Le coin du B/Z : The Big Hit (1998)

Un film de Che-Kirk Wong
Avec : Mark Whalberg, Lou Diamond Phillips, Christina Applegate…

Big_hit_posterA toute ÉpreuveTime & TideThe Raid 1&2, pour ne citer que ceux-là… De Hong Kong à l’Indonésie en passant maintenant par la Corée du Sud, le cinéma asiatique a égrené au fil du temps des polars hardcore faisant l’effet de bombes stylistiques, où les acrobaties et le sang se mêlent au drame et aux larmes. Derrière ces bobines pleines de douilles, de feu et d’hémoglobine, on trouve des noms estimés par la communauté de fans du genre, tels que John Woo, Tsui Hark ou Gareth Evans… euh, les expatriés ça compte ? Sûrement. Avant que le gallois fou ne lance son Raid depuis l’Indonésie, Hollywood avait déjà importé les réalisateurs stars de l’Extrême Orient à la fin des 90s. Et c’est bien un transfuge de Hong Kong qui signa en 1998 The Big Hit, le film BZ du jour. Une comédie d’action nerveuse, colorée, parfois touchante, et surtout diablement maîtrisée. Le film semblait n’avoir à l’époque qu’un seul objectif : nous faire marrer. Et on peut dire qu’à tous les degrés, le pari fut gagné.

Le prétexte

Melvin Smiley (Mark Whalberg) est beau gosse, gentil, serviable et il fait craquer les femmes. A cause de tout cela, Melvin est également une fiotte : il se fait continuellement vampiriser par la famille de sa fiancée (Christina Applegate) et sa vénale et capricieuse maîtresse (Lela Rochon). Heureusement pour ses nerfs, notre homme est un tueur à gages exceptionnel. A tel point que ses partenaires, dont le sympathique Cisco (Lou Diamond Philips), le laissent faire tout le boulot avant de réclamer tels des rapaces la prime qu’il a pourtant bien mérité. Un jour, Melvin n’a plus de quoi arroser ses deux pouffes à la fois. Il accepte alors d’aider ses potes à se faire un extra, en enlevant contre rançon une riche héritière japonaise. Malheureusement, tandis que notre cœur d’or garde malgré lui l’otage, Cisco apprend que cette dernière est la filleule de leur patron, un grand black revanchard avec qui le lien n’était pas facile à deviner… Avec ses alliés retournant leur veste, sa belle famille en visite et une love interest baillonnée sur les bras, Melvin se retrouve seul contre tous. Une belle occasion de régler l’espace d’un weekend tous ses problèmes personnels !

La citation B/Z

(Cisco : ) Pourquoi tu vires pas ces deux morveuses rapaces qui finiront par te mettre sur la paille !?
(Melvin : ) Parce que je ne supporterais pas de ne plus leur plaire. Je ne supporte pas l’idée de déplaire à quelqu’un, voilà !
(Cisco : ) Mel… La petite centaine de personnes que tu as massacrées ces cinq dernières années ? A tous les coups elles avaient des proches qui doivent pas t’avoir à la bonne.

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La chronique qui frappe un grand coup

Che-Kirk Wong faisait « partie des réalisateurs de la nouvelle vague hongkongaise des années 80 au même titre que Tsui Hark et Ann Hui » (dixit Wikipedia). Je ne sais pas ce qu’il est devenu aujourd’hui et ce n’est pas le but de cette chronique. Ce qui est drôle, c’est que The Big Hit semble avoir été son dernier film si l’on excepte un téléfilm signé Alan Smithee deux ans plus tard (tu parles d’une dégringolade). Il semble pourtant qu’avant de tourner cette plaisanterie géniale, le réalisateur avait signé quelques classiques tels que Crime Story avec Jackie Chan ou encore Rock’n Roll Cop. Alors qu’est-ce qui a bien pu se passer ?

