par les bonus de vie et d’endurance que vous trouvez sur votre chemin. L’armement est aussi simple qu’efficace : pistolet (qu’on peut porter en double), mitraillette, fusil mitrailleur, pompeux, lance-roquettes, laser, fusil longue portée, lance-pieux, et grenades simples, de proximité ou à déclencheur. Vous ne pouvez porter que trois pétoires à la fois, mais vous êtes certain de trouver rapidement vos favoris.

FEAR

Un jeu qui vous « bot »

La stratégie n’est pas en reste. Les terroristes sont redoutablement bien organisés pour un jeu vidéo sorti initialement en 2005. Ils communiquent (en gueulant, ce qui vous aide à anticiper leurs gestes), se mettent à couvert, et vous prennent à revers. Ils ne font (presque) jamais deux fois la même chose, ce qui les rend imprévisibles. Les arènes sont très bien conçues, offrant une grande mobilité. Elles vous permettent à vous aussi d’arriver dans le dos d’un type pour le surprendre. Ça plus la manière dont vous jonglez avec vos armes décidera si oui ou non vous remporterez la manche.

C’est dans ces moments que le côté Piège de Cristal ressort. Vous jouez à cache-cache et décimez des grappes de quatre à douze adversaires (dépendant de la taille de la zone), dans des environnements de bureau ou en travaux renvoyant au chef d’œuvre de John McTiernan. Et comme John McClane, vous vous sentez souvent dépassé et obligé de battre en retraite, surtout dans les modes de difficulté les plus chauds. D’autant que vous avez évidemment affaire aux habituelles castes d’adversaires. En plus des troufions de base, il faut plomber des ninjas invisibles « à la Predator », des bourrins en armures, et même des méchas, chacun ayant son propre mode opératoire.

FEAR

Fear the haunting girl

L’antagoniste et principal élément de mystère est censé être Fettel. Mais très vite, vous allez voir que quelque chose d’autre est impliqué. Le jeu vous le fait comprendre de la plus délicieuse et glaçante des manières. FEAR est une aventure d’action horrifique comme Doom 3, même si la façon de procéder diffère complètement. Dans le jeu d’Id Software, vous étiez constamment oppressé par une ambiance de science-fiction et d’horreur, où vous êtes assailli par des monstres sortant littéralement d’un placard. Efficace mais classique.

Or, FEAR est un pur jeu d’action contemporain émaillé ici et là d’apparitions spectrales, qui souvent ne s’annoncent même pas. L’horreur infecte le quotidien. Fettel vous attend au détour d’un couloir avant de s’évaporer juste quand vous l’avez remarqué. Une silhouette marche lentement derrière un mur en verre opaque. Une petite fille vous attend de l’autre côté d’une vitre, mais le temps de faire le tour, elle a disparu. Sans parler des hallucinations bien gores qui assaillent sans prévenir votre avatar. Ces événements surviennent de manière espacée, le suivant arrivant toujours quand vous avez oublié que, oui, il y a bien une part de surnaturel dans FEAR. Elle explose d’ailleurs littéralement dans la dernière ligne droite. Pour finir, la musique est une des plus pénétrantes que j’ai entendues de mémoire dans un FPS, voire dans un jeu d’horreur tout court. Elle est tour à tour envoûtante ou glaçante, tout en sachant accompagner l’action quand elle se présente.

FEAR

Pour résumer, FEAR est un jeu d’action exceptionnel, mais aussi une plongée dans l’horreur immersive et rafraîchissante, à tel point qu’il m’a furieusement donné envie de le recommencer sitôt terminé. Mais l’aventure ne s’arrêtait pas là. Il m’a donc fallu poursuivre avec FEAR 2 : Project Origin.

FEAR 2FEAR 2 : plus d’horreur, moins d’honneurs

Sorti en 2009, l’introduction de FEAR 2 chevauche la fin du premier. Vous jouez un soldat d’une unité spéciale envoyée sécuriser une grosse tête d’Armacham. Mais arrivé sur place, la boîte est déjà là pour nettoyer, et la fusillade s’achève avec votre personnage assommé. Vous vous réveillez dans un hôpital ravagé par les hommes d’Armacham, mais aussi par « autre chose ». Quelque chose vous suit. Quelque chose vous veut. Il faut vous enfuir, retrouver votre unité et comprendre ce qu’il s’est passé.

