Critique : Skyscraper “Dans les pompes de The Rock !”

SkyscraperWill Sawyer (The Rock) est un ancien agent du FBI amputé de sa jambe gauche suite à une opération qui a foiré il y a dix ans. Devenu depuis papa et consultant, son pote Ben (Pablo Shreiber) lui décroche la mission de contrôler les systèmes de sécurité du Pearl, un immeuble super méga géant récemment terminé au cœur de Hong Kong. Problème : tandis que sa famille se trouve à l’intérieur, des terroristes aux accents hilarants prennent la tour et y mettent le feu. Leur objectif : coincer dans son penthouse Han (Zhao Long Ji), grand patron des lieux, afin de lui extorquer un précieux McGuffin. Pénétrer dans l’immeuble en flammes ne sera pas facile pour Will. En sortir avec les siens encore moins…

Attention au piège, avec Skyscraper

Cette année sonne les 30 ans de Die Hard/Piège de Cristal, le meilleur film d’action de tous les temps. On n’a donc rien trouvé de mieux que sortir Skyscraper, un film avec The Rock (!?) racontant de prime abord la même histoire : un mec dans une tour affronte des terroristes, avec une famille à sauver. Mais si Piège de cristal était une variation de La Tour Infernale, l’incendie remplacé par des terroristes, Skyscraper ne s’embête pas : il mélange les deux à la fois ! Pour enfoncer le clou, un mythe tenace avance que Piège de Cristal devait d’abord devenir la suite de Commando avec Arnold Schwarzenegger (spoiler = en fait non). Finalement, la star fut Bruce Willis et le film lança une nouvelle ère de héros d’action plus crédible et réaliste. Aujourd’hui, le cycle revient donc aux origines avec Dwayne Johnson dans la peau de « l’everyday man » censé sauver le situation. Absurde ou bien… ?

SkyscraperLe Pearl, gigantesque bordel numérique tenant lieu de décor principal.

Dans son exécution, Skyscraper ressemble à la combinaison improbable entre le sympathique White House Down, Die Hard à la Maison Blanche réalisé par Roland Emmerich, et le regrettable Independence Day 2, pour son côté catastrophe et la mise en avant d’un casting d’ascendance asiatique. Ajoutez la surabondance d’effets et décors numériques à cause d’un building futuriste qui n’existe pas, et on tient le blockbuster moderne dans toute sa splendeur : creux, synthétique, vain et sans surprise. Sauf que…

Surprise !

Je m’attendais à basher le bousin et à l’appeler Skycrapper, tout en espérant quand même avoir mon quota de « Rockattitude ». Parce que oui, j’adore The Rock, peu importe dans quel machin il apparaît. Je dirais même que sa présence peut limiter la casse si on veut au moins passer un bon moment. Doom, Jumanji 2 ou encore Fast and Furious 8 ont beaucoup emprunté au mojo du gaillard malgré leurs gros défauts. Et là, surprise : The Rock est… crédible toute proportion gardée. S’il est physiquement l’anti-John McClane, l’ancienne star du catch arrive à rendre sympathique son personnage et à lui donner des réactions à l’opposé de son show habituel de Terminator à punchlines.

SkyscraperThe Rock en “M. Tout-le-monde” est l’une des étonnantes surprises du film…

Encore plus fort : les moments les plus over the top vendus dans la bande-annonce sont probablement les plus tendus du film. Si les circonstances sont exagérées, le personnage de Sawyer est comme celui de McClane. Il est débrouillard et fait les trucs les plus dangereux car n’ayant pas le choix ou étant pressé par l’urgence. Will ne veut pas sauter d’une grue à un immeuble parce qu’il le peut, ni pasticher Mission : Impossible 4 en bandant ses mains de chatterton (hahaha). Mais dans les circonstances (ou excuses) données par le film, il n’a pas le choix et craint pour sa vie. Ayant personnellement peur du vide, ces moments m’ont mis la pression malgré moi, en plus de mettre en scène un type sympathique. Pas parce qu’il s’agit de The Rock, mais parce que pour une fois, aussi balisé soit-il, son personnage a des failles, des peurs et des objectifs auxquels s’identifier.

Par ailleurs, si l’on croit que le film va nous vendre le type de héros habituel hanté par son erreur passée (cf. la fameuse intervention qui lui a coûté sa jambe), le film retourne ce cliché. Sans cet accident, Sawyer avoue lui-même qu’il n’aurait jamais rencontré sa femme ni eu ses enfants. Un discours optimiste inhabituel sorti de la bouche même du héros. On aimerait peut-être l’entendre plus souvent à une époque où se culpabiliser et s’enliser dans la noirceur devient courant.

SkyscraperNeve Campbell (plus connue pour Scream) joue la femme de Will.

Pour la chute

Il ne faut pas non plus croire aux miracles : Skyscraper est un hymne aux films débiles des eighties avec la production value grotesque des blockbusters modernes. Il reste dans la veine d’un White House Down : nostalgique et pété de thunes, il a l’air synthétique à 85%. Ses rebondissements sont soit clichés soit empruntés, non sans humour. Certaines idées sont même totalement absurdes ou hors propos, comme la confrontation finale dont le décor n’a aucune justification à part être cool.

Et comme d’autres gros projets coproduits par la Chine, il met bien en avant les acteurs (et le public !) asiatiques. J’hésite à dire « chinois » car on demeure à Hong Kong, terrain soit neutre soit trouble pour dire que justement, on n’y est pas tout à fait mais quand même. Quoi qu’il en soit, Skyscraper accomplit déjà deux prouesses : m’avoir procuré quelques frayeurs et m’avoir fait croire que The Rock pouvait être un gars comme moi.

LES + :

  • The Rock est crédible.
  • Certaines notions de base (et essentielles) du genre refont surface après dix ans de coma.
  • Certaines scènes m’ont fait frissonner malgré moi.

LES – :

  • C’est bête.
  • Beaucoup, beaucoup de numérique.
  • Ça reste un spectacle terriblement commun pour un blockbuster de la fin des années 2010.

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