Déjà, rien que l’affiche sent le B à plein nez. The Big Hit fut produit par John Woo, autre nom importé quelques années plus tôt, et encore auréolé de son premier vrai succès US avec Volte/Face l’an passé. On y déniche également le nom de Wesley Snipes, abonné aux arts martiaux et aux gros bis rigolos (Passager 57Drop Zone, Demolition Man… Blade sortant la même année que Big Hit). La star avait d’ailleurs prévu à l’origine d’incarner Paris, le parrain black employeur de Melvin et Cisco. Malgré cette perte tragique, le casting est l’autre point fort du métrage. Il y défile un festival de tronches rompues ou destinées au paysage audiovisuel. En le regardant quinze ans plus tard, outre Mark Whalberg avec une tête de puceau, Bokeem Woodbine, Lou Diamond Philips, Christina Appelgate, Kevin Dunne ou même la belle famille de Melvin vous rappelleront tôt ou tard un show de la petite lucarne. Comme si ce n’était pas assez, tous tireront pour vous le meilleur de leurs aptitudes faciales, Lou Diamond Philips en tête, ses mimiques électriques devenues depuis un cas d’école du cabotinage. Il faut dire que la joyeuse bande se retrouve à jouer dans une aventure dingue, où le style grotesque des productions hongkongaises est exploité à merveille par un scénario « troisième degré ». Des personnages improbables y doivent gérer malgré eux des situations totalement incontrôlables, et si l’on excepte Melvin, la bande à Cisco ne sait pas faire son travail sans commettre d’impairs (voir le désastreux enregistrement de la demande de rançon).

Avec John Woo, les films HK savent marier le ridicule de leur style (« vas-y que je bondis dans tous les sens ») avec un ton des plus sérieux (ah !, les ralentis emphatiques…). Il n’y a qu’à voir le dément A Toute Épreuve pour s’en convaincre. Mais aux Etats-Unis, les choses passent clairement pour ce qu’elles sont : du bon gros délire impossible à assumer au premier degré. Avec Big Hit, le genre est délocalisé d’un continent à l’autre, “recontextualisé”, et pour l’occasion justifié par un ton volontairement décalé. John Woo vu par les américains, c’est n’importe quoi, et on aime ça !

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Mais dans le film de Wong, les triple saltos et sauts à l’élastique de Melvin ne font pas tout. L’énergie du film est constamment renouvelée par une tripotée de sous-intrigues et running gags faisant monter la sauce : les manigances de la maîtresse de Mel, la banqueroute fulgurante du père de Keiko (la fille enlevée) suite à la production d’un film-four au titre inquiétant (Taste the Golden Spray, traduit en français par Les Aventuriers de l’Urinoir Perdu !), et surtout la découverte récente par Crunch (Bokeem Woodbine) des joies de la veuve poignet (parce que « j’en ai jamais eu besoin. Je baise depuis que j’ai dix ans. »). Un passe-temps récurrent dans le film dont l’aboutissement résulte en un ultime et irrésistible gag en plein milieu du climax ! C’est d’ailleurs au cours dudit dénouement, un enchaînement de sketchs burlesques, que toutes les sous-intrigues s’entrechoquent et se résolvent de façon explosive. Cette hystérie collective pourrait nous donner le sentiment de perdre en profondeur psychologique, mais si on se retrouve avec des esquisses de personnages, leurs rôles sont clairement définis, leurs interprètes ont la niaque et le rythme est implacable. Avec en prime un humour parfois gras mais jamais lourd à digérer. Vous en reprendrez bien un peu ?

On regrettera peut-être que le seul vrai gunfight « à la John Woo » constitue le premier morceau de bravoure du film, le reste n’étant que Vaudeville et bastonnage. Mais vu la tenue de l’ensemble, on serait mal avisé de critiquer. Sauf peut-être une réalisation encore une fois datée donnant l’impression de mater un téléfilm, à plus forte raison vu le déluge de couleurs vives et d’effets numériques dépassés. Toutefois, cet aspect « drama » rappelait tout à fait des productions HK de l’époque. Quand on le regarde aujourd’hui, l’âge évident de The Big Hit renforce son côté pour rire et permet d’apprécier davantage son absurdité.