FEAR 2 est un excellent FPS et jeu d’horreur. Mais il lui manque ce qui rendait le premier unique. Sa simplicité de l’esthétique et des effets, son action carrée, ainsi qu’un rythme ininterrompu. Tout ceci a été changé ou mis de coté au profit d’un développement de la mythologie. Ce qu’on y perd, c’est l’impact réaliste des effets de lumière et de particule, et des arènes moins linéaires. Ce qu’on y gagne, ce sont des environnements travaillés et variés, et une horreur et un gore plus prononcés.

FEAR 2

Les effets de mise en scène sont toujours efficaces, et l’atmosphère est plus proche d’un Resident Evil sous amphètes. Dommage qu’au lieu d’écouter des messages vocaux comme avant, on soit obligé de lire des documents. FEAR 2 est un shooter tantôt nerveux, tantôt stressant. S’arrêter pour lire nous sort trop fréquemment du bain. Enfin, les soldats ne sont pas moins cons, mais plus nombreux. On a aussi droit à de nouveaux ennemis plus mobiles et rentre-dedans, ainsi qu’à deux-trois phases en tourelle ou en mécha. Au final, s’il n’est pas aussi « pur » que son prédécesseur, FEAR 2 est un must de l’action-horreur. Mais il se rapproche un peu d’un Call of Duty horrifique, une approche dans laquelle FEAR 3 va pleinement se vautrer.

FEAR 3F3AR : Gore of Duty

FEAR 3 est sorti en 2011 des fours d’un autre développeur. Vous jouez le héros du premier faisant équipe avec le fantôme de Paxton Fettel. Vous retournez sur place quelques mois après les événements de FEAR 1 & 2 pour mettre un terme au cauchemar. Mais le mal s’est étendu en ville, et Armacham n’a pas chômé pour tenter de le contenir.

Ça commence par une évasion de prison musclée, suivie d’un mitraillage dans des favelas. Sommes-nous encore dans FEAR ? Le ralenti est toujours présent et l’histoire tente de raccrocher les wagons, mais c’est une nouvelle expérience. Vous avez cette fois un vrai « cover system » qui vous permet de flinguer en restant à l’abri. Les ennemis sont plus nombreux et bourrins. L’action et l’horreur sont over-the-top. L’effet « suite » a fini par annihiler ce qui rendait FEAR unique. Cela fait-il de FEAR 3 un mauvais jeu ?

FEAR 3

Car cet opus est vraiment beau, l’action fluide (malgré que vous affrontiez essentiellement des hordes), et de nouveaux ennemis renouvellent l’approche des combats. Les décors sont plus linéaires, mais parfaitement mis en scène et jonglent constamment avec les ambiances. Enfin, vous avez la possibilité de jouer en coop, le deuxième joueur contrôlant Paxton, dont les pouvoirs changent le gameplay (notamment la possession). Et le jeu vous évalue. À l’arrivée, celui qui a fait le meilleur score déclenche la fin qui lui est associée (mais dans votre premier run en solo, vous ne pouvez jouer que Point Man, ce qui est absurde). On dit aussi que les modes multi inédits pensés pour ce jeu étaient tous très sympas. FEAR 3 n’est donc pas mauvais. La franchise a seulement sacrifié son “cœur” pour toucher un plus grand monde.

En résumé : une série à fear

FEAR demeure une expérience franchement inédite, FEAR 2 est toujours un FPS d’horreur incontournable, et FEAR 3 une curiosité non dénuée de challenge. Si la franchise semble avoir lentement perdu de sa magie, chaque épisode a exploité différemment ses deux ingrédients de base, l’action et l’horreur. C’est juste que plus on s’approche de la fin, plus la saga verse dans des lieux communs du genre, tant au niveau de l’histoire que des codes et des décors empruntés (interminables couloirs jonchés de cadavres, et murs redécorés avec du sang).

FEAR 3

Qu’importe, il nous reste une trilogie d’action solide, sacrifiant peu à peu la stratégie au bourrinage, mais jamais son efficacité. Pour ma part, je me souviendrai toujours des apparitions de cette petite fille dans les bureaux d’Armacham dans FEAR. Je me rappellerai de l’école primaire de Fairport et des installations souterraines infestées de rampants de FEAR 2. Et je me remémorerai aussi de ma traversée du supermarché ou de l’aéroport de FEAR 3. Mais surtout, je resterai hanté par leurs fins, presque toutes plus pessimistes les unes que le autres, en particulier le deuxième épisode.

Bref, FEAR, c’est l’éternel coup de la grandeur et de la décadence d’une série. Mais ce sont trois jeux tous très bons à leur manière, toujours capables de combler les appétits des fans d’action et d’horreur. Personnellement, j’ai la gâchette qui me démange encore.


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