Critique : Sans aucun remords “Sans aucun intérêt ?”

Des méchants russes entrent par effraction chez le vétéran John Kelly (Michael B. Jordan). Comme tous les bons tueurs professionnels au cinéma, ils butent sa femme enceinte, mais lui, ils le ratent. Forcément, si ça suffit à Jason Bourne et Jack Bauer pour déclarer la guerre au système, pourquoi pas lui ? Il va rapidement se faire aider de son amie Karen Greer (Jodie Turner-Smith), et chapeauter par le Secrétaire à la Défense Clay (Guy Pearce). Mission : officiellement, empêcher la Troisième Guerre mondiale ; officieusement, venger la mort de sa famille. Forcément, tout ne se passe pas comme prévu…

Quelle joie. Une nouvelle production d’action estampillée Skydance (Jack Reacher, Terminator Dark Fate), exploitant le Ryan-verse. Après nous avoir bien faits rire avec Jack Ryan, le film (en 2014), les productions “danse du ciel” continuent d’exploiter Tom Clancy de manière peu inspirée avec Sans aucun remords. Si le film est certes tiré d’un roman de feu l’auteur, rien n’a vraiment survécu du matériau de base à part le titre et son personnage, John Kelly, futur John Clark bossant au noir pour la CIA. Je veux bien croire que quelques décennies plus tard, il fallait adapter l’histoire au monde contemporain, mais quand même. Étant l’un des rares romans de l’auteur que j’ai lus, il y avait quelques idées et moments, souvent sordides, qui auraient fait des ravages. Mais jugeons donc la bête pour ce qu’elle est, et pas ce qu’elle aurait pu être.

Sans aucun remords

Sans aucun scrupule

L’exploitation sans scrupule du titre et du nom de l’auteur sont du niveau de The Lawnmower Man (le Cobaye, 1992), film d’anticipation et de SF qui n’avait rien à voir avec la nouvelle de Stephen King. L’exemple n’est pas anodin, car Sans aucun remords, le film, cherchait à se monter depuis les années 90. Pas de scrupules, donc, à mentir sur la marchandise. On a autant affaire à une adaptation fidèle d’une histoire de l’auteur que les derniers jeux Ghost Recon.

L’action non plus ne fait pas grimper au plafond, ersatz de ce que le genre fait de mieux, et de plus commun, en ce début d’années 2020. Le spectateur friand du genre saura s’occuper pendant une heure cinquante, mais il aura du mal à se souvenir de péripéties déjà vues cent fois ailleurs : une rixe dans un escalier atomisée par celle d’Atomic Blonde, une fuite déguisée reprise – entre autres – à Léon, etc. Avoir la présence et la baraka de Michael B. Jordan n’y change hélas rien. Il est cool et impressionnant, ça oui, mais il l’est tout autant dans un autre film.

Seules exceptions, un interrogatoire dans une voiture en flammes (ç’a pas l’air intelligent, quand on y repense), et un crash aérien suivi d’une plongée en apnée efficace. Ça collerait des sueurs froides si on n’en était pas à la moitié du métrage, alors que le héros a encore beaucoup de boulot à abattre.

Sans aucun remords

Sans aucun jus

Rayon histoire, Sans aucun remords « devrait » être un revenge movie sordide et rentre-dans-le-lard, mais il ne l’est jamais autant que le matériau de base (ceux qui ont lu le bouquin savent que, finalement, la femme de ce pauvre John a eu de la chance de se faire tuer dans son sommeil). Hormis les morceaux de bravoure cités plus haut, le film a souvent l’air privé de cojones. Son rythme souffre d’autant plus quand Kelly prend une minute pour se lamenter dans des dialogues poussifs que la musique survend inutilement.

Sans aucun remords fait partie de ces produits calibrés qui ont un agenda à remplir et des spectateurs à tenir par la main (« Au cas où tu ne peux pas imaginer ce que ça ferait de voir mourir ta femme enceinte, écoute le héros te le répéter trois fois »). C’est probablement pour ça aussi que le twist aux deux tiers du film paraît si simpliste, voire carrément invraisemblable.

Sans aucun remords a beau avoir été réalisé par Stefano Sollima (Sicario 2, Suburra, ZeroZeroZero) et avoir de temps en temps la patte de son réalisateur, ce dernier ne peut pas sauver le projet sur la base d’un scénario aussi bateau. Sur Imdb, les deux auteurs mentionnés sont celui de Sicario et Comancheria, et un habitué des jeux vidéo et shows télé peu subtils. Ce n’est peut-être pas si étonnant que l’entreprise ait l’air si bicéphale, hésitant entre avoir l’air intelligent et l’être véritablement.

Sans aucun remords

Sans aucun remords, c’est bien, ou bien… ?

Sans lien aucun avec les autres œuvres en cours comme la série Jack Ryan, Sans aucun remords ne peut pourtant pas s’empêcher de lâcher des miettes aux fans, notamment via les noms de ses personnages (Greer, Ritter, etc.). Il se permet aussi, sans honte, l’appel gratuit à une suite inspirée des futures activités de John Clark. Les fans de Rainbow Six apprécieront… peut-être. Ceux qui n’en ont rien à secouer lanceront la prochaine suggestion sur leur liste Amazon Prime. Pour tous les autres, Jason Bourne et 24h Chrono sont toujours aussi prenants et réussis dans le genre.

LES + :

  • Le parfait véhicule pour les abdos huilés de Michael B. Jordan, toujours classe dans l’action.
  • Ça reste vaguement inspiré de Tom Clancy, alors entendre les références à gauche, à droite, ça fait toujours sourire.
  • Un ou deux moments sont quand même susceptibles de retenir l’attention.

LES – :

  • Adieu mon rêve de voir vraiment adapté le roman de Tom Clancy.
  • Hahaha ! Cette main inutile tendue à une suite pour les cinq du fond que ça intéresse…

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