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Le moment B/Z

Difficile de trouver un moment B/Z. Ce film est une véritable réaction en chaîne, où les scènes et les running gags s’empilent plutôt qu’ils ne se suivent, jusqu’à péter tous ensemble lors du bouquet final de vingt minutes. Je pourrais évoquer un pastiche de la scène de poterie de Ghost avec une dinde farcie, l’usage abusif des anti-anti-anti-mouchards ou encore les menaces téléphoniques d’un vidéoclub pressé de retrouver sa K7 non rendue de King Kong 2 (la suite naze du remake déjà naze de John Guillermin en 1976). Mais s’il fallait citer pourquoi Big Hit était resté à l’époque dans ma jeune tête vide, mes abdos crispés de rire et les yeux plein de larmes, ce serait pour son fight final à rallonge entre Melvin et Cisco. Ce dernier, la gueule fendue par un sourire de cintré, poursuit son “ami” dans la plus pure tradition cartoon, tel un Vil Coyote sacrément vénère contre Bip Bip.

>> ATTENTION, SPOILER ! <<<
Si vous voulez garder le plaisir intact, arrêtez de lire maintenant et regardez ce film avec vos potes et des bières.

Alors que Melvin marque un arrêt devant son vidéoclub pour rendre une VHS (parce qu’il est honnête), Cisco arrive à toute berzingue en Jaguar et lui rentre dans l’arrière, propulsant la voiture jaune par-dessus une falaise à pic. Heureusement, un arbre stoppe la chute du bolide.

Melvin et Keiko s’extirpent tandis que Cisco hors de contrôle descend à travers la forêt sans considération pour l’absence de ROUTE.

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Mel donne rendez-vous à sa copine au vidéoclub tandis qu’il occupe son poursuivant. Durant la chasse, la voiture de sport déracine littéralement les arbres sur son chemin comme un Caterpillar !

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Melvin perd ensuite sa K7 de King Kong 2 ! En tant que héros au grand cœur, il plonge pour la sauver.

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Les lois de la physique n’ayant pas été assez violées comme ça, la Jag fait un flip avant et manque écraser Melvin. Ce dernier se retrouve alors dos à la falaise du début.

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Cisco percute le mur, Melvin saute sur le capot et l’empoignade s’engage. Le ramdam déstabilise la voiture jaune, qui tombe alors comme un SCUD sur eux. Mel déclare mari et femme le pif de Cisco avec le capot de la Jaguar et plonge juste avant l’impact. Ouf. Bye bye, Cisco…

Alors que non ! Tandis que Melvin s’explique ensuite gentiment avec l’odieux caissier du vidéoclub, son pote réapparaît poignards aux poings pour « finir ce que j’ai commencé, enfoiré ! »

Les fous furieux rasent le sanctuaire du Z (car l’endroit n’abrite que du porno et des films Troma) avant de se figer devant la photo du client du mois (rire garanti). Melvin poignarde alors Cisco puis s’engage dans une scène d’adieux aussi débile qu’émouvante.

Mais Cisco a le dernier mot en s’agrippant aux explosifs que Mel portait sur lui ! Ce dernier étant attendu par d’autres tueurs à l’extérieur, il échange un regard tendre avec sa belle avant de voler en éclat dans une spectaculaire boule de feu. A moins qu’une dernière sous-intrigue ne lui ait fourni de quoi se tirer de ce mauvais pas ?

Vous l’aurez compris, avant que les pitreries de Stephen Chow se fassent connaître à l’internationale, The Big Hit était déjà un film con comme un cartoon de Chuck Jones, une perle oubliée qui encore aujourd’hui peut vous filer la banane les jours de pluie.

A bientôt pour un autre film B/Z !

Big_hit_ou_pas« Ou pas… »


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