Test PS4 : God of War “Prendre de l’âge ne rend pas plus sage…”

God of War 2018

Des années ont passé depuis God of War et la chute de l’Olympe. Dans les lointaines contrées nordiques de Midgard, Kratos, le demi-dieu génocidaire, brandit sa hache pour… couper du bois. Il en a besoin pour brûler le corps de sa compagne récemment décédée, et sur l’autel de laquelle prie Atreus, leur fils chétif et déboussolé. Les restes n’ont pas le temps de refroidir qu’un hipster tatoué et tout sec vient tambouriner à la porte. Pas très stable mentalement, le mec réclame au spartiate « ce que tu sais ». Parce que les non-dits, c’est énervant, surtout un jour de deuil, Kratos le désosse malgré ses vieux os. Comme si de rien n’était, il part ensuite avec son fils en pèlerinage. Leur but : atteindre le plus haut sommet du royaume pour y répandre les cendres de la défunte, ainsi qu’elle le voulait. Bien sûr, la visite du teigneux n’était que le premier obstacle d’une quête père-fils qui va passer de tumultueuse à barbare. Les Neuf Royaumes vont trembler…

Il fallait laisser le soufflé retomber un peu avant d’aborder God of War 2018. La presse s’était montrée exagérément dithyrambique, et on sait qu’il faut toujours se méfier d’un excès d’enthousiasme par rapport à un jeu sorti tout chaud du four. Et puis voilà, deux mois après, la hype est retombée. Alors que faut-il conclure du retour du fantôme de Sparte ?

God of War_2018_0C’est loin, mais c’est beau !

Une histoire de vieux

C’est intéressant de voir le jeu vidéo se pencher de plus en plus sur le vieillissement de ses icônes. Le monde du cinéma nous a déjà fait le coup dans la première moitié des années 2000, avec un retour de vieilles gloires pour des résultats plus ou moins discutables (Rambo 4, Rocky 6, Indiana Jones 4) ou détestables (Terminator 4 & 5, Die Hard 4 & 5). Si les jeux vidéo ont créé des franchises populaires à la peau dure, comme God of War donc, c’est en puisant dans ce même cinéma de genre. Mais ils étaient parvenus à développer leurs propres mythologies et univers.

Mais ce faisant, ils allaient devoir se heurter à la douloureuse question de l’évolution. « Et après ? » peut-on se demander après dix ou vingt ans de bons et loyaux services. Avec la maturité vient l’épineuse question du vieillissement, de la fin des choses. Une fin que les producteurs de films comme les éditeurs de jeux repoussent toujours, de crainte de tuer la poule aux œufs d’or. C’est d’ailleurs pourquoi trois épisodes sur six avaient préféré revenir en arrière (des prequels) plutôt que raconter la suite des aventures de Kratos.

God of War_2018_1

Les héros de Resident Evil sont encore relativement jeunes dans le canon officiel, mais pour combien de temps encore ? S’il faut rendre nos héros humains, s’il faut nous attacher à eux, il faut également, un jour, leur dire adieu. Nathan Drake (Uncharted) n’est pas Mario, il vit dans un monde certes pas réaliste mais plus en phase avec notre monde, celui des vivants, que celui de la fantaisie. Et vieillir est dans l’ordre naturel des choses.

De plus en plus ces dix dernières années, les cas se sont multipliés : Solid Snake (Metal Gear Solid 4), Sam Fisher (Splinter Cell Black List, et plus récemment dans un DLC du dernier Ghost Recon), Marcus Fenix (Gears of War 4) etc. Beaucoup de nos héros ont eu l’occasion de vieillir, pour le meilleur comme pour le pire, avec l’idée de passer le flambeau ou de conclure leur épopée (avant un reboot ?).

God of War 2018_2Dans cet épisode, Kratos est usé, rincé, lessivé… et ça se voit.

La saga God of War leur emboîte le pas, flanquant Kratos d’un garçon dont on ne sait rien, puisque de l’eau a coulé sous le ponts depuis God of War III. Et le premier choc est là : on sent le poids des ans écraser ce « pauvre » fantôme de Sparte. Dès les premières secondes, sa trogne furieuse et ses yeux plissés ont laissé la place à une mine fatiguée, une barbe sale et un regard de cocker.

On jurerait qu’il porte le malheur du monde sur ses épaules. Avec une femme décédée et un fils distant sur les bras, on peut le comprendre. Mais en connaissant en plus le bagage du personnage (il a détruit l’autre hémisphère et massacré sa lignée), la disparition de sa hargne au profit d’une telle fatigue nous touche.

Dans God of War 2018, Kratos nous fait le même effet que de voir la légende Clint Eastwood diminuée et affaiblie dans le film Impitoyable (1992 et 4 oscars). Une lassitude qui se ressent jusque dans les déplacements lourds mais toujours agiles du demi-dieu, et son incapacité dorénavant à sauter autrement qu’en action contextuelle.

Fort heureusement, Kratos retrouvera le feu sacré à mi-jeu, au détour d’une longue séquence hallucinatoire au monologue rappelant Rambo 4, soit un autre papy qui envoie du bois. Pour en finir avec la comparaison ciné, ce dernier opus se paie l’audace de se dérouler intégralement en plan séquence, pour ne rien manquer des difficultés du pépé à soulever, cogner et gérer sa paternité.

God of War 2018_3Ce petit teigneux va bien vous agacer…

Une vieille histoire

Concernant le déroulement du jeu, oui, le nouveau God of War reprend ce qu’il y a de mieux. Il n’a rien inventé mais tout ce qu’il fait, il le fait très bien. Sa narration et son binôme (cliché, mais ce n’est pas une surprise) reprend totalement The Last of Us. Sa vue bloquée par-dessus l’épaule et ses QTE rappellent les derniers survival horror (The Evil Within, Resident Evil) et son système de combat emprunte aux beat em all récents (Darksouls, Bloodbourne). Quant à son système de craft des compétences et équipements, il a de quoi donner le tournis.

