Critique expresse : Sentinelle “Je l’ai senti venir”

La soldate Klara (Olga Kurylenko) revient à Nice dans sa famille, après avoir quitté une région chaude du Moyen-Orient. Désormais assignée à une patrouille du plan Vigipirate (d’où « Sentinelle »), elle a du mal à contenir sa déprime et son envie de cogner. Quand sa sœur se fait tabasser et violer après une sortie en boîte, Klara ne voit plus de raison de se retenir. Lentement mais sûrement, elle va se mettre en tête de punir le coupable. Mais quelqu’un dans sa position peut-il se permettre de céder à la vengeance aveugle ?

C’est dur de parler de Sentinelle pour moi, car j’aime chez lui ce que je déteste tout autant chez Netflix et dans le contexte mondial actuel. Il appartient tout à fait au genre que j’apprécie, il met en scène Olga Kurylenko, que j’apprécie aussi, et c’est un film de Julien Leclercq, avec qui je partage pas mal le point de vue et les goûts. La Terre et le Sang m’avait bien plu (déjà sur Netflix) ainsi que Braqueurs, il y a un peu plus longtemps.

Sentinelle sent la routine

Ce qui m’attriste, c’est la routine et l’absence de surprises, totalement assumées par la plateforme de streaming, qui a besoin de fréquemment nourrir ses programmes. Sentinelle a beau sentir l’envie et l’amour, c’est littéralement un Taken petit bras n’excèdant pas les 1h20. Le jeu d’acteurs y est souvent poussif (bravo au méchant russe vilain comme il faut). L’action est carrée mais peu enthousiasmante lorsqu’il y en a. Et le reste du métrage fait ponctuellement le grand écart entre développement et remplissage.

Sentinelle

Tout ceci se retrouve coincé entre un générique sentant malgré lui (?) la propagande pour l’armée française, et une fin carrément précipitée. Même si ce n’est pas un si grand crime, on y subit une ellipse GIGANTESQUE passant sous silence comment Klara s’est sortie de la panade, après un assaut sauvage à la Jack Bauer, pour insinuer dans les dernières minutes qu’elle s’est muée en ersatz du Punisher et de Batman.

Ce qui est fatal à la pertinence et la pérennité de Sentinelle, c’est que nous avons ici une idée de départ posant beaucoup de fascinantes questions, mais jamais vraiment abordées. Une protectrice assermentée a-t-elle le droit de faire justice elle-même ? « Qu’est-ce qu’on s’en fiche ! Fais-la courir après des dealers et péter des mâchoires ! Ses états d’âme, on s’en tape ! » Non content d’être court, le film ne s’embarrasse d’aucune vraie progression dans l’évolution de Klara. Déjà qu’elle n’aime pas le calme de son nouveau poste, mais elle ne semble jamais douter du bien fondé de son raisonnement et de sa démarche. Elle veut casser des maris violents et des ripoux, sans jamais sembler vraiment en conflit avec son rôle au quotidien. Dommage. Un Justicier dans la Ville aurait été une référence plus louable que de simplement refaire Taken.

Jusqu’au prochain « événement » Netflix

Tout ceci est bien et beau, et honnêtement, je prends. J’aurais juste voulu qu’on me le vende un peu mieux et avec plus de contenu (des idées, des scènes, de l’action, ce que vous voulez). Tel quel, et paradoxalement, j’ai senti passer ces quatre-vingts minutes.

Sentinelle

Honnêtement, j’ai du mal à rejeter la faute sur Julien Leclercq. Il aime bosser et il est content de bosser, ce qu’il dit lui-même en interview. Cela se respecte. Quant à Olga Kurylenko, ça fait plaisir de la voir (surtout de la voir cogner). Mais Sentinelle est, comme d’habitude, un produit de consommation courante. Malgré l’envie et le savoir-faire, il lui manque ce qui rendait La Terre et le Sang un peu plus amusant et original (pour savoir quoi, c’est par ici). Pas sûr qu’un Sentinelle 2 soit dans les tuyaux, ni que j’en ai particulièrement envie.

Certes, je suis content que les films français comme celui-ci ou Balle Perdue cartonnent à leur sortie sur la plateforme. Mais français ou non, après Tyler Rake ou The Old Guard pour ne citer qu’eux, il faut relativiser l’impact et la pertinence des « événements » Netflix. Ces films à la patine beaucoup moins “ciné” n’auraient pas valu la peine qu’on se déplace en salle, plutôt que de les lancer en un clic sans bouger de son canapé. Ce n’est que mon humble avis, mais cette envergure de production destinée aux salles obscures, elle me manque de plus en plus. Ceux qui y trouvent leur compte peuvent l’ignorer sans souci, et de toute façon, Netflix est loin d’avoir fini.

LES + :

  • On reconnaît la patte de Julien Leclercq. Si on aimait avant, on aimera maintenant.
  • Ça fait toujours plaisir de voir Olga Kurylenko en mode « action ».
  • Un concept de départ vraiment fascinant…

LES – :

  • Un concept qui reste un point de départ, et jamais une piste à explorer, pourtant fascinante et vraiment pertinente ces jours-ci.
  • Encore un petit film sans honte aucune, mais sans rien de marquant non plus. Comme quoi, Netflix signe bien le renouveau du vidéo club à l’ancienne.

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