Test PS3 : Alien Isolation “Let’s Ripley !”

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Après une semaine à vivre des sueurs froides dans la peau d’Amanda Ripley, à déambuler dans les corridors et gaines d’aération de la station Sevastopol, je peux affirmer que oui, Alien isolation est un excellent jeu d’angoisse, une adaptation exemplaire du film original, une suite “entre deux autres” parfaitement pensée et un délicieux hommage nostalgique à la SF des seventies. Ah !, quand les voyages dans l’espace s’imaginaient encore avec des boutons gros comme le poing, des écrans cathodiques de 400 kg et des enregistrements sur bandes magnétiques…

Stress files

D’abord, parlons vite fait du cœur du jeu : la peur. Comme on l’a déjà dit dans la presse, l’Alien est un vachard, et ses apparitions et comportement sont certes imprévisibles sur le moment (même si après il aurait tendance à tourner en rond jusqu’à vous chopper). Alors oui, c’est vrai, le jeu est exigeant (pour ne pas dire ch***) concernant notre impuissance totale dans certaines circonstances.

A l’heure des stocks de munitions et checkpoints archi-fréquents, Alien Isolation nous propose des sauvegardes manuelles et des munitions à l’efficacité très limitée. Le jeu nous rappelle ainsi (face à l’Alien, les droïdes et ta mère) qu’on a qu’une vie et qu’elle est précieuse. Courir, passer sous une trappe au plafond, ne pas s’appuyer au fin fond d’un casier ni bloquer sa respiration signifie bien souvent une mort assurée. Cette difficulté tenant parfois du foutage de gueule est heureusement contrebalancée par tout ce qui fait qu’on a précisément acheté ce jeu plutôt que le dernier Shinji Mikami ou L’Ombre du Mordor : la licence.

Alien Exploitation

On l’a lu, le film de Ridley Scott est parfaitement respecté. Mais c’est une autre chose de le vivre ! Déjà, l’homonymie de l’héroïne est fortement grisante pour les oreilles du fan : se faire appeler “Ripley” par notre soutien radio en pleine course effrénée rappelle souvent les climax de la série. Mais alors déambuler dans les mêmes corridors, traverser les mêmes projections de fumée, entendre au loin les cris de l’Alien ou les mélopées inquiétantes tirées de la bande originale du métrage procure tout un tas de frissons qui n’ont plus grand chose à voir avec la peur.

C’est la nostalgie qui prime dans Alien Isolation. Ceux qui ont écrit que le jeu ne fait pas “vraiment” peur (mais il est tout à fait stressant !) ont parfaitement raison : nous ne jouons pas à ce jeu pour avoir peur, mais pour nous souvenir de la peur éprouvée en voyant le film de 1978. Pour nous croire dans ledit film. Et sur ce point, le pari est gagné haut la main. D’autant que les influences ne s’arrêtent pas là. Les flippants Working Joes, les androïdes détraqués du jeu, arborent en guise de visage un masque inexpressif rappelant fortement celui porté par l’Homme sans ombre de Paul Verhoeven. Un souvenir et une touche dérangeante de plus.

064731_f3ca4b2488314fb6a40847e1388f3250-mv2“Marcoooo… ? Polo !”

Valeur ajoutée
Attention : spoilers ! Ne lisez pas la suite si vous ne voulez pas déflorer l’histoire.

L’argument du jeu est simple : Ripley junior se retrouve sur une réplique du Nostromo à jouer à cache-cache avec l’Alien mythique du film original. Pas de problème, on joue justement pour ça. Ce qui surprend en revanche, c’est que loin de simplement singer le film de Scott, le jeu semble avoir été pensé pour faire le lien avec la suite de James Cameron. Jugez plutôt (ou arrêtez de lire ici)…

Après une partie de cache-cache tendue avec l’Alien, notre avatar réussit à expédier la saleté dans l’atmosphère la plus proche. On n’est pas dupe : dans la franchise, la bestiole réussit toujours à s’en tirer. On reste donc sur le qui-vive (le temps de défourailler des droïdes cinglés par paquets) avant de finalement se retrouver face à l’étendue véritable de l’horreur ainsi que de notre méprise : l’Alien n’était pas seul.

A l’instar de chez Cameron, vous devrez traverser la boule au ventre un nid infesté de monstres aussi retors que le premier, d’œufs prêts à éclore et surtout de p**** de facehuggers si rapides qu’ils sont trop souvent synonymes de game over. Dans le cas tout à fait improbable où quelqu’un jouerait à ce jeu après avoir vu le premier métrage et avant d’avoir vu le second, de nouveaux éléments apparaissent donc à propos de l’Alien sans pour autant répondre à la question cruciale posée par Ripley mère dans la suite : “qui pond les œufs ?” En effet, le quota d’aliens étant largement dépassé, le joueur ne verra pas ici le bout de la queue d’une reine. Peut-être dans une future suite ?

Une réponse est également donnée à une question laissée en suspens dans la franchise : si un signal de détresse avait mené l’équipage du Nostromo jusqu’au Derelict (le vaisseau extraterrestre échoué du film de Scott), pourquoi 57 ans plus tard (dans Aliens) ce dernier n’avait-il jamais été retrouvé ? Cette autre réponse est apportée grâce à une astucieuse pirouette scénaristique nous permettant de voyager au-delà des parois étouffantes de la station Sevastopol.

Un ami me demandait récemment si ces ajouts sans impact sur la franchise elle-même ne rendaient pas le jeu vain, inutile. Bien sûr que non. Triple non. Si Isolation peut tout à fait et admirablement s’intercaler entre Le Huitième Passager et Le Retour, le but initial en jouant n’est pas de développer la franchise, mais de la vivre. Le fan service est donc assuré par de petites touches intelligentes et inattendues, et cela reste bien vu de la part d’une “simple” équipe de développement. D’autres au cinéma ont massacré la saga en voulant jouer à ce petit jeu (j’ai les deux Alien versus Predator en tête).

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Rétro action

Enfin, mon petit argument préféré vient sans doute du fait qu’à l’heure des I-pad 72, des écrans LED et du Blu-ray, on continue à exploiter une franchise vieille de trente ans, dépeignant un futur totalement obsolète. Si d’autres jeux avant lui ont su exploiter un cachet rétro futuriste (on pense à la franchise Bioshock), il s’agit à l’inverse ici d’un futur rétro, chargé des avancées technologiques et des espoirs de l’époque l’ayant inspiré. Pour des jeunes qui ne connaîtraient pas (ou n’aimeraient pas ?) l’Alien original sous prétexte que c’est “trop vieux”, voilà une rare occasion de se replonger dans un futur issu d’un passé lointain… tout en s’occasionnant des p**** de frayeurs à échapper au monstre le plus flippant du cinéma !

LES + :

  • Un sequel au film original extrêmement bien pensé, à la fois comme jeu et comme opus à part entière.
  • Un design et un contexte étendant davantage la mythologie Alien (en particulier l’histoire de la Compagnie et de la conquête spatiale).
  • L’Alien est vivant ! A l’aide !
LES – :
  • Un “die and retry” exigeant, voire souvent injuste.
  • Des armes en papier face à des ennemis invincibles ou presque (sauf les humains, mais il vaut mieux les donner en pâture au monstre).
  • L’Alien est partout ! A l’aiiiiide !

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