Grâce à des nains forgerons rencontrés à intervalles réguliers, Kratos et Atreus peuvent dépenser leur argent et XP en nouvelles magies, pièces d’armures, renforcement etc. C’est riche, très riche… peut-être trop par rapport aux anciens jeux. Il paraît que dès le day one, les développeurs ont sorti un patch pour moins se perdre dans les menus. Même deux mois après, votre serviteur trouve que c’est encore bien fouillis !

Question plaisir de jeu, les décors de God of War sont hallucinants de beauté, et les combats font ressentir à chaque coup la puissance du dernier spartiate. Le jeu est maigre rayon armes (seulement deux), mais le maniement de la hache de Léviathan et sa personnalisation vous permettront de tester moult façons de combattre. Sans parler des combinaisons avec votre fils Atreus, dont les attaques à l’arc s’agrémenteront très rapidement de magie ou de prises au corps à corps, pour empêcher de vous retrouver submergé.

Bref : tout est violent, souple et bien pensé. On regrette juste des finish moves moins diversifiés qu’avant. Enfin, le monde, s’il est grand, n’est pas exactement ouvert ni capable de rivaliser avec des références comme Horizon Zero Dawn. Il en a quand même à revendre niveau quêtes annexes. Prenez votre temps et faites-en la plupart, afin de bien booster votre équipement, de profiter des dialogues archinombreux entre Papa et fiston, et bien sûr de vous régaler les yeux.

Affronter les Valkyries : une quête annexe qui vous en fait voir de toutes les couleurs.

Par contre, rayon boss, c’est la diète ! Si les derniers God of War tournaient un peu en rond, ils proposaient à intervalles réguliers des affrontements contre des monstres ou personnages mythologiques affolants de classe ou de gigantisme.

Ici, des machins énormes, il y en a pourtant une pelletée, mais vos Némésis se résument à un barbu maigrichon, un duo de culturistes au QI d’huître, quelques dragons de ci de là, et une douzaine de Valkyries si vous avez des tendances suicidaires. Le reste du jeu se bornera à recycler les mêmes adversaires, en variantes de feu, de glace ou de poison. Un « minimum » sans doute justifié par l’intention évidente de ne pas en rester là…

L’histoire sans fin

Parce que God of War 2018 en garde volontairement sous le coude pour lancer une nouvelle série de jeux ! A tel point que le rythme de celui-ci vous fera fréquemment craindre qu’il va brutalement se terminer. Une révélation, un lieu secret, un rebondissement et vous pouvez vous dire « oh non, pitié, n’arrêtez pas comme ça ! ». Tout est fait dans la progression pour laisser planer un doute constant sur la « vraie » conclusion de votre quête :

  • L’absence de boss vraiment monstrueux ou mémorables, donc.
  • Votre incapacité à accéder à l’intégralité des Neuf Royaumes d’Yggdrasil. L’action ne se passe pas qu’à Midgard (monde des hommes), grâce à un chouette portail dimensionnel. Pourtant plusieurs dimensions comme Asgard resteront verrouillées, même après la fin de l’aventure. Frustrant.
  • Un final lent, beau et merveilleux, mais également un bel appât à suite.
  • Le final après le final ! Si vous n’en avez pas eu assez d’être pris pour un pigeon, rentrez chez Kratos pour vous reposer. Vous profiterez alors d’une visite surprise. Cette dernière cinématique « made in salopard » a deux effets. Un : elle accentue votre impatience de voir la suite. Deux : elle vous déçoit davantage de n’avoir pas vécu ce moment dans le jeu que vous venez de terminer.

God of War 2018_7L’une des nombreuses portes vers les royaumes d’Yggdrasil.

Prochainement, dans God of War…

God of War 2018 est bien un titre d’excellence. Sa puissance évocatrice, ses images sublimes, sa musique fabuleuse (je n’ai rien entendu de tel depuis Conan le Barbare), son gameplay rodé ainsi que la richesse de la mythologie nordique en font un digne renouveau de la licence. C’est juste dommage qu’il n’ait rien inventé. Pire, tout ce qu’il a d’épique et de grandiose est entravé, retenu par cette nécessité commerciale de pondre une suite.

Le jeu aurait pu proposer une aventure gargantuesque et définitive. Mais avec l’impression grandissante de jouer à un préambule, j’avais encore plus peur de me rapprocher de la fin. Et ce car je savais que j’en voudrais plus. C’est une qualité, non ? Vu le savoir-faire étalé, ma déception est justifiée et un peu pardonnée. Maintenant, dépêchez-vous de sortir la suite, s’il vous plaît !

LES + :

  • La direction artistique est à tuer.
  • La musique est divine.
  • Kratos est vivant et cogne encore plus fort qu’avant. Et l’ajout de son fils a une réelle importance, tant pour l’évolution du personnage que pour le gameplay.
  • La mythologie nordique est bien (ré)utilisée.
  • L’univers s’ouvrant aux autres cultures, les possibilités pour l’avenir font saliver.

LES – :

  • Pas assez de boss marquants.
  • Finish moves peu variés.
  • La retenue du jeu déçoit (alors qu’il est déjà très spectaculaire).
  • Le menu de personnalisation est trop riche. Prenez une boussole avant d’essayer d’associer un pouvoir au charme couplé à l’avant-bras de votre armure… (Atreus est heureusement moins compliqué à gérer.)
  • Je veux la suite !

God of War 2018_12“Un jour, fils. Un jour…